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L'INDEX A-T-IL UN STYLE ? REMARQUES SUR LA CENSURE ROMAINE COMME PRATIQUE PERFORMATIVE, XVIIE-XIXE SIECLES.

Presque trois decennies se sont ecoulees depuis l'ouverture, au milieu des annees 1990, d'abord a un nombre restreint d'historiens, puis a la communaute savante internationale, des archives de la Congregation pour la Doctrine de la Foi, et une extraordinaire floraison de recherches a depuis profondement renouvele la connaissance historique de l'Inquisition romaine. Les procedures, la composition, l'evolution interne de la congregation du Saint-Office ont ete l'objet d'etudes systematiques, ainsi que les principaux aspects de son action dans les anciens Etats italiens et dans les terres de mission (1). Parmi eux, la censure est probablement l'aspect qui a attire--et continue d'attirer--la plus grande attention de la part des historiens. Grace a l'abondante documentation desormais disponible relative au controle (prealable et repressif) de la librairie exerce par le Saint-Office et, depuis 1571, par la congregation de l'Index (2), un nombre considerable d'etudes ont analyse les logiques, les strategies, les rapports entre le centre romain et les structures peripheriques, les cas controverses de la censure romaine du seizieme au vingtieme siecle dans tous les domaines de la production savante, litteraire, devotionnelle (3). De nombreux repertoires et editions de sources ont egalement vu le jour (4).

En un mot, les censeurs romains beneficient eux aussi des changements interpretatifs reperables dans l'historiographie contemporaine, plus particulierement des nouvelles approches de la censure, analysee desormais comme << condition normale >> de l'ancien regime, voire au-dela (5), ce qui conduit a mettre l'accent sur les circuits alternatifs (notamment la circulation capillaire des livres interdits) au meme titre que sur les effets restrictifs du controle, sur la porosite qui existaient entre les institutions de controle et le monde savant plutot que sur les affrontements (6).

Sans doute a cause de la nature des sources, cependant, une majorite d'etudes privilegient encore la relation entre auteur et institution, et laisse dans la penombre les << interactions plus vastes (7) >>. On pourrait meme dire que la disponibilite de documents inedits, dont un bon nombre concernant des auteurs celebres dans les sciences comme dans la litterature, a produit une sorte d'aveuglement documentaire, une demarche << internaliste >> notamment de la part d'historiens de la philosophie et des sciences (8), qui fait encore peu de place a une analyse fine des << outils du metier >> des censeurs et, surtout, de la censure comme pratique performative.

Pourtant, ce sont avant tout la nature historique du dogme et l'inertie des pratiques qui ressortent de la masse de la documentation produite par le Saint-Office et la congregation de l'Index. Il revient au regrette Bruno Neveu d'avoir le premier dechiffre l'art de la censure doctrinale dans ses etudes sur les querelles touchant a la grace (9). Une censure qui ne saurait se reduire a une police, mais qui forge la doctrine par des qualifications successives, par des nuances qui se superposent a des theses que les juges romains cristallisent dans l'acte meme de l'exegese.

Dans les pages qui suivent, je reviendrai sur la question du style de la censure romaine, par un double questionnement. En premier lieu, je m'interrogerai sur la part du style dans la mise a l'Index d'un ouvrage, en me focalisant sur le dixseptieme et le dix-huitieme siecles, et sur des ouvrages de theologie, philosophie naturelle, hagiographie pour lesquels les criteres esthetiques sont en l'apparence moins probants. En l'apparence, cependant, car la philosophie et la theologie ont aussi leur style propre et les censeurs reagissent a certaines strategies discursives developpees dans les textes, ce qui met a nu les mecanismes, voire les automatismes de la censure ecclesiastique. La bifurcation, mais egalement la superposition, entre questionnement rhetorique et questionnement hermeneutique du style mises en lumiere par les specialistes de la censure litteraire ne manquent pas de se reproduire dans ce domaine. Le deuxieme point deplace donc le point de vue pour s'interroger sur le style des censeurs dans le processus de la censure.

Que revele le style d'un auteur ? La censure comme << connoisseurship >>

Tous ceux qui ont travaille sur les sources romaines savent a quel point la palette de qualifications auxquelles les censeurs peuvent avoir recours dans leurs rapports est ample : heretique, proche de l'heresie, erronee, scandaleuse, obscene, douteuse, temeraire, stulta, fausse, aliena aux doctrines saines. Facilement, les qualifications deviennent un jugement ex cathedra par ces professeurs d'universite que sont souvent les religieux siegeant dans les deux congregations ainsi que leurs consulteurs : absurde, obscura, << erronee tant en theologie qu'en philosophie >>... Ces qualifications relevent a la fois du degre de l'erreur et des nuances de reprobation de la part du censeur; certaines s'apparentent presque a l'appreciation sensorielle, telle que male sonante, offensive pour des oreilles pieuses, << sent l'heresie >>, << spirat baeresiam >>. L'art du censeur ressemblerait alors a une sorte d'expertise, une connoisseurship, qui, tout en se tenant a la lettre des propositions isolees dans leur << sens evident >>, sondent tout de meme l'attitude, voire la personnalite, de l'auteur. Et on ne saurait pas s'etonner de cette double fonction de l'appreciation censoriale, car apres tout la censure doctrinale est l'art de situer les propos et les idees dans un reseau de significations et dans une histoire--une histoire que les inquisiteurs de Rome nient du moment ou ils pretendent qualifier une proposition heretique a l'aune d'une orthodoxie qui se reactive en chaque moment dans son integralite, mais qui est en fait le produit d'une histoire que les censeurs parcourent a la recherche des precedents historiques (10).

Par ailleurs, puisque toute forme de censure, et a fortiori la censure romaine, est concue comme la defense contre toute attaque a l'ekklesia, a l'unite de la communaute des croyants, elle est necessairement sensible aux elements perturbateurs du bon ordre catholique qui coincide parfaitement avec l'ordre social tout court. Des la systematisation des criteres de la censure par le Concile de Trente, la VIIe regle generale de l'Index librorum prohibitorum proscrit ex officio tout ecrit obscene. Une << offense aux oreilles pieuses >> peut suffire pour prohiber un livre. Pour cette raison, le style des auteurs est crucial, et constitue un argument qui manque rarement d'etre mobilise pour evaluer une oeuvre. Le style est alors un fait, un element constitutif du texte, et en meme temps un indice revelateur de la personnalite et de la moralite de l'auteur.

Les dossiers des trois des plus celebres et controverses philosophes francais du dix-septieme siecle illustrent parfaitement la superposition des criteres, ainsi que la souplesse de la notion de style qui englobe non seulement la composante oratoire des enonces philosophiques, mais tous les elements susceptibles de restituer l'attitude de l'auteur envers l'autorite de l'Eglise.

En 1661, les oeuvres philosophiques de Rene Descartes furent signalees au Saint-Office par les theologiens pro-jansenistes de la faculte de Louvain en gage d'orthodoxie a Rome en plein milieu de la crise provoquee par la condamnation de l'Augustinus de Jansenius en 1651. Les rapporteurs choisis furent deux theologiens experimentes, le carme dechausse Giovanni Agostino Tartaglia de la Nativite et Stefano Spinola, un clerc regulier de Somasque qui etait aussi le prefet du prestigieux college de la congregation de la Propaganda Fide (il devint ensuite eveque de Savone). Ils redigerent de longs vota, qui, dans l'ensemble, revelent autant de curiosite pour ce personnage, deja presque legendaire une decennie apres sa mort, que de reprobation.

Le fait est que, comme l'ecrit Tartaglia a propos des Meditations, << j'ai remarque un esprit ingenieux et inventif pour les nouvelles speculations et aussi une elegance de style non ordinaire. C'est un merite la modestie avec laquelle il soumet ses ecrits a la censure des theologiens (11) >>. En d'autres mots, aux yeux du religieux romain, ce Monsieur Descartes, quoique coupable de s'aventurer dans un domaine qui n'appartenait pas aux laiques de parcourir comme la metaphysique, montrait encore par son style un certain respect envers la hierarchie des disciplines et des ordres. Cependant, les erreurs du philosophe francais etaient trop nombreuses pour que ses oeuvres passent le crible romain, et elles furent suspendues donec corrigantur en 1663.

Dans le sillons de Descartes, l'un des auteurs qui attira l'attention de Rome a la fin du dix-septieme siecle fut le sulfureux minime toulousain Emmanuel Maignan, auteur de plusieurs tomes de philosophie anti-scolastique tels que le Cursus philosophicus (1653, republie avec d'importantes modifications en 1673) et la Philosophia sacra (1661). Pourtant, ce fut son disciple, biographe et commentateur Jean Saguens qui fut finalement censure en 1707, en partie a cause du ton injurieux qu'il employa envers d'autres religieux dans son De Vita, moribus et scriptis R. P. Emanuelis Maignani, publiee en ouverture a la synthese des enseignements de son maitre destinee aux ecoles de l'ordre, Philosophia Maignani scholastica, parue en 1703. La biographie, et encore plus l'hagiographie, etaient des genres litteraires particulierement perilleux. En particulier, selon l'un des nombreux rapporteurs qui furent mobilises sur ce complexe dossier, la biographie etait censurable a cause du manque de respect manifeste envers Thomas d'Aquin et tous ses commentateurs scolastiques (12). Il est utile de preciser que Saguens avait fait l'objet d'une longue enquete de la part des congregations romaines a la suite d'un anonyme traite intitule Systema gratiae, publie a Milan en 1701. L'anonymat entrainait ipso facto la reprobation des censeurs. Ces derniers etaient donc deja mal disposes vis-a-vis du moine francais, imprudent et impudent. En depit d'une intervention de la hierarchie de son ordre aupres du pape Clement XI plaidant l'absolution, sa Summa philosophique finit tout entiere a l'Index. Saguens calquait effectivement les traits corpuscularistes, voire atomistes, des ecrits de Maignan, tout en refutant de maniere plus explicite et provocatrice la philosophie scolastique de toute tendance (13).

Dans ce cas comme dans beaucoup d'autres entre le dix-septieme et le dixhuitieme siecle, la division confessionnelle de l'Europe etant desormais un fait aussi regrette qu'acquis, par des qualifications telles que << scandaleux >> et << offensif pour les oreilles pieuses >> les censeurs romains visaient en premier lieu la conflictualite entre ordres religieux et ecoles theologiques, qui avait atteint a cette epoque un climax autour d'epineuses questions de theologie morale, de theologie sacramentelle, d'histoire ecclesiastique et meme de philosophie naturelle (14). Ce n'est pas un hasard si les superieurs des Minimes, dans leur supplique en defense de Maignan/Saguens, accuserent << certains censeurs partisans de la philosophie d'Aristote, [qui se mirent] d'accord entre eux, par esprit de faction et sans etre verses en la matiere >> et demanderent une nouvelle expertise par << des nouveaux censeurs depassionnes, de maniere que les esprits factionnaires et remontes ne puissent pas faire main basse des livres, en endommageant les autres et la reputation du Saint Siege (15). >>

L' << ardeur excessif >> des moines, comme l'appelait le cardinal Gentili (16), devint une veritable obsession pour la censure romaine dans la seconde moitie du dix-septieme siecle et au debut du dix-huitieme. Un sarcasme, un ton ironique, un adjectif mal place contre un religieux d'un autre ordre suffisaient donc a faire sursauter les membres de la congregation de l'Index. D'ailleurs, a cette epoque, ceux qui avaient ete la cible de la derision etaient aussi generalement ceux qui denoncaient les adversaires aux autorites, l'Index et le Saint-Office ne reagissant desormais plus qu'a la suite d'une plainte. Cependant, puisque les deux congregations etaient composees de representants de plusieurs familles religieuses, outre les pretres seculiers et les prelats de curie, ces tensions resonnaient jusque dans le palais du Saint-Office et a Santa Maria sopra Minerva (17). Inevitablement, s'en trouvait egalement accrue la discretion dans le traitement des questions les plus epineuses qui faisaient rage parmi les differentes ecoles.

Un exemple de censure manquee qui atteste l'importance du style et temoigne egalement de la complexite des procedures romaines a cause de la composition de deux congregations est celui de Gassendi. Le nom du chanoine de Digne circula a plusieurs reprises dans les palais du Vatican, notamment en 1668, quand le nonce a Paris Antonio Vibo le signala a Rome comme un philosophe << dont les maximes sont absolument contraires a la Foi catholique >> et proche de jansenistes notoires tels Antoine Arnauld--ce qui etait encore plus grave du point de vue de Rome dans le cadre des fortes tensions autour du Jansenisme de l'epoque (18). Les censeurs romains se pencherent sur les idees cosmologiques de Gassendi, mais grace aux bons offices du cardinal d'Estree, l'accusation fut abandonnee (19). Dans les annees 1690, lors de l'acme de l'attaque contre les atomistes de toutes especes, la philosophie corpusculariste de Gassendi revint dans la ligne de mire. Cependant, aucun de ses livres ne fut censure, et Rome fut meme obligee d'approuver l'edition florentine de ses Opera en 1723. Incontestablement, ce fut le resultat de la prudence metaphysique de Gassendi (par ailleurs dispensee dans des volumineux ouvrages en un latin obscur et pedant), mais, comme le disent ses critiques en soulignant sa << moderation >>, encore une fois ce fut aussi une question de style (20).

Bien evidemment, l'Inquisition etant une des institutions cle dans la mise en oeuvre de la subordination du pouvoir seculier a l'autorite religieuse et de la discipline sociale dans l'Italie de la Contre-Reforme, il est superflu de preciser que l'attitude des censeurs envers les auteurs laiques et les ouvrages en langue vernaculaire etait bien plus expeditive (21). Non seulement la procedure etait plus sommaire (en regle generale, un seul rapporteur contre deux, voire trois), mais des formats differents de censure se formaliserent assez rapidement selon le statut de l'auteur, le genre litteraire, l'origine de la denonciation.

<< Errat >> s'ecrie sept fois contre Galilee le censeur de l'Essayeur, qui cependant eut droit a une analyse doctrinale attentive (et qui ne fut finalement pas mis a l'Index) (22).

En effet, si les ouvrages theologiques faisaient l'objet d'une analyse approfondie consistant a isoler des phrases suspectes et a en evaluer le sens, les autres genres etaient habituellement expedies au terme d'un examen plus rapide. Nombreux vota sur les livres par des laiques ou destines a eux se reduisent a deux ou trois pages, et se limitent le plus souvent a une evaluation generale, en soulignant quelque expression particulierement scandaleuse, impie ou erronee aux yeux des censeurs ecclesiastiques. Si, par exemple, les attaques contre Aristote et les aristoteliciens furent longtemps considerees comme des expressions de temerite et d'immodestie, rarement les passages se trouvent transcrits entierement dans les vota des consulteurs de l'Index, qui se bornent a relater quelques mots isoles. Les exceptions a cette regle tacite dependent de la stature sociale et politique de l'auteur. Un dossier tres delicat de ce point de vue, en consideration de la personnalite de l'auteur--un medecin napolitain repute tres proche de la cour vice-royale--et de la conjoncture politique particulierement tendue entre Rome et Naples autour de la philosophie des modernes, est celui de Lionardo di Capua, dont le deja celebre Parere divisato in otto ragionamenti sopra l'incertezza della medicina (1681) fut examine par le Saint-Office en 1693-1694. Le consulteur cistercien Giovanni M. Gabrielli note que << dans la premiere page meme, l'auteur vibre des coups obliques comme avec un couteau sous un voile de mots ambigues et tordus contre tout et chacun des methodes des medecins >> et dresse la liste (non exhaustive) de tous les ludibriis, injures et atrocites de cette << satyre si effrenee >>, qui par ailleurs enseigne les dangereuses doctrines atomistes et ne se prive pas de citer a tort les Peres, bref di Capua << profane la chaire theologique, et la transforme en theatre d'Aristophane ou de medisance >> (23).

Il est notoire que les oeuvres satiriques, comiques, burlesques furent souvent la cible de la censure, et pas seulement a Rome (24). Mais les censeurs romains ont surtout tendance a reagir aux textes traitant de sujets serieux en style satirique ou simplement leger : un melange des genres qu'ils percoivent comme une manifestation subversive a l'egard de la hierarchie des savoirs et, par extension, de la hierarchie sociale.

La censure des Entretiens sur la pluralite des mondes de Fontenelle--le censeur royal prenant ici la place de censure--est egalement revelatrice, tout en devoilant la proximite entre les deux spheres de la censure et du debat savant (25). En 1687, la lecture du livre est confiee a Giovanni Giusto Ciampini, prelat connaisseur des antiquites chretiennes, historien des institutions curiales, passionne de physique experimentale, promoteur de l'academie Fisicomatematica et collaborateur du Giornale de' Letterati; en 1675, il devint en fait l'animateur principal d'une deuxieme feuille periodique portant le meme nom. Un prelat aussi savant que mondain donc, admirateur de la science ultramontaine, dont le profil se distancie de la majorite des reguliers qui peuplent l'Index et surtout le Saint-Office. Dans son court rapport, Ciampini se montre sensible a l'elegance de la plume de l'academicien francais et definit son livre une opella pulchra, un joli petit livre; pourtant, il deplore la temerite de ses fantaisies philosophiques, proches de l'heresie heliocentrique. De surcroit, ecrit Ciampini, l'abbe << se mele de la Donation de Constantin faite au pontife romain de cette ville de Rome, et ne fait derision (irridet) >>. Le verbe << irridere >> renvoie a la fois aux propos de Fontenelle et au ton du livre. En effet, dans le dialogue soumis a l'examen, lors du second soir, la marquise ironise sur Arioste et d'un ton leger introduit la donation de Constantin comme repoussoir : un tres court passage, qui suffit cependant a disqualifier non seulement le propos, mais aussi la position de Fontenelle. (26) En definitive, cependant, l'argument qui tranche aux yeux de Ciampini--et des cardinaux qui deciderent de suivre ses preconisations--est la question de la langue et du public, car le livre << est accessible a tout sexe et genre de personne a cause de la langue vernaculaire >>. Avant toute consideration de style, ce fait primordial qu'est la langue est mis sur la balance par les acteurs de la censure, qui n'est apres tout qu'un dispositif d'exclusion et de regulation sociale.

Que revele le style des censeurs ? La censure comme performance

Jusqu'ici, j'ai privilegie le style des auteurs et la relation censeurs-auteur. Les historiens qui se sont occupes de censure doctrinale a l'epoque moderne et contemporaine ont pu se prevaloir des archives inedites pour preciser les nuances, voire les differends qui existaient entre les representants de traditions theologiques et pour analyser la contribution de certaines figures emblematiques de censeurs. Pourtant, si leurs differentes demarches possibles ont ete repertoriees, grace surtout aux etudes de Jean-Baptiste Amadieu, peu d'attention a ete pretee aux clivages que la question du style peut reveler si on l'analyse en tant que pratique performative.

La censure est un art, l'art d'une eloquence savante et mesuree, ou la doctrine et l'erudition ne peuvent pas faire l'economie d'un certain style, propre aux congregations pontificales et impregne des questions de rang et de role qui structurent les deux institutions et le monde romain tout entier. Il ne faut pas oublier qu'il s'agit d'instances collectives et qu'il faut donc convaincre son << public >> : un public restreint mais redoutable, compose du secretaire ou de l'assessore des congregations (gate-keepers, qui detenaient les cles de toute procedure car ils choisissaient les consulteurs et qualificatores a qui confier tel ou tel livre), ainsi que des cardinaux, parfois du pape en personne, attentif aux vota lors de la feria V du Saint-Office ou soucieux de s'en faire envoyer une copie par le prefet de l'Index. En fait, meme si les deux congregations constituent des communautes d'intelligence censoriale, chaque membre fait l'objet d'un examen continu de la part de ses confreres.

Comme je l'ai indique, a fur et mesure que l'activite des congregations se stabilise--notamment apres la creation de l'Index en 1571--et se bureaucratise, un format prevaut qui consiste a isoler les propositions, puis donner un jugement general sur l'ouvrage en question, voire sur l'auteur, rapidement, en conclusion pour que les cardinaux puissent deliberer, et cela toujours avec une balance subtile d'humilite et d'assurance.

Une panoplie de codes et de pratiques--un style au sens large, qui rejoint la notion de procedure que les hommes du dix-septieme siecle definissaient comme le << style du tribunal >>--se formalise a mesure que la pluralite des ecoles s'insinue dans les congregations. C'est la ou la palette de nuances entre en jeu veritablement, ainsi que le savoir-faire demande a chaque consulteur. Il faut donc mesurer la longueur de son expertise au sujet de l'ouvrage et, surtout, au statut social de l'auteur : on fera plusieurs pages d'ecriture serree sur des questions metaphysiques ou theologiques, selon la renommee et la position de l'auteur, une ou deux feuilles recto/verso pour la masse de petits livrets de devotion, vies de saints, des ouvrages de medecine ou chimie d'auteurs laiques. Dans le traitement des ecrits theologiques, les commentaires des censeurs s'approchent de la controverse universitaire par puncta, dont le format des expertises se fait le reflet : chaque proposition retenue et transcrite equivaut alors a une these a refuter. A l'inverse, comme l'a parfaitement montre JeanBaptiste Amadieu, dans le cas des livres d'auteurs laiques, les citations doivent montrer la flagrance du delit, elles sont une preuve du caractere reprehensible de l'oeuvre en question, que les autres censeurs cueilleront immediatement (27).

Le style des censures doit en effet signaler et reproduire l'appartenance a un corps hierarchise, donc modestie et moderation, quitte a deverser tout son mepris sur les seculiers. Dans ce cadre, une dose d'ironie bien placee meme de la part de celui qui denonce un livre vient corroborer une communaute d'intentions qui oublie ses differends dans la reaction contre l'ennemi commun. Pour ne citer qu'un exemple, la reedition du celebre recueil alchimique Theatrum chemicum fut signalee a Rome en 1701 comme livre non seulement plein d'expressions anti-romaines et de citations d'auteurs deja interdits, mais << dangereux car il cache du venin sous le pretexte de la chimie, que des nombreux gens pratiquent, et sous pretexte de trouver l'art de faire de l'or, ils trouvent la voie de se faire heretiques (28) >> : auteur et lecteurs se trouvent ainsi au meme titre accables aux yeux des juges ecclesiastiques pour leur sottise peut-etre plus encore que pour leurs erreurs doctrinales.

Ne parlons meme pas des femmes, pour qui l'ironie se transforme en sarcasme. Il y tres peu de femmes auteurs qui sont jugees au tribunal de la doctrine. Mais il suffit de parler de femmes pour que l'attitude des censeurs change. Deux vota de 1716 de Prospero Lambertini pour l'Inquisition en offrent un bon exemple. Le jeune prelat, futur pape Benoit XIV et futur promoteur de la reforme de l'Index, s'etait deja fait remarquer pour sa doctrine solide, son intelligence et un certain humour caustique qui lui avait meme valu, quelques annees auparavant, d'etre assigne a domicile pour un mot d'esprit a propos de la cause de canonisation de Caterina Vigri de Bologne qu'il plaidait aupres de la congregation des Rites. Consulteur du Saint-Office, il fut retenu pour preparer la troisieme expertise sur deux biographies de religieux morts en odeurs de saintete, a la suite d'un desaccord entre les deux premiers pareri rendus a la congregation. S'il jugea le premier texte, la biographie du capucin Marco d'Aviano, acceptable, il rendit au contraire une tres courte note sur le second, la biographie de Maria Triboli, fondatrice des Soeurs de la Charite de Florence, le liquidant comme un texte fabuleux et risible (29).

Maitriser ces codes permettait differentes choses. En premier lieu, il est primordial pour faire carriere. Les congregations romaines cooptent la majorite de leurs membres selon un cursus bonorum assez codifie. Dans l'Index notamment, les candidats censeurs adressent une candidature-supplique, appuyee par un des cardinaux; parfois il s'agit de religieux membres d'ordres dont ce cardinal est le protecteur; parfois (mais les deux cas de figure ne s'excluent pas mutuellement), les superieurs des ordres recommandent leurs confreres. Le secretaire leur confiait alors initialement des ouvrages peu importants, pour progresser ensuite dans l'echelle des difficultes theologiques une fois la fiabilite et les competences du censeur certifiees. Entre le dix-septieme et le dix-neuvieme siecle, un nombre significatif de qualificatores du Saint-Office avaient auparavant servi l'Index, et un nombre important de cardinaux de deux congregations en avaient ete rapporteur ou officier. Meme s'il n'y eut a la cour de Rome aucune veritable << specialisation >>, des schemas de carriere distinguaient la voie di governo et les dicasteres a vocation theologique (30). Dans ces dernieres, trouvaient leur place les ecclesiastiques appartenant aux ordres religieux, avec une formation theologique, et globalement issus de milieux plus modestes pour lesquels il n'avait pas ete envisageable de << se mettre en prelature >>; pour ces hommes, une position de consulteur de l'Index et surtout du Saint-Office pouvait ouvrir des belles perspectives, pourvu qu'ils fussent capables de se faire remarquer par leur doctrine et leur savoir-faire.

La maitrise de la rhetorique censoriale permettait egalement de depasser les frontieres entre les disciplines pour elargir le champ d'observation du censeur (31). Comme nous l'avons vu dans le cas de Descartes, doser les arguments permet de passer imperceptiblement de la theologie a la philosophie. Ainsi, Stefano Spinola signala comme << dignes de controverse >> la conception de la matiere dans les Principia pbilosopbiae et plusieurs passages sur la sensation et le mouvement dans les Passions de l'ame, tandis que Tartaglia jugea << completement aliene a la philosophie >> la conception de la lumiere dans les Meditations et la physique eucharistique << qui vacille meme en philosophie >>. Il ne s'agit pas, a proprement parler, de s'engager dans une veritable refutation academique, mais d'insinuer le doute dans l'esprit de ses confreres censeurs. L'insinuation par omission est une technique particulierement utile des lors qu'il s'agit d'un ecclesiastique qui ecrit ex professo, dont une eventuelle prohibition se presente toujours delicate. Ainsi, dans une expertise non signee a propos de Atomi peripateticae sive tum veterum tum recentiorum atomistarum placita, ad neotericae peripateticae scbolae methodum redacta du capucin Casimir de Toulouse, le censeur affirme ne pas vouloir s'exprimer sur les erreurs << qui ne depassent pas les limites de la philosophie (32) >>; une remarque qui n'aurait pas eu lieu d'etre s'il ne s'agissait pas de disqualifier l'auteur.

Cependant, une certaine nonchalance vis-a-vis des confins entre dogme et opinion, ou entre theologie et philosophie, peut eviter une prohibition, et c'est la ou le style--a la fois de l'auteur et du censeur--peut retrouver son utilite. Ainsi Michelangelo Ricci ecrit sur un ton ironique pour le Saint-Office en 1675 au sujet de la Naturalium doctrina du benedictin des Marches Andrea Pissini que << l'auteur insere dans son livre de nombreuses opinions de Platon et des Nominaux sous la doctrine de Democrite, mais de maniere tres obscure et sans succes dans l'explication, et de cela, plus que d'autre chose, je l'estimerais digne de censure (33) >>. Dans ce cas, le prelat romain, parfaitement insere dans les milieux curiaux, savant a la reputation internationale et futur cardinal, examine un simple magister de province aux velleites intellectuelles; pourtant, l'ironie meprisante est une ruse de Ricci, admirateur de Galilee et de la philosophie naturelle moderne, pour desamorcer la reaction de ses confreres du Saint-Office.

Dans le volumineux dossier de Pissini, en effet, on peut tres clairement percevoir les clivages sociaux, encore plus que doctrinaux, qui traversent les institutions romaines. Quand le theatin Gaetano Miraballo se lanca dans une tres longue et argumentee dissertation de patristique pour demontrer que l'explication des especes sacramentelles donnee par le benedictin etait heretique, le pere Commissaire, le dominicain Domenico M. Pozzobonello, annota son tres long votum en ajoutant a la marge que, en depit de toute son erudition, << le pere ne comprend pas Pissini (34) >>.

Le style du censeur, en effet, marque la hierarchie interne a l'institution : l'anciennete de service, le prestige personnel, la force de l'ordre, voir sa propre origine sociale ... Si un novice ou un personnage peripherique s'ecarte trop du style du tribunal, s'il se perd dans la pedanterie, s'il utilise un style trop fleuri et emphatique, il peut se retrouver en porte a faux. En 1685, par exemple, Bonaventura Vicedomini, un pretre qui faisait fonction de notaire du Saint-Office a Naples, signala un lecteur de philosophie, un certain Agostino Mazza, pour ses enseignements temeraires de theories modernes. Vicedomini se lanca alors dans deux longues censures, l'une en latin, l'autre en italien, dans laquelle il se livra a une veritable vituperation de Mazza sur la base des notes de cours prises par ses etudiants. Par une serie de questions rhetoriques telles que << Et quand se fait-il, de grace, meme en parlant purement en philosophe, de conceder la vertu judicatrice et discursive a la puissance sensitive ? >>, il en conclut que
Je n'appellerais donc l'auteur ni parfait philosophe, ni bon
catholique, et neanmoins maitre, car il devait (selon les mots de
l'Evangile) donner du pain a la jeunesse ... il les a empoisonnes par
des enseignements d'erreurs vains ... sans stimuler l'intelligence pour
pouvoir l'empoisonner avec un humeur nocif et le rendre sterile avec un
rancoeur maligne.


Le resultat fut que le consulteur et theologien dominicain Francesco Ottavio de Orestis liquida a la fois les << censures pueriles >> de Vicedomini et les theories << extravagantes et peut-etre temeraires en bonne philosophie >> de Mazza (35).

Selon les moments et la composition des congregations, prudence et intransigeance alternerent donc, ce qui ne manqua pas d'alimenter les divergences internes. L'on peut clairement percevoir le desarroi du secretaire de l'Index Bianchi devant le choix des cardinaux concernant la classique Introductio in universam geographiam de Philipp Cluver, denoncee en 1704 pour ses << hauts eloges >> de Luther et Melanchthon : << Le Prefet, auquel arrisit Sperelli, dit qu'il etait prohibe de iure selon les regles generales [de l'Index] et donc il n'etait pas necessaire de le faire prohiber, ni examiner. Et pourtant, tout le temps on examine [et] prohibe des livres d'heretiques et obscenes (36).>>

Censure << technique >> et censure emotionnelle ? Les congregations romaines face a la modernite

En conclusion, une question s'impose : dans l'histoire longue de la censure romaine, existe-t-il des coupures ?

La bulle Sollicita ac provida emise par Benoit XIV en 1753 en est certainement une. Sous le pontificat de pape Lambertini (1740-1758), en effet, la volonte de renouvellement des structures ecclesiales et curiales, les exigences apologetiques et la defense des prerogatives du Siege Apostolique contre d'anciens et de nouveaux detracteurs se combinerent et donnerent lieu a des nombreuses reformes, parmi lesquelles la revision de la censure (37).

L'historiographie recente a corrige l'image quelque peu apologetique de cette reforme de 1753 qui, loin de constituer un assouplissement, representa a la fois l'officialisation d'une bureaucratisation accrue (notamment le recours a deux consulteurs, voire a un troisieme en cas de desaccord) et un instrument subtil de << l'autocorrection >> que l'on suggerait aux auteurs catholiques, appeles a l'alliance pour la defense de l'Eglise de Rome et de la religion catholique (38). Conformement a sa formation et a sa mentalite de canoniste et de jurisconsulte, Lambertini renforca les aspects judiciaires de la procedure censoriale, telle la possibilite de presenter un memoire en defense (une pratique d'ailleurs deja courante), et introduisit formellement le sensum auctoris, c'est-a-dire l'obligation faite aux censeurs de ne pas extrapoler des propositions isolees, mais de toujours evaluer la signification generale de la pensee de l'auteur. De surcroit, une tres longue partie de Sollicita ac provida est consacree au style des censeurs : comment les choisir, comment leur attribuer les livres a reviser, comment rediger les vota, et toujours dans le but de moderer ce que le cardinal Gentili appelait << l'ardeur des moines >>. Injonction leur est faite de se depouiller de << tout esprit de nationalite, de famille, d'ecole, d'institut >>, d'avoir en vue uniquement les decrets des conciles generaux et les constitutions pontificales, sans oublier que << nombre d'opinions qui paraissent incontestables a une ecole ... sont neanmoins rejetees et combattues par d'autres >>, ce qui aurait du etre une evidence; comme tout ecclesiastique, les censeurs doivent avoir << mansuetude evangelique et charite chretienne >> (39).

Ce changement d'optique engendra une attention accrue au style en tant que cle d'acces aux intentions de l'auteur--dont la << bonne reputation >> est introduite explicitement par la bulle benedictine en tant que critere de jugement des livres. Si, comme je l'ai deja indique, celles-ci entraient deja dans le viseur des censeurs precisement a travers des considerations stylistiques; la constitution de pape Lambertini en accroit l'importance, quoiqu'en maniere contradictoire et tout en soulignant la << specialisation >> entre Index et Saint-Office. D'un cote, donc, la bulle demande aux censeurs, notamment a ceux du Saint-Office, d'indiquer << les passages ou se trouvent les erreurs remarquees >>, c'est a dire de mettre un plus grand soin dans la restitution objective des propositions a evaluer, mais les consulteurs sont invites a evaluer << la pensee generale >> de l'ouvrage; la bulle entre a ce propos jusque dans des considerations proprement stylistiques, car elle souligne qu' << il arrive frequemment que certaines propositions, enoncees en passant et d'une maniere obscure, sont developpees dans une autre partie du livre de maniere nette >> (40). De l'autre cote, la bulle stipule que tous les livres clairement heretiques ou << portant au vice ou fomentant la corruption >> fassent l'objet d'un examen expeditif, ainsi que ceux--encore une fois entrant en des considerations rhetoriques--qui introduisent des theses erronees sous couvert de les refuter : un << nouveau genre de seduction >>, precise la bulle, qui empoisonne la communaute catholique. Enfin, la bulle invite les congregations a sanctionner tous ceux qui << fletrissent et tournent en ridicule leurs adversaires >>.

De nombreuses etudes ont montre que dans la deuxieme moitie du dixhuitieme siecle, la censure romaine vit un nouvel elan contre la culture des Lumieres, effet de cette reorientation (41). Ce qui fut vecu comme une lutte de plus en plus acharnee contre l'atheisme et l'irreligion rampante de la societe contemporaine changea sensiblement l'attitude et les pratiques des congregations romaines. Et comme l'a montre Laurence Mace, l'Index et le Saint-Office se montrerent davantage sensibles a l'ecriture des Lumieres et << a la force sans precedent de l'arme stylistique mise au service du combat des philosophes (42) >>.

Conformement a la bulle benedictine, une evolution quelque peu paradoxale se remarque dans le style des censeurs : si d'un cote ils suivent les instructions et analysent avec soin les propositions contenues dans des ouvrages de vulgarisation qui n'auraient pas auparavant fait l'objet d'un examen approfondi, de l'autre ils emettent un nombre croissant de vota expeditifs dans lesquels ils se livrent a la denonciation vehemente de la culture contemporaine.

Une telle bifurcation entre approche philologique et condamnation politique s'accentua apres la deuxieme coupure majeure dans l'histoire de la censure pontificale, la Revolution francaise (43). A la Restauration, le Saint-Office et l'Index se reunirent a nouveau a partir de, respectivement, 1816 et 1817, mais la structure repressive de l'Inquisition fut reorganisee uniquement dans les Etats pontificaux. Dans ce contexte profondement transforme, le style des censeurs se chargea davantage d'un sentiment d'urgence et d'encerclement--avec parfois des tons apocalyptiques--mais egalement de prudence (44). Un veritable << syndrome d'encerclement >> s'empara des dicasteres romains. L'hesitation entre censure << technique >> et censure emotionnelle persista, voire s'accrut, tandis que la generalisation de l'italien a la place du latin facilita le glissement vers une approche moins erudite et plus discursive, une appreciation plus globale des ouvrages examines et un style plus oratoire que dogmatique de la part des consulteurs en fonction.

Les etudes de Jean-Baptiste Amadieu l'ont bien montre pour la litterature (45), mais l'on peut remarquer ce double registre dans le cas de la production scientifique contemporaine.

Ainsi, en 1819, le mineur conventuel Francesco Bernabei prona la prohibition de Cabanis et sa reduction de l'homme a un corps sensitif en demandant a ses confreres d'un ton vibrant comment, si l'on reduit l'homme a son cerveau, << pourra-t-on le considerer libre et educable ?>>; et que dire du << paradis, l'enfer, la vie eternelle, soit-elle heureuse ou malheureuse >> si << tout dans l'homme est fini avec la fin de son corps >> ? Bref, l'impie philosophe << renverse de ses fondements et detruit entierement, s'il etait adopte, le systeme de notre s. Religion Catholique et de toute autre, car il pretend montrer que l'homme en est incapable [de religion] puisque [il est] compose de la seule matiere >> (46). Dix ans plus tard, cependant, devant le phenomene du magnetisme animal et de l'hypnose, le jesuite Giovanni Battista Pianciani s'inquiete car << le temps des decouvertes n'est pas revolu >> et recommande davantage de prudence aux censeurs pontificaux (47).

Encore une fois, des considerations de style ne furent pas absentes dans cette hesitation.

En 1834, par exemple, Le Nouveau Systeme de chimie organique de Raspail fut examine a Rome. Le consulteur de l'Index Raffaele Fornari reconnut que Raspail etait l'auteur des << observations les plus scrupuleuses >>, et qu'il etait << fertile et habile aussi a en deduire des hypotheses avec des analogies exactes>>. Il prona toutefois la prohibition de son traite empreint de materialisme, car, Raspail comme tous les chimistes modernes << ne font aucune consideration des substances qui ne tombent pas sous leurs instruments ... et ils n'admettent que les etres materiels et organiques ... en delaissant completement l'essence metaphysique de ces etres, par laquelle, je dirai ainsi, est constituee la difference substantielle des uns des autres >>; de surcroit, << plus son exactitude est grande, plus en est dangereux l'usage, car ses lecteurs seront facilement induits en erreur, lesquels en admirant la rigueur de ses arguments physiques et chimiques, et la longue serie des verites qu'il demontre avec la plus grande facilite, prendront pour verites les erreurs qu'il enseigne >> (48).

En conclusion, les limites des tentatives pour ecrire une histoire de la censure uniquement focalisee sur les contenus intellectuels et/ou sur les mecanismes formels deviennent manifestes a l'aune d'une analyse fine des techniques discursives et des dispositifs rhetoriques qui forment la trame du travail des censeurs. L'intelligence de la dimension doctrinale et des aspects juridiques de la censure romaine est cruciale mais pas suffisante des que l'on sort d'une histoire des institutions stricto sensu. Tout le reste ou presque est une question de style.

Institut d'histoire moderne et contemporaine

(CNRS-ENS-Universite Paris I)

(1) Pour un bilan des recherches, voir Elena Bonora, << L'archivio dell'Inquisizione e gli studi storici: primi bilanci e prospettive >>, Rivista storica italiana, no 120, 2008, p. 968-1002; A dieci anni dall'apertura dell'Archivio della Congregazione per la Dottrina delia Fede: storia e archivi dell'Inquisizione, Rome, Scienze e lettere, 2011. Parmi les travaux d'ensemble, je me borne a citer Andrea Dal Col, L'Inquisizione in Italia. Dal XII al XXI secolo, Milan, Feltrinelli, 2006; Dizionario storico dell'Inquisizione, dir. Adriano Prosperi, Pise, Edizioni delia Normale, 2010. Sur la procedure, voir Thomas F. Mayer, The Roman Inquisition. A Papal Bureaucracy and Its Laws in the Age of Galileo, University Park, University of Pennsylvania Press, 2013. Les traductions de sources sont les miennes sauf indication differente.

(2) Les archives du Saint-Office romain ont subi des destructions, notamment a la Restauration ; cependant, certaines series << doctrinales >>, formees au dix-huitieme siecle, y compris les censurae librorum ont ete epargnees. Au contraire, les archives de l'Index presentent des series homogenes dont les principales sont les Diari (proces-verbaux) et les Protocolli. Sur l'histoire des archives, voir Alejandro Cifres, << L'Archivio storico della Congregazione per la dottrina delia fede >>, in L'apertura degli archivi del Sant'Uffizio romano, Rome, Accademia Nazionale dei Lincei, 1998, p. 73-84. Sur les competences des deux institutions et leurs conflits, Gigliola Fragnito, La Bibhia al rogo. La censura ecclesiastica e i volgarizzamenti della Scrittura (1471-1605), Bologne, il Mulino, 1997, et plus generalement, Church, Censorship, and Culture in Early Modern Italy, ed. Gigliola Fragnito, Cambridge, Cambridge University Press, 2001.

(3) Une liste non exhaustive comprend Inquisition, Index, Zensur : Wissenskulturen der Neuzeit im Widerstreit, ed. Hubert Wolf, Paderborn, Schoningh, 2001; Maria Pia Fantini, << Censura romana e orazioni: modi, tempi, formule (1571- 1620) >>, in L'Inquisizione e gli storici: un cantiere aperto, Atti del convegno, Roma, Accademia Nazionale dei Lincei, 2000, p. 202-223; Giorgio Caravale, L'orazione proibita. Censura ecclesiastica e letteratura devozionale nella prima eta moderna, Florence, Olschki, 2003; Rodolfo Savelli, Censori e giuristi. Storie di libri, di idee e di costumi (sec. XVI-XVII), Milan, Giuffre, 2011. Sur la preparation des Indices, voir Elisa Rebellato, La fabbrica dei divieti. Gli Indici dei libri proibiti da Clemente VIII a Benedetto XIV, Milan, Sylvestre Bonnard, 2008..

(4) Jesus M. De Bujanda, Index librorum prohibitorum 1600-1966, Sherbrooke, Centre d'etudes de la Renaissance, Geneve, Droz, 2002; Ugo Baldini et Leen Spruit, Catholic Church and Modern Science: Documents from the Archives of the Roman Congregations of the Holy Office and the Index, Rome, Editrice Vaticana, 2009..

(5) Censorship in Early Modern Europe, ed. Edoardo Tortarolo, num. special de Journal of Modern European History, no 3, 2005; Robert Darnton, Censors at Work: How States Shaped Literature, Londres, The British Library, 2014..

(6) Marco Cavarzere, La prassi della censura nell'Italia del Seicento: tra repressione e mediazione, Rome, Edizioni di storia e letteratura, 2011..

(7) Alain Boureau, << Dialogue avec Luca Bianchi >>, Annates H.S.S., no 57,2002, p. 745-749, ici p. 747..

(8) Dans cette perspective, en fait, une approche consiste a s'interroger sur les interventions des congregations romaines sur les << contenus de la science (c'est-a-dire ses assertions susceptibles de verification empirique) >>, selon l'expression de Ugo Baldini, << Le congregazioni romane dell'Inquisizione e dell'Indice e le scienze, dal 1542 al 1615 >>, in L'inquisizione e gli storici: un cantiere aperto, Rome, Accademia Nazionale dei Lincei, 2000, p. 329-364, ici p. 337, ma traduction. L'impact de la censure sur le developpement de la science s'en trouve diminue et son role est meme parfois reevalue positivement, voir Ugo Baldini, << The Roman Inquisition's Condemnation of Astrology: Antecedents, Reasons and Consequences >>, in Church, Censorship ... op.cit., p. 79-110. Sur ce point, voir aussi les remarques de Neil Tarrant, << Censoring Science in Sixteenth-century Italy: Recent (and not so Recent) Research >>, History of Science, no 52, 2014, p. 1-27.

(9) Bruno Neveu, L'Erreur et son juge. Remarques sur les censures doctrinales a l'epoque moderne, Naples, Bibliopolis, 1993.

(10) Ibid.; Jean-Louis Quantin, << The Fathers in Seventeenth-Century Roman Catholic Theology >>, in The Reception of the Church Fathers in the West. From the Carolingians to the Maurists, ed. Irena Backus, Leyde, Brill, 1997, t. II, p. 951-986; Maria Pia Donato, << Les doutes de l'Inquisiteur. Philosophie naturelle, censure et theologie a l'epoque moderne >>, Annales H.S.S., no 64, 2009, p. 15-43.

(11) Jean-Robert Armogathe et Vincent Carraud, << La premiere condamnation des oeuvres de Descartes d'apres les documents inedits aux archives du Saint-Office >>, Nouvelles de la Republique des lettres, no 8, 2001, p. 103-123.

(12) Archivio della Congregazione per la Dottrina delia Fede, (= ACDF), Index, Protocolli, T3, fols. 828-835.

(13) Les differents rapports se trouvent dans ACDF, Index, Protocolli, S3, T3 et V3.

(14) Maria Pia Donato, << Scienza e teologia nelle congregazioni romane : la questione atomista, 1626-1727 >>, in Rome et la science moderne : entre Renaissance et Lumieres, ed. Antonella Romano, Rome, Ecole francaise de Rome, 2008, p. 595-634.

(15) ACDF, Index, Protocolli A4, fol. 128. La conflictualite entre ordres et ecoles theologiques ne fut jamais un probleme exclusif de Rome, voir pour la France Barbara de Negroni, Lectures interdites. Le Travail des censeurs au XVIIle siecle, 1723-1774, Paris, A. Michel, 1995.

(16) C'est l'expression du cardinal Gentili en 1742, lors des travaux de preparation de la reforme de l'Index (cf. infra), Archivio Segreto Vaticano, Fondo Benedetto XIV, vol. 22, no 4, fol. 180-182.

(17) Si l'on compare le Saint-Office et l'Index au seizieme siecle et un siecle plus tard, on constate que la domination dominicaine avait cede le pas a la pluralite. Par exemple, sous Innocent XI, le tribunal compte parmi ses qualificatores, outre les dominicains, des mineurs conventuels, theatins, jesuites, capucins, somasques, benedictins, augustiniens (trois, pour etre precis, signe tangible des nouveaux equilibres), ministres des infirmes, carmes, mercedaires, minimes, mineurs observants reformes, cf. ACDF, S.Office, UV 16, fol. 21. Sur la composition, voir aussi Herman H. Schwedt, Prosopographie von Romischer Inquisition und Indexkongregation, 1814-1917, Paderborn, Schoningh, 2005 et Id., Prosopographie von Romischer Inquisition und Indexkongregation 1701-1813, Paderborn, Schoningh, 2010.

(18) << Gassendi e un filosofo di massime onninamente contrarie alla fede cattolica, onde l'autorita sua e di niun valore in materia di religione e di teologia. Nondimeno questi giansenisti, che scrivono di tutte le novita, si servono del suo nome per coprire li loro sentimenti in ordine alla autorita della S.Sede che vorrebbero veder debilitata et hanno ultimamente dato fuori due lettere per l'Universita di Parigi, come se dovesse questa comunicare al Gassendio il credito, che non puo darsi alle sue pazzie >> : ACDF, S.Office, St. St. F2d, et en copie St. st. H2d.

(19) Giuliano Gasparri, << Documenti dell'Archivio del Sant'Uffizio per servire alla storia del gassendismo in Italia (1668-1723) >>, Nouvelles de la Republique des Lettres, no 28, 2008, p. 75-110, 78. Margaret J. Osier, << When did Pierre Gassendi Become a Libertine? >>, in Heterodoxy in Science and Religion, ed. John Brooke et Ian Maclean, Oxford, Clarendon, 2005, p. 169-192.

(20) ACDF, S.Office, Censurae Librorum, 1722, dr 16, et plus particulierement la lettre de l'inquisiteur de Florence datee 7 juillet 1723, qui ecrit : << Le difficolta nella ristampa saranno nel particolare degl'Atomi, avendo io dato una scorsa all'indice de trattati, dovendo per altro dire, che e molto in cio moderato, impugnando esso espressamente il Cartesio >>.

(21) En fait, le consensus parmi les historiens sur le fait que la Contre-Reforme en Italie fut caracterisee par la mainmise de l'autorite ecclesiastique sur le pouvoir seculier n'a pas ete ebranle par les recherches menees depuis l'ouverture des archives. Sur ces questions, Adriano Prosperi, Tribunali della coscienza. Inquisitori, confessori, missionari, Turin, Einaudi, 1996; plus particulierement sur la censure, Gigliola Fragnito, Proibito capire. La chiesa e il volgare nella prima eta moderna, Bologne, il Mulino, 2005.

(22) Mariano Artigas, Rafael Martinez, William R. Shea, << New Light on the Galileo Affair ? >>, in The Church and Galileo, ed. Erwin McMullin, Notre Dame, University of Notre Dame Press, 2005, p. 213-233.

(23) Marta Fattori, << Censura e filosofia moderna: Napoli, Roma, e l'affaire di Capua (1692-1694) >>, Nouvelles de la Republique des lettres, no 12, 2004, p. 17-44. Deja le premier censeur, Nicolo Gavardi, un augustin, avait ecrit que << toto libellus est diffamans >>.

(24) Ugo Rozzo, La letteratura italiana negli <<indici>> del Cinquecento, Udine, Forum, 2005; Jennifer Helm, Poetry and Censorship in Counter-Reformation Italy, Leyde, Brill, 2015.

(25) Sur cette proximite voir Censure et critique (XVIIe-XXIe siecles), ed. Laurence Mace, Yvan Leclerc et Claudine Poulouin, Paris, Classiques Garnier, 2016.

(26) << Pour les soupirs des amants, interrompit la Marquise, je ne sais pas si du temps de l'Arioste ils etoient perdus; mais en ce temps-ci, je n'en connois point qui aillent dans la Lune. N'y eut-il que vous, Madame, repris-je, vous y en avez fait aller un assez bon nombre. Enfin la Lune est si exacte a recueillir ce qui se perd ici-bas, que tout y est, mais l'Arioste ne vous dit cela qu'a l'oreille, tout y est jusqu'a la donation de Constantin. C'est que les papes ont pretendu etre maitres de Rome et de l'Italie, en vertu d'une donation que l'empereur Constantin leur en avoit faite; et la verite est qu'on ne sauroit dire ce qu'elle est devenue. Mais devinez de quelle sorte de chose on ne trouve point dans la Lune ? de la folie. Tout ce qu'il y en a jamais eu sur la terre s'y est tres bien conserve. >>. Je cite d'apres l'edition Bernard Le Bouyer de Fontenelle, Entretiens sur la pluralite des mondes, Lyon, Leroy, 1820, p. 47.

(27) Jean-Baptiste Amadieu, La Litterature francaise au XIXe siecle mise a l'Index. Les procedures, Paris, Cerf, 2017,227-228. Voir aussi sur cette question Antoine Compagnon, La Seconde Main ou le travail de la citation, Paris, Seuil, 1979.

(28) ACDF, Index, Protocolli, N3, 1701-01, fol. 372r; Protocolli S3, 1704-05, fol. 395-398v et fol. 402-403v. Sur cette collection voir Carlos Gilly, << On the genesis of L. Zetzner's Theatrum Chemicum in Strasbourg >>, in Magia, alchimia, scienza dal '400 al '700. L'influsso di Ermete Trismegisto, ed. Carlos Gilly et Cis van Heertum, Florence, Centro Di, 2003, p. 451-468.

(29) ACDF, S. Office, Censurae librorum 1715-1717, 11.

(30) Sur les carrieres dans la curie romaine, voir Renata Ago, Carriere e clientele nella Roma barocca, Rome-Bari, Laterza, 1990; Wolfgang Reinhard, << Le carriere papali e cardinalizie. Contributo alla storia sociale del papato >>, in Storia d'Italia. Annali 16, Roma, la citta del papa, Turin, Einaudi, 2000, p. 261-290.

(31) Sur cette question, voir Maria Pia Donato, << Les doutes de l'Inquisiteur >>, op. cit.

(32) ACDF, Index, Protocolli, R2, fol. 487-488. Le livre avait ete publie en 1674.

(33) ACDF, S.Office, St.st., 03f, dr 7, fol. 452v. Le titre complet du livre, publie en 1675, etait Naturalium doctrina qua funditus eversis materiae primae formaeque substantialis et accidentalis cunctisque ferme sectariorum sententiis cuiuslibet auctoritate posthabita rationibus firmis inopinata substituuntur aut penitus obsoleta revocantur. Le livre avait ete imprime a Augsbourg a defaut d'avoir obtenu l'imprimatur a Padoue. Sur Ricci, voir la notice, pourtant assez incomplete, par Francesco Bustaffa dans le Dizionario biografico degli Italiani, vol. 78, 2016.

(34) ACDF, S.Office, St.st., 03f, dr 7, fol. 443. Pozzobonello fut nomme archeveque d'Amalfi en 1679, la Campanie etant une des principaux foyers de la congregation des Theatins.

(35) Ces documents ont ete publies par Leen Spruit, The Controversy over the Animal Soul in Roman Censorship, Lugano, Agora, 2015, p. 43-68.

(36) ACDF, Index, Protocolli S3 1704-1705, f. 375. Le livre fut prohibe en 1709.

(37) L'historiographie propose des nouvelles interpretations sur ce pape, voir au moins Mario Rosa, Settecento religioso : politica della ragione e religione del cuore, Venise, Marsilio, 1999, et Gaetano Greco, Benedetto XIV. Un canone per la Chiesa, Rome, Salerno, 2011.

(38) Hubert Wolf and Bernward Schmid, Benedikt XIV. und die Reform des Buchzensurverfahrens: zur Geschichte und Rezeption von Sollicita ac provida, Padeborn: Schoning, 2011; Maria Pia Donato, << Reorder and Restore: Benedict XIV, the Index and the Holy Office >>, in Benedict XIV and the Enlightenment: Art, Science and Spirituality, ed. Christopher Johns et al., Toronto, University of Toronto Press, 2016, p. 227-252.

(39) Je cite de la traduction francaise de la bulle Sollicita ac provida par Jean-Baptiste Amadieu, La Litterature francaise, op. cit., p. 463-485.

(40) Ibid., p. 479.

(41) Patrizia Delpiano, Il governo della lettura. Chiesa e libri nell'Italia del Settecento, Bologna, Il Mulino, 2007 : Catherine Maire, << L'entree des "Lumieres" a l'Index: le tournant de la double censure de l'Encyclopedie en 1759 >>, Recherches sur Diderot et sur l'Encyclopedie, no 42, 2007, p. 107-140.

(42) Laurence Mace, << Les Lumieres francaises au tribunal de l'Index et du Saint-Office >>, Dix-Huitieme siecle, no 34, 2002, p. 13-25, ici p. 24.

(43) Si les tribunaux inquisitoriaux dans plusieurs etats italiens avaient en realite deja ete abolis dans le dernier tiers du dix-huitieme siecle, l'abolition des antennes encore actives des deux congregations pontificales eut lieu apres l'invasion de l'Italie par les Francais en 1796 et, a Rome, apres la proclamation de la Republique romaine en 1798, puis, une decennie plus tard, apres l'annexion de la ville a l'Empire napoleonien. Sur les modalites et la chronologie des abolitions, cf. Agostino Borromeo, Abolizione, in Dizionario storico, op. cit., vol. I, p. 6-8.

(44) Maria Iolanda Palazzolo, << La congregazione dell'Indice nell'Ottocento >>, Dimensioni e problemi della ricerca storica, no 1, 2012, p. 59-82; Verbotene Bucher: zur Geschichte des Index im 18. und 19. Jahrhundert, ed. Hubert Wolf, Paderborn, Schoningh, 2008.

(45) Voir aussi Loic Artiaga, << Les censures romaines de Balzac >> Romantisme, no 127, 2005, p. 29-44. Sur la censure de la litterature moderne et la question du style, voir egalement Elisabeth Ladenson, Dirt for Art's Sake: Books on Trial from Madame Bovary to Lolita, Ithaca, Cornell University Press, 2006.

(46) ACDF, Index, Protocolli 1818-1820, ff. 6-8v.

(47) ACDF, S.Office, St.st. E7b; David Armando, << Spiriti e fluidi. Medicina e religione nei documenti del Sant'Uffizio sul magnetismo animale (1840- 1856) >>, in Medecine et religion. Competitions, collaborations, conflits XIIe-XXe siecles, ed. Maria Pia Donato et al., Rome, Ecole francaise de Rome, 2013, p. 195-226.

(48) ACDF Index Prtocolli, 1834-1836. Sur Fornari, cf. la notice biographique de Giuseppe Monsagrati dans Dizionario biografico degli italiani, vol. 49, 1997. Sur l'evolution sociale et nationale des appareils curiaux apres la Revolution, Philippe Boutry, Souverain et pontife. Recherches prosographiques sur la curie romaine a l'age de la Restauration (1814-1846), Roma, Ecole francaise de Rome, 2002.
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Author:Donato, Maria Pia
Publication:The Romanic Review
Date:Jan 1, 2018
Words:8529
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