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L'EXPERIENCE AU CEGEP DE JEUNES D'ORIGINE HAITIENNE: UN RAPPORT AUX ETUDES DIFFERENCIE SELON LE GENRE?

INTRODUCTION

En general, au Canada, les etudiant.e.s issu.e.s de l'immigration presentent un cheminement au postsecondaire (college et universite) semblable a celui de leurs pairs non immigrants. Toutefois, il existe des disparites importantes parmi ces etudiant.e.s selon leur region d'origine. En effet, des etudes ont demontre que les jeunes issus des communautes noires et latino-americaines accedent dans une moindre proportion aux etudes superieures (Abada et al. 2008; Anisef et al. 2011; Kamanzi et al. 2016; Thiessen 2009). Des facteurs d'acculturation (meconnaissance du systeme), de capital familial (ressources economiques, culturelles et sociales) et structurels (representations negatives des professionnels, pratiques institutionnelles empreintes de discrimination qui limitent leur cheminement aux etudes) expliqueraient le cheminement moins favorable de ces etudiants (Kamanzi et al. 2016; Magnan et al. 2017).

Dans le cas des communautes noires antillaises du Quebec, quelques etudes semblent aussi indiquer que c'est parmi les eleves et etudiants masculins que l'on retrouve les profils les plus <<a risque >> de ne pas obtenir leur diplome au collegial (Mc Andrew et Ledent 2008; Pinsonneault et al. 2012; Pinsonneault et al. 2013). Les ecarts de reussite entre filles et garcons, en faveur des filles, se verifient chez l'ensemble des eleves et etudiants quebecois. Toutefois, selon l'etude de Mc Andrew et Ledent (2008), ils sont maximaux chez des sous-groupes en provenance des Antilles. Par exemple, l'etude montre que sur trois cohortes d'eleves (ayant commence leur secondaire en 1994, 1995, 1996) frequentant le secteur collegial francais, 69,5 % des filles et 54,2 % des garcons d'origine antillaise de langue maternelle francaise accedent au collegial. Du nombre ayant accede au collegial au sein de la cohorte de 1994 (les taux de diplomation n'etaient pas disponibles pour les deux autres cohortes au moment de l'enquete), 43,6 % des filles ont obtenu leur diplome collegial, contre 23,6 % des garcons. En comparaison, chez les eleves issus de l'immigration, le taux d'acces au collegial etait de 57,7 % pour les filles et de 48,1 % pour les garcons, et le taux de diplomation de 53,5 % pour les filles et de 42,1 % pour les garcons. Chez l'ensemble des eleves de la population, le taux d'acces etait de 63,7 % pour les filles et de 46,5 % pour les garcons, et le taux de diplomation de 59,4 % pour les filles et de 45,4 % pour les garcons. En resume, l'ecart de reussite au cegep entre filles et garcons d'origine antillaise de langue maternelle francaise est de 20 points de pourcentage, comparativement a 11,4 points pour l'ensemble des eleves issus de l'immigration et a 14 points pour l'ensemble des eleves du Quebec (Mc Andrew et Ledent 2008). Et, autre donnee remarquable de l'etude, l'ecart de reussite de 20 points de pourcentage entre filles et garcons d'origine antillaise de langue maternelle francaise tombe a 13 points de pourcentage chez les jeunes d'origine antillaise de langue maternelle creole. Or, les francophones sont nes a forte proportion au Quebec, tandis que les creolophones sont nes en grande majorite a l'etranger et presentent generalement un profil social et scolaire moins favorable (70 % sont scolarises en milieux defavorises et ils diploment moins au secondaire et accedent moins au collegial que les eleves de langue maternelle francaise, dont 42 % sont scolarises en milieux defavorises). Ainsi, le constat que les ecarts de reussite entre filles et garcons sont generalement plus significatifs dans les milieux defavorises (Bernard et Michaut 2017; Bouchard et al. 1997) ne semble pas se verifier dans le cas des eleves originaires des Antilles nes a l'etranger de l'etude de Mc Andrew et Ledent (2008). Il importerait de se demander s'il y a des facteurs de risque supplementaires pour les garcons d'origine antillaise qui sont nes au Quebec par rapport a leurs pairs nes a l'etranger, ou encore si les strategies d'adaptation des uns et des autres face aux contraintes (conditions de vie, facteurs structurels et autres) different. Dans tous les cas, ces donnees sur le cheminement des jeunes du secondaire au collegial invitent a considerer les effets croises de l'appartenance de genre, de la generation d'immigration et du milieu social sur l'experience aux etudes. La recherche de Kamanzi et al. (2016) montre d'ailleurs que le cheminement des etudiant.e.s a l'interieur d'un meme sous-groupe--<<Antillais >>, <<latino-americains >>--est contraste, avec des performances elevees chez certain.e.s et des resultats plus faibles chez d'autres. Outre l'influence du capital familial et des facteurs systemiques deja mentionnes, l'etude suggere de considerer l'influence croisee d'autres facteurs sur le cheminement des etudiant.e.s, dont la generation d'immigration, l'age, le choix de programme ou encore les resultats anterieurs au secondaire.

La recherche sur laquelle est basee cet article visait a documenter l'experience au cegep (1) d'etudiant.e.s d'origine haitienne afin d'identifier les facteurs (individuels, familiaux, socioeconomiques, institutionnels, d'appartenance ethnoculturelle) qui soutiennent ou non leur perseverance aux etudes. Notre objectif n'etait pas d'analyser les effets de l'appartenance de genre sur le rapport aux etudes. Cette question s'est imposee au fil des entretiens individuels avec les differents participants (corps etudiant et professionnel), qui attiraient l'attention sur des <<problemes >> de perseverance aux etudes qui toucheraient principalement les jeunes hommes d'origine haitienne. Ces derniers etaient presentes comme immatures, absenteistes, peu engages et peu perseverants dans leurs etudes, tandis que les jeunes femmes de meme origine etaient percues comme volontaires, assidues, organisees et perseverantes.

Afin d'etre en mesure d'analyser ces resultats qui ont emerge au fil de la collecte de donnees, nous avons ete amenee a reconsiderer notre cadre de reference initial pour y integrer d'autres perspectives theoriques (enjeux de reussite aux etudes selon le genre, intersectionnalite). Dans les lignes qui suivent, nous presentons le cadre de reference, la methodologie de la recherche, les resultats et leur discussion. Nous concluons l'article en degageant les retombees de la recherche et en proposant des pistes a approfondir lors de recherches futures.

CADRE DE REFERENCE

Les facteurs generaux qui influencent la perseverance aux etudes postsecondaires

Les recherches sur la perseverance aux etudes postsecondaires (collegiales et universitaires) soulignent l'incidence de trois grandes categories de facteurs : individuels, socioeconomiques et institutionnels (Braxton et al. 2004; Picard et al. 2013; Kamanzi et al. 2009; Tinto 1993; Tinto 2006).

Les facteurs individuels les plus frequemment cites sont la transition du secondaire au collegial, les resultats des etudiant.e.s au secondaire, l'age et le genre. Nous analysons separement le facteur genre un peu plus loin. Les defis de transition sur lesquels Tinto (1993) a attire l'attention sont decrits comme une cause majeure de difficultes au collegial au Quebec (Federation des cegeps 1999). Une bonne part des difficultes de transition est liee a l'orientation professionnelle, car de nombreux jeunes entament leur scolarite collegiale sans etre certains de leur choix d'orientation, incertitude qui augmente le risque de decrochage (Carpentier 2002; Magnan et al. 2016). D'autres se laisseraient abuser par la nouvelle liberte dont ils disposent au cegep par rapport au secondaire. Le manque d'assiduite aux cours, d'organisation du travail, de strategies d'apprentissage definies, etc., les conduirait a echouer a leurs cours (Tremblay et al. 2006; Carpentier 2002). On observe aussi une correlation entre la moyenne ponderee au secondaire et les resultats au collegial. Les plus forts taux d'interruption des etudes se retrouvent parmi les dossiers les plus faibles au secondaire (Kamanzi et al. 2016; Federation des cegeps 1999). Les causes d'abandon des etudes different aussi selon l'age des etudiant.e.s; les 16 a 19 ans abandonnent plus souvent par manque d'interet pour leur programme, et les plus age.e.s davantage pour des raisons liees a l'emploi, des raisons personnelles, familiales ou financieres (Rheault 2002). Dans la categorie des facteurs socioeconomiques, l'origine sociale et les conditions de vie des etudiant.e.s durant leurs etudes ainsi que l'occupation d'un emploi remunere ont des repercussions importantes sur la perseverance aux etudes postsecondaires (Braxton et al. 2004; Picard et al. 2013). Enfin, plusieurs facteurs institutionnels permettent de donner un sens aux savoirs et de perseverer dans les etudes : la coherence des programmes, la qualite de l'intervention pedagogique, de la relation avec le personnel et de l'environnement educatif en general (ibid.).

Les facteurs de perseverance specifiques aux etudiant.e.s issu.e.s de l'immigration et de minorites

En plus des facteurs generaux presentes ci-dessus, la reussite des etudiant.e.s issu.e.s des minorites ethnoculturelles est influencee par d'autres facteurs specifiques lies a leur trajectoire migratoire (maitrise de la langue d'enseignement, distance entre la culture scolaire du pays d'origine et celle du pays de residence, manque d'informations sur le systeme, etc.) (Duchesne 2010; Kanoute et al. 2018). Des recherches soulignent aussi l'incidence des stereotypes sur la performance scolaire de certains groupes d'etudiants issus de minorites ethnoculturelles (Chavous et al. 2008; Cokley 2001; Lopez 2002; Owens et Massey 2011). Au Quebec, Thesee (2010) attire l'attention sur le fait que beaucoup de jeunes Noir.e.s se sentent le devoir de prouver leur intelligence et leurs habiletes intellectuelles aux pairs et au personnel enseignant, pour contrer les representations repandues dans la societe et dans les institutions educatives. Les representations negatives de ces jeunes au sein de ces institutions ne seraient pas sans consequence sur la propension des acteurs scolaires a les orienter dans des classes speciales ou dans des parcours de formation (semi-professionnels, secteur de la formation generale des adultes) qui limitent leur acces aux programmes postsecondaires (Magnan et al. 2016; Potvin et Leclercq 2012; Thesee 2010).

Le rapport aux etudes selon le genre

Les trajectoires scolaires et professionnelles differenciees des filles et des garcons ont fait l'objet de nombreuses recherches en Occident depuis les annees 1960, en lien avec la marginalisation des filles dans le systeme educatif et les enjeux d'egalite des chances qu'elle souleve (Baudelot et Establet 2016; Bouchard, St-Amant et Rinfret 2003; Duru-Bellat 2004; Kergoat 2014; Mosconi 2004; Mosconi 2009). Afin de parvenir a combattre ces inegalites, les etudes ont examine les mecanismes conduisant aux trajectoires scolaires et professionnelles differenciees selon le genre. Elles ont ainsi mis en evidence la socialisation differenciee des filles et des garcons a laquelle prennent part les familles, les milieux educatifs et les medias. Les representations et attentes entretenues a l'egard des filles et des garcons, les interactions developpees avec chacune, participent a la construction des identites de genre (2). Mais les filles et les garcons ne font pas qu'interioriser les normes sociales de masculinite et de feminite vehiculees par la societe (familles, ecoles, medias), qui sont par ailleurs plurielles et parfois contradictoires (Mieyaa 2012). Chaque sujet se positionne par rapport a ces normes, les remanie, les modifie, et s'approprie ce qui fait sens pour lui (Mieyaa 2012). On reconnait que c'est a la fois la socialisation differenciee selon le genre et l'adhesion des filles et des garcons aux stereotypes de genre qui les conduisent a investir differemment l'ecole (Plante et al. 2013; Mosconi 2004; Mosconi 2009).

Depuis quelques decennies, en Occident, quels que soient le milieu socioeconomique et l'ordre d'enseignement consideres, les filles obtiennent de meilleurs resultats scolaires que les garcons (Bouchard, St-Amant et Rinfret, 2003; Duru-Bellat et Van Zanten 1999; Kergoat 2014). Ces gains ne garantissent pas toutefois que la question d'egalite des chances en education selon le genre soit resolue, car les inegalites d'orientation scolaires et professionnelles (dans les filieres scientifiques et techniques socialement plus valorisees) et les inegalites salariales qui touchent les femmes sont encore tres marquees (Bouchard, St-Amant et Rinfret 2003; Duru-Bellat et Van Zanten 1999; Kergoat 2014.). Par ailleurs, les rapports sociaux de sexe etant imbriques d'autres rapports sociaux de classe et d'ethnicite, certains groupes sont touches par de multiples inegalites (Bilge 2009; Davis 2008), d'ou la pertinence de la perspective de l'intersectionnalite.

L'intersectionnalite des categories <<genre, ethnicite, statut socioeconomique, statut migratoire >> et la marge de l'acteur

Le concept d'intersectionnalite (3), mis en evidence par des theoriciennes feministes afro-americaines (Crenshaw 1990; Crenshaw 2005; Davis 2008; Weber 2001), met en lumiere la maniere dont les categories sociales tels la classe sociale, le genre et l'ethnicite sont intrinsequement interconnectees et s'affectent mutuellement, transformant la realite des individus et produisant des identites et des inegalites multiples. Ainsi, pour comprendre la realite des femmes noires, il ne suffit pas de s'interesser au genre, car le genre est <<racialise >>, de meme qu'il ne suffit pas de s'interesser a l'ethnicite, car l'ethnicite est <<genree >> (Browne et Misra 2003). L'articulation complexe des categories genre / classe sociale / ethnicite n'est pas encore clairement explicitee par la recherche (Bilge 2009; Browne et Misra 2003), et il reste a determiner par exemple, dans quelles conditions leur intersection contribue a exacerber ou a attenuer des inegalites (p. ex. : selon un groupe ethnique donne, suivant l'entrecroisement avec d'autres categories tels le statut migratoire, l'age, etc.). On reconnait neanmoins l'importance de considerer ce <<metaprincipe >> (Bilge 2009).

Dans l'analyse du rapport aux etudes des jeunes d'origine haitienne, il faudra examiner l'entrecroisement du genre avec d'autres categories sociales tels l'ethnicite, le milieu social et la generation d'immigration.

METHODOLOGIE

Les donnees analysees dans cet article sont tirees d'une recherche portant sur l'experience aux etudes au cegep d'etudiants d'origine haitienne. Le corpus comprend des entretiens individuels et de groupe avec des etudiant.e.s. Des entretiens individuels ont egalement ete realises aupres de membres du personnel afin de mettre en dialogue les differentes perspectives et de mettre en evidence l'univers de rapports (McAll 2008) dans lequel s'inscrit le rapport aux etudes.

La collecte de donnees a ete realisee entre janvier 2017 et juin 2018, aupres de 53 participant.e.s, soient 34 etudiant.e.s, 11 enseignant.e.s et 8 autres membres du personnel provenant de deux cegeps multiethniques de Montreal. La repartition exacte des participants des deux cegeps se trouve au tableau 1. Ces personnes ont ete contactees au moyen d'un message d'invitation diffuse sur le reseau intranet des deux colleges.

Concernant les caracteristiques generales des participant.e.s, les criteres de participation pour les etudiant.e.s etaient : etre d'origine haitienne, appartenir a la premiere ou a la deuxieme generation, avoir frequente une ecole secondaire au Quebec (4) et etre age.e de 16 a 25 ans (nous avons accepte trois etudiant.e.s de plus de 25 ans qui etaient interesse.e.s a participer). Vingt-cinq etudiant.e.s sur trente-quatre sont ne.e.s au Quebec et les neuf autres sont ne.e.s en Haiti (huit personnes) ou aux Etats-Unis (une personne). Les neuf etudiant.e.s ne.e.s a l'etranger sont arrive.e.s au Quebec en cours de scolarite primaire (deux) ou secondaire (sept). Vingt-sept des trente-quatre etudiant.e.s sont age.e.s de 17 a 21 ans et en sont a leur premiere inscription dans un programme d'etudes collegiales. Les sept autres plus age.e.s realisent un retour aux etudes : quatre se situent dans la tranche d'age de 22 a 25 ans, deux ont 27 ans, et le plus age a 38 ans. Quinze sont inscrits dans un programme technique (soins infirmiers, administration, informatique, comptabilite, techniques d'intervention) et dix-neuf dans un programme preuniversitaire (sciences humaines, sciences de la nature, sciences pures et appliquees). Au moment de l'enquete, certain.e.s etudiant.e.s commencaient leur programme d'etudes (premiere session), d'autres etaient a mi-parcours ou sur le point de terminer.

Les membres du corps enseignant cumulent 5 a 32 ans d'experience d'enseignement collegial. Ces personnes dispensent des cours obligatoires de tronc commun (p. ex. : francais, mathematiques) ou des cours specifiques aux programmes (p. ex. : soins infirmiers, sciences humaines). Dans certains cas, elles occupent aussi des postes administratifs dans leur departement ou dans des comites institutionnels. Deux sur onze sont issus de l'immigration et appartiennent a des minorites racisees, et deux autres revendiquent des origines autres que quebecoises. Les autres membres du personnel sont des conseilleres en orientation, des intervenants interculturels, des psychologues et des aides pedagogiques individualise.e.s (API). Leur experience au collegial s'etale sur deux a dix ans. Quatre sur sept sont membres de minorites racisees.

Trois grands themes ont ete explores dans les entretiens individuels avec les etudiantes et etudiants : 1) l'experience scolaire avant l'entree au cegep et la transition du secondaire au cegep; 2) l'experience au collegial proprement dite : rapport au programme et au contexte d'etudes, aux savoirs dispenses dans les cours et durant les stages, aux enseignant.e.s et aux pairs; perspectives d'insertion professionnelles; projets d'avenir; 3) le vecu en dehors du cegep : occupation professionnelle, vie familiale, sociale, etc. Ces entretiens individuels ont dure en moyenne 1 h 15 min. Un entretien de groupe a aussi ete organise avec cinq etudiant.e.s, trois jeunes femmes et deux jeunes hommes, provenant des deux colleges (trois au college A, deux au college B). D'une duree de 2 h 15 min, son objectif etait de leur permettre de reagir aux premiers resultats de la recherche, d'approfondir des enjeux generaux qui avaient emerge des entretiens individuels. Les entretiens individuels avec les membres du personnel ont dure de 45 minutes a une heure et ont porte sur leur perception des defis de perseverance et de reussite des etudiants d'origine haitienne ainsi que des enjeux de prise en compte de la diversite ethnoculturelle au collegial.

La date et le lieu de rencontre ont ete fixes avec les participantes et participants. Ces derniers.eres ont rencontre les membres de l'equipe de recherche dans un local ferme des cegeps ou a l'Universite du Quebec a Montreal. Les entretiens se sont deroules en francais et ont ete enregistres. Les fichiers audio ont ensuite ete retranscrits puis codes manuellement par theme afin d'analyser le rapport aux etudes des etudiants et d'identifier les facteurs qui soutiennent ou non la perseverance aux etudes. Concernant les facteurs de perseverance, les themes suivants ont par exemple ete consideres : resultats au secondaire, choix d'orientation, transition au cegep, conditions de vie, soutien sociofamilial, genre, statut migratoire et prise en compte de la diversite au cegep.

RESULTATS

Des defis generaux d'adaptation au collegial

Le premier element qui ressort du discours des etudiant.e.s quant aux evenements ayant marque leur experience au collegial est le choc de la transition du secondaire au cegep. Ils et elles attirent l'attention sur leur nouvelle liberte au collegial par rapport au secondaire, l'anonymat et la competition qui prevalent au cegep ainsi que le rythme d'apprentissage soutenu. Au vu de ces situations, les participant.e.s insistent sur la necessite de se prendre en main rapidement a la premiere session et d'adopter les bonnes methodes de travail pour eviter d'echouer les cours. Ces attitudes ne vont pas de soi et plusieurs experimentent a des degres variables le sentiment d'etre perdu.e.s. Des participant.e.s relatent par exemple avoir eu l'impression d'etre <<lache.e.s dans la jungle >>, d'essuyer <<un bain de glace >>, de <<frapper un mur >>. La transmission des premiers resultats d'evaluation participe aussi au choc de la transition, car ils sont peu comparables a ceux obtenus au secondaire et suscitent deception, desillusion et remise en question (suis-je dans le bon programme? ai-je les capacites de mener des etudes?). Les resultats insatisfaisants et les echecs sont une source de stress, voire de detresse psychologique dans certains cas, car la cote de rendement au collegial (cote R (5)), qui sert a la selection des candidate.s a l'universite, s'en trouve affectee et avec elle, les projets d'avenir.

Les membres du corps enseignant soulignent aussi unanimement defis de transition du secondaire au collegial. A leurs yeux, la normalisation des etudes postsecondaires fait en sorte que plusieurs etudiant.e.s s'engagent dans des etudes en se laissant entrainer dans le mouvement, sans avoir de dessein formel ni d'attentes precises. Cette situation serait a l'origine du fort taux d'abandon a la premiere session. Ces defis concernent la population etudiante quebecoise dans son ensemble (Carpentier 2002; Federation des cegeps 1999; Picard et al. 2013; Tremblay et al. 2006).

Des defis amplifies par les conditions de vie, le statut migratoire et la condition de minoritaire

On constate neanmoins que ont une influence plus importante ou prennent un relief particulier dans l'experience des etudiant.e.s d'origine haitienne, en raison de leur condition de minoritaire et conditions de vie et de leur condition de minoritaire. Ainsi, plusieurs jeunes estiment que l'appropriation de l'habitus scolaire au collegial est plus long pour les <<immigrant.e.s / Noir.e.s >> que pour les personnes natives <<de souche >>. En tout debut d'entretien, une etudiante qui commente les objectifs de la recherche souligne en ce sens :
Au fond, vous voulez savoir ce que ca veut dire etre noire au cegep?
Parce que c'est sur que ce n'est pas comme pour les autres quand t'es
noire. Moi, ca m'en prend plus... je ne suis pas comme les autres dont
les parents sont nes ici et connaissent le systeme... Ce qui est
conquis pour les autres ne l'est pas pour toi. (Etudiante 1, 19 ans,
College A, Sciences humaines)


A l'instar de cette jeune femme, la moitie des etudiantes et des etudiants sont les premiers de leur famille a frequenter le cegep. A leurs dires, personne de leur entourage ne connaissait le mode de fonctionnement du college et n'etait en mesure de les guider. C'est <<sur le tas >> que ces jeunes decouvrent par exemple l'existence de certains programmes, l'importance de la cote du rendement au collegial (cote R) et jusqu'au processus d'abandon de cours. Cela est notamment vrai pour les jeunes provenant de milieux socioculturels defavorises. L'analyse des donnees sociodemographiques met en lumiere que le tiers des etudiant.e.s dont les parents ont effectue des etudes postsecondaires etaient de maniere generale mieux prepare.e.s a ce qui les attendait au collegial. Le plus souvent, ces jeunes avaient frequente une ecole secondaire privee et, a l'initiative de celle-ci ou de leurs parents, avaient participe a des ateliers, des journees portes ouvertes (visites des etablissements postsecondaires en vue de se familiariser avec les programmes d'etudes, les services, les installations...), ou encore des stages d'un jour preparant a l'entree au cegep.

DES DEFIS COLORES PAR L'APPARTENANCE DE GENRE

C'est au moment ou les participante.s signalent l'importance de la premiere session comme periode d'ajustement que sont evoquees les premieres differences de genre. Dix-huit etudiant.e.s sur 34 (dont 12 jeunes femmes sur 20) ainsi que 10 membres du personnel sur 20 abordent de front cette question. Tandis que les jeunes femmes d'origine haitienne sont depeintes comme etant assidues, organisees, motivees et perseverantes, leurs pairs masculins sont presentes comme peu engages dans leurs etudes et abandonnant aux premieres difficultes.
Plus ca avance, moins tu vois les gars. Alors que les filles, elles
sont la... je ne sais pas, je ne comprends pas. (Etudiant 10, 22 ans,
College A, Sciences humaines)

Les gars se baladent, ils niaisent en premiere session. On dirait
qu'ils n'ont pas recu leur <<wake up
call >> (Etudiante 14, 18 ans, College B, Soins
infirmiers)

Les filles sont plus organisees, plus assidues aussi. Elles sont a
leur affaire, elles vont reprendre le cours trois fois si necessaire.
Alors que les garcons adherent plus aux
stereotypes <<bons/pas bons >>. Si les
resultats ne sont pas la, ils se disent qu'ils ne sont pas bons et
abandonnent sans se questionner s'ils mettent l'effort ou non.
Plusieurs ne viennent pas au cours. Ce sont des absenteistes.
(Enseignant 1, College A)

Les garcons passent leur temps a la cafeteria, ils blaguent, jouent a
des jeux de societe... Ils s'amusent a longueur de journee et ratent
leurs cours. On dirait qu'ils ne savent pas pourquoi ils viennent au
cegep. C'est des ados qui niaisent. [...] Les filles sont plus
matures, plus autonomes. (Enseignant 2, College A)


Les participante.s qui evoquent ces differences de comportements selon le genre reconnaissent qu'il s'agit d'une problematique qui touche l'ensemble de la population etudiante, ou les femmes reussissent mieux les etudes que les jeunes hommes. Toutefois, a leurs yeux, les differences sont particulierement (re)marquees au sein du groupe d'origine haitienne. Ce trait plus typique est attribue, selon la categorie d'acteurs, a la culture des etudiant.e.s, aux pratiques de socialisation des familles aux contraintes structurelles auxquelles les etudiants masculins en particulier font face.

Le cliche des garcons noirs a la cafeteria : figure du desengagement au collegial

Dans les deux colleges, les regroupements des etudiants d'origine haitienne a la cafeteria semblent attirer l'attention et susciter un certain agacement a la fois chez certains membres du personnel et chez certaines

etudiantes qui souhaiteraient que leurs pairs se fassent moins reperer (6).

Des etudes avaient deja releve que les regroupements de jeunes (hommes) de minorites racisees dans un meme lieu physique sont de nature a relever une attention disproportionnee de la part du personnel (CDPDJ 2011; Bernard et McAll 2009; Livingstone et al. 2018). Ces etudes ont aussi montre que certains jeunes issus des minorites tendent a se conformer aux comportements attendus des personnes en autorite, evitant par exemple les espaces publics pour ne pas avoir de problemes. Certains vont jusqu'a rendre leurs pairs responsables des prejuges vehicules sur eux (CDPDJ 2011; Lafortune et Kanoute 2007; Livingstone et al. 2018). C'est le cas de plusieurs jeunes de la recherche qui disent eviter la cafeteria pour ne pas se detourner des etudes. Bien que tous ne se prononcent pas directement sur les enjeux d'appartenance de genre, a la question posee en fin d'entretien : <<quel serait votre conseil a un jeune d'origine haitienne qui rentre prochainement au cegep afin qu'il reussisse ses etudes? >>, figure souvent parmi les deux ou trois reponses proposees le message <<ne traine pas a la cafeteria >> ou l'equivalent <<entoure-toi de personnes interessees par les etudes >>. Ces messages sont adresses en particulier aux jeunes hommes. Le fait que ce soit plus souvent les jeunes femmes qui expriment ces points de vue peut s'expliquer en considerant qu'elles tendent, par socialisation, a se conformer davantage et a moins occuper l'espace physique et public que les hommes (Magar-Braeuner 2017; Mosconi 2004).

Pourtant, si les jeunes hommes appuient l'idee que leurs consoeurs sont plus assidues, organisees et motivees dans leurs etudes, tous ne considerent pas que les regroupements sont un signe de desengagement dans les etudes diviser la phase en deux en mettant un point apres etudes. Trois etudiantes, qui participent aux regroupements a la cafeteria, revendiquent egalement le droit d'occuper ces espaces de socialisation. A leurs yeux, il importe aussi de <<socialiser >>, <<de prendre du bon temps >>, de <<vivre un peu >>, de <<relacher la pression >> durant les etudes, ce que revendiquent aussi quelques etudiantes (trois sur vingt) qui participent aux regroupements a la cafeteria. En outre, ces etudiant.e.s estiment que les jeunes hommes d'origine haitienne ne sont pas les seuls a etre presents <<en gang >> a la cafeteria ou a l'agora. Ils seraient seulement plus visibles en raison de leur couleur de peau. Pour un etudiant plus age faisant un retour aux etudes, le regroupement des jeunes traduit aussi <<un besoin d'etre ensemble pour faire face a la societe, car cette societe te fait savoir que tu ne fais pas partie du <<nous>> >> (Etudiant 10, 38 ans, College A). Ces propos font echo a des resultats de recherches menees aux Etats-Unis notamment qui mettent en lumiere le besoin des jeunes issu.e.s de minorites de se retrouver avec des pairs partageant le meme vecu qu'eux, et particulierement les memes experiences de racisation (Tatum 1997; Carter 2007).

On constate que les commentaires sur les jeunes hommes d'origine haitienne sont particulierement frequents au college A. Ce constat demontre les effets croises de l'appartenance de genre, de l'ethnicite et du statut socioeconomique, car le college A accueille une plus forte proportion d'etudiant.e.s issu.e.s de milieux defavorises, et les etudiant.e.s d'origine haitienne y sont fortement represente.e.s. En comparaison, au college B, les profils socioeconomiques et ethniques des etudiant.e.s sont plus heterogenes et les membres du personnel tendent moins a faire des generalisations et a evoquer la <<culture >> pour expliquer les comportements des etudiant.e.s. semble que le parcours et les experiences personnels et socioprofessionnels des membres du personnel influencent leur lecture des defis auxquels font face les etudiant.e.s. Celles et ceux ayant des origines immigrantes ou forme.e.s dans certaines disciplines (p. ex. sociologie ou sciences politiques) semblent plus sensibilise.e.s aux enjeux des rapports entre majorites et minorites. Une enseignante de sociologie et un intervenant issu de l'immigration critiquent par exemple le regard soupconneux envers les minorites (Lorcerie 2003) et la tendance a lire leurs comportements a partir d'une perspective <<culturaliste >> :
Un rassemblement de jeunes Noirs ou de Maghrebins, tout de suite ca
attire l'attention et on trouve qu'ils sont bruyants et le fait
qu'ils rient ou parlent fort devient <<culturel
>>. Mais si les jeunes Blancs font la meme chose? Ca
passe inapercu. (Enseignante 3, College B)

Il y a encore beaucoup de prejuges. Pour certains ici, le rap c'est
dangereux et s'il y a une activite et que les jeunes chantent, ils
prennent peur. Je pense qu'il y a encore beaucoup a faire... pour
faire connaitre l'autre, sa culture. Faire comprendre que les jeunes
sont normaux, qu'ils ne sont pas des delinquants parce qu'ils rient
fort ou se mettent en gang. Les profs ne connaissent pas les
jeunes... J'ai deja entendu quelqu'un demander s'ils ne pouvaient
pas <<devenir Quebecois comme tout le monde
>>. (Professionnel non enseignant 2, College A)


Les enjeux d'orientation: une desorientation plus souvent masculine?

L'orientation figure aussi parmi les grands defis abordes par les participant.e.s. Il s'agit d'un defi qui concerne l'ensemble de la population etudiante quebecoise et nous avons mentionne anterieurement que les membres du personnel attiraient l'attention sur le fait que beaucoup d'etudiants s'inscrivaient au college sans projet d'etudes clair. Or, proportionnellement, les jeunes hommes de la recherche se retrouvent plus frequemment dans ces situations. Six sur les treize ont change de programme ou de college depuis leur premiere inscription au cegep, contre deux cas semblables chez les vingt etudiantes. Les etudiant.e.s estiment que deux pratiques de socialisation et d'encadrement genrees contribuent a cette difference : premierement, les etudiantes sont plus encadrees dans leur choix d'orientation et elles sont plus sures de celuici au depart; deuxiemement, les proches exercent une plus forte pression sur elles pour maintenir l'effort et la perseverance en cas de difficulte. Les etudiantes seraient plus encadrees dans leur choix d'orientation car les parents sont plus directifs a cet egard, en leur proposant des options claires (p. ex. soins infirmiers, administration, services sociaux) et des modeles pour les inspirer et les guider. Plusieurs etudiantes mentionnent en effet s'etre orientees dans le meme domaine de la sante ou des services sociaux (7) dans lequel exerce un de leurs proches (mere, tante, cousine). En comparaison, les jeunes hommes disposeraient de plus de liberte de choix (un avantage), mais ils semblent aussi plus souvent <<perdus >> (inconvenient) parce que manquant de modeles et d'informations sur les possibilites qui s'offrent a eux (choix de carriere et debouches). Aux dires des jeunes, les modeles masculins sont moins presents ou influents dans les familles haitiennes, car les meres monoparentales y sont surrepresentees (8) et, de maniere generale, les femmes (mere, grand-mere, tante, etc.) exercent un role preponderant en tant que responsables des questions educatives.
C'est plus les garcons, on dirait, qui sont inscrits dans des
programmes et qui n'y vont pas. Ils sont pas motives je pense. Il y a
la pression des parents, mais eux ne savent pas ce qu'ils veulent. Les
parents n'arretent pas de repeter qu'il faut une bonne job. Donc ca
fait que tu choisis d'abord en fonction du salaire et moins de tes
interets. Et la, t'as pas de motivation et c'est le decrochage
(Etudiant 8, 23 ans, College A)


Les enjeux concernant l'orientation dans un programme d'etudes et le role des modeles a cet egard sont tres complexes. Si des etudiant.e.s s'engagent dans les memes voies que celles de leurs proches, d'autres revendiquent plus d'autonomie et s'ecartent des modeles familiaux et des <<niches ethniques >> qui leur seraient predestinees. Mais les jeunes qui se hasardent hors des sentiers battus temoignent aussi de leur sentiment de solitude et de marginalisation dans les programmes ou ils se retrouvent seul.e.s noir.e.s. Ces etudiant.e.s rapportent les regards et les commentaires etonnes de pairs qui semblent trouver insolite leur presence dans ces programmes, et leur reussite encore plus <<inhabituelle >>. Il est aussi question du manque de sensibilite culturelle de pairs membres de la majorite qui oublient leur presence et emettent des blagues et remarques desobligeantes sur les personnes issues des minorites.

Nous attirons aussi l'attention sur le role des conseilleres et conseillers d'orientation au secondaire. En effet, il semblerait que ce ne soit pas uniquement les parents qui soient directifs envers les filles. Trois etudiantes rapportent s'etre quasiment fait imposer un programme d'etudes par un conseiller d'orientation au secondaire, alors qu'aucun etudiant ne rapporte de telles situations :
Le conseiller en orientation [au secondaire], c'est lui qui a rempli
mon dossier et qui l'a envoye. Je n'ai meme pas eu le choix [...] Moi
je ne savais pas, je venais d'arriver et je pensais que c'etait pareil
pour tout le monde. Et ma mere aussi elle ne connaissait pas le
systeme, elle aurait pu m'aider [...] Je ne sais pas pourquoi il
[le conseiller] a fait ca, je me demande encore pourquoi il m'a
traitee comme ca. Je connais une autre fille haitienne de l'ecole a
qui il a fait la meme chose... genre comme si nous... [soupirs et
larmes]. J'aurais souhaite qu'on me dise voila les possibilites, tu
peux faire ca ou ca (Etudiante 8, 25 ans, College A)


Le cas ci-dessus met une nouvelle fois en evidence les effets croises et cumules de plusieurs facteurs sur l'experience aux etudes (immigration recente, ethnicite, statut socioeconomique, genre). Une autre etudiante d'immigration recente, mais d'un milieu socioculturel plus avantage, expliquera avoir rejete fermement le choix de programme et de cegep que la conseillere d'orientation de son ecole secondaire publique voulait lui prescrire. Elle sera soutenue par ses parents qui interpelleront la conseillere a propos de sa conduite. Magnan et al. (2017) signalent que les acteurs du systeme demandent a etre sensibilises aux obstacles rencontres par les jeunes issus de l'immigration dans le choix de programme afin de lutter contre ceux qui pourraient se reveler systemiques. Il importerait aussi de sensibiliser les etudiants et les familles recemment immigres ou les plus desavantages socialement a ces enjeux et a leur marge de manoeuvre (droit, choix, ressources).

L'abandon et le retour tardif aux etudes : plus frequent chez les jeunes hommes? Choix contraint ou decision eclairee?

Il a ete mentionne par des membres du corps enseignant que les jeunes hommes avaient tendance a abandonner en plus grand nombre leurs etudes a la premiere session. Alors que la plupart voient d'abord dans ce comportement un manque de perseverance associee a l'immaturite, d'autres, moins nombreux, estiment que plusieurs jeunes hommes sont contraints ou font le choix d'abandonner en raison des difficultes financieres de leur famille. Dans les familles monoparentales dirigees par la mere notamment, les jeunes hommes se sentiraient investis du role de pourvoyeur de revenus qui vient en soutien a la famille, suivant certains stereotypes traditionnels qui tendent a perdurer (Dion et Dion 2004; Duru-Bellat 2004; Gianettoni et al. 2010). Un intervenant issu de l'immigration souligne a ce propos :
Je pense que ceux qui abandonnent, c'est d'abord lie a la pauvrete.
Les jeunes realisent de plus en plus la situation de leur famille en
arrivant au cegep. Moi ils me le disent <<c'est
travailler ou finir les etudes >>. Ils decrochent a
cause de ca. Ils se disent <<je suis l'homme de la
famille >> parce que. ben, le fait est aussi que les
mamans sont souvent seules en charge [...] Les filles aussi sont
concernees par ca mais c'est plus le garcon il me semble. S'il n'y a
que des filles dans la famille ou si elle est l'ainee, elle va avoir
le meme reflexe (Professionnel 1, College B).


De maniere generale, les etudiant.e.s sont tres reserve.e.s en ce qui concerne les conditions de vie de leur famille. Neanmoins, ceux qui ont abandonne les etudes collegiales apres une premiere inscription pour occuper un emploi signalent qu'ils <<devaient >> aller travailler. Parmi les sept etudiant.e.s faisant un retour aux etudes, cinq avaient suspendu leurs etudes apres leur premiere admission pour occuper un emploi, et les cinq sont des jeunes hommes. En comparaison, pour les deux etudiantes, il s'agissait d'un retour aux etudes pour realiser une deuxieme formation.

Nous avons aussi note que les jeunes hommes etaient proportionnellement plus nombreux que les jeunes femmes a cumuler plus de 15 heures de travail par semaine durant les etudes, ce qui pourrait indiquer qu'ils ressentent davantage la pression a aller travailler. Quatre etudiantes relevent que dans leur environnement, les parents les poussent a <<etudier avant tout >> et jugent <<impensable >>, <<impossible >> que leurs filles abandonnent les etudes, tandis qu'ils lachent prise plus facilement lorsqu'il s'agit des garcons. Ces parents justifieraient leurs attitudes en mettant de l'avant qu'une fille <<doit etre eduquee >>, <<doit etre capable de se debrouiller par elle-meme >>. Bien que les etudiantes n'adherent pas a ces representations et pratiques genrees, elles soulignent neanmoins avoir interiorise certains comportements et attitudes (autonomie, sens des responsabilites, sens de l'organisation, discipline) qui finalement influencent leur cheminement scolaire. En contrepartie, elles sont agacees contre les meres en particulier, plus souvent responsables des questions educatives, qui maternent trop les garcons. C'est ce qu'expriment les trois participantes de l'entretien de groupe.
Nous on nous demande toujours plus d'efforts, plus de discipline. J'ai
l'impression que les meres haitiennes se disent qu'il y aura toujours
une femme pour prendre soin de leurs garcons : elle-meme, une soeur,
une conjointe... Tandis que nous les filles, elles nous disent qu'il
faut qu'on se debrouille par nous-memes. Leurs garcons c'est leurs
bebes a vie! [Agacee] (Etudiante 4, 20 ans, College A)

C'est tellement vrai! Il faut leur dire d'arreter de leur servir de
bequilles, d'arreter de leur tenir la main! (Etudiante 21, 19 ans,
College B)


Dans sa these de doctorat, explorant la socialisation des hommes et des femmes en Haiti, Lamour (2017) evoque cette (sur)responsabilisation des filles et des femmes dans les familles malgre leur position minoritaire. Selon l'auteure, la valorisation de l'independance et de l'autonomie economique des femmes et le discours sur la necessite pour elles de faire de longues etudes s'expliquent a la lumiere du role social qui leur est attribue de supporter la famille (cellule nucleaire qu'elles vont fonder et la famille elargie comprenant la fratrie, les parents et autres proches, etc.). Cet engagement moral ne serait pas demande aux hommes, bien qu'ils soient communement consideres comme les principaux pourvoyeurs de ressources et de soutien au sein de la famille nucleaire.

Pour deux etudiants de la recherche, les parents pousseraient davantage les filles dans la voie des etudes <<car ils se disent que les garcons ont plus d'options pour reussir leur vie en dehors des etudes >> (Etudiant 15, 18 ans, College B). Les incidences d'un abandon des etudes seraient en effet plus elevees pour les femmes en general, encore desavantagees sur le marche du travail (Bernard et Michaut 2017; OCDE 2019). Considerant cet etat des choses, on pourrait se demander si les meres ne pousseraient pas davantage leurs filles a etudier pour leur eviter le cumul de desavantages lies a l'origine etrangere, a l'appartenance ethnique, a l'etat civil et au genre (Chicha 2016) qu'elles auraient elles-memes experimente. Mais par ailleurs, les avis des etudiant.e.s sont contradictoires. Aux yeux des participant.e.s de l'entretien de groupe par exemple, les parents tendraient a miser davantage sur les filles parce qu'ils sont conscients des obstacles plus nombreux auxquels font face les garcons dans un environnement scolaire et societal qui leur est moins favorable des l'enfance (diagnostics frequents de problemes de comportements et d'apprentissage, orientation en classe speciale, profilage racial, etc.). Des etudes soulignent les nombreux messages d'avertissement des parents a l'endroit des garcons (et moins des filles) concernant les discriminations raciales et les barrieres systemiques (Coard et al. 2004; Lafortune 2012).

Finalement, qu'ils aient ete ou non contraints d'abandonner leurs etudes, les jeunes hommes de l'etude qui font un retour tardif au college estiment que l'experience professionnelle leur a permis de gagner en maturite. Ils ont pu explorer et decouvrir ce qu'ils aiment, et c'est en etant plus surs de leur choix et plus confiants dans leur reussite qu'ils reprennent le chemin du cegep. Les enseignant.e.s reconnaissent egalement que ces jeunes ont <<tout un autre rapport aux etudes >> : ils sont plus motives, perseverent davantage et reussissent mieux leurs etudes.

DISCUSSION

Nous avons montre que trois categories de facteurs ont ete mobilisees par les participant.e.s pour expliquer le rapport aux etudes differencie selon le genre des etudiant.e.s d'origine haitienne : 1) la culture des etudiant.e.s, 2) la socialisation familiale et l'adhesion des etudiant.e.s a certains stereotypes (<<garcons bons/pas bons >>, <<homme de la famille >>, <<les filles doivent... >>), 3) la perception et le traitement des jeunes hommes noirs dans les institutions educatives. Il en ressort que selon le groupe d'acteurs (membres du personnel, etudiantes, etudiants), l'accent est mis sur une categorie de facteurs en particulier.

Ainsi, six membres du personnel font l'hypothese que la culture des etudiant.e.s pourrait expliquer les comportements differencies selon le genre. Ce role de la culture n'est pas toujours clairement explicite si ce n'est l'allusion, a deux occasions, a des stereotypes et prejuges courants sur les jeunes hommes noirs (9) laissant entendre qu'ils sont insouciants et peu portes sur les etudes (Chavous et al. 2008; Thesee 2010).

Quatre autres membres du personnel ciblent plus precisement la socialisation familiale differenciee selon le genre au sein de nombreuses familles d'origine haitienne. Cette socialisation differenciee aurait pour consequence de responsabiliser davantage les filles dans toutes les spheres de la vie, et donc relativement aux apprentissages scolaires. Les filles d'origine haitienne trouveraient en outre inspiration et elan dans la presence de modeles feminins positifs de leur environnement, tandis que des modeles masculins equivalents manqueraient aux garcons, qui adherent davantage a des stereotypes <<bons/pas bons pour les etudes >> ou <<homme de la famille >> pourvoyeur de revenus devant prioriser l'emploi plutot que les etudes.

Les etudiantes de la recherche mettent egalement l'accent sur les pratiques de socialisation genrees au sein des familles. Dans les entretiens individuels comme dans l'entretien de groupe, elles attirent l'attention sur les pratiques educatives parentales qui tendent a renforcer les differences dans le cheminement scolaire des filles et des garcons d'origine haitienne : les exigences parentales plus elevees envers les filles, le controle plus soutenu de leurs comportements (restriction des sorties, surveillance des frequentations), leur plus grande responsabilisation (taches menageres, soin des freres et soeurs plus jeunes, taches scolaires) par rapport aux garcons.

Certains choix educatifs des parents tendraient aussi a renforcer le cheminement scolaire differencie selon le genre, d'apres les etudiant.e.s. Parmi ceux-ci, le fait de pousser les filles a la lecture (renforcement des apprentissages scolaires) et les garcons davantage vers les activites sportives ou exterieures a ete relate en entretiens individuels et de groupe. Quatre etudiant.e.s et une professionnelle d'origine haitienne mentionnent aussi que les parents font plus frequemment le choix de l'ecole secondaire privee pour les filles et de l'ecole publique pour les garcons. Ces participant.e.s indiquent que ce scenario est tres repandu dans leur entourage. Aux yeux des participant.e.s de l'entretien de groupe, le stereotype suivant lequel les filles doivent etre <<protegees >> justifierait cette pratique. Les parents chercheraient a eloigner leurs filles des <<mauvaises frequentations >> dans des ecoles de quartiers reputees defavorisees, peu performantes et exposees a la delinquance. Ce raisonnement peut sembler paradoxal dans la mesure ou les garcons admettent plus frequemment subir l'influence negative des pairs par rapport aux filles (Bernier 1997) et que les parents estiment en outre que le milieu social est plus hostile et risque pour les garcons plus frequemment touches par la delinquance, la toxicomanie et le profilage racial (Lafortune 2012).

Les six jeunes hommes, parmi les quatorze de la recherche, qui ont aborde la question des effets de l'appartenance de genre mentionnent aussi l'influence des pratiques de socialisation dans les familles haitiennes. Mais ils attirent surtout l'attention sur les contraintes structurelles auxquels les jeunes hommes noirs font face dans les societes nordamericaines. Cette question sera discutee de maniere plus ouverte et approfondie au cours de l'entretien de groupe, ou les cinq participant.e.s conviendront que la societe est de maniere generale plus hostile envers les garcons et hommes des minorites (noires et arabes en particulier). A leurs yeux, le cheminement aux etudes moins positif de certains jeunes hommes d'origine haitienne doit etre analyse a la lumiere de ce contexte global marque par des formes plus ou moins subtiles de differenciation basees sur la race ou l'appartenance ethnoculturelle : mise en doute de leur capacite a reussir, orientations plus frequentes dans des classes de troubles de comportement ou d'apprentissage (Magnan et al. 2016; Potvin et Leclercq 2012; Thesee 2010), interactions negatives avec les enseignante.s et faible soutien de la part de ces derniers.eres (Chavous et al. 2008; Lopez 2002), profilage racial (CDPDJ 2011; Livingstone et al. 2018).

Finalement, les resultats de la recherche mettent en evidence la maniere dont l'intersectionnalite du genre, de l'ethnicite, du milieu social ainsi que de la generation d'immigration faconnent, d'une part, les experiences d'acculturation et, d'autre part, les experiences de racisation des etudiants d'origine haitienne. Ils montrent aussi que les experiences de racisation (prejuges, discrimination) influencent dans une certaine mesure les experiences d'acculturation (strategies d'adaptation en contexte migratoire) et inversement. Les etudiant.e.s, selon leur genre et leur appartenance a l'immigration recente ou a la deuxieme generation, ne sont pas exposes aux memes defis et obstacles (frequence et intensite) au sein des institutions educatives et ailleurs. Ils ne sont pas affectes de la meme maniere par ces obstacles et developpent des strategies d'adaptation differentes pour y faire face (10).

Les perspectives et ressentis differents des etudiantes et etudiants ainsi que des membres du personnel quant aux facteurs qui influencent le cheminement aux etudes des jeunes d'origine haitienne refletent aussi leur position dans les rapports sociaux ethniques, de genre et de classe sociale. Les enseignant.e.s et professionnel.le.s se positionnent en fonction de leurs propres bagage, parcours et experiences, et a titre de membres de la majorite ou de minorites. L'accent mis par certain.e.s sur la culture des etudiants participe au processus sociosymbolique de differenciation (inherent aux rapports entre majorites et minorites) qui trace les frontieres du <<nous >> homogene et du <<non-nous >> marque de specificite (Bilge 2009). C'est d'ailleurs ces processus de differenciation que denoncent d'autres membres du personnel ainsi que des etudiant.e.s. De leur cote, les jeunes se positionnent suivant les contraintes et pressions sociales (ethniques, sociales, de genre) auxquelles ils et elles sont confronte.e.s (Kergoat 2016). Les etudiantes sont desavantagees par la socialisation familiale differenciee selon le genre et elles denoncent donc plus vigoureusement cette socialisation que leurs pairs masculins. Mais elles sont par ailleurs conscientes des formes de domination ethnique, de classe et de genre qui affectent filles et garcons et influencent leur rapport aux etudes. Si elles semblent choisir plus frequemment que leurs pairs masculins la voie du conformisme, certaines tentent aussi de resister aux contraintes familiales en s'y opposant et en revendiquant un traitement egalitaire; et aux contraintes structurelles, en essayant de les dejouer ou de les transformer (implication dans des associations etudiantes et des reseaux sociocommunautaires, choix de carriere motive par une visee militante). Dans tous les cas, les strategies des etudiantes semblent s'accompagner d'un fort investissement dans les etudes. Des etudes americaines (Osborne 1999; Swanson et al. 2003) ont montre que les obstacles structurels conduisaient plus frequemment les garcons afro-americains issus de milieux defavorises au desengagement dans les etudes, alors que c'est rarement le cas pour les filles de meme origine ethnique et sociale. Les resultats de la recherche presentes dans ces articles convergent dans une certaine mesure dans le meme sens. Ils tendent a montrer que les effets croises et cumules de l'ethnicite, du milieu social et du genre (ainsi que de la generation d'immigration) affectent plus negativement l'experience aux etudes des jeunes hommes d'origine haitienne que celle des jeunes femmes.

CONCLUSION

Les enjeux de differenciation selon le genre souleves dans l'article interpellent la responsabilite des institutions et de leur personnel, des familles et des etudiant.e.s. Ils soulignent l'importance de sensibiliser les responsables de l'accompagnement pedagogique et socioscolaire, impliques dans l'enseignement, l'orientation, le soutien psychologique, le soutien scolaire et pedagogique, les relations interculturelles, etc., aux inegalites croisees et cumulees que vivent certain.e.s etudiant.e.s. Ces inegalites croisees ont des repercussions particulierement importantes au moment de la transition du secondaire au collegial. Il importerait que les mesures de soutien soient renforcees dans les ecoles secondaires publiques ainsi que dans les cegeps pour faciliter cette transition au collegial et reduire les inegalites d'acces et de perseverance aux etudes superieures. Les membres du personnel et responsables institutionnels doivent aussi etre sensibilises aux consequences de leurs attitudes et pratiques qui peuvent renforcer ces inegalites.

Il est necessaire egalement d'attirer l'attention des parents sur les pratiques de socialisation familiale genrees qui constituent des facteurs de risque ou de protection pour la perseverance aux etudes afin qu'ils puissent mieux accompagner leurs jeunes. Etant sensibilises a ces facteurs de risque, les etudiants pourront faire preuve d'agentivite pour contribuer a les neutraliser. Parallelement, les etudiant.e.s et leur famille doivent aussi etre sensibilises aux effets des contraintes structurelles sur la trajectoire aux etudes, afin qu'elles et ils n'en assument pas la responsabilite.

Nous terminons la reflexion engagee dans cet article en rappelant a nouveau que la recherche presentee ne portait pas specifiquement sur les enjeux d'appartenance sexuelle et de genre. Cela a des incidences importantes sur les donnees presentees, car tous les participante.s ne se sont pas prononce.e.s directement sur ces questions. Les resultats qui ont emerge meriteraient d'etre approfondis. Nous pensons qu'il serait important que d'autres etudes analysent plus finement les effets croises de l'ethnicite, du genre, du milieu social et de la generation d'immigration sur le rapport aux etudes des jeunes d'origine haitienne, en vue de mieux saisir quelles combinaisons de facteurs favorisent un rapport aux etudes conduisant a la perseverance. Certaines hypotheses ont ete evoquees dans la recherche, mais nous ne sommes pas en mesure de les etayer compte tenu notamment de l'echantillon restreint. Des etudes qualitatives pourraient apporter une contribution significative a l'avancement des connaissances en explorant notamment le point de vue de parents sur le cheminement scolaire differencie des filles et des garcons d'origine haitienne, en documentant leurs pratiques educatives (attentes, exigences et aspirations) envers les filles et les garcons et ce qui les motivent (11). Des recherches futures, aupres d'un plus grand nombre d'etudiant.e.s issu.e.s de differentes communautes ethnoculturelles, pourraient aussi permettre de mettre en evidence l'influence potentiellement differente de l'intersection des categories <<ethnicite, classe sociale, genre >> d'un groupe ethnoculturel a l'autre. Ces recherches plus approfondies permettraient d'affiner notre comprehension de l'experience aux etudes des etudiant.e.s et de mettre en lumiere les contextes qui leur sont plus ou moins favorables ainsi que les actions a privilegier pour ameliorer la perseverance et la reussite de toutes et tous aux etudes.

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REMERCIEMENTS

Cette etude a ete financee par les Fonds de recherche du Quebec - Societe et Culture (FRQSC).

GINA LAFORTUNE

Gina Lafortune, Professeure, Departement d'education et formation specialisees, Universite du Quebec a Montreal, detient un Ph.D en sciences de l'education (psychopedagogie) de l'Universite de Montreal. Elle est professeure au Departement d'education et formation specialisees (DEFS) de l'Universite du Quebec a Montreal (UQAM). Ses interets de recherche portent sur l'experience socioscolaire des eleves et etudiants issus de l'immigration : dynamiques d'acculturation, perseverance et reussite scolaires. Elle analyse notamment cette experience socioscolaire sous l'angle du rapport a l'ecole et aux savoirs. Elle a particulierement etudie l'experience des eleves et etudiants d'origine haitienne a Montreal. Elle s'interesse egalement aux relations ecole-famille-communaute, aux defis de la prise en compte de la diversite ethnoculturelle a l'ecole et au postsecondaire en lien avec les enjeux de la formation initiale des enseignants.

Email: lafortune.gina@uqam.ca

(1.) Le college d'enseignement general et professionnel (cegep) est un palier intermediaire entre l'enseignement secondaire et universitaire. Il offre des programmes d'enseignement preuniversitaires d'une duree de deux ans conduisant a des programmes universitaires, et des programmes techniques d'une duree de trois ans donnant acces au marche du travail. Le cegep accueille une population etudiante tres heterogene sur le plan de l'age et de l'experience scolaire et socioprofessionnelle (jeunes de 16-17 ans recemment diplomes du secondaire regulier, jeunes et adultes provenant de la formation generale des adultes ou de la formation professionnelle, adultes plus ages--dont plusieurs issus de l'immigration recente--faisant un retour aux etudes en vue d'une [re]qualification professionnelle). Le systeme scolaire et collegial quebecois differe des systemes des autres provinces canadiennes. http://www.education.gouv.qc.ca/references/etudier-au-quebec/systeme-scolaire-quebecois/

(2.) Nous reprenons ici la definition proposee par Scott selon laquelle <<le genre est un element constitutif de rapports sociaux fondes sur des differences percues entre les sexes, [...] une facon primaire de signifier des rapports de pouvoir >> (Scott et Varikas 1988 : 141). Cette differenciation sociale et psychologique des sexes ordonne les conduites dans la vie quotidienne et en particulier a l'ecole (Mosconi 2004), et contribue a maintenir des rapports hierarchises entre les femmes et les hommes. Le genre se distingue donc du sexe, qui renvoie aux differences biologiques entre hommes et femmes.

(3.) D'autres chercheurs parlent plutot de <<consubstantialite >> des rapports sociaux (Galerand et Kergoat 2014). Les paradigmes de l'intersectionnalite et de la consubstantialite sont issus de deux contextes militants et ideologiques divergents qui ne visent pas toujours les memes objets. Le premier (centralite sur la race) s'interesserait davantage au croisement des categories/identites, tandis que le deuxieme (centralite sur la classe) mettrait l'accent sur le croisement des rapports sociaux generant de multiples oppressions sur le marche du travail. Les deux approches reconnaissent neanmoins l'importance de s'interesser a l'imbrication des processus genre/classe/ethnicite.

(4.) La recherche s'est interessee a l'experience d'etudiant.e.s ayant frequente une ecole secondaire au Quebec et faisant la transition du secondaire au collegial. Nous avons ecarte les etudiant.e.s recemment immigre.e.s qui ont acheve leurs etudes secondaires (voire postsecondaires) au pays d'origine, car, souvent plus age.e.s (plus de 25 ans) et responsables de famille, ces derniers.eres doivent composer avec des defis plus complexes d'acculturation et de conciliation travail-etudes-vie familiale.

(5.) La cote R, ou cote de rendement au collegial (CRC), est une methode de classement des etudiants aux fins de la selection des candidats a l'admission universitaire. Elle sert notamment a gerer les admissions dans certains programmes universitaires contingentes, c'est-a-dire les programmes dont le nombre de demandes d'admission depasse le nombre de places disponibles. Le calcul de la cote R repose sur deux informations : un indicateur de la position de l'etudiant (moyenne generale) en fonction de la note obtenue dans son groupe (ecart avec la moyenne) et un indicateur de la force relative de ce groupe (IFG). Elle est calculee pour chacun des cours inscrits au programme. Cette cote globale de reference se situe entre 15 et 40.

(6.) Relatant son experience passee d'etudiante et ses observations en tant que membre du personnel, une professionnelle du college A considere que le <<garcon noir qui traine a la cafeteria >> represente la figure typique du desengagement au collegial. Elle precise toutefois que ce cliche concerne surtout les jeunes hommes nes ou socialises au Quebec, car ceux d'immigration recente se demarqueraient par leur engagement dans leurs etudes, malgre les defis d'acculturation qu'ils peuvent par ailleurs rencontrer. Les donnees de l'etude ne nous permettent pas de corroborer cette affirmation, car parmi les 14 etudiants de sexe masculin de notre echantillon, seuls quatre sont de premiere generation et deux des quatre d'immigration recente (les deux autres sont arrives au Quebec en cours de scolarite primaire). Neanmoins, la question des differences entre premiere et deuxieme generation resurgira dans l'entretien de groupe et les cinq participants (incluant une etudiante et un etudiant de premiere generation) opineront dans le meme sens que la professionnelle.

(7.) Parmi les travailleurs d'origine haitienne, 24,6 % travaillent dans ces secteurs, selon le Gouvernement du Quebec (2014). Le fait de pousser les filles vers les soins infirmiers suit une certaine division sexuelle du travail puisqu'elles sont dirigees vers les domaines du <<care >> (Kergoat 2016).

(8.) La proportion de parents seuls est plus elevee dans la communaute haitienne que dans l'ensemble de la population du Quebec (10,3 % contre 4,77 %) et cette proportion est encore plus elevee chez les femmes haitiennes (17 %) comparativement a l'ensemble des femmes du Quebec (7 %) (Gouvernement du Quebec 2014).

(9.) Les stereotypes et prejuges sont generalement diriges vers les jeunes hommes qui <<aiment le plaisir, le jeu... s'amuser. [...] rient fort dans les couloirs [...] sont plus interesses par le sport >> (Professionnelle non enseignante 4, College A). Cependant, les jeunes femmes sont egalement visees. Par exemple, en parlant d'etudiantes latino-americaines et noires peu engagees dans leurs etudes, l'enseignante 5 (College A) evoque <<une culture de l'apparence ou l'on se soucie davantage de son maquillage et des marques >>. Il semblerait que ce soient les types de comportements reproches qui different selon le genre.

(10.) A cet egard, au cours de l'entretien de groupe, un etudiant de deuxieme generation fera remarquer que ses pairs de premiere generation sont avantages au plan identitaire, car au fil de la socialisation au pays d'origine, la transmission culturelle (histoire nationale, valeurs, modeles, comportements) dans la famille, a l'ecole et parmi les pairs, leur a fourni des assises identitaires plus solides par rapport a ceux de deuxieme generation. La transmission culturelle serait plus difficile en contexte d'immigration et de minorite pour les garcons de deuxieme generation, qui vivent par ailleurs depuis l'enfance des experiences de racisation. Les participants reconnaissent que les etudiants de premiere generation sont <<rattrapes >> par ces problemes qui sont finalement partages, mais les jeunes hommes de deuxieme generation en particulier se construisent en y faisant face, et ces problemes ont donc une influence plus marquee sur leur trajectoire scolaire et sociale (ce que tendent a montrer des recherches anterieures de Lafortune [2012] et de Lafortune et Kanoute [2007]).

(11.) Lafortune, Kanoute et Plante (2018-2020) ont demarre une recherche en ce sens (financee par le CRSH) intitulee <<Exploration des effets croises du contexte d'acculturation et du genre sur l'experience scolaire et le rapport aux savoirs de jeunes d'origine haitienne au secondaire. L'etude analyse la perspective des jeunes et celle de leurs parents.
Tableau 1 : Repartition des participant.e.s

         Etudiantes  Etudiants  Enseignant.e.s

Cegep A   6           7          6
Cegep B  14           7          5
Total    20          14         11

         Autres membres du  Total participantes
         personnel

Cegep A  5                  24
Cegep B  3                  29
Total    8                  53
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Article Details
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Author:Lafortune, Gina
Publication:Canadian Journal of Sociology
Geographic Code:1CANA
Date:Sep 22, 2019
Words:11510
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