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Jacques Bellot. The French Method. La Methode francaise.

Jacques Bellot. The French Method. La Methode francaise [Susan Baddeley ed. et trad.]. Paris : Editions Classiques Garnier, 2010. Pp. 440. [Collection Textes de la Renaissance 148]

Jean-Pierre Camus. Les Euenemens singuliers [Max Vernet ed.]. Paris : Editions Classiques Garnier, 2010. Pp. 999. [Collection Textes de la Renaissance 149]

Jerome Fracastor. Syphilis sive morbus gallicus [Christine Dussin ed. et trad.]. Paris : Editions Classiques Garnier, 2009. Pp. 209. [Collection Textes de la Renaissance 152]

Jacques Ferrand. De la maladie d'amour ou melancolie erotique [Donald Beecher et Massimo Ciavolella eds]. Paris : Editions Classiques Garnier, 2010. Pp. 450. [Collection Textes de la Renaissance 153]

Ces quatre volumes de la nouvelle collection des Classiques Garnier se reconnaissent d'abord a leur jaquette jaune vif, avec une bandelette rouge en bordure de page. Comme les editions Reklam en furent le symbole en monde germanophone, ces maquettes editoriales a la couverture souple et au texte serre semblent le texte, rien que le texte, et ses commentaires. Le prix de vente est encore accessible pour une bibliotheque de taille moyenne et nous voici deja a rever d'editions sans fioritures, rien que pour la science. La structure de base de chaque volume laisse en effet presager du meilleur : introduction scientifique, notice sur le texte, bibliographie, index, chaque volume tient cette part du contrat.

A la lecture de quatre volumes venus ensemble par le hasard des calendriers et des recensions, neanmoins, la structure semble bien moins uniforme que sur les tables des matieres. Regardons de plus pres. Ainsi l'introduction de Donald Beecher et Massimo Ciavolella a leur magnifique edition a La Maladie d'amour de Jacques Ferrand est un veritable cours d'histoire de la medecine et d'histoire des idees. En neuf courts chapitres, qui tiennent tout de meme 183 pages imprimees serrees en petits caracteres, les deux auteurs developpent la theorie medicale de l'amour depuis l'Antiquite jusqu'a la Renaissance, tracent la genealogie des idees et les chaines de transmission, dressent comparaisons entre auteurs et tableaux de sources. Enfin, ils donnent comme contexte a l'oeuvre qu'ils editent et annotent avec soin et en abondance, toute l'histoire du sujet. Les notes de bas de page deplient allusions, references, reminiscences textuelles et intellectuelles, occupant souvent entre le tiers et la moitie de la page. Le texte est reproduit a l'identique mais ce n'est pas une edition diplomatique : les editeurs ont voulu le rendre accessible, ont dissimile i/j, u/v, a/a, etc. Ils ont egalement omis les gloses marginales obscures de l'auteur, ou son usage obsolete des majuscules, tout en gardant l'integralite du texte. Une bibliographie critique suit l'edition, que completent un index des noms et un index des sujets. Le resultat est a la hauteur des promesses de la preface : le texte est accessible, il prend sens et s'anime grace au contexte fourni par l'introduction, aux notes de bas de page et a l'appareil de referentiations qui termine l'ouvrage. De fait, bien plus qu'une merveilleuse edition de texte, ce volume est un passionnant expose sur la medecine, l'amour, la psychologie, le savoir dans ce monde etrange de la medecine pre-moderne. Donnons-lui le petit nom de << Ferrand ou la Melancolie >> et rangeons-le pres de nos livres preferes, indemodables, elegants comme les Panofsky, Garin, Grafton, au nom des auteurs et non pas sous le nom de l'auteur edite car l'oeuvre est bien celle de Beecher et Ciavolella. Grace a eux, nous plongeons dans le traite de Ferrand et en goutons les references en langues anciennes, l'anciennete francaise, le tour d'esprit. Et grace a Ferrand, c'est un livre entier de l'histoire des passions que nous apercevons : certes pas le plus simple, et surtout pas le moins interessant! C'est tout le merite des editeurs que de rendre possible, et meme aise, l'acces a ce texte qui touche a tout, cite tout, et influe tous les penseurs ecrivains, peintres et artistes du dix-septieme siecle. Ainsi que l'annoncent les deux editeurs, << de la definition philosophique de l'amour jusqu'aux remedes pharmaceutiques, ce livre est, en fin de compte, une encyclopedie de l'amour au temps de la Renaissance du point de vue medical >>. Heureusement que nous disposons maintenant d'une bonne edition, qui permet non seulement de decouvrir mais aussi de faire decouvrir ce texte.

Pareillement, l'edition des Euenemens singuliers de Jean-Pierre Camus par Max Vernet est un monument d'erudition et propose une collection d'outils de lecture, qui depasse le contrat de collection : pour commencer un glossaire, qui se fait concordance, puis une edition des resumes des nouvelles, assortis d'une date approximative de la tenue des evenements narres, puis une bibliographie classee, et encore un index des personnages, pour enfin conclure sur un index des noms. Malgre la longueur du recueil, le texte de Camus est une forme breve du recit (ou, disons, une collection de formes breves) et la paucite des notes de bas de page, reduites au strict necessaire respecte ce rythme vif de la lecture. L'introduction est breve elle aussi, qui fournit le contexte litteraire du texte a venir par une serie de pieces elles-memes litteraires, plus evocatrices que pedagogiques. Que le lecteur n'oublie pas de saluer l'art du discret editeur qui, ici, s'efface avec talent et brio pour faire place, en toute sympathie, au texte qu'il sert. Voici donc une autre forme d'accessibilite : celle de la sensibilite et du gout quel'on fait partager. Ici, pas de modernisation ni de simplification de l'orthographe : au contraire, il y a un plaisir de l'alterite linguistique d'un autre francais, que les notes grammaticales et lexicales font tourner en bouche. En notes comme dans le glossaire, Max Vernet fait savourer mots et usages, tandis que Jean-Pierre Camus offre un bouquet de nouvelles allant d'un sens, de l'autre, provoquant reflexion et emotion. L'edition se veut neutre, elle donne l'illusion de fournir le texte, rien que le texte, et reussit le tour de force de mettre le texte en forme et sens. La, encore, voici un texte rare devenu accessible, non seulement materiellement mais aussi intellectuellement.

Les deux autres volumes semblent, du coup, bien minces au regard de ces chefs d'oeuvres de la mediation des temps et matieres. L'edition et traduction par Christine Dussin du poeme de Lracastor sur la Syphilis semble suivre les consignes sans trop y croire. Une introduction (relativement longue vu la brievete du texte) donne a l'ancienne la vie et l'oeuvre de l'auteur avant de fournir un expose des sujets traites dans le poeme. En paraphrasant ainsi tant les historiographes et biographes de Lracastor que Lracastor lui-meme, l'editrice se donne un defi bien difficile a relever. Soucieuse de n'oublier ni de froisser personne, elle cite pele-mele une bibliographie diverse, allant de specialistes de l'humanisme (Isabelle Pantin) a des medecins bibliophiles (John Larquhar Pulton) en passant par les amis de Lracastor, voire les humanistes qu'il a << peut-etre rencontres >> comme Erasme ou Durer. Cette introduction se lit sans deplaisir et avec profit, mais elle se lit sans grande revelation et, parfois, laisse le lecteur sur sa faim quant a la fortune du texte. Il y manque une reflexion de fond sur le genre du paradoxe, qui aurait pu etre empruntee a Patrick Dandrey (L'Eloge paradoxal de Gorgias a Moliere. Paris : PUP, << Ecriture >>, 1997, p. 340), qui n'est helas pas de la bibliographie. De fait, c'est bien la dimension de l'humour qui manque a cette presentation, toute en serieux et devoir. Elle est suivie d'un dispositif textuel difficile a justifier en nos temps d'edition assistee par ordinateur : le texte latin, donne sans indication sur son etablissement, remplit les pages avant de laisser place a la traduction francaise, annotee, ponctuee par la seule mention des livres (ce qui rend impossible la reference rapide a un vers ou a un passage de la traduction). On regrette que cette traduction polie et parfois besogneuse - par exemple dans son asservissement a l'ordre latin de la phrase - ne s'amuse pas avec les essais en prose des deux avocats litterateurs Philippe Macquer et Jacques Lacombe (Paris : Jacques-Lrancois Quillau, 1753), ouvrage presente << aux Personnes qui aiment a retrouver le genie & le gout des Poetes du Siecle d'Auguste, dans les Escrits de leur heureux Imitateurs [...] et encore a celles qui veulent que l'instruction soit toujours a cote de l'agrement >> ou avec l'adaptation de cette traduction en vers par Auguste Marseille Barthelemy, medecin et philosophe, poete a ses heures (Paris : Bechet, 1840). Malgre l'index, la bibliographie et la mise en francais, le lecteur n'a pas de curiosite pour le texte quand tout ce qui en a ete dit avec autorite se trouve resume en introduction. Il fait plaisir, neanmoins, de pouvoir s'offrir le volume ou de le mettre au programme d'un cours : le poeme manquait cruellement au repertoire des << Textes de la Renaissance >> disponibles et prepares pour les etudiants de premier cycle.

Susan Baddeley se propose le meme but d'accessibilite en procurant une traduction francaise de The French Method, premier manuel de Francais Langue Etrangere publie par Jacques Bellot, << gentilhomme originaire de Caen >>, refugie a Londres pour des raisons religieuses, dans les annees 1580-1590. Colette Demaiziere nous a habitues a ces editions passionnantes d'anciennes grammaires mises en contexte et rendues aussi prenantes que des articles de dictionnaire. La structure de la collection des Editions Classiques Garnier est ici encore maintenue, mais inflechie vers une pratique bien differente : une introduction concise donne les grands traits de la vie de Bellot, de ses oeuvres et de ses categories grammaticales, avant de comparer les editions du texte. Elle fait place a un fac-simile de la grammaire (en anglais et francais), qui est suivi de la traduction, toute en francais, assortie de quelques annotations sur la prononciation, les exemples litteraires ou les termes difficiles. La bibliographie, en un bloc, precede un index des noms, un index des graphies et un precieux index des themes. Mais il demeure la question du pourquoi de cette belle traduction. Le texte original en effet propose deja de multiples traductions (les pieces liminaires, les exemples) et ne laisse en anglais que l'explication grammaticale qui encadre les exemples : le propos de la traduction serait alors l'explicitation des categories plus que le regard lexicographique ? Ou bien est-ce la tenue d'un discours total sur la langue, pour des non-locuteurs, qui interesse ? L'on voudrait en savoir plus sur ce projet et ses enjeux, d'autant que le texte, bien avant Nicot et les autres, fascine par son systeme. Ici encore, neanmoins, le professeur de Lettres Francaises de la Renaissance se rejouit : voici un texte qui n'etait accessible que par de mauvaises reproductions en ligne et qui devient un petit livre facile de lecture et d'utilisation.

Diversite de tailles, de propos, de strategies editoriales : l'echantillon de volumes de la collection des Editions Classiques Garnier est finalement a l'image de la vie litteraire et intellectuelle de toute periode, tout en variete et variations. La structure commune assure le serieux du discours et l'accessibilite de textes reputes difficiles a lire et dont nous saluons la mise a disposition du public. Cela etant, tous les ecarts et tous les choix pour le texte procure (reproduction photographique, edition diplomatique, edition modernisee, texte recu sans etablissement critique), son annotation, l'organisation de la bibliographie, les indices, tous, donc, semblent etre acceptes. L'effet imprevu de cette liberte, passe le respect des consignes minimales de la collection, est que la collection ressemble a son objet : une production bigarree, inegale, ou le lecteur trouvera ses gouts. Ou ses devoirs. (HELENE CAZES, University of Victoria)
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Author:Cazes, Helene
Publication:The Romanic Review
Article Type:Book review
Date:Jan 1, 2013
Words:1876
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