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L'image de la diversite culturelle et des migrants dans les medias italiens.

Analyse d'une source des journalistes italiens: l'information Ansa sur les immigres

Lorsqu'il a ete question de cette recherche concernant l'image de la diversite culturelle et des migrants dans les medias italiens, il fut decide d' analyser l'activite de l'Ansa (la principale agence de presse italienne) par suite de son importance dans l'activite des journaux, tant les journaux papier que radiophoniques, televises ou diffuses sur Internet.

L'Ansa est la principale source d' informations pour les journalistes et dicte l'agenda des evenements en influencant la construction de la hierarchie des evenements et l'interpretation qu'en donnent les medias italiens.

Dans des redactions oit les journalists sont de moins en moins "sur le terrain", la ou les faits se produisent, et de plus en plus scotches a leur bureau, l'activite d'information d'une agence comme l'Ansa devient fondamentale.

En effet, celle-ci oriente aussi bien la fourniture des nouvelles que leur selection et leur representation, ainsi que l'interpretation qu'en donnent les journalistes.

C'est ce qui se produit pour la politique, pour la culture ou pour les faits divers, et l'immigration n'y echappe pas.

Cette recherche a ete effectuee par le Centre des Etudes interculturelles de l'Universite des Etudes de Verone, sous la direction d'Agostino Portera. L'analyse de trois mille depeches d'agence (pour la periode 1998-2002) et le controle de quelques dizaines de milliers d'autres (de 2003 a janvier 2008) ont permis d'arriver a une serie de conclusions et de considerations correspondant aux resultats d'autres etudes faites en Italie. L'analyse de l'information de l'agence Ansa sur les immigres porte a une serie de conclusions.

Les medias concentrent leur attention presque exclusivement sur les citoyens immigres irreguliers (les "clandestins" ou ceux qui, d'une maniere ou d'une autre, ne sont pas en regle avec leur permis de sejour), sur leurs comportements illegaux (entree irreguliere en Italie ou comportements delictueux) et se contentent le plus souvent de relater brievement des faits divers sans approfondir le sujet par des services ou des enquetes.

Il faut aussi souligner que, fournissant une information orientee surtout vers les clandestins, les irreguliers, les couches pauvres de l'emigration ou les sujets deviants, l'agence Ansa presente, dans de nombreuses depeches, les plus pauvres parmi les plus pauvres, les plus deviants parmi les deviants, ce qui contribue a renforcer la connotation negative de ce phenomene.

L'information de l'Ansa sur les immigres ne fait jamais parler les interesses directs, elle ne s'occupe que de maniere tres limitee de leurs problemes, presque jamais de leur culture, de leur cadre de vie ou de leurs aspirations (qu'ils soient irreguliers ou reguliers) et les journaux italiens ne nous apprennent donc que tres peu de choses sur cette categorie de citoyens d'origine etrangere.

La culture, les capacites, mais aussi les problemes d'insertion et d'accueil--vus du point de vue de l'immigre--ne sont presque jamais traites par l'Ansa.

Lorsque la figure de l'immigre est presentee de maniere positive, c'est parce qu'il s'agit d'un individu correspondent aux besoins de l'economie italienne et aux interets des citoyens italiens.

Il est d'ailleurs rare de voir, dans les depeches analysees, les reactions des citoyens a l'egard de l'immigration, qu'ils considerent comme une ressource ou comme un probleme.

Les autochtones n'ont pas voix au chapitre, que ce soit a l'Ansa ou dans les journaux et, lorsqu'on leur donne la parole, ce n'est qu'en reponse a des evenements lies a l'illegalite ou a l'insecurite.

Les relations entre les autochtones et les immigres, les problemes de cohabitation et d'interaction, d'accueil et d'integration entre les cultures ne sont pas consideres comme interessants, ils ne peuvent pas fournir de "titres accrocheurs".

Quant a la "valeur economique" de l'immigre, ce sont les associations patronales qui soulignent a quel point l'economie a besoin de main-d'oeuvre etrangere et qu'il faut que l'insertion sur le plan du travail aille de pair avec le developpement des services (surtout en matiere de logement) et de l'accueil.

Encore une fois, ce sont ceux qui ont voix au chapitre qui soulignent l'importance des immigres pour l'economie italienne.

Quant a la presse, elle se limite a enregistrer ces declarations ou les donnees economiques qu'on lui fournit en meme temps que ces declarations.

Qu'y a t-il derriere la soi-disant "urgence immigration"?

L'information de l'Ansa sur les citoyens immigres ne considere pas le dialogue et l'accueil comme interessants. Elle s'occupe d'immigration surtout quand ceux qui font la une des journaux sont des individus en situation irreguliere.

L'interet pour les immigres irreguliers augmente, lorsqu'ils sont impliques dans des faits divers, debarquent sur les cotes italiennes ou entrent illegalement en Italie. Les arrivees par mer des clandestins declenchent ce que les journaux (et l'Ansa) appellent "l'urgence immigration" et le nombre de depeches sur les debarquements et les faits divers (relatifs aux clandestins) augmente ou diminue proportionnellement au nombre des depeches diffusees par l'Ansa.

Nous pouvons dire que la presse italienne ne s'occupe de l'immigration que lorsqu'elle devient "urgence".

Si elle ne constitue pas un probleme, une menace, un danger d'invasion, un attentat contre notre securite, un phenomene entache d'illegalite ou bien lie a des evenements tragiques, l'immigration est ignoree.

Le comportement des medias italiens confirme ainsi la tendance au sensationnel, au spectaculaire et a la dramatization de l'information, caracteristique du journalisme italien.

Ces choix editoriaux et politiques ne sont pas le fruit du hasard. Leur but est de renforcer leur emprise sur le public soit en essayant de l'amuser (la radio, la television et les journaux italiens sont plus proches du monde du spectacle que des moyens de communication de masse adultes) ou de mieux l'influencer, car il n'a pas une connaissance directe des evenements.

Les depeches de l'agence Ansa donnent differentes representations de l'immigre, porteur donc d'une diversite culturelle.

Quand les depeches d'agence (et les journaux) s'en occupent, l'attitude des medias se concentre dans une seule direction: si cet individu vit avec sa famille, travaille en usine ou dans les champs, s'il ne cree pas de problemes et n'enfreint pas la loi, il peut meriter de rester sur "notre territoire".

Nous ne connaissons ni la culture ni l'identite de l'immigre, nous ne savons pas qui il est; par contre, nous sommes surs qu'il peut etre utile.

Par contre, l'immigre suscite la tendresse, lorsqu'il se presente sous les traits d'un enfant, d'une personne agee, d'une femme enceinte ou lorsqu'il est mort.

Nous pouvons donc affirmer que le systeme des medias italiens situe l'"etranger" a l'exterieur. Different, il ne merite pas que l'on s'interesse a lui, d'etre connu et accueilli ou de participer au dialogue interculturel.

Il represente souvent une menace pour notre securite. Nous pouvons aussi le plaindre, mais souvent il presente les caracteristiques de la delinquance et, lorsqu'il est victime de l'exploitation economique de citoyens italiens sans scrupules, il ne peut jamais protester ni affirmer son opinion.

Si l'on examine l'evolution des nouvelles fournies par l'agence Ansa de 1998 a 2006, on constate une diminution des stereotypes et des images fondees sur des prejudices, meme si la maniere de faire de l'information ne s'oriente pas vers la comprehension interculturelle.

Nous pouvons remarquer l'emploi d'un langage quelquefois plus respectueux de la personne, mais nous ne constatons aucune evolution ni aucun changement dans la selection des nouvelles ni dans le choix des sujets traites.

De la meme maniere, nous pouvons remarquer l'absence d'un travail journalistique de recherche et d'enquete sur l'immigration.

La collecte des informations et leur traitement (newsgathering et newsmaking) revelent une maniere demodee de faire du journalisme et de l'information, qui ne sait ni raconter ni interpreter une societe pluraliste et complexe comme peut l'etre la societe italienne actuelle.

"Absence d'analyses et d'approfondissement, couverture souvent de routine, habitude insuffisante a la description du contexte, ce sont des manieres de traiter les evenements que l'on retrouve dans les journaux, quand elles ne s'accompagnent pas aussi de strategies symboliques qui penalisent (voir l'islam) des realites socioculturelles qu'il serait dans l'interet de tous de bien connaitre pour pouvoir dialoguer et interagir avec celles-ci".

L'effet pervers de la presse

Belluati souligne que, dans l'attitude de la presse italienne a l'egard de l'immigration, il y a "une personnalisation excessive du sujet au detriment d'un encadrement plus universaliste du phenomene; le discours est le plus souvent centre sur l'histoire individuelle ou le fait divers, alors que son encadrement general n'est affronte que de maniere exceptionnelle et reste a l'arriereplan.

Cette tendance produit un effet pervers en ne montrant la dimension migratoire que sous l'aspect individuel, alors que la globalite et le caractere structurel du phenomene restent peu connus".

Cette observation a le merite de mettre en evidence l'un des aspects de la routine journalistique.

Les quotidiens italiens ont choisi une formule editoriale plus proche des hebdomadaires pour faire face a la concurrence de la television, le media qui reussit a arriver le premier sur l'evenement, a le diffuser et a le mettre a jour de maniere beaucoup plus rapide.

Les journaux ont donc choisi d'enrichir leurs contenus d'articles et de sujets qui, autrefois, etaient reserves a la presse people.

Le probleme vient de ce que les quotidiens italiens ont adopte l'orientation typique de la presse populaire.

Ils privilegient les histoires personnelles, curieuses, chargees d'emotions et capables de faire levier sur les sentiments les plus elementaires (et quelquefois les moins nobles) des lecteurs; les evenements interessants pour leur singularite ou les nouvelles les plus superficielles et qui n'aident meme pas a comprendre.

Il s'agit d'un journalisme paralitteraire qui ne conduit pas a la connaissance de la societe et de ses dynamiques, mais a la construction d'une sorte de "roman populaire" a l'interieur duquel on represente aussi l'immigration.

On n'a pas suivi la voie choisie par les meilleurs hebdomadaires, celle de l'analyse, de l'approfondissement, de l'enquete sur des sujets qui interessent pourtant les lecteurs, que ce soit l'economie, la politique, la chronique sociale, la chronique judiciaire et policiere.

Ce sont des secteurs qui devraient etre affrontes avec une solide preparation et la volonte de demasquer les coulisses du pouvoir et les intrigues, d'etudier a fond les problemes et de reconnaitre les solutions possibles. Et pourtant, ils ont ete et sont encore souvent traites de maniere superficielle.

Cette desaffection pour l'enquete s'explique par de multiples raisons: les limites culturelles des directions des journaux et le fait que les journaux (et leurs directeurs) sont lies directement ou indirectement aux soi-disant "pouvoirs forts" de l'economie et de la politique.

Lorsque l'on commence a enqueter, on risque de s'aventurer sur des terrains dangereux.

Pensons a Ilaria Alpi, cette journaliste courageuse assassinee a Mogadiscio en mars 1994, alors qu'elle enquetait sur des trafics illegaux entre l'ltalie et la Somalie. Une figure de femme et de professionnelle--cultivee, preparee et courageuse--qui a honore le journalisme italien de qualite.

Dans son analyse de la representation des immigres et des minorites ethniques a la television, l'etude du Censis en Italie observe: "Sur quelles bases l'image des immigres est-elle construite? Quels sont les instruments culturels utilises pour affronter le probleme de l'immigration? Il faut reconnaitre, a vrai dire, que notre recherche met en evidence que, dans ce domaine, la description et l'information ont recours a des stereotypes tres limites. Il semble que le systeme des medias ait interiorize la 'delicatesse' de la question. Toutefois, le probleme se pose, comme on l'aurait dit autrefois, en amont, c'est-a-dire dans la selection des nouvelles, dans l'agenda setting, dans la 'capacite de faire sensation', dans la raison pour laquelle on choisit de consacrer une page entiere a l'homicide d'un petit immigre et tres peu de place ou pas du tout, par exemple, a la presence dans les ecoles d'un nombre de plus en plus important d'immigres de la seconde generation' (c'est-a-dire nes et/ou scolarises en Italie), aux problemes d'integration culturelle et de pluralisme culturel, a l'urgence d'offrir a ces 'nouveaux' enfants un projet et une esperance de vie et pas seulement la representation continuelle et obsessive de leur drame".

Maurizio Corte is professor at the University of Verona. This article is reprinted with publisher's permission, from Bulletin europeen. Edition francaise, mai 2008, no. 696.
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Title Annotation:Politica si Securitate Internationala
Author:Corte, Maurizio
Publication:Revista de Stiinte Politice
Article Type:Report
Date:Apr 1, 2008
Words:1978
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