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Journal de Majorique Marchand, cure de Drummondville, 1865-1889.

Du jeudi 22 fevrier 1883 au mercredi 18 juin 1884, le cure de la paroisse Saint-Frederic, age de 45-46 ans, est fidele a livrer ses activites quotidiennes a son <<petit cahier>> (p. 39) ou a son <<cher petit journal>> (p. 142). <<Les ecrits restent: il faut y prendre garde>>; si <<je relisais aujourd'hui tout cela>>, ecritil le 1er octobre 1883, <<je serais sans doute tente de faire bien des ratures, et d'en dechirer meme une bonne partie>> (p. 191). Il n'en fit rien. Il ecrivait son journal pour mieux se rememorer son passe, lorsqu'il serait plus age; il n'a surement jamais pense que son journal serait publie un jour.

Jean Roy et Christine Hudon introduisent fort bien la petite oeuvre du cure. Ils la situent dans le contexte d'epoque et developpent en particulier ce qui en ressort du <<bon pretre quebecois>> (p. 11-17). Ils font ressortir l'omnipresence des femmes dans la vie de Majorique Marchand et notent des traits de similitude entre <<l'ideal sacerdotal>> et sa <<representation stereotypee de la femme>> (p. 25). Bien qu'il en soit peu question dans le journal, la mere du cure est la maitresse du presbytere, laissant cependant a son fils toute latitude dans l'exercice de son ministere.

Ce petit homme est actif: <<je suis toujours si occupe>> (p. 35), <<en affaires spirituelles, paroissiales et temporelles>> (p. 217). De fait, ces dernieres prennent beaucoup de place dans les journees de ce <<cure de l'agitation et des constructions>> (p. 231), comme il se reconnait. Presbytere, couvent, cimetiere, college, tout y passe en ce bref laps de temps. Il pensait que son successeur, qui de fait etait son meilleur ami, Henri Alexandre, alors cure de L'Avenir, pourrait etre ainsi libere de taches materielles et mieux se consacrer au spirituel; c'etait ne pas prevoir qu'il devrait faire face a des dettes anterieurement contractees.

Le pastorat de Marchand ne demeure pas moins important. Presider les nombreuses celebrations eucharistiques, les vepres du dimanche, les multiples rencontres de devotion: neuvaines, mois de Marie, careme, fetes d'obligation, sans laisser beaucoup de place a son vicaire; accueillir de nombreuses personnes a son bureau: jusqu'a cinquante ou soixante le 16 mars 1883 (certes moins les jours ordinaires, quoique souvent une dizaine); visiter les malades: plusieurs soirees chaque semaine; confesser: surtout le samedi; reciter son breviaire.

Meme s'il preche souvent, par exemple le 4 mai 1884 a la grand'messe (en general de vingt a quarante minutes), au catechisme, a la reunion du tiers-ordre franciscain apres les vepres de 14 h, puis au mois de Marie a 19 h, il lui suffit de choisir son sujet la veille pour etre prepare. Moi qui suis <<une machine a parler>> (p. 230) ou <<moi qui parle toujours>> (p. 292) se considere comme ayant un peu de talent dans l'art oratoire. <<J'aimerais pourtant bien mieux etudier la theologie, lire l'histoire de l'Eglise, ou preparer mes sermons>> (p. 231), mais il n'en fait rien.

Son livre de meditation et de priere lors de son action de graces apres la messe est un prix qu'il avait recu a l'age de douze ans, a l'ecole modele de Longueuil, intitule Froment des elus et qu'il avait utilise tout au long de ses etudes au College de Nicolet. Sa retraite annuelle de 1883 a Trois-Rivieres, prechee par le Pere Ponche, avait surtout porte sur le peche mortel, le peche veniel et l'enfer. Et il ajoute: le predicateur <<en veut aux femmes... puisqu'a presque toutes ses instructions il nous a dit de nous en defier>> (p. 157). Ce ne sont pas les conferences ecclesiastiques trimestrielles et regionales qui le ressourcaient davantage, car l'echange ne durait qu'une heure, le reste du temps se passant en festivites avec ses confreres.

Il etait d'ailleurs fort accueillant; rares les semaines ou il ne recevait pas des cures voisins, a moins qu'il ne leur rendit lui-meme visite, specialement le jeudi, considere comme sa journee de conge. Du Dr Berard de Drummondville il se disait l'ami, <<en autant qu'un pretre peut etre intime avec un laique>> (p. 53). Il est indeniable que le cure ressentait un grand besoin de se sentir aime et d'etre gratifie. Il rapporte les propos de nombreuses personnes dans ce sens.

Le Journal de Majorique Marchand s'ajoute aux sources premieres de l'histoire de l'Eglise au Quebec a la fin de XIXe siecle. Ecrit avec simplicite et spontaneite, il ne se caracterise pas par des reflexions de haut calibre et n'apporte pas de connaissances extraordinaires sur l'epoque. Il ne s'agit pas moins d'une lecture interessante, qui permet de croquer dans le concret les activites quotidiennes d'un cure <<essentiellement conservateur en tout... comme en politique!>> (p. 141). Se melant peu au domaine socio-politique, se preoccupant des affaires internes de l'Eglise, telle la possible division du diocese de Trois-Rivieres a laquelle il s'opposait, entretenant une veritable devotion a son eveque, Mgr Louis-Francois Lafleche, et au pape Leon XIII selon une ecclesiologie ultramontaine et clericale alors fort repandue, Majorique Marchand a sans doute exerce une certaine influence en son milieu et ailleurs dans son diocese. Il est de toute facon quelqu'un dont Le Journal valait la peine d'etre publie; celui-ci servira ainsi a d'autres recherches plus poussees.

Lucien Lemieux

ancien professeur

Universite de Montreal
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Publication:Historical Studies
Article Type:Book Review
Date:Jan 1, 1996
Words:863
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