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Jazz libre : << musique-action >> ou la recherche d'une praxis revolutionnaire au Quebec (1967-1975).

ABSTRACT

Based on focus group interviews of front line staff, this study explored the lived experiences of workers in the developmental services sector in Ontario. The workers were employed at non-profit organizations and provided a range of community and social services to people with developmental disabilities. The impact of government austerity exacerbated chronic problems facing workers in the sector. Common themes in the work experiences included an intensification of workloads, the degradation of services with the return of custodial care, more complex labour relations, and unique forms of solidarity that extended beyond traditional union models. The study demonstrates how workers strive to overcome the barriers to street-level advocacy.

RESUME

Basee sur des entretiens de groupes de discussion des travailleurs de premiere ligne, cette etude a explore les experiences vecues par les travailleurs dans le secteur des services de developpement en Ontario. Les travailleurs etaient employes dans des organismes a but non lucratif et avaient fourni une gamme de services communautaires et sociaux aux personnes ayant une deficience intellectuelle. L'impact de l'austerite du gouvernement a aggrave les problemes chroniques auxquels sont confrontes les travailleurs dans le secteur. Les themes communs dans les experiences de travail incluent une intensification de la charge de travail, la degradation des services avec le retour des soins de garde, plus les relations de travail complexes et des formes uniques de solidarite qui prolongent au-dela des modeles syndicaux traditionnels. L'etude montre comment les travailleurs cherchent a surmonter les obstacles pour plaidoyer aupres du grand public.

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Le Petit Quebec libre est un lieu << de creativite, de liberte, de vacances politiquement utiles et i-nou-blia-bles >>, peut-on lire sur un tract que les musiciens du Jazz libre (1) distribuent dans les reseaux syndicaux montrealais au debut des annees 1970 (2). Issu de la gauche independantiste de l'epoque, ce collectif d'improvisateurs administre une commune socialiste situee dans la municipalite de Sainte-Anne-de-la-Rochelle dans les Cantons de l'Est, Ce projet a comme objectif premier de << creer les conditions necessaires a l'edification de l'organisation revolutionnaire des Quebecois, [de] lutter contre le spontaneisme, le reformisme et la separation de la theorie et de la pratique (3) >>. Le Petit Quebec libre comprend un centre d'information, des ateliers d'art, une erabliere ainsi qu'une grange qui sert aux rencontres et aux concerts. Un grand terrain de camping est aussi mis gratuitement a la disposition d'ouvriers qui souhaitent y passer leurs vacances. Plusieurs d'entre eux repondent d'ailleurs a l'appel du Jazz libre et se rendent a Sainte-Anne-de-la-Rochelle lors du premier week-end du mois de septembre 1972. Cette << Grande Fete des Travailleurs (4) >> dure quatre jours et culmine avec une performance de musique free jazz; selon son habitude, le Jazz libre ponctue sa prestation avec une interpretation jazzee de << L'Internationale >>.

Yves Charbonneau, trompettiste et cofondateur du groupe, explique en quoi cet hymne revolutionnaire, compose en 1871 par le communard francais Eugene Pottier, est porteur de sens dans le Quebec des annees 1960 et 1970: << Nous jouons et chantons l'internationale parce que nous y croyons et qu'elle est veritablement internationale comme la musique d'ailleurs, comme toute action de liberation. Pour nous, il y a deux cultures comme il y a deux classes : les exploiteurs ont la leur, nous avons la notre (5). >> Le free jazz est lui aussi porteur de sens pour les membres du Jazz libre. Il est pour eux--au meme titre que << L'Internationale >>--le symbole sonore universel de la lutte des peuples opprimes.

Cette musique emane des quartiers afro-americains du nord-est des Etats-Unis au tournant des annees 1960. Ses ambassadeurs (Albert Ayler, Omette Coleman, Archie Shepp et Sunny Murray, pour ne nommer que ceux-la) adoptent, tout au long de la decennie, une posture combative en rejetant toute convention stylistique afin d'experimenter avec la forme, l'instrumentation et les sons. Ils eliminent d'abord la dictature du tempo et celle de la progression harmonique pour ensuite deployer un langage musical novateur base sur des improvisations collectives a l'interieur desquelles tous, y compris les membres de la section rythmique, parviennent a s'affranchir. Ils creent ainsi une musique libre--souvent stridente et deroutante--en faisant fi des attentes des critiques et de celles de l'industrie du divertissement (6).

Les premiers theoriciens du free jazz soutiennent que cette musique est le reflet d'une radicalisation de la diaspora africaine aux Etats-Unis et qu'elle ne peut etre dissociee du nationalisme noir ou du contexte global des luttes de decolonisation (7). Leurs ecrits suscitent de vives reactions chez les musiciens, critiques et theoriciens qui souhaitent evaluer cette pratique artistique en termes strictement musicaux (8). Cette polarisation des debats mene eventuellement a une approche ethnomusicologique visant a delimiter la portee sociale de l'improvisation en musique. Daniel Fischlin et Ajay Heble soutiennent : << Improvised music takes the materials of existence--knowing, community, and instruments--and reshapes the possible relations they have with each other (9). >> Le parallele qu'ils etablissent entre pratique musicale et pratique sociale renvoie en quelque sorte aux ecrits de Pierre Bourdieu sur les mecanismes de distribution du pouvoir dans le << champ de production culturelle (10) >>. Paul Lopes remarque toutefois que le sociologue francais--en insistant sur l'opposition art bourgeois/art populaire et sur la quete de l'artiste d'un capital symbolique ou economique--neglige l'existence d'un souschamp oU prend forme une veritable musique de resistance (11). Ingrid Monson poursuit cette analyse en etudiant dans le detail les correlations entre discours et pratiques chez les musiciens de jazz americains. Elle conclut que ceux-ci participent au deploiement d'une praxis visant a contourner les contraintes structurelles--et denoncer le racisme institutionnel--propres a l'industrie du disque et du spectacle. Ces artistes contribuent ainsi a la creation d'un sous-champ de production culturelle qui se veut en rupture avec celui de l'Amerique capitaliste blanche (12). Le cadre de son etude ne permet cependant pas a Monson de situer les musiciens blancs, tels ceux du Jazz libre, qui clament leur appartenance a cette culture d'opposition, et ce, meme s'ils improvisent sous l'influence d'autres discours et a l'interieur de structures sociales distinctes.

La << musique-action (13) >> du Jazz libre plonge ses racines dans les chroniques << Jazz dans la vie quotidienne >> et << Interpretation de la vie quotidienne >> que signe Patrick Straram pour la revue Parti pris durant les annees 1960. Installe a Montreal depuis 1958, cet expatrie situationniste et sympathisant marxiste-leniniste souhaite amener ses lecteurs a developper une ecoute engagee du free jazz. Il s'inspire de l'ecrivain activiste afro-americain LeRoi Jones qui affirme en 1963 : << This recent music is significant of more "radical" changes and re-evaluations of social and emotional attitudes toward the general environment (14). >> Straram suit aussi les traces du critique francais Jean-Louis Comolli pour qui le free jazz est une musique universelle. Ce dernier soutient dans Jazz magazine que << si le nouveau "jazz" est d'abord une musique de la revolution noire, la revolution elle-meme ne s'embarrasse pas de couleurs et les arbore toutes (15) >>. Comolli adhere a la these que (1) efree jazz est rattache a la lutte menee par la collectivite afro-americaine contre l'Amerique blanche, mais il insiste pour inscrire celui-ci dans le contexte d'un combat anti-imperialiste international. Cette lecture est porteuse de sens pour la gauche parisienne au lendemain de la guerre d'Algerie, bien qu'elle vise non pas a legitimer une appropriation de cette musique par des musiciens francais, mais plutot a promouvoir une ecoute solidaire et engagee de cette << pratique de l'art militant (16) >>. De son cote, Straram ne croit pas necessaire de distinguer entre ces deux avenues possibles; du moins, pas de son cote de l'Atlantique. Il note d'ailleurs que les Francais ne peuvent que prolonger << d'une interpretation morale et intellectuelle la sensation eprouvee >> pour le jazz alors que l'integration au Quebec de cette musique est pour lui une evidence meme (17).

A l'instar de Comolli, Straram soutient que le free jazz est un instrument de liberation faconne par une collectivite en quete d'une praxis a la fois anticapitaliste et anti-imperialiste, avec cette difference qu'il concoit sa propre communaute d'appartenance comme etant, elle-meme, une nation colonisee. Il milite pour une << appropriation necessaire >> de cette pratique musicale, car il est convaincu que les Quebecois--en tant que minorite francaise en Amerique du Nord--sont bien places pour se laisser mouvoir par sa puissance insurrectionnelle (18). Il est persuade que sa diffusion constitue un moyen d'amener l'individu quebecois colonise--celui que Pierre Vallieres qualifie de << negre blanc d'Amerique (19) >>--a passer au stade de revolutionnaire en tissant des liens de solidarite avec son homologue afro-americain. L'ecoute engagee chez Straram s'appuie sur une metaphore ebauchee dans les pages de la Revue socialiste au debut des annees 1960. << Le Quebec est une colonie et la premiere lutte a faire est de decoloniser (20) >>, avait scande Raoul Roy alors qu'Andre Major, futur partipriste, avait declare que la situation des << damnes de la terre >>, Algeriens et autres nations aux prises avec des regimes coloniaux, etait semblable a celle des Canadiens francais d'Amerique que l'histoire avait contraints--d'abord en 1760 puis encore en 1867--de negocier avec le pouvoir anglo-saxon (21).

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Fondee en 1963, Parti pris reprend le theme de la decolonisation afin de promouvoir son projet d'un << Etat libre, laique et socialiste (22) >>. Le << socialisme decolonisateur >> des partipristes postule que les Quebecois subissent un double niveau d'oppression (en tant que nation et classe sociale) sur plusieurs plans (economique, politique et culturel) au sein de la Confederation canadienne (23). Leurs ecrits constituent le cadre theorique a partir duquel Vallieres approfondit son etude de la domination anglo-saxonne au Quebec. Publie en 1968 aux Editions Parti pris, Negres blancs d'Amerique paracheve l'idee selon laquelle la condition du proletariat quebecois est analogue a celle de la diaspora africaine aux Etats-Unis :

Ces negres, qui n'ont pas tous la peau de la meme couleur, qui ne parlent pas tous la meme langue, qui croient en des prophetes differents, qui habitent des ghettos etrangers les uns des autres et qui subissent de diverses facons la dictature du meme systeme economique, politique et social, tous ces negres que les esclavagistes, les businessmen et les politiciens s'ingenient, depuis des siecles, a dresser les uns contre les autres pour mieux les exploiter et les maintenir dans l'impuissance, savent, aujourd'hui, que la liberte et la paix, dans ce monde d'argent, de violence et d'oppression, ne peuvent se conquerir que par la force du nombre et des armes (24).

La revolution sera nationale et socialiste scande Vallieres dans cet ouvrage dynamisant pour la gauche radicale. Straram ajoute sa voix au chorus lorsqu'il affirme :

Le rapport culturel evident pour moi des les origines entre communaute noire << deplacee >> aux Etats-Unis et la communaute francaise faite deplacee au Canada, ce rapport se trouve etre ainsi accentue crucialement et mis inexorablement en situation par une meme necessite aujourd'hui evidente de l'insurrection a fins d'identification--et par option politique et par approfondissement (tant des formes que dans le sens d'une societalisation) de langages (25).

Partant de ce postulat ideologique, Straram soutient que seule l'<< ignorance >> peut expliquer que le << Quebecois n'ait pas encore pressenti et tente de concretiser l'evidence du rapport qui le fait solidaire du Noir americain (26) >>. Le free jazz est pour lui une praxis revolutionnaire quotidienne, c'est-a-dire une musique de liberation susceptible d'engendrer une prise de conscience et un desir d'action tant pour les musiciens que pour le public. C'est pourquoi il tient << pour l'une des guerillas a commencer des maintenant ... , le travail d'education pour l'integration du Quebecois au jazz (27) >>.

Fonde a Montreal en 1967, le Jazz libre se decouvre etre un allie inespere dans ce projet (28). Son deplacement vers l'action sociale et le militantisme politique n'est toutefois pas soudain; il est tributaire d'une demarche experimentale orientee vers la recherche de nouvelles experiences de communication et de nouveaux modes d'organisation. A ses debuts, le groupe se fait l'ambassadeur du. free jazz au sein de la scene musicale montrealaise. Il appuie meme Robert Charlebois et Louise Forestier dans leurs efforts pour renouveler la chanson quebecoise, mais il se lasse rapidement du showbiz (29). Interpelles par les discours de l'epoque sur la decolonisation quebecoise et sur le potentiel mobilisateur du free jazz, les membres du Jazz libre ressentent le besoin de preciser les fondements theoriques de leur demarche. Jean Prefontaine, saxophoniste et aine du groupe, pose alors les questions suivantes :

Est-ce une coincidence si le premier groupe canadien, et, a notre connaissance, le premier groupe de << Blancs >> reellement << engages >> dans le jazz libre, est compose de Canadiens francais, separatistes, a tendance socialiste plus ou moins radicale selon les individus[?] N'a-t-on pas parle des << negres blancs >> d'Amerique du Nord et de la << quebecitude (30) >>?

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Des lors, le Jazz libre fait de ses improvisations collectives un vecteur d'organisation et de resistance. Ses nombreuses initiatives--les concerts-forums qu'il destine aux etudiants et aux travailleurs, la colonie artistique autogeree qu'il fonde a Val-David et la commune socialiste qu'il etablit a Sainte-Anne-de-la-Rochelle--ont pour objet de faire converger les courants d'opposition qui traversent le Quebec a l'epoque. Durant ses huit annees d'existence, le Jazz libre tisse des liens non negligeables avec le Conseil central des syndicats nationaux de Montreal (CCSNM), le Front de liberation du Quebec (FLQ) et le Front de liberation des femmes (FLF). Le groupe met tout en oeuvre pour inscrire sa demarche au centre du projet d'un Quebec socialiste et independant. Sa principale caracteristique, et ce qui le distingue des autres ensembles jazz de la metropole, se trouve dans son engagement et sa pensee politique (31). Charbonneau resume la vision du groupe lorsqu'il affirme : << Avant d'etre musicien, je suis revolutionnaire. Au lieu d'avoir une mitraillette, j'ai une trompette. Aux autres, je preche la liberte en disant : jouez libre, vous aussi (32). >>

La presente etude interroge le discours politico-culturel sur lequel la << musique-action >> du Jazz libre repose. Elle propose une analyse elargie de la piece occupee par le free jazz dans les mouvements de resistance au pouvoir durant les annees 1960 et 1970 (33). L'aventure du Jazz libre permet de penser cette musique en tant que pratique universelle sans mettre en doute son role mobilisateur pour la diaspora africaine aux Etats-Unis. L'analyse proposee ici permet aussi d'eclairer le volet culturel du militantisme deploye au Quebec pour << contester l'empire (34) >>. Sean Mills souligne la dimension transnationale de l'activisme politique qui marque le Quebec des annees 1960. Il met aussi en lumiere les trajectoires croisees qu'empruntent differents groupes radicaux tout en insistant sur les filiations qui existent entre les mouvements issus du tiers-monde et ceux campes dans une metropole comme Montreal (35). A partir de 1970, << les idees anti-imperialistes sont maintenant au coeur de la facon d'imaginer la solidarite ouvriere et la democratie economique >>, explique Mills (36). En retracant le parcours emprunte par le Jazz libre, les paragraphes ci-dessous mettent en relief a la fois ce vaste reseau de militantisme et l'important role joue par les travailleurs culturels dans le Quebec de la periode suivant la Revolution tranquille.

L'appropriation du free jazz par les membres du Jazz libre constitue la quete d'une praxis revolutionnaire visant a legitimer le projet d'un Quebec socialiste et independant en le situant dans un processus historique marque par la decolonisation. Cette appropriation s'inscrit en continuite avec le socialisme decolonisateur des partipristes et l'idee que les travailleurs du Quebec subissent un double niveau d'oppression : c'est-a-dire un etat d'alienation determine par des << antagonismes internes (de classe) et externe[s] (d'une nation a une autre) (37) >>. Les discours articules et les pratiques employees par le Jazz libre dans ses rapports avec la classe ouvriere ouvrent une fenetre importante sur les strategies employees par la gauche independantiste pour promouvoir la democratie culturelle et mener a terme son projet revolutionnaire. L'analyse qui suit s'appuie sur une vaste collection de documents d'archives (correspondances, notes personnelles, documents administratifs, affiches, videogrammes et enregistrements sonores) ainsi que sur des entretiens realises par l'auteur avec d'anciens membres et des proches du groupe. Elle se deploie en trois temps selon les themes suivants : communication, organisation et participation.

Communication

Charbonneau, Prefontaine et leurs collegues misent d'abord sur la communication dans leurs efforts pour deployer leur praxis anticolonialiste et anticapitaliste. Ils developpent, des 1968, la formule du concert-forum : une soiree de musique et d'echanges en trois parties. En premier lieu, le groupe initie le public au free jazz en proposant de courtes improvisations suivies d'explications portant sur l'histoire de cette musique. La seconde partie prend la forme d'un forum pendant lequel le public est invite a discuter avec les musiciens de la portee sociale du jazz. La soiree se termine avec une seance d'improvisation collective a laquelle le public est convie. Cette approche didactique a comme objectif de susciter une prise de conscience chez les spectateurs. Les membres du Jazz libre soutiennent que l'improvisation collective constitue un moyen de decouvrir << un peu de liberte, par la communication, la responsabilite et l'egalite (38) >>. Ils distribuent aussi des tracts qui expliquent que le free jazz est ancre dans << les structures sociales >> et qu'il ne peut etre une << fuite hors du monde >> puisqu'il est un << art de la contestation (39) >>.

Le Jazz libre partage d'abord ce message lors de concerts-forums tenus sur differents campus (entre autres le Centre culturel de l'Universite de Sherbrooke et le Centre de transition de l'Universite du Quebec) (40). Le groupe se deplace ensuite vers les cafes, les tavernes, les parcs, les maisons de travailleurs et les centres de loisirs des quartiers ouvriers de la metropole. Il beneficie pour cela d'une subvention octroyee par le Programme des initiatives locales. Intitulee << le jazz libre du Quebec >>, l'initiative 211-2437 s'etale sur une periode de dix mois (du 1er fevrier au 30 novembre 1972) et s'accompagne d'une subvention de 85 000 $. Une quarantaine de personnes--27 hommes et 13 femmes--travaillent sur cette tournee de seances d'animation dans des << milieux culturellement defavorises >> tel le quartier Pointe-Saint-Charles. Le groupe a comme objectif de contribuer a la << democratisation de l'accessibilite a la culture >> et de promouvoir la << musique comme moyen de communication (41) >>.

Le Jazz libre profite de cette tournee pour mener une enquete sociologique sur les habitudes de consommation culturelle de ses nombreux publics. Ce n'est pas de << l'espionnage du federal >>, precise Prefontaine avec un brin d'humour. Il explique que ce questionnaire vise a << comparer jusqu'a quel point le revenu hebdomadaire ou quotidien de quelqu'un influe enormement sur sa capacite d'avoir acces a la culture (42) >>. Les musiciens s'interrogent sur le type d'emissions televisees que les gens ecoutent, le nombre d'heures qu'ils passent devant leur ecran cathodique, le nombre de spectacles qu'ils peuvent se payer par annee et leurs preferences entre une piece de theatre, un concert de musique classique, un spectacle de musique populaire, une projection cinematographique et une partie de hockey (43). Il est malheureusement impossible de connaitre les resultats de cette enquete, mais il n'y a aucun doute que cette strategie de communication fait partie integrante des efforts deployes par le Jazz libre pour communiquer aux gens l'urgence de << se donner les moyens d'avoir acces a la culture (44) >>.

Ces initiatives visent a promouvoir la democratie culturelle au sein des populations defavorisees, et ce, afin qu'elles puissent << meubler ... leurs loisirs de facon creatrice >> et s'activer dans << une atmosphere d'egalite et de liberte (45) >>. Le Jazz libre concoit l'improvisation en musique comme une pratique emancipatrice. Elle est la praxis par laquelle doit naitre une veritable culture quebecoise. Cette derniere doit se faire << dans un processus de liberation >>, explique Charbonneau. Il ajoute que c'est une affaire de lutte des classes et c'est pourquoi les bourgeois <<calissent leur camp>> quand le groupe joue agressif (46). De leur cote, les travailleurs en redemandent, explique Prefontaine. Celui-ci se souvient d'une soiree a discuter avec un syndicaliste intoxique par l'alcool. Le travailleur avait d'abord ete desoriente par la performance du Jazz libre, mais il avait finalement embarque dans la musique. Il avait dit a Prefontaine: "Tabernacle, c'est la musique que les travailleurs ont le plus besoin au Quebec, parce que quand vous avez fini de jouer ... moe je me sentais completement libere ... ca m'avait detendu au boutte de vous ecouter ... il faudrait que tous les travailleurs viennent et vous ecoute (47).>> De tels temoignages motivent le groupe a poursuivre ses efforts.

Pour cela, il peut compter sur l'appui du CCSNM. Fernand Foisy, syndicaliste et proche collaborateur de Michel Chartrand, se souvient que l'organisation avait un <<prejuge favorable>> envers des artistes tels que Charbonneau et Prefontaine (48). Le CCSNM fournit du papier, imprime des documents et diffuse des communiques pour le Jazz libre. Prefontaine recoit aussi du courrier et des messages telephoniques aux bureaux de l'organisation. Les musiciens vont meme jusqu'a emprunter 4 000 $ a meme la Caisse d'economie de la Confederation des syndicats nationaux (CSN). Ce pret permet au groupe de lancer sa tournee de concerts-forums a l'hiver de 1972 alors qu'il est dans l'attente de sa premiere subvention du Programme des initiatives locales (49). Prefontaine et ses confreres se retrouvent ensuite sur scene, aux cotes de Chartrand, lors d'une soiree organisee dans la foulee des evenements qui accompagnent le front commun intersyndical. Les musiciens ponctuent la fin du discours du leader syndicaliste avec leurs instruments, ce qui incite, a coup sur, le public a scander: <<Ce n'est qu'un debut, continuons le combat (50).>> Ce parti pris pour le Jazz libre resulte d'un desir d'eveiller une conscience politique chez les travailleurs en promouvant la democratie culturelle.

Le CCSNM partage avec le Jazz libre le projet d'un Quebec socialiste et independant au debut des annees 1970 (51). Son comite executif reprend les theories partipristes sur le double niveau d'oppression des travailleurs quebecois et insiste sur le fait que l'on ne peut pas dissocier la domination politique de la domination economique et culturelle (52). Les Congres du CCSNM sont l'occasion de denoncer a la fois la <<culture bourgeoise>> des elites et la <<culture de masse utilitaire (53)>>. Victor Leroux, responsable de l'education pour l'organisation syndicale, note dans son rapport: <<Je ne crois pas que [Jean] Beliveau, Mack Jones ou Chrysler seront les liberateurs de la classe ouvriere quebecoise (54).>> Voila pourquoi il faut <<donner libre cours aux formes populaires d'expression et de communications>>, peut-on lire dans la Declaration de principes de 1972 (55). Les rapports, resolutions, declarations et communiques prepares dans le cadre de ces congres soulignent que les projets collectifs autogeres jouent un role important dans la lutte contre le capitalisme et l'imperialisme.

Le Theatre des travailleurs est une composante importante du volet culturel de cette lutte. Le CCSNM appuie cette initiative depuis 1970 (56). Mieux connu sous le nom l'Engrenage, ce collectif d'animateurs prepare la <<revolution culturelle>> et vise l'eveil du travailleur <<en opposant [au pouvoir culturel etabli] une contre-publicite et une contre-culture nees de l'expression populaire meme (57)>>. Jean-Pierre Compain, Charlotte Boisjoli et Lise Rose dirigent divers ateliers d'animation plastique et theatrale. Une soixantaine de travailleurs participent aux creations collectives de l'Engrenage. Parmi eux se trouve Patrice Beckerich, un ancien>> gars de Lapalme (58)>> recrute pour ses talents de percussionniste. Tous repetent dans un local fourni par le CCSNM. Leurs creations--des oeuvres picturales, des poemes et des pieces de theatre--s'appuient sur l'idee que l'art est <<un outil de transformation sociale (59)>>. Le Jazz libre et le Theatre des travailleurs poursuivent, de toute evidence, des objectifs similaires. Voila pourquoi cette troupe monte sur la scene du Petit Quebec libre le samedi 24 juin 1972. C'est a ce moment que Beckerich fraternise avec Prefontaine et prend la decision de se joindre au Jazz libre. Sans batteur depuis quelque temps, le collectif recoit a bras ouvert ce nouveau musicien fort de son experience de militant ouvrier et de percussionniste au sein du Theatre des travailleurs (60).

Organisation

La creation d'un Quebec socialiste et independant passe aussi par l'organisation. Le groupe fait un premier pas dans cette direction en fondant la Colonie artistique de Val-David au mois de juin 1970. Cette initiative a comme but de <<[d]emystifier l'art [et de] le rendre populaire et accessible a tous (61)>>. Pendant tout l'ete, le Jazz libre oeuvre a la mise sur pied d'ateliers de musique, de theatre et d'arts plastiques. Cet effort improvise pour democratiser l'acces a la culture culmine avec un <<festival anti-capitaliste (62)>>. Cette fete populaire attire pres de 3 000 personnes venues ecouter des artistes qui ont accepte de performer gratuitement pour souligner la fete du Travail. Le Jazz libre organise le tout avec l'aide de groupes rock, tels que Dyonisos et Nouvelle Frontiere. Des membres du Mouvement de liberation du taxi, du Front de liberation populaire et du Front d'action politique appuient aussi le travail de Charbonneau et de ses complices (63). Cette convergence ponctuelle de groupes et d'associations autour du Jazz libre temoigne du travail accompli durant la saison estivale. Un article publie dans le premier et seul numero du journal radical La Claque explique que <<[t]out l'ete a ete un build-up, une sorte de cheminement de la societe ... vers son eclatement naturel et sa refonte en un bloc solide, uni (64)>>. Le texte n'est pas signe, mais son auteur est fort probablement Pol Chantraine. Celui-ci est coresponsable, avec Vallieres, d'une partie du contenu de cette publication. Il est aussi un des organisateurs des activites de la Colonie artistique de Val-David.

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Ce festival ne manque pas d'attirer l'attention des forces de l'ordre. La Surete du Quebec (SQ) apprend la tenue de cet evenement par l'intermediaire du Journal de Montreal (65). Elle s'inquiete de la presence a Val-David d'individus <<reconnus comme des adeptes de narcotiques [et] organisateurs d'orgies [...] de tous genres (66)>>. La tenue d'un festival de musique rock a Manseau, un mois auparavant, avait permis aux agents de la SQ d'observer de pres les exces de la jeunesse contre-culturelle. Certains d'entre eux s'etaient infiltres parmi les festivaliers sous le couvert de l'anonymat. Ils avaient constate la facilite avec laquelle les drogues recreatives circulaient lors de tels evenements (67). Ils ont donc les yeux tournes vers Val-David dans les jours qui precedent le festival du Jazz libre. Chantraine et Charbonneau n'hesitent d'ailleurs pas a denoncer la repression et la surveillance policiere dont ils se disent victimes (68). La SQ n'effectue aucune arrestation a Val-David, mais elle saisit des <<journaux revolutionnaires, ainsi qu'une bande magnetique contenant l'enregistrement d'une reunion des Black Panther aux Etats-Unis (69)>>. D'abord troubles par le caractere contre-culturel de l'evenement, les policiers de la SQ prennent note du discours revolutionnaire qui anime les organisateurs de la Colonie artistique.

Ils n'ont pas tout a fait tort puisque c'est a Val-David que Charbonneau et Prefontaine rencontrent les felquistes Paul Rose et Francis Simard. Ceux-ci proposent au Jazz libre de demenager sur une ferme ayant auparavant servi de repaire pour le FLQ. Les seules conditions qu'ils imposent sont de mettre sur pied un centre de politisation et d'assurer la gratuite des activites et des services offerts (70). Charbonneau et Prefontaine acceptent sans hesitation. L'experience acquise a Val-David et la demarche musicale du groupe motivent les deux musiciens a opter pour un modele d'organisation communale. L'organisation et l'administration de la commune sont donc soumises a un processus analogue a l'improvisation collective en musique; toutes les decisions sont prises en groupe a la suite de longs echanges qui visent a reconcilier voix individuelles et voix collectives. Ainsi nait le Petit Quebec libre.

Cette commune socialiste n'existe toutefois pas en vase clos. Contrairement aux communes neo-rurales de la contre-culture, le Petit Quebec libre est un laboratoire ouvert ou convergent differentes factions de la gauche independantiste afin d'elaborer des strategies de resistance au pouvoir (71). Charbonneau et ses confreres communards refusent <<d'etre une societe parallele ... sans rayonnement politique et social (72)>>. Ils souhaitent renverser l'ordre etabli en offrant aux travailleurs un environnement ou ils peuvent se reposer, s'informer et s'organiser. Le felquiste Francois Mario Bachand, dans une lettre envoyee de Paris, rappelle d'ailleurs aux communards qu'ils doivent s'assurer de <<recruter un noyau solide forme de fils, filles d'ouvriers ou ouvriers (73)>>. Le message est recu comme l'indique le manifeste du Petit Quebec libre:

Fils et filles de travailleurs ... NOUS VOULONS, a partir d'une experience communautaire, contribuer a la liberation individuelle et collective des Quebecois ...

NOUS VOULONS, par nos propres moyens et avec l'aide des patriotes, que le PETIT QUEBEC libre soit l'affaire de tous les travailleurs quebecois, leur propriete et leur realisation collective (74).

Le Jazz libre diffuse son message dans les reseaux syndicaux afin d'inciter hommes et femmes a prendre part a ce projet collectif.

Les communards du Petit Quebec libre mettent gratuitement un large terrain de camping a la disposition des travailleurs et des travailleuses qui souhaitent venir se reposer a la campagne. Ils organisent des ateliers educatifs ainsi que des concerts et des projections cinematographiques portant sur des sujets politiques. La Saint-Jean et la fete du Travail sont l'occasion d'inviter les gens de Montreal a faire le voyage vers Sainte-Anne-de-la-Rochelle afin de s'organiser et de celebrer. Les travailleurs de la region sont eux aussi invites: <<Si ca vous tente de rencontrer des TCHUMS le jeudi 24 [juin], venez faire un tour a ferme on vous attend>>, peut-on lire dans les pages du journal de la commune (75). Le Jazz libre devance en quelque sorte la Caisse d'economie des travailleurs reunis de Quebec (CETRQ) qui lance, en 1973, le projet Village Vacances Famille--un lieu de repos abordable pour des vacanciers de la classe ouvriere (76). Le Petit Quebec libre est gratuit pour <<ceux qui sont casses (77)>>. Les autres participent au projet comme ils peuvent, selon leurs moyens ou leurs habiletes. Les communards se financent en mettant en commun leurs revenus (cachets de performance, salaires, allocations familiales, prestations d'assurance emploi, etc.). Ils lancent aussi un <<$O$>> aux syndicats pour payer le loyer (un montant symbolique de 1 $ par annee), les taxes municipales (250 $ annuellement) et l'hypotheque (un paiement annuel de 2 000 $) de la ferme (78).

Le Jazz libre sollicite l'interet des travailleurs par l'intermediaire du journal Le P'tit Quebec libre (79). Tiree a 3 000 exemplaires, cette publication sert a diffuser de l'information concernant les activites de la commune et a renseigner le lectorat sur la <<situation des travailleurs quebecois sur le plan economique, politique, social et culturel (80)>>. On y presente une synthese des theories marxistes sur la lutte des classes et on y denonce l'exploitation capitaliste sous toutes ses formes. Le comite de redaction du journal manifeste son appui a certains travailleurs, entre autres aux employes de l'usine Bombardier de Valcourt et aux employes de l'usine Montrose Worsted de Granby (81). Il offre ses conseils en matiere d'organisation et rappelle aux travailleurs que le modele des cooperatives, quoique constructif, n'est qu'une solution partielle au <<renversement du systeme capitaliste (82)>>. Il resume ensuite pour les grevistes leurs <<droits et devoirs en cas d'arrestation (83)>>. Il les invite finalement a moderer leur consommation d'alcool de maniere a rester engages dans la revolution. Le journal denonce fermement les travailleurs qui choisissent de se <<defouler dans la biere>> et les gauchistes qui <<a cause d'un sentiment de culpabilite vont se saouler a la sante des Patriotes (84)>>. Dans un langage parfois cru et sans prendre de detour, le comite de redaction denonce l'imperialisme anglo-saxon et le capitalisme:

Tabarnak, on est tous des hommes, on est tous pareils, c'est par notre engagement qu'on se definit en tant que tel. Y a d'la marde dans l'systeme ... pis d'la marde ben j'pense ben qu'on en a tous assez mange, (les gars de Lapalme itou ...). T'as le choix, te libre! Libre de quoi, de collaborer a creer, ou a laisser l'injustice t'affaiblir. Nous le peuple quebecois, vous les noirs prisonniers des ghettos que la tyrannie bourgeoise laisse crever dans les villes, dressant clotures pour mieux cacher ses ordures (85)!

Les communards du Petit Quebec libre s'approprient aussi l'image du <<vieux patriote de 1837>> pour le transformer en ouvrier (86). Ils ne pronent cependant pas la violence, et ce, malgre l'utilisation d'un langage colore et d'une iconographie chargee de sens.

Charbonneau et Prefontaine tentent de se distancer du terrorisme felquiste afin de favoriser l'avenement d'un veritable front commun des mouvements d'opposition au pouvoir. Ce dernier est categorique: <<Il n'y aura pas de dynamite ici, pas de camp d'entrainement (87).>>. Selon lui, le terrorisme avait ete une <<etape necessaire et triste>> qui n'a plus sa place dans le Quebec des annees 1970 (88). Charbonneau tient le meme discours. Il explique, lors d'une soiree de musique et de cinema au Petit Quebec libre, que l'histoire du FLQ est celle de <<maudits beaux gars ... qui se sont sacrifies en fait pour le Quebec ... parce que le peuple n'etait pas pret>>. Il ajoute toutefois qu'il faut maintenant depasser le spontaneisme et entrer de plain-pied dans la periode suivant la crise d'Octobre, <<une periode d'organisation ... ou il faut que tous les Quebecois soient conscients de ce qui se passe (89)>>. Le FLQ occupe, sans conteste, une place importante, voire symbolique, dans le recit propose par les communards pour expliquer leur projet national, mais celle-ci se situe en amont du Petit Quebec libre. En d'autres mots, l'aventure felquiste est un maillon historique dans une chaine d'evenements devant mener a la concretisation d'un Quebec socialiste et independant. Apres tout, c'est arme d'une trompette, et non pas d'une mitraillette, que Charbonneau souhaite mener son combat.

Les femmes ont un role a jouer dans cette lutte comme le temoigne la place qu'on leur accorde dans les pages du journal de la commune. De nombreux textes traitent des efforts deployes par le FLF pour conscientiser la gauche independantiste au fait que l'on ne peut pas dissocier la liberation des femmes de celles de la nation quebecoise et de la classe ouvriere (90). Les communards se rallient derriere Lise Baker, une sympathisante condamnee pour outrage au tribunal apres avoir refuse de temoigner au proces de Paul Rose (91). Baker protestait contre le reglement qui empechait les femmes d'etre membres d'un jury. Le P'tit Quebec libre reproduit ensuite un long extrait d'un entretien que la revue Point de mire realise avec la militante. Cette derniere discute de son experience carcerale et des conditions sociales qui oppriment la femme. Elle articule aussi une critique severe des intellectuels qui pronent la revolution socialiste quebecoise: <<Les types de gauche, ils se battent contre une forme d'exploitation, mais quand il s'agit des femmes, ils sont de l'autre cote de la barriere. Un vrai revolutionnaire, ca se bat contre toutes les formes d'oppression sans exception (92).>> Le comite de redaction du journal s'interesse aussi au conflit qui oppose les ouvrieres de Granby a la World Wide Gum (93). On invite d'ailleurs celles-ci, tout comme leurs homologues de la metropole, a venir sejourner au Petit Quebec libre. Un service de garderie et des ateliers educatifs sont mis sur pied afin qu'elles puissent s'organiser et se reposer. <<Ne perdons pas notre temps et surtout pas nos loisirs ni nos vacances>>, peut-on lire sur un des tracts du Petit Quebec libre (94).

Ces vacances doivent cependant etre <<politiquement utiles>>, explique-t-on dans ce meme document (95). C'est pourquoi les communards mettent sur pied des ateliers de musique, de theatre et d'arts plastiques. Ils organisent aussi des <<soirees de camaraderie>> pendant lesquelles divers intervenants debattent de questions importantes, et ce, afin de promouvoir <<la stimulation politique des campeurs (96)>>. La projection de films--entre autres La bataille d'Alger (Gillo Pontecorvo, 1966), Taire des hommes (Pascal Gelinas et Pierre Harel, 1968) et On est au coton (Denys Arcand, 1976) (97)--sert souvent d'amorce pour ces discussions. Beckerich anime l'une de ces soirees pendant laquelle les campeurs visionnent Les gars de Lapalme (Arthur Lamothe, 1972). S'appuyant sur son propre parcours, il rappelle au public que l'expression <<les gars de Lapalme>> est un construit, c'est-a-dire <<un mythe>>. Il ajoute que ces hommes ne doivent pas etre reduits a un symbole, car ils sont avant tout des travailleurs comme d'autres que le capitalisme et l'imperialisme oppriment: <<On est tous des travailleurs, on est pogne ... on est fucke dans le meme systeme (98).>> Cette intervention est en harmonie avec la chanson theme des <<gars de Lapalme>>:

Vraiment ce sont des hommes

Ils n'ont peur de personne

Ils luttent pour la fierte

Les droits, la liberte

De tous les travailleurs

Du Quebec ou d'ailleurs

Contre l'imperialisme

Et le capitalisme (99).

Beckerich reprend ces propos revolutionnaires afin d'eveiller la conscience collective du public et l'inviter a prendre part a ce projet d'un front commun.

Tout ce travail de mobilisation fait glisser le Jazz libre dans la mire des forces de l'ordre. Celles-ci avaient visite la ferme de Sainte-Anne-de-la-Rochelle a plusieurs reprises durant la crise d'Octobre. Elles n'avaient pas fait d'arrestation, mais Charbonneau soutient qu'il avait tout de meme failli y passer apres que des policiers avaient confondu sa trompette avec une arme a feu (100). La Gendarmerie royale du Canada (grc) avait par la suite recu d'une source anonyme cinq documents ramasses a la Maison du chomeur de Granby: un article de La Voix de l'Est, le proces-verbal d'une reunion tenue le 19 mai 1971 a la Maison du chomeur, une copie du Manifeste du Petit Quebec libre ainsi que des exemplaires des premiers numeros des journaux Fete des Travailleurs et Le P'tit Quebec libre (101). Quelques semaines plus tard, cette meme source faisait parvenir un second proces-verbal et un autre exemplaire du journal de la commune a la GRC. Cette derniere avait deja en sa possession plusieurs autres numeros parmi ceux recueillis par des informateurs dans les locaux de la CSN a Granby et parmi ceux du collectif d'etudiants Deux mai a Quebec (102). Les agents de la GRC sont alors preoccupes par le fait que la grange du Petit Quebec libre peut accueillir plusieurs centaines de personnes. Leur enquete vise a identifier les membres permanents de la commune afin d'en savoir davantage sur leurs idees revolutionnaires. Un rapport redige a la fin de l'ete signale la presence de presumes terroristes sur le site et la tenue prochaine d'une reunion a laquelle doivent participer des groupes militants americains tels que le Black Panther Party et le Weather Underground (103).

Les agents de la GRC ont de toute evidence une source fiable puisque la rencontre a lieu au debut du mois de septembre 1971, comme prevu, autour du long week-end de la fete du Travail. Pendant une semaine, les communards du Petit Quebec libre hebergent des membres du Black Panther Party et des membres des groupes Weather Underground, Young Lords, Chicanos, Free Vermont et Mayday. Plus d'une centaine de militants participent a ce colloque organise par l'Association des patriotes vietnamiens de Montreal. Cet evenement s'inscrit dans la suite de la Journee internationale de solidarite avec les prisonniers politiques qui avait eu lieu a Montreal le 19 aout 1970 : plusieurs des groupes ci-dessus y etaient dans le but de promouvoir << la solidarite active de tous les militants revolutionnaires du monde (104) >>. La << semaine internationale >> du Petit Quebec libre vise un objectif similaire tout en permettant une reflexion collective sur les strategies a employer pour vaincre le capitalisme et mettre fin a la domination imperialiste. Charbonneau soutiendra plus tard que les communards n'ont pas participe de maniere active au colloque (105). Il n'en demeure pas moins qu'ils jouent a l'epoque un role de facilitateurs lors de l'evenement.

C'est pour empecher la tenue d'une rencontre du meme type que quatre agents de la GRC choisissent d'incendier la grange du Petit Quebec libre dans la nuit du 8 au 9 mai 1972. Ils avaient l'intention au depart d'installer un instrument d'ecoute electronique dans la grange, mais des problemes d'ordre technique ne leur auraient laisse d'autre choix que de mettre le feu au site pour forcer soit l'annulation du tete-a-tete soit sa relocalisation dans un lieu plus facile a surveiller. Cette operation dite << preventive >> sera denoncee quelques annees plus tard par la Commission d'enquete sur des operations policieres en territoire quebecois. Mise sur pied en 1977 pour faire la lumiere sur les actions illegales de la GRC, la Commission Keable conclura que l'incendie de la grange visait avant tout a perturber les operations du Petit Quebec libre et a << semer la pagaille >> parmi les communards (106). Le rapport soulevera de nombreux doutes concernant la veracite des versions offertes par les policiers de la GRC : ces derniers n'auraient pas fourni de preuves conclusives concernant l'existence de liens etroits entre le Black Panther Party et les presumes sympathisants felquistes du Petit Quebec libre; ils n'auraient pas demontre qu'ils etaient en mesure de localiser et de mettre sous surveillance l'endroit ou la rencontre aurait lieu a la suite de l'incendie; ils auraient omis d'expliquer pourquoi ils ne pouvaient pas compter sur une source humaine pour documenter la reunion; finalement, ils auraient ete incapables de justifier l'urgence de cette action illegale considerant qu'ils n'etaient pas intervenus lors de rencontres anterieures (107). De son cote, Charbonneau niera qu'un tete-a-tete entre groupes militants etait prevu au calendrier pour le mois de mai 1972 (108).

Participation

Tout ce travail de mobilisation, complete sous surveillance policiere, occupe Charbonneau et ses complices, mais ils ne negligent pas pour autant leur musique. Celle-ci inspire la demarche communale qui predomine au Petit Quebec libre. Le free jazz est aussi utilise pour eveiller--par la participation --la conscience politique des ouvriers et des ouvrieres qui sejournent a Sainte-Anne-de-la-Rochelle. L'improvisation collective est une pratique visant a amener le public a avoir confiance en sa capacite d'agir. Evidemment, le Jazz libre n'est pas seul a appuyer la gauche independantiste avec sa musique (Robert Charlebois, Pauline Julien, Raymond Levesque et plusieurs autres participent, eux aussi, aux soirees Poemes et chansons de la resistance qu'organise le Comite d'aide au groupe Vallieres-Gagnon (109)), mais il se distingue dans le paysage musical de l'epoque par la dimension participative de ses initiatives. Les communards soutiennent d'ailleurs qu'ils ne croient plus au spectacle : << Tout ceci parce que le petit Quebec libre appartient a tous les Quebecois et s'il y a un show, c'est celui de tous les Quebecois, qui veulent et qui font quelque chose pour se liberer (110). >>

Charbonneau et Prefontaine affirment que leur musique est la << plus populaire qui soit >>, car elle repose sur des improvisations collectives vraies auxquelles tous--peu importe le genre ou l'age--peuvent se joindre (111). Ils organisent des seances d'experimentation musicale chaque semaine afin de faire comprendre a tous << que la musique qu'on invente et qu'on joue soi-meme avec d'autres, vaut infiniment plus que celle qu'on ecoute betement sur son transistor ou chez Steinberg (112) >>. Dans un elan d'enthousiasme, ils annoncent meme la dissolution du groupe au profit d'un nouvel ensemble devant incorporer tous les membres de la commune. Ils declarent :

Dans le groupe des Communards, nous aurons des gars et des filles--peut-etre des enfants, qui vivent ensemble l'experience de la Commune, qui travaillent ensemble a preparer le P'tit Quebec libre, qui font ensemble de la musique improvisee ..., qui partagent un meme ideal socialiste et entrevoient pour le Quebec un meme avenir dans lequel disparaitrait l'exploitation de l'homme par l'homme (113).

Au bout du compte, le Jazz libre ne cesse pas ses activites puisqu'il joue un role important de financement et de recrutement.

L'achalandage espere se fait toutefois attendre en depit des efforts accomplis par le groupe pour promouvoir le Petit Quebec libre. Peu de familles visitent la commune durant la saison estivale sauf pour la Saint-Jean ou lors du long week-end de la fete du Travail. Le recrutement de participants issus des milieux ouvriers est donc beaucoup plus difficile qu'anticipe. Le constat est le meme en ce qui concerne les concerts donnes a travers la province. Beckerich se souvient :

La plupart du temps quand on jouait quelque part, ca ne rejoignait pas necessairement les gens--les gens ordinaires la, tu sais les travailleurs. Ils ne s'attendaient pas a ca. Les travailleurs ... ne sont pas deja en contact avec le jazz, Et en plus de ca, arriver avec de la musique atonale, Au free jazz ... ils ne comprennent plus rien et ils s'en vont. Alors on arrivait, on commencait avec une salle pleine, et en dernier il en restait peut-etre le cinquieme de la salle (114).

Parmi ceux qui restent, plusieurs negligent de moderer leur consommation d'alcool. Incapables de contenir leur enthousiasme, ils endommagent les tambours fournis par le Jazz libre en frappant dessus avec des bouteilles de biere. Il va sans dire que ce type de participation ne va pas dans la direction souhaitee par le Jazz libre (115).

Foisy remarque que le free jazz n'etait peut-etre pas la meilleure facon de mobiliser les travailleurs puisque cette musique est difficile d'ecoute. Il precise neanmoins qu'il avait un respect pour la demarche du groupe et ce qu'elle evoquait (116). Yves Bouliane, contrebassiste pour le Jazz libre en 1972 et 1973, tient le meme propos; le free jazz n'etait que cacophonie pour les non-inities, et ce, meme si cette musique etait le fruit d'un << effort de construction >> admirable et integre (117). Bouliane fait ici echo a Guy Thouin. Ce dernier participe a la fondation du Jazz libre, mais il quitte le groupe au moment ou celui-ci se radicalise et prend la decision de rejeter tout repere musical. Thouin n'endosse pas le << nihilisme musical >> de ses confreres, mais il concede que Charbonneau et Prefontaine ont ete consequents dans leur approche : << Tu sais, ils ont dit free, faque tout le monde doit etre free, le Quebec doit etre free (118). >> Beckerich corrobore et ajoute que les discours revolutionnaires destabilisaient --au meme titre que la musique--les gens qui n'etaient pas engages dans les luttes politiques. Il explique avec du recul : << Tu sais, regarde, entre moi pis toi, j'etais dans les gars de Lapalme, mais si on n'avait pas eu de greve, si on n'avait pas eu de conflit la, j'aurais ete le gars dans le systeme. J'aurais ete le gars qui avait une bonne paye, un bon salaire, tout va bien pis fuck toute la balance (119). >> Mathieu Leger, batteur au sein du Jazz libre a partir de l'automne 1973, est du meme avis. Selon lui, les discours deployes par Charbonneau et Prefontaine pour expliquer le free jazz aux travailleurs etaient << completement decroche[s] de la realite >>. Leger est categorique : << Cette musique n'etait pas pres du peuple (120). >>

De toute evidence, la praxis revolutionnaire du Jazz libre est dephasee par rapport a la realite politico-culturelle des familles ouvrieres du Quebec. Elle est aussi contestee de l'interieur par des musiciens non convaincus par les discours gauchistes de Charbonneau et de Prefontaine. Ces derniers s'efforcent d'intellectualiser leur demarche et de se convaincre de la portee sociale du jazz d'avant-garde, mais la tournee qu'ils entreprennent dans le cadre du Programme des initiatives locales les force a faire le point. Ils sont epuises d'expliquer les fondements de leur musique a des publics << pas necessairement interesses (121) >>. Ils sont a court de mots pour repondre a ceux qui jugent que le groupe fait << n'importe quoi n'importe quand >> avec ses instruments (122). La destruction de la grange du Petit Quebec libre mine aussi le moral des deux musiciens et les force a reorienter leur praxis.

C'est a ce moment qu'ils choisissent de se relocaliser sur la rue Saint-Paul dans le Vieux-Montreal. L'Amorce ouvre ses portes de maniere officielle au mois d'aout (1973). Ce << centre culturel experimental >> autogere s'adresse a un public averti et desireux de celebrer la << musique comme moyen d'expression et de liberation (123) >>. Il doit surtout servir de quartier general pour un eventuel front commun des travailleurs culturels. Le Jazz libre y investit ce qu'il lui reste de ressources et d'energie. Il se retrouve inevitablement recentre sur sa musique. Elle devient alors le seul et unique vehicule de son action : << Et s'il ne nous reste que la colere comme derniere energie, alors nous devons l'employer esthetiquement; elle doit devenir la forme et la technique aussi bien que le contenu de l'expression. Il n'y a pas d'autre moyen (124). >> En se recentrant sur sa pratique musicale, le groupe souhaite redefinir le role qu'il entend jouer dans la revolution quebecoise. D'une part, les tracts qu'il distribue a l'Amorce reprennent certaines des theses avancees par Straram dans Parti pris. D'autre part, le Jazz libre fait la promotion de pratiques experimentales propres a certaines musiques contemporaines (entre autres le serialisme, la musique concrete et le minimalisme), et ce, meme si celles-ci ne sont en aucun point des symboles sonores de la lutte contre l'imperialisme et le capitalisme. Prefontaine est de plus en plus inspire par ces recherches formelles alors que Charbonneau s'interroge sur la pertinence d'un tel deplacement. Ce dernier trouve la reponse des publics douteuse dans bien des cas : << Qui sont les gens qui nous trouvent droles quand on joue doux, quand on joue au niveau des sons; et qui sont les gens qui nous aiment quand on est agressif? >> Les improvisations stridentes et dissonantes du groupe << expriment une realite quebecoise >>, soutient-il. C'est une affaire de lutte des classes et c'est pourquoi les bourgeois s'enfuient lorsque la musique devient houleuse et intense. Charbonneau soutient qu'il est primordial que la demarche du Jazz libre demeure politique puisque la nouvelle culture quebecoise ne se fera qu'a travers un processus de liberation (125).

Ce differend entre les deux musiciens reflete des divergences dans l'evolution de leur pensee politique. Charbonneau penche resolument vers le Marxisme-Leninisme sans toutefois se soumettre a l'idee que la lutte proletaire doit prendre preseance sur la lutte nationale. Il est aux prises avec le meme desarroi qui afflige la gauche independantiste au debut des annees 1970. Intransigeant, tout en etant deboussole par le fait que le groupe n'arrive pas a faire passer son message, il exhorte ses confreres a redoubler d'ardeur et a rester combatifs. De son cote, Prefontaine adopte un discours plus nuance de maniere a permettre au Jazz libre de se repositionner dans la conjoncture de l'epoque : au lieu d'emboiter le pas au Marxisme-Leninisme, le groupe doit se donner comme mandat de << pousser le pq [Parti quebecois] plus a gauche vers la social-democratie pour eviter le totalitarisme et le fascisme lies au national-socialisme (126) >>. Prefontaine juge les discours extremistes de Charbonneau insoutenables; quant a lui, Charbonneau qualifie l'attitude de son confrere de bourgeoise et d'exasperante. Il va sans dire que l'ideal d'une ligne politique commune au sein du groupe est des lors hors de portee, d'autant plus que les deux musiciens sont de moins en moins capables de communiquer l'un avec l'autre.

Le Jazz libre se voit precipite vers sa fin dans la nuit du 24 au 25 juin 1974. Ce soir-la, plus de 10 000 Montrealais convergent vers la place Jacques-Cartier afin de celebrer la Saint-Jean. Des ecarts de conduite du cote des fetards incitent les forces de l'ordre a intervenir. Rapidement, la situation degenere en emeute, des incendies sont allumes et, dans la melee, des flammes surgissent de l'immeuble abritant l'Amorce. Les pompiers ont du mal a se rendre au coeur du VieuxMontreal en raison du desordre qui y regne. Arrives sur les lieux, ils mettent plus de trois heures pour maitriser l'incendie. Les musiciens du Jazz libre ont entre-temps sauve une partie de l'equipement, mais c'est trop peu trop tard. Les inspecteurs depeches sur les lieux trouvent des bidons d'essence dans chacune des deux cages d'ascenseur de l'immeuble. Le Service de securite incendie de Montreal conclut que le brasier est d'origine criminelle (127). L'enquete menee par le Service de police de la Communaute urbaine de Montreal (SPCUM) ne trouve toutefois pas de coupable (128). Le groupe se sent persecute croyant etre victime, pour une seconde fois, d'un agent provocateur a la solde de la GRC. Des lors, c'est le debut de la fin pour le Jazz libre. Decourage et incapable de resoudre ses differends avec Charbonneau, Prefontaine quitte ses confreres. Les autres musiciens--Charbonneau, Leger et Maurice Richard--tenteront de se regrouper, mais ils mettront fin a leur aventure dans l'annee qui suivra l'incendie de l'Amorce.

Pendant huit annees, Charbonneau, Prefontaine et leurs complices --tout comme les partipristes et nombreux autres gauchistes des annees 1960 et 1970--situent leur projet d'un Quebec socialiste et independant dans le processus global qu'est la decolonisation. Ils articulent leur pensee revolutionnaire en puisant leur inspiration dans une litterature et une production culturelle internationale. Leur quete d'une praxis revolutionnaire se resume a l'appropriation d'une musique afro-americaine afin de mieux appuyer les discours de l'epoque sur l'exploitation culturelle, economique et politique de la classe ouvriere quebecoise. L'aventure singuliere du Jazz libre temoigne de la difficulte de transposer au Quebec une pratique musicale issue de structures sociales propres aux Etats-Unis de l'apres-guerre. Elle expose les limites des metaphores deployees pour legitimer le projet revolutionnaire de la gauche independantiste et souligne les defis qui accompagnent tout effort pour renouveler et democratiser les cultures populaires. En d'autres mots, elle problematise la notion meme de praxis et donc la possibilite de reconcilier theorie et pratique. Le Jazz libre constitue neanmoins un exemple probant de la place importante occupee par les travailleurs culturels dans les mouvements de resistance au Quebec. Il incarne, en ce sens, une voix citoyenne critique, puisque consequente dans sa discordance avec le pouvoir.

(1.) Ce groupe adopte plusieurs noms durant ses huit annees d'existence : Quatuor du nouveau jazz libre du Quebec, Quatuor de jazz libre du Quebec, Jazz libre du Quebec, Rock libre, Communards du Petit Quebec libre, Jazz Lib' du Kebek ainsi que Jazz libre. L'auteur utilise Jazz libre dans le present article afin d'alleger la lecture.

(2.) Centre Tenzier pour la preservation et la diffusion des avant-gardes quebecoises (ci-apres Tenzier), Dossier Jazz libre, Le P'tit Q libre : Centre d'activites socioculturelles et deformation politique, tract, s.d.

(3.) Tenzier, Dossier Jazz Libre, Projet du P'tit Quebec libre, description de projet, s.d.

(4.) Gestion des documents et des archives de l'Universite Concordia (ci-apres gdauc), Fonds Jean Prefontaine, Grande Fete des Travailleurs, affiche, s.d.

(5.) Yves Charbonneau, << Le Jazz libre est politique >>, Le Jour, 1er juin 1974.

(6.) La parution du 33 tours Free Jazz (1961) d'Ornette Coleman marque de maniere officielle le debut de ce mouvement musical voue a l'experimentation et a l'improvisation collective. A ce sujet, voir : Gerald Cote, Le jazz vu de l'interieur (Montreal : Editions Nota bene, 2006).

(7.) LeRoi Jones, Blues People: Negro Music in White America (New York : William Morrow & Company, 1963); Jean-Louis Comolli, << Voyage au bout de la new thing>>, Jazz Magazine, no. 129 (avril 1966), 23-28; Lloyd Miller et James K. Skipper, Jr., << Sounds of Protest : Jazz and the Militant Avant-Garde >> dans Mark Lefton, James K. Skipper Jr. et Charles FL McCaghy, dir., Approaches to Deviance : Theories, Concepts, and Research Findings (New York : Appleton Century-Crofts, 1968), 129-140; Frank Kofsky, Black Nationalism and the Revolution in Music (New York : Pathfinder Press, 1970); Philippe Carles et Jean-Louis Comolli, Free Jazz Black Power (Paris : Champ libre, 1971).

(8.) Voir a ce sujet : Ekkehard Jost, Free Jazz (New York : Da Capo, 1994); Vincent Cotro, Chants libres : le free jazz en France, 1960-1975 (Paris : Outre mesure, 1999).

(9.) Daniel Fischlin et Ajay Heble, << Introduction >> dans Daniel Fischlin et Ajay Heble, dir., The Other Side of Nowhere : Jazz, Improvisation, and Communities in Dialogue (Middletown : Wesleyan University Press, 2004), 11.

(10.) Voir a ce sujet ; Pierre Bourdieu, << Champ intellectuel et projet createur >>, Les Temps modernes (novembre 1966), 865-906; Pierre Bourdieu, Esquisse d'une theorie de la pratique (Paris ; Editions du seuil, 2000); Pierre Bourdieu, The Field of Cultural Production : Essays on Art and Literature (Cambridge : Polity Press, 1993).

(11.) Paul Lopes, << Pierre Bourdieu's Fields of Cultural Production : A Case Study of Modern Jazz >> dans Nicholas Brown et Imre Szeman, dir., Pierre Bourdieu : Fieldwork in Culture (Oxford : Rowman & Littlefield Publishers, 2000), 165-185.

(12.) Ingrid Monson, Freedom Sounds : Civil Rights Call Out to Jazz and Africa (New York : Oxford University Press, 2007).

(13.) C'est le terme employe par Jean Prefontaine pour decrire la demarche du Jazz libre : Jean Prefontaine, << Jazz libre = Musique-action >> dans Raoul Duguay, dir., Musique du Kebek (Montreal : Editions du jour, 1971), 157.

(14.) Jones, Blues People, 235.

(15.) Comolli, << Voyage au bout de la new thing >>, 28.

(16.) C'est ainsi que Comolli decrit cette musique dans un ouvrage qu'il coredige en 1971 : Caries et Comolli, Free Jazz Black Power, 398. Vincent Cotro explique d'ailleurs en ces termes : << Au-dela d'une identification affective avec les musiciens noirs, au-dela d'une solidarite envers les minorites opprimees, l'engagement politique des musiciens de free jazz [en France] se limite souvent a la participation musicale a diverses manifestations ou concerts de soutien--pour la paix au Vietnam, pour le Black Panther Party ..., entre 1966 et 1971 environ. Tout se passe finalement comme si les musiciens se sentaient concernes au premier chef par la dimension expressive ou esthetique du free jazz. >> Cotro, Chants libres, 62.

(17.) Patrick Straram, << Les divertissements : jazz dans la vie quotidienne >>, Parti pris, 1, n" 3 (decembre 1963), 57.

(18.) Ibid., SS.

(19.) Pierre Vallieres, Negres blancs d'Amerique (Montreal : Editions Parti pris, 1968).

(20.) Raoul Roy, << Quebec est une colonie! Sus au colonialisme! >>, La Revue socialiste, no. 6 (automne 1962), 5.

(21.) Andre Major, << "Les damnes de la terre" et nous >>, La Revue socialiste, no. 6 (automne 1962), 45-47. En reference aux ecrits de Frantz Fanon sur la decolonisation : Frantz Fanon, Les damnes de la terre (Paris : Editions Maspero, 1961).

(22.) Collectif, << Presentation >>, Parti pris, 1, no. 1 (octobre 1963), 4.

(23.) La notion de << socialisme decolonisateur >> est au centre des theories partipristes. Voir a ce sujet : Paul Chamberland, << Alienation culturelle et revolution nationale >>, Parti pris, 1, no. 2 (novembre 1963), 10-22.

(24.) Vallieres, Negres blancs d'Amerique, 68.

(25.) Patrick Straram, << Tea for One 2 Hypojazz >> dans Raoul Duguay, dir., Musique du Kebek (Montreal : Editions du jour, 1971), 223.

(26.) Ibid., 244.

(27.) Ibid., 246.

(28.) Jean Prefontaine (saxophone et flute; 1926-2008), Maurice Richard (contrebasse; 1946-2002) et Guy Thouin (batterie; 1940-) fondent le Jazz libre avec Yves Charbonneau (trompette; 1934-2007) en 1967. Tous cumulent plusieurs annees d'experience dans les cabarets de la metropole. Prefontaine et Charbonneau forment le noyau central du collectif durant ses huit annees d'existence. Pierre Nadeau (piano), Gaby Johnston (saxophone), Tristan Honsinger (violoncelle), Jacques Valois (contrebasse), Jacques Beaudoin (contrebasse), Yves Bouliane (contrebasse), Cyril Lepage (batterie), Curly Virgil (batterie), Jean-Guy Poirier (batterie), Patrice Beckerich (batterie) et Mathieu Leger (batterie) se greffent au groupe a differents moments entre 1967 et 1975.

(29.) Le Jazz libre accompagne Robert Charlebois et Louise Forestier, sur disque et sur scene (lors du spectacle L'Osstidcho et dans le cadre de concerts donnes a travers le Quebec ainsi qu'en Ontario et en France), pendant un peu plus d'une annee a partir du printemps de 1968. Il participe ensuite a la fondation du groupe L'Infonie avec Walter Boudreau et Raoul Duguay. Le Jazz libre n'abandonne pas pour autant ses recherches musicales. Il met fin aux collaborations evoquees ci-dessus afin de se concentrer sur sa propre demarche au tournant de l'annee 1970.

(30.) Prefontaine, << Jazz libre = Musique-action >>, 164.

(31.) Pour en savoir davantage sur l'evolution du jazz au Quebec : John Gilmore, Swinging in Paradise : The Story of Jazz in Montreal (Montreal : Vehicule Press, 1989).

(32.) Cite dans : Jacques Larue-Langlois, << Une musique jaillie de l'ame quebecoise >>, Perspectives, 10 mai 1969, 21.

(33.) L'historiographie aborde generalement la production culturelle des annees 1960 et 1970 sous le prisme de la contre-culture. Les etudes portant sur cette periode s'attardent donc sur les musiques--le folk et le rock--privilegiees par la masse critique que representent les babyboomers de la classe moyenne. Ces ouvrages reproduisent en quelque sorte le clivage qu'a etabli Theodore Roszak en decidant de ne pas inclure la jeunesse militante afro-americaine dans son analyse de la revolte hippie et celle de la Nouvelle gauche : Theodore Roszak, The Making of a Counter Culture : Reflections on the Technocratic Society and Its Youthful Opposition (New York : Doubleday, 1969). Moins visibles et audibles (par consequent, moins facilement recuperables), les nouvelles formes de jazz--d'abord le bebop puis le free jazz--participent pourtant aux mouvements de resistance qui traversent l'occident a partir des annees 1950 (de la Beat Generation au Black Nationalism en passant par Mai 68, le Festival d'Amougies en Belgique, les festivals du University College Lit a Toronto et la commune du Petit Quebec libre). Voir a ce sujet : Daniel Belgrad, The Culture of Spontaneity : Improvisation and the Arts in Postwar America (Chicago : University of Chicago Press, 1998); Rickey Vincent, Party Music : The Inside Story of the Black Panthers' Band and How Black Power Transformed Soul Music (Chicago : Lawrence Hill Books, 2013); Eric Drott, Music and the Elusive Revolution : Cultural Politics and Political Culture in France, 1968-1981 (Berkeley : University of California Press, 2011); Jedediah Sklower, Free jazz, la catastrophe feconde : une histoire du monde eclate du jazz en France (1960-1982) (Paris : L'Harmattan, coll. << Musiques et champ social >>, 2006); Charles Levi, << Sex, Drugs, Rock & Roll, and the University College Lit : The University of Toronto Festivals, 1965-69 >>, Historical Studies in Education, 18, no. 2 (2006), 163-90. Voir aussi : Eric Fillion, << Jazz libre et free jazz >> dans Karim Larose et Frederic Rondeau, dir., La contre-culture au Quebec (Montreal : Presses de l'Universite de Montreal, coll. << Nouvelles etudes quebecoises >>, 2016), 25-54.

(34.) En reference au titre de la version francaise du livre de Sean Mills : Sean Mills, Contester l'empire : pensee postcoloniale et militantisme politique a Montreal, 1963-1972, traduit de l'anglais par Helene Pare (Montreal : Hurtubise, 2011).

(35.) A ce sujet, voir egalement : David Austin, Fear of a Black Nation : Race, Sex, and Security in Sixties Montreal (Toronto : Between the Lines, 2013). Le volet culturel du militantisme politique est--ici aussi--sous-represente.

(36.) Mills, Contester l'empire, 250.

(37.) Chamberland, << Alienation culturelle et revolution nationale >>, 20.

(38.) GDAUC, Fonds Jean Prefontaine, tract sur les concerts-forums, novembre 1971.

(39.) Tenzier, Dossier Jazz Libre, Propos sur la nouvelle musique 2, tract, s.d.

(40.) GDAUC, Fonds Jean Prefontaine, liste des activites du Jazz libre de novembre 1968 a avril 1970, s.d.

(41.) GDAUC, Fonds Jean Prefontaine, rapport financier et de progres pour le Programme des initiatives locales, 1er mars 1973; Tenzier, Dossier Jazz Libre, JLQ-P-1994-0014-0120, enregistrement sonore d'une performance a Pointe-Saint-Charles, 22 avril 1972. L'auteur remercie Mario Gauthier pour son aide dans la numerisation des bandes magnetiques citees dans le present article.

(42.) Tenzier, Dossier Jazz Libre, JLQ-p-1994-014-0121, enregistrement sonore d'une performance a Montreal, 26 avril 1972.

(43.) GDAUC, Fonds Jean Prefontaine, questionnaire realise dans le cadre du Programme des initiatives locales, s.d.

(44.) Tenzier, Dossier Jazz Libre, JLQ-P-1994-014-0121, enregistrement sonore d'une performance a Montreal, 26 avril 1972.

(45.) GDAUC, Fonds Jean Prefontaine, tract concernant les concerts-forums et le questionnaire realise dans le cadre du Programme des initiatives locales, s.d.

(46.) Cette intervention apparait dans un videogramme realise dans le cadre de la tournee financee par le Programme des initiatives locales: Pierre Monat, Y'a du dehors dedans, Videographe (Montreal 1973), videogramme.

(47.) Ibid.

(48.) Entretien telephonique de Fernand Foisy par Eric Fillion, le 22 mai 2012.

(49.) Ibid. Voir aussi: GDAUC, Fonds Jean Prefontaine, demande de cotisation adressee aux syndicats et aux federations pour le Petit Quebec libre, 13 janvier 1971; GDAUC, Fonds Jean Prefontaine, communique concernant un spectacle de financement pour le Petit Quebec libre, 26 janvier 1971; gdauc, Fonds Jean Prefontaine, demande d'emprunt et reconnaissance de dette a la Caisse d'economie de la Confederation des syndicats nationaux, 1er mars 1972.

(50.) Tenzier, Dossier Jazz Libre, JLQ-P-1994-014-0124, enregistrement sonore d'une performance a Shawinigan, 13 mai 1972.

(51.) Pour en savoir davantage sur les liens entre le mouvement ouvrier et le nationalisme au Quebec, voir: Mills, Contester l'empire, 195-248; Jacques Rouillard, Le syndicalisme quebecois: deux siecles d'histoire (Montreal: Boreal, 2004); Ralph P. Guntzel, <<"Rapprocher les lieux du pouvoir": The Quebec Labour Movement and Quebec Sovereigntism, 1960-2000>>, Labour/Le Travail, 46 (automne 2000), 369-395.

(52.) Confederation des syndicats nationaux, Service des communications (ci-apres CSN-SC), Dossier Congres 1972, Resolution du comite executif du CCSNM pour l'independance du Quebec, s.d.

(53.) CSN-SC, Dossier Congres 1972, La democratie culturelle, extrait de la Declaration de principes du CCSNM, s.d.

(54.) CSN-SC, Dossier Congres 1971, rapport de Victor Leroux, s.d.

(55.) CSN-SC, Dossier Congres 1972, La democratie culturelle, extrait de la Declaration de principes du CCSNM, s.d.

(56.) CSN-SC, Dossier Congres 1972, Annexe 006--Le Theatre des travailleurs, rapport du secretaire, s.d.

(57.) Jean-Pierre Compain, L'Engrenage: tremplin pour une socialisation des arts et de la culture (Montreal: L'Etincelle, 1972), 31. Voir aussi: Collectif, <<Le Theatre des travailleurs: 1970>>, Jeu: revue de theatre, no. 7 (1978), 38-42.

(58.) Les <<gars de Lapalme>> sont un groupe de travailleurs de la poste que le gouvernement federal congedie au debut de l'annee 1970. La lutte qu'ils entreprennent contre Ottawa recoit eventuellement l'appui du Front de liberation du Quebec. Voir a ce sujet: Pierre Vadeboncoeur, 366 jours et tant qu'il en faudra. Vive les gars de Lapalme! (Montreal: Confederation des syndicats nationaux, 1971).

(59.) Compain, L'Engrenage, 32.

(60.) Entrevue de Patrice Beckerich par Eric Fillion, le 17 fevrier 2012.

(61.) GDAUC, FJP, description du projet de la Colonie artistique de Val-David, s.d.

(62.) C'est le nom donne au festival dans le Journal de Montreal: <<A Val-David, un festival pop anticapitaliste>>, Journal de Montreal, 2 septembre 1970.

(63.) Jean-Claude Trait, <<Festival de la fraternite: plus de 3 000 jeunes a Val-David>>, La Presse, 8 septembre 1970.

(64.) <<La colonie>>, La Claque, 1970.

(65.) Bibliotheque et Archives nationales du Quebec (ci-apres BAnQ), Fonds Surete du Quebec, Dossier Operation Festival de musique de Val-David (1970), rapport d'enquete--dossier no. 177030970015, 4 septembre 1970.

(66.) Ibid.

(67.) BAnQ, Fonds Surete du Quebec, Dossier Operation Festival pop de Manseau (1970-1971), rapport d'enquete--dossier no. DMP-1-100, s.d. Pour en savoir davantage sur la surveillance policiere au Quebec: Reg Whitaker, Gregory S. Kealey et Andrew Parnaby, Secret Service: Political Policing in Canada from the Fenians to Fortress America (Toronto: University of Toronto Press, 2012); Steve Hewitt, Spying 101: The RCMP's Secret Activities at Canadian Universities, 1917-1997 (Toronto: University of Toronto Press, 2002); Marcel Martel, <<"They Smell Bad, Have Diseases and are Lazy": RCMP Officers' Reporting on Hippies in the Late Sixties>>, dans M. Athena Palaeolugu, dir., The Sixties in Canada: A Turbulent and Creative Decade (Montreal: Black Rose Books, 2009), 165-192.

(68.) Gilles Normand, <<Le groupe Jazz libre du Quebec se dit harcele par la police>>, La Presse, 5 septembre 1970.

(69.) BAnQ, Fonds Surete du Quebec, Dossier Operation Festival de musique de Val-David (1970), rapport d'enquete--dossier no. 177030970015, 4 septembre 1970.

(70.) Entrevue de Diane Dupuis par Eric Fillion, 7 avril 2012. Voir aussi: Tenzier, Dossier Jazz Libre, ebauche d'un texte d'Yves Charbonneau sur l'historique du Petit Quebec libre, s.d.

(71.) Le Petit Quebec libre se demarque donc des communes contre-culturelles de l'epoque. Voir a ce propos: Jean-Philippe Warren, <<Pratiques et experiences de la contre-culture dans les communes neorurales au Quebec>>, dans Michele Theriault, dir., Des actions parlantes (Montreal: Galerie Leonard & Bina Ellen, 2012), 105-125; Jean-Philippe Warren et Andree Fortin, Pratiques et discours de la contreculture au Quebec (Montreal: Septentrion, 2015).

(72.) [Yves Charbonneau], <<La naissance d'un nouvel homme quebecois>>, Le P'tit Quebec libre, 24 mai 1971.

(73.) Francois Mario Bachand, Trois textes (Montreal, 1972), 167.

(74.) GDAUC, Fonds Jean Prefontaine, Manifeste du Petit Quebec libre, tract, s.d.

(75.) <<Aux travailleurs de la region>>, Le P'tit Quebec libre, 1971.

(76.) <<Des vacances pour le monde ordinaire>>, Le Travail, 1, no. 6 (juin 1973), 3.

(77.) GDAUC, Fonds Jean Prefontaine, Travailleurs quebecois! Le Petit Quebec libre c'est a vous autres!, tract, s.d.

(78.) GDAUC, Fonds Jean Prefontaine, demande de cotisation adressee aux syndicats et aux' federations pour le Petit Quebec libre, 13 janvier 1971; GDAUC, Fonds Jean Prefontaine, lettre de Jean Prefontaine a John Gilmore, 4 decembre 1985.

(79.) Le titre du journal est parfois epele Le Petit Quebec libre.

(80.) Texte de presentation en couverture du premier numero du journal: Le P'tit Quebec libre, 24 mai 1971.

(81.) <<Nouvelles regionales>>, Le P'tit Quebec libre, 2 juillet 1971.

(82.) <<Les cooperatives et la revolution>>, Le P'tit Quebec libre, 24 juin 1971.

(83.) <<Nos droits et nos devoirs en cas d'arrestation>>, Le P'tit Quebec libre, 2 juillet 1971.

(84.) <<Lettre ouverte aux travailleurs>>, Le P'tit Quebec libre, 1971; <<La critique est facile mais l'art est difficile>>, Le P'tit Quebec libre, 18 juin 1971. Voir les articles suivants pour une analyse des liens entre la taverne et les cultures ouvrieres: Peter DeLottinville, <<Joe Beef of Montreal Working-Class Culture and the Tavern, 1869-1889>>, Labour/Le Travail, 8-9 (automne-printemps 1981-1982), 9-40; Anouk Belanger et Lisa Sumner, <<De la taverne Joe Beef a l'Hypertaverne Edgar. La taverne comme expression populaire du Montreal industriel en transformation>>, Globe: revue internationale d'etudes quebecoises, 9, no. 2 (2006), 27-48.

(85.) <<Qu'osse qu'on fait?!!>>, Le P'tit Quebec libre, 24 mai 1971.

(86.) <<1837-1971 ...>>, Le P'tit Quebec libre, s.d. L'image du <<vieux patriote de 1837>>, dont le Front de liberation du Quebec s'est appropriee, est inspiree d'une illustration realisee par Henri Julien aux alentours de 1880.

(87.) Cite dans: Jacques Maher, <<Le Petit Quebec Libre: une maison de pecheurs a 60 milles de Montreal>>, Le Petit journal, 16 mai 1971.

(88.) Tenzier, Dossier Jazz Libre, JLQ-P-1994-014-0126, enregistrement sonore d'une performance au Petit Quebec libre, 22 juillet 1972.

(89.) Tenzier, Dossier Jazz Libre, JLQ-P-1994-014-0125, enregistrement sonore d'une performance au Petit Quebec libre, 8 juillet 1972.

(90.) Pour en savoir davantage sur cette organisation feministe active entre 1969 et 1971, voir: Veronique O'Leary et Louise Toupin, dir., Quebecoises deboutte! Tome 1 (Montreal: Edition du remue-menage, 1982); Sean Mills, <<Quebecoises deboutte! Le Front de liberation des femmes du Quebec, le Centre des femmes et le nationalisme>>, Mens: revue d'histoire intellectuelle de l'Amerique francaise, 4, no. 2 (printemps 2004), 183-210.

(91.) <<Tout l'ete en prison pour Lise Balcer>>, Le P'tit Quebec libre, 1971.

(92.) <<La voix des prisons>>, Le P'tit Quebec libre, 1971.

(93.) <<Six mois de greve a la World Wide Gum>>, Le P'tit Quebec libre, s.d.

(94.) Tenzier, Dosssier Jazz Libre, Le P'tit Q libre: centre d'activites socioculturelles et de formation politique, tract, s.d.

(95.) Ibid.

(96.) Tenzier, Dossier Jazz Libre, Projet du P'tit Quebec libre, description de projet, s.d.

(97.) Complete en 1970, le long metrage On est au coton est victime de la censure a l'Office national du film du Canada. Des copies video circulent toutefois en clandestinite en attendant la sortie officielle du film en 1976. Real La Rochelle, <<Arcand, Denys (1941-)>> dans Pierre Hebert, Yves Lever et Kenneth Landry, dir., Dictionnaire de la censure au Quebec (Montreal: Fides, 2006), 45-50.

(98.) Tenzier, Dossier Jazz Libre, JLQ-P-1994-014-0126, enregistrement sonore d'une performance au Petit Quebec libre, 22 juillet 1972.

(99.) Pierre Fournier, De lutte en turlutte : une histoire du mouvement ouvrier quebecois a travers ses chansons (Montreal: Septentrion, 1998), 131.

(100.) Steve Kowch, <<Radicals met near barn before Mounties burned it>>, The Gazette, 4 novembre 1977.

(101.) Bibliotheque et Archives Canada (ci-apres BAC), Fonds du Service canadien du renseignement de securite, rapport de la Gendarmerie royale du Canada sur << La Maison du Chomeur, St-Hyacinthe >>, 8 juin 1971.

(102.) BAC, Fonds du Service canadien du renseignement de securite, rapport de la Gendarmerie royale du Canada sur la << Ferme du Petit Quebec Libre >>, 16 juillet 1971; BAC, Fonds du Service canadien du renseignement de securite, rapport de la Gendarmerie royale du Canada sur << La Maison du Chomeur, St-Hyacinthe >>, 5 aout 1971.

(103.) BAC, Fonds du Service canadien du renseignement de securite, rapport de la Gendarmerie royale du Canada sur << Le Quatuor du Jazz libre du Quebec >>, 28 juillet 1971; BAC, Fonds du Service canadien du renseignement de securite, rapport de la Gendarmerie royale du Canada sur les activites du << Front de liberation quebecois >>, 22 juillet 1971.

(104.) Cite dans : Louis Fournier, FLQ : histoire d'un mouvement clandestin (Montreal : Lanctot Editeur, 1998), 279.

(105.) Kowch, << Radicals met near barn before Mounties burned it >>, 4.

(106.) Quebec, Ministere de la Justice, Rapport de la Commission d'enquete sur des operations policieres en territoire quebecois (Quebec, 1981), 327.

(107.) Ibid., 321-331.

(108.) Kowch, << Radicals met near barn before Mounties burned it >>, 4.

(109.) Cette serie de concerts a pour objectif de promouvoir la designation << prisonnier politique >> et d'amasser des fonds pour la defense des felquistes Pierre Vallieres et Charles Gagnon. Des dizaines de chanteurs, musiciens, poetes et comediens--certains plus politises que d'autres--participent aux trois moutures de la serie Poemes et chansons [chants] de la resistance (en 1968, 1971 et 1973). Le Jazz libre prend part aux deux premieres editions.

(110.) << A quelle heure le show? >>, Le P'tit Quebec libre, s.d.

(111.) Yves Charbonneau et Jean Prefontaine, << Une nouvelle musique populaire >>, Le P'tit Quebec libre, 24 mai 1971.

(112.) Ibid.

(113.) Ibid.

(114.) Entrevue de Patrice Beckerich par Eric Fillion, le 17 fevrier 2012.

(115.) Tenzier, Dossier Jazz Libre, JLQ-P-1994-0014-0119, enregistrement sonore d'une performance a Montreal, 19 avril 1972.

(116.) Entretien telephonique de Fernand Foisy par Eric Fillion, le 22 mai 2012.

(117.) Entrevue de Yves Bouliane par Eric Fillion, le 11 fevrier 2012.

(118.) Entrevue de Guy Thouin par Eric Fillion, le 21 fevrier 2012.

(119.) Entrevue de Patrice Beckerich par Eric Fillion, le 17 fevrier 2012.

(120.) Entrevue de Mathieu Leger par Eric Fillion, le 21 fevrier 2012.

(121.) GDAUC, Fonds Jean Prefontaine, lettre de Jean Prefontaine aux responsables du Programme des initiatives locales, 20 janvier 1973.

(122.) Voir a ce sujet : Pierre Monat, Y'a du dehors dedans, Videographe (Montreal 1973), videogramme.

(123.) GDAUC, Fonds Jean Prefontaine, lettre de Jean Prefontaine aux responsables du Programme des initiatives locales, 20 janvier 1973.

(124.) Tenzier, Dossier Jazz Libre, Propos sur la nouvelle musique 1, tract, s.d.

(125.) Les citations sont tirees du videogramme suivant : Raymond Gervais et Michel Di Torre, Ce soir on improvise : nouvelle musique au Quebec, Videographe (Montreal 1974), videogramme.

(126.) C'est ainsi que Jean Prefontaine resumera l'apport du Jazz libre au mouvement independantiste du debut des annees 1970 : gdauc, Fonds Jean Prefontaine, lettre de Jean Prefontaine a John Gilmore, 4 decembre 1985.

(127.) Service de securite incendie de Montreal, rapport de l'enqueteur : dossier 1611-no. 74, 21 janvier 1975.

(128.) Gilmore, Swinging in Paradise, 257.

Eric Fillion, "Jazz libre : << musique-action >> ou la recherche d'une praxis revolutionnaire au Quebec (1967-1975)," Labour/Le Travail 77 (Spring 2016): 93-120.
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Author:Fillion, Eric
Publication:Labour/Le Travail
Article Type:Report
Geographic Code:1CONT
Date:Mar 22, 2016
Words:12207
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