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L'Eglise, les liberaux et l'Etat : les livres de jeunesse publies par mame dans le Bas-Canada du milieu du 19e siecle.

SUMMARY

The study of the importation and use of children's books in Canada from 1840 to 1850 that were published in France by Mame, a Catholic publisher, offers a window on social and cultural history. Three groups took responsibility for disseminating these works: the Church, mainly through the intermediary of the Sulcipians; the liberal bookstore Fabre, supplier both to churches and to liberals who used them for matters not related to religion; and finally the state, through its efforts (particularly by P.J.O. Chauveau) to ensure that schools convey a common culture and an outlook on the modern world. Books published by Mame were at the heart of these efforts and served an evolving society that did not want to be bound to the Church--but only after passing through a methodical governmental selection process. Thus the little Mame books, in their polymorphic uses, escaped the culture of Catholicism and reveal tensions that existed at the core of Canadian society.

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Les annees 1840-1850 sont pour le Bas-Canada celles de la recomposition. Apres l'echec des Rebellions de 1837-1838, l'Acte d'Union de 1840 oblige a repenser le developpement du Canada francais. L'eglise a trouve une legitimite forte dans la defense de l'ordre colonial comme dans un ultramontanisme de pius en pius affirme et tente de s'imposer comme force motrice de la societe canadienne; les liberaux se divisent, certains luttant toujours pour imposer leur vision nationale, d'autres passam des compromis tant avec l'Eglise qu'avec la Couronne. L'Etat de son cote relance un programme de scolansat o centralise et appuye sur un nouveau corps d'inspecteurs, signe visible d'une volonte de controle social parallele a celle de l'Eglise. On se trouve la au carrefour de notions qui animem l'historiographie la pius recente du Canada: les problemes entrelaces du poids de l'eglise catholique et du liberalisme, de l'insertion de la societe bas-canadienne dans une histoire globale, de l'emergence d'institutions productrices de normes sociales, culturelles, morales (1).

L'histoire du livre peut permettre de revenir sur l'analyse de trois points de crispation qui ont marque ces deux decennies : en adoptant un poste d'observation a priori tres etroit, ce sont des debats majeurs qui sont eclaires d'un jour nouveau (2). Il ne sera en effet question ici que de la circulation au Canada francais des livres pour la jeunesse edites en France par la maison Mame, mais par la meme, il va s'agir aussi de mener une reflexion sur les desseins de l'Eglise, sur les circonvolutions du liberalisme canadien, et sur le role que l'Etat et ses agents attribuent a l'ecole dans la societe.

La maison Mame, creee a la fin du 18eme a Angers et definitivement installee a Tours dans les annees 1820, devient sous la Restauration puis la Monarchie de Juillet un des grands editeurs catholiques francais. Sa longue histoire, jusque dans les annees 1970, est encore mal connue, mais Mame demeure tres fortement associe, entre autres, au livre de jeunesse (3). Et a raison tant depuis les annees 1830 les Mame ont developpe a une echelle industrielle un systeme de collections et de series destine a rayonner sur le peuple catholique francais mais aussi, pius largement, francophone (4). Or le Canada est un marche naturel, meme s'il est reduit, pour un editeur catholique francais.

Ces livres pour la jeunesse arrivent au Canada par trois voies distinctes, qui sont autant de circuits transatlantiques de diffusion du livre. L'Eglise d'abord organise ses propres canaux, et SaintSulpice, pour son (Euvre des Bons Livres fondee en 1844 importe des ouvrages de chez Mame, mais a aussi profite de fonds preexistants. La librairie fait de meme, et Edouard-Raymond Fabre, liberal et fidele de Louis-Joseph Papineau, propose a son catalogue les collections Mame a partir de 1845. Dans la decennie suivante, lorsque Pierre-Joseph-Olivier Chauveau, surintendant des ecoles pour le Bas-Canada, relance un programme de distribution de livres de prix offerts aux eleves meritants, ce sont des livres francais qui s'imposent, parmi lesquels les Mame. Au fil des trois cas etudies, il deviendra clair que le livre catholique pour la jeunesse est un support a usages multiples, et que sa catholicite n'est pas forcement sa qualite premiere. Les usages opposes des memes livres revelent en fait la variete des projets ideologiques qui s'affrontent et s'entrecroisent dans le Bas-Canada du milieu du 19e siecle. Le livre Mame est percu comme un outil pour former les masses, le probleme etant en fait la nature de cette formation. Ainsi l'etude de la culture de masse catholique ne peut pas etre dissociee de la culture de masse laicisee, tant les deux se rencontrent sans cesse.

L'Eglise et les livres de chez Mame : une relation naturelle

Deux catalogues paralleles gardent la trace des premieres tentatives d'importation au Canada des collections pour la jeunesse editees a Tours par Alfred Mame : celui, date de juin 1845, d'Edouard-Raymond Fabre, libraire rue St-Vincent, !Montreal, et celui, decide en juillet de la meme annee mais publie en decembre seulement, de la bibliotheque de l'CEuvre des Bons Livres organisee l'annee precedente par les Sulpiciens. Il y a sans aucun doute un rapport de concurrence entre les deux importateurs, le commercial et l'ecclesiastique, mais la legere anteriorite du catalogue Fabre est trompeuse. C'est vraisemblablement au sein de l'Eglise, meme si ce ne sont pas directement les Sulpiciens qui en som les acteurs initiaux, que se sont constitue les premieres collections canadiennes des Mame.

La creation de l'CEuvre des Bons Livres de Montreal est desormais bien connue (5). Au debut des annees 1840, les livres francais sont rares dans les bibliotheques ou cabinets de lecture montrealais qui emanent des milieux anglophones et protestants. Devant cet etat de fait, et comprenant que l'Eglise ne peut demeurer a l'ecart du mouvement qui mene les couches populaires a la lecture, car il y aurait la danger de perdre des ames, les Sulpiciens, force majeure dans le Montreal de ces annees-la, prennent l'initiative, en accord avec Mgr Bourget. Le 28 juillet 1844, Joseph-Vincent Quiblier, superieur des Sulpiciens, annonce lors de la messe dominicale la creation d'une bibliotheque, l'CEuvre des Bons Livres, creee sur le modele de l'institution du meme nom fondee a Bordeaux, en France, en 1831. L'etablissement ouvre ses portes le 17 septembre 1844, avec en ses murs 2400 volumes, avant de voir ses collections croitre : 4000 volumes en octobre 1845, plus de 5000 au debut de 1847 (6).

Le probleme a partir de ce simple constat est double : quelle est la place dans les fonds de l'CEuvre du livre Mame pour la jeunesse, d'une part, et par quels canaux ces livres sont-ils parvenus jusqu'a Montreal d'autre part. La reponse a la premiere question se trouve d'abord dans le catalogue de la bibliotheque edite en decembre 1845. Il ne comprend que 2312 titres, alors que les fonds sont plus copieux, sans que l'on sache precisement la raison d'un tei desherbage soudain. Neanmoins il s'agit de la seule base utilisable pour la periode originelle de l'oeuvre des Sulpiciens. Marcel Lajeunesse en fait une analyse quantitative, mais en privilegiant une etude thematique, qui fait oublier totalement la litterature de jeunesse--ce qui est souvent le cas dans ce type de calculs (7)--puisque l'on peut retrouver des ouvrages pour enfants, qui ne sont pas indiques comme tels, dans la plupart des categories. Tout juste note-t-il qu'il existe dans les fonds des livres pour la jeunesse, dont une cinquantaine de titre du chanoine Schmid, dont les Melanges religieux (periodique cree par Mgr Bourget) disaient deja le plus grand bien en 1842. Or ces volumes de Schmid, irreprochables moralement aux yeux des autorites ecclesiastiques et qui constituent des grands classiques, des long-sellers du 19e siecle, sont en fait des traductions de l'allemand publiees par Alfred Mame. Il faut donc scruter pius avant le fameux catalogue. Il s'avere alors que sur les 2312 titres, 197 (8) sont des ouvrages de jeunesse edites a Tours par Mame, soit 8,5 %. Il est possible par ailleurs d'effectuer une ventilation par collections. Alfred Mame, en effet, avait dans les annees 1830 et a la suite de certains de ses collegues catholiques de province, adopte le principe de la collection--et des series au sein des collections--qui permettait une production et une diffusion en masse de produits standardises, une culture de masse catholique dont la realite est encore trop souvent negligee par l'historiographie. Or l'CEuvre ne possede pas toutes les collections a part egale. Ainsi l'essentiel de la Bibliotheque Pieuse, inauguree sans doute en 1838 et constituee de vies de saints ou de modeles religieux, a traverse l'ocean, alors que tres peu de volumes de la Bibliotheque des Ecoles Chretiennes ont suivi le meme chemin, et aucun livre de la Bibliotheque de l'Enfance Chretienne. Or ces deux dernieres collections sont les pius tardives, fondees en 1842 et 1840 respectivement, et encore peu fournies en 1845. Par contre la collection inaugurale de Mame, la Bibliotheque de la Jeunesse Chretienne (BJC), creee en 1836 et tres heteroclite (y voisinent religion, histoire, recits, sciences ... ce qui explique sa dilution dans un classement thematique) est massivement entree chez les Sulpiciens, puisqu'on y compre 132 titres. Et la encore un degre de precision supplementaire peut etre apporte : l'CEuvre comprend moins des deux tiers des volumes de la Iere serie de la BJC, des in-8 illustres, mais la quasi exclusivite de ceux de la 2eme serie, in-12 avec quatre vignettes, et surtout de la 3eme serie, des in-18 pourvus d'une seule vignette, le tout-venant de la production Mame. Il s'agit bien d'une adhesion des Sulpiciens de Montreal a la logique Mame de production industrielle d'une litterature catholique destinee a moraliser les masses. C'est dans cette serie que l'on retrouve, non pas les grands recits historiques ou de voyage, mais les historiettes et romans moraux, dont bien sur ceux du chanoine Schmid. Il s'agit la de volumes publies depuis 1836, tandis que les collections plus recentes peinent a entrer au catalogue. Le phenomene interroge en fait la constitution du fond de la bibliotheque, qui n'apparait pas ex-nihilo a l'automne 1844. Le registre des proces-verbaux de l'CEuvre decrit ainsi, le 7 janvier 1845, l'histoire des collections :
 << vers le meme temps [juillet 1844], les deux congregations,
 d'hommes et de demoiselles, offrirent pour composer la nouvelle
 bibliotheque, l'une six cents, l'autre sept cents volumes qu'elles
 possedaient; Messieurs de St Sulpice en ajouterent environ huit
 cents qu'ils tirerent de leurs bibliotheques particulieres; ces
 trois sources avaient, a la lin d'aout, procure a l'oeuvre des bons
 livres pres de Deux mille deux cents volumes; avant le 17
 septembre, jour ou pour la premiere fois, la bibliotheque a ete
 ouverte au public, quelques generosites particulieres, et surtout
 de nouveaux dons du seminaire, avaient porte ce nombre a deux mille
 quatre cents volumes.

 D'autre donc sont encore venus depuis cerre epoque accroitre nos
 richesses, mais pour donner a notre oeuvre un developpement qui put
 veritablement la rendre utile, il a fallu avoir recours a d'autres
 moyens: une somme de soixante et dix louis a ete consacree a
 acheter des livres; avec ce secours, nous avons pu joindre aux
 ouvrages d'agrement dont nous avions un assez grand nombre,
 d'autres livres, moins recherches peut-etre de la masse de nos
 lecteurs, mais cependant necessaires pour ceux qui desirent
 acquerir une instruction veritable, et dont la presence dans notre
 bibliotheque pouvait par consequent etre consideree comme
 indispensable ; nous nous sommes donc procure un choix de livres
 historiques, [...] bien suffisants, pour que cette partie de notre
 bibliotheque, presque nulle lorsque nous sommes entres en exercice,
 fut au moins aussi fournie que celle des livres d'amusement qui
 avaient ete la partie la pius considerable de notre premier fond.
 Ces acquisitions successives ont augmente d'un tiers notre
 bibliotheque, de sorte que nous comptons maintenant pres de trois
 mille deux cent volumes (9). >>


Il y a donc fort a parier que les ouvrages de la BJC, qui ne sont sans doute pas sous la plume du Sulpicien ceux qui permettent << une instruction veritable>> et qui furent achetes sur les fonds ecclesiastiques pour les besoins de la bibliotheque, etaient deja presents a Montreal avant 1844, dans l'univers catholique plus que celui de la librairie : faut-il penser que les Sulpiciens eux-memes en possedaient dans les bibliotheques personnelles, ou plutot que diverses congregations de Montreal en recelaient, ce qui aurait assure en fait, sans qu'aucun temoignage ne vienne renforcer l'hypothese, que les livres publies chez Mame pour la jeunesse circulaient deja aupres des familles citadines des la fin des annees 1830?

En tout etat de cause, l'arrivee des ouvrages en question est le fait des ecclesiastiques eux-memes. En effet les Sulpiciens, au debut de leur oeuvre, se procurent les livres par la voie interne : c'est Joseph Comte, procureur du seminaire de Montreal de 1825 a 1864, qui se charge alors des commandes comme il le faisait deja pour le fond propre de la Compagnie, et selon une procedure bien rodee, puisque c'est lui qui avance l'argent avant que l'CEuvre ne le rembourse mensuellement. Ce qui ne signifie pas qu'il soit independant dans ses choix d'acquisition : les proces-verbaux de la bibliotheque signalent bien a chaque transaction que les livres ont ete acquis << avec autorisation >> (10).

Comte dispose d'un contact permanent a Paris en la personne de Joseph Carriere, qui sera superieur general de 1850 a 1864. La correspondance echangee entre les deux hommes revele bien une circulation des livres de Mame depuis au moins novembre 1841. Comte affirme ce mois-la que des titres de Mame vont partir pour le Canada et qu'une partie du lot esr pour lui, ce qui laisse supposer que d'autres institutions que les Sulpiciens s'approvisionnent de la meme maniere et des memes ouvrages. Mais il est impossible d'en savoir davantage, et notamment quant a la nature precise des ouvrages, la dite correspondance etant actuellement perdue (11). De surcroit Comte n'est pas le seul concerne par cette pratique. Ainsi le 18 fevrier 1848, Edouard-Raymond Fabre, ecrivant a Adolphe Gravel, son associe alors a Paris (la lettre lui arrivera en pleine revolution), signale a propos des ouvrages de l'CEuvre des Bons Livres de Bordeaux : << si nous ne les avons pas, Mr Arraud les aura >> (12). Or Jacques Victor Arraud est un sulpicien originaire de la region bordelaise mais ordonne et installe a Montreal. Vice-directeur de l'CEuvre des Bons Livres et son principal animateur, peut-etre ne laissa-t-il pas toujours les acquisitions a Comte, a moins que ce fut une maniere pour Fabre de designer la bibliotheque sulpicienne en general.

Ce circuit ecclesiastique du livre n'est pas l'apanage des Sulpiciens et suscite l'ire des libraires comme Fabre. Ainsi en 1845, celui-ci ecrivait a son fils seminariste a Paris :
 << Ton bon ami Mr Raymond importe des livres non seulement pour le
 college de St Hyacinthe, mais pour tous ceux qui lui donnent des
 demandes, comme c'est spirituel! Je t'ai toujours dit que c'etait
 un homme sans jugement, voila la recompense de tout ce que j'ai
 fait pour leur College, j'ai contribue (par mes conseils) a y
 envoyer un certain nombre d'eleves (qui ont tous paye) ; ils m'ont
 du jusqu'a des 200 [pounds sterling] qu'ils m'ont paye comme ils
 ont voulu, toujours sans interet, & pendant deux a trois annees;
 lorsque Mr Raymond est passe en Europe, tu sais la peine que je me
 suis donne & les sous que j'ai depenses, diner chez ton oncle,
 cautionner pour lui chez plusieurs libraires, eh bien! pour le
 remerciement de tout cela, Mr l'abbe Raymond me fait de la
 concurrence, quel manque de jugement, & cependant le fils a qui
 j'adresse ces lignes a pius de confiance en lui qu'en son pere, les
 conseils de l'abbe ont toujours prevalu ceux du pere, jamais !! ...
 enfin, laissons ce sujet (13). >>


Raymond, pretre du college de St Hyacinthe, profitait lui aussi de ses reseaux parisiens. Cure romantique qui avouaient ses passions a Chateaubriand, relais canadien des idees de Montalembert, il etait a Paris en 1843 et y a sans doute pris des contacts en librairie (14). St Hyacinthe profite donc aussi des importations de livres francais. Mais sont-ce des livres de Mame? La question se pose de meme lorsqu'apparait, tardivement, la premiere trace archivistique d'un passage des livres pour la bibliotheque sulpicienne par un libraire canadien: l'unique facture de J.B. Rolland, en 1861, n'atteste que d'une possibilite d'un changement des pratiques generales, et non d'une modification des circuits specifiques des Mame (15).

Si l'on veut bien--et c'est trop rarement le cas--porter son regard au plus lointain, vers ce qui n'est encore qu'une autre colonie britannique, le diocese de St Boniface, dans le futur Manitoba, cette double question du rapport entre eglise et librairie et de la volonte du clerge de former les paroissiens par la lecture individuelle, rebondit. Des lors que l'on veut etudier le milieu du 19e siecle--mais la remarque vaut plus generalement--il faut pouvoir sortir du cadre bas-canadien (ou du cadre national quebecois actuel). Les communautes francophones de l'Ouest, avec leur pole principal a St Boniface, autour de l'eveche occupe de 1853 a 1894 par Mgr Tache (16), sont en lien avec le Bas-Canada, notamment par les structures et solidarites ecclesiastiques. Or l'actuelle bibliotheque de la Societe Historique de Saint Boniface, qui est pour l'essentiel constituee des anciens fonds de l'archeveche qui lui ont ete confies en 1998, contient une quarantaine de volumes de Mame pour la jeunesse, issus surtout de la BJC, dates des annees 1840 au debut des annees 1860. La premiere hypothese serait que le chemin des ouvrages de Mame se serait poursuivi vers Saint-Boniface des les annees 1840, les autorites religieuses locales ayant pu agir a l'image de celles de Montreal ou meme avec en collaboration avec elles--ou celles de Quebec.

En fait leur provenance est delicate a cerner avec exactitude. Il est possible que des Mame aient suivi cette voie, mais l'ignorance demeurera la regle en la matiere. En effet le seul fait certain esr que ceux qui se trouvent actuellement a St Boniface ne peuvent etre arrives sur la Riviere Rouge avant 1860 puisque la cathedrale, qui abritait la bibliotheque initiale, a entierement brule cette annee-la. Il a fallu reconstituer le fonds, et c'est sans doute dans cette reconstitution que les ouvrages de Mame sont apparus. Par deux voies possibles : des commandes en librairies et des dons. Dans le premier cas, la correspondance du pere Lestanc, qui avait la charge du diocese en l'absence de Mgr Tache au debut des annees 1860, ne revele qu'une mention de libraire : Sadlier, a Montreal, et encore ne s'agit-il que d'une commande de manuels scolaires (17). Et Sadlier, libraire anglophone et grand importateur de manuels scolaires, n'etait pas a priori l'adresse ideale pour se procurer les publications de Mame a une epoque ou Rolland, par exemple, en diffuse toutes les collections (18). Etant donne l'etat des finances du diocese, c'est plus vraisemblablement par des dons que le fond ete reconstitue : Mgr Tache a voyage au Bas-Canada et en Europe en 1861, 1862 et 1863, et il n'a cesse d'envoyer des caisses a St Boniface, que Lestanc attendait avec impatience. Il est impossible de savoir avec precision ce que contenaient les dites caisses. Tout juste peut-on apprendre qu'alors que Tache est rentre dans son diocese, en 1864, celui du Mans lui envoie une caisse << contenant une foule d'objets de nulle valeur, tels que chiffons, brochures, etc. >> (19). Doit-on voir dans les ouvrages de Mame des choses de nulle valeur--certains se presentaient effectivement sous forme de brochures--dont un diocese francais peut se separer au profit de la tres lointaine colonie de la Riviere Rouge? Dans tous les cas, ce sont des opuscules dont l'Eglise ne peut plus se passer, ... la Riviere Rouge comme au Bas-Canada. Les Sulpiciens comme Mgr Tache ont acquis la conviction que l'effort de conquete ou de reconquete des ames--et l'Eglise du Bas-Canada comme de St Boniface mene la un combat primordial a partir de ces annees 1840--ne peut trouver meilleurs allies que les petites livres moralisateurs de l'editeur tourangeau. Ceux-ci sont percus comme une arme ecclesiastique, dans un processus de construction d'une societe chretienne. Mais leur plasticite est telle que d'autres milieux, parfois concurrents, s'emparent des memes objets.

La librairie Fabre : un usage liberal des livres de Mame?

Il faut revenir sur le cas Fabre (20). D'origine modeste, E.-R. Fabre occupe en effet une place importante dans le paysage culturel et politique du Bas-Canada des annees 1820 aux annees 1850, en heritant du reseau Bossange. Martin Bossange s'etait etabli libraire a Paris en 1785 et au debut des annees 1810 avait commence d'explorer les marches etrangers. Son fils Hector, apres un passage par New York, avait tenu une librairie lui-meme a Montreal entre 1815 et 1819 et avait inscrit le Bas-Canada dans les circuits internationaux du livre avant de rentrer en France (21). Or Hector Bossange epousa a Montreal Julie Fabre, soeur d'Edouard-Raymond, tandis que ce dernier, en 1822-1823 a travaille a Paris chez Martin Bossange. C'est donc assez naturellement qu'il ouvre sa propre maison a son retour a Montreal, et qu'il demeure en lien avec les Bossange. Son etablissement, sous des raisons sociales diverses, avec des associes--des parents en general--divers, est jusqu'a sa mort en 1854 un des poles de la vie intellectuelle bas-canadienne, et plus precisement encore << le rendez-vous par excellence de l'elite nationaliste >> (22) et liberale. C'est que Fabre est un liberal, un membre de ces nouvelles elites sociales et culturelles qui inventent un discours qui conjugue, comme en Europe, liberalisme, nationalisme, democratie, et qui debouche sur les Rebellions de 1837-1838, durant lesquelles Fabre est emprisonne quelque temps. Il poursuit son combat jusqu'a sa mort, dans des conditions politiques nouvelles qui incitent a la prudence et favorisent des recompositions parfois hasardeuses et l'eclosion d'un liberalisme pour le moins modere. Pour sa part Fabre fait preuve d'une fidelite et d'une amitie sans faille envers le clan Papineau, et particulierement Louis-Joseph dont il demeure un intime lorsque le chef des Patriotes peut rentrer au Canada, comme il tente de faire appliquer un programme un tant soit peu liberal lorsqu'il devient maire de Montreal entre 1849 et 1851.

On trouve donc ses catalogues, des l'origine de la librairie, des ouvrages propres a alimenter la pensee progressiste canadienne. Mais on y trouve aussi plethore de titres catholiques et moralisateurs qui vont a l'encontre des opinions d'un Fabredont le rapport a la religion, ne serait pas d'une grande exemplarite aux yeux de l'Eglise. C'est que Fabre connait le marche, et sait qu'une entreprise de librairie ne serait guere rentable si elle privilegiait l'option ideologique en refusant de vendre aux ecclesiastiques, tout comme, d'ailleurs, des institutions religieuses se fournissent sans difficulte chez un libraire qui ne cache pas ses opinions liberales. Le fosse n'est pas si profond que l'on ne puisse l'enjamber. C'est le cas pour ce qui est des ouvrages a destination de la jeunesse (23). En 1830 Fabre vend aux Sulpiciens des Nouveau et Ancien Testament a l'usage de la jeunesse, L'Ange conducteur ou des abecedaires et des catechismes a d'autres institutions d'education, mais aussi un Telemaque de Fenelon que Mame reprendra, comme d'autres, a son catalogue, ou de manuels tel Le Maitre de francais ou L'abeille francaise (24). Il ne s'agit pas ici a proprement parler de litterature de jeunesse (25), car meme si les catalogues de 1830 comme de 1837 revelent qu'il en importe deja (26)--mais assez logiquement pas de Mame dont la premiere collection est creee en 1836--les sources manquent pour analyser leur circulation.

Les titres de Mame sont par contre bien presents dans son catalogue de 1845 (27). Il serait d'ailleurs plus juste d'affirmer que l'ensemble des collections de litterature de jeunesse y fait une entree en masse. Fabre presente d'ailleurs celles-ci comme un atout: il vient de << recevoir un assortiment tres considerable de nouveautes >> et << appel[le] l'attention des messieurs du Clerge sur les publications suivantes >> dont il presente le plus souvent des series completes : la Bibliotheque Religieuse, Morale et Litteraire publiee a Limoges par Ardant, la Bibliotheque Instructive et Amusante de Gaume, a Paris, la Bibliotheque Catholique de Lefort, a Lille (elle parait depuis 1827 a raison de 20 volumes in-18 par an, et preexiste donc aux collections Mame), une collection complete du chanoine Schmid, et les quatre collections que propose Mame a cette date, la Bibliotheque de la Jeunesse Chretienne, la Bibliotheque des Ecoles Chretiennes, la Bibliotheque de l'Enfance Chretienne, et la Bibhotheque Pieuse, l'ensemble representant plusleurs centaines de volumes (28). Si les livres de Mame ne sont pas les plus nombreux, ils sont les pius visibles : c'est la BJC qui inaugure le catalogue, le developpement des collections multiplie les references a l'editeur tourangeau, et la collection la plus nombreuse, celle de Lefort, n'est pas detaillee, sans doute a la fois par manque de place--360 volumes--et par soucis de valoriser plutot le reste des fonds. Le public vise est explicitement le clerge, donc les etablissements d'education tenus par l'Eglise. C'est la, une fois de plus, le marche principal de Fabre.

Il faut ici remonter la piste, afin de determiner avec la plus grande exactitude possible les raisons de l'arrivee si massive et soudaine des collections Mame a la librairie de Montreal. En effet, il faut suivre ici la correspondance entre le libraire et son fils Edouard-Charles, seminariste a Issy-les-Moulineaux, chez les Sulpiciens (et futur archeveque de Montreal). Le 28 mai, Edouard-Raymond indique: << le Lady Seaton vient juste d'entrer dans le port, j'ai 16 caisses a bord de ce navire >> (29). Or le 12 juin, le voila qui affirme : << j'ai encore toutes mes caisses de Mame a ouvrir >> (30). On est la, en 1845, sans doute devant les premieres caisses de livres de jeunesse Mame dont l'arrivee est certaine a Montreal par voie de librairie.

Remontons encore le temps: Fabre etait a Paris en mai-juin 1843. Son sejour visait a prendre des contacts commerciaux--et les plus nombreux possibles, caf Fabre a son retour vendra aussi toutes sortes d'objets, des statues aux chaussures, sans rapport aucun avec le monde du livre--, tout en frequentant la famille--son fils qui est alors encore un etudiant parisien qui n'a pas annonce sa future vocation a ses parents, sa soeur Julie Bossange et partant le reseau Bossange au grand complet (31)--et en visitant les Papineau en exil. Les journaux croises de Fabre et de son fils ne nous laissent rien supposer d'une relation avec Mame pendant cette periode. Le librairie canadien ne quitte pas Paris et sa banlieue--pas de voyage a Tours, en consequence--et ne mentionne jamais de commandes particulieres de livres Mame aux editeurs qu'il frequente. C'est avec les freres Gaume que la relation est la plus suivie. En effet, autour de 1830, Fabre s'est tourne vers Gaume, une maison catholique s'il en est, comme source d'approvisionnement privilegiee (32), et c'est logiquement avec cette maison qu'il a des affaires a regler. Gaume, on l'a vu, dispose comme editeur de sa propre collection de livres pour la jeunesse, mais peut diffuser d'autres fonds comme libraire, dont des Mame sans doute. Entre Fabre et les Gaume, la relation est celle d'un bon client a son fournisseur : des amabilites et des tensions. D'un cote un diner chez les Gaume a Meudon :
 << a 3 1/2, ma soeur, Edouard & moj sommes monte en voiture par le
 chemin de fer de la rive gauche pour Meudon residence des freres
 Gaume ou ns sommes arrives a 4 1/4 heures, du chemin de fer chez
 M.M. Gaume il y a une assez bonne distance que ns avons parcourru a
 pieds, leur maison est situee sur une hauteur & de la la vue est
 tres belle, ns sommes alles ns promener dans le parc qui esr tres
 beau, le chateau est aussi bien beau, de cette hauteur, la vue esr
 superbe, on apercoit tres bien Paris, on distingue ces monuments,
 on voit aussi Vincennes, St Denis, Le Bois de Boulogne &c &c. a 6
 heures ns ns sommes mis a tables, il y avait Mr Mme Mequignon
 libraire, Mr Chalandre imprimeur de Besancon, un Mr Etienne, un des
 commis de M.M. Gaume, les deux Messieurs & Mme Gaume, leur petite
 fille & un de leur petit garcon, ma sceur, Edouard & moi, en tout
 14, le diner etait bon il y avait 4 a 5 plats en viande et force
 desserts entre autres des fraises, des cerises, des Nantelles avec
 du vin de Bordeaux--d'Herbois, ns sommes alle apres le diner dans
 le jardin a 8 1/2 heures ns sommes monte dans un espece de coucou
 ns etions 9 personnes, Mr Mme Mequignon, Mr Mme Chalandre, Etienne,
 ma soeur, Edouard et moi & puis le conducteur, ns sommes arrives
 rue de Varennes a ioh >> (33).


Si l'on ajoute qu'Edouard-Charles, lui, nous apprend que l'on jouait au volant dans le jardin (34), on a la le tableau d'une sociabilite bourgeoise de bon aloi dans le monde de l'edition. Mais d'un autre cote les negociations sont ardues sur les questions financieres : les 18 et 19 mai Fabre consent a acheter des ouvrages aux Gaume a des conditions desavantageuses lui semble-t-i1 (35), et il le regrette quelques semaines plus tard lors d'une visite a l'imprimerie de l'abbe Migne (36), ou les prix sont << extremement bas >> : << Apres avoir visite son etablissement je vois de nouveau que j'ai fait une bien mauvaise affaire avec les freres Gaume, je perdrai certainement de l'argent avec cette affaire, aussi je garde un peu de rancune a ces Messieurs (37). >> Est-ce donc cette maison Gaume qui a servi d'intermediaire entre Mame et Fabre, ou bien le reseau Bossange? Le catalogue de 1845 serait le fruir, dans les deux cas, d'une collaboration entre Fabre et un Parisien. Resterait a savoir si les premiers ouvrages de chez Mame n'arrivent effectivement qu'au printemps de 1844, alors que nombre des fournitures commandees au meme moment sont en magasin des rautomne 1843.

Une autre hypothese peut alors se dessiner: une fois le fonds Mame connu, Fabre a cherche a entrer en contact direct avec l'editeur tourangeau. Et de ce point de vue, qu'Edouard-Charles, le fils du libraire, ait choisi la voie ecclesiastique esr bien utile. Certes Fabre ouvertement le regrette, lui qui ne frequente pas les offices, et se fait quelque peu moquer par les Sulpiciens de Montreal qui voient un liberal notoire donner un fils a l'Eglise (38), mais malgre tout, si la vocation du fils peut servir les interets du pere ... Voici Fabre en novembre 1845, s'adressant encore une fois a son fils : << Nous avons recu beaucoup de livres cette annee, surtout de Mame; si, dans ton voyage en Italie, tu passes a Tours, arrete toi une journee dans cette ville afin de serrer la main a ces Messieurs ; je tiens beaucoup a etre tout a fait bien avec eux, nous faisons d'excellentes affaires avec cette maison >> (39). Et Edouard-Charles d'obeir, au retour de Rome : << 12 mai --Je suis arrive a Tours a 4 heures 1/2 du matin, je suis a l'hotel de France. L'hotel du faisan etait au complet. J'ai entendu une messe a St Francois de Paule. Je suis alle chez Mr Boulanger, ami d'un monsieur que j'ai rencontre a Rome, au grand seminaire pour voir Mr Marais, un de mes compagnons du seminaire d'Issy, chez Mr Mame, qui m'a invite a diner, son petit garcon etait indispose, il a ete tres aimable, il m'a montre son imprimerie qui va maintenant par la vapeur [...] (40). >>

Tout laisse donc a penser ici a un lien direct d'affaires entre Fabre et Mame, cette fois sans passer par Gaume. Les archives de Mame ayant disparu, il est impossible de confirmer la chose cote francais, mais il n'en demeure pas moins qu'on a la un moment cle, en 1843-1846, la construction d'un lien fort, tisse dans un entrecroisement de reseaux divers--le reseau Bossange, les freres Gaume, Saint-Sulpice ...--entre un editeur francais et un libraire canadien, autour d'un produit phare, le livre pour la jeunesse.

Neanmoins le contexte est particulier : Fabre entretient de bonnes relations avec les Sulpiciens (et le retour de son fils au Canada lui offre une porte d'entree supplementaire dans l'Eglise) mais dans le meme temps, il reste fidele a son ancrage patriote, il cherche a fournir la bibliotheque de l'Institut Canadien et demeure un des plus fideles amis de Louis-Joseph Papineau. Comment peut-il en conscience cumuler les deux facettes ? Doit-on voir dans sa position le symptome de la trahison des liberaux canadiens apres l'Acte d'Union de 1840 stigmatisee par Marcel Bellavance (41)? Ces hommes auraient-ils fini par s'allier aux clericaux, ce que revelerait ici l'usage de references culturelles communes (la litterature de jeunesse catholique), la mise des liberaux au service de l'ordre voulu par l'Eglise ? La question ne peut trouver de reponse, infiniment nuancee--d'autant plus que Fabre voit aussi son interet commercial a multiplier les clienteles, depuis ses debuts--, que dans une etude de l'usage qui est fait des livres importes par Fabre, de leur lecture. Il semble evident, meme s'il ne faut pas prendre l'Eglise pour un corps monolithique, ce qu'elle ne fut jamais, que les Mame distribues par les reseaux ecclesiastiques le sont pour leur valeur moralisatrice, << civilisatrice >> meme. Mais est-ce le seul usage possible?

Un detour par Louis-Joseph Papineau peut ici se reveler eclairant. Il etait, on le sait un intime de Fabre, chez qui il avait l'habitude de se fournir en livres, et il avait reve avant que les Sulpiciens ne creent l'CEuvre des Bons livres d'une << bibliotheque publique gratuitement ouverte au public et dont la perpetuite serait garantie par un acre de la legislature >> (42). On aurait pu imaginer alors deux fonds paralleles chez le libraire : des titres destines aux milieux liberaux, d'autres aux milieux ecclesiastiques, chacun ne voyant aucun mal, au fond, a ce qu'un homme puisse servir deux clients a priori si differents. Et au premier abord lorsque Papineau demande a son fils Amedee de lui rapporter de Montreal des livres de recompense pour les enfants de la region, << imprimes a Tours, chez Mame >>, il vient a l'idee qu'une collusion existe bien entre les deux groupes. Mais Papineau precise immediatement : il ne veut pas des ouvrages marques par la religion. Il s'agissait de selectionner dans les collections << des biographies de quelques hommes eminents, des morceaux d'histoire civile, quelques petits traites elementaires, traitant de culture, jardinage, metiers, etc ... >> (43). Cette lettre est datee de 1863, neuf ans apres le deces de Fabre. Mais J.-B. Rolland, son successeur sur la place de Montreal, propose les memes ouvrages dans ses catalogues de 1855 comme de 1873 (44). Les propos de Papineau suggerent une diversite d'usage des fonds Mame. La BJC est, au-dela du catholicisme militant d'Alfred Mame lui-meme, d'une plus grande variete que l'etiquette de la maison ne le laisserait supposer. Or les Sulpiciens choisissent : s'ils ne possedent dans les rayons de leur (Euvre que la majorite des collections, et non l'entierete, c'est qu'ils y selectionnent ce qui leur convient, et en excluent les ouvrages dont le pouvoir edificateur ne leur parait pas evident. Papineau est dans une situation inverse, et Fabre le savait, importait ses livres en connaissance de cause: il pioche dans les fonds Mame les ouvrages d'histoire et de science sur lesquels la religion a le moins de prise, et ils existent. De surcroit, un meme ouvrage peut faire l'objet d'une double lecture, comme La Conquete de Grenade, une adaptation de l'oeuvre de Washington Irving publiee dans la BJC : certes l'univers catholique peut y trouver a saluer l'esprit de la Reconquista, la victoire de la vraie foi, mais un Fabre ou un Papineau peuvent aussi y voir un livre de vulgarisation historique pour la jeunesse, une evocation philosophique de la fin du Moyen-age et du destin des civilisations. Des liberaux peuvent ainsi porter un projet parallele a celui de l'eglise, a savoir l'education des masses, en usant pour cela des memes moyens qu'elle, les collections du tres catholique Mame. Pour autant cette education pourra etre jugee incomplete caf peu << canadienne>>, fondee qu'elle est sur une prose venue de France, et le debat surgira rapidement au sein des instances politiques. En attendant, a la fin des annees 1850, c'est aussi La Conquete de Grenade qui est distribue comme livre de prix par le departement de l'instruction publique au Bas-Canada.

L'Etat, l'ecole et les Mame

La question des livres de prix ou de recompense (45) a ete maintes fois abordee. Elle trouve sa place en histoire de l'education (46) comme en histoire du livre (47). Deux faits semblent tenus pour acquis : la creation du systeme dans les ecoles primaires est le fait du surintendant de l'education Pierre-Joseph-Olivier Chauveau par sa circulaire no 20 du 23 juillet 1856, et jusqu'aux annees 1870 le livre francais domine tres largement les distributions, les opuscules publies par Adolphe Rion d'abord (entre 35 et 55 % des livres distribues entre 1857 et 1862), les titres de Mame ensuite, dans les annees 1860 (plus de 70 % des distributions entre 1862 et 1870) (48).

Cependant il faut immediatement nuancer le tableau : la pratique du livre de prix dans les ecoles primaires ne date pas des annees 1850 mais avait fait l'objet d'une premiere tentative de mise en place au Bas-Canada dans les annees 1830. Marcus Child, inspecteur a Coaticook le signale a Chauveau en reponse a sa fameuse circulaire : il se souvient de distributions effectuees en 1834-35 en vertu de l'Elementary School Act (49). De surcroit, a l'echelle locale, des initiatives ont pu etre prises qui precedaient la circulaire de 1856. La Commission des ecoles catholiques de Montreal, par exemple, organise un systeme de livres de prix des avril 1850 (50). Les sources manquent pour eclairer ces ebauches, alors que Chauveau a il est vrai systematise la pratique et a produit et fait produire des archives sur le phenomene, n'ayant de cesse de se presenter comme un pionnier en la matiere, ce qui continue de se ressentir dans l'historiographie.

Sa circulaire no 20 est exemplaire au moins dans la maniere tres articulee qu'a Chauveau de presenter son initiative. Celle-ci passe d'abord par une organisation materielle qui doit etre sans faille, le resultat d'une montee en puissance de l'Etat et de son pouvoir au plus profond de la societe. Le projet Chauveau est le fruit d'une volonte d'encadrement de la part de l'institution scolaire. Une bureaucratie esr ainsi mise en place, dont le corps des inspecteurs, cree par le predecesseur de Chauveau, Jean-Baptiste Meilleur, en 1851, est responsable. Tout est regle, du nombre de livres a distribuer a la maniere de les offrir aux eleves meritants, et tout doit etre rapporte par ecrit : formulaires d'attestation dans chaque ouvrage, registre de visites d'ecoles, registre specifique destine a la distribution, et suivi dans le temps du sort et de l'usage des ouvrages. Rien ne doit etre laisse au hasard dans ce beau dispositif etatique theorique.

En outre Chauveau s'inscrit dans un mouvement international, et le revele sans ambages en defendant son initiative :
 << Je ne dois pas vous cacher que plusieurs ecrivains de l'ecole
 americaine n'approuvent point le systeme des recompenses et des
 distributions de prix, si populaire en France et en Angleterre. Ils
 pretendent qu'ils ne servent qu'a exciter une ambition et une
 vanite desordonnee chez un petit nombre d'eleves, et a decourager
 et mecontenter les autres. Vous devez tout faire pour eviter de
 tels resuhats et j'ose me flatter qu'en suivant les regles qui vous
 sont prescrites et en ajoutant ce que votre experience vous
 suggerera, non seulement vous y parviendrez, mais encore
 vous atteindrez les objets que l'on a eus en vue et qui sont:

 10 D'exciter chez les enfants une louable emulation

 20 De mettre entre leurs mains et dans celles de leurs parents de
 bons livres, qui devront developper le gout de la lecture et seront
 le noyau de petites bibliotheques que chacun d'eux formera au moyen
 de ses epargnes.

 30 D'augmenter l'influence et le prestige de l'Inspecteur, et de
 mieux graver dans la memoire des enfants les recommandations qu'il
 croira devoir leur faire.

 40 De remplacer avantageusement par des prix les conges, seule
 faveur que jusqu'ici il vous etait permis d'accorder.

 50 De vous permettre d'encourager l'etude de celles des branches
 d'instruction qui vous paraitront negligees.

 60 De vous engager, et, pour bien dire, de vous contraindre a faire
 subir un examen long, serieux, et detaille aux eleves de chaque
 ecole que vous visiterez >> (51).


On voit par la que Chauveau, liberal devenu modere lorsqu'il prend les renes de sa surintendance (il quitte l'Institut Canadien en 1858 mais n'en a jamais ete un pilier), s'inspire de pratiques europeennes et pense la distribution de prix comme l'imposition d'une discipline, tant envers ses inspecteurs qu'envers les eleves et plus largement les familles. Il s'agit par ce biais d'accentuer le maillage du controle etatique, donc ideologique, sur la population canadienne, en designant les << bonnes >> lectures et en en controlant le respect, afin d'orienter les esprits canadiens dans le sens, necessairement, du << progres >> tei qu'imagine par les elites (52).

Quelles sont, des lors, ces lectures, et pourquoi les ouvrages de Mame occupent-ils une si grande place dans le projet? Chauveau semble ne poursuivre aucun but religieux: il ne s'agit pas pour l'administration d'enseigner la foi--il a fallu << apporte[r] le plus grand soin a eloigner de la collection les ouvrages de controverse >>--mais, tout en cherchant l'accord des Eglises, de favoriser 1'<<etude >>. La fiction n'est alors pas prioritaire: pas de moralisation mais de l'instruction. La morale cependant n'est jamais loin, car alors il faut un peuple travailleur, qui modernise son cadre de vie et ses moyens de production mais qui ne remet pas en cause les hierarchies sociales. Or, alors que les ouvrages canadiens distribues par les inspecteurs a partir des annees 1870 sont bien connus, et inscrits dans une perspective nationaliste, ceux de la periode precedente le sont beaucoup moins. Les deux collections, celles de Rion et Mame, doivent etre observees ensemble, la premiere eclairant l'usage fait de la seconde.

Il est inattendu de decouvrir la Bibliotheque Instructive des Familles et des Ecoles d'Adolphe Rion a une place si avantageuse au Canada. Elle n'a guere laisse de trace en France, en effet. Rion est davantage connu pour son activite de libraire democrate et republicain au debut des annees 1830, et pour ses articles de l'epoque signes Pere Andre, que pour sa reconversion lors de la Seconde Republique (avec sa Bibliotheque pour Tout le Monde) et du Second Empire dans la collection encyclopedique universelle (53). Car c'est bien ici l'objet importe par le surintendant : des brochures gr. in-16, de trois ou quatre folio, et vulgarisant les acquis de la science du temps, sous des titres tels que Elements de chimie ou Elements d'algebre, meme si la collection comporte aussi, marginalement, quelques ouvrages d'instruction religieuse. En choisissant la collection Rion, Chauveau est en parfaite coherence avec son projet d'instruction des masses. Mais alors pourquoi miser en parallele puis quasi exclusivement sur Mame, un editeur catholique?

Il faut en fait aller au plus pres du terrain, dans les ecoles et lors des tournees d'inspection, pour comprendre les logiques a l'oeuvre. Les inspecteurs du Bas-Canada sont, comme leurs homologues du Haut-Canada, les representants locaux des elites porteuses des ambitions modernisatrices, panoptiques et paternalistes de l'Etat. Les premieres generations, avant que Chauveau ne parvienne a imposer le principe du poste d'inspecteur comme recompense de fin de carriere pour instituteurs meritants, sont en effet issues en majorite des professions liberales, et nommes pour leur reputation et leur adhesion au projet. Les deux inspecteurs qui mentionnent la distribution des prix dans leurs rapports annuels disent assez bien leur insertion dans l'ideologie dominante, avec la certitude de l'utilite de l'oeuvre qu'ils mettent en place, meme si l'un affirme avec que << [sa] maniere de distribuer ces prix fait tres peu de mecontents, si meme elle en fait du tout (54) >> quand l'autre signale qu' << il est difficile d'empecher que la jalousie de quelques eleves ne se manifeste dans ces occasions >> (55), divergence qui n'est que le signe d'incertitudes logiques lors d'une premiere mise en place.

L'inspecteur Crepeau, lui, est en charge du district de Saint-Vallier lors de la premiere annee de l'experience, 1856-1857. Il a fait parvenir au surintendant Chauveau une << liste des livres donnes en recompense aux enfants des ecoles de [s]on district d'inspection >> datee du 25 mars 1857 (56). Il indique, comme la circulaire no 20 en faisait l'obligation a tous les inspecteurs, par ecole et par classe, les noms des laureats, la nature du prix (par discipline ou par comportement--assiduite, sagesse ...) et le titre de l'ouvrage offert en recompense. 214 volumes sont distribues dans le district de Saint-Vallier au printemps de 1857, sur les 4 060 offerts globalement d'apres le Rapport du surintendant pour 1857 (57). L'analyse de cette liste se heurte a un ecueil: l'absence de mention d'editeur pour les ouvrages en question. Si l'on calcule le nombre de titres donnes par Crepault que l'on retrouve au catalogue de la BJC de Mame, on obtient le chiffre de 79, qui ne peut etre tenu que comme indicatif etant donnee l'absence de catalogues Rion, et donc la possibilite qu'un meme titre puisse se trouver chez les deux editeurs--ou d'autres. De surcroit, cette annee-la, les ouvrages de Mame ne representaient a l'echelle du Bas-Canada qu'un livre distribue sur huit (514 pour 4060 livres francais), et les 79 titres de Mame sur les 214 ouvrages de Crepault semblent pour le moins atypiques. La ventilation de ces 79 titres esr fondamentale. Comme il etait annonce, on ne trouve la aucun livre religieux, excepte une Vie de St Vincent dont on suppose qu'elle a vocation sociale comme appel consensuel a la charite, plutot que comme apologie du catholicisme, mais qui revele aussi le conservatisme moral et politique du projet du Chauveau, associe a la volonte d'ouverture et de modernisation culturelle et economique. Caf c'est bien de cela qu'il s'agit : sur 79 ouvrages, on compte 41 oeuvres de fiction, et 37 oeuvres documentaires. Parmi les premieres, La Fontaine, Fenelon et surtout le chanoine Schmid remportent un grand succes, sans surprise, car il s'agit la des classiques de la litterature de jeunesse dans la France du milieu du 19e encore. Parmi les secondes, 21 ouvrages d'histoire cotoient 10 ouvrages de sciences et 6 recits de voyages et de geographie. Si l'on ajoute a cela que, hormis les livres de Mame, Crepault distribue 40 exemplaires d'un Traite d'agriculture et 20 d'Agriculture flamande, que garcons et filles sont traites a la meme enseigne, et que les livres ainsi offerts sont censes profiter aux familles entieres, une conclusion s'impose : les collections pour la jeunesse de Mame sont integrees a un ensemble qui veut avant tout soutenir le progres technique et la penetration de la culture dans les campagnes--tout en demeurant dans un cadre catholique--, et non entretenir systematiquement une piete reactionnaire. Le credo de Chauveau--favoriser << le commerce, l'industrie et l'agriculture >> (58)--passe par les ouvrages de Mame.

Il faudrait alors se demander en quoi le passage dans les annees 1880 a la Bibliotheque Religieuse et Nationale de Cadieux et Derome, revele un changement dans les projets du ministere, en d'autre terme s'agitil seulement d'imposer des livres canadiens, ou plutot de clericaliser le livre de prix ? La prise de pouvoir par une Eglise portee par un nationalisme conservateur, celui de la survivance, ferait alors passer l'ere Mame a la surintendance pour une ere liberale, lorsque l'Etat n'avait pas perdu la main sur le projet de societe, alors qu'il en avait ete depossede ensuite par l'institution meme a qui il avait delegue son pouvoir (59). << Liberal >>, certes, mais la volonte d'emancipation que ce projet implique demeure ambigue, poir le moins, car il s'agit bien d un projet d education du peuple par l'Etat en fonction d'objectifs definis par celui-ci, par les elites qui le construisent. Il manque un acteur a cette histoire, en fait : le peuple lui-meme. Que font les ecoliers et les familles des livres que les inspecteurs leur distribuent ? Et qu'en faisaient les enfants auxquels Papineau destinait ses efforts ? A qui Fabre vendait ses livres de Mame lorsque ce n'etait pas aux institutions religieuses et a ses amis ? Et jusqu'a quel point les volumes de Mame etaient empruntes et lus a l'CEuvre des Bons Livres de Montreal ? A ces questions les reponses font defaut, il faudrait des sources dont on ne dispose guere, ecrits du for prive ob il serait question de lectures populaires, ou registres des bibliotheques. Or le seul document disponible de ce genre provient d'une institution qui revele l'existence d'une culture urbaine laicisee a Montreal : il s'agit de celui de l'Institut Canadien a partir de 1852, qui n'est en l'occurrence d'aucune aide, meme associe aux catalogues de la bibliotheque. L'Institut ne compte pas dans ses fonds de litterature de jeunesse, ni de titres de Mame en general (60). Comme si la frange la plus radicale des liberaux s'etait dechargee du domaine, inconsciemment peut-etre, sur les Sulpiciens ? C'est le statut de la litterature de jeunesse qui est la interroge, et par consequent le rapport d'une societe a sa jeunesse. Les Mame pour la jeunesse en sont le meilleur temoin, dans leur presence ou leur absence, dans leurs usages qui sont a la fois d'une grande souplesse et d'une rigidite certaine. Car si chacun se sert des livres comme il l'entend, si les livres peuvent servir des projets divers, il s'agit bien toujours de prescrire a l'enfant une maniere precise d'envisager le monde au travers une lecture normative et etroitement surveillee.

(1) Brievement, voir Lucia Ferretti, Entre voisins. La societe paroissiale en milieu urbain : Saint-Pierre-Apotre de Montreal, 1848-1930 (Montreal, Boreal, 1992) ; Christine Hudon, Pretres et fideles dans le diocese de Saint-Hyacinthe 1820-1875 (Sillery, Septentrion, 1996) ;Rene Hardy, Controle social et mutation de la culture religieuse au Quebec, 1830-1930 (Montreal, Boreal, 1999) ; Serge Gagnon, Quand le Quebec manquait de pretres : la charge pastorale au Bas-Canada (Sainte-Foy, Presses de l'Universite Laval, 2006) ; Roberto Perin, Ignace de MontreaL Artisan d'une identite nationale (Montreal, Boreal, 2008) ; Yvan Lamonde, Histoire sociale des idees au Quebec, 1760-I896 (Montreal, Fides, 2000); Marcel Bellavance, Le Quebec au siecle des nationalites. Essai d'histoire comparee (Montreal, VLB, 2004); Jean-Marie Fecteau, La liberte du pauvre. Sur la regulation du crime et de la pauvrete au 19e siecle quebecois (Montreal, VLB, 2004) ; Louis-Georges Harvey, Le printemps de l'Amerique francaise. Americanite, anticolonialisme et republicanisme dans le discours politique quebecois, 1805-1837 (Montreal, Boreal, 2005); Martin Petitclerc, <<Nous protegeons l'infortune>>. Les origines populaires de l'economie sociale au Quebec (Montreal, VLB, 2007) ; Thierry Nootens, Fous, prodigues et ivrognes. Familles et deviance a Montreal au XIXe siecle (Montreal/ Kingston, McGill-Queen's University Press, 2007) ; Eric Bedart, Les reformistes: une generation canadienne-francaise au milieu du 19e siecle (Montreal, Boreal, 2009).

(2) Un point de depart indispensable pour l'histoire du livre : Yvan Lamonde, Patricia Fleming, Fiona A. Black dir., Histoire du livre et de l'imprime au Canada, T. 2, 1840-1918 (Montreal, Presses de l'Universite de Montreal, 2006).

(3) Cet article s'inscrit dans le cadre du projet ANR jeunes chercheurs << La maison Mame a Tours (1796-1975): deux siecles d'edition pour la jeunesse >>. Un suivi du projet est disponible sur http://mameetfils.hypotheses.org.

(4) Sur la logique des collections, Isabelle Oliviero, L'invention de la collection. De la diffusion de la litterature et des savoirs a la formation des citoyens au XIXe siecle (Paris, IMEC--MSH, 1999).

(5) Marcel Lajeunesse, Les Sulpiciens et la vie culturelle a Montreal au XIXe siecle (Montreal, Fides, 1982); Loic Artiaga, Des torrents de papier. Catholicisme et lectures populaires au XIXe siecle (Limoges, PULIM, 2007) ; Sur les Sulpiciens en general, voir Dominique Deslandres, John A. Dickinson, Ollivier Hubert dir., Les Sulpiciens de MontreaL Une histoire de pouvoir et de discretion, 1657-2007 (Montreal, Fides, 2007).

(6) Lajeunesse, Les Sulpiciens, op. cit.

(7) On retrouve ce probleme, par exemple, dans Isabelle Monette, << L'offre de titres litteraires dans les catalogues de la librairie montrealaise (1816-1879) >> ou dans Isabelle Ducharme, << L'offre de titres litteraires dans les catalogues de bibliotheques de collectivites a Montreal (1797-1898) >>, tous deux dans Yvan Lamonde et Sophie Montreuil dir., Lire au Quebec au XIXe siecle (Montreal, Fides, 2003) : 201-35 et 237-77. Les tableaux fournis par Isabelle Monette revelent pourtant que le deuxieme auteur present dans les catalogues, en nombre de titres, n'est autre que le chanoine Schmid, juste derriere Walter Scott.

(8) Une legere marge d'erreur existe du fait de rabsence de mention d'editeur ou de date, et souvent d'auteur, dans le catalogue de l'CEuvre. Ce resultat provient d'un recoupement avec les catalogues Mame.

(9) Univers Culturel de Saint-Sulpice (UCSS), P6 : A-2, Registre des proces-verbaux du comite de l'CEuvre des Bons Livres de Montreal, 7 janvier 1845.

(10) Ibidem, chaque mois dans les annees qui suivent l'ouverture de la bibliotheque.

(11) Marcel Lajeunesse, << Les livres dans les echanges sulpiciens Paris-Montreal au cours de la premiere moitie du XIXe siele >>, dans Claude Galarneau et Maurice Lemire dir., Livre et lecture au Quebec (1800-1850) (Quebec, IQRC, 1988) : 141142. Malheureusement les cartons d'archives des Sulpiciens de Paris sur lesquels Marcel Lajeunesse s'appuyait ont depuis disparu.

(12) ANQ-Q, P851, lettre d'Edouard-Raymond Fabre a Adolphe Gravel, 18 fevrier 1848.

(13) ANQ-Q, P851, lettre d'Edouard-Raymond Fabre a Edouard-Charles Fabre, 13 septembre 1845.

(14) Claude Galarneau, << L'abbe Joseph-Sabin Raymond et les grands romantiques francais, 1832-1857 >>, Reports of the annual meeting of the Canadian Historical Society, 42, 1 (1963): 81-88. Robert Sylvain, << Le premier disciple canadien de Montalembert: l'abbe Joseph-Sabin Raymond (avec une lette inedite) >>, Revue d'histoire de l'Amerique francaise, 17, 1 (1963): 93-103.

(15) Univers Culturel de Saint-Sulpice (UCSS), P8 : C.2-4.

(16) Raymond J. Huel, Archbishop A.-A. Tache of St. Boniface: The << Good fight >> and the illusive vision (Edmonton, University of Alberta Press, 2003).

(17) Archives Deschatelets (archives des Oblats de Marie-Immaculee, Ottawa), HE 2221.T12Z 153, lettre du perc J.J.M. Lestanc a Mgr Tache, St Boniface, 11 mars 1863.

(18) Et ce des 1855: Librairie de J.B. Rolland, importateur de livres de France et de Belgique. Catalogue general, avec une table alphabetique des noms d'auteur. Janvier 1855 (Montreal, J.B. Rolland, 1855).

(19) Archives Deschatelets, HE 2221.T12Z 199, lettre de Marc Sardou a Mgr Tache, Paris, 8 mars 1864.

(20) Le dossier reste ouvert malgre l'etude de Jean-Louis Roy, Edouard-Raymond Fabre, libraire et patriote. Contre l'isolement et la sujetion (Montreal, Hurtubise HMH, 1974). Voir aussi Yvan Lamonde, Histoire sociale ... op. cit., p. 166-170.

(21) Yvan Lamonde, << La librairie Hector Bossange de Montreal (1815-1819) et le commerce international du livre >>, dans Claude Galarneau et Maurice Lemire dir, Livre et lecture au Quebec (1800-1850) (Quebec, IQRC, 1988) : 59-91. Diana Cooper-Richet, << La librairie etrangere a Paris au XIXe siecle. Un milieu permeable aux innovations et aux transferts >>, Acres de la recherche en sciences sociales, 126 (1999) : 60-9.

(22) Roy, Edouard-Raymond Fabre, op. cit., p. 55.

(23) ANQ-Q, P851, dossiers 6-16.

(24) Signe a la fois de la circulation des ouvrages et d'un certain manque de renouvellement des ouvrages, L'abeille francaise en question est tres vraisemblablement le manuel de francais publie par Joseph Nancrede aux Etats-Unis a la fin du 18eme siecle et que Fon retrouvait egalement dans les fonds sulpiciens. Voir Alain Labarra, << L'enseignement du francais aux Etats-Unis a la fin du XVIIIe siecle: Joseph Nancrede a Harvard >>, dans Ignacio Inarrea Las Heras et Maria Jesus Salinero Cascante, coord., El texto como encrucijada : estudios franceses y francofonos (Logrono, Universidad de la Rioja, 2003, vol. 2): 657-672.

(25) Il faudrait pouvoir interroger Fabre et ses acolytes sur leur propre conception de cette litterature, car il y a bien la des ouvrages a destination de l'enfance, mais qui n'appartiennent pas au genre << litterature de jeunesse >> qui se construit justement par le developpement des collections en ces annees-la.

(26) Catalogue general de la librairie canadienne d'Edouard R. Fabre, Montreal, 1830; Catalogue general de la librairie canadienne d'Edouard R. Fabre (Montreal, juin 1837).

(27) Catalogue general de la librairie canadienne d'E. R. Fabre & Cle, rue St. Vincent, no 3 (Montreal, juin 1845).

(28) Ils sont invisibles dans l'ouvrage de Roy, Edouard-Raymond Fabre, op. cit., car celui-ci, comme plus tard Marcel Lajeunesse, ne cree pas de categorie << litterature de jeunesse >> pour l'analyse du fond Fabre, et sa categorie << pedagogie >> n'est nulle part definie.

(29) ANQ-Q, P-851, lettre d'Edouard-Raymond Fabre a Edouard-Charles Fabre, 28 mai 1845.

(30) ANQ-Q, P-851, lettre d'Edouard-Raymond Fabre a Edouard-Charles Fabre, 12 juin 1845.

(31) Anthony Grolleau-Fricard, << Le reseau Bossange dans trois recits de voyage >>, dans Yvan Lamonde et Didier Poton dir., La Capricieuse (1855) : poupe et proue. Les relations France-Quebec (1760-1914) (Sainte-Foy, Presses de l'Universite Laval, 2006) : 37-72.

(32) ANQ-Q, P-851, dossiers 132-155, une abondante correspondance entre les maisons Fabre et Gaume autour de 1830.

(33) McGill Library Pare Books and Special Collections, MS 287, << Livre de note d'E.R. Fabre >>, dimanche 4 juin 1843.

(34) Archives de l'archeveche de Montreal, 901-151, Cahier de notes de Mgr Fabre pendant ses etudes a Paris, dimanche 4 juin 1843.

(35) McGill Library Pare Books and Special Collections, MS 287, << Livre de note d'E.R. Fabre >>, jeudi 18 mai et vendredi 19 mai 1843

(36) L'entreprise originale de l'abbe Jacques-Paul Migne a fait l'objet d'etudes: Adalbert-Gautier Hamman, Jacques-Paul Migne. Le retour aux Peres de l'Eglise (Paris, Beauchesne, 1975) ; Andre Mandouze et Joel Fouilheron, ed., Migne et le renouveau des etudes patristiques (Paris, Beauchesne, 1985); Claude Langlois et Francois Laplanche ed., La science catholique. L'<< Encyelopedie theologique >> de Migne (1844-1873) entre apologetique et vulgarisation (Paris, Cerf, 1992).

(37) McGill Library Rare Books and Special Collections, MS 287, << Livre de note d'E.R. Fabre >>, lundi 12 juin 1843

(38) ANQ-Q, P-851, lettre d'Edouard-Raymond Fabre a Edouard-Charles Fabre, 13 juin 1845.

(39) ANQ-Q, P-851, lettre d'Edouard-Raymond Fabre a Edouard-Charles Fabre, 26 novembre 1845.

(40) Archives de l'archeveche de Montreal, 901-151, lettre d'Edouard-Charles Fabre a Edouard-Raymond Fabre, Ier juin 1846. Le seminariste arrive effectivement a Tours peu de temps apres la modernisation de l'imprimerie Mame.

(41) Bellavance, Le Quebec, op. cit.

(42) Lettre de Louis-Joseph Papineau a Joseph Masson, Paris, 31 mai 1844, dans Louis-Joseph Papineau, Lettres a divers correspondants, Tome 1, mars 1810-septembre 1845, ed. de George Aubin et Renee Blanchet (Montreal, Varia) : 542.

(43) Lettre de Louis-Joseph Papineau a Amedee Papineau, 6 juillet 1863, citee dans Yvan Lamonde et Frederic Hardel, << Lectures domestiques et de retraite de Louis-Joseph Papineau, 1823-1871 >>, dans Yvan Lamonde et Sophie Montreuil dir., Lire au Quebec, op. cit., p. 35.

(44) Librairie de J. B. Rolland, importateur de livres de France et de Belgique. Catalogue general avec une table alphabetique des noms d'auteur (Montreal, J. B. Rolland, 1855) ; Catalogue de la librairie de J.B. Rolland & fils a Montreal : deuxieme partie : histoire, litterature, theologie, etc, (Montreal, J.B. Rolland & fils, libraires, 1873); Ce dernier catalogue distingue bien au sein de la BJC une serie << Ouvrages de la science vulgarisee >>.

(45) << de prix >> ou << de recompense >>, les deux expressions se rencontrent a parts egales au milieu du 19e siecle.

(46) Andree Dufour, Tous a l'ecole. Etat, communautes rurales et scolarisation au Quebec de 1826 a 1859, (Montreal, Hurtubise HMH, 1996). 238-42; Jean-Pierre Charland, L entreprise educative au Quebec, 1840-1900 (Sainte-Foy, Presses de l'Universite Lavai, 2000) : 372-73 ; Jocelyne Murray, Apprendre a lire et a compter. Ecole et societe en Mauricie 1850-1900 (Sillery, Septentrion, 2003) : 221-23; Helene Sabourin, A l'ecole de P.-J.-O. Chauveau : education et culture au XIXe siecle (Montreal, Lemeac, 2003) : 51-3.

(47) Jean Gagnon, << Les livres de recompense et la diffusion de nos auteurs de 1856 a 1931 >>, Cahiers de bibliologie, I (1980) : 3-24; Francois Landry, Beauchemin et l'edition au Quebec. Une culture modele, 1840-1940 (Montreal, Fides, 1997): chap. 9; Jean-Paul Hudon, << Henri-Raymond Casgrain, Gedeon Ouimet et les livres donnes en prix dans les ecoles de 1876 a 1886 >>, Voix et images, 26, 3 (78-2001) : 596-616.

(48) Chiffres tires de Landry, Beauchemin, op. cit.

(49) ANQ-Q, E13, 1960-01-032\318, 2048/1856, lettre de Marcus Child au surintendant Chauveau, Coaticook, 17 septembre 1856. Marcus Child etait une personnalite locale : J. I. Little, << 'Labouring ina great cause' : Marcus Child as pioneer school inspector in Lower Canada's Eastern Townships, 1852-1859 >>, Historical Studies in Education/Revue al'histoire de l'education, 10, 1/2 (1998) : 85-115. Une distribution dans les annees 1830 est mentionnee par Dufour, Tous a l'ecole, op. cit., p. 238, mais sans references.

(50) Archives de la Commission scolaire de Montreal, Registre des deliberations du bureau des commissaires d'ecoles catholiques romains de la Cite de Montreal. 1850 a 1875. Seance du 9 avril 1850.

(51) Journal de l'Instruction Publique (1-2, fevrier 1857) : 25, circulaire no 20.

(52) Le role des inspecteurs et de l'inspection est notamment etudie pour le Bas-Canada dans Charland, L'entreprise educative, op. cit., p. 138-52, ou anterieurement, de maniere trop commemorative, par Lionel Allard et Gerard Filteau, Un siecle au service de l'education. L'inspectorat des ecoles dans la province de Quebec (Quebec, s.e., 1951). Mais il n'existe pas d'equivalent a Bruce Curtis, True government by choice men? Inspection, education and state formation in Canada West (Toronto, University of Toronto Press, 1992).

(53) J.-M. Querard, La France litteraire, ou dictionnaire bibliographique des savants, historiens et gens de lettres de la France, ainsi que des litterateurs etrangers qui ont ecrit en francais, plus particulierement pendant les XVIIIe et XIXe siecles, Tome douzieme, XIXe siecle. Tome deuxieme (Paris, s.e., 1859-1864) : 434.

(54) Rapport du surintendant de l'education dans le Bas-Canada pour l'annee 1857, Toronto, John Lovell, 1858, p. 173, rapport de l'inspecteur Dorval.

(55) Rapport du surintendant de l'education dans le Bas-Canada pour l'annee 1858, Toronto, John Lovell, 1859, p. 120, rapport de l'inspecteur Archambault.

(56) ANQ-Q E13, 1960-01-032\324, 1023/1857, lettre de l'inspecteur Crepault au surintendant de l'education, 15 avril 1857.

(57) Rapport du surintendant, op. cit., p. 132-33.

(58) Ibidem. 13.

(59) Bruce Curtis, << The State of Tutelage in Lower Canada, 1835-1851 >>, History of Education Quarterly, 37, 1 (Spring 1997), P. 25-43 et du meme, <<State of the nation or community of spirit ? Schooling for civic or ethnic-religious nationalism in insurrectionary Canada >>, History of Education Quarterly, 43, 3 (Autumn 2003), p. 325-49; Jean-Marie Fecteau, << La construction d'un espace social: les rapports de l'Eglise et de l'Etat et la question de l'assistance publique au Quebec dans la seconde moitie du XIXe siede >>, dans Yvan Lamonde et Gilles Gallichan, dir., L'histoire de la culture et de l'imprime. Hommages a Claude Galarneau (Sainte-Foy, Presses de l'Universite Laval, 1996) : 61-89 ; Rene Hardy, Controle social ... op. cit. et << Regards sur la construction de la culture catholique quebecoise au XIXc siecle >>, Canadian Historical Review, 88, 1 (March 2007): 7-40.

(60) ANQ-M, P768, Bibliotheque de l'Institut Canadien. Sur cet etablissement, voir Yvan Lamonde, << La bibliotheque de l'Institut canadien de Montreal (1852-1876) : pour une analyse multidimensionnelle >>, Revue d'histair<< de l'Amerique francaise, vol. 41, no 3 (hiver 1988) : 335-61.

Tangi Villerbu, Tangi Villerbu est maitre de conferences en histoire contemporaine a l'Universite de La Rochelle, membre du Centre de recherche en histoire internationale et atlantique (CRHIA, EA 1163), et membre associe du Centre d'etudes nordamericaines (CENA-MASCIPO, UMR 8130). Il travaille actuellement en parallele sur l'histoire dc l'Ouest etasunien au 19eme siecle du point de vue de la construction du catholicisme et sur l'histoire de l'editeur catholique francais Mame dans ses rapports au Canada (dans le cadre du << projet Mame >>, labellise ANR).
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Author:Villerbu, Tangi
Publication:Papers of the Bibliographical Society of Canada
Article Type:Essay
Geographic Code:1CANA
Date:Sep 22, 2009
Words:10443
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