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L'ethique humanitaire et la notion de justice.

L'action humanitaire comporte les diverses actions d'aide aux victimes de desastres (catastrophes naturelles, conflits armes, etc.), mais aussi aux personnes victimes d'exclusion tant economique, ethnique que sociale. Ces actions servent a apaiser la souffrance, garantir la subsistance, proteger les droits fondamentaux des personnes et defendre leur dignite, ainsi qu'a freiner le processus de destruction socio-economique de la communaute et les preparer a d'autres desastres naturels ou provoques par les hommes.

Nous proposons une reflexion sur les principales idees et principes qui guident les differentes approches contemporaines de l'action humanitaire ainsi qu'une discussion des modeles et ideologies qui sous-tendent les actions humanitaires et les concepts de justice.

L'action humanitaire s'appuie sur les principes d'humanite, d'independance, d'impartialite et de neutralite. Les acteurs humanitaires estiment indispensables la liberte d'acces aux populations vulnerables, l'evaluation impartiale des besoins des populations et le libre choix des actions et des moyens utilisees (1). Beaucoup d'auteurs refusent de pretendre que l'aide humanitaire soit neutre, exempte de valeurs. Elle comporte une intention politique, determinee par une maniere de lire le monde et la realite.

Les concepts d'<< action humanitaire >>, d'<< aide humanitaire >> et de << secours humanitaire >> different, de maniere subtile mais definitive.

Le secours est une reponse urgente a une situation de catastrophe, d'origine naturelle, politique ou sociale dont les consequences mettent en peril la vie des etres humains. L'aide humanitaire englobe un concept plus large, a savoir l'aide sous forme d'operations prolongees pour les refugies et les deplaces internes qui vise a freiner la decomposition du tissu economique et social et a etablir des bases pour la reintegration et le developpement futur (2). L'action humanitaire englobe de plus les aspects << d'advocacy >> ou de defense des droits, y compris la denonciation publique des injustices (3).

Ces differences, loin d'etre semantiques ou purement operationnelles, refletent differentes conceptions ethiques et politiques ainsi que les objectifs des differents acteurs humanitaires.

Etxebarria (4) identifie trois points de vue ethiques fondamentaux qui regissent l'action humanitaire des agences de cooperation : a) L'ethique de l'auto-interet intelligent, qui admet l'existence d'inevitables relations d'interdependance a cause de l'inegalite entre pays developpes et en developpement. L'objectif ethique consiste a obtenir le bien-etre pour le plus grand nombre de personnes, etant donne que cette interdependance mene chacun a veiller au bien-etre des autres. En effet, la misere d'autrui provoquera des pressions et de la violence envers l'individu, tandis que le bien-etre d'autrui rejaillira sur celui de l'individu; b) L'ethique de la justice postule qu'il existe des relations d'interdependance, mais qu'elles sont asymetriques et inegales, produits de structures qui menent a la pauvrete et a l'oppression; c) L'ethique de la solidarite engage l'adhesion a la cause des defavorises. La position morale est caracterisee par une partialite favorable a ces derniers pour parvenir a l'egalite pour tous.

Au-dela de la legislation, qui entraine des obligations indeniables pour les Etats qui y souscrivent, il est necessaire, pour debattre de la legitimite ethique de la cooperation, de se pencher sur les actions realisees et les relations d'interdependance qu'elles engendrent. Il ne suffit pas d'analyser la pertinence de ces actions d'un point de vue technique, il est aussi necessaire d'analyser l'ensemble des pratiques solidaires qui composent la cooperation a la lumiere de l'ethique de la justice.

Le contractualisme Rawlsien

Bien que toutes les theories de la justice acceptent que toutes les personnes doivent etre traitees avec le meme respect et la meme consideration, il existe des grandes divergences selon les differentes interpretations de ce que signifie << traiter les personnes de maniere egale >>. Ainsi, Rawls (5) developpe une conception de la justice comme base morale pour les nations democratiques. L'idee centrale est que tous les biens sociaux de base--liberte, opportunites, revenus et richesse--et les bases sociales du respect envers soi-meme doivent se distribuer de facon egalitaire, a moins qu'une distribution inegale soit en faveur des moins bien lotis.

Malgre que les concepts exprimes dans la Theorie de la Justice laissent clairement penser que la priorite est a donner aux plus demunis, a tel point qu'il semble plus important d'ameliorer legerement la situation de ceux qui souffrent le plus, plutot que d'ameliorer davantage la situation des mieux lotis, les ecrits de Rawls sur la justice internationale presentent des concepts d'egalitarisme manifestement differents (6). Dans le domaine international, les inegalites socio-economiques devraient etre reglees non pas par un principe de justice distributrice mais plutot par un << devoir d'assistance >> (5,6). Rawls defend cette difference au niveau national et etranger par trois arguments : 1) un principe egalitaire de justice ne peut s'integrer au droit des peuples parce que ce qu'on appelle les << societes hierarchiques decentes >> n'accordent probablement aucune valeur a un principe comme celui-ci pour leurs propres institutions nationales; 2) les facteurs responsables de l'inegalite et de la pauvrete globale sont surtout propres aux << societes chargees >>, c'est-a-dire des societes soumises a des circonstances socio-economiques et culturelles defavorables; et 3) les peuples (pas les individus) sont moralement des organismes primaires dans la societe internationale. Des lors, nos compatriotes ont le droit moral d'exiger de nous une consideration speciale envers leur bien-etre, contrairement aux citoyens d'autres Etats qui ne possedent pas cette consideration. La partialite nationale, interpretee de cette facon, entre en contradiction avec l'argument liberal cosmopolite selon lequel une societe internationale juste doit ameliorer le plus possible le bien-etre des moins privilegies a une echelle globale (7). Le liberalisme nationaliste fait appel a cet argument afin de montrer que les principes de justice distributrice ne peuvent s'utiliser dans la resolution des problemes determines par les inegalites economiques entre les Etats les plus riches et les plus pauvres. La solution aux problemes determines par les inegalites economiques au niveau global doit etre etablie selon le principe de solidarite ou du devoir d'assistance.

Si on accepte ces arguments et l'inexistence d'un principe de justice distributrice globale, au niveau international, l'obligation des riches envers les pauvres devrait etre percue comme l'obligation de bienveillance et de charite, et non comme une obligation de justice fondee sur le devoir de corriger les injustices distributrices, generees par des arrangements institutionnels dont les pays riches sont les principaux beneficiaires.

Dans la proposition liberale de Rawls, les personnes ont le loisir d'agir librement pourvu qu'elles ne violent pas le droit fondamental de non-agression envers d'autres personnes. Dans cette perspective, les personnes ont le droit de ne pas etre attaquees, mais elles n'ont pas le droit d'etre aidees. Par consequent, on n'agit pas injustement ou incorrectement si on n'aide pas d'autres personnes dans le besoin (8). Le devoir d'assistance n'est pas tant une reponse a une legitime demande de justice envers ceux qui sont dans une position desavantageuse, mais plutot un acte souhaitable de bienveillance de la part des << societes ordonnees >>.

Les acteurs humanitaires qui adherent a ce principe concoivent leurs actions sur deux axes principaux : a) les populations vulnerables (non pas en tant qu'individus mais en tant que peuples dans le concept Rawlsien) sont partiellement responsables de ce qui leur arrive. Des lors, la souffrance de ce peuple est terrible, emouvante, indigne mais pas necessairement injuste. Par consequent, le devoir de l'action humanitaire est d'assister cette population pour qu'elle soit capable d'ameliorer ses institutions democratiques (et d'ameliorer son destin), d'eviter n'importe quel type d'intrusion dans sa politique nationale et dans ses relations internationales, ainsi que de lui venir en aide avec des ressources et une assistance tant que sa situation de vulnerabilite perdure; b) le moteur de cette aide est la moralite individuelle. Il est moralement souhaitable d'aider les personnes plus fragiles, soumises a une souffrance indesirable et indigne. De nombreuses organisations, une grande partie des agences et la majorite des organismes de financement internationaux acceptent ce modele et par consequent, epousent les grandes lignes de ce que nous avons defini comme les devoirs de secours dans l'urgence et l'aide humanitaire. Ces << humanitaires >> offrent une aide effective, guides selon le principe qu'aider est une option noble et souhaitable. Mais c'est une option, un choix qui reste aux mains de ceux qui offrent l'aide, qui peuvent decider librement ne pas offrir cette aide et qui definissent sa nature et son etendue.

Au dela du contractualisme

Peter Singer affirme que s'il est en notre pouvoir d'eviter un dommage majeur sans sacrifier quelque chose de morale, nous devons le faire (9).

Peter Singer articule ainsi son argumentaire : 1) s'il est en notre pouvoir d'eviter un dommage sans rien sacrifier qui soit d'une aussi grande importance, nous avons l'obligation de le faire; 2) la pauvrete absolue est dommageable; 3) une part de la pauvrete peut etre eradiquee sans rien sacrifier qui soit d'une aussi grande importance morale. Conclusion : nous devons eradiquer une part de la pauvrete absolue. Cette obligation n'est alors pas moins forte que notre obligation de sauver un enfant se noyant dans un etang. Ne pas aider serait mal et intrinsequement equivalent a tuer. Aider n'est alors plus un acte caritatif digne d'eloges, mais une obligation qui s'appliquerait a tout le monde.

Si ce principe moral est si evident, il n'en demeure pas sans controverse. Peter Singer se demande (et on peut se le demander aussi) pourquoi si peu de personnes dans des pays avec une economie relativement plus stable, mettent en place des actions pour combattre la pauvrete, tout en sachant que des millions de personnes souffrent continuellement de la faim. Il identifie plusieurs arguments utilises pour justifier cette non-participation mais nous n'en analyserons que quatre : 1) la premiere obligation des mieux nantis est d'aider leur concitoyens et non les personnes d'origine etrangere; 2) la cause la plus importante de la pauvrete absolue est la surpopulation, et des lors, aider ceux qui en souffrent ne fera qu'augmenter a l'avenir le taux de personnes vivant dans la pauvrete; 3) les actions d'aide sont la responsabilite exclusive des gouvernements; 4) une aide d'un tel degre ne peut etre accomplie que par un saint (10).

Le premier argument auquel se confronte un humanitaire est celui selon lequel nous devons d'abord nous occuper de ceux qui nous entourent, de notre famille, et ensuite des pauvres de notre pays, avant de penser a la pauvrete qui existe dans des pays etrangers. Il s'agit de devoirs que nous avons etant donne les relations sociales que nous maintenons avec les autres membres de notre societe. Par contre, si l'on admet le principe selon lequel les agents moraux reconnaissent qu'ils ont le pouvoir, en posant des choix, d'affecter le bien-etre des autres personnes, le fait que ces << autres >> qui en beneficient puissent etre membres ou pas de la meme communaute morale n'est pas pertinent. Il est injustifie de limiter la portee du bien qui promulgue ces normes aux sujets les plus proches, non seulement nous devrions y inclure les populations lointaines mais aussi les generations futures (10-12).

Dans son approche neo-malthusienne, Hardin13 argumente que la croissance exponentielle des populations pauvres n'est pas correlee a la croissance des ressources. Il fait une comparaison peu heureuse en prenant l'exemple d'un bateau de sauvetage : puisqu'il est impossible d'augmenter le nombre de passagers sinon le bateau de sauvetage coulera, la seule reponse ethique a donner est de refuser plus de personnes. Dans cette logique, Hardin argumente qu'il est peu ethique d'aider les Etats en voie de developpement car cela augmentera l'indice de croissance de la population, augmentant ainsi les requetes globales. Selon lui, la pauvrete dans le monde devient << une forme brutale du controle de la population >> (13). En desaccord avec cette approche, Peter Singer argumente que la surpopulation est un mythe, que les pronostiques de croissance de la population sont faibles et que les pays passent par une << periode de transition demographique >> lorsque le niveau de vie augmente et que l'indice de natalite diminue. De plus, nous savons que les gens souffrent de la faim non pas parce qu'ils sont trop nombreux, mais parce que les terres ne sont pas distribuees equitablement, que les nations developpees manipulent les economies du Tiers monde, que l'Occident gaspille sa nourriture et qu'il n'y pas de distribution equitable de la richesse.

En ce qui concerne la responsabilite de l'etat, Peter Singer est d'avis que les gouvernements des pays riches devraient donner une aide plus significative et inconditionnelle. Mais pour cet auteur, ce raisonnement n'est pas incompatible avec l'action individuelle de donner ce qui est possible, via des initiatives volontaires. Il remarque que l'inaction du groupe n'excuse pas l'inaction individuelle (10), tout comme il ne nous parait pas normal de regarder un enfant se noyer seulement parce que les autres le font.

A l'objection selon laquelle l'obligation d'aider se situe a un niveau tellement eleve que seul un saint pourrait y parvenir, Singer repond que donner un peu de monnaie quand on nous aborde en rue est evidement insuffisant et que quel que soit le montant, le don sera arbitraire. Il propose que dans les pays riches, ceux qui ont un salaire moyen ou au-dessus de la moyenne devraient affecter un dixieme de leurs revenus a la reduction de la pauvrete absolue, a moins qu'ils n'aient des besoins speciaux. Du point de vue d'une ethique raisonnable, ceci est le minimum que nous devrions donner, sachant qu'apporter moins n'est pas correct.

Les acteurs humanitaires qui s'identifient a la position consequentialiste de Singer comprennent que nous avons le devoir d'aider. Ils choisissent probablement le meme type d'action sur le terrain que les liberaux (provision des ressources, accompagnement des populations vulnerables, formations) mais leurs actions de communication, leur politique de ressources humaines en recrutement et leur relation avec les donneurs est clairement differente. Dans leurs campagnes, plutot que de mobiliser l'empathie pour ceux qui souffrent, appelant a la compassion des donneurs, ils font appel au contraire a la responsabilite de la societe pour aider ceux qui, sans avoir pu choisir leur destin, ont ete moins favorises et sont en situation d'extreme necessite. Ces humanitaires rejettent la compassion comme base d'action car elle laisse indemne (dans le discours et dans les faits) les structures sociales et les injustices economiques qui transmettent un message offensif envers les indigents, les decrivant comme des mendiants qui devraient remercier les donneurs au lieu de les respecter en tant que victimes des formes aigues ou chroniques de l'inegalite (14).

Les actions entreprises par ces acteurs humanitaires pourront prendre une forme similaire mais leur pretention a la neutralite morale sera moindre. Leur position politique est determinee face aux conflits et surtout face aux problemes de la pauvrete extreme. Leur message pour la societe et pour les donneurs n'est pas que la pauvrete est triste, mais qu'elle est indigne et evitable.

Passer de la position du liberalisme Rawlsien au consequentialisme implique un changement essentiel dans la comprehension de l'aide humanitaire. Neanmoins, il est possible d'augmenter d'un cran supplementaire cette escalade des responsabilites et ce qu'elles impliquent dans l'action humanitaire.

Une approche du devoir

Selon Thomas Pogge, les habitants des pays a revenus eleves sont les protagonistes de toute une souffrance infligee aux populations pauvres puisqu'ils beneficient des grandes inegalites que les institutions sociales que nous soutenons produisent injustement. Ainsi nous n'avons pas seulement le devoir d'aider si nous le pouvons financierement (devoir positif) mais aussi nous avons le << devoir negatif >> de ne pas blesser (15,16).

La pauvrete globale est une inegalite radicale et une injustice qui implique la violation d'un devoir negatif de la part des bien-nantis. Pogge evoque trois approches possibles qui font appel a des criteres d'injustice differents : 1) les effets des institutions sociales partagees; 2) l'exclusion, sans contrepartie, de l'utilisation des ressources naturelles; et 3) les effets d'une histoire commune violente. Il admet que malgre que ces approches illustrent des philosophies politiques differentes, il n'est pas necessaire de choisir entre elles, si l'on admet les deux theses suivantes : a) premierement, les trois approches considerent l'inegalite radicale existante comme injuste et le maintien de cette inegalite par des moyens coercitifs, comme une violation des devoirs negatifs; et b) deuxiemement, les trois approches s'accordent sur le fait qu'une reforme realisable est un grand pas vers la justice.

L'hypothese centrale de Pogge est que les citoyens des pays developpes sont activement responsables de la condition de vie des personnes les plus vulnerables des pays les plus pauvres. Il rappelle que cette pauvrete massive n'est pas due a une penurie globale et que le seuil international de pauvrete correspond aujourd'hui a environ 10 dollars US par personne par mois (17). Les 1,2 milliard de personnes qui vivent sous ce seuil ont ainsi un revenu annuel d'environ 100 milliards de dollars. A l'inverse, les revenus nationaux des 23 pays a haut revenus de l'OCDE (852 millions de citoyens) atteignent plus de 24 trillions de dollars US (18). Pour Pogge, on ne peut nier que la distribution des revenus et l'abondance sont fortement influencees par les institutions economiques, qui regulent la distribution d'un produit social genere de facon commune. Ainsi le mouvement mondial des capitaux, les dettes nationales et le commerce international affectent dramatiquement les pays pauvres. Nos choix de consommation peuvent determiner le prix de leurs aliments et les opportunites de travail. En tant que citoyens de pays developpes, nous participons a un ordre social determine qui etablit des conditions par lesquelles une pauvrete extreme, evitable, se maintient et nous sommes des lors responsables du tort que nous infligeons aux plus faibles. Pogge nous rappelle aussi notre responsabilite dans la production des conditions qui ont mene a la pauvrete des populations a travers l'histoire et en particulier celles provenant des periodes coloniales (19).

Selon Pogge, l'ordre institutionnel actuel viole les droits humains car il empeche des millions de personnes des pays pauvres de beneficier pleinement des droits fondamentaux, alors que cette restriction pourrait etre raisonnablement evitee par un ordre institutionnel alternatif. Si l'on accepte cette proposition, le devoir moral d'aider est imperatif (vu que le devoir negatif est d'amoindrir ou de ne pas faire de mal) mais en outre, l'accent doit principalement etre mis sur le fait que les catastrophes auxquelles sont soumises les populations vulnerables (la pauvrete, la violence et leurs consequences) ont des causes identifiables et de ce fait, des responsables identifiables.

Les acteurs humanitaires qui acceptent cette philosophie politique ne pourront clairement pas se limiter aux actions d'aide humanitaire. S'ils acceptent que la pauvrete et ses consequences sont liees a un ordre economique et politique mondial modifiable, leur devoir ne peut se limiter a une aide, sous quelle forme que ce soit, mais ils devraient exiger une action permanente et engagee pour changer cet ordre economique et politique global qui impose un ordre social injuste aux populations les plus vulnerables. C'est pour cela que ces acteurs (qui incluent principalement les organisations que l'on appelle de << nouvel ordre >> et une grande partie du mouvement des << French Doctors >>) savent que leur devoir est l'action humanitaire, qui comprend des composantes de temoignage, de denonciation et d'<< advocacy >>, plus que l'aide humanitaire en tant que telle. Ce sont des organisations profondement politiques qui militent activement pour interpeller tous ceux qui sont consideres comme responsables d'un ordre social injuste, tant au niveau des elites locales qu'au niveau des pays developpes. Pour ces organisations, l'aide est essentielle mais insuffisante. Non seulement, la pauvrete devrait etre compensee par ceux qui ont le plus, mais les relations institutionnelles globales qui menent a l'existence de cette pauvrete extreme devraient etre modifiees. Elles font donc appel a leurs donneurs non seulement pour qu'ils agissent selon la responsabilite du devoir positif mais egalement pour qu'ils interpellent les societes qu'ils soutiennent afin qu'elles cessent les dommages aux populations les plus vulnerables.

CONCLUSION

Les differentes positions sur les notions de justice globale que nous avons exposees n'epuisent evidemment pas l'etendue des arguments sur la justice distributive, les droits humains et la responsabilite des citoyens globalement mieux lotis vis-a-vis des pauvres. Toutes ces differentes positions font l'objet d'intenses debats dans le domaine du droit, de la bioethique et de la philosophie politique. Toutefois, nous pensons que les arguments de Rawls, Singer et Pogge demontrent trois positions paradigmatiques pour le fondement des formes du << que faire humanitaire >>.

Ce qui est evident, c'est que les differents modeles d'action humanitaire repondent a des definitions philosophiques et politiques tres differentes, et pas uniquement a differentes pratiques. Nous devons tenir compte de cela face a la demande de professionnalisation de l'action humanitaire de differents secteurs.

Nous ne pouvons pas faire de l'action humanitaire de n'importe quelle maniere, parce que quand on fait de l'action humanitaire, un modele ideologique est choisit, ce qui implique une maniere de comprendre la justice internationale. Pour nous, cette action humanitaire doit s'accompagner d'un solide rapprochement ethique, qui s'imbrique intrinsequement a un volet technique mais aussi politique. Meme si nous avons nos propres convictions et optons par un des modeles, nous ne pretendons pas que ce soit le << meilleur >>. Nous postulons qu'idealement, les intervenants de l'action humanitaire doivent avoir en tete et clarifier les tenants et aboutissants ideologiques qui la sous-tendent. En effet, selon Etxebarria (4), << l'action humanitaire qui ne provient pas du souffle moral, honnete et reflechi, a perdu son ame, a laisse d'etre ce qu'elle dit etre, en definitive, elle trahit les victimes, ce qui est le plus important >>.

Recu : 7 avril 2010

Accepte : 20 decembre 2010

REFERENCES

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(2.) Borto J, Nicholds N, Benson C, Dhiri S. NGOs and Relief Operations: Trends and Policy Implications, ESCOR Research Study R47774. Londres, RU : ODI, 1,994

(3.) Bouchet-Saulnier F. Dictionnaire pratique de droit humanitaire. Paris, France : Decouverte, 1998.

(4.) Etxebarria X. Etica de la accion humanitaria. Bilbao, Publicaciones Universidad de Deusto, 1999;10.

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(12.) Singer P. The Bread Which You Withhold Belongs to the Hungry. Attitudes to Poverty. Inter-American Development Bank. Sur Internet : http://www.iadb.org/etica/documentos/ dc_sin_elpan-i.htm (consulte le 11 juin 2008).

(13.) Hardin G. Lifeboat Ethics: The Case Against Helping the Poor. Garrett Hardin Society, 1974. Sur Internet : http://www.garretthardinsociety.org/ articles/art_lifeboat_ethics_case_against_helping_poor.html (consulte le 11 mars 2008).

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(15.) Pogge T. Recognized and violated by international law: The human rights of the global poor. Leiden J Int Law 2005;18:717-45.

(16.) Pogge T. Real world justice. J Ethics 2005;9:29-53.

(17.) Pogge T. World Poverty and Human Rights. Cambridge: Polity Press, 2002.

(18.) UNDP, Human Development Report, 2002;165.

(19.) Pogge T. Responsibilities for poverty-related ill health. Ethics Int Affairs 2002;16.

Silvia Quadrelli, M.D., Ph.D. [1], Henri Colt, M.D. [2], Camilo Garcia, M.D. [3]

[1.] Instituto de Investigaciones Medicas Alfredo Lanari, Universidad de Buenos Aires, Buenos Aires, Argentine; Medecins du Monde International

[2.] University of California Irvine Medical Center, Irvine, CA, USA--World Bronchology Foundation

[3.] Institut Jules Bordet, Universite Libre de Bruxelles, Bruxelles, Belgique; Membre fondateur de Medecins du Monde-Argentine

Auteur responsable pour la correspondance : Dr Camilo Garcia, Departement de Medecine Nucleaire, Institut Jules Bordet, Universite Libre de Bruxelles (ULB), Rue Heger-Bordet, 1, B-1000 Brussels, Belgium, Tel. : 00-32-2-541-3240, Telec. : 00-322-541-3224, Courriel : camilo.garcia@bordet.be

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Title Annotation:ETHIQUE ET SANTE PUBLIQUE
Author:Quadrelli, Silvia; Colt, Henri; Garcia, Camilo
Publication:Canadian Journal of Public Health
Article Type:Report
Geographic Code:1CANA
Date:May 1, 2011
Words:3939
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