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Jean-Charles Panneton, Pierre Laporte.

Jean-Charles Panneton, Pierre Laporte (Quebec: Septentrion 2012)

COMME LE RAPPELLE Gilles Lesage dans sa preface, Pierre Laporte est indissociable de la Crise d'octobre qui secoue le pays en 1970. Par contre, Laporte est plus qu'une victime. Lors de son enlevement par la cellule Chenier du Front de liberation du Quebec, Laporte est un acteur important de la vie politique du Quebec. Avant d'etre elu depute de la circonscription electorale de Chambly, en 1961, puis ministre dans les cabinets des premiers ministres Jean Lesage et Robert Bourassa, Laporte etait un journaliste pour le quotidien Le Devoir.

D'emblee, il faut signaler que la biographie de Laporte n'apporte rien de neuf sur les circonstances de sa mort. L'auteur de l'ouvrage, Jean-Charles Panneton, utilise le rapport de la commission d'enquete Keable et le reportage du journaliste de la Societe Radio-Canada, Guy Gendron, diffuse dans le cadre de l'emission Tout le monde en parlait, le 24 septembre 2010. Cette situation s'explique par une des difficultes importantes dans la preparation de la biographie : l'absence d'un fonds d'archives Pierre Laporte. Cette biographie est frustrante pour le lecteur, mais aussi pour Panneton puisque nous n'avons pas droit aux etats d'ame de Laporte lorsqu'il travaille au Devoir, a ses reactions aux critiques du premier ministre Maurice Duplessis a la suite de ses reportages accablants sur son administration, a ses impressions sur ses collegues lorsqu'il siege aux cabinets des premiers ministres Jean Lesage et Robert Bourassa, ou encore a ses reflexions sur la defaite des liberaux provinciaux en 1966 ou sa course a la direction du parti liberal provincial. Faute d'acces aux documents personnels de Laporte, Panneton utilise les ecrits publics de Laporte, notamment ses articles dans Le Devoir ainsi que ses discours et lettres retrouves dans divers fonds d'archives.

Malgre cette faiblesse, la biographie merite d'etre lue, ne serait-ce que pour rappeler la carriere journalistique et politique de Pierre Laporte. L'ouvrage est divise en six chapitres, qui correspondent a divers moments de la carriere de Laporte. Trois chapitres sont toutefois courts : le premier traitant de la naissance et de l'education de Laporte, le troisieme sur son passage a la direction de la revue nationaliste L'Action nationale et le dernier sur la crise d'octobre.

Ce sont les chapitres consacres a sa carriere de journaliste et d'homme politique qui sont les plus substantiels. Le second chapitre porte sur sa carriere journalistique. Apres un bref passage au Canada, Laporte amorce une longue carriere au quotidien Le Devoir, en 1944. Quatre ans plus tard, il occupe le poste de correspondant parlementaire a Quebec. Cette fonction lui permet d'applaudir les bons coups du premier ministre Duplessis, tels que la defense de l'autonomie de la province et la creation d'un impot provincial, mais aussi de critiquer durement d'autres aspects de l'administration duplessiste, tels que la politique d'exploitation des ressources naturelles et le scandale du gaz naturel. En plus de la couverture de la politique, Laporte s'interesse aux communautes francophones en milieu minoritaire. Il participe aux voyages organises par le Conseil de la vie francaise en Amerique. Ces voyages, notamment celui en Colombie-Britannique, l'incitent a lancer une campagne de cueillette de livres en francais pour les francophones de cette province. Lorsque Laporte deviendra le ministre des Affaires culturelles en 1964, il appuie avec enthousiasme la politique quebecoise a l'egard des groupes francophones en Amerique du Nord.

Le quatrieme chapitre aborde son passage en politique active. Candidat nationaliste independant en 1956, il est battu malgre l'appui tacite du parti liberal provincial. C'est en 1961 que Laporte devient depute liberal, pour faire suite a sa victoire dans la circonscription electorale de Chambly lors d'une election complementaire. Reelu un an plus tard lors des elections generales, Laporte devient ministre des Affaires municipales. Il pilote le projet de fusion des municipalites de l'ile de Jesus qui forme la ville de Laval. Le ministre songe a faire de meme avec l'ile de Montreal, mais il ne force pas la main aux elus. Suite au depart de George-Emile Laplame, Laporte devient le ministre des Affaires culturelles. Durant son passage a la direction de ce ministere de 1964 jusqu'a la defaite des liberaux en 1966, Laporte pilote relaboration d'une politique culturelle, qui demeure toutefois a l'etat de projet.

Le cinquieme chapitre traite des annees dans l'opposition officielle. Laporte occupe alors les fonctions de leader parlementaire de l'Opposition officielle. Par contre, ses prises de position, notamment son appui a la loi 63 reconnaissant le libre choix des parents en matiere d'education et a Pierre E. Trudeau lors des elections federales de juin 1968, lui attirent des ennuis, comme il le constate lors de la course a la direction du parti liberal. Malgre l'appui de 18 deputes, la campagne de Laporte connait de nombreuses difficultes. D'abord, l'establishment du parti lui prefere le jeune economiste Robert Bourassa. Ensuite, le financement de sa campagne cause des maux de tete a ses organisateurs. Enfin, les militants lui preferent Robert Bourassa. Les sondages le donnent d'ailleurs perdant. Meurtri, Laporte se resigne cependant a demeurer membre du parti liberal du Quebec.

Reelu en avril 1970, Laporte accede au cabinet en occupant les postes de ministre du Travail, de la Main-d'oeuvre et de l'Immigration ainsi que celui de leader parlementaire. Il connait un ete mouvemente avec la greve dans l'industrie de la construction. Quant aux evenements du FLQ, Laporte est kidnappe et meurt le 17 octobre. Le dernier chapitre permet a Panneton de retablir les faits au sujet des pretendus liens entre Laporte et le monde interlope. Il cite les conclusions de la Commission de police du Quebec qui affirme, en 1974, qu'il n'y a aucun lien entre Laporte et le monde interlope. Par ailleurs, Panneton precise que ces accusations naissent au moment de la course a la direction du parti liberal du Quebec. Alors que Laporte cherche desesperement des fonds pour sa campagne, quelquesuns de ses organisateurs contactent un membre de la maria. Ce dernier indique aux organisateurs qu'il est impossible de financer cette campagne, puisque Laporte n'a aucune chance de devenir le prochain chef du parti.

Redigee dans un style clair, la biographie interessera ceux qui veulent decouvrir ou redecouvrir l'homme. Par contre, elle n'apporte rien de nouveau sur l'episode tragique de sa mort.

MARCEL MARTEL

Universite York
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Author:Martel, Marcel
Publication:Labour/Le Travail
Article Type:Book review
Date:Mar 22, 2013
Words:1029
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