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L'eremitisme en Nouvelle-France et la vocation singuliere de Toussaint Cartier au XVIIIe siecle.

Resume: Au siecle des Lumieres, l'eremitisme est un phenomene marginal pour l'Eglise catholique qui lui prefere les ordres missionnaires. Le cas de Toussaint Cartier, qui vecut sur l'ile Saint-Barnabe au large de Rimouski de 1728 jusqu'a sa mort en 1767, pourrait a priori donner a penser que la Nouvelle-France etait plus favorable a ce type de vocation. Or, tel n'est manifestement pas le cas : le temoignage du marquis de Montcalm, la condamnation de l'eremitisme par le pape Benoit XIV, le cas de l'ermite de Trois-Pistoles au debut du XVIIIe siecle et les dispositions de l'ancien droit civil a l'egard des ermites constituent autant de points de vue qui eclairent d'un jour nouveau la vocation enigmatique et problematique de Toussaint Cartier pour les institutions de son temps.

Abstract: In the eighteenth century, hermetism was a marginal phenomenon for the Catholic Church, which favoured the missionary orders. The case of Toussaint Cartier, who lived on the island of St. Bamabe off the coast of Rimouski from 1728 until his death in 1767, might lead us to infer that New France was more tolerant of this type of vocation. Now, such was manifestly not the case, as is obvious from the testimony of the marquis de Montcalm, the condemnation of hermetism by Pope Benedict XIV, the case of the hermit of Trois-Pistoles in the early eighteenth century, and provisions regarding hermits in the old civil law. All these points of view shed new light on the enigmatic and problematic vocation of Toussaint Cartier for the institutions of his time.

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Toussaint Cartier, cet ermite qui vecut au large de Rimouski sur l'ile Saint-Bamabe de 1728 a 1767, n'a cesse d'intriguer les historiens, les erudits, les poetes et les ecrivains depuis sa mort (2). La rarete des sources produites de son vivant joue evidemment pour beaucoup dans cette fascination exercee par le personnage entre dans la legende par la grande porte de la litterature deux ans a peine apres sa disparition (3). Des 1769, en effet, la romanciere britannique Frances Brooke le mettait en scene dans son roman epistolaire The History of Emily Montague. Encore recemment, l'ecrivain Jacques Poulin, dans Les Grandes Marees (1978), se faisait l'echo de l'une des nombreuses versions de l'histoire de l'ermite (4). Cette curiosite durable pour le solitaire tient pour une part dans la nature insolite de sa vocation d'ermite en plein siecle des Lumieres (5). Si, de tout temps, la saintete a pu susciter l'admiration ou l'etonnement, le cas de Toussaint Cartier va plus loin, en ce qu'il constitue un defi aux pratiques et aux normes religieuses de son temps. C'est que l'eremitisme au XVIIIe siecle constitue un modele de vie reprouve par l'Eglise catholique qui lui preferait la vie monastique d'une part et les ordres missionnaires d'autre part. L'exception de l'ermite de Saint-Barnabe peut donner l'impression a premiere vue que la Nouvelle-France etait plus propice a cette forme de pratique religieuse, en raison de son faible peuplement et de la solitude de son immense territoire. Des son premier voyage en Nouvelle-France, Mgr de Saint-Vallier avait d'ailleurs ete frappe par la ressemblance du mode de vie des colons avec celui du christianisme primitif, age d'or de l'eremitisme et des peres du desert (6). De ce point de vue, il est tentant de faire de l'ermite, a l'instar d'Yvon Migneault (7), un modele de devotion solitaire parfaitement orthodoxe. Mais une telle reverie sur la Nouvelle-France comme pepiniere d'anachoretes est dementie par le contexte dans lequel vecut Toussaint Cartier. En effet, les principales institutions de l'epoque entretenaient une mefiance, sinon une franche hostilite a l'egard de l'eremitisme. Aussi bien pour l'administration coloniale, pour le pouvoir pontifical, pour l'autorite episcopale que pour la justice civile, la vie solitaire constituait une singularite, sinon une excentricite difficilement justifiable. C'est ce qu'entend montrer le present article, en s'appuyant sur le temoignage du marquis de Montcalm, sur la condamnation de l'eremitisme par le pape Benoit XIV, sur le cas de l'ermite de Trois-Pistoles au debut du XVIIIe siecle et sur les dispositions de l'ancien droit civil a l'egard des ermites : autant de points de vue qui eclairent d'un jour nouveau la vocation enigmatique et problematique de Toussaint Cartier en son siecle.

1. Le marquis de Montcalm et l'ermite par devotion ou singularite

Le seul temoignage sur Toussaint Cartier que nous ait laisse un de ses contemporains emane de Louis-Joseph de Montcalm-Gozon (1712-1759), marquis de Saint-Veran, mieux connu sous le nom de marquis de Montcalm. Malgre sa brievete, ce temoignage est precieux en ce qu'il donne a lire l'incomprehension d'un responsable de l'administration coloniale face a la vocation de l'ermite. Envoye a Quebec en 1756 comme commandant des troupes francaises en Amerique du Nord pendant la guerre de Sept Ans, le marquis fut nomme lieutenant general a l'automne 1758. Celebre surtout en raison de sa mort, il perdit la vie lors de la bataille des Plaines d'Abraham le 14 septembre 1759.

Des les debuts de son sejour dans le Nouveau Monde et jusqu'a sa mort, l'officier militaire tint un journal qui constitue une source privilegiee sur cette periode decisive qui marqua la fin du Regime francais. Le diariste avait pour dessein de consigner tous les renseignements susceptibles de lui servir dans l'exercice de ses responsabilites militaires, en particulier pour ce qui est de la defense de la colonie en cas d'invasion. Les notations sont caracterisees par une exactitude que l'on pourrait qualifier, s'il ne s'agissait pas en l'occurrence d'une redondance, de militaire. A l'entree du 6 mai 1756, Montcalm consacre quelques lignes a Rimouski. Parti le 5 mai de Riviere-au-Renard, son equipage avait fait voile toute la journee avant de faire escale entre l'ile Saint-Barnabe et l'ile du Bic le soir venu. Etonne de voir encore de la neige sur la cote et surpris par le temps particulierement froid qui sevissait encore a cette periode de l'annee, l'officier releve que la seigneurie compte 36 familles, qu'il s'agit d'une mission des Recollets et que le seigneur en titre se nomme Lepage. Les dimensions de l'ile qu'il estime a une lieue et un quart de large, c'est-a-dire environ cinq kilometres, sont exactes a un kilometre pres. Il conclut en decrivant l'ile au large de Rimouski:
   L'ile Saint-Barnabe a une lieue et un quart de long, elle est la
   dependance de la seigneurie de Rimouski et elle est habitee par un
   gentilhomme breton des environs de Morlaix qui, par singularite ou
   devotion, y mene la vie d'un ermite, et se sauve meme dans les
   bois, si on cherche a l'aborder lorsque les batiments y mouillent
   (8).


Ne serait-ce que par son souci de la precision et sa recherche de l'exactitude, le temoignage de Montcalm sur Toussaint Cartier merite d'etre considere attentivement, et cela bien que l'officier n'ait sans doute pas rencontre l'ermite en ce jour du 6 mai, puisque, arrive a neuf heures du soir, le navire repartit des le lendemain matin a quatre heures. Comme responsable militaire toutefois, le marquis de Montcalm disposait d'informateurs, au sein de l'administration coloniale ou parmi les marins charges du ravitaillement.

Compte tenu de l'importance de la hierarchie dans la societe d'Ancien Regime, il n'est pas etonnant que l'officier note la condition de gentilhomme de l'ermite, tout comme son origine geographique, dans les environs de Morlaix en Bretagne, dans l'actuel departement du Finistere. Par contre, il est surprenant qu'il n'evoque pas le nom de l'ermite, comme il le fait pour le seigneur. Est-ce parce qu'il ignore son nom? Est-ce que parce qu'il soupconne que Toussaint Cartier ne serait pas sa veritable identite? Sans indication explicite du diariste, on ne peut que speculer. Le plus revelateur est cependant l'incomprehension que manifeste le marquis de Montcalm a l'egard de la vocation eremitique. Pareille reaction montre que le choix de Toussaint Cartier apparait sinon suspect, du moins enigmatique aux yeux d'un contemporain. L'hesitation entre les deux motifs avances, la singularite et la devotion, eclaire l'etat d'esprit du XVIIIe siecle sur la question. Sans etre un philosophe des Lumieres et encore moins un anticlerical, le marquis de Montcalm ne peut s'empecher d'etre dubitatif et d'accorder implicitement sa preference a la premiere des deux hypotheses, comme si la devotion ne pouvait s'envisager que comme explication de dernier recours.

Le terme de singularite utilise pour decrire la vocation de l'ermite est clairement pejoratif dans le contexte des Lumieres. L'article de Y Encyclopedie de Diderot et d'Alembert, redige par Louis de Joncourt, definit la singularite comme << une affectation de moeurs, d'opinions, de manieres d'agir ou de s'habiller, contre l'usage ordinaire >> (9). Si les philosophes valorisaient la singularite d'un homme capable de s'affranchir des prejuges communs et de l'opinion de la majorite pour suivre la raison, le marquis de Montcalm ne prete cependant pas une telle attitude a l'ermite. Par l'emploi du terme, il entend plutot la singularite vicieuse denoncee par Y Encyclopedie comme ce qui fait agir les hommes << contre les lumieres de la raison >> et qui les porte a se distinguer << par quelques niaiseries >> (10). Une telle singularite est decelable dans l'excentricite des habits, des manieres et du discours. Aux yeux du diariste, Toussaint Cartier etait sans doute singulier par la sobriete excessive de son habillement, le refus de rencontrer ceux qui venaient l'aborder et le silence qu'il s'imposait volontairement.

En definitive, l'hesitation de Montcalm est d'autant plus revelatrice qu'il se montre generalement peu disert dans son journal. Si l'eremitisme avait ete un etat communement pratique et admis en son temps, en France comme en Nouvelle-France, le diariste se serait contente de noter l'etat du solitaire, sans le commenter. Or, tel n'est cependant pas le cas, puisqu'il prend la peine d'insister sur sa nature asociale et qu'il cherche a offrir une explication plausible a une situation qui defie sa comprehension.

2. Benoit XIV et la condamnation des << abeilles sans reine >>

Certes, le marquis n'etait pas un ecclesiastique et on pourrait etre tente de mettre son incomprehension sur le compte d'un manque de foi ou d'une meconnaissance des pratiques de piete les plus exigeantes de son temps. Mais l'attitude de l'officier est loin d'etre isolee, puisque la legitimite de l'eremitisme est contestee jusqu'au sommet de l'autorite ecclesiale, par le pouvoir pontifical lui-meme. C'est qu'il appartient en fait a une epoque revolue, celle des premiers chretiens et des peres du desert dont saint Antoine le Grand offre le modele le plus acheve. A cette forme de vie religieuse se substitua tres rapidement le monachisme qui offrait l'avantage de proposer aux candidats a la solitude le soutien et la vigilance des autres moines et l'autorite d'un superieur, selon le paradoxe propre a la vie monastique qui consiste a regrouper en une communaute des religieux qui, selon le sens etymologique du mot moine, sont << seuls >>. Certes, il existait a l'epoque de Toussaint Cartier, dans certaines communautes comme les Benedictins, un statut a part d'ermite pour les meilleurs d'entre eux, mais de tels ermites, tout en vivant en marge de la communaute, y appartenaient a part entiere, participaient aux offices et relevaient de l'autorite du superieur. Il existait en outre certains ordres religieux dont le nom faisait reference a l'eremitisme, par exemple les Ermites Camaldules, fondes au XIe siecle par Romuald de Ravenne. En depit de leur nom et de l'austerite de leur regle, les Ermites Camaldules constituaient cependant un ordre monastique. Enfin, il arrivait souvent, sous l'Ancien Regime, que de simples mendiants cherchent a se faire passer pour ermites, pour mieux demander la charite. Quant a la situation specifique de la Nouvelle-France, terre de mission par excellence, la vocation religieuse la plus commune etait, comme chacun sait, l'appartenance aux ordres missionnaires comme les Jesuites ou les Recollets. Mais, n'y avait-il donc aucune place pour le laic devot qui voulait se retirer dans la solitude simplement << pour faire son salut >> (11), comme Joseph-Charles Tache l'ecrira avec emphase a propos de Toussaint Cartier?

Il semble bien que non, si l'on en juge par la position de Benoit XIV qui fut pape de 1740 a 1758, pendant presque la moitie des 39 annees que Toussaint Cartier vecut en ermite sur l'ile Saint-Barnabe. Le pontife publia en 1748 un traite sur le synode diocesain, dans lequel il definit, a l'usage des eveques, des regles claires sur la maniere de separer le bon grain de l'ivraie en matiere d'eremitisme. A ses yeux, il existait quatre categories d'ermites, dont seules trois etaient parfaitement legitimes : 1) les religieux qui appartenaient a l'ordre des Ermites Camaldules ; 2) les ermites qui, sans etre religieux, vivaient dans une congregation selon une regle approuvee par l'eveque; 3) les ermites qui, sans etre religieux ni appartenir a une congregation, recevaient l'habit d'ermite de l'eveque; 4) les usurpateurs qui revetaient, de leur propre initiative, des vetements d'ermite et qui, sans etre lies au service de l'Eglise et sans autorisation legitime, choisissaient la vie solitaire. Apres avoir souligne que l'eveque de Gerone interdisait, sous peine d'excommunication, de porter des vetements d'ermite sans autorisation expresse, Benoit XIV conclut ainsi, a propos des faux ermites qui ne sont places sous l'autorite d'aucun superieur, abbe ou eveque : Severiores etiam leges adversus eosdem Eremitas, tamquam apes sine rege (12) [...]. Les lois sont encore plus severes contre ces ermites qui sont comme des abeilles sans reine.

Le cas de Toussaint Cartier relevait-il de cette quatrieme categorie d'ermites illegitimes? Il est permis de le penser, dans la mesure oo les archives produites de son vivant, en particulier l'acte de donation du 15 novembre 1728 qui definit les termes de son sejour sur l'ile, ne mentionnent ni appartenance a un ordre religieux ni une quelconque dispense expresse de l'eveque qui aurait permis de regulariser sa situation, en regard des exigences de Benoit XIV. Les multiples references au droit canonique qu'il allegue montrent du reste clairement que cette distinction existait depuis longtemps et que, par consequent, des les annees 1720, Toussaint Cartier pouvait etre considere comme une << abeille sans reine >> .

3. Dom Poulet, faux ermite et vrai janseniste

S'il ne fait pas de doute que la regle definie par Benoit XIV est claire, on peut se demander dans quelle mesure elle etait appliquee en son temps, surtout dans le contexte particulier du diocese de Quebec dont relevait alors la mission de Rimouski, situee a plus de 300 kilometres et accessible uniquement par la voie maritime? Le cas de Georges-Francois Poulet (13) qui vecut en Nouvelle-France de 1715 a 1718 est eclairant de ce point de vue, par sa proximite temporelle et geographique avec l'ermite de Saint-Barnabe. L'homme vecut en effet a une cinquante kilometres de Rimouski, pres de dix ans avant l'arrivee de Toussaint Cartier sur son ile. Des son arrivee dans le Nouveau Monde, dom Poulet, moine benedictin, revetit l'habit laic, prit le nom de M. Dupont et vecut comme ermite d'abord a Cap Saint-Ignace, puis au bord de la riviere Trois-Pistoles, avec le soutien du seigneur de l'endroit, Nicolas Rioux. Prevenu par son superieur de la presence dans son diocese de ce religieux acquis aux idees jansenistes, Mgr de Saint-Vallier reagit immediatement avec la plus grande severite, sans doute dans le but de faire un exemple et de montrer qu'il etait lui-meme hostile au jansenisme, alors qu'il avait ete, quelques annees auparavant, accuse par les jesuites de Quebec d'adherer a cette heresie condamnee par le pouvoir pontifical en 1713 par la bulle Unigenitus (14). L'eveque convoqua le moine defroque a Quebec pour le contraindre d'une part a s'amender de son apostasie en reprenant l'habit religieux et d'autre part a abjurer l'heresie janseniste. Decrit par son superieur benedictin comme un homme plus simple d'esprit que mal intentionne, dom Poulet, s'il reprit bien l'habit religieux, s'obstina cependant dans son jansenisme, si bien que l'eveque dut se resoudre a le renvoyer en France. Avant d'etre expulse, le moine defroque s'embarqua toutefois de facon clandestine sur un navire en partance vers l'Europe et s'enfuit aux Pays-Bas. Il publia une relation de ses tribulations en Nouvelle-France, dans laquelle il accable tout particulierement l'eveque et les Jesuites de Quebec.

La mere Juchereau de Saint-Ignace, qui a connu le faux ermite de Trois-Pistoles, a laisse un temoignage sur l'individu et son mode de vie. La ressemblance avec ce que l'on sait de Toussaint Cartier est frappante, a cette difference pres que l'ermite de Saint-Barnabe ne semble pas avoir evite les sacrements ni la communion frequente que refusaient les jansenistes :
   Il se fit dresser dans le bois une petite cabane, a une lieue et
   demye des habitations ; il y mena une vie tres dure et venoit chez
   ses plus proches voisins chercher du pain et des pois qui faisoient
   toute sa nourriture. Il trainoit luy meme son bois, etoit vetu
   comme un hermite, se prostemoit devant tous ceux qu'il rencontrait,
   leur baisoit les pieds et leur disoit quelques paroles edifiantes ;
   il passoit pour un saint dans l'esprit de plusieurs quoy qu'il
   n'approchat point des sacrements (15).


Malgre l'evidente hostilite de la superieure des Hospitalieres de l'Hotel-Dieu de Quebec, la description qu'elle donne de la vie solitaire de dom Poulet concorde avec le recit qu'il publia une fois de retour en Europe. D'abord, l'inconfort de son ermitage et la durete de ses conditions de vie donnent a penser qu'il s'agit non pas d'un choix librement consenti, mais de la vie d'un fugitif :
   Cette cabane avait ete faite a la hate, la terre etait des lors
   fortement gelee. Il etait tres difficile d'en avoir pour bien
   terrasser la cabanne [sic]. La neige qui fondait sur le toit
   degoutait [sic] par le dedans continuellement. Je ne pouvais en
   certains jours trouver le moindre espace pour coucher a sec. Une
   autre incommodite de cette cabane : il y fumait considerablement.
   J'etais oblige de laisser la porte ouverte toute la nuit pour ne
   pas courir risque d'etouffer, je courais un autre risque qui etait
   de geler (16).


Ensuite, le recit du benedictin fait voir l'accueil enthousiaste reserve aux ermites dans les seigneuries excentrees comme Trois-Pistoles, oo, faute de paroisse, il n'y a pas de cure, mais seulement des missionnaires de passage. L'hospitalite du seigneur Rioux en particulier n'est pas sans annoncer celle que le seigneur Lepage reservera a Toussaint Cartier une decennie plus tard :
   La famille de monsieur Riou (seigneur des Trois-Pistoles) me recut
   avec toute la cordialite possible. Des que je voulus, on me mena
   voir tout le terrain de la seigneurie qui est de trois lieues de
   front pour que je marquasse celuy que j'agrerais [sic] le plus. Il
   m'en fut donne une lieue entiere, et on se mit sans delai a me
   loger d'une maniere qui me mettait a couvert des froids excessifs
   et des neiges infinies qu'il y a dans le Canada (17).


Enfin, la relation de dom Poulet montre a quel point la demarche eremitique s'inscrit dans une volonte de renouer avec le christianisme primitif et d'en restaurer l'exigence et l'austerite, autant de traits partages par Toussaint Cartier et qui sont souvent sentis a l'epoque comme jansenisants, sans constituer une preuve suffisante en soi de jansenisme :
   Je vecus l'espace de deux annees seul et inconnu, content et
   tranquille, approchant du plus pres qu'il m'etait possible de
   l'ancienne simplicite de nos premiers peres, suivant de point en
   point la regle de saint Benoit, pratiquant l'hospitalite a l'egard
   des Sauvages comme a l'egard des Francais, en la maniere que saint
   Benoit l'ordonne, m'occupant l'esprit des choses eternelles,
   accoutumant le corps a desceler [sic] le bois, defricher la terre
   et en me faisant a toutes les fatigues inevitables dans les pais
   incultes et deserts (18).


Le cas de dom Poulet montre que l'eremitisme n'etait pas seulement condamne de facon theorique par le pouvoir pontifical, mais qu'il etait aussi concretement reprime par l'autorite episcopale. Certes, le cas du faux ermite de Trois-Pistoles est complique par le fait qu'il s'agit non seulement d'une abeille sans reine, mais aussi d'un moine qui avait jete son froc aux orties et d'un janseniste qui refusait d'abjurer sa croyance. Mais cet exemple, si proche dans le temps et dans l'espace de Toussaint Cartier, souligne a quel point l'eremitisme, loin d'etre la norme dans la vie religieuse du temps, constitue une exception qui peut, parfois, etre l'indice d'une forme d'heterodoxie. Est-ce a dire que l'ermite de Saint-Barnabe etait janseniste? Rien bien sur ne permet de l'affirmer. Mais les ressemblances multiples entre l'ermite de Rimouski et l'ermite de Trois-Pistoles devraient a tout le moins nous mettre en garde contre toute explication univoque et simple de l'enigme de Toussaint Cartier. A l'evidence, il s'agit d'un cas complexe et problematique qu'on ne saurait resoudre en pretendant que l'ermite de Saint-Barnabe etait un nouveau Francois d'Assise ou un second Rance (19).

4. Mort au monde, mais bien vivant aux yeux de la justice

Pour completer ce tableau, il faut enfin evoquer le regard que porte la justice civile sur l'eremitisme. Ce point est d'autant plus important qu'il pourrait etre tentant de recourir a une notion de l'ancien droit, celle de mort civile, pour expliquer la discretion de Toussaint Cartier sur ses motivations a se faire ermite, la rarete des documents d'archives a son sujet ou encore le fait que, dans les actes conserves, le solitaire affirme ne pas savoir ecrire. Autant de phenomenes qu'il faudrait alors mettre au compte de sa decision de renoncer au monde et d'etre considere en regard de la justice comme quelqu'un qui n'a plus de droits ni de personnalite juridique, a l'egal d'un mort, bien qu'etant encore en vie. Pareille mort civile entrainait pour l'individu qui en etait frappe l'impossibilite de se representer soi-meme devant la justice civile, ce qui etait le cas des membres du clerge, soumis au droit ecclesiastique et representes juridiquement par leur superieur ou par l'eveque de leur diocese. Pareille mort au regard du monde aurait pu l'amener a se depouiller de toutes les vanites humaines, y compris de la libido sciendi, en affirmant par modestie ne pas savoir ni lire ni ecrire.

Toussaint Cartier aurait-il pu pretendre << ne savoir signer (20) >>, comme il le declare, entre autres, dans l'acte de mariage de Pierre Laurent et Marie Halard en 1729, parce qu'il etait mort civilement? Une telle possibilite est exclue par le droit d'Ancien Regime. Le juriste Francois Richer est l'auteur d'un Traite de la mort civile, publiee en 1755, qui consacre toute une section a la question des ermites. Malgre sa longueur, ce passage merite d'etre ici cite in extenso, puisqu'il constitue en quelque sorte la clef de voute de la contestation dont faisait l'objet l'eremitisme au XVIIIe siecle :
   Par Hermite on entend en general un homme qui, rompant tous les
   liens de la nature et de la societe, se retire seul dans le fond
   d'un desert, pour ne s'occuper que de l'autre monde. On en
   distingue de deux sortes. Les uns vivent absolument seuls, sans
   etre en societe ni en communaute avec personne, et sans faire
   aucune espece de voeux, ni par consequent sans contracter aucun
   engagement. Lorsqu'ils ne sont point dans les ordres sacres, on les
   met au rang des laiques et seculiers, ils sont soumis en tout a la
   juridiction seculiere. Quand ils sont engages dans l'etat
   ecclesiastique, ils n'ont d'autre superieur que l'eveque diocesain:
   mais ils sont exactement dans le rang des autres citoiens, et
   capables de tous les effets de la vie civile, sans en excepter un
   seul. C'est le sentiment unanime des auteurs qui ont eu occasion de
   parler de cette matiere. Il est inutile de les citer. Il suffit
   d'avertir le lecteur qu'il n'y en a aucun qui s'ecarte de l'opinion
   generale. On trouve cependant des arrets qui ont juge le contraire.
   L'auteur du journal des audiences, Brodeau sur Louet, lettre C,
   somm. 8, et Bardet, tome 2, livre 2, chapitre 10, en rapportent
   deux rendus contre un nomme la Noue le 17 fevrier 1633. Dans
   l'espece de cet arret, Jerome de la Noue avoit porte l'habit
   d'Hermite pendant vingt-cinq ans, et le portoit encore lors du
   jugement. Il avoit demeure pendant tous ce tems enferme et reclus
   dans un hermitage qu'il avoit bati sur le mont Valerien pres de
   Paris, et y avoit admis d'autres Hermites avec lui. Il avoit change
   son nom de Bapteme qui etoit Jerome, pour prendre celui de frere
   Seraphin : en un mot, il avoit fait toutes les fonctions de la vie
   heremitique ; quoiqu'il n'eut fait aucun voeu, ni aucune
   profession, qu'il ne se fut soumis a aucune communaute reguliere et
   qu'il se fut meme fait promouvoir a l'ordre de pretrise par
   l'eveque diocesain, sous le titre seculier de cent cinquante livres
   de rente, que son pere lui avoit donnee en attendant sa succession.
   Apres la mort de ses pere et mere, il demanda a etre admis a
   partage avec ses freres et soeurs : par arret il fut mis hors de
   cour sur sa demande ; et neanmoins ses freres et soeurs condamnes a
   lui paier quatre cens livres par an, sa vie durant. On trouve dans
   les annotations sur le Prestre, centurie 3, chapitre 28, un extrait
   du plaidoier de M. Talon, qui porta la parole lors de cet arret. Il
   etablit deux maximes certaines en France : la premiere, que tout
   religieux est incapable d'aucuns des effets civils, et surtout de
   succeder. La seconde, que ce n'est ni le nom, ni l'habit, ni le
   tems qui font le religieux : on n'acquiert cette qualite que par
   des voeux solennels, et par une profession authentique et redigee
   par ecrit. Il ajouta que, generalement parlant, un Hermite ne
   faisant ni voeux ni profession, devoit etre regarde comme capable
   de succeder : mais que, dans l'espece presente, il etoit etrange de
   voir un homme vivre en religieux pendant vingt-huit ans sans etre
   religieux ; qu'on ne scavoit dans quelle categorie le mettre ;
   qu'il etoit a craindre qu'il n'emploiat le bien qu'il demandoit a
   batir et fonder des hermitages, comme il en avoit bati plusieurs.
   De ces raisons, ce magistrat conclut qu'il y avoit lieu de declarer
   la Noue capable de succeder; mais de lui interdire l'administration
   de son bien, ou de lui adjuger seulement une pension sa vie durant
   ; afin qu'en la cause d'un solitaire on prononcat un arret
   solitaire, et qu'il ne put tirer a consequence. Il se pourvut au
   conseil, contre cet arret, par proposition d'erreur : et sur l'avis
   de messieurs les maitres des requetes du 28 Juin 1634 il fut juge
   qu'il n'y avoit point d'erreur. Quelque tems apres, il quitta
   l'habit d'Hermite, et demanda a etre admis a partager la succession
   d'un de ses freres. M. Talon, qui porta encore la parole, dit qu'il
   etoit question de scavoir si l'incapacite prononcee par l'arret de
   1633, etoit inherente a l'habit ou a la personne de la Noue. Si
   elle etoit inherente a l'habit, il devoit etre admis au partage
   qu'il demandoit; puisqu'il ne portoit plus cet habit: mais si son
   incapacite etoit inherente a sa personne, comme il n'y avoit pas
   lieu d'en douter, vu les circonstances qui avoient determine la
   cour ; il devoit etre deboute de sa demande et restreint a la
   pension qui lui avoit ete adjugee. Par arret du 30 Juillet 1697, il
   fut encore mis hors de cour sur sa demande. Bardet, tome 2, livre
   6, chapitre 24. Ces arrets, comme on le voit par les circonstances
   dans lesquelles ils ont ete rendus, ne sont point contraires au
   principe que nous avons etabli : en sorte qu'il est toujours vrai
   de dire que ces sortes d'Hermites sont capables des effets civils.
   Mais on leur interdit quelquefois l'usage de cette capacite,
   suivant l'occurrence des cas, sans la leur oter. Il y a une autre
   espece d'Hermites, qui vivent en communaute, qui suivent une regle,
   et qui font des voeux solemnels entre les mains de l'eveque
   diocesain, ou d'une personne commise par lui. Il est certain que
   ceux-la sont morts civilement (21).


De ce long developpement, on retiendra d'abord la conclusion generale, selon laquelle, un ermite ne saurait etre considere comme mort civilement, sauf s'il appartient a une congregation ou s'il dispose d'une autorisation expresse de son eveque. Sur ce point, le droit civil et le droit canonique sont concordants. Par ailleurs, la question de l'habit, sur laquelle le juriste insiste tout particulierement, montre bien le risque d'usurpation que representait cet etat d'ermite qui, du reste, n'etait pas reconnu institutionnellement. L'habit ne fait pas l'ermite. Comme le souligne le juriste, qui, sur ce point annonce la remarque du marquis de Montcalm sur Toussaint Cartier, il est etrange qu'un ermite vive comme un religieux sans l'etre veritablement, faute d'avoir prononce des voeux. Cette situation ambigue a mi-chemin entre l'etat laic et l'etat religieux pose un veritable defi a la justice d'Ancien Regime, autant qu'au pouvoir civil et religieux.

A l'evidence, Toussaint Cartier n'etait pas frappe de mort civile, puisque, si tel avait ete le cas, il n'aurait pas ete considere comme une partie admissible a un acte juridique quelconque. Or, il apparait, de son vivant, dans trois documents juridiques : 1) l'acte de donation d'une partie de l'ile de Saint-Barnabe du 15 novembre 1728, 2) l'acte de mariage de Pierre Laurent et Marie Halard du 20 avril 1729, 3) l'acte de cession de la partie de l'ile du 24 mars 1764 (22). Mort civilement, Toussaint Cartier n'aurait pas eu a apposer sa marque. C'est plutot la signature de son representant juridique, superieur religieux ou eveque, qui en aurait tenu lieu. Par ailleurs, la mort civile empeche celui qui en est frappe de recevoir un heritage ou d'en transmettre un. Or, l'acte de cession de 1764 est fait precisement pour s'assurer que l'ermite retrocede sa portion de l'ile au seigneur, plutot qu'a un eventuel heritier, ce qui montre que Toussaint Cartier represente un cas comparable a celui de l'ermite du Mont-Valerien, cite par la jurisprudence, dont le droit a heriter et a transmettre un heritage a ete a la source d'une contestation juridique. Le cas de l'ermite de Saint-Bamabe apparait plus clair en comparaison, puisque ce droit de transmettre un heritage lui est reconnu, meme s'il y renonce volontairement en 1728 comme en 1764.

Que faut-il faire alors des nombreux auteurs qui s'acharnent a faire de l'ermite un lettre? Malgre les declarations explicites de Toussaint Cartier sur son incapacite a signer, une veritable legende a ete forgee par les auteurs catholiques du XIXe siecle sur sa culture livresque. L'eveque de Quebec, Joseph Signay, pretend qu'il << s'etait forme une bibliotheque et paraissait bien instruit (23) >>. L'abbe Louis-Edouard Bois, quant a lui, dans son roman laisse inedit et redige avant 1867, imagine que l'ermite disposait d'ouvrages spirituels que lui aurait pretes le pere jesuite Cognait, entre autres Y Introduction a la vie devote de saint Francois de Sales et La vallee des lys de Thomas a Kempis. Il va jusqu'a lui preter une << bibliotheque assez considerable deja, pour le temps d'alors (24) >>. Chez de tels ecrivains catholiques attaches a la valeur exemplaire de la vie de l'ermite, on sent la necessite de construire un personnage qui soit digne de l'ideal ecclesiastique de leur temps, quitte a inventer a posteriori la culture lettree de l'ermite. Outre que l'ermite ne pouvait pretendre etre mort civilement ou illettre par modestie, le fantasme de sa culture lettree se trouve dementie par la preuve materielle apportee par le seul document autographe conserve de lui. Il s'agit de l'acte de cession redige par le recollet Ambroise Rouillard et que toutes les personnes presentes ont signe, << excepte ledit Toussaint qui a declare ne le savoir [et qui] a fait sa marque ordinaire >>. Suivent les signatures et la mention: << Marque de Toussaint Cartier f approuve (25) >>. Le trace hesitant de la croix ne laisse subsister aucun doute, tant il est difficile de feindre une telle gaucherie pour celui qui sait ecrire. Il s'agit indubitablement de la signature d'un analphabete.

Au terme de ce parcours, il apparait clair que la vocation d'ermite de Toussaint Cartier en son siecle constitue un cas limite et problematique, tant l'eremitisme est percu avec suspicion par l'administration coloniale, le pouvoir pontifical, l'autorite episcopale et la justice civile. Il ne s'agit pas pour autant de preter au solitaire des motivations troubles ou inavouables, mais de reconnaitre le caractere enigmatique de son parcours et de refuser les explications simplistes que les auteurs du XIXe siecle ont pu avancer par proselytisme ou par souci d'edification. N'en deplaise a Joseph-Charles Tache, Toussaint Cartier n'est pas devenu ermite simplement pour faire son salut. Si tel avait ete son unique intention, il se serait fait moine ou missionnaire comme nombre de ses contemporains. Pourquoi donc etre devenu quand meme ermite, alors que le siecle des Lumieres encourageait si peu cette vocation ? Sauf a trouver de nouvelles archives, la reponse a une telle question nous echappera peut-etre a jamais. Mais a defaut d'une reponse definitive, il est permis de formuler des hypotheses. C'est du reste ce que des generations d'ecrivains, de poetes et d'historiens ont tente, en tirant parti des pouvoirs de la litterature et de l'imagination.

En guise de conclusion, je me contenterai donc d'evoquer trois de ces hypotheses, sans trancher entre elles et sans pretendre non plus qu'elles epuisent le domaine des possibles ou qu'elles ebauchent meme partiellement la verite sur l'ermite de Saint-Barnabe. Dans son roman epistolaire, Frances Brooke imagine que Termite, originaire de Bretagne, se serait marie clandestinement avec sa bien-aimee avant de s'enfuir au Nouveau Monde, oo le naufrage de leur navire aurait entraine la mort de son epouse. Or, pour un tel mariage contracte en depit des parents, meme avec l'assentiment des epoux, Termite aurait pu s'exposer a une condamnation a mort pour << rapt de seduction >>. Aucun document connu ne fait cependant etat d'une telle condamnation dans les archives du parlement de Bretagne pour la periode qui nous occupe. Mais assurement, une condamnation a mort par contumace pouvait constituer un motif suffisant pour vouloir vivre retire du monde sous une identite d'emprunt. L'autre hypothese qu'il faut envisager est celle de la maladie. En effet, Joseph Signay, releve un detail incongru qui ne cadre pas avec la visee edifiante de son recit. D'apres le temoignage d'anciens Rimouskois qui ont connu Termite, Toussaint Cartier aurait souffert d'epilepsie. Si tel est bien le cas, vu les superstitions et les prejuges qui couraient sur cette maladie que les Anciens appelaient sacree et que d'aucuns prenaient pour une forme de possession diabolique, il y avait la aussi un motif suffisant pour vouloir vire sur une ile deserte pour le reste de ses jours. Enfin, il faut egalement envisager une troisieme hypothese qui inscrit Toussaint Cartier dans le sillage de dom Poulet. Sans etre un moine defroque, Termite de Saint-Barnabe a sans doute partage avec son contemporain une volonte de restauration du christianisme primitif qui animait beaucoup de catholiques exigeants de l'epoque, souvent tentes de facon plus ou moins diffuse par le jansenisme. On pourrait evoquer a l'appui de cette hypothese, l'exemple d'un autre contemporain, Dominique-Marie Varlet, ancien vicaire general du diocese de Quebec qui participa a l'edification de l'Eglise vieille-catholique d'Utrecht, aux Pays-Bas, et qui chercha a la fois a renouer avec le christianisme des origines et a porter les valeurs gallicanes et jansenistes condamnees par Rome en 1713 avec la bulle Unigenitus (26).

A l'evidence, plus on cherche a dissiper le mystere de l'ermite de Saint-Barnabe, plus il s'epaissit. C'est sans doute ce qui explique que la litterature s'en soit si tot emparee pour en faire un personnage de legende. C'etait deja le constat que formulait Chateaubriand a propos de Rance : << quiconque est voue a l'avenir a au fond de sa vie un roman, pour donner naissance a la legende, mirage de l'histoire >> (27).

Claude La Charite (1)

(1.) Titulaire de la Chaire de recherche du Canada en histoire litteraire, Claude La Charite est professeur au Departement des lettres et humanites a l'Universite du Quebec a Rimouski, oo il dirige la revue Tangence. Auteur de La Rhetorique epistolaire de Rabelais (Nota Bene, 2003), il a publie Rabelais aux confins des mondes possibles. Quart livre (Presses universitaires de France, 2011) avec Myriam Marrache-Gouraud et Violaine Giacomotto-Charra. Avec Roxanne Roy, il a dirige Femmes, rhetorique et eloquence sous l'Ancien Regime (Publications de l'Universite de Saint-Etienne, 2012). Avec Rainier Grutman, il a recemment fait paraitre Philippe Aubert de Gaspe pere et fils en revue (Presses de l'Universite du Quebec, 2013).

(2.) Voir, a son sujet, Michel PAQUIN, << Cartier, Toussaint, dit "l'Hermite de Saint-Barnabe" >> , Dictionnaire biographique du Canada, Quebec, Presses de l'Universite Laval, 1974, t. III, p. 105-106; Claude LA CHARITE, << L'invention de la litterature quebecoise (6): Les neuf vies de Toussaint Cartier >> , Le Mouton NOIR, vol. XIII, no. 2, novembre-decembre 2007, p. 3 ; et la serie d'articles publies dans le meme journal : << La maison du solitaire, petite cabane en bois rond ou grand ermitage? >>, vol. XV, no. 1, septembre-octobre 2009, cahier Champ libre, p. 4; << La vocation singuliere d'ermite au siecle des Lumieres >> , vol. XV, no. 2, novembre-decembre 2009, p. 9; << La legende du veuf, du tenebreux et de l'inconsole >> , vol. XV, no. 3, janvier-fevrier 2010, p. 7 ; << Peut-on vivre seul pendant quarante ans? >> , vol. XV, no. 4, mars-avril 2010, p. 9; << Le solitaire etait-il analphabete ou "bien instruit"? >> , vol. XV, no. 5, mai-juin 2010, p. 7; << Qu'est-ce que mange un ermite en hiver? >> , vol. XV, no. 6, juillet-aout 2010, p. 7; << La tentation janseniste de Georges-Francois Poulet dit M. Dupont >> , vol. XVI, no. 2, novembre-decembre 2010, p. 7; << Rimouski, porte d'entree de l'Amerique francaise au XVIIIe siecle >> , vol. XVI, no. 3, janvier-fevrier 2011, p. 7; << Que nous apprennent les archives? >> , vol. XVI, no. 5, mai-juin 2011, cahier Champ libre, p. 4; << Le temoignage du marquis de Montcalm >> , vol. XVI, no. 6, juillet-aout 2011, cahier Champ libre, p. 7 ; << Frances Brooke et l'exotisme de la vie solitaire >> , vol. XVII, no. 1, septembre-octobre 2011, cahier Champ libre, p. 4.

(3.) Mario MIMEAULT, << La legende Toussaint Cartier : critique des sources >> , Revue d'histoire du Bas-Saint-Laurent, vol. XIV, no. 1, decembre 1990, p. 23-30.

(4.) Jacques POULIN, Les Grandes Marees, Montreal, Lemeac, p. 93-95. Dans l'intervalle de deux siecles qui separent Frances Brooke de Jacques Poulin, de nombreux auteurs ont aussi evoque l'ermite ; on peut penser, entre autres, a Joseph Signay, a Joseph-Charles Tache, a Adolphe Marsais, a Louis-Edouard Bois, a Elzeard D. Gauvreau, a Wentworth Monk, a Charles Guay, a Francois-Magloire Derome ou a Pierre-Georges Roy.

(5.) Peter F. ANSON, Partir au desert. Vingt siecles d'eremitisme, Paris, Editions du CERF, 1967, voir entre autres le ch. XVII.

(6.) << Le peuple communement parlant, est aussi devot que le Clerge m'a paru saint. On y remarque je ne scay quoi des dispositions qu'on admiroit autrefois dans les Chretiens des premiers siecles; la simplicite, la devotion et la charite s'y montrent avec eclat, on aide avec plaisir ceux qui commencent a s'etablir, chacun leur donne ou leur prete quelque chose, et tout le monde les console et les encourage dans leurs peines. >> Jean-Baptiste DE LA CROIX DE CHEVRIERES DE SAINT-VALLIER, Estat present de l'Eglise et de la colonie francaise dans la Nouvelle-France par M. l'eveque de Quebec, reimprime d'apres l'edition parisienne de 1688, Quebec, Augustin Cote, 1857, p. 83.

(7.) Yvon MIGNEAULT, << Que devons-nous a Frances Brooke, 1724-1789, au sujet de Toussaint Cartier, l'ermite de l'ile Saint-Barnabe, 1707-1767? >> , Revue d'histoire du Bas-Saint-Laurent, vol. XIII, no. 1, hiver 1988, p. 3-11.

(8.) Journal du Marquis de Montcalm durant ses campagnes en Canada de 1756 a 1759, publie sous la direction de l'abbe Henri-Raymond Casgrain, Quebec, Imprimerie de L.-J. Demers et frere, 1895, p. 52.

(9.) Encyclopedie, ou Dictionnaire raisonne des sciences, des arts et des metiers, Neuchatel, Samuel Fauche et compagnie, t. XV, 1765, p. 211.

(10.) Ibid.

(11.) Joseph-Charles TACHE, << L'ile Saint-Barnabe >> , Les Soirees canadiennes, 1865, vol. V, p. 352.

(12.) BENOIT XIV, De synodo dioecesana libri tredecim [1748], Ferrare, Impensis Jo. Manfre, 1764, t. I, p. 236.

(13.) Voir a son sujet, Nive VOISINE, << Poulet, Georges-Francois, dit M. Dupont >> , Dictionnaire biographique du Canada, Quebec, Presses de l'Universite Laval, 1969, t. II, p. 551-552; et Henri-Raymond CASGRAIN, << L'hermite des Trois-Pistoles >> , Bulletin des recherches historiques, vol. V, 1899, p. 260-267.

(14.) Sur la sensibilite jansenisante du deuxieme eveque de Quebec, voir Claude LA CHARITE, << Les deux editions du Rituel du diocese de Quebec de Mgr de Saint Vallier, datees de 1703 : de l'edition janseniste a l'edition revue et corrigee par la Compagnie de Jesus >> , Revue de Bibliotheque et Archives nationales du Quebec, no. 3, 2011, p. 74-85.

(15.) Jeanne-Francoise JUCHEREAU DE LA FERTE DE SAINT-IGNACE et Marie-Andree REGNARD DUPLESSIS DE SAINTE-HELENE, Les annales de l'Hotel-Dieu de Quebec, 1636-1716, edition d'Albert Jamet, Montreal, Presses de Garden City, 1939, p. 404-405.

(16.) Pierre-Georges ROY, << Le benedictin Dom Georges-Francois Poulet dans la Nouvelle-France >> , Rapport de l'archiviste de la province de Quebec pour 1922-1923, Quebec, Ls.-A Proulx imprimeur de Sa Majeste le Roi, 1923, p. 277.

(17.) Ibid., p. 277.

(18.) Ibid., p. 277.

(19.) A la difference de Toussaint Cartier, les deux sont parfaitement representatifs de leur temps. Saint Francois d'Assise (1182-1226) annonce le renouveau des congregations, marque par l'apparition des ordres mendiants. Quant a lui, Armand Jean Le Bouthillier de Rance (1626-1700) epouse la marche du siecle de Louis XIV, en menant d'abord une vie d'abbe mondain, avant de devenir abbe regulier de La Trappe et d'incarner une forme particulierement austere de vie recluse.

(20.) BAnQ, Rimouski, Fonds Cour superieure, District judiciaire de Rimouski, Etat civil (CE101), Saint-Germain-de-Rimouski (S6), 20 avril 1729, acte de mariage de M. Pierre Laurent et Marie Halard.

(21.) Francois Richer, Traite de la mort civile, Tant celle qui resulte des condamnations pour cause de crime, que celle qui resulte des voeux en religion, Paris, Chez Thiboust Imprimeur du Roi, 1755, p. 705-707. Je remercie Pascal Bastien d'avoir porte a ma connaissance l'existence de ce traite.

(22.) L'acte de donation de 1728 est transcrit d'apres une copie de 1790 par Joseph-Charles Tache, dans << L'ile Saint-Barnabe >>, art. cite, p. 349-392. Pour l'acte de mariage de 1729, voir note 19. BAnQ, Quebec, Fonds Cour superieure, District judiciaire de Quebec, greffes de notaire (CN301), Jean-Claude Panet (S207), 13 aout 1764, donation a la charge d'une pension par Toussaint Cartier au sieur Lepage de Saint-Barnabe.

(23.) Joseph SIGNAY, << Notice sur le nomme Toussaint Cartier surnomme l'ermite de Saint-Barnabe, mort et enterre a Rimouski en 1767 >>, L'Abeille, Quebec, vol. X, no. 22, 31 mai 1862, s.p.

(24.) Louis-Edouard BOIS, Toussaint Cartier ou L'Ermite de l'Isle Saint-Barnabe, manuscrit, Fonds Louis-Edouard Bois, Seminaire de Nicolet, F003/K9/9, f. 69.

(25.) Pour la reference complete de ce document, voir la note 21.

(26.) Voir, a ce propos, Serge A. THERIAULT, Dominique-Marie Varlet. Lettres du Canada de la Louisiane (1713-1724). Contribution a l'etude de l'oeuvre d'un ancien vicaire general du diocese de Quebec qui est a l'origine de l'Eglise vieille catholique d'Utrecht, Quebec, Presses de l'Universite du Quebec, 1985.

(27.) Francois Rene DE CHATEAUBRIAND, Vie de Rance, Paris, H.-L. Delloye, 1844, p. 66-67.
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Author:La Charite, Claude
Publication:Etudes d'histoire religieuse
Geographic Code:4EUFR
Date:Sep 22, 2013
Words:7817
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