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L'homme qui murmure a l'oreille des oiseaux.

Salaheddine Khebib est un homme heureux comme un oiseau. Et pour cause, son univers est peuple d'oiseaux chanteurs pour lesquels il voue une passion sans bornes. Et quand bien meme il n'a jamais fait d'etudes scientifiques sur le sujet, ses connaissances en ornithologie n'ont rien a envier a celles des specialistes les plus confirmes.

Dans la nature, au milieu de la foret de Benslimane ou bien encore chez lui a Mohammedia, il ecoute d'une oreille experte les discussions tres animees des oiseaux qu'il reconnaEt au premier coup d'oeil meme si parfois ils viennent de contrees tres lointaines lors des saisons de migration comme le Faucon sacre (Asie), la Paruline des ruisseaux (Ameriques) ou encore le Bouvreuil pivoine (Europe). Toutes les familles d'oiseaux qui composent les quelque 300 especes repertories au Maroc n'ont aucun secret pour lui. Il les cite, un a un, par leur nom latin et aussi leur equivalent dans notre dialecte.

Cet instituteur, grand amateur d'oiseaux chanteurs, a meme pousse l'originalite jusqu'a adopter un couple de Bruant striole, une espece de passereaux plus connu chez nous sous le nom de 'Tibitit'' ou ''Cherifia'' du fait que cet oiseau frequente tres souvent les Mosquees et les Mausolees. A leur naissance, il a mis les deux oisillons apres la fin de leur sevrage (un mois) dans une cage avec des canaris. Petit a petit, avec beaucoup de douceur et de soins, il est parvenu a les mettre en confiance.

Le resultat fut epoustouflant : Un des oiseaux qui n'ont pourtant pas une vocation de chanteurs, a appris a chanter comme un canaris et meme mieux alors que l'autre, s'est fortement attache a la personne de son educateur jusqu'a se poser sur sa main, son epaule sans aucune crainte. Par moment, quand il a envie de prendre les airs, l'oiseau quitte sa cage mais revient toujours a la meme adresse.

Passionne d'ornithologie et tres attentif aux moindres signes de stress ou de melancolie de ses nombreux oiseaux, Salaheddine semble comprendre leur langage. Il les entretient avec tendresse jusqu'a ce qu'ils poussent l'ultime chant du cygne.

Ce gout pour le chant des oiseaux remonte aux annees de son enfance a partir de l'age de 6 ans, mais la curiosite scientifique de ce grand connaisseur et amateur de tout ce qui vole sauf les avions, va se confirmer plus tard.

"Tout a commence lorsque j'ai ete affecte en 1992 dans une ecole a Tazroualt, une localite situee a 50 Kilometres de Tiznit. La-bas, au milieu de nulle part, j'ai ressenti en voyant pour la premiere des especes d'oiseaux, le besoin d'approfondir mes connaissances ornithologiques", raconte-t-il.

A son retour pres de chez lui, il participe a l'animation des clubs environnementaux dans les ecoles relevant de la delegation du ministere de l'Education Nationale a Benslimane, aide en cela par les connaissances acquises en lisant les ouvrages specialises et surtout par une recherche sur le terrain d'ailleurs tres propice a de telle quetes puisque la province dispose d'une foret de plus de 57.000 hectares, soit 25 pc de son territoire.

Une foret qui accueille d'innombrables varietes d'oiseaux qui viennent parfois de tres loin et uniquement au Maroc et nulle part ailleurs en Afrique. C'est le paradis des oiseaux a un bemol pres comme tient a le signaler avec alarmisme notre interlocuteur qui regrette le fait que certains bergers et riverains de la foret chassent des oiseaux tres rares et d'une valeur inestimable avant d'en faire une bouchee qui ne vaut meme pas un amuse-bouche.

Il s'insurge contre ce comportement incivique tres dangereux pour certaines especes et tire aussi la sonnette d'alarme au sujet de la persistance du braconnage dont fait les frais le chardonneret (Stayla, Oum Qnine, Mziouka, Bliek selon les regions) tres prise pour sa melodie incomparable et dont le prix peut parfois depasser les 10.000 dirhams et ce, en depit de l'existence d'une loi interdisant la chasse de cette espece menacee de disparition.

En tant que President de l'association marocaine des amateurs d'oiseaux chanteurs Fedala a Mohammedia, Salaheddine Khebib ne cache pas son inquietude quant a la menace qui plane sur cet oiseau qui est tres recherche par les amateurs, surtout en Algerie et en Espagne, indiquant qu'avant la prohibition, pas moins de 50.000 chardonnerets passaient chaque annee de main en main sans compter les oisillons qui sont enleves avec leur nid pour etre soumis precocement a un long apprentissage de differentes melodies.

Et sans parler aussi des oiseaux qui sont menaces de disparition a cause de certaines croyances populaires ou pis encore, la sorcellerie comme la Huppe (al Hod Hod) tue et utilise a des fins de sorcellerie ou encore pour son coeur qui, paraEt-il, rendrait les enfants plus intelligents !

Pour son education musicale, l'oiseau est mis pendant au moins six mois dans un sac pour que son 'esprit'' ne soit pas dissipe par le brouhaha et les images de l'exterieur. Des le petit matin et jusqu'au coucher du soleil, l'oiseau ecoute en boucle des melodies enregistrees et ce, pour pouvoir s'y impregner. Cependant, cet exercice au demeurant laborieux et tres prenant, n'est pas toujours garanti. Cela depend de la predisposition de l'oiseau et surtout de ses caprices comme cet hybride (mixtou dans le jargon des amateurs) qui chantait si merveilleusement a la maison mais qui restait toujours bec cousu lorsque son proprietaire l'engageait dans des competitions de chant. Decu, il s'en debarrasse au prix de 2000 Dirhams avant d'assister plus tard, bouche bee, au triomphe de son oiseau qui decrocha le premier prix lors d'un concours a Kenitra en executant sans bemol des melodies envoutantes.

Cela dit, la passion des oiseaux est de plus en plus partagee par de nombreux Marocains. En tout cas, on compte aujourd'hui beaucoup plus d'amateurs que dans les annees 70 oE , comme se souvient avec amusement notre interlocuteur, une seule dame francaise possedait a Mohammedia des canaris a telle enseigne que les gens, particulierement les enfants, venaient de tres loin pour les regarder et les entendre chanter sur le balcon.

Reste en tout cas a esperer, avec cet engouement grandissant pour les oiseaux chanteurs, que cette passion ne soit point devorante et menace d'extermination certaines especes.

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Publication:Agence Maghreb Arabe Presse (MAP)
Date:Jul 31, 2013
Words:1036
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