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L'acces au statut de resident permanent pour les travailleurs temporaires oeuvrant sur le territoire quebecois.

RESUME

Apres une analyse de l'evolution des pouvoirs quebecois en matiere d'immigration economique, cet article presente les programmes de selection des travailleurs etrangers applicables au Quebec et analyse la mesure dans laquelle les travailleurs temporaires peuvent s'etablir de facon permanente au Canada.

L'historique de l'exercice de la competence d'immigration economique revele qu'en depit de la competence concurrente reconnue dans la Loi constitutionnelle de 1867, c'est le gouvernement federal qui l'a exercee seul de 1867 a 1971. A partir de 1971, le Quebec a progressivement gagne des competences vis-a-vis du gouvernement federal a travers la signature de plusieurs accords. Le Quebec est ainsi devenu competent pour faire la selection des ressortissants etrangers desireux de s'etablir sur le territoire quebecois et leur fournir des services d'integration (partie liminaire).

Ces pouvoirs de selection ne sont neanmoins pas suffisants pour combler les penuries de main-d'oeuvre, ce que visent a combler les programmes d'immigration temporaire. Ces programmes peuvent etre divises en deux, selon qu'ils visent des travailleurs qualifies ou des travailleurs peu qualifies. L'article decrit les trois principaux programmes d'immigration pour les travailleurs peu qualifies, soit celui des travailleurs agricoles saisonniers, le programme des travailleurs peu qualifies et le programme des aides familiaux residants, en mettant en lumiere les risques inherents aux conditions contractuelles tres strictes de leur droit de sejour au Canada qui peuvent mener a des abus de la part de leur employeur.

L'article definit ensuite les programmes visant les travailleurs qualifies : d'abord vus comme un moyen de dernier recours, les travailleurs qualifies temporaires constituent aujourd'hui une main-d'oeuvre croissante devenue essentielle a l'economie canadienne et quebecoise, et beneficient d'une protection accrue et d'un acces facilite a la residence permanente (partie I).

L'analyse de la procedure d'admission des travailleurs temporaires et de l'acces a la residence permanente met en evidence l'existence d'un systeme d'immigration a deux vitesses au Canada, de deux classes distinctes de travailleurs temporaires qui beneficient de droits distincts. Mais pourquoi maintenir une telle distinction entre ces deux groupes de travailleurs, alors que la penurie de main-d'oeuvre s'etend aux deux 7 Bien que le recours aux travailleurs temporaires represente une solution immediate au manque de main-d'oeuvre locale, le remede est provisoire. Or, tant les travailleurs (surtout les non qualifies) que les entreprises ont besoin d'une solution durable (partie II).

SUMMARY

This article analyses the evolution of the competency of Quebec in the field of economic immigration. Then, it explains the programs of temporary workers in Quebec and analyses their opportunities to immigrate on a permanent basis to Canada.

Even though the Constitutional Act of 1867 provides for a concurrent competency for the federal government and Quebec in the field of economic immigration, the federal government acted alone from 1867 to 1971. From 1971, Quebec has progressively acquired broader powers thanks to successive agreements with the federal government on that issue. Quebec has therefore become competent to select immigrants who want to settle in its province and to provide them with integration services (Preliminary Part).

However, the selection of permanent immigrants is not sufficient to fill in the labour shortages, which is why programs of temporary migrant workers have been developed. These programs are either directed to skilled workers or non-skilled workers. The article analyses three programs of non-skilled workers, the Seasonal Agricultural Workers Program, the Low-Skilled Temporary Workers Program and the Live-in Caregivers Program, and highlights the legal restrictions these workers face. These workers are vulnerable to abuses from their employer.

The article then turns to temporary skilled workers Programs. These workers were originally seen as a last resort labour force but have become increasingly important in the Canadian and Quebecer economies. These workers enjoy higher protection and can gain access to permanent residency more easily (Part I).

The analysis of the admission procedure of temporary workers and their access to permanent residency shows that there is a two-tier system of immigration in Canada, based on skills and guaranteeing distinct rights. Why should we maintain such a distinction when both skilled workers and low-skilled workers fill in permanent labour shortages? The use of temporary workers is an immediate solution but a shortterm and provisory one. However, both workers (and more specifically the low-skilled ones) and enterprises need sustainable solution (Part II).

PLAN

INTRODUCTION

Partie liminaire: Quelques reperes historiques sur la competence quebecoise en matiere d'immigration economique

Section 1. L'exercice de la competence federale de 1867 a 1971

Section 2. L'exercice de la competence quebecoise depuis 1971

Partie I. Les programmes de selection des travailleurs etrangers applicables au Quebec Section 1. Les programmes visant les travailleurs non qualifies Section 2. Les programmes visant les travailleurs qualifies

Partie II. L'etablissement des travailleurs temporaires

Section I. La procedure d'admission des travailleurs temporaires

Section 2. L'acces au statut de resident permanent

Conclusion

INTRODUCTION

Le systeme d'immigration canadien a rempli diverses fonctions, selon le contexte social et economique des epoques. Bien que la Loi constitutionnelle de 1867 ait prevu, dans son article 95, que la competence sur l'immigration fut concurrente entre les gouvernements federal et provinciaux, c'est le gouvernement federal qui a longtemps pris en charge les mouvements migratoires vers le pays. Jusque dans les annees soixante, ce dernier a determine seul les candidats a l'immigration qui pouvaient s'etablir au Canada. Sa preoccupation premiere visait a peupler le territoire tout en interdisant l'acces a certaines classes d'individus juges inadmissibles (1). Ce n'est que beaucoup plus tard que le Canada mit sur pied un veritable systeme de selection systematique de personnes dans le but d'orienter et de planifier le developpement economique du Canada. Cristallise dans la Loi sur l'immigration de 1978, cette categorie d'immigrants, appelee tout simplement 'economique', a constitue un tournant majeur des politiques migratoires canadiennes de la fin du siecle dernier. Entre 1978 et 2001, cette politique s'est raffinee pour eventuellement devenir celle prescrite par la Loi sur l'immigration et la protection des refugies adoptee en 2001, soit un instrument de developpement de l'economie du savoir. En effet, l'accent est dorenavant mis sur l'immigration permanente des travailleurs qualifies et hautement qualifies.

Ces orientations politiques du gouvernement federal n'ont pas toujours plu aux gouvernements quebecois qui se sont succede depuis les annees soixante. Dans le contexte de la Revolution tranquille, le gouvernement du Quebec a commence a exercer des pressions aupres du gouvernement federal afin de pouvoir exercer sa competence sous l'art. 95 de la Loi constitutionnelle de 1867. Afin de convaincre le gouvernement federal du bien-fonde de ses revendications, le Quebec argumentait, a cette epoque, qu'il avait besoin d'exercer sa competence afin de << favoriser une integration harmonieuse des immigrants a la majorite francophone>> (2). Cette demande fut agreee par le gouvernement federal en 1978. Par la signature de l'Entente CullenCouture (3), les deux ordres de gouvernement ont pose les premiers jalons a l'exercice d'une competence concurrente lors du processus de selection des immigrants de la categorie economique. Depuis lors, cette premiere entente a ete modifiee a plusieurs reprises et, chaque fois, le gouvernement du Quebec a gagne un peu plus de pouvoirs. Progressivement, il a pu exercer une competence exclusive sur la selection des candidats a l'immigration economique en direction de son territoire, selon ses propres criteres et selon la contribution de ces ressortissants a l'essor economique du Quebec. Dans la premiere partie de ce texte, nous ferons un bref rappel des principales etapes du developpement de la competence quebecoise a cet egard.

La preuve des avantages lies a l'immigration economique n'est plus a faire. Au Quebec, tout comme dans les autres provinces et territoires canadiens, l'immigration economique permet d'accueillir sur le territoire une main-d'oeuvre qualifiee et permanente capable de participer et de contribuer au developpement de l'economie du savoir (4). Cependant, a elle seule cette categorie d'immigrants ne permet pas d'accueillir assez rapidement la main-d'oeuvre necessaire a l'essor economique du Canada. A la lumiere des chiffres rapportes par la Verificatrice generale du Canada a l'automne 2009, les besoins du Canada se sont considerablement accrus, du moins jusqu'a la crise economique de 2009. Entre 2002 et 2008, le nombre de permis de travail temporaires a augmente de 124 pour cent, passant de 91 270 en 2002 a 204 783 en 2008. Entre 2007 et 2008, la hausse a ete de 26 pour cent (5).

Cette augmentation rapide du nombre des entrees et des programmes a ete la reponse pour pallier, du moins en partie, les problemes lies a la lourdeur du systeme de selection des immigrants permanents. En effet, le processus complet d'attribution de la residence permanente a ces candidats est tres long et complexe. L'evaluation des candidats, dans leurs pays respectifs, et les multiples details administratifs lies au processus, retardent de facon considerable, l'entree dans le marche de travailleurs potentiels (6). Afin d'accelerer le traitement des demandes, le gouvernement Harper a modifie la LIPR pour s'attribuer un pouvoir d'emettre des instructions (7). Ce pouvoir a ete exerce une premiere fois au mois de novembre 2008 (8) quand le ministre a donne aux agents d'immigration postes a l'etranger l'instruction de donner priorite aux candidats dont le profil repondait aux besoins en main-d'oeuvre qualifiee des entreprises canadiennes (9).

Cependant, cette hausse d'immigrants temporaires au pays n'est pas uniquement due aux modifications du programme d'immigration economique ainsi qu'aux besoins en main-d'oeuvre qualifiee. Depuis l'arrivee au pouvoir du gouvemement Harper en 2006, de nouveaux programmes visant les travailleurs temporaires ont ete administrativement crees qui, s'ajoutant aux plus anciens, visent autant la selection de travailleurs qualifies que non qualifies. Le Quebec a egalement suivi cette voie puisque ses programmes de travailleurs temporaires etrangers servent aussi a combler des postes pour des emplois de niveau reduit de formation, exigeant soit un diplome secondaire, une formation professionnelle ou une formation dans l'emploi. Les programmes servant a accueillir au Canada des travailleurs etrangers temporaires peu qualifies comportent des avantages pour les employeurs locaux puisqu'ils leur permettent de combler des emplois que les citoyens ne veulent pas occuper (10). Dans la deuxieme partie de ce texte, nous decrirons l'evolution de ces programmes federaux et quebecois. Dans la troisieme partie de ce texte, nous decrirons les procedures d'admission des travailleurs temporaires ainsi que la possibilite qui leur est donnee d'acceder au statut de resident permanent.

L'objectif de ce texte est purement descriptif. Nous sommes bien conscientes qu'aucune problematisation de notre objet de recherche n'est proposee, mais c'est a dessein que nous avons choisi cette voie. En effet, avant de pouvoir expliquer--en faisant par exemple une recherche empirique mettant en lumiere des relations de cause a effet limitees--ou critiquer--en proposant par exemple une reflexion fondamentale, conceptuelle ou theorique qui sous-tend un systeme juridique--, il importe d'abord et avant tout de comprendre ledit systeme juridique. Or, puisqu'il n'existe pas de litterature juridique canadienne (articles ou monographies) faisant un etat du droit positif sur les objets que nous decrivons dans cet article, une recherche de type exploratoire s'impose. A terme, la recherche exploratoire sert a identifier des questions, objectifs ou hypotheses de recherches futures.

Il s'agit donc ici precisement du but de notre article. Nous voulons palier une lacune importante dans les connaissances juridiques portant sur le droit de l'immigration federal et quebecois et, comme resultante, fournir une banque de connaissances exactes sur le droit positif en ces matieres. Cette banque servira de base aux autres chercheurs pour debuter la cueillette de donnees, comparer les divers programmes afin de faire ressortir les convergences et les divergences et ainsi pouvoir formuler des problemes specifiques de recherche. C'est d'ailleurs dans cette perspective que nous proposons, dans la conclusion de ce texte, quelques pistes possibles pour des recherches futures dans ce domaine. Celles-ci portent sur des interrogations dans le droit, en particulier des questions relatives au partage des competences legislatives entre les gouvernements federal et provinciaux. Nous avons egalement formule quelques questions sur le droit, en particulier des questions ayant pour toile de fond des interrogations de nature politique, economique et sociale, et comportant des repercussions sur le systeme juridique migratoire canadien.

PARTIE LIMINAIRE: QUELQUES REPERES HISTORIQUES SUR LA COMPETENCE QUEBECOISE EN MATIERE D'IMMIGRATION ECONOMIQUE

En vertu de l'article 95 de la Loi Constitutionnelle de 1867, les legislatures federale et provinciales se partagent, depuis 1867, la competence en matiere d'immigration (11). Ici, il faut immediatement souligner que le mot immigration est reserve pour designer les processus d'immigration menant a la residencepermanente, tel celui par lequel les immigrants de la categorie 'immigration economique' sont selectionnes.

L'exercice du pouvoir provincial de legiferer dans cette matiere est valide si, et seulement si, les objets et les effets des lois des legislatures n'entrent pas en conflit avec ceux edictes dans les lois du Parlement. Afin d'eviter les contestations judiciaires, les gouvemements federal et quebecois ont negocie diverses ententes depuis les annees soixante afin que le gouvernement du Quebec puisse, en toute quietude, exercer des pouvoirs dans des champs qui avaient jusque la ete occupes par le gouvernement federal. Le pouvoir le plus important qui est dorenavant exerce par le gouvemement quebecois porte sur la selection des immigrants de la categorie economique (travailleurs qualifies, investisseurs, entrepreneurs et travailleurs autonomes).

Le Quebec exerce cette competence specifique de maniere exclusive, ce qui signifie qu'il selectionne seul les immigrants qui viendront s'etablir sur le territoire quebecois et ces choix sont avalises par le gouvernement federal, a moins que l'immigrant soit declare interdit de territoire par l'application des articles 33 a 43 de la LIPR (par ex : des motifs lies a la sante ou la securite publiques). Le renvoi des interdits de territoire (ainsi que d'autres questions, telle la detention des personnes se trouvant irregulierement sur le territoire canadien) sont de competence exclusive du gouvernement federal, par application de l'article 91.25 de la Loi constitutionnelle de 1867 relative aux aubains, c'est-a-dire les etrangers. Le terme aubain ou etranger comprend toute personne n'ayant pas le statut de citoyen ou de resident permanent sur le territoire canadien en vertu de l'article 2(1) de la Loi sur l'immigration et la protection des refugies; il inclut les residents temporaires, tel que les travailleurs temporaires.

Ces quelques elements de droit constitutionnel aident a mettre en relief la competence concurrente des gouvernements federal et provinciaux sur les immigrants et la competence federale exclusive sur les etrangers (les aubains). Cette precision est importante puisque l'on pourrait croire, du moins a premiere vue, que seul le gouvernement federal possede la competence pour creer des programmes visant les travailleurs temporaires. Cependant, cette intuition ne trouve pas confirmation en pratique. Le gouvernement du Quebec joue egalement un role dans ce domaine.

Les negociations entourant la reconnaissance du pouvoir quebecois sur la selection des immigrants economiques s'echelonnent sur une periode d'une vingtaine d'annees. Ce n'est qu'en 1991 que le retrait du gouvernement federal du processus de selection est finalement confirme. Ces negociations ont ete longues, car meme si la Loi constitutionnelle de 1867 reconnait l'existence d'une competence concurrente en matiere d'immigration entre les deux paliers de gouvernement, c'est historiquement le gouvernement federal qui a instaure et applique les politiques concernant le quota annuel d'immigrants admissibles chaque annee, les criteres d'admission ainsi que la reglementation des categories d'immigrants. Dans cette partie, nous verrons quelles sont les principales etapes par lesquelles le Quebec a progressivement occupe le champ de competence autorise par l'article 95 de la Loi constitutionnelle de 1867. Ces informations sont utiles pour reflechir sur les zones d'ombre et de clarte relatives a l'exercice de la competence quebecoise sur les travailleurs permanents (les immigrants) et les travailleurs temporaires (les etrangers) et qui formeront le corps des developpements des parties I et II.

Section 1. L'exercice des pouvoirs federaux de 1867 a 1971

Pour le gouvernement federal, le controle des frontieres est une priorite. Meme si le premier ministere federal de l'immigration ne fut cree qu'en 1917, ce sont les ministeres de l'Agriculture (de 1867 a 1891) et de l'Interieur (de 1891 a 1917) qui ont ete, tour a tour, charges des questions liees a l'entree des individus sur le territoire canadien, qu'il s'agisse d'entrees permanentes ou temporaires (12). Des les premiers jours de la nouvelle federation canadienne, le Quebec a bien exerce des pouvoirs limites, en envoyant des agents quebecois dans les bureaux federaux a l'etranger afin d'informer les futurs immigrants desireux de s'etablir sur son territoire, mais des 1875 il cessa de le faire pour des raisons economiques (13). L'activite quebecoise n'a repris qu'a la fin de la Deuxieme Guerre mondiale; periode durant laquelle le Quebec a recu une bonne partie des immigrants issus de cette guerre (14).

Apres la guerre et pour une decennie, la province n'a dispose d'aucun moyen pour accueillir et integrer les ressortissants etrangers. Les nouveaux arrivants etaient pris en charge par les membres de leurs communautes et la necessite d'une intervention gouvernementale plus organisee ne s'etait pas encore fait sentir (15). Ce n'est qu'au cours des annees 1960 que le gouvernement quebecois a pris conscience de l'importance d' agir, en realisant que bon nombre d' immigrants en direction du Quebec provenaient de la Grande-Bretagne et des pays de l'Europe du Sud, comme l'Italie. Ces immigrants preferaient de loin s'integrer a la societe anglophone (16). Apres avoir constate une baisse considerable de l'immigration francophone sur son territoire, le gouvernement quebecois a commence a manifester, aupres du gouvernement federal, son intention d'intervenir dans le dossier (17).

En 1968, l'Assemblee nationale a adopte la Loi sur le Ministere de l'immigration (18). Le nouveau ministere avait pour fonction de s'occuper des questions liees a <<l'integration harmonieuse des immigrants>> et a leur <<etablissement dans la societe francophone qui constitue le Quebec>> (19). Cette volonte de preserver la culture francophone a alimente pendant plusieurs annees les principales decisions politiques du gouvernement du Quebec en matiere d'immigration. a cet egard, les ministres qui se sont succede a la tete du nouveau ministere ont pris acte de son role capital aupres des nouveaux arrivants ainsi que des immigrants a venir. Comme l'a decrit en 1978 le ministre de l'Immigration du Quebec, Jacques Couture, ce <<role consiste essentiellement a favoriser l'insertion des immigrants dans la vie quebecoise en les accueillant et en les aidant a s'adapter a un contexte nouveau pour eux>> (20).

Durant cette premiere periode d'affirmation nationale, ce qui importait d'abord et avant tout, etait de creer des conditions favorables a l'integration effective des immigrants a la culture francophone. Au mois de mai 1971, le Quebec conclut un premier accord avec le gouvernement federal. Le discours politique ne portait pas encore sur les avantages de l'immigration pour assurer la croissance economique du Quebec. Ce n'est que plus tard que l'immigration est devenue un outil indispensable pour fournir une main-d'oeuvre qualifiee capable de suppleer aux manques de travailleurs quebecois dans des secteurs d'activite economique.

Section 2. L'exercice des pouvoirs provinciaux par le Quebec

Avec l'Entente Lang-Cloutier de 1971, le gouvernement du Quebec a obtenu le pouvoir d'envoyer des agents pour representer la province a l'etranger (21). C'est le gain important qui a ete fait avec cette entente puisque auparavant le Quebec n'avait que le pouvoir de faire la promotion de l'immigration sur son territoire22. Avant cette entente, les seuls moyens promotionnels utilises par la province etaient doubles. Il tenait des comptoirs d'information qui etaient situes a l'aeroport de Dorval (Pierre-Elliott-Trudeau) et des centres d'accueil des immigrants en destination de la province, soit les Centres d'orientation et de formation des immigrants (Cofis) etablis a des endroits strategiques sur le territoire quebecois. Depuis la signature de l'Entente Lang-Cloutier, le Quebec est autorise a nommer des agents qui travaillent dans les bureaux federaux de recrutement a l'etranger, notamment ceux bases en France. Ces agents ont pour tache principale de conseiller les immigrants qui desirent s'etablir sur le territoire du Quebec. Aucun pouvoir de selection des immigrants n'a ete accorde au gouvernement quebecois par cette entente.

En 1975, une autre entente intervient, cette fois entre M. Robert Andras, ministre de la Main-d'oeuvre et de l'Immigration au Canada, et M. Jean Bienvenue, le ministre de l'Immigration au Quebec de l'epoque. Il s'agit de l'Entente portant sur l'echange de renseignements, le recrutement et la selection des ressortissants etrangers qui demeurent a l'exterieur du Canada et qui desirent resider de facon permanente dans la Province de Quebec ou etre admis a titre temporaire pour y exercer un emploi (ci-apres : << l'Entente Andras-Bienvenue >>)23. Par cette entente, il est convenu que le gouvernement du Quebec peut dorenavant exercer un role de consultant en matiere de selection des immigrants et participer au recrutement des candidats a l'immigration voulant s'etablir sur le territoire quebecois de facon permanente ou temporaire.

Pour le Quebec, le gain est considerable : tous les candidats a l'immigration sont interviewes par des fonctionnaires quebecois avant que le gouvernement federal ne prenne une decision sur leur admission (24). Les agents d'immigration du gouvernement quebecois peuvent desormais agir comme conseillers aupres du gouvernement federal. Ce role de conseiller implique une consultation et une collaboration entre les deux gouvernements dans le but d'echanger des renseignements a l'egard des candidats a l'immigration et pouvant faciliter le recrutement de ceux-ci. Les deux gouvernements se sont engages a se consulter mutuellement sur la mise en oeuvre des programmes relatifs a selection des candidats a l'immigration permanente ou des travailleurs temporaires (25). Cet engagement a mene a l'adoption d'une serie de mesures dont deux sont d'une importance notable. Tout d'abord, l'article 2c) de l'Entente prevoit que les fonctionnaires quebecois peuvent participer a des missions conjointes de recrutement Canada-Quebec a l'etranger. Ensuite, l'article ea) oblige les agents federaux a aviser les fonctionnaires du Quebec de toute demande d'admission permanente effectuee par un candidat desireux de s'etablir sur le territoire quebecois (26).

En 1978, l'entente la plus importante en matiere d'immigration et ayant fait l'objet d'une grande couverture mediatique est intervenue entre les gouvernements federal et quebecois (27). Le ministre de l'Emploi et de l'Immigration du Canada, M. Cullen, et le ministre de l'Immigration du Quebec, M. Couture, signent l'Entente entre le Gouvernement du Canada et le Gouvernement du Quebec portant sur la collaboration en matiere d'immigration et sur la selection des ressortissants etrangers qui souhaitent s 'etablir au Quebec a titre permanent ou temporaire (l'Entente Cullen-Couture) (28).

C'est par cette entente que le gouvernement du Quebec fait ses gains les plus importants sur le plan du partage des competences en matiere d'immigration. Plusieurs pouvoirs decisionnels y sont reconnus au gouvernement quebecois; le plus important etant celui contenu dans la troisieme section de l'Entente et relatif a la selection des immigrants permanents et temporaires. Cette section porte notamment sur la question de l'etablissement des criteres de selection et de leurs modalites d'application. Ainsi, le gouvernement du Quebec peut dorenavant fixer <<des criteres de selection fondes sur l'aptitude personnelle des requerants a s'etablir avec succes au Quebec, sur des variables d'ordre demographique et socioculturel, et sur la situation du marche du travail au Quebec>> (29). Il est egalement etabli que la selection des immigrants desireux de s'installer au Quebec se fera par un processus decisionnel conjoint et que le <<droit d'etablissement au Quebec pour un immigrant independant requiert l'accord prealable du Quebec>> (30). Enfin, il est entendu que pour <<tout requerant qui atteindra la norme de selection quebecoise, le Canada, apres consultation entre les parties s'il y a lieu, donnera une suite favorable a la selection positive du Quebec [...] sous reserve des exigences statutaires d'admission au Canada>> (31).

La mise en oeuvre de l'entente a entre autres ete realisee par l'approbation de deux reglements majeurs par le gouvemement quebecois. Le premier reglement, adopte en 1979, est le Reglement sur la selection des ressortissants etrangers (32).

Le deuxieme est le Reglement sur la ponderation applicable a la selection des ressortissants etrangers (33) dans lequel le gouvernement quebecois y a etabli sa grille de selection des immigrants de la categorie economique.

La section III clarifie plusieurs questions sur l'emploi de la main-d'oeuvre etrangere. Les centres federaux de la main-d'oeuvre n'ont plus la responsabilite de delivrer aux travailleurs etrangers les certificats necessaires afin qu'ils puissent occuper un emploi sur le territoire du Quebec. Du coup, le gouvernement du Quebec a transfere les services de main-d'oeuvre, auparavant fournis par le ministere du Travail, au ministere de l'Immigration. Les gouvemements instaurent aussi des mecanismes de consultations conjointes afin de permettre une collaboration permanente entre les gouvemements federal et quebecois. Deux comites sont crees : le Comite mixte et le Comite d'application. Le Comite mixte a pour fonction d'assurer la collaboration sur les questions migratoires entre la Commission de l'Emploi et de l'Immigration du Canada et le ministere de l'Immigration du Quebec (34). Le Comite d'application est, quant a lui, charge de coordonner la mise en oeuvre de l'entente et surtout en ce qui a trait aux questions liees a la selection des ressortissants etrangers (35).

L'Entente Cullen-Couture s'applique seulement aux ressortissants qui demandent la residence permanente au Quebec a partir de l'etranger. Aucun pouvoir n'est reconnu a la province pour selectionner les candidats a l'immigration se trouvant deja sur son territoire (36). Prenant acte de la diversite culturelle de la societe quebecoise et desirant la preserver (37), le gouvernement du Quebec a modifie la loi constitutive de son ministere de l'Immigration et l'a transforme en un ministere des Communautes culturelles et de l'immigration en 1981 (38).

Afin d'aider le ministre a remplir son nouveau mandat, le Conseil des communautes culturelles et de l'immigration voit le jour en 1984. Il est remplace par le Conseil des relations interculturelles des 1985. Sa fonction premiere est d'agir en tant que conseiller pour le ministre de l'Immigration et des Communautes culturelles sur les questions relatives aux relations interculturelles et a l'integration des immigrants au Quebec (39). Dans l'exercice de ses fonctions, il peut notamment fournir des conseils au ministre pour planifier et mettre en oeuvre les politiques gouvernementales relatives a l'integration et aux relations interculturelles entre les Quebecois nouvellement arrives et ceux deja etablis sur le territoire. Il peut aussi saisir le ministre de toute question qui appelle son intervention au niveau, par exemple, du rapprochement interculturel et de l'ouverture au pluralisme, emettre des recommandations et, finalement, effectuer des etudes et entendre les suggestions de groupes ou de personnes concernant ces questions (40).

Depuis sa creation, le Conseil a effectue de nombreuses etudes sur des sujets primordiaux pour le Quebec et a emis divers avis au ministre (avis qui sont tous publics). Parmi ces avis, il faut en citer quelques-uns qui portent precisement sur l'apport economique des immigrants. Par exemple, en 1987, une synthese des etudes quebecoises, canadiennes et americaines a ete publiee sur les impacts economiques de l'immigration. En 1991, le Conseil a emis un avis intitule : << E'immigration, les communautes culturelles et l'avenir du Quebec >>. Cet avis, adopte le 6 decembre 1990 par l'Assemblee nationale, traitait principalement des difficultes liees a la repartition des pouvoirs de selection et d'admission et des liens entre l'exercice de ces pouvoirs et la capacite ulterieure d'etablissement et d'integration des immigrants. En 1993, une autre etude a ete realisee sur les effets de l'immigration sur le marche du travail quebeeois (41).

Ces avis et etudes prennent toute leur importance lorsqu'on examine le contenu de l'entente de 1991 entre les gouvernements federal et quebecois : l'Accord Canada-Quebec relatif a l'immigration et a l'admission temporaire des aubains (42). Cet accord a eu pour effet de permettre aux deux ordres de gouvernement de << determiner leurs secteurs d'activites respectifs touchant les immigrants et les aubains en vue de repondre aux besoins et a la situation particuliere du Quebec>> (43). Tout en confirmant les pouvoirs des gouvernements federal et quebecois en matiere de selection des immigrants et le retrait du gouvernement federal du processus de selection (44), l'attrait principal de cet accord est d'accorder au Quebec un nouveau pouvoir en matiere de selection des ressortissants etrangers se trouvant deja sur place (45).

En 1996, le ministere des Relations avec les citoyens et de l'Immigration est cree. La meme annee, une nouvelle grille de selection est adoptee et l'importance est mise sur la selection des travailleurs. On fait alors place au critere de l'offre d'emploi assuree, ce qui permet dorenavant a la province d'accueillir des travailleurs specialises prets a entrer sur le marche du travail (46). Finalement, en 2005, le ministere des Relations avec les citoyens et de l'Immigration est remplace par le ministere de l'Immigration et des Communautes culturelles (MICC). La nouvelle mission du ministere est de << promouvoir l'immigration, selectionner des personnes immigrantes et favoriser leur integration au sein d'une societe ouverte au pluralisme et propice au rapprochement interculturel >> (47). En conformite avec l'Entente Cullen-Couture et l'Accord CanadaQuebec, l'article 4 de la loi instituant le nouveau ministere charge celui-ci de transmettre de l'information, de recruter et de selectionner les candidats a l'immigration pour le Quebec, tant au niveau de l'immigration permanente que temporaire. Pour ce faire, il doit tenir compte du bassin demographique du territoire ainsi que du nombre d'emplois disponibles pour les futurs travailleurs, ce qui implique la determination du nombre d'immigrants a accueillir chaque annee selon la capacite d'accueil du Quebec (les quotas d'immigration au Quebec). Enfin, le nouveau ministere a aussi le devoir de favoriser l'etablissement socio-economique des nouveaux arrivants sur le territoire quebecois (48).

C'est par le passage de la theorie de l'occupation du champ du debut du siecle dernier (49), a la theorie contemporaine de la contradiction expresse (50), que le Quebec a pu acquerir des pouvoirs sur la selection des immigrants economiques. Aujourd'hui, il est etabli que le gouvernement du Quebec est competent pour faire la selection des ressortissants etrangers desireux de s'etablir sur le territoire quebecois et leur fournir des services d'integration, notamment ceux relatifs a l'integration au travail. Quant au gouvernement federal, il exerce une competence exclusive sur l'admission des ressortissants etrangers quel que soit la province ou le territoire d'etablissement (51).

Malgre ces gains, les limites des competences du gouvernement du Quebec sont fixees par les articles 91.25 et 95 de la Loi constitutionnelle de 1867 et leur interpretation. En effet, l'elaboration des grandes orientations politiques de nos programmes migratoires relevent touj ours de la competence du gouvernement federal (52). Ainsi, les programmes d'immigration quebecois, permanents ou temporaires, comme celui des travailleurs qualifies, sont largement inspires des programmes federaux et pechent, en consequence, par les memes defauts. Meme si on peut noter quelques differences entre les programmes federaux et quebecois, differences ayant pour but de faire en sorte que le Quebec puisse accueillir des candidats qui sont en mesure de s'adapter a la societe francophone et de combler certains besoins du marche du travail dans la province, elles ne sont pas suffisantes pour regler les problemes de penurie de main-d'oeuvre. C'est a ce probleme specifique que s'attaquent les programmes migratoires temporaires. Pour ces programmes en particulier des analyses plus fines devront etre faites dans l'avenir pour cerner plus clairement l'interaction entre les competences federale et provinciales en vertu des articles 91.25 et 95 de la Loi constitutionnelle de 1867.

PARTIE I. LES PROGRAMMES DE SELECTION DES TRAVAILLEURS ETRANGERS APPLICABLES AU QUEBEC

En vertu de l'article 32a) de la LIPR, les residents temporaires constituent une categorie reglementaire qui se decline sous l'art. 194 du RIPR en plusieurs sous-categories : 1) les touristes, 2) les visiteurs d'affaires, 3) les detenteurs de permis de residence temporaire, 4) les etudiants etrangers, 5) les travailleurs temporaires etrangers, 6) les aides familiaux residants et 7) les travailleurs agricoles saisonniers (53). Dans ce groupe, seules les trois dernieres categories nous interessent ici. Celles-ci doivent etre sousdivisees en deux sous-categories : les travailleurs temporaires qualifies et non qualifies.

C'est le systeme de Classification nationale des professions qui regit le classement des travailleurs et fixe les criteres de distinction entre les travailleurs qualifies et non qualifies. Selon le systeme de la Classification nationale des professions, les travailleurs qualifies (ou specialises) representent ceux dont la profession est classee dans les niveaux O, A ou B. Ces derniers niveaux touchent normalement les professions exigeant un diplome universitaire ou collegial. Le niveau O represente les cadres d'entreprises, les gestionnaires. Le niveau A, les postes professionnels, generalement ceux exigeant un diplome universitaire. Finalement, le niveau B englobe les metiers specialises et techniques, on parle donc dans ce cas d'une education au niveau collegial.

Les travailleurs peu qualifies sont ceux dont la profession est classee dans les niveaux C ou D, c'est-a-dire dans un niveau de formation reduit. Ces deux derniers niveaux representent les professions pour lesquelles seul un diplome d'etudes secondaires est requis ou, tout au plus, une formation professionnelle. Par exemple, pour le niveau C, on parle generalement des travailleurs detenant une formation de niveau secondaire ou d'une formation acquise en cours d'emploi. Quant au niveau D, il n'exige qu'une breve demonstration du travail ou une formation en cours d'emploi. Il ne requiert pas d'exigences scolaires particulieres (54).

Dans cette partie du texte, nous decrirons d'abord les voix d'entree au Canada qui sont offertes aux travailleurs temporaires non qualifies. Comme nous le verrons, ces voix d'entree ont fait l'objet de programmes gouvernementaux juridiquement tres structures. En revanche, les parametres legaux des programmes applicables aux travailleurs temporaires qualifies sont plus generalement definis.

Section 1. Les programmes visant les travailleurs non qualifies

Les premiers programmes de travailleurs temporaires sont apparus au Canada afin de pallier le manque persistant de main-d'oeuvre dans deux secteurs specifiques : le secteur agricole puis le secteur du service domestique et des soins aux enfants.

Entre 1947 et 1954, des Polonais veterans ont ete admis avec un permis de travail qui exigeait qu'ils restent au moins 2 ans dans l'agriculture (apres leur contrat, avec 3 annees de residence au Canada, ils pouvaient postuler a la citoyennete)55. Le gouvernement a aussi donne l'autorisation a des personnes d'Europe de l'Est deplacees suite au conflit de venir s'installer au Canada dans la mesure oU ils travailleraient dans l'agriculture pour au moins un an (56). De plus, en 1947, le Canada a signe son premier accord bilateral post-guerre, avec le gouvernement hollandais. Cet accord visait a faciliter l'entree de Hollandais au Canada pour qu'ils travaillent dans l'agriculture, il leur accordait la possibilite d'immigrer de facon permanente apres 5 ans de residence, et les exonerait de la menace du renvoi dans leur pays d'origine (57).

C'est l'octroi de la residence permanente a ces travailleurs qui aurait ete le declencheur, du moins en partie, des demandes de resserrement des regles juridiques qui ont ete faites par des fermiers ontariens vers la fin des annees 1950. Plus precisement, ils recherchaient une main-d'oeuvre dont les conditions d'entree soient strictes afin de limiter le roulement du personnel agricoles et la possibilite de depart pendant la periode des recoltes (58). Ils ont donc exerce de fortes pressions aupres du gouvernement federal afin qu'il autorise les travailleurs des Caraibes a venir travailler au Canada sur une base temporaire (a l'image du programme Braceros aux Etats-Unis (59)).

C'est a la suite de ces representations que le gouvernement du Canada a cherche a recruter une main-d'oeuvre << adaptee >> au travail agricole. Ainsi apparu au Canada le statut << temporaire >> des migrants par la creation du Programme des travailleurs agricoles saisonniers caribeens et du Programme d'autorisation d'emploi pour non-immigrants (ce dernier autorisait l'octroi de visas d'un an pour des emplois specifiques ne pouvant etre accomplis par une main-d'oeuvre locale (60)). Recemment, le gouvernement federal a donne son aval pour la mise sur pied d'un programme similaire pour les travailleurs non qualifies provenant du Guatemala (61).

Plusieurs auteurs defendent l'idee que le passage historique de l'immigration permanente a l'immigration temporaire a ete concomitant au changement dans les pays sources des migrants. Du fait de la liberalisation de l'economie et de la facilitation des transports, l'immigration principalement europeenne jusque dans les annees 1950 a ete supplantee par une migration issue de pays << du Sud >>, moins developpes economiquement et plus varies ethniquement (62).

Le debut des annees 1960 a ete non seulement marque par le recrutement d'une main-d'oeuvre agricole dans les Caraibes, mais aussi par l'arrivee des premieres aides domestiques des Philippines sous un programme federal leur accordant aussi un statut temporaire.

L'arrivee des premieres aides familiales residantes sur le sol canadien remonte a la periode precedant la Seconde Guerre mondiale, mais ce qui distingue cette premiere vague migratoire de celle des annees soixante est la provenance des recrues. Durant la premiere vague, seules des femmes en provenance d'Angleterre et d'Ecosse ont ete embauchees (63). Ensuite, d'autres femmes, de confessions chretiennes et blanches, sont venues d'Europe de l'Est ou encore des pays mediterraneens (64). Ces nannies devaient vivre au moins six mois chez l'employeur afin d'obtenir la residence permanente (65). A partir de 1955, les premieres aides familiales noires, provenant des Caraibes, d'Afrique puis des Philippines commencent a entrer au Canada (66). Cette deuxieme vague amene des changements dans les conditions pour obtenir la residence permanente. Celles-ci sont devenues plus strictes. Ces femmes devaient resider au moins un an chez l'employeur avant de pouvoir demander la residence permanente (67). Le programme des aides familiales residentes a pris sa forme actuelle lors de l'adoption de la LIPR en 2001. Le but premier de ce programme est de palier le manque serieux de main-d'oeuvre locale pour la garde et les soins a domicile, tant pour les personnes agees que pour les enfants, ou encore, pour les personnes handicapees (68).

Ces trois programmes s'offrant aux etrangers desirant travailler temporairement au Canada a titre de travailleur peu qualifie, soit le Programme des travailleurs agricoles saisonniers, le Programme des travailleurs peu qualifies C & D--Guatemala et, finalement, le Programme des aides familiaux residants, sont ci-apres decrits.

* Le Programme des travailleurs agricoles saisonniers

Pour repondre aux penuries de main-d'oeuvre dans le secteur agricole, le gouvernement canadien a d'abord conclu une entente avec la Jamaique en 1966 afin de mettre sur pied le Programme des travailleurs agricoles saisonniers caribeens. Par la suite, le Canada a progressivement ouvert ce programme a d'autres pays des Antilles, puis au Mexique en 1974. Le Mexique constitue aujourd'hui le principal pays source de travailleurs agricoles saisonniers (69). Le programme, renomme Programme des travailleurs agricoles saisonniers (PTAS) en 1974, decoule aujourd'hui de onze traites bilateraux signes par le Canada (70).

Conformement a l'Accord Canada-Quebec relatif a l'immigration et a l 'admission temporaire des aubains (71), les competences en matiere d'immigration sont partagees entre le Canada et le Quebec. Le Canada determine les volumes annuels d'immigration en tenant compte de l'avis du Quebec (art. 5), de meme qu'il definit et applique les criteres d'admission des etrangers (art. 3). Quant au Quebec, il se charge de selectionner, d'accueillir et d'integrer les migrants qui se destinent a sa province (72). Ainsi, la gestion du PTAS repose sur la collaboration entre les deux paliers de gouvernement par l'intermediaire de quatre ministeres : Ressources Humaines et Developpement des Competences Canada (RHDCC), Service Canada, Citoyennete et Immigration Canada (CIC) et le Ministere de l'immigration et des communautes culturelles du Quebec (MICC).

Purement intergouvernementale au depart, l'administration du programme a ete privatisee a partir de 1987. Le ministere de RHDCC a en effet eu recours a des organisations du secteur prive pour gerer la mise en oeuvre du programme, soit le Foreign Agrieultural Resouree Management Service (FARMS) pour l'Ontario et les autres provinces majoritairement anglophones, puis, a partir de 1989, la Fondation des entreprises en recrutement de main-d'oeuvre etrangere (FERME) pour le Quebec (73).

FERME est un organisme a but non lucratif issu du regroupement de cinq associations de producteurs horticoles. La mission de FERME est d'assister les producteurs dans leurs demarches visant a recruter de la main-d'oeuvre etrangere dans le cadre du PTAS. FERME, financee par les cotisations de ses membres, assume les fonctions administratives requises dans la gestion des demandes des employeurs et represente ses membres aupres des gouvernements, organismes et agences. FERME est aussi chargee de transmettre au Secretariat du travail mexicain les offres d'emploi des agriculteurs une fois qu'elles ont ete recommandees par un centre d'emploi et acceptees par les autorites canadiennes competentes (74).

A la suite de negociations entre le Canada et les pays participants, RHDCC a elabore des directives operationnelles qui decrivent le fonctionnement du programme (75). Ces directives contiennent un contrat de travail obligatoire que doivent signer chaque employeur et chaque travailleur, et qui enonce leurs obligations ainsi que celles des representants consulaires (76). Ainsi, les obligations contractuelles des employeurs sont de plusieurs ordres. Ils doivent notamment garantir aux travailleurs un minimum de 240 heures de travail sur une periode de 6 semaines, verser aux travailleurs le salaire le plus eleve parmi les trois taux suivants : le salaire minimum provincial; le salaire en vigueur selon le gouvernement du Canada; le salaire que l'employeur verse a des Canadiens pour effectuer le meme genre de travail (77). Ils doivent payer le voyage et le permis de travail des travailleurs (mais ces derniers devront les rembourser par la suite) (78), fournir au travailleur un logement convenable (79) et s'assurer que les employes sont couverts par le regime d'indemnisation des accidentes du travail et le regime de l'assurance-maladie (80). Quant aux travailleurs, ils sont tenus de travailler et d'habiter sur le lieu de travail ou a tout autre endroit fixe par l'employeur et approuve par le representant du gouvernement, de rembourser leurs billets d'avion et le permis de travail et de retourner rapidement au Mexique a la fin de la periode d'emploi autorise (81). Tous les travailleurs doivent avoir quittes le Canada au plus tard le 15 decembre << a moins de circonstances extraordinaires >> (82). Enfin, les representants des pays d'origine sont charges de recruter les travailleurs, de signer le contrat d'emploi de leurs ressortissants et de representer leurs citoyens lors de problemes avec l'employeur, tout en preservant les interets de leur pays.

Le PTAS impose aussi des restrictions sur les droits des travailleurs et sur les conditions de leur sejour puisque leur visa de travail n'est valide que pour le poste de manoeuvre agricole, un employeur specifique et une periode donnee (au maximum de huit mois) (83). Par contre, les travailleurs ont la possibilite d'etre transferes a un autre employeur durant la validite de leur visa de huit mois, a condition qu'un accord ecrit du representant du ministere RHDCC, du representant consulaire et du travailleur soit obtenu et que le nouvel employeur ait fait les demarches necessaires (84). Les travailleurs n'ont pas la possibilite d'amener leur famille au Canada. Lors des reunions annuelles dediees a la revue du PTAS, sont presents RHDCC, FERME qui representent les interets des employeurs et les representants consulaires. Il n'y a pas a proprement parler de representants des travailleurs. Les gouvernements provinciaux sont invites a titre d'observateurs. En effet, comme la sphere du travail est de juridiction provinciale, la mise en oeuvre du PTAS doit etre conforme aux normes de la province en termes de droits de la personne et de conditions de travail (85).

* Le Programme des travailleurs peu qualifies C&D--Guatemala

Le PTPQ, d'abord connu sous le nom de << projet pilote >>, a ete cree en 2003 afin de pallier les penuries de main-d'oeuvre non qualifiee au Canada (86). Il n'est pas specifique a l'agriculture et est ouvert a tous les secteurs d'activite economique. Ce programme donne aux employeurs la possibilite de recruter des travailleurs exercant des metiers qui requierent des qualifications de niveaux C & D comme le nom du programme l'indique.

De fait de sa mise sur pied assez recente, le Programme des travailleurs peu qualifies C&D - Guatemala n'a pas fait l'objet d'autant d'analyses que le PTAS. A noter cependant qu'un bon nombre de travailleurs guatemalteques viennent au Canada comme travailleurs agricoles et viennent travailler au Quebec (87). Pour le recrutement de main-d'oeuvre agricole, FERME a conclu un accord avec le gouvernement du Guatemala, qui a lui-meme sollicite l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) pour la mise en oeuvre technique de l'accord. Dans ce contexte, FERME et l'OIM ont conclu un autre accord, prive et confidentiel.

Les criteres de selection transmis a l'OIM par FERME sont similaires a ceux que le Mexique et les autres pays des Caraibes utilisent. Les travailleurs doivent etre ages entre 25 et 45 ans (sauf pour l'emploi des attrapeurs de poulet tres exigeant physiquement, pour lequel les travailleurs recherches sont plus jeunes, entre 20 et 25 ans). La priorite est accordee aux peres et meres de famille, officiellement pour augmenter les retombees economiquesSs. Certaines zones rurales guatemalteques, particulierement sinistrees, sont ciblees (89).

Le contrat de travail du PTAS a manifestement constitue un modele d'inspiration pour l'elaboration des contrats du PTPQ. Cependant, ils sont de nature distincte. Alors que dans le cas du PTAS, le contrat de travail inclus dans les ententes bilaterales signees par le Canada et les autres etats parties doit etre utilise, il n'y a pas de contrat impose par le gouvernement du Quebec ou du Canada dans le cas du PTPQ. FERME a elabore des contrats types qui varient selon le type d'emploi, et qui ont recu l'aval des gouvernements quebecois, canadien et guatemalteque (90).

Les contrats types, qui recouvrent huit categories d'emplois, se distinguent au niveau des conditions salariales et du nombre d'heures de travail par semaine (91). Le travail dans la production maraichere et serricole est potentiellement le plus exigeant sur le plan des heures (entre 60 et 70h hebdomadaires), et le moins cher paye (8.705 en 2009). En revanche, les ouvriers agricoles de fermes laitieres peuvent travailler entre 40 et 50h par semaine, pour un taux horaire de 11.78$ en 2009 (pour toutes les heures travaillees, section 8 du contrat type) (92).

En pratique, les travailleurs ne peuvent pas etre accompagnes des membres de leur famille, en depit de la duree de leur contrat, pour l'instant d'une duree maximale de deux ans. Une restriction fondamentale est liee a l'absence de liberte de choix de l'employeur : alors que le contrat de travail du PTAS contient des clauses sur le transfert du travailleur a un autre employeur, le contrat type du PTPQ n'en contient pas.

Le PTPQ a ete initie afin de constituer une alternative au PTAS : la mise en oeuvre du PTPQ est en effet beaucoup plus flexible que celle du PTAS. Il n'y a pas de negociations de pays a pays. Ce programme est ouvert a tous les pays avec lesquels le Canada entretient de bonnes relations et est appele a s'appliquer a d'autres pays. Enfin, les visas emis dans le cadre de ce programme ont ete allonges : d'abord etablis a 12 mois, ils peuvent, depuis 2007, durer jusqu'a 24 mois.

* Le Programme des aides familiaux residants (93)

Le programme des aides familiaux residants est une categorie reglementaire federale.

On retrouve les modalites de ce programme a la partie 6, section 3 du Reglement sur l'immigration et la protection des refugies (94).

Les aides familiaux desirant travailler au Quebec pour une periode excedant six mois doivent repondre a certaines exigences reglementaires. Ils doivent avoir complete un total de onze annees d'etudes primaires et secondaires et avoir une experience professionnelle a temps plein de six mois en tant qu'aide familial ou avoir recu une formation professionnelle dans ce domaine. Ils doivent aussi pouvoir comprendre et parler au moins l'une des deux langues officielles et avoir signe un contrat de travail avec l'employeur en question (95). Le contrat de travail doit contenir des elements precis, tels que la description des taches de l'aide familial dans son travail, son salaire, son horaire et ses conges, ainsi que les conditions liees a la residence chez l'employeur (96). Dans le cas ou ces exigences ne sont pas remplies, le certificat d'acceptation du Quebec ne sera pas delivre et le ressortissant ne pourra pas exercer ce metier dans la province. Il est primordial de noter que toutes les conditions de travail au contrat, telles que celles liees au salaire et aux jours feries, doivent etre conformes a la Loi sur les normes du travail (97).

L'employeur qui desire beneficier des services d'un travailleur domestique en provenance de l'etranger doit d'abord faire evaluer son offre de travail par le RHDSC et le MICC. Dans le cas d'une demande initiale, l'employeur doit s'adresser au MICC pour l'evaluation de son besoin de recourir a un aide familial de l'etranger. Suite a cette demarche, le RHDSC et le MICC prendront une decision conjointe quant a l'accueil du candidat dans la province (98). Dans ces cas, l'evaluation du candidat a l'etranger se fera par un fonctionnaire du MICC a la Direction de la selection des travailleurs--Validation des offres d'emploi (DSTVE) (99). Si l'evaluation est positive, le certificat d'acceptation sera delivre. Dans le cadre de ce programme, le certificat d'acceptation peut etre renouvele pour une periode donnee a la demande de l'employeur. L'offre d'emploi en question ne subira pas une deuxieme evaluation, sauf si des modifications sont presentes au contrat. Ces demandes semblent rarement occasionner des problemes puisque le candidat a deja rempli les criteres initiaux pour venir au Quebec en vertu du programme (100).

Un aide familial residant a la possibilite de demander un changement d'employeur. Dans ce cas, un nouveau certificat d'acceptation devra etre octroye, celuici etant intrinsequement lie au contrat de travail. Cependant, si le nouvel employeur en est a sa premiere demande, il devra aussi faire approuver sa demande conjointement par le MICC et RHDSC (101). Un aide familial ne peut pas travailler pour plus d'un employeur a la fois, ni oeuvrer dans une maison privee. a titre d'exemple, il ne peut pas travailler dans un service de garde ou dans un organisme de sante, qu'il soit public ou prive. (102) Ces derniers ont donc l'obligation de resider chez leurs employeurs, et ce, pour toute la duree de l'emploi.

Une des caracteristiques les plus importantes de ce programme constitue la possibilite, pour les aides domestiques, d'effectuer une demande de residence permanente apres 24 mois de travail au Canada, suivant une periode de trois ans apres l'arrivee. Cette possibilite n'est offerte dans le cadre d'aucun autre programme de travailleurs temporaires (103). Les travailleurs agricoles saisonniers, et ce peu importe leur pays de provenance, ne peuvent pas, ni n'ont pu dans le passe, beneficier de cette possibilite, comme nous le verrons dans la troisieme partie du travail.

Section 2. Les programmes visant les travailleurs qualifies

Entre la fin des annees 1940 et le debut des annees 1970, le gouvernement federal a cree differents programmes afin de favoriser l'immigration permanente de tout type de travailleurs dans le but explicite de repondre aux besoins de la conjoncture economique (104). Ce n'est que vers la fin des annees 1960 que de grands besoins en main-d'oeuvre qualifiee font surfacez>>. Pour repondre a la demande, le gouvemement federal instaure te programme de visas d'emplois en 1973.

En 1973, il existait deux volets au programme de visas d'emplois. Le premier concemait les travailleurs etrangers a qui une offre d'emploi avait ete faite par un employeur local. Le deuxieme representait le volet des travailleurs etrangers << invites >>, c'est-a-dire ceux qui obtenaient l'autorisation de venir travailler temporairement en vertu d'accords bilateraux, comme dans le cas des travailleurs agricoles (106). Les deux volets du programme exigeaient que ce soit l'employeur qui fasse la demande de travailleurs etrangers temporaires. Chaque demande etait etudiee par les autorites federales. Un strict controle des frontieres etait maintenu : un etranger ne pouvait pas venir sur le territoire et se trouver un emploi par ses propres moyens. a cette epoque, cette exigence a opere un renversement complet puisque avant l'instauration de ce programme, les etrangers pouvaient venir sur le territoire canadien pour y travailler sans que des controles gouvernementaux ne soient exerces. Dans cette section, seul le premier volet du programme nous interesse.

Ce volet du programme de visa d'emploi est considere comme le premier programme visant specifiquement la categorie des travailleurs temporaires qualifies (107). En effet, il avait pour objectif de mettre en place un regime permettant de reglementer l'entree au pays des etrangers venant occuper des emplois internes de facon provisoire et dans le but de proteger la main-d'oeuvre locale contre l'utilisation injustifiee et abusive de la main-d'oeuvre etrangeret (108). En effet, avec la procedure d'autorisation d'embauche nouvellement creee, le gouvernement voulait << s'assurer que les possibilites de recyclage, de mobilite et de formation de la main-d'oeuvre domestique aient ete epuisees avant qu'un employeur ne puisse recourir a la main-d'oeuvre etrangere >> (109). Le principe etait que la main-d'oeuvre etrangere devait etre <<consideree comme un moyen de tout dernier recours>> (110). afin de minimiser la dependance du marche du travail canadien a l'egard de la main-d'oeuvre etrangere.

Le role desormais joue par ces travailleurs au Canada et au Quebec revet une importance economique de tout premier ordre. D'ailleurs, le recours a une maind'oeuvre qualifiee temporaire est sans cesse grandissant (111). Plusieurs raisons expliquent ce phenomene. Nous avons vu dans l'introduction que le gouvernement Harper a demande aux agents d'immigration d'accelerer le processus de selection applicable a la categorie des immigrants economiques (les travailleurs qui font une demande d'etablissement permanent). En outre, des unites de travailleurs etrangers temporaires ont ete creees au sein de CIC et sont en place dans les provinces canadiennes. Ces unites visent a aider les employeurs a repondre aux penuries de competences et de main-d'oeuvre notamment en faisant un examen preliminaire de leurs demandes afin de simplifier le processus de demande des travailleurs et de fournir un avis aux agents au point d'entree.

En ce qui concerne les travailleurs temporaires plus specifiquement, les employeurs de tous les secteurs d'activite peuvent recruter des travailleurs etrangers qualifies pour combler leurs penuries de main-d'oeuvre a court terme. Dans la mesure ou ces employeurs peuvent demontrer : 1) qu'ils ne peuvent pas trouver de Canadiens ou de residents permanents qualifies pour occuper les postes et 2) que l'arrivee de travailleurs au Canada n'aura pas une incidence nefaste sur le marche du travail canadien. a cet egard, l'employeur doit normalement obtenir un Avis relatif au marche du travail (AMT) de Service Canada du ministere de Ressources humaines et Developpement social Canada. Un AMT est exige sauf si la categorie d'emploi fait l'objet d'une dispense, tels les travailleurs regis par des accords internationaux, les entrepreneurs et personnes faisant l'objet d'une mutation d'une entreprise a l'autre. De plus, le travailleur devra obtenir un permis de travail, sauf exception (112). Enfin, lorsque le travailleur qualifie temporaire veut travailler au Quebec, il doit aussi obtenir un Certificat d'acceptation du Quebec.

Ce qui est tout particulierement notable des initiatives gouvernementales recentes en faveur des travailleurs temporaires qualifies est la creation des programmes appeles Experience canadienne/Experience quebecoise puisqu'ils permettent a cette categorie de travailleurs de faire une demande d'etablissement permanente au Canada.

PARTIE II. L'ETABLISSEMENT PERMANENT DES TRAVAILLEURS TEMPORAIRES AU CANADA

Le Programme des travailleurs etrangers temporaires peut avoir divers avantages, a la fois pour les employeurs, pour le gouvernement canadien, pour les participants et, parfois meme, pour les pays d'origine de ces travailleurs. En effet, il permet aux employeurs de beneficier d'une main-d'oeuvre rapidement et au gouvernement du Canada de recevoir des recettes fiscales. Enfin, les remunerations des travailleurs les aident a subvenir aux besoins de leur famille. Ceci amene certains auteurs a penser que le programme peut assurer une certaine croissance economique des pays de provenance des immigrants (113).

En revanche, un des inconvenients majeur du programme est que le statut temporaire octroye a ces travailleurs les place dans une situation de precarite en emploi qui est loin d'etre negligeable (114). Par exemple, les travailleurs peu qualifies sont, la plupart du temps, loges dans un endroit choisi par l'employeur. De plus, les permis de travail sont delivres en fonction d'un seul emploi et donc d'un seul employeur (115). Ces restrictions font en sorte que les travailleurs, voulant absolument rester au pays pour profiter des avantages que leur procure le travail temporaire, acceptent des conditions de travail difficiles et hesitent a denoncer les abus de toutes sortes (116). C'est d'ailleurs a la suite de ce constat que le Comite permanent sur la Citoyennete et l'immigration a recommande au gouvernement canadien, dans son rapport de 2009, de faire en sorte << que les permis de travail delivres aux travailleurs etrangers temporaires ne designent plus un employeur bien precis, mais visent plutot un secteur et une province en particulier.>> (117) En verite, cette precarite dans l'emploi n'affecte, de facto, que les travailleurs peu qualifies.

Les programmes relatifs aux travailleurs temporaires offrent divers avantages aux employeurs canadiens et quebecois. Cela leur permet d'abord de combler << des besoins de main-d'oeuvre ponctuels qui ne peuvent etre satisfaits localement ou a permettre l'embauche de personnes specifiques sur une base temporaire >> (118). Par exemple, certains travailleurs beneficient d'un permis de travail s'echelonnant sur une plus longue periode que d'autres, epargnant ainsi aux employeurs du temps puisque les procedures d'embauche sont moins frequentes. Les travailleurs etrangers beneficieront egalement de ces avantages, mais differentes contraintes liees aux modalites d'application doivent etre notees et qui dependent de la categorie de travailleurs temporaires a laquelle l'etranger appartient. En regle generale, la grande distinction est liee a la division entre travailleurs qualifies et non qualifies. Aux premiers, il sera confere plus d'avantages qu'aux seconds. Par exemple, les premiers pourront acceder au statut de resident permanent ou encore venir travailler au pays accompagnes des membres de leur famille. Les seconds n'auront pas droit a ces avantages.

Ainsi, le systeme d'immigration canadien cree deux classes distinctes de travailleurs temporaires, beneficiant de droits distincts. Les travailleurs qualifies temporaires sont en effet moins vulnerables que leurs confreres peu qualifies, surtout parce qu'ils ont acces au statut permanent plus facilement. En effet, ce qui est remarquable de l'histoire recente du droit de l'immigration economique est la cesure qui s'est lentement operee entre travailleurs qualifies et non qualifies. Progressivement, on peut constater le developpement d'une politique publique claire : la residence permanente ne sera dorenavant offerte qu'aux travailleurs qualifies. Les travailleurs peu qualifies n'y auront pas acces, sauf dans le cas d'une categorie de ressortissants a l'histoire bien particuliere : celles des aides familiaux residants. Pour mieux comprendre ces distinctions, il est utile d'etudier le traitement des demandes des travailleurs temporaires sur le plan procedural. Nous verrons d'abord la procedure d'admission. Nous traiterons ensuite de la procedure d'acces au statut de resident permanent.

Section 1. La procedure d'admission des travailleurs temporaires

De maniere generale, le Quebec retient les services de travailleurs etrangers lorsqu'ils satisfont aux conditions posees par l'article 22b) de l'Accord Canada-Quebec et de l'article 50.1 du Reglement sur la selection des ressortissants etrangers (119). De plus, le travailleur doit obtenir un Certificat d'acceptation du Quebec en vertu de l'article 3.2 de la Loi sur l'immigration au Quebec (120). En somme, le candidat doit repondre aux criteres quebecois : l'autorisation du gouvernement federal a venir s'etablir au Canada ne suffit pas pour travailler sur le territoire du Quebec.

Pour qu'un ressortissant etranger puisse venir travailler temporairement au Quebec, il faut qu'un employeur soit dispose a l'embaucher. Il faut de plus que cette embauche entraine << des effets positifs ou neutres sur le marche du travail au Quebec>> (121). En particulier, l'embauche ne doit pas nuire au reglement d'un conflit de travail et le ressortissant doit s'engager a occuper l'emploi pour lequel le certificat en question est delivre (122). Si l'emploi est d'une duree de plus de 6 mois, le candidat doit aussi satisfaire certaines exigences relatives entre autres au niveau de la scolarite et de l'experience professionnelle (123). Apres la delivrance du Certificat d'acceptation par le Quebec, le gouvernement federal accorde le permis de sejour temporaire requis par l'article 179 du Reglement sur l'immigration et la protection des refugies (124).

Les employeurs desireux d'embaucher des travailleurs temporaires doivent proceder par etape pour embaucher un travailleur temporaire (125). Deux procedures d'evaluation des offres d'emplois temporaires peuvent etre suivies par les fonctionnaires : celle pour traiter les cas generaux, oU l'evaluation de l'offre d'emploi est basee sur des criteres plus exigeants, et celle pour traiter les cas particuliers, oU quelques programmes sont regroupes, comme celui des aides familiaux residants et des travailleurs agricoles, et pour lesquels le besoin en main-d'oeuvre est reconnu (126). Pour les cas particuliers, le gouvernement a adopte une procedure simplifiee pour evaluer l'offre d'emploi, afin que les employeurs d'ici puissent recourir a ce type de travailleurs etrangers plus rapidement.

Selon la procedure generale, l'evaluation d'une offre d'emploi temporaire suit une procedure en deux temps. D'abord, et en vertu de l'article 20 a) de l'annexe A de l'Accord Canada-Quebec (127), l'offre d'emploi doit etre approuvee par les ministeres quebecois (MICC) et federal (RHDSC). Les qualifications du travailleur exigees pour l'emploi en question sont evaluees en tenant compte de plusieurs facteurs. Un facteur central est celui de savoir si l'emploi en question sera en mesure d'entrainer,

<<[...] des effets positifs ou neutres sur le marche du travail au Quebec, en fondant son evaluation sur la creation directe ou le maintien d'emplois, le developpement ou le transfert de competence ou de connaissances, ou la resorption d'une penurie de main-d'oeuvre dans la profession ou le metier en cause >> (128).

Le fonctionnaire doit aussi savoir si l'employeur a fourni des efforts raisonnables afin d'embaucher des residents du Quebec. Ce demier doit donc, avant de faire appel a la main-d'oeuvre etrangere, afficher le poste en question pendant au moins deux semaines, notamment sur le site d'Emploi-Quebec, et publier son offre pendant le meme delai dans des joumaux, par exemple. Une fois cette etape franchie, un Avis sur le marche du travail (AMT) est emis par RHDSC. Cet avis constitue la deuxieme etape de la procedure.

La procedure suivie pour l'examen des cas particuliers est la suivante. L'evaluation de l'offre d'emploi est tout d'abord examinee afin de determiner si le poste a combler en est un d'aide familial residant ou s'il correspond a un metier se trouvant sur la liste des professions soumises a des pressions au Quebec (129). Sur la liste, on peut lire une enumeration de plusieurs professions, dont un bon nombre releve du secteur de la sante, allant des medecins specialistes aux assistants techniques en pharmacie. La liste comprend aussi une nomenclature de professions en demande dans le secteur des finances et de l'administration (par exemple, des verificateurs comptables), ainsi que dans le domaine de la machinerie (par exemple, les mecaniciens d'equipement lourd). Cette liste d'occupations en demande rendre moins onereuse la procedure de recrutement de travailleurs etrangers puisque l'employeur ne doit publier son offre d'emploi sur le site du gouvernement du Canada que pour une periode de sept jours, contrairement a la procedure generale qui exige une publication pour une periode de quatorze jours. Cependant, dans le cas d'une offre pour un travailleur correspondant au niveau C ou D, selon la Classification nationale des professions, l'employeur devra aussi demontrer qu'il a recours a des mecanismes de recrutement continu. On parle ici, par exemple, de publications courantes dans des joumaux ou sur des sites Internet de recrutement (130).

Un employeur qui desire embaucher un travailleur etranger peu qualifie doit assumer tous les couts lies a son recrutement. Il doit lui trouver un logement abordable et convenable, payer le billet d'avion aller-retour (sauf pour les travailleurs agricoles mexicains qui paient une partie de leur voyage) et, finalement, payer une assurance medicale pour le travailleur, jusqu'a ce que ce dernier soit couvert par le regime public administre par la Regie de l'assurance maladie du Quebec (131).

La possibilite d'embaucher des travailleurs faisant partie des professions classees dans les niveaux C et D et exercant des metiers autres que celui de travailleurs agricoles saisonniers et d'aides familiaux residants est relativement nouvelle (132). En effet, comme nous l'avons mentionne dans la partie sur le programme des travailleurs peu qualifies C & D du Guatemala, un programme pilote pour les professions exigeant un niveau reduit de formation a ete mis sur pied par le gouvernement federal en 2002 (133). Ce projet, qui a fait l'objet de modifications en 2007, fut instaure en partie a cause des pressions exercees sur le gouvernement federal par les employeurs et les associations patronales afin d'accelerer l'entree au Canada de travailleurs qualifies pouvant exercer differents metiers de niveau C et D (134). Les conditions d'application de ce programme sont cependant plus restrictives dans la mesure oU la periode d'embauche de ce type de travailleurs ne peut pas exceder 24 mois (elle etait autrefois de 12 mois) (135). Une fois ce delai expire, le travailleur doit, comme dans le cas des travailleurs agricoles, retourner dans son pays d'origine pour une duree minimale de quatre mois, au terme de laquelle il pourra etre admissible a un nouveau permis de travail (136). Depuis les modifications de 2007, dans le cas oU un permis de travail est delivre pour plus de 12 mois, l'employeur doit s'engager a reviser le taux horaire du travailleur apres une annee (137). Dans la categorie des cas particuliers assujettis a une procedure simplifiee on compte aussi le programme des travailleurs de l'industrie des technologies de l'information qui a ete cree en 1997 (138) ainsi que d'autres metiers, tels les travailleurs dans l'industrie du cinema par exemple (139).

En somme, les certificats d'acceptation du Quebec et le permis de travail sont delivres pour une periode determinee et la procedure doit etre recommencee chaque fois que l'autorisation est echue. Le probleme avec ce mecanisme est qu'il n'est pas adapte a tous les types de penurie de main-d'oeuvre sur le marche du travail. En effet, ce mecanisme a ete concu dans le contexte d'une application dans le domaine de l'agriculture oU les besoins de main-d'oeuvre sont saisonniers. Il n'est pas adapte a d'autres secteurs ou la demande en main-d'oeuvre est permanente (l'abattage des animaux ou la mise en conserve des aliments, par exemple) et que l'offre locale est insuffisante. Dans ces contextes, le recours aux travailleurs etrangers n'apporte qu'une solution provisoire incompatible avec les exigences de l'economie contemporaine. C'est en outre pour cette raison que le programme des travailleurs etrangers temporaires fait l'objet de nombreuses critiques (140). Celle qui a retenu l'attention des gouvernements federal et quebecois touche l'acces a la residence permanente. Pour l'heure, cependant, seuls les travailleurs qualifies peuvent, depuis peu de temps, faire une demande de certificat de selection sur place et s'etablir au Quebec de facon permanente. Ils peuvent donc etre engages a titre temporaire et eventuellement acceder a la residence permanente lorsqu'ils satisfont aux criteres de du Quebec. En effet, cette option n'est pas offerte aux travailleurs peu qualifies, c'est-a-dire ceux ne possedant qu'un niveau de formation reduit.

Section 2. L'acces au statut de resident permanent

Dans son rapport de 2009, le Comite permanent sur la Citoyennete et l'Immigration a fait etat de la situation actuelle des travailleurs temporaires au pays apres avoir consulte plusieurs organisations et acteurs du milieu. La question de l'acces au statut de resident permanent est revenue a maintes reprises. Le fait que ce statut soit reserve aux travailleurs plus eduques et plus fortunes en preoccupe plusieurs puisque les travailleurs peu qualifies apportent aussi une contribution importante au pays. Le Comite a, en effet, declare :
 Certains [temoins] se sont dits inquiets de l'apparition d'un
 systeme considere comme a deux vitesses, qui peut accorder le
 statut de resident permanent aux personnes instruites et
 qualifiees, mais ne donne qu'un statut de travailleur temporaire
 aux personnes peu qualifiees (141).


Le fait que ce statut ne soit pas reconnu a certaines categories de travailleurs temporaires engendre divers problemes sociaux dont celui de l'exclusion (142). Ce probleme a particulierement preoccupe le Comite permanent qui a conclu qu'il serait a l'avantage des travailleurs, mais aussi a celui des employeurs et des collectivites, de permettre aux travailleurs etrangers temporaires d'acceder au statut de resident permanent (143). Il a egalement fait d'autres recommandations au gouvernement federal a l'egard du fonctionnement de certains programmes specifiques. Nous en traiterons plus loin lorsque nous traiterons plus en detail de la difficulte d'acceder au statut de resident permanent dans le cas des aides familiaux residants, et du non-acces dans le cas des travailleurs peu qualifies, y compris des travailleurs agricoles saisonniers.

Pour sa part, le gouvernement du Quebec a annonce, en juin 2009, que des mesures allaient etre prises a l'egard de certains travailleurs temporaires afin d'ameliorer la possibilite d'acceder au statut de resident permanent. Ces mesures s'inscrivent dans le contexte d'une baisse importante de la main-d'oeuvre locale disponible pour combler certains emplois au Quebec. Dans son plan annuel 2008-2012, le ministere de l'Immigration et des Communautes culturelles considere differents enjeux pouvant affecter le developpement economique du Quebec (144). Face a ces preoccupations, le ministere a determine differents objectifs, dont celui de << hausser de 15% par annee le nombre de travailleurs temporaires qui s'etablissent au Quebec a titre permanent >> et de mieux tenir compte de l'experience de travail au Quebec au niveau de la selection (145). C'est donc dans cette perspective qu'en juin 2009, des modifications ont ete apportees au Reglement sur la selection des ressortissants etrangers (146). Par celles-ci, le Ministere tente de faciliter l'etablissement permanent de certains types de travailleurs temporaires en leur delivrant, sur place, un Certificat de selection du Quebec. Comme pour la categorie de l'experience canadienne au niveau federal, le gouvernement du Quebec tente, par son Programme de l'experience quebecoise, de retenir de facon permanente les travailleurs qualifies possedant deja une experience sur le marche du travail local. Nous en discutons plus en detail dans le developpement qui suit.

* Le programme de l'experience quebecoise /canadienne

Ces deux programmes sont deux voies possibles d'immigration pour les travailleurs qualifies temporaires possedant une experience de travail au Quebec ou dans une autre province ou territoire canadien. Comme ces candidats ont deja obtenu une experience de travail sur le marche du travail canadien, ils ont deja franchi un cap crucial dans le processus d'integration a la societe canadienne. Ainsi, en plus de remplir des besoins pressants en matiere de main-d'oeuvre, ils ne sont pas confrontes aux difficultes auxquelles les immigrants de la categorie economique selectionnes en vertu de la grille de selection federale et quebecoise font face. Ces difficultes sont notamment liees a l'acces a l'emploi (trouver un premier emploi et surmonter la discrimination en emploi) et a la reconnaissance des qualifications professionnelles pour les travailleurs exercant une profession ou un metier reglemente.

Les programmes de l'experience quebecoise et canadienne sont des programmes acceleres de selection de travailleurs qualifies et les exigences qui y sont posees sont minimales. Certaines de ces exigences sont similaires pour les deux programmes, d'autres sont distinctes. Sur le plan des similitudes, le Programme de l'experience canadienne et quebecois n'utilise aucun systeme d'attribution de points selon differents facteurs d'evaluation ni de seuil de passage, a la difference du programme regulier de selection des immigrants economiques. Dans les deux cas egalement, il faut que les candidats aient obtenu le statut de resident temporaire du Canada au moment de la presentation de leur demande.

Sur le plan des differentes, le Programme de l'experience quebecoise, en vigueur depuis le 14 fevrier 2010, vise a delivrer rapidement un Certificat de selection du Quebec aux travailleurs qui en font la demande et satisfont a certaines exigences. Le cas echeant, un certificat de selection est egalement delivre a leur epoux ou a leur conjoint de fait ainsi qu'aux enfants a charge inclus dans leur demande. Le Certificat de selection du Quebec ne confere pas le statut de resident permanent qui peut seulement etre accorde par le gouvemement federal. Sur le plan des types de qualifications recherchees, les deux programmes visent des professionnels, techniciens et gestionnaires. Toutefois, le programme federal est d'application plus limitee puisque le gouvernement identifie des professions et des metiers specifiques (147) alors que le programme quebecois precise seulement que les emplois de niveau cadre, professionnel ou technique (soit ceux de niveaux de competence superieurs a <<C>> selon la Classification nationale des professions) sont recherches (148).

Au niveau federal, le candidat doit avoir acquis deux annees d'experience de travail dans la periode de 36 mois avant la presentation de sa demande, alors qu'au niveau du gouvernement quebecois l'exigence est plus souple. Le candidat doit avoir occupe un ou des emplois de meme nature durant au moins 12 des 24 derniers mois. Enfin, sur les competences linguistiques, les exigences federales etaient jusqu'a tout recemment plutot minimales puisque le candidat devait posseder des competences linguistiques de niveau modere ou de base. Cependant, depuis le 29 juin 2010, cette exigence a ete rehaussee. Selon le Bulletin operationnel de CIC, faisant suite aux instructions ministerielles (149), les demandeurs dans la categorie de l'experience canadienne doivent presenter les resultats d'une evaluation independante de leurs competences linguistiques pour que leur demande soit traitee. Au Quebec, c'est la connaissance du francais oral qui compte et celle-ci doit etre de niveau intermediaire (150).

Afin de remplir l'objectif de hausser de 15 pour cent le nombre de travailleurs temporaires s'etablissant sur le territoire quebecois, la ministre de l'Immigration et des Communautes culturelles qui etait en poste jusqu'a tout recemment, Mme Yolande James, a profite du pouvoir qui lui etait accorde en vertu de l'article 7 de la Loi sur le Ministere pour initier un partenariat economique avec Montreal international (MI) (151). L'entente en question vise a faire la promotion de la residence permanente au Quebec, principalement aupres des travailleurs temporaires specialises en emploi dans la province. Valide a partir de 2008, et se terminant en 2011, cette entente prevoit notamment que MI fera la realisation d'activites promotionnelles, par exemple sous forme de seances d'information, pour les travailleurs temporaires et leurs employeurs (152). Les objectifs de MI, par rapport au nombre eventuel de demandes de residence permanente suite aux activites promotionnelles, sont clairement definis. Il souhaite atteindre le chiffre de 2500 nouvelles demandes de certificat de selection par des travailleurs temporaires qualifies d'ici l'annee 2011 (153). Ce chiffre est d'ailleurs conforme avec l'objectif du Ministere d'augmenter de 15 pour cent la proportion de travailleurs temporaires s'etablissant dans la province (154).

Le MICC prend des mesures pour accueillir une main-d'oeuvre qualifiee afin qu'elle s'etablisse de facon permanente sur le territoire. En revanche, les mesures tardent en ce qui concerne un acces plus effectif au statut de resident permanent pour les aides familiales residantes.

* Le Programme des aides familiaux residants

Selon le reglement federal, les aides familiaux residants font partie des ressortissants pouvant faire une demande de residence permanente sur place (155). S'ils ont exerce en tant qu'aide familial pendant une periode d'au moins 24 mois suivant les trois ans de leur sejour au Canada et qu'ils ont reside chez l'employeur durant cette periode, ils peuvent en faire la demande. Le reglement indique aussi qu'ils doivent repondre aux criteres de la province pour pouvoir acceder a ce statut et rester au Quebec (156). Quels sont les criteres quebecois (157)? Tout d'abord, le CIC delivre au MICC un document confirmant que le candidat fait bel et bien partie du programme des aides familiaux residants et qu'il a effectue les 24 mois de travail exiges, en conformite avec l'article l13(1)d) du reglement federal. Le candidat sera ensuite convoque a l'entrevue de selection, oU il devra subir un examen en vertu de la grille de selection. Les criteres de cette grille sont les suivants : la formation, l'experience, l'age, les connaissances linguistiques, le sejour et la famille au Quebec, les caracteristiques de l'epoux ou du conjoint de fait qui accompagne, l'offre d'emploi validee, les enfants, la capacite d'autonomie financiere, et finalement, l'adaptabilite. L'aide familial devra obtenir un minimum de 50 points pour pouvoir recevoir son certificat de selection, en plus de franchir le seuil des criteres eliminatoires. Finalement, en vertu de l'article 114(1) du reglement federal, le candidat qui reussit a obtenir la residence permanente sera ensuite en mesure de faire venir les membres de sa famille.

Les aides familiaux residants peuvent donc, en theorie, avoir acces a la residence permanente apres deux ans de travail au Quebec (158). Toutefois, en pratique la proportion des travailleurs qui y reussissent effectivement est peu elevee. Les chercheurs et organismes s'interessant a la question denoncent le lourd fardeau qui est impose aux aides familiaux residants afin d'acceder au statut de resident permanent. Ils font valoir que la procedure d'acces engendre differents effets indesirables (159). En particulier, les deux problemes les plus criants sont l'obligation de resider chez l'employeur, ce qui cree une position de dependance face a ce dernier, et le fait que le permis de travail soit rattache a un employeur unique et non a un emploi specifique (160).

Ces deux conditions du programme font que les aides familiaux acceptent de travailler dans des conditions difficiles. Ils ne peuvent pratiquement pas se plaindre des abus qu'ils subissent puisque cela aura pour effet de rendre particulierement ardu la recherche d'un autre employeur et, par consequent, de remplir les conditions qui leur permettra de faire la demande de residence permanente (d'avoir travailler au moins 24 mois dans les trois ans de sejour sur le territoire). Par ailleurs, meme si ils peuvent legalement changer d'employeur, cette option est semee d'embuches. Ils doivent demander un nouveau permis de travail, ce qui occasionne des delais, et debourser les frais afferents au permis. La procedure est complexe, et dans cette perspective, le fait d'accepter de vivre dans des conditions difficiles pendant 24 mois est souvent percu, pour plusieurs aides familiaux residants, comme etant la solution la moins mauvaise (161).

A cet egard, l'Association des Aides Familiales du Quebec a fait une recommandation au Comite permanent en 2008 afin que le gouvernement instaure << un permis de travail ouvert non rattache a un employeur unique mais plutot rattache, pour une duree limitee, a un secteur d'activite specifique >> (162). Le Comite permanent n'a pas retenu cette suggestion, mais il a neanmoins fait des recommandations au gouvernement federal afin de reduire la precarite en emploi de ces travailleuses. En effet, dans sa recommandation 4, le Comite reconnait que la situation de ces travailleuses est precaire et deplore le fait que ces dernieres vont parfois accepter de travailler dans des conditions difficiles afin de terminer leur periode d'emploi. En consequence, le Comite recommande au gouvernement de <<prolonger d'un an la periode de trois ans au cours de laquelle un aide familial residant doit effectuer 24 mois de travail pour etre en mesure de presenter une demande de residence permanente [...]>> (163).

* Le Programme visant les travailleurs peu qualifies et agricoles

Le reglement federal specifie que tout ressortissant, desireux d'acceder a la residence permanente en vertu de la categorie des travailleurs qualifies du federal, doit exercer une profession du niveau O, A ou B, selon la CNP (164). Les travailleurs au niveau de formation C ou D sont donc clairement exclus. L'article 86, visant les travailleurs qualifies du Quebec, ne fait pourtant pas cette distinction. L'article 5.01.b) du Reglement sur la selection des ressortissants etrangers autorise toute personne se trouvant legalement au Quebec pour des fins de travail depuis au moins un an, qui est titulaire d'un Certificat d'acceptation du Quebec ou d'un permis de travail, et qui se conforme aux conditions qui y sont liees, a faire une demande de certificat de selection du Quebec. Les travailleurs dits peu qualifies ont-ils donc la possibilite reelle d'acceder au statut permanent?

Pour repondre a cette question, il faut faire un detour sur les regles d'acces au statut de resident permanent pour les travailleurs qualifies. Comme on le sait, les travailleurs qualifies doivent repondre aux criteres de selection du Quebec, apres quoi, si la decision du MICC est positive, un certificat de selection leur est delivre. Or, pour les travailleurs non qualifies les conditions posees dans la grille de selection, telles la formation, l'experience, et la capacite d'autonomie financiere, sont pratiquement inatteignables pour eux et, dans le cadre de ce processus, les demandes des travailleurs peu qualifies sont dans les faits refusees (165). Il faut donc trouver une voie distincte d'acces a la residence permanente, mais comme il a ete expose precedemment, la structure des programmes ouverts aux travailleurs peu qualifies sont des programmes de migrations et non des programmes d'immigration.

En consequence, la majorite des travailleurs peu qualifies au Quebec ne seront donc jamais en mesure d'acceder au statut de resident permanent par les voies normales dans l'etat actuel du droit positif, peu importe le nombre d'annees qu'ils travaillent sur nos terres. (166) En effet, en vertu du programme des travailleurs etrangers temporaires au niveau de formation C et D, les travailleurs n'ont a remplir aucun critere de base pour venir s'installer de facon temporaire, sauf s'ils viennent pour une periode qui excede six mois (167). C'est une facon, pour le Quebec d'accelerer le processus de selection de la main-d'oeuvre temporaire. Par contre, cela a une incidence directe sur la possibilite pour le travailleur peu specialise d'acceder au statut permanent. Il est possible d'affirmer que la seule voie reellement envisageable pour ce type de travailleur d'acceder a ce statut est la categorie du regroupement familial. Un travailleur temporaire ayant un epoux ou un conjoint ici au Quebec aura donc l'option de demander la residence permanente en vertu de l'article 116 du reglement federa (168).

Cette solution est problematique puisqu'elle encourage l'usage de procedures de contoumement des voies d'acces regulieres au statut de resident permanent. C'est en outre pour cette raison que le Comite permanent a recommande au gouvernement federal de creer une voie d'acces a ce statut << pour tous les travailleurs etrangers temporaires, sur le modele du programme des aides familiaux residants >> (169). Le Comite a reconnu qu'une possibilite d'acces, pour les travailleurs peu qualifies, comme les travailleurs agricoles, au meme titre que les travailleurs de competences O, A ou B, sous la nouvelle categorie de l'experience canadienne, serait desirable pour le Canada. Cette recommandation a, pour l'heure, peu de chance d'etre implantee puisque le gouvernement conservateur s'en est clairement dissocie, de meme que de toutes celles qui visaient a donner l'opportunite a des travailleurs temporaires peu qualifies d'eventuellement acceder au statut permanent du Canada :
 Nous estimons qu'un programme a l'intention des travailleurs
 temporaires a sa place dans notre systeme d'immigration pour
 repondre aux besoins de main-d'oeuvre temporaire. C'est pourquoi
 nous nous opposons a toute mesure visant a transformer le Programme
 des travailleurs etrangers temporaires en un programme deguise
 d'obtention de la residence permanente (170).


On peut donc en conclure que le gouvernement federal n'est pas pret a adopter des mesures, dans un avenir proche qui permettraient aux travailleurs temporaires peu qualifies d'acceder a la residence permanente.

CONCLUSION

Ce tour d'horizon des regles juridiques applicables dans le cadre des programmes offerts aux travailleurs qualifies ou peu qualifies et venant resider au Canada sur une base permanente ou temporaire avait pour but de mieux connaitre et aussi comparer ces programmes afin d'identifier des similitudes et differences. Cet exercice descriptif et comparatif nous est apparu incontournable puisque les lacunes que nous avons observees dans la litterature juridique rendent difficile le developpement d'une problematique juridique ayant un fondement solide dans le droit et sur le droit.

Quant au developpement d'une problematique dans le droit, nous nous sommes tout particulierement attachees dans cet article a la question de l'exercice concret du partage des competences entre les organes federal et quebecois. Dans cette perspective, et d'une part, il nous semble que l'exercice d'une competence partagee sur les residents temporaires souleve des questions d'ordre constitutionnel pour lesquelles des enquetes plus approfondies apporteront des reponses precises. Il faut souligner ici que les analyses de droit constitutionnel portant sur le partage des competences en droit de l'immigration et de la migration sont rares et plutot generales (171). Dans le contexte contemporain de penurie de main-d'oeuvre, les provinces canadiennes, y compris le Quebec, souhaitent pouvoir exercer plus de controles sur la selection des travailleurs permanents et temporaires. En consequence, de nouvelles etudes faisant le point sur la portee et les limites des competences des deux ordres de gouvernement viendraient a point nomme. Bien sur, et d'autre part, l'effectivite des protections offertes par les chartes canadienne et quebecoise, ainsi que les autres lois relatives aux droits de la personne, souleve aussi des problemes importants qui sont plus frequemment discutes par la doctrine et la jurisprudence. A notre avis, ce qui manquc souvent dans ces etudes, ce sont des donnees empiriques solides faisant une demonstration convaincante de la violation d'un droit ou d'une liberte. Bien souvent, les donnees factuelles demeurent anecdotiques.

Quant au developpement d'une problematique sur le droit, il nous apparait particulierement important de souligner les questions qui surgissent a l'egard du fonctionnement des programmes temporaires. Une remise en question des fondements politiques ou economiques de ces programmes pourrait mener a la modification des systemes juridiques qui les sous-tendent. Par exemple : est-ce que le foisonnement des programmes temporaires reflete l'echec total ou partiel de la politique migratoire economique edictee en 2002 par l'adoption de la LIPR? Est-il sage d'axer la croissance economique en faisant de la croissance de l'economie du savoir une priorite? Faudraitil mieux equilibrer l'apport a la croissance en reconnaissant tant celui des travailleurs qualifies que non qualifies? Quelles sont les protections juridiques qui devraient etre offertes aux travailleurs temporaires? Faudrait-il distinguer entre les travailleurs temporaires qualifies et les non qualifies? Si oui, pourquoi et comment?

En effet, le fait d'offrir la residence permanente aux travailleurs temporaires qualifies et la refuser aux travailleurs non qualifies est critique (172). D'une part, on sait que les travailleurs qualifies et en particulier ceux oeuvrant dans les secteurs de la haute technologie ne souhaitent pas necessairement obtenir le statut de resident permanent. On presume, mais cela devra eventuellement etre confirme par des recherches empiriques, que leurs conditions de travail sont enviables et enchassees dans des contrats individuels de travail juridiquement solides. On pretend egalement que ces travailleurs preferent conserver une grande mobilite et jouir de la plus grande liberte possible pour choisir leur employeur et leur lieu de travail. D'autre part, on sait que les droits des travailleurs non qualifies sont souvent bafoues et que ces derniers peinent a obtenir une protection effective de leurs droits. En effet, du fait de leur statut temporaire, ces derniers doivent periodiquement retourner dans leur pays et c'est cette distance avec le Canada qui rend difficile la reconnaissance de leurs droits qui leur sont reconnus dans les lois canadiennes (173).

Ces questions sont importantes puisque la reponse que les gouvernements y apporteront aura des effets sur la creation et le maintien d'une sous-classe de travailleurs au Canada. En effet, le recours a des travailleurs etrangers temporaires ne cesse d'augmenter au fil des ans (174). Toutefois, on peut douter que le fait de delivrer continuellement des permis temporaires permettra de regler la penurie des travailleurs, a moins de s'inscrire dans une logique de decroissance economique volontaire, ce que ne semple pas etre dans la mire de nos gouvernements actuels. Bien que le recours aux travailleurs temporaires represente une solution immediate au manque de main- d'oeuvre locale, le remede est provisoire. Or, tant les travailleurs (surtout les non qualifies) que les entreprises ont besoin d'une solution durable (175).

Enfin, les problemes auxquels nous faisons face aujourd'hui soulevent la question plus large de l'ouverture de nos frontieres. Faut-il conceptualiser l'idee de citoyennete sur des bases nouvelles? Est-ce que la conception strictement legaliste de la citoyennete que nous vehiculons au Canada et ailleurs devrait etre refondee sociologiquement ? Car, a y penser sous cette perspective, un citoyen est toute personne qui contribue au bien-etre economique, social et culturel de nos societes contemporaines qui sont, doit-on le rappeler, cosmopolites. La penurie de la maind'oeuvre force a reflechir sur ces questions recurrentes. Que signifie le droit fondamental a la mobilite des etres humains si l'etat-nation peut seul en limiter ses contours pour le reduire a sa plus simple expression, soit celle de quitter, mais non d'entrer sur un territoire ? Comment partager les richesses de ce vaste territoire afin que chaque etre humain puisse avoir le droit de chercher et de trouver de meilleures conditions de vie ?

(1) Quebec, Ministere des Communautes culturelles et de l'Immigration, L'immigration au Quebec, Publications du Quebec, 1984 aux pp 5-6 [MCCI, <<Immigration au Quebec>>]. La derniere mise ajour de ce texte a ete faite au mois de novembre 2010.

(2) Quebec, Gouvernement du Quebec, Consultation sur le niveau d'immigration -Aspects legaux et reglementaires de l'immigration au Quebec, Publications du Quebec, 1986 a la p 1 [Consultation sur le niveau d'immigration].

(3) Quebec, Ministere de l'Immigration du Quebec et Ministere de l'Emploi et de l'Immigration du Canada Entente entre le Gouvernement du Canada et le Gouvernement du Quebec portant sur la collaboration en matiere d'immigration et sur la selection des ressortissants etrangers qui souhaitent s 'etablir au Quebec a titre permanent ou temporaire, 1978, [Entente Cullen-Couture].

(4) Reglement sur l'immigration et laprotection des refugies, LC DORS-2002-227, art 86 [RIPR].

(5) Canada, Verificatrice generale, Rapport de la verificatrice generale du Canada a la Chambre des communes, Chapitre 2, 2009, au par 2.90 (Verificatrice generale: Sheila Fraser). Le rapport est accessible en ligne : <http://www.oag-bvg.gc.ca/internet/Francais/parl_oag_200911_02_f_33203. html> (derniere visite : 8 novembre 2010).

(6) Au niveau du gouvernement federal, par exemple, le delai d'attente pouvait aller jusqu'a six ans. Dansson rapport de 2009, le Comite permanent de la citoyennete et de l'immigration, infra note 10, estime que les regles actuelles de selection des immigrants de la composante economique sont une des causes de cet arriere.

(7) Loi sur l'immigration et laprotection des refugies, LC 2001, c 27 I-2.5, art 87.3 [LIPR].

(8) Dans un communique de presse publie le 26 juin 2010, le ministre de la Citoyennete, de l'Immigration et du Multiculturalisme, Jason Kenney, declarait : <<Depuis l'adoption des premieres instructions en novembre 2008, l'arriere des demandes de travailleurs qualifies du volet federal en attente de traitement avant l'entree en vigueur du projet de loi est passe de 640 000 a 380 000>>.

(9) Les instructions peuvent etre lues sur le site de CIC a l'adresse suivante : http://www.cic.gc.ca/francais/ ministere/media/documents-info/2008/2008-11-28a.asp (derniere visite: ler novembre 2010).

(10) Canada, Comite permanent de la Citoyennete et de l'Immigration, Septieme rapport, Les travailleurs etrangers temporaires et les travailleurs sans statut legal, Ottawa, 2009 [Comite permanent]; Audrey Macklin, << Dancing Across Borders : Exotic Dancers, Trafficking, and Canadian Immigration Policy >> dans Immigration and Refugee Law Cases, Materials, and Commentary, (Toronto: Emond Montgomery Publications, 2007) 464 aux pp 466-67: << Foreign workers are admitted temporarily to do jobs that Canadians are either unable or unwilling to do under prevailing wages and working conditions. Despite the official claire that work permits are intended to meet temporary needs, they also have evolved into instruments for rapid recruitment to fill immediate but not necessarily temporary needs and as mechanisms to fill chronic gaps in certain undesirable, devalued and low wage sectors--such as live-in domestic work, exotic dancing, the garment industry and seasonal agricultural work>>.

(11) Loi constitutionnelle de 1867 (R-U) 30 & 31 Vict. c 31, art 95.

(12) MCCI, << Immigration au Quebec >>, supra note 1 a la p 5.

(13) Paul-Andre Linteau, Rene Duroeher et Jean-Claude Robert, Histoire du Quebec contemporain, De la confederation a la crise (1867-1929), 2e ed., t. 1, Editions du Boreal, 1989 a la p 43 [Linteau, << tome 1 >>].

(14) Paul-Andre Linteau, Rene Durocher, Jean-Claude Robert et Francois Ricard, Histoire du Quebec contemporain, Le Quebec depuis 1930, 2e ed, t. 2, Editions du Boreal, 1989 a la p 218 [Linteau, << tome 2 >>].

(15) Ibid, a la p 221 : Par exemple, les Juifs etablis a Montreal, forment des << organismes communautaires et des associations benevoles qui s 'occupent de rapatrier les victimes du nazisme et de leur preter main forte pour l'etablissement au pays >>.

(16) Linteau, << tome 1 >>, supra note 14 a la p 221 : << Souvent mal informes de l'existence d'une majorite francophone au Quebec avant leur depart pour le Canada, ils lies immigrants] sont amenes, par leur desir de mobilite sociale et de reussite, a opter pour la langue la plus prestigieuse a leurs yeux, car elle est celle de la majorite du continent et du groupe qui, au Quebec meme, domine la vie economique >>.

(17) MCCI, << Immigration au Quebec >>, supra note 1 a la p 5.

(18) Loi sur le Ministere de l'immigration, LQ 1968, GOQ [abrogee].

(19) Consultation sur le niveau d'immigration, supra note 2 a la p 1.

(20) Jacques Couture, << Pour une politique quebecoise de l'immigration >> Le Devoir [de Montreal] (16 janvier 1978) 4.

(21) Entente sur la presence d'agents d'orientation du Ministere de l'Immigration du Quebec dans les bureaux federaux d'immigration a l'exterieur du Canada (Entente Lang-Cloutier), 1971, Ministere de l'Immigration du Quebec et Ministere de la Main-d'oeuvre et de l'Immigration du Canada.

(22) MCCI, << Immigration au Quebec >>, supra note 1 a la p.4.

(23) Entente portant sur l echange de renseignements, le recrutement et la selection des ressortissants etrangers qui demeurent a l'exterieur du Canada et qui desirent resider de facon permanente dans la Province de Quebec ou etre admis titre temporaire pour y exercer un emploi, 1975, Ministere de l'Immigration du Quebec et Ministere de la Main-d'oeuvre et de l'Immigration du Canada [Entente Andras-Bienvenue].

(24) Michel Roy, << L'Entente Couture-Cullen >> Le Devoir [de Montreal] (21 janvier 1978) 113.

(25) Entente Andras-Bienvenue, supra note 23, art. 1 & 2.

(26) Ibid, art. 2c) i) et 6a).

(27) Site CIC, en ligne: http://www.cic.gc.ca/francais/ressources/publications/patrimoine/chap-6b.asp, (derniere visite : novembre 2009).

(28) Entente Cullen-Couture, supra note 3.

(29) Ibid, section III A) 1)(d).

(30) Ibid, section III A) 2)a) et b).

(31) Ibid, section IIIA) 2)h).

(32) Reglement sur la selection des ressortissants etrangers, RRQ, 1981, c M-23.1, r 2 [I-0.2, r 4.].

(33) Reglement sur la ponderation applicable a la selection des ressortissants etrangers, (2006) GOQ II, 4465.

(34) Entente Cullen-Couture, supra note 3, section II, art 1 et suivants.

(35) Ibid, section IV.

(36) Quebec, Ministere des Communautes culturelles et de l'Immigration, Avis sur l'immigration, les communautes culturelles et l'avenir du Quebec, Publications du Quebec, 1991.

(37) Ibid.

(38) Quebec Ministere des Communautes culturelles et de l'Immigration, Autant de facons d etre Quebecois, Plan d'action du gouvernement du Quebec a l'intention des communautes culturelles, Publications du Quebec, 1983.

(39) Loi sur le Conseil des relations interculturelles, L.RQ 1984, c-57.2, art. 13.

(40) Ibid, art 14.

(41) Quebec, Conseil des Communautes culturelles et de l'Immigration du Quebec, Les impacts economiques de l'immigration, Synthese des etudes quebecoises, canadiennes et americaines, par Josee Lamoureux, Conseil des Communautes culturelles et de l'Immigration du Quebec, 1987; Quebec, Conseil des communautes culturelles et de l'immigration du Quebec, L'immigration, les Communautes culturelles et l'avenir du Quebec, Avis a la ministre des Communautes culturelles et de l'Immigration, par JeanFrancois Manegre, Conseil des Communautes culturelles et de l'Immigration du Quebec, 1991; Quebec, Conseil des communautes culturelles et de l'immigration du Quebec, L'immigration et le marche du travail, Un etat de la question, par Jean-Francois Manegre, Conseil des Communautes culturelles et de l'Immigration du Quebec, 1993 [Manegre, << Marche du travail >>].

(42) Accord Canada-Quebec relatif a l'immigration et a l'admission temporaire des aubains, 5 fevrier 1991, [Accord Canada-Quebec].

(43) Ibid, preambule.

(44) Manegre, << Marche du travail >>, supra note 41 a la p 5. Accord Canada-Quebec, supra note 42, art 12 a), b) et c).

(45) Ibid, art 11.

(46) Hugues Langlais, << La grille de selection du Quebec un an apres >>, dans Service de la formation permanente Barreau du Quebec (dir.), Developpements recents en droit de l'immigration (1998), (Montreal: Editions Yvon Biais, 1998), 179 a la p 183.

(47) Site du Ministere de l'Immigration et des Communautes culturelles: http://www, micc.gouv.qc.ca/fr / ministere/vision-mission.html (derniere visite : novembre 2010). Loi sur le Ministere de l'Immigration et des Communautes culturelles, LRQ 2005, M-16.1, articles 4 et 5. [Loi sur le Ministere].

(48) Ibid, art 4.

(49) Nakane (1908), 13 BCR 370, 375 (CA). Dans cette affaire, la Cour d'appel de la Colombie-Britannique s'exprima ainsi : << It is hot possible that there can be two legislative bodies having equal jurisdiction in this matter, and where the Dominion Parliament has entered the field of legislation, they occupy it to the exclusion of Provincial legislation. >> Bien que la jurisprudence portant sur la theorie de l'occupation du champ dans le domaine de l'immigration ne soit pas des plus limpides quant a son sens et a la portee, on peut penser que l'idee generale etait la suivante. Des que le Parlement decidait d'occuper le champ de l'immigration, les provinces ne pouvaient vraisemblablement plus exercer leur competence. D'une certaine maniere, c'est comme si l'application de cette theorie avait pour consequence implicite de transformer cette competence concurrente en competence exclusive federale, des que le Parlement decidait de legiferer en ces matieres.

(50) Banque de Montreal c Hall [1990] 1 SCR 121,151-155. La theorie de la contradiction expresse a pour objectif de nuancer la portee de la theorie de l'occupation du champ (cf: note 49). Dans Law society ofBritish Columbia c Mangat, [2001] 3 RCS 113, au par 70 le juge Gonthier (pour la Cour) cite l'arret Hall : << [dans cet arret] notre Cour a reitere le critere du << conflit reel d'application >> (p 151) et la raison d'etre de l'application de la regle de la preponderance. Aux pages 151-152, le juge La Forest a affirme que la question dont etait saisie la Cour etait uniquement de savoir s'il y avait un conflit reel d'application << en ce sens que l'intention du Parlement risque d'etre ecartee si la banque appelante doit respecter la loi provinciale pour realiser sa surete >>. Aux pages 154-155, la Cour a commente l'argument selon lequel il etait possible de se conformer aux deux lois en observant la plus stricte d'entre elles : 'En effet, comme nous l'avons vu, il ne sera pas possible de se conformer aux deux textes lorsqu'il est raisonnable d'affirmer que l'application de la loi provinciale aura pour effet de dejouer l'intention du Parlement.' ()...) La demonstration que le conflit peut etre evite si la loi provinciale est respectee a l'exclusion de la loi federale peut difficilement constituer une reponse a la question de savoir si les lois provinciale et federale entrent en conflit et sont, par consequent, incompatibles. A mon avis, cette conclusion reviendrait simplement a supposer vrai ce qui est en question. L'examen doit plutot porter sur la question plus large de savoir si l'application de la loi provinciale est compatible avec l'objet de la loi federale. Dans la negative, le double respect des lois est impossible. >>

(51) Accord Canada-Quebec, supra note 42. Site Immigration-Quebec : http://www.immigration-quebec. gouv.qc.ca/fr/immigrer-installer/travailleurs-temporaires (derniere visite: novembre 2010).

(52) Selon l'Accord Canada-Quebec, signe en 1991, le Quebec peut etablir ses propres exigences en matiere d'immigration et selectionner les immigrants pouvant aisement s'adapter a la vie au Quebec. Contrairement au Programme des candidats des provinces, qui accorde aux agents d'immigration federaux la discretion de substituer leur propre evaluation sur la capacite d'un demandeur de s'etablir economiquement dans une province autre que le Quebec, le Quebec detient la seule autorite pour selectionner les travailleurs a destination de la province sous reserve des questions federales en matiere de sante et de securite. Le texte de l'Accord peut etre telecharge a l'adresse suivante : http://www.micc.gouv.qc.cajpublications/fr/divers/Accord-canada-quebec- immigration-francais.pdf. Sur le Programme des candidats des provinces, on peut consulter le site du Gouvernement du Canada a l'adresse suivante : http://www.cic.gc.ca/francais/immigrer/provinces/index.asp (derniere visite de ces deux sites : 20 septembre 2010).

(53) LIPR, supra note 7, art 3(1)(g) : << de faciliter l'entree des visiteurs, etudiants et travailleurs temporaires qui viennent au Canada dans le cadre d'activites commerciales, touristiques, culturelles, educatives, scientifiques ou autres, ou pour favoriser la bonne entente a l'echelle internationale >>; RIPR, supra note 4, art 32a) (categorie reglementaire) et art 194 et s.

(54) Site RHDCC : http://www5.hrsdc.gc.ca/NOC/Francais/CNP/2006/Tutoriel.aspx#9 (derniere visite : novembre 2009).

(55) Vic Satzewich, Racism and the Incorporation of Foreign Labour, (New York: Routledge, 1991), a la p 87.

(56) Ibid, a la p 93.

(57) Ibid, aux pp 98-99.

(58) Ibid. a la p 158; Tanya Basok, Tortillas and Tomatoes: Transmigrant Mexican Harvesters in Canada, Quebec City, McGill-Queen's University Press, 2002, 220-224. Veena Verma, <<The Mexican and Caribbean Seasonal Agricultural Workers Program: Regulatory and Policy Framework, Farm Industry Level Employment Practices, and the Future of the Program Under Unionization>>, (2003) L'Institut Nord-Sud, 7.

(59) Peter Andreas, <<The Transformation of Migrant Smuggling Across the U.S.-Mexican Border>> dans D Kyle et R Koslowski (dir.), Global Human Smuggling: Comparative Perspectives, (Baltimore: Johns Hopkins University Press, 2001).

(60) Ninette Kelley et Michael Trebilcock, The Making of the Mosaic: A History of Canadian Immigration Policy, (Toronto: University of Toronto Press, 2000) a la p 351.

(61) Organisation internationale pour les migrations--Mission Guatemala, Seasonal Agricultural Workers Program Guatemala-Canada, 2008. En ligne, http:// www.iom.int/jahia/webdav/site/ myjahiasite/shared/shared/mainsite/ activities/countries/docs/guatemalan_seasonal_workers_summary08.pdf.

(62) Vic Satzewich, <<The Canadian State and the Racialization of Caribbean Migrant Farm Labour, 1947-1966>>, (1988) 11 Ethnic and Racial Studies ; Daiva Stasiulis, << Revisiting the Permanent-Temporary Labour Migration Dichotomy>> dans Christina Gabriel and Helene Pellerin (dir.), Governing International Labour Migration, Current Issues, Challenges and Dilemmas, Oxon, Canada, Routledge/Ripe Studies in Global Political Economy, 2008 aux pp 95-111.

(63) Samia Ouar et Farida Osmani, Participation aux audiences pancanadiennes du Comite permanent de la citoyennete et de l'immigration de la Chambre des communes, Association des Aides Familiales du Quebec, 2008, a la p 2; Ruth Rose et Elizabeth OueUet, Le metier d'aide familiale : a la recherche d'un salaire equitable, Recherche effectuee dans le cadre du protocole d'entente UQAM-Relais-Femmes Doc. no 96, 2002 a la p 13.

(64) Ibid, alap 15.

(65) Margaret Westley, Grandeur et declin. L'elite anglo-protestante de Montreal, 1900-1950, Montreal, Libre Expression, 1990 a la p 45.

(66) Abigail B. Bakan et Daiva Stasiulis, Not one of the family, Foreign Domestic Workers in Canada (Toronto: University of Toronto Press, 1997) a la p 33.

(67) Ces quelques elements de l'histoire du programme des aides familiales sont tires d'une recherche effectuee par Mesdames Leila Sadeg et Bamoela Pierre, etudiantes au baccalaureat en droit a l'universite de Montreal (2010).

(68) On retrouve la definition d'un aide familial residant a l'article 2 RIPR : << Personne qui foumit sans supervision des soins a domicile a un enfant, a une personne agee ou a une personne handicapee, dans une residence privee situee au Canada oU resident a la fois la personne beneficiant des soins et celle qui les prodigue >>.

(69) Giselle Valarezo, Out of Necessity and Into the Fields: Migrant Farmworkers in St Remi, Quebec, Kingston, Department of Geography, Queen's University, 2007.

(70) Les Etats parties sont la Jamaique (1966), Trinidad et Tobago (1967), les Barbades (1967), le Mexique (1974), et l'Organisation des Etats caribeens de l'Est (Antigua et Barbuda, Commonwealth of Dominique, Grenada, Montserrat, St. Kitts-Nevis, Saint Lucia, St. Vincent et les Grenadines) (1976). Tanya Basok. << Canada's Temporary Migration Program: A Model Despite Flaws >>, (2007) Migration Information Source, Migration Policy Institute (MPI).

(71) Accord Canada-Quebec, supra note 42.

(72) CDPDJ. L 'applicabilite de la Charte des droits et libertes de la personnes aux travailleurs migrants, Montreal, 2010 a la p 12.

(73) Maxwell Brem, Migrant workers in Canada: a review of the Canadian Seasonal Agricultural Workers Program, L'Institut Nord-Sud, 2006 a la p 4.

(74) Site de FERME : http://www.fermequebee.com/qui_est_ferme.html. Travailleurs et travailleuses unis de l'alimentation et du commerce, Section locale 501 c. Johanne L'Ecuyer & Pierre Locas et Procureur general du Quebec, [2010] (QRCCT 0191), par 124.

(75) Site RHDCC : << Exigences du Programme des travailleurs agricoles saisonniers au Quebec >>. http:// www.hrsdc.gc.ca/fra/competence/travailleurs_etrangers/fiches_ptas/QC.shtml (derniere visite : novembre 2010).

(76) Contrat de travail pour l'embauche de travailleurs agricoles saisonniers du Mexique au Canada, 2009.

(77) Ibid, section II 2.

(78) Ibid, section VII.

(79) Ibid, section II.

(80) Ibid, section V 2.

(81) Ibid, section IX << Obligations du travailleur >>.

(82) Ibid, sections IX et I 1 c.

(83) Service d'information et de recherche parlementaires (division des affaires politiques et sociales), Les travailleurs etrangers temporaires, par Sandra Elgersma, (Ottawa : Bibliotheque du Parlement, 2007) a la p 3.

(84) Brem, supra note 73 a la p 7.

(85) Ibid, a la p 5.

(86) Il fait partie du Programme des Travailleurs Etrangers Temporaires (PTET), programme general qui regroupe des programmes pour des travailleurs specialises et non specialises, supervise par RHDCC et CIC.

(87) Sophia J. Lowe, Plus ca change ?--A Comparative Analysis of the Seasonal Agricultural Workers Program and the Pilot Foreign Worker Program for Farm Workers in Quebec, Toronto, Canada, Master of Arts in the Program of Immigration and Seulement Studies, Ryerson University, 2007 a la p 29.

(88) Emmanuelle Hellio, <<Des mains delicates pour des fraises ameres>>, (2008) 78, Octobre 2008, <<Saisonniers en servage>> Plein Droit, GISTI.

(89) Entretiens telephoniques avec le directeur general de FERME, M. Rene Mantha, ete 2009. Saufindication contraire, les informations suivantes sont egalement tirees de ces entretiens.

(90) Ibid, a la p 20.

(91) Les huit types d'emplois sont : production maraichere et serricole; amenagement paysager; eleveur de canards; maneouvre agricole sur ferme d'elevage de visons; manoeuvre agricole sur ferme ovine; ouvrier agricole d'une ferme laitiere; manoeuvre agricole sur ferme porcine; pepinieres et arbres de Noel. FERME Contrat de travail des travailleurs agricoles temporaires du Guatemala au Quebec, 2009.

(92) RHDCC, Programme des travailleurs etrangers temporaires: http://www.rhdcc-hrsdc.gc.ca/fra/ competence/travailleurs_etrangers/peuspecialise.shtml (derniere visite: novembre 2010).

(93) Il est utile de preciser que bien que le nom du programme soit au masculin, la majorite des participants sont en fait des femmes.

(94) RIPR, supra note 4, art 110 a 115.

(95) Reglement sur la selection des ressortissants etrangers, supra note 32, art 50.1 i), ii), iii) et iv).

(96) Quebec, Ministere de l'Immigration et des Communautes culturelles, Guide des procedures d'immigration. Composante 4 - Les' sejours temporaires au Quebec, Chapitre 2 Les travailleurs temporaires, 2007 a la p 41 [MICC << Guide >>].

(97) Loi sur les normes du travail, LRQ 1979, c N- 1.1.

(98) MICC << Guide >>, supra note 96 a la p 24.

(99) Ibid, aux pp 24, 46.

(100) Ibid, aux pp 49, 51.

(101) Ibid, alap 51.

(102) Site RHDCC : http://www.rhdcc.gc.ca/fra/competence/ travailleurs_etrangers/pafrun.shtml.

(103) Site Immigration-Quebec: http://www.immigration-quebec.gouv.qc.ca/fr/ employeurs/embauchertemporaire/obtenir- autorisations/aide-familiale/index.html (derniere visite: novembre 2010).

(104) MCCI, << Immigration au Quebec)), supra note 1 a la p 6.

(105) Raymonde Fortier, Les travailleurs etrangers temporaires au Canada et au Quebec, memoire de maitrise, (Montreal : Universite de Montreal, 1983) a la p 18.

(106) Ibid, a la p 3.

(107) Quebec, Ministere de l'Immigration et des Communautes culturelles, Permis de travail temporaires delivres en 1978 et 1979 (document de travail) par Benoit Audet, MICC, 1981.

(108) Ibid, a la p 2.

(109) Ibid, a la p 4.

(110) Ibid.

(111) Audet, supra note 107 a la p 6 (pour les donnees de 1973 a 1977); Site de Citoyennete et Immigration Canada : http://www.cic.gc.ca/FRANCAIS/ressources/statistiques/faits2008/ temporaires/01.asp (derniere visite: novembre 2009) (pour les donnees de 2008). De 1973 jusqu'en 1977, environ 13 000 permis de travail ont ete delivres a chaque annee, alors qu'en 2008, Citoyennete et Immigration Canada a enregistre environ 79 500 entrees de travailleurs etrangers temporaires.

(112) Les travailleurs exemptes sont entre autres les artistes de spectacle, les athletes et entraineurs, les conferenciers, les ecclesiastiques, journalistes, equipe de tournage, representants des medias, juges, arbitres et officiels similaires, etc. Pour en savoir plus sur cette question, il est possible de consulter le site suivant: http://www.cic.gc.ca/francais/travailler/demande-qui-permis-non.asp (derniere visite : 1<< novembre 2010).

(113) Elgersma, supra note 83 aux pp 5-6.

(114) Emily Carasco, Donald Galloway, Sharryn J. Aiken et Audrey Macklin, dir., Immigration and Refugee Law. Cases, Materials, and Commentary, (Toronto: Emond Montgomery Publications, 2007) a la p 243. Ces diverses questions quant au programme de travailleurs etrangers temporaires sont couramment mises a l'avant-plan par des auteurs : << The proliferation of temporary entrant programs may result in the creation ofa class ofeasily exploited workers who lack workplace protections and other basic rights. On the other hand, temporary worker programs can benefit the migrants and their employers as well as the sending and receiving countries >>.

(115) Comite permanent, supra note 10 a la p 27.

(116) Elgersma, supra note 83 aux pp 6-7.

(117) Comite permanent, supra note 10 a la p 28 (recommandation 20).

(118) Manegre << Marche du travail >>, supra note 41 a la p 10.

(119) Reglement sur la selection des ressortissants etrangers, supra note 32, art 50.1.

(120) Loi sur l'immigration au Quebec, LRQ, c I-0.2, art 3.2; Cette regle ne s'applique pas pour les cas d'exemptions prevus a l'article 53 l) et m) du Reglement sur la selection des ressortissants etrangers. Ce sont les cas oU les ressortissants etrangers viennent travailler dans la province pour une periode de moins de 6 jours ou encore ceux dont << l'admission au Canada n 'est pas regie par les exigences touchant la determination des effets economiques positifs ou neutres pour le Canada >> (art. 53 m)).

(121) Reglement sur la selection des ressortissants etrangers, supra note 32 art 50.1 a) et b).

(122) Ibid, art 50.1 c) et d).

(123) Ibid, art 50.1 f)i. a iv.

(124) RIPR, supra note 4, art 179.

(125) Site Immigration-Quebec: http://www.immigration- quebec.gouv.qc.ca/fr/employeurs/embauchertemporaire/exigences.html (derniere visite: novembre 2010); Site RHDCC : http://www.hrsdc, gc.ca/ fra/competence/travailleurs_etrangers/travailtemp_quebec.shtml (derniere visite: novembre 2010).

(126) MICC << Guide >>, supra note 96 a la p 14.

(127) Accord Canada-Quebec, supra note 42 a l'annexe A, art 20a).

(128) MICC << Guide >>, supra note 96 a la p 14.

(129) Site RHDCC: http://www.rhdcc.gc.ca/fra/competence/ travailleurs_etrangers/psp/qclistepsp.shtml (derniere visite: novembre 2009).

(130) Ibid.

(131) MICC << Guide >>, supra note 96 a la p 17.

(132) Les travailleurs de ces programmes font aussi partie de la categorie des travailleurs peu qualifies, mais un regime procedural specifique s'applique a eux comme il en a ete question plus haut.

(133) Elgersma, supra note 83 a la p 4; Comite permanent, supra note 10 a la p 4.

(134) L'Association du Barreau canadien, Programme pilote des travailleurs peu specialises, Section nationale du droit de l'immigration et de la citoyennete de l'Association du Barreau canadien, 2006 a la p 2.

(135) Site RHDCC : http://hrsdc.gc.ca/fra/competence/travailleurs_etrangers/peuspecialise.shtml (derniere visite: novembre 2009); Ministere de l'Immigration et des Communautes culturelles, Le programme des travailleurs etrangers temporaires, (document d'information), Quebec, MICC, 2007 a la p 10.

(136) Ibid, a la p 9.

(137) Ibid, a lap 10.

(138) MICC << Guide >>, supra note 96 a la p 30. Dans le cadre de ce programme, l'employeur n'a pas a passer a travers le processus de l'avis sur le marche du travail puisque les effets positifs ou neutres sur le marche ont ete reconnus de facon prealable. L'offre d'emploi est donc reputee etre acceptee par RHDCC, et le MICC rendra une decision finale, apres s'etre assure que l'offre d'emploi correspond a la description du travail par le gouvernement federal.

(139) Ibid, aux pp 22, 38.

(140) Ibid; Elgersma, supra note 83 a la p 7.

(141) Comite permanent, supra note 10 a la p 5.

(142) Michael Walzer, << Membership >>, Sphere of Justice 1983, 52 dans Immigration andRefugee Law. Cases, Material, and Commentary. l'auteur Michael Walzer denonce cette situation: << What is most difficult is their homelessness : they work long and hard in a foreign country where they are not encouraged to seule down, where they are always strangers >> On traite aussi de cette question, dans un article de la bibliotheque du Parlement federal : << Les travailleurs migrants vivent l'exclusion sociale en raison de leur statut de non-citoyen. Apres l'expiration de leur visa, ils doivent retourner dans leur pays d'origine, meme s'ils ont l'intention de presenter une nouvelle demande. >>; Elgersma, supra note 83 a la p 8.

(143) Comite permanent, supra note 10 a la p 9.

(144) Quebec, Ministere de l'Immigration et des Communautes culturelles, Plan strategique 2008-2012, MICC, 2008 a la p. 12 [MICC, << Plan strategique >>]; << Le vieillissement de la population et, plus encore, la diminution de la population d'age actif laisse craindre des repercussions importantes sur le plan economique. S'ajoute a ces phenomenes, la restructuration continue de l'economie mondiale qui a deja provoque des changements importants sur le marche du travail quebecois [...]>>. << [...] le nombre de personnes agees de 20 a 64 ans commencerait a diminuer d'ici six ans (2014) [...]. Les consequences de cette baisse seront une rarete de main-d'oeuvre et un manque de releve entrepreneuriale >>.

(145) Ibid, a la p 7.

(146) Reglement sur la selection des ressortissants etrangers, supra note 32, modifie par le Reglement modifiant le Reglement sur la selection des ressortissants etrangers, (2009) 141 GO II, 2750. L'article 38.1, qui est ajoute au reglement, edicte qu'un certificat de selection, a titre de travailleur qualifie, sera delivre << a un ressortissant etranger qui a sejourne temporairement au Quebec dans le but principal d'y travailler, [...] s'il remplit notamment les conditions suivantes : << a) il s'est conforme aux conditions de son sejour et il se trouve legalement au Quebec au moment de la presentation de sa demande; b) il a occupe un emploi a temps plein au Quebec, d'un niveau de competence superieur a C au sens de la Classification nationale des professions, durant une periode totalisant au moins 1 mois au cours des 24 mois precedant la presentation de sa demande et il occupe un tel emploi au moment de cette presentation.

(147) Directeurs de la restauration et des services alimentaires ; directeurs/directrices de la production primaire (sauf l'agriculture) ; professionnels/professionnelles des services aux entreprises de gestion ; experts/ expertes en sinistres et redacteurs/redactrices sinistres ; biologistes et autres scientifiques ; architectes ; medecins specialistes ; omnipraticiens et medecins en medecine familiale ; dentistes ; pharmaciens ; physiotherapeutes ; infirmiers autorises ; technologues en radiation medicale ; hygienistes et therapeutes dentaires ; infirmiers auxiliaires ; psychologues ; travailleurs sociaux/travailleuses sociales ; chefs ; cuisiniers ; entrepreneurs et contremaitres en charpenterie ; entrepreneurs/entrepreneuses et contremaitres/contremaitresses en mecanique ; electriciens (sauf electriciens industriels et de reseaux electriques) ; electriciens industriels ; plombiers ; soudeurs et operateurs de machines a souder et a braser ; mecaniciens d'equipement lourd ; grutiers ; foreurs et dynamiteurs de mines a ciel ouvert, de carrieres et de chantiers de construction ; surveillants du forage et des services relies a l'extraction de petrole et de gaz.

(148) Seuls les emplois specialises exerces legalement et a temps plein contre remuneration sont admissibles au Programme de l'experience quebecoise. Un emploi a temps plein correspond a un minimum de 30 heures de travail remunere par semaine. La duree d'un emploi a votre compte peut egalement etre consideree si cet emploi est de niveau specialise et que le revenu qui en decoule equivaut a un salaire a temps plein.

(149) Le texte complet des instructions se trouve a l'adresse suivante : http://canadagazette.gc.ca/rppr /pl/2010/2010-06-26/html/notice-avis-fra.html. Bulletin operationnel 219--le 28 juin 2010 : Instructions ministerielles et demandes presentees au titre de la categorie de l'experience canadienne, art. 87.3(6) Loi sur l'immigration et la protection des refugies. Vol. 144, no 26--Le 26 juin 2010 Avis du Gouvernement, Ministere de la Citoyennete et de l'Immigration.

(150) Le niveau intermediaire correspond au niveau B1 du Cadre europeen commun de reference ou a son equivalent. Votre connaissance du francais doit pouvoir etre demontree a partir de l'une des preuves suivantes : Releve de notes complet attestant la reussite d'au moins deux annees d'etudes secondaires ou postsecondaires en francais, effectuees a temps plein au Quebec ou a l'etranger; Releve de notes attestant la reussite d'un cours de francais de niveau intermediaire dans un etablissement d'enseignement reconnu par le Ministere de l'Education, du Loisir et du Sport ou dans une universite et situe au Quebec; Resultats attestant la reussite d'un test standardise de francais oral de niveau intermediaire; Attestation de satisfaction aux exigences linguistiques d'un ordre professionnel du Quebec. Reglement sur la selection des ressortissants etrangers, supra note 32, art 38.1 c) et d).

(151) Loi sur le Ministere, supra note 48, art 7.

(152) Quebec, Entente entre la ministre de l'Immigration et des Communautes culturelles et Montreal international, Ministere de l'Immigration et des Communautes culturelles, 2008, Annexe A a la p 7.

(153) Ibid, a l'annexe A.

(154) MICC, << Plan strategique >>, supra note 145 a la p 7.

(155) RIPR, supra note 4, art 110.

(156) Ibid, art 113 (1) g).

(157) Quebec, Ministere de l'Immigration et des Communautes culturelles, Guide des procedures d'immigration, Composante 3 -programme de recrutement et de selection des candidats independants, Chapitre 2--Candidats travailleurs qualifies autorises a demander sur place la residence permanente, MICC, 2009 a la p 6.

(158) RIPR, supra note 4, art 113.

(159) Carasco, supra note 114 a la p 261.

(160) Ouar et Osmani, supra note 63 a la p 5.

(161) Comite permanent, supra note 10 a la p 12. Lors des consultations publiques du Comite permanent en 2009, des temoins ont d'ailleurs declare :<< qu'un aide familial qui perdait son emploi pouvait attendre plusieurs mois la delivrance d'un nouveau permis de travail, ce qui nuisait d'autant plus a ses chances d'accumuler suffisamment de mois de travail pour pouvoir faire une demande de residence permanente >>.

(162) Ouar et Osmani, supra note 63 a la p 5. Carasco, supra note 114 a la p 261. On souleve aussi souvent le fait que les aides familiaux sont dans l'obligation de resider avec leur employeur, ce qui peut engendrer diverses situations d'avilissement : << Their precarious status, the obligation to live in the home of the employer, and their general situation ofdependance on their employer make for an often highly stressful and potentially abusive workplace environment >>

(163) Comite permanent, supra note 10 a la p 12 (recommandation 4).

(164) RIPR, supra note 4, art 75(2) a).

(165) Reglement sur la ponderation applicable a la selection des ressortissants etrangers, (2006) G.O. II, 4465, section 9. Le critere lie a la formation requiert au minimum un diplome d'etudes secondaires. Le candidat ne repondant pas a ce critere sera elimine a l'etape de l'examen preliminaire, donc avant l'entrevue de selection. Or, le travailleur appartenant au niveau C ou D de la CNP, sera rarement titulaire d'un diplome d'etudes secondaires. 11 pourra donc etre elimine des la premiere etape. Parmi les seuils eliminatoires, on trouve aussi le facteur de la capacite d'autonomie financiere. Le demandeur doit etre en mesure de demontrer qu'il sera en mesure de subvenir a ses propres besoins, et a ceux des membres de sa famille l'accompagnant, pour une periode minimale de trois mois

(166) Carasco, supra note 114 a la p 275.

(167) Reglement sur la selection des ressortissants etrangers, supra note 32, art 50.1 J).

(168) RIPR, supra note 4, art 116.

(169) Comite permanent, supra note l0 a la p 14 (recommandation 6).

(170) Ibid, a la p 85 (Opinion complementaire des deputes conservateurs membres du Comite).

(171) En effet, on trouve quelques pages dans les traites generaux de droit constitutionnel mais aucun article recent sur cette question.

(172) Ce n'est que depuis recemment que les gouvernements federal et quebecois font entrer les travailleurs qualifies sur le territoire a titre temporaire. Mais contrairement aux travailleurs peu qualifies, cette porte d'entree est offerte aux travailleurs qualifies dans l'espoir qu'ils decident de s'etablir sur le territoire de facon permanente. Selon un auteur, il y aurait dorenavant un systeme d'immigration a deux vitesses : <<[...] l'un en vue de combler a court terme ses besoins en main-d'oeuvre, l'autre en vue de repondre aux previsions economiques et demographiques a plus long terme. >> Fortier, supra note 105 a la p 19.

(173) Ibid, La question qui se pose est de savoir pourquoi maintenir une telle distinction entre deux groupes de travailleurs, alors que la penurie de main-d'oeuvre s'etend aux deux groupes? A titre d'exemple, chaque annee, des proprietaires de champs agricoles font venir des etrangers des pays comme le Mexique ou le Guatemala. Sans ces travailleurs, plusieurs proprietaires auraient peine a faire prosperer leurs entreprises et ainsi rester competitifs. Des aides familiaux viennent aussi s'etablir au Quebec afin de fournir des soins a domicile pour des enfants, des personnes agees ou des handicapes : Ouar et Osmani, supra note 63 a la p 2; d'autres programmes de travailleurs etrangers temporaires ont ete mis en place, notamment celui des travailleurs de l'industrie des technologies de l'information qui fut instaure en 1997, toujours dans le but de repondre rapidement au besoin en main-d'oeuvre de multiples entreprises : MICC << Guide >>, supra note 96.

(174) Site Citoyennete et Immigration Canada: http://www.cic.gc.ca/FRANCAIS/ressources /statistiques/ faits2008/temporaires/01 .asp (derniere visite: novembre 2009).

(175) Divers facteurs font en sorte qu'il est actuellement plus avantageux pour les entreprises locales de recourir a la main-d'oeuvre etrangere temporaire. Le fonctionnement du systeme d'immigration economique permanente, qui vise notamment a faire venir des travailleurs qualifies sur le marche quebecois, a ses failles. En effet, des delais trop longs font en sorte que les besoins en main-d'oeuvre des entreprises demeurent largement insatisfaits. Celles-ci doivent alors inevitablement recourir aux services de travailleurs etrangers afin de se preserver. De plus, le programme des travailleurs qualifies ne vise que les ressortissants possedant un niveau de formation plus eleve, soit les niveaux O, A et B au sens de la CNP. Or, les entreprises ne recherchent pas toutes ce type de travailleurs. Certaines se retrouvent meme dans une situation difficile puisque sans acces a une main-d'oeuvre peu qualifiee, elles ne peuvent pas assurer leur croissance economique.

France Houle *, Marilyn Emery ** et Anne-Claire Gayet ***

* France Houle est professeure titulaire a la faculte de droit de l'Universite de Montreal.

** Marilyn Emery etudie presentement a l'Ecole du Barreau du Quebec.

*** Anne-Claire Gayet detient une maitrise en droit de l'Universite de Montreal.
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Author:Houle, France; Emery, Marilyn; Gayet, Anne-Claire
Publication:University of New Brunswick Law Journal
Date:Jan 1, 2011
Words:20170
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