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L'agriculture biologique au Japon: reseaux et solidarite (Note de recherche).

RESUME

L'agriculture biologique au Japon. Reseaux et solidarite (note de recherche)

L'agriculture biologique au Japon s'est surtout developpee a l'interieur de reseaux (teikei) de producteurs et de consommateurs en relation directe, en reponse a des problemes d'empoisonnement alimentaire. Ces reseaux se sont mis en place a partir des annees 1960 dans le cadre du developpement de mouvements sociaux locaux touchant a differents problemes (logement, pollution, etc.). Depuis, d'autres canaux de distribution pour les produits biologiques ont ete crees, surtout apres les efforts du gouvernement pour standardiser la qualite des produits selon des normes internationales. Ces developpements ont affaibli les reseaux, amenuisant ainsi les effets sociaux de cette experience, mais les teikei demeurent et constituent encore la voie privilegiee pour l'acheminement des produits biologiques des producteurs aux consommateurs.

Mots cles : Bernier, Japon, agriculture biologique, reseaux producteurs-consommateurs, distribution, standardisation

ABSTRACT

Organic Agriculture in Japan : Networks and Solidaritv (Research Note)

The development of organic agriculture in Japan occurred mainly through producer-consumer networks (teikei), based on direct links between the two, in reaction to serious problems of food contamination. These networks were put in place in the 60s, in the context of the surge of various popular movements trying to find solutions to different problems (housing, pollution, etc.). Since then, other distribution channels have been established, mainly after the Japanese government's efforts to standardize the quality of products according to international norms. This has weakened the networks and diminished the social impact of this experience, but the teikei are still there and remain the main distribution channel for organic agricultural products.

Keywords : Bernier, Japan, Organic Agriculture, Producer-Consumer Networks, Distribution, Standardization

RESUMEN

La agricultura organica en Japon. Redes y solidaridad (nota de investigacion)

La agricultura organica en Japon se ha sobre todo desarrollado al interior de redes (teikei) de productores y de consumidores directamente relacionados, en tanto que respuesta a los problemas de intoxicacion alimentaria. Esas redes se constituyeron a partir de los anos 1960, en el cuadro del desarrollo de movimientos sociales locales afectados por diferentes problemas (habitacion, contaminacion, etc.). Desde entonces se han construido otros canales de distribucion de productos organicos, sobre todo a partir de los esfuerzos del gobierno por estandardizar la calidad de los productos de acuerdo con las normas internacionales. Esos desarrollos han debilitado las redes, disminuyendo los efectos sociales de esa experiencia, pero los teikei son y constituyen aun la via privilegiada de distribucion de productos organicos de los productores a los consumidores.

Palabras clave : Bernier, Japon, agricultura organica, redes de productores-consumidores, distribucion, estandardizacion

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L'agriculture biologique a connu au Japon un certain essor depuis les annees 1970 (Ishida et Hatano 2003 ; Honjo 2004 ; Sawanobori 2006). Malgre les limites de cet essor, il s'agit la d'un tournant marquant dans ce pays, puisqu'auparavant, et meme par la suite, les agriculteurs japonais avaient fait une utilisation effrenee de produits chimiques (Hoshino 1975 : chap. 2 ; Berque 1976 : 242 ; Bernier 1980 ; Moore 1990 ; Moen 1999). Le developpement de l'agriculture biologique, qui avait debute de facon exceptionnelle des les annees 1930 (Kubota 2008), a progresse assez lentement. On estimait a environ 3000 en 2003 le nombre de fermes entierement biologiques et reconnues comme telles par des organismes de certification, le nombre d'exploitations ayant adopte partiellement ce mode de production agricole se chiffrant pour sa part a 7000 (Nagamatsu et Matsuki 2003 : 137). En 2006, le nombre de fermes certifiees biologiques avait augmente a 4 539, mais cela reste peu compare aux 3 millions de fermes que compte le Japon, et meme aux 400 000 fermes specialisees, soit celles dont les revenus dependent entierement de l'agriculture pour leurs revenus (FAO 2006 : 1). Une autre estimation chiffre cependant a 1%, soit environ 30 000, le nombre de fermes qui font de l'agriculture << verte >> ou << durable >> (sustainable agriculture).

La difference entre agriculture biologique et agriculture durable ou verte tient a l'abandon complet de l'utilisation des produits chimiques dans la premiere, alors que la seconde est fondee sur la diminution importante de cette utilisation (voir la troisieme partie de cet article). Plusieurs produits biologiques d'importation doivent porter l'etiquette << verte >> plutot que << biologique >> du fait que les reglements japonais sur la securite alimentaire forcent les importateurs a la fumigation des produits vegetaux, ce qui du coup n'obeit plus aux criteres des produits biologiques certifies, la fumigation etant consideree comme un traitement chimique (FAO 2001 : 12). La superficie totale en culture biologique, definie strictement, s'elevait en 2006 a 29 150 hectares sur une superficie totale en culture de 4,7 millions d'ha, soit 0,6 %. Aussi peu que cela puisse paraitre, cela represente une augmentation de quelque 500 % par rapport a 2000. Du point de vue du volume de la production agricole, les produits biologiques homologues ne representent par contre que 0,1% du total (Sawanobori 2006 : 44).

Le mouvement pour l'agriculture biologique se developpe plus rapidement depuis 2002, apres qu'il ait connu une diminution en 2001-2002 (Moen 1995, 1997 ; FAO 2006). Malgre la faiblesse relative de son poids, il s'agit d'un mouvement social reconnu mondialement (Henderson et Van En 2007) qui a donne lieu a des formes de circulation inedites qu'il importe d'etudier. En effet, le mouvement dit teikei, plus precisement sanshoteikei, mot qui signifie, << lien >> ou << entente entre producteurs et consommateurs >>, a ete mis en place dans les annees 1960 ou 1970 (la date exacte est difficile a etablir ; voir plus bas). Il est meme possible que le Japon ait ete le premier dans le monde a etablir un systeme d'approvisionnement direct des producteurs aux consommateurs organise collectivement, dont on verra l'etablissement et le developpement en deuxieme partie de cet article. Avant cela on fera un examen rapide du contexte socioeconomique des annees 1965-1973, qui ont vu la naissance de ce mouvement. Puis on analysera la mise en place d'un de ces reseaux dans la region de Tokyo. En quatrieme lieu, on examinera le processus d'accreditation de l'agriculture biologique au Japon, un processus qui, depuis 2001, est en conformite avec les methodes internationales dans ce domaine. Enfin, on traitera de la standardisation gouvernementale et des nouveaux canaux de distribution hors des reseaux, avant de revenir en conclusion sur la signification sociale du mouvement teikei dans le Japon contemporain et sur son lien avec les mouvements de quartier des annees 1968 a 1973.

Les annees 1965-1975 et l'agriculture

La periode dite de haute croissance a commence au Japon en 1955. La premiere crise du petrole y a brusquement mis fin en 1973. Cette periode a ete marquee par une forte croissance des secteurs de l'industrie lourde, favorises par le gouvernement du fait de leur effet d'entrainement. En effet, il s'agissait a l'epoque des secteurs technologiquement les plus avances. Or, le gouvernement japonais visait une croissance rapide afin d'eliminer une fois pour toutes les sequelles des destructions de la Seconde Guerre mondiale et d'assurer au pays une place de choix parmi les grandes puissances economiques. Cette politique, mise en place des les annees 1940, etait appuyee par des mesures protectionnistes vis-a-vis des capitaux et produits etrangers, et par une politique de facilitation du credit bancaire aux entreprises des secteurs choisis. Apres une periode d'ajustement difficile (1946-1950), et a la suite de la recession consecutive a la Guerre de Coree en 1953 (le Japon avait beaucoup profite economiquement de l'intervention << alliee >>, surtout americaine, en Coree), le Japon renoue des 1955 avec la croissance insufflee par le progres rapide de secteurs comme la metallurgie, la machinerie lourde, la construction navale et automobile ainsi que la petrochimie. Cette croissance, de l'ordre d'environ 8 % annuellement sur dix-huit ans, etait inedite a l'epoque ; c'est elle qui a permis au Japon de devenir rapidement un des grands de l'economie mondiale.

La croissance rapide et soutenue a bien sur affecte l'agriculture. Il faut d'abord preciser que le paysage rural et agraire japonais avait ete profondement modifie par la reforme agraire imposee par l'occupant americain en 1946-1947. Fondee sur l'expropriation des proprietaires terriens et la vente de la terre a prix bas aux anciens tenanciers, qui auparavant louaient la terre appartenant aux proprietaires en echange d'une rente fonciere, cette reforme avait ete concue comme une mesure pour eradiquer le fascisme. Chambardant entierement la hierarchie sociale a la campagne, elle a eu pour consequence de creer une agriculture de petits proprietaires, avec un pourcentage tres faible de terres louees. Du coup, la classe des proprietaires terriens a ete presque completement eliminee. La reforme a abouti a la creation de plus de 6 millions de fermes, pour une superficie totale en culture d'environ 5,5 millions d'hectares, soit en moyenne moins d'un hectare par ferme. Plus de 60 % des fermes possedaient moins d'un hectare de terres jusqu'en 1965 (Bernier 1980).

La nouvelle structure agraire a donc donne naissance a des fermes dont la superficie, dans la majorite des cas, ne pouvait suffire a nourrir la famille. La haute croissance entrainant un fort developpement de la demande de main-d'Luvre dans les secteurs de l'industrie lourde, elle a des lors draine les effectifs en surplus dans l'agriculture vers les villes pour occuper les nouveaux emplois disponibles. Au depart, ce sont les fils et filles cadets des maisonnees agricoles qui devenaient ouvriers. Mais rapidement, l'impossibilite de vivre de l'agriculture sur des terres de moins de 0,5 ha a force nombre d'exploitants a se trouver un emploi salarie -- emploi saisonnier pendant la saison morte de l'agriculture, a temps partiel, ou meme a temps plein. L'alternance entre agriculture et travail salarie, surtout en ville, a ainsi connu son apogee entre 1965 et 1970.

A cette epoque egalement, le gouvernement a encourage l'utilisation de moyens industriels afin d'augmenter le rendement des terres. Parmi ces moyens, le plus favorise a ete l'utilisation de produits chimiques -- engrais, herbicides et pesticides provenant de l'industrie petrochimique dont le gouvernement encourageait par ailleurs le developpement. L'utilisation de produits chimiques dans l'agriculture a ete encore plus fortement favorisee par la mise au point, dans des laboratoires d'agronomie, d'especes de riz a fort rendement qui dependaient de l'emploi de tous ces produits, et d'autant plus que le systeme etait fonde sur la monoculture du riz. Pour nombre d'agriculteurs dont la production agricole devenait plutot une source de revenus d'appoint, en sus du salaire, le recours aux produits chimiques est rapidement venu compenser le manque de temps qu'ils pouvaient consacrer a l'agriculture du fait des exigences du travail salarie. Ainsi, de 1955 a 1967, chaque hectare de terre au Japon a incorpore 30 fois plus de mercure qu'aux Etats-Unis, pays le plus pollue sur ce point apres le Japon (Berque 1976 : 232). Et ce, sans compter la masse enorme de pesticides, insecticides et engrais chimiques de toutes sortes incorpores a la terre, qui ont eu pour effet de polluer non seulement la terre, mais aussi certains produits agricoles. La pollution a egalement touche la mer, contaminant poissons et fruits de mer, dont les Japonais font une grande consommation, ce qui les expose encore plus au danger de contamination. Par ailleurs, certaines pratiques dans la transformation des produits laitiers ont aussi entraine des problemes de contamination (Kim 1989 : 65). Tout cela explique pourquoi il n'est pas surprenant que les cas fortement mediatises de maladies causees par la pollution soient apparus au Japon.

Cette utilisation abusive des produits chimiques dans l'agriculture ainsi que la pollution en provenance des industries ont cause de graves problemes de contamination des aliments. Ce n'est cependant pas la seule raison qui explique que les residents des zones urbaines aient essaye de se procurer des produits agricoles de meilleure qualite : la pollution sous toutes ses formes avait par ailleurs atteint a cette epoque des niveaux inegales au Japon. La decouverte de la cause de la maladie de Minamata -- la pollution de la mer par le mercure organique provenant d'une industrie de produits chimiques qui deversait ses dechets dans une riviere dont les eaux se rendaient a la mer, contaminant ainsi la faune marine qui formait la base de l'alimentation des habitants -- a permis de faire clairement le lien entre pollution et alimentation (Miyamoto 1977). Ainsi en est-il egalement de la maladie dite itai-itai (<< aie aie >>) a Fukui, causee par le cadmium radioactif provenant des dechets d'une mine. La pollution a depasse ces cadres et touche a peu pres tout le monde, surtout en milieu urbain industriel, avec l'asthme de Yokkaichi et de Kawasaki, causes par l'industrie petrochimique, ou le smog a Tokyo durant l'ete 1970, par exemple. Mais ce sont les cas d'intoxication alimentaire qui ont de toute evidence entraine un mouvement en faveur de l'amelioration de la qualite des aliments.

Le premier cas d'intoxication alimentaire largement mediatise date de 1955 : c'est l'incident dit du lait de Morinaga, dont les formules pour bebe contaminees a l'arsenic ont cause la mort de plusieurs nourrissons. Puis, dans les annees 1960, c'est au tour de l'intoxication au BPC et aux insecticides (DDT, Chlrodane, Heptachlor, etc. ; voir Kim 1989 : 64-65) utilises dans l'agriculture de soulever encore une fois l'indignation. Ces differents incidents ont mis en evidence au Japon la necessite de prendre des mesures. Parmi celles-ci figurent des pressions sur les gouvernements afin qu'ils mettent en place de meilleurs controles, avec succes dans certains cas, comme dans celui des emissions des automobiles en 1978. Parmi les autres formes de recherche de solution, on note la creation des 1963 de mouvements de citoyens protestant contre la pollution de toute sorte, tout comme, plus tardivement, la mise sur pied d'ententes entre consommateurs et producteurs agricoles en faveur de l'approvisionnement direct en produits agricoles exempts de produits chimiques, connues sous le nom de teikei. Ce sont donc les nombreux problemes d'intoxication alimentaire qui ont pousse les urbains a trouver d'autres solutions afin de s'approvisionner en produits alimentaires securitaires.

Le mouvement teikei

L'origine des teikei est encore assez obscure, du moins chronologiquement. En effet, pour certains, le mouvement dit teikei a debute dans les annees 1960 -- Wikipedia avancant la date de 1965, mais sans references. D'autres soutiennent que le mouvement est apparu dans les annees 1970 -- Sawanobori (2006 : 31) mentionnant par exemple la date de 1971, moment de la creation de l'Association pour l'agriculture biologique (Yuki nogyo kenkyukai), devenue plus tard l'Association japonaise pour l'agriculture biologique. Si l'on suppose que la mise sur pied de cette association est consecutive aux premiers reseaux et est venue les consolider, on peut alors avancer l'hypothese que les teikei soient anterieurs a 1971.

La plupart des ecrits indiquent que ce sont des consommateurs urbains, decus des produits agricoles disponibles, de plus en plus preoccupes par la pollution -- plusieurs cas d'empoisonnement causes par l'utilisation excessive des produits chimiques en agriculture avaient deja ete recenses a l'epoque -- et disposes a payer plus pour des produits plus sains, qui ont mis sur pied ces reseaux (Nagamatsu 1992 ; Moen 1995, 2000 ; Masugata 1995 ; Maclachlan 1997 ; Hatano 1998 ; Kishida 2003). Les premiers produits concernes sont apparemment le lait et les Lufs. Quelques familles urbaines de Tokyo ou de Kobe se seraient regroupees et auraient contacte des fermiers pour leur proposer une sorte de contrat (teikei) : ces derniers devraient produire des denrees sans produits chimiques que les consommateurs acheteraient a un prix negocie entre les deux parties ; les produits seraient vendus directement aux consommateurs, sans intermediaire ; les consommateurs s'engageaient en contrepartie a aider les agriculteurs, y compris en participant de facon occasionnelle aux travaux agricoles. Les reseaux ont donc ete crees a l'initiative des consommateurs urbains et on les nomme, sauf exception, d'apres le lieu d'habitation des consommateurs. Un des premiers groupes de ce genre developpe a Tokyo dans les annees 1970 a cependant pris le nom du village d'oo proviennent les produits agricoles, soit celui de Miyoshi (Kavanagh 1999 : 6-7). L'initiative dans ce cas est cependant bien venue des menageres urbaines, qui ont contacte les producteurs du village pour leur demander s'ils etaient prets a leur fournir des aliments biologiques. Ceux-ci ont accepte a la condition que cela ne nuise pas a leurs revenus. Apres de longues discussions, les deux parties se sont alors entendues pour determiner un niveau de prix equitable.

Plusieurs de ces reseaux localises sont apparus a travers le pays dans les annees 1970 et 1980. Ils existent encore maintenant, les estimations de leur nombre se situant entre 800 et 1 000. Selon le systeme teikei, dans certains cas, les producteurs de diverses denrees dans une region donnee mettent ensemble leurs produits, precedemment commandes par un groupe donne de consommateurs, qui sont alors achemines immediatement. Les consommateurs, a travers ces reseaux qui, peuvent acheter les denrees directement des producteurs, sans passer par des intermediaires. Ce type de lien a plusieurs avantages : maintenir les couts de distribution au plus bas niveau, assurer un approvisionnement rapide en produits frais pour les consommateurs, et en garantir la qualite biologique, avec sanction par l'Association de l'agriculture biologique du Japon, creee en 1971 (JOAA ; Nippon Yuki Nogyo Kenkyukai ; voir Moen 1995). Il existe plusieurs formes d'approvisionnement et plusieurs circuits pour les produits agricoles biologiques au Japon, que l'on examinera plus loin dans cette section. Le Japon contribue a la circulation internationale des produits biologiques a la fois par ses exportations et (surtout) par ses importations. Les produits importes et exportes doivent alors etre certifies par le gouvernement japonais, par le biais du Japan Agricultural Standards (une division du Ministere de l'agriculture, de la foret et des pecheries), ainsi que par des organisations internationales, comme on le verra par la suite. Le Japon importe nombre de fruits et legumes certifies de pays comme (en ordre d'importance) les Etats-Unis, la Chine, l'Australie et la Nouvelle-Zelande.

Les teikei regroupent donc un nombre restreint de familles urbaines et de producteurs agricoles. Les relations entre les deux parties sont regies par une charte qui definit les obligations de chacune. Au depart, comme les producteurs avaient utilise pendant de nombreuses annees une grande quantite de produits chimiques, l'elimination de la concentration de produits chimiques dans la production n'a pu s'effectuer que graduellement. En effet, plusieurs annees sont necessaires pour eliminer ces produits de la terre. Comme il n'y avait pas a cette epoque de controle gouvernemental sur la definition d'une ferme biologique (le processus de certification a ete etabli pour les produits vegetaux en 1999, et pour les produits de l'elevage en 2001 seulement ; voir Nagamatsu et Matsuki 2003 : 137), le degre d'elimination des produits chimiques etait dans les faits variable ; ce qui n'a pas empeche que les contrats entre producteurs et consommateurs ont eu pour effet de reduire quand meme de facon remarquable les risques d'empoisonnement par ces produits. Malgre la mise en place de la Loi sur la certification biologique en 2001, il reste une majorite de produits definis comme << verts >> qui ne respectent pas les criteres de certification biologique. La FAO estimait a seulement 12 % les produits definis comme verts ou biologiques qui parvenaient a respecter ces criteres (FAO 2001 : 5).

Les ententes directes entre producteurs et consommateurs avaient aussi pour objectif d'eliminer la dependance envers les longs trajets de transport pour les produits agricoles en concentrant la demande localement. Dans la plupart des cas, la distance entre le lieu de production et les consommateurs etait assez restreinte, ce qui assurait la fraicheur des produits. Comme on l'a mentionne, le mode de distribution pouvait varier. Souvent, les producteurs d'un village ou d'une region concentraient les produits destines aux consommateurs. Ces produits etaient alors transportes par camion, en general proprietes des cooperatives, vers un point de distribution au sein du quartier de destination, oo les consommateurs venaient chercher ce qui leur etait du. Dans d'autres cas, les denrees etaient envoyees par la poste -- la poste japonaise etant tres rapide et efficace, ce qui garantissait la fraicheur des produits. Enfin, dans d'autres cas, les consommateurs venaient chercher eux-memes les produits a la cooperative d'un village. Quel que soit le mode de distribution, ce qui caracterisait et caracterise encore les teikei, c'est cette proximite entre producteurs et consommateurs, sans intermediaire. Certains y voyaient une sorte d'alternative non seulement a l'agriculture productiviste, mais aussi a une economie fondee sur le marche et sur la recherche du profit, ou a une societe ayant elimine les rapports personnels entre les habitants de la ville et ceux de la campagne. Les partisans des reseaux d'agriculture biologique desiraient, et plusieurs desirent encore, maintenir des liens etroits entre producteurs et consommateurs, ce qui represente pour eux une facon de creer une nouvelle sorte de societe.

Quelques-uns de ces reseaux ont une affiliation religieuse. En effet, leurs participants, autant a la ville qu'a la campagne, font parfois partie de mouvements shintos ou bouddhistes, voues au respect de la nature. Si certains de ces mouvements ont vu le jour dans les annees d'avant-guerre, leur participation a des reseaux de type teikei date des annees 1960 ou 1970.

Les ententes de ce type ont eu pour consequence de modifier les techniques de production et de distribution. Nonobstant le faible nombre de participants a ces reseaux par rapport a la population totale au Japon, ce mouvement a rendu beaucoup de gens conscients de l'importance de la qualite des aliments, ce qui a force certains producteurs a changer d'eux-memes leurs methodes de production. Les pressions populaires ont de plus amene le gouvernement a legiferer dans ce domaine, ainsi qu'on va le voir ci-apres.

La mise sur pied des reseaux teikei autour de 1970 s'insere dans une vague de mouvements populaires divers qui ont vu le jour a cette epoque. Les mouvements contre les cas les plus visibles de pollution ont deja ete mentionnes. Mais les mouvements populaires se sont interesses a toutes sortes d'aspects lies a la qualite de vie, comme l'acces a l'ensoleillement, limite par la construction de tours d'habitation (manshon) ou d'edifices a bureau, ou bien la diminution de la pollution de l'air, extremement dommageable pour la sante. Le mouvement contre les expropriations pour la construction du nouvel aeroport de Tokyo a Narita doit aussi etre inclus ici. Tous ces mouvements ont coincide avec une nouvelle vague du mouvement etudiant en 1968, et avec la mobilisation contre le renouvellement du traite de securite avec les Etats-Unis en 1970. On etait en effet a l'epoque en pleine vague d'effervescence sociale, une vague qui n'a ete ralentie que par la recession consecutive a la premiere crise du petrole en 1973-1974.

Un exemple de teikei

Au debut des annees 1980, un groupe de militants qui avaient appuye les agriculteurs de Narita dans leur lutte contre la construction du nouvel aeroport de Tokyo a commence a s'interroger sur la qualite de la nourriture. Ces personnes, qui militaient en dehors des groupes organises comme Chukaku et Kakumaru, deux fractions trotskistes preconisant la violence contre la police, avaient de bonnes relations avec des agriculteurs qui tentaient tant bien que mal de poursuivre la production agricole malgre les expropriations. Lors des echanges entre militants et agriculteurs a ete mentionnee la necessite de modifier les pratiques agricoles pour eviter les problemes d'empoisonnement que le pays avait connus. A la suite de ces discussions, une douzaine d'activistes se sont entendus avec quatre agriculteurs pour qu'ils abandonnent l'utilisation de produits chimiques et s'engagent dans l'agriculture biologique. Ils ont de leur cote accepte d'acheter une quantite donnee de produits (riz, legumes, fruits), a des prix qui assureraient la survie des maisonnees agricoles et qui leur seraient envoyes par la poste regulierement. Un petit reseau s'est ainsi cree. Les membres initiaux, qui s'engageaient a participer aux travaux agricoles, ont contacte des amis afin qu'ils se joignent au groupe de consommateurs urbains. Des 1982, le reseau etait fonctionnel, bien que le passage au biologique n'ait pas ete termine, trois ans au minimum etant necessaires pour debarrasser la terre des produits chimiques.

Au debut des annees 1990, cinq de ces consommateurs ont decide de cultiver eux-memes leur riz, qu'ils voulaient manger entier, non decortique. Ils ont loue une petite riziere, de sorte que sa production puisse les fournir en riz pour une annee. Si le travail est partage selon les disponibilites, tous doivent participer au moment du repiquage et de la moisson.

Ce reseau-la constitue une sorte d'exception par rapport a la plupart des regroupements de producteurs agricoles et de consommateurs. En effet, dans la plupart des cas, les teikei ont ete mis sur pied par des menageres, traditionnellement en charge de l'achat et de la preparation de la nourriture. Il faut donc noter ici le role des femmes au foyer, en banlieue et en ville, dans la mise en place de plusieurs mouvements populaires, et pas seulement dans le domaine agro-alimentaire. En effet, liees au lieu, a la localite, passant la majeure partie de leur temps dans le quartier, elles ont subi le plus directement les consequences des politiques de croissance du gouvernement. Ce sont elles, souvent en accord avec les commercants du coin, eux aussi limites a leur quartier, qui ont proteste contre la pollution ou le manque d'ensoleillement. Ce sont elles seules qui ont pris l'initiative de creer la majorite des teikei, en contactant directement des agriculteurs situes a proximite. Notons que ce developpement a assure la survie de nombreuses fermes dans les banlieues des grandes villes, meme pres Tokyo.

Le reseau presente ci-haut, qui a ete mis sur pied par des hommes (et une seule femme), represente donc une exception. Mais il est aussi a part du fait que les consommateurs qui en font partie ne vivent pas tous dans le meme quartier, contrairement a ce qui se passe ailleurs. Leur regroupement est issu d'une extension de leur militantisme politique, ce qui n'est habituellement pas le cas des teikei, qui n'ont pas de finalite politique comme telle. Les caracteristiques partagees par la majorite des mouvements populaires qui ont surgi entre 1965 et 1973 sont en effet d'etre lies au lieu et de ne pas avoir de composante politique, a moins que des groupes exterieurs, en general extremistes et issus du mouvement etudiant, se soient joints au mouvement. Le caractere local des groupes a ainsi empeche que se mette en place un organe politique commun qui puisse unifier l'ensemble des luttes, qui des lors sont demeurees fragmentees. Malgre tout, dans ces annees, un vote de protestation contre le parti au pouvoir au plan national, le Parti liberal-democrate, a permis de porter au pouvoir dans les villes des administrations de gauche qui defendaient une plateforme de defense de la qualite de vie. Ce vote a finalement force le gouvernement national a prendre des mesures pour eliminer les problemes ou, dans le cas des maladies incurables causees par la pollution, a mettre sur pied des programmes de compensation monetaire.

Les teikei out donc participe a un mouvement plus general, mais la plupart du temps localise, d'organisation populaire pour la defense de la qualite de vie des citoyens. Le reseau presente plus en detail ci-dessus a donc des caracteristiques particulieres qui l'eloignent des mouvements les plus typiques. Mais il s'insere tout de meme dans la vague des mouvements populaires de protestation qui ont vu le jour autour de 1970.

Le processus d'accreditation

Avant 1971, il n'y avait pas de processus formels de verification des produits dits bioiogiques. Il faut dire que, dans le cadre des teikei, les consommateurs urbains qui faisaient partie de ces ententes s'engageaient a participer aux travaux agricoles, ce qui leur permettait d'observer directement les methodes de culture des produits qu'ils achetaient (Murayama 1996). En outre, l'entente prevoyait le type de methode a utiliser. Malgre tout, le developpement se faisait sans controle exterieur, jusqu'a ce que soit creee en 1971 l'Association japonaise d'agriculture biologique (Nippon Yuki Nogyo Kenkyukai, connue sous l'acronyme JOAA, suivant le nom anglais de cet organisme, Japan Organic Agriculture Association). Cette association, dont la creation a ete suscitee par des agriculteurs pratiquant l'agriculture biologique, en collaboration avec certaines cooperatives locales afin d'assurer une meilleure qualite des produits, a regroupe la plupart des participants a des ententes de type teikei au Japon. Si la JOAA s'est donne comme objectif de promouvoir l'agriculture biologique, il n'y avait pas de certification par un organisme exterieur avant que soit mise en place en 2000 la Loi sur les standards de l'agriculture japonaise pour les produits organiques, qui a ete revisee en 2001. La loi de 2000-2001 a donc defini des processus et des criteres en conformite avec les standards internationaux en matiere d'agriculture organique.

L'application de ces criteres a permis de diviser les fermes faisant de l'agriculture biologique ou de l'agriculture << durable >> en plusieurs groupes : les fermes vraiment biologiques (ayant abandonne toute utilisation de produits chimiques depuis trois ans ou plus) ; les fermes en transition (qui n'ont pas utilise de produits chimiques pour une periode variant de six mois a trois ans) ; les fermes sans pesticides (mais utilisant neanmoins une bonne quantite d'engrais chimiques) ; les fermes ayant recours a une quantite limitee de pesticides et d'engrais ; celles n'employant pas d'engrais chimiques (mais utilisant des pesticides en petite quantite) ; et enfin, celles ayant reduit considerablement l'utilisation des engrais, sans l'abandonner completement (FAO 2001 : 1). Cette diversite des pratiques a cause beaucoup de problemes de choix pour les consommateurs avant l'adoption de la loi de 2000, etant donne qu'etaient consideres biologiques des produits qui pouvaient aussi bien l'etre completement que pas du tout. La loi de 2000-2001 incluait par ailleurs des clauses sur l'etiquetage des produits biologiques ; le label << biologique >> est maintenant limite aux produits qui respectent les standards definis par les organismes internationaux. Notons que la loi force par ailleurs les producteurs a indiquer si les produits sont genetiquement modifies.

La loi sur les standards de l'agriculture organique a ete completee en 2003 par une autre loi, la Loi fondamentale sur la securite alimentaire, qui impose ce qu'on appelle maintenant la tracabilite des produits agricoles (Otsuka 2004), notamment celle du bLuf, qui faisait l'objet de beaucoup d'attention a cause des cas de maladie de la vache folle dans plusieurs pays. La tracabilite fait reference a la capacite de retracer le trajet des denrees de la ferme aux consommateurs, en tenant compte de la provenance des produits utilises dans les fermes (par exemple, la nourriture pour les animaux). La Federation des cooperatives agricoles (Zenno) a mis en place un systeme semblable pour ses magasins vendant des produits des cooperants (Nagamatsu et Matsuki 2003 : 138-139). Ce systeme impose des criteres de qualite ainsi que la tracabilite de tous les produits. Plusieurs autres lois visant des aspects specifiques de la production de nourriture (par exemple, sur les aliments pour les animaux) ont aussi ete mises en place afin d'assurer la qualite des aliments et de forcer les producteurs et distributeurs a fournir au public l'information necessaire a un choix judicieux.

La determination de ce qui est biologique ou non depend maintenant du ministere de l'Agriculture, des forets et des pecheries. Ce processus, garanti par des organismes independants agrees par ce ministere (comme le JONA : Japan Organic and Natural Foods Association), suit les normes internationales definies par la Federation internationale des mouvements d'agriculture biologique (IFOAM). Bien qu'elle respecte plus qu'auparavant les criteres internationaux quant aux produits biologiques et qu'elle assure une meilleure information sur la provenance des aliments, cette centralisation de la certification a neanmoins mis fin a l'autonomie des ententes directes entre producteurs et consommateurs et a donne lieu a de nouvelles formes de distribution des produits biologiques -- on le verra dans la prochaine section. Si cela represente un inconvenient, notons par ailleurs que la formalisation de l'accreditation a fait augmenter le nombre de fermes entierement biologiques, ce qui peut sans aucun doute etre considere comme un effet benefique.

Nouvelles formes de distribution des produits organiques

Bien avant la mise en place des mecanismes prevus par les differentes lois mentionnees, des distributeurs hors des ententes directes de type teikei ont commence a s'interesser aux produits biologiques, dont la demande, surtout dans les annees 1980, avait augmente de pair avec la prosperite de cette decennie. Les cooperatives ont ete parmi les premiers grossistes a assurer la distribution des produits biologiques, qu'elles vendaient par la suite dans les magasins cooperatifs. Mais des entrepreneurs prives ont aussi commence a s'y interesser (FAO 2001 : 6-8). Des grands magasins, mais surtout des transformateurs de produits agricoles ont integre ce marche. On peut donner l'exemple de Nichirei, un grossiste prive fabriquant aussi des produits congeles, qui a developpe ses propres marques de produits biologiques, sur la provenance desquels la compagnie est en mesure de fournir des renseignements precis. Il y a aussi Oisix, une entreprise de commerce par Interner, qui met en marche des produits qui ne sont pas entierement biologiques, mais faits avec une quantite de pesticides et d'engrais chimiques consideree comme faible, et dont la provenance est clairement etablie et expliquee (Nagamatsu et Matsuki 2003 : 138-139). D'autres grossistes prives ont suivi cette voie. Notons enfin l'existence depuis plus de vingt ans, surtout dans les grandes villes, de magasins specialises, sortes de boutiques d'alimentation, qui s'averent plus efficaces pour la distribution des produits biologiques que les grands magasins.

D'autres formes de distribution se sont aussi mises en place. Un exemple est le POLAN Hiroba Kansai, une entreprise regroupant des grossistes, des agriculteurs et des magasins locaux distribuant des legumes biologiques a pres de 10 000 consommateurs dans la region de Wakayama. Les producteurs vendent aux distributeurs qui transportent les produits aux magasins, en general le jour meme de la recolte, et ces magasins les vendent aux consommateurs membres. Un autre mode de distribution, que l'on retrouve dans la region de Kobe, fait appel a des marches mensuels en plein air oo les distributeurs et aussi des producteurs viennent vendre directement leurs produits au public. Il existe meme des machines distributrices dans certaines villes oo l'on peut acheter des oeufs biologiques. Enfin, les grands magasins, qui ont tous des rayons d'alimentation, certains meme extremement luxueux, ont egalement rejoint le mouvement et mettent en vente des produits bio qu'ils achetent de grossistes ou, parfois, directement de certains producteurs.

Ces developpements, tant au plan de la mise en marche que des controles gouvernementaux, ont entraine un affaiblissement des ententes directes entre producteurs et consommateurs. Le nombre de teikei membres de JOAA a ainsi baisse, passant de 6 000 environ en 1983, a quelque 3 300 en 1997. De plus, le nombre de participants urbains a ces ententes ne cesse de decroitre (Kanagawa 2004 : 37). Malgre tout, selon un rapport de la FAO de 2001, 55 % des produits biologiques passaient encore par les teikei comme canal de distribution. Pour le reste, 25 % circulaient a travers des maisons de distribution (y compris les cooperatives) se specialisant dans les produits biologiques. Les courtiers en produits alimentaires comptaient pour 5 % du marche, tout comme les grossistes non specialises en produits biologiques, alors que 10 % passaient par les entreprises de transformation des produits alimentaires (FAO 2001 : 6-7).

Si la quantite de produits biologiques ou d'aliments dont la provenance est claire augmente sur le marche japonais, simultanement, la distance entre les lieux de production et de consommation, ainsi qu'entre producteurs et consommateurs vient a augmenter. Ce qui faisait des teikei une experience sur le plan de l'agriculture biologique, mais aussi sur le plan social -- en creant des liens directs entre producteurs et consommateurs et en rapprochant la ville de la campagne -- est ainsi en train de s'attenuer. En fait, plus le processus se bureaucratise et la quantite de produits touches augmente, et plus l'aspect social des ententes entre producteurs et consommateurs s'estompe. Malgre tout, il demeure de ces teikei qui continuent de fonctionner, quelquefois en dehors des normes d'accreditation officielles, et operent comme auparavant, sans se preoccuper des organes gouvernementaux.

Conclusion

Les teikei representent une forme inedite de mouvement populaire et ont inspire la creation de mouvements << d'agriculture communautaire >> biologique a travers le monde. Leur impact sur la qualite des aliments au Japon est crucial. Mais leur importance est aussi sociale. En effet, ces reseaux ont cree au Japon une nouvelle sorte de mouvements populaires mettant en relation la ville et la campagne. D'un cote, ces mouvements, avec cette relation ville-campagne, rompaient avec le caractere local de la plupart des regroupements sociaux de l'epoque (bien que cet aspect local se soit en general maintenu aux deux poles, le quartier en ville et le village a la campagne) ; d'un autre cote, il retablissait ce lien plus ancien, mais tres affaibli avec l'industrialisation, entre le milieu urbain et le milieu rural. La participation des urbains aux travaux agricoles avait aussi pour but de les familiariser avec cette forme d'activite dont ils etaient jusque-la fort eloignes. Il s'agissait donc d'une forme originale de rapports sociaux, associee a l'approvisionnement de produits alimentaires de meilleure qualite.

Le processus de certification, mis en place par l'Etat, a bureaucratise tout le processus et, du meme coup, affaibli les reseaux, dont plusieurs ont disparu, au profit d'autres formes plus organisees de distribution, mais moins controlees par les participants (Kanagawa 2004 : 41-43). Autrement dit, si la qualite des produits est maintenant mieux assuree, le caractere d'experience sociale des teikei s'est affaibli, tout comme le lien direct entre consommateurs et producteurs. On peut dire en fait que l'agriculture biologique au Japon est de plus en plus accaparee par des interets de type capitaliste (grossistes en dehors des cooperatives, grands magasins, transformateurs), bien que plusieurs reseaux de contact direct entre producteurs et consommateurs se soient maintenus. En realite, ce mouvement de bureaucratisation et de controle par l'entreprise privee est inevitable des que les standards de certification sont definis internationalement. Si la definition de ces standards assure sans aucun doute une qualite accrue des produits, elle contribue cependant a la disparition d'une experience inedite du rapport direct entre producteurs agricoles et consommateurs urbains.

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Bernard Bernier

Departement d'anthropologie

Universite de Montreal

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Author:Bernier, Bernard
Publication:Anthropologie et Societes
Geographic Code:9JAPA
Date:Jan 1, 2010
Words:7298
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