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Interdisciplinarity and International Political Crisis Studies: the Case of 9/11/Etude des crises politiques internationales et interdisciplinarite: le cas du 11 septembre 2001.

<< L'interdisciplinarite peut signifier purement et simplement que differentes disciplines se mettent a une meme table, a une meme assemblee, comme les differentes nations se rassemblent a l'ONU sans pouvoir faire autre chose que d'affirmer chacune ses propres droits nationaux et ses propres souverainetes par rapport aux empietements du voisin. Mais interdisciplinarite peut vouloir dire aussi echange et cooperation, ce qui fait que l'interdisciplinarite peut devenir quelque chose d'organique. >> (1)

L'actualite recente temoigne de l'importance que revet la notion de crise pour qualifier des situations graves et incertaines. Comme le souligne avec justesse Edgar Morin des 1976, avec le temps le sens du terme crise s'est progressivement inverse: synonyme de decision a l'origine, il sert aujourd'hui a qualifier des situations d'indecision.

Le concept de crise est par definition un concept interdisciplinaire. Comme le montre Edgar Morin il a irrigue tous les domaines de la connaissance (2). Les relations internationales et les etudes strategiques, confrontees a l'autonomisation de ce concept avec la crise de Cuba en 1962, ont ainsi joue un role central dans le developpement d'une << crisologie >>. La fin de la bipolarite temoigne de la permanence de la crise comme mode de conflictualite. Plus encore, les attaques du 11/09 constituent un moment cle dans l'histoire du systeme international qui a renforce l'interet pour l'etude des crises (3).

Malgre les pistes interessantes developpees depuis les annees 1970-80, en mathematiques par Rene Thom, en sciences sociales par Edgar Morin, en psychologie par Thomas Milburn, en relations internationales par Hermann Khan, en sociologie par Michel Dobry, ce phenomene de crise semble toujours echapper aux cadres d'analyse et aux methodes les plus eprouvees. L'interdisciplinarite permet-elle de rendre compte de la complexite de cette notion et peut-elle en favoriser une modelisation efficace? Il ne nous semble pas possible de nous limiter aux approches classiques, fondees sur l'hypothese de discontinuite, pour apprehender les crises dans leur complexite. Les demarches qui posent le primat du continu, comme celle du mathematicien Rene Thom, attentive aux transformations d'etat, a la plasticite des structures d'ou peuvent survenir des discontinuites par deformation critique, semblent etre complementaires aux approches classiques en sciences humaines et sociales. Nous chercherons a etayer cette proposition au travers de l'etude des crises internationales et du cas concret des attaques du 11 septembre 2001 (11/09) (4). Notre contribution vise d'abord a presenter une modelisation interdisciplinaire de cette crise a partir de l'hypothese de discontinuite, elle se base sur les travaux de Michael Brecher et Jonathan Wilkenfeld qui s'attachent au systeme et aux acteurs (5). Nous verrons egalement les limites de cette modelisation. Puis, au travers d'une seconde approche interdisciplinaire inspiree de la topologie de Rene Thom, nous proposerons une lecture des fonctions dynamiques internes a cette crise et de leur deformation possible. Nous conclurons en soulignant l'importance de complementarite des deux modeles et de l'interdisciplinarite pour penser les crises politiques.

1. La crise du 11/09 abordee au travers de la perspective << classique >> retenant l'hypothese de discontinuite

Les modelisations classiques, realisees a partir de l'hypothese de discontinuite, proposent generalement une division de la crise en quatre periodes (pre-crise, crise, fin de crise, post-crise) qui se rapportent a la perception que les acteurs ont de la situation et qui correspondent a quatre phases (debut, escalade, desescalade, impact) et a quatre interactions au niveau du systeme (debut de transformation; maximum de transformation; adaptation; interaction sans crise) (6). La figure 1 en propose un type ideal de modelisation.

La periode de pre-crise constitue le moment ou s'accroissent les tensions negatives et ou debute la transformation du systeme. La deuxieme periode est celle de la crise. Elle correspond pour les unites de decision (niveau micro) a la phase d'escalade: la perception de l'intensification de la menace et l'augmentation de l'instabilite qui ont pour effets de limiter le temps destine a la decision et de porter le stress a son maximum. Elle a pour consequence l'accroissement du processus de transformation du systeme (niveau macro). Une fois le seuil critique atteint, soit la crise debouche sur l'adaptation du systeme--la desescalade--, soit la crise aboutit a une transformation du systeme, et debouche en general sur une guerre. Enfin, la periode post-crise concerne les consequences occasionnees par la crise (enseignements et retours d'experience).

Dans leur << modele unifie >> Brecher et Wilkenfeld proposent une lecture qui relie les << phases >> au niveau systemique d'une crise internationale aux << periodes >> de la crise de politique etrangere, c'est-a dire aux perceptions et comportements des unites de decision. Cette modelisation vise a saisir la dimension systemique (objective) et perceptuelle-situationnelle (subjective) de la crise au travers d'une approche interdisciplinaire ou se croisent notamment la philosophie des sciences (epistemologie, definition des concepts), la sociologie (etude des organisations, des relations entre les acteurs, le systeme, et des representations), la psychologie (analyse de la decision et de la gestion des emotions), la science politique (etude du comportement et definition d'une strategie en lien avec la configuration du systeme international). Cette modelisation interdisciplinaire s'attache a la fois au systeme et aux acteurs, aux relations complexes entre les acteurs, et entre les acteurs et le systeme. Pour saisir la crise dans toute sa complexite il serait necessaire d'appliquer cette modelisation a tous les acteurs. Nous en avons choisi trois: les EtatsUnis, cible des attaques terroristes, les Talibans, objet de la riposte americaine et Al Qaida, instigateur des attentats.

La figure 2 presente une application de cette modelisation a la crise du 11/09 au niveau du systeme international.

Des le premier attentat (le vol 11 d'American Airlines percute a 8h46 la tour nord du WTC, les unites de decision sont en situation de crise car elles sont informees que d'autres avions ont ete detournes (le vol 175 d'United Airlines, le vol 77 d'American Airlines, le vol 93 d'United Airlines). La pression du temps et le stress sont a leur maximum du fait de l'incertitude elevee, de l'ampleur de la menace, de l'accroissement du danger et des risques d'atteinte grave a l'integrite des Etats-Unis, ce qui entraine des incidences sur l'organisation et le fonctionnement du systeme international. En ce sens les attentats du 11/09 sont une rupture (7): le point de depart de toute decision << soit en faveur de la conservation, soit de la transformation du systeme donne, dans la perspective de son retour a l'equilibre (8). >>

La figure 3 presente la perception de la crise par les Etats-Unis. Le point de rupture permet aux decideurs de se representer en << situation >> de crise: a partir de ce seuil sont mises en place les actions de gestion de crise dans la continuite des actions de prevention de crise. Les Etats-Unis avaient deja subi des attaques militaires ou terroristes (Pearl Harbor, WTC en 1993 par exemple), mais la particularite du 11/09 reside dans la nature, l'ampleur et la surprise de l'attaque (9). Plusieurs signaux d'alerte temoignaient d'une menace elevee mais la prevention de la crise n'a pas ete efficace (voir figure 3).

Une fois la crise debutee, malgre la surprise, le stress et la pression du temps, la gestion de la crise se realise de maniere a reduire l'incertitude structurelle. Trois types d'activites se deroulent simultanement avec des objectifs distincts: les principaux secretaires d'Etat organisent les secours en lien avec les agences federales, (operations d'evacuation, de deblayage, de recherche) et preparent l'apres crise (attribution de fonds pour la reconstruction, mobilisation d'equipes techniques, retablissement du trafic aerien, restauration de la stabilite financiere et boursiere, debut des enquetes); le vice-president, Dick Cheney et la conseillere pour la securite nationale, Condoleezza Rice, coordonnent, en lien avec le Pentagone et le secretaire a la Defense, Donald Rumsfeld, les agences de renseignement et de securite afin de prevenir toute nouvelle attaque et d'identifier la source des attentats pour preparer la riposte; le president est mis a l'abri et l'operation de communication, adressee aux medias, a l'opinion publique americaine et internationale, aux allies et autres Etats, debute des 9h30, elle se poursuit dans l'apres-midi et a la Maison Blanche a 20h30 (10)).

Ces differentes actions sont mises en place pour freiner l'extension de la crise. Malgre cela, son escalade s'explique par une intensification des hostilites entre les Etats-Unis et l'Afghanistan. Le point paroxystique de la crise est atteint le 20 septembre avec l'ultimatum aux Talibans. Face a leur refus d'extrader Ben Laden, les Etats-Unis et la coalition multinationale lancent le 7 octobre les premieres operations militaires. Cette guerre, breve dans sa duree, s'acheve par une situation ambigue puisqu'au lendemain de la chute du regime des Talibans s'installe une guerilla qui dure encore aujourd'hui. Il semble donc difficile de concevoir une sortie de crise conformement au modele ideal-typique presente precedemment. Deux perspectives sont possibles: soit la guerre met un terme a la crise auquel cas elle s'acheve le 7 octobre 2011 (c'est le point de vue de Brecher et Wilkenfeld), soit la situation est plus complexe car la crise a laisse place a la guerre, puis la guerre a produit a son tour une situation de << crise compulsive >> (pour reprendre la formule d'Uriel Rosenthal) de laquelle les forces de l'OTAN et les Etats-Unis ne parviennent pas a sortir, et qui peut generer a son tour une guerre civile.

La perception de la crise du 11/09 par les Talibans (cf. figure 4), differe de celle des Americains. On observe que les signaux d'alerte sont identiques a ceux percus par les Etats-Unis, sauf en ce qui concerne les attentats du 11/09. Le point de rupture est different car les Talibans se percoivent en crise a partir du moment ou les Etats-Unis designent comme responsables des attentats le groupe Al Qaida refugie en Afghanistan: des le 13 septembre, a la suite des declarations du secretaire d'Etat Colin Powell, l'Afghanistan craint des represailles americaines.

La figure 4 illustre egalement la maniere dont l'escalade se produit, sous forme d'un << echange de coups >> pour reprendre la formule de Michel 10 Dobry. Aux annonces americaines de represailles contre les groupes terroristes a l'origine de ces attaques et contre les Etats qui les abritent (discours de G. W. Bush du 13 septembre), repondent des menaces de la part des Talibans, decides a riposter a toute agression americaine. La tension est telle que Ben Laden dans un communique dement son implication dans les attentats. Le Pakistan, dont l'armee est placee en etat d'alerte, tente une mediation et appelle les Talibans a livrer Ben Laden aux Americains. Face aux menaces americaines, a la mobilisation militaire et a l'engagement des forces speciales americaines et britanniques au Pakistan, les Talibans refusent d'extrader Ben Laden ce qui a pour effet d'accelerer le deploiement des troupes americaines dans le golfe Persique et l'elargissement de leur coalition.

Finalement, les ultimatums des 20 et 21 septembre rompent avec la situation de blocage generee par la crise et impliquent le passage a la guerre. Les Talibans seront rapidement defaits, du fait de l'asymetrie des moyens. La guerilla qui s'installe a la suite de leur defaite produit une situation de crise nouvelle, voulue par les Talibans et Al Qaida qui creent de la turbulence par des attentats recurrents de maniere a empecher les Etats-Unis et les forces de l'OTAN d'assurer la stabilite du pays et d'instaurer un nouveau gouvernement. La sortie de crise est donc difficile a envisager en des termes clairs etant donne que les Talibans sont actuellement encore en lutte avec les forces de l'OTAN et l'armee nationale afghane.

La figure 5 presente la perception de la crise par Al Qaida (11). Les premieres declarations autour de l'enquete dont le but est de determiner les auteurs des attentats constituent les signaux d'alerte de crise pour Al Qaida. Le point de rupture est la declaration de Colin Powell qui tient l'organisation pour responsable des attentats et sa declaration de guerre au terrorisme.

L'escalade est marquee par le debut des operations militaires, quelques jours apres les attentats, ce qui amene au dementi de Ben Laden quant a son implication dans les attaques du 11/09, et au debut de la campagne << justice sans limite >> qui implique la confrontation avec les forces de la coalition sur le theatre afghan. La defaite du regime Talibans constitue une premiere crise pour Al Qaida. La deuxieme sera la defaite lors de la bataille de Tora Bora qui entraine le demembrement de l'organisation et la fuite in extremis de Ben Laden vers le Pakistan. Cette defaite ne constituera pourtant pas une victoire decisive des forces americaines sur le groupe terroriste puisque Ben Laden a disparu et que le reseau s'est reconstitue ailleurs. Malgre ces crises qui remettent en cause l'integrite de l'organisation, le label << Al Qaida >> s'est exporte et a inspire il d'autres mouvements extremistes (12). Peut-on dire que la crise s'acheve pour Al Qaida avec la guerre entre les Etats-Unis et les Talibans? A priori non car au lendemain de la guerre les deux principaux protagonistes de la crise s'opposent toujours. La defaite de Tora Bora ne semble pas non plus constituer un point d'arret a la crise puisque l'organisation terroriste est parvenue a se reorganiser malgre la destruction d'une partie de ses effectifs et la fuite de ses principaux cadres.

On le voit bien au travers de ces modelisations de la crise du 11/09, le type ideal propose par Michael Brecher et Jonathan Wilkenfeld n'est pas suffisant, il est necessaire de continuer a l'enrichir. Cet outil est utile mais il ne doit pas faire oublier le caractere toujours singulier de toute crise. Ainsi, en complement a cette approche << classique >>, il est important de chercher des possibilites de modelisations originales et interdisciplinaires qui permettent d'integrer de nouveaux parametres (acteurs non etatiques, identite, processus, etc.) et qui nous renseignent sur les fonctions dynamiques internes des crises.

2. La crise du 11/09 abordee par sa dimension morphologique

L'approche de Rene Thom permet de suivre la deformation progressive d'espaces topologiques soumis a des contraintes, faisant apparaitre des points de singularite (13). Thom a classe un nombre fini de << formes >> et a etudie leurs proprietes qu'il a retrouvees dans des domaines scientifiques varies, de la linguistique a la biologie. Mais, son veritable apport a ete d'etudier les formes de changement entre ces etats stables et d'en faire aussi (par plongement dans une dimension d'evolution) des figures, elles-memes stables. Ces figures ont la signification d'un << processus >> adapte a un systeme dynamique simple (14). L'idee d'une forme << stable >> de transformation, cette derniere etant instable dans le temps, permet d'expliciter le deploiement d'un processus dans ses differentes etapes. Or, la notion de << crise >> temoigne de l'existence d'une logique de situation autonome dans laquelle s'opere une grammaire, autrement dit un processus, qui aboutit a des transformations d'etats (15).

L'interdisciplinarite devient le moyen d'un dialogue eclairant les phenomenes concrets par des formes abstraites. Faire fonctionner des modeles topologiques suscite un regard nouveau porte sur un deroulement evenementiel et historique, par l'enquete de son deroulement dans une dimension energetique et evolutive. En scrutant l'enchainement de certaines phases d'un processus, que l'on choisit d'etudier en detail, on peut reconstituer la forme de ce processus--une morphologie. Ensuite, c'est la morphologie qui prend le relais pour faire emerger des reflexions nouvelles relatives aux evenements etudies. Cet aller-retour constitue une activite interdisciplinaire, qui peut aboutir a des propositions transdisciplinaires (16). L'objectif de cette approche est de fournir un second eclairage, complementaire de la precedente modelisation, liant cette fois-ci la theorie des catastrophes de Thom a l'etude sociologique de la crise du 11/09.

Selon cette approche, toute organisation en evolution maintient sa stabilite energetique grace a un processus de regulation, modelise par une fonction. Cette fonction se decline en deux etapes comprenant successivement quatre phases (17). Une premiere etape d'action est deployee en deux phases successives: une phase de preparation a l'action (phase 1 d'organisation structurale) et une phase d'action qui utilise la potentialite generee au prealable par la phase structurale, et correspond a l'actualisation de cette potentialite (phase 2 de fonctionnalite). Une autre etape de recuperation fonctionnelle cette fois, se deploie a son tour en deux phases: une phase de destructuration locale (phase 3 de relaxation structurale); une phase de metabolisation qui reconfigure l'objet et, lorsqu'elle est effectuee, permet d'augmenter le niveau de potentiel initial (phase 4 d'investissement fonctionnel). Ce processus est iteratif, et participe a la viabilite du fonctionnement etudie.

Dans le cas du 11/09, les attaques des quatre avions, si elles constituent des vagues successives qui augmentent le degre de l'attentat, ne correspondent pas aux quatre phases de la fonction, mais a une montee en puissance de ce degre. Si nous choisissons de modeliser la crise du 11/9 comme une morphologie complete du phenomene << terrorisme >> par une fonction a quatre phases, la collision locale du premier avion n'exprime pas le changement d'etat qui a lieu dans ce processus. Cette collision n'est pas la veritable phase d'action (i.e. utilisant la dimension fonctionnelle de la fonction globale, vue du cote terroriste), phase qui permet d'utiliser la potentialite, celle organisee lors de la phase precedente (de nature structurale). Notons que la potentialite se definit ici en termes de menace terroriste et de credibilite de la menace. Cette fonction a l'interet de montrer que deux evenements a priori identiques (le detournement de deux avions en vue du crash sur le WTC) n'ont pas la meme signification << metabolique >>: selon nous, le premier avion a eu pour effet d'activer l'organisation d'une potentialite disponible en vue de l'action proprement dite, le crash du deuxieme avion, qui constitue la veritable atteinte ou capture (psychique, symbolique et materielle).

La figure 6 represente une des formes de la theorie des catastrophes, la << fronce >>, qui exprime au point de vue topologique le developpement cette fonction. Les trajectoires representent les phases d'un fonctionnement qui se deroule sur des niveaux de potentiel differents. Les zones A et B se nomment des << attracteurs >> (notion qui exprime la mise en coherence ordonnee et structuree de multiples phenomenes, de natures differentes, mais polarises dans une direction qui, des lors, se differencie du reste). La phase 1 represente une << excitation >> structurale. Et inversement, quand le potentiel rendu disponible grace a toute cette organisation, s'est epuise dans l'action, c'est par la phase 3, par un << relachement >> de la contrainte structurale, que se met en place une etape activant une possible recuperation energetique et fonctionnelle. On est alors passe d'un etat stable a un autre etat stable, par bifurcation.

Or cette bifurcation, ou ce changement brusque d'attracteurs, qui eux sont apparus progressivement, est ce que Thorn a nomme une << catastrophe >> au sens mathematique. Au sens large, elle exprime la canalisation d'un flot energetique dans une certaine direction << finalistiquement interessante >> (18). Par analogie, elle modelise toute action, qu'elle soit de nature biologique, psychique, sociologique, etc., en l'exprimant de maniere physique. Une action resulte d'un prelevement effectue sur une potentialite pour en extraire une partie dans une direction utile (19). Enfin, les directions dans le coin superieur gauche indiquent la << nature >> de l'espace ou cette forme apparait. C'est un espace dans lequel on formalise les phases d'un fonctionnement, selon un deroulement energetique, qui aboutira ici a renouveler le potentiel du phenomene << terrorisme >>. Ces precisions sont utiles pour reperer ces phases dans le deroulement des evenements (au bas de la figure 6).

Premiere phase (strate locale): l'etat de crise que le premier avion initie parmi les unites de decision americaines enclenche symetriquement la mobilisation de leurs ressources (acheminement de secours, de medias sur place et coordination politique, securitaire et communicationnelle).

Deuxieme phase (interaction entre strates locale et semi-globale): du cote de la cible, elle propage un etat de sideration, de desorientation operationnelle et deborde les capacites de regulation normales, elle constitue un stress que la mediatisation de l'image de l'effondrement des deux tours du WTC amplifie. Mais, sans plonger le pays dans un chaos, elle constituera toutefois une atteinte psychique, globale et traumatisante sur plusieurs decennies. Du cote terroriste maintenant, ces deux phases font baisser leur potentiel de puissance: ils utilisent et affaiblissent une partie de leur potentiel pour realiser ces attentats (moyens, hommes, etc.), mais ils recuperent un autre type de potentiel (symbole, reputation, image) au detriment de l'affaiblissement de celui de la cible: de l'importance.

Troisieme phase (strate semi-globale): sans atteindre totalement leurs objectifs, les troisieme et quatrieme attentats approfondissent pourtant l'etape fonctionnelle. Aussi, ils peuvent etre vus comme initiateurs d'une phase dite de << relaxation >> qui constitue un moment d'evaluation eprouvant (emotionnellement, donc plutot selon un ressenti) les fruits de l'action. Ils rendent credible la possibilite d'autres attentats sur d'autres cibles strategiques.

Quatrieme phase (strate globale): a l'inverse de l'action, externe, rapide et visible, la metabolisation est davantage interne, plus diffuse et plus longue. Nous pouvons faire l'hypothese que cette phase d'investissement fonctionnel dure toujours. L'accroissement d'un potentiel de menace fait suite au gain symbolique obtenu par la capture de la phase 2. Ce gain s'effectue au niveau global, notamment par la demultiplication des reseaux (ralliement de nouvelles cellules et sympathie gagnee pour la cause notamment). Elle permet d'affirmer la credibilite d'une menace, l'approfondissement d'une identite << terroriste >>, le positionnement d'un acteur qui compte, et pese sur la scene internationale.

L'etude d'une fonction terrorisme lors des attentats du 11/09 temoigne de la volonte de deborder les capacites americaines de gestion/regulation de la crise. Comme l'a montre la modelisation classique vue precedemment, les Etats-Unis ont su mettre en oeuvre les actions necessaires pour resoudre la crise immediatement (organisation, secours, protection, etc.) mais leur entree en guerre tres rapide, comme pour << effacer >> l'image des attaques mediatisees, repondre aux attentes de l'opinion publique americaine mais aussi restaurer leurs statut et image sur la scene internationale, les a empeches de gerer completement la crise. L'organisation immediate d'une riposte militaire a entretenu notamment une atmosphere de tension. Le manque de relaxation structurale a ete prejudiciable a une bonne gestion de la crise, c'est pour cette raison qu'il est difficile, meme dans une lecture classique, d'en envisager la sortie.

Dans ce sens, precisons que la morphologie de la figure 6 n'est pas figee dans ses proprietes topologiques. Elle peut subir une deformation critique, qu'il faut etudier pour comprendre cette gestion incomplete de la crise tout d'abord, et pour formuler ensuite des propositions en vue d'une gestion mieux aboutie.

Observons maintenant la structure dynamique de la fonction, du point de vue americain. L'apparition d'une deformation (figures 7 et 8) fait suite a l'introduction d'une forte contrainte venant perturber le systeme et provoquant une retraction interne de l'espace fonctionnel. Se produit alors une reaction fonctionnelle en reponse a une crise grave, a la suite de l'apparition d'un stress, et faisant emerger un nouveau fonctionnement transitoire dans l'attente d'un retour a la stabilite initiale (20). La serie d'attentats perpetres a fait subir aux Etats-Unis une perturbation telle, qu'elle a engendre cette reaction transitoire.

Le stress subi induit immediatement la retraction du pli superieur de la fronce (figure 7). Parmi les trois directions qui composent la nature de cet espace (voir figure 6), cette retraction touche principalement la direction fonctionnelle, ce qui affecte par consequent sa potentialite reactionnelle. Une des manifestations possibles de cette retraction est la suivante: atteint materiellement et psychiquement, sous l'effet de la sideration, l'acteur se recroqueville sur lui-meme pour survivre et perd momentanement une partie de sa capacite reactionnelle, mais pas la totalite.

Le stress propage dans l'espace social engendre une << retraction >> des diverses modalites de son fonctionnement, qui se manifeste sous forme d'une reaction operationnelle de survie. L'alteration de la fonctionnalite produit une dedifferenciation structurale des principaux secteurs de l'espace social, tous mobilises en vue des operations de premiere urgence (sur la figure 8, la phase 2 d'action amene le systeme a retrograder dans le sens de la direction structurale). Les ressources disponibles sont polarisees en direction de l'evacuation des effets de cette contrainte, et c'est en cela que l'espace fonctionnel subit une retraction, montree topologiquement par un nouveau repliement. Ce repliement fait apparaitre momentanement un nouveau morceau d'attracteur, qui s'interprete comme une << poche de survie >> en theorie des catastrophes, compromis entre un etat de potentialite maximale et un etat entropique de potentialite minimale. Cette poche, << attractante >> pour tout le systeme dynamique, represente un sursaut de survie (21), sursaut rendu possible justement grace a la formation d'une organisation structurale transitoire (sur la figure 8, zone ou se stabilise momentanement la fleche 2 et d'ou repartira la fleche 3' notamment).

Cette organisation transitoire est liee a l'emergence d'une fonctionnalite reactionnelle (en reponse a un stress vital) qui induit immediatement la retraction, et atteint la fonctionnalite << normale >> (routiniere). Il s'agit maintenant d'etudier les nouvelles trajectoires possibles, induites par cette retraction entre les deux niveaux de potentialite (figure 8).

Premiere phase: Pour l'acteur qui est soumis au stress, cette phase est subie, rapide et non prevue. Elle induit le passage d'une position stable (routiniere) vers un etat non voulu et instable lie au statut d'acteur << attaque >>, face a l'agresseur, pour qui cette phase est intentionnellement conduite. Apres le deuxieme avion, les Etats-Unis sont propulses dans cette position transitoire (phases 1 puis 2).

Deuxieme phase: nous observons la presence de deux voies d'evolution distinctes. La trajectoire courbe (en 3') qui permet un retour immediat a l'etat initial a ete celle empruntee par les Etats-Unis. La mauvaise perception des consequences d'une contre-attaque et le refus de leur impuissance vont les amener a riposter immediatement en s'appuyant sur un potentiel militaire << de reserve >>. La deuxieme etape (2', fleche en pointilles) de la phase 2 n'a donc pas ete pleinement effectuee. Il s'agit d'une action de gestion proprement dite de la crise, concentree sur la gestion immediate de la crise au niveau du pays, et non tournee vers l'ennemi et sa capture/destruction. Il aurait fallu finir cette action de gestion de crise puis, dans les phases suivantes (phases 3 puis 4 en pointilles), phases de relaxation puis d'investissement, designer clairement l'ennemi et l'objectif de la riposte, et non pas, comme ce fut le cas, des la phase 2 mobiliser et riposter militairement dans l'urgence, contre le << spectre >> du terrorisme. Finalement, comme le montre la modelisation classique vue precedemment, non seulement Al Qaida continue d'exister et a meme inspire d'autres groupes extremistes, mais en outre la guerre en Afghanistan n'a pas apporte la victoire decisive attendue par les Americains. La phase 2', qui aurait du etre mise en place, aurait consiste a reconnaitre et accepter le fait d'avoir subi une attaque d'une telle ampleur, a se focaliser sur la gestion de la situation humaine et materielle causee par les attentats (degats et victimes) et surtout a gerer l'humiliation qu'elle implique. Cette acceptation de l'humiliation se manifeste par une seconde perte de potentiel, presente dans la phase 2', mais consciente et acceptee cette fois-ci, non plus subie comme dans la phase 2. En effet, cette etape aurait permis de finir l'action proprement dite de gestion de la crise, hors de la dimension mediatique, en resistant aux pressions de l'opinion publique et de la reputation. Cette negligence quant a la deuxieme etape (en 2') n'a pas permis aux Etats-Unis de recuperer en profondeur leur potentiel (phase 4), en enclenchant la phase 3 de relaxation des tensions. Au contraire, la trajectoire empruntee a ete productrice de crispations et a maintenu le systeme en situation de turbulence (l'aspect courbe de la trajectoire 3' indique la presence d'une dynamique non-lineaire, que la theorie des catastrophes ne peut pas traitee cependant) (22).

Troisieme et quatrieme phases: La recuperation du potentiel reactionnel s'effectue lentement, de maniere davantage interiorisee, mais en profondeur cette fois (gain d'importance << symbolique >> mais perte relative de puissance)23. D'une longueur plus consequente que lors d'un fonctionnement normal (phase 3 en pointilles de la figure 8, comparee a la phase 3 de la figure 6), adaptee a l'intensite de l'attaque subie, cette etape de recuperation comprend les actions de reparation en direction de la structure et de la population, tout en preparant le moment opportun (kairos) d'une future riposte. Au contraire, ce qui a ete fait, l'annonce publique de la recherche des auteurs de l'attentat et leur identification, a entraine l'acteur recherche a se replier de maniere plus renforcee encore, ce qui redouble la difficulte de sa capture (dans la modelisation classique, cet aspect apparait clairement puisqu'Al Qaida entre en crise a l'annonce par Colin Powell de l'implication de Ben Laden et de l'organisation dans les attentats). La quatrieme phase verra, parallelement a la recuperation, un investissement fonctionnel sous forme d'evaluation des conditions materielles et operationnelles propices a une future intervention, ce qui aurait renforce cette fois ses chances de succes.

Conclusion: une complementarite et une interdisciplinarite necessaires

L'etude des crises invite a une approche interdisciplinaire parce que le phenomene crise est proteiforme, comme l'illustre le 11/09. Les crises necessitent le developpement d'outils adaptes pour penser leur complexite. L'interdisciplinarite ouvre des voies dans cette direction. Elle permet au chercheur de reflechir a des outils scientifiques et pratiques pour tenter de saisir dans leur globalite des phenomenes ou les niveaux, les acteurs et les secteurs sociaux entrent en interaction dans une temporalite comprimee. Notre contribution avait pour ambition de montrer que les hypotheses de discontinuite et de continuite ne s'opposent pas necessairement et qu'une modelisation empruntant a ces deux traditions est possible pour saisir le phenomene crise dans sa totalite. Elle temoigne de la necessite d'etudier les effets de la crise sur le systeme, sur le comportement et les perceptions des acteurs. Elle souligne egalement l'interet de penser morphologiquement les differentes perturbations critiques produites par la dynamique des crises, pour etablir des protocoles de reponse adaptes aux modes d'action specifiques pour chaque phase. Ainsi, les travaux que nous developpons actuellement se fondent sur une interdisciplinarite qui se situe a la croisee entre sociologie, psychologie, science politique, relations internationales, etudes strategiques d'un cote, et mathematiques des catastrophes, physique des phenomenes de turbulence et epistemologie des sciences de l'autre. Ce programme de recherche interdisciplinaire que nous souhaitons poursuivre a pour objectif d'approfondir les travaux realises sur les crises et d'apporter, dans la continuite des approches stimulantes deja developpees, une perspective inedite a la fois sur la maniere de les penser et de les gerer.

Bibliographie

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[7.] Meszaros, Thomas, Morier, Clement (2015), << Crisis management lessons from modeling >>, in N. Schiffino et al. (eds.), Organizing after Crisis. The Challenge of Learning, Bruxelles: Peter Lang, 75-103.

[8.] Morier, Clement (2018), Les morphologies du politique. Approche comparee des oeuvres de Rene Thorn et Marcel Gauchet, Paris: IUV, LGDJ/Lextenso.

[9.] Morin, Edgar (1976), << Pour une crisologie >>, Communications, no25, 149-163.

[10.] Morin, Edgar (2003) << Sur l'interdisciplinarite >>, L'Autre Forum, vol. 7, no3, 5-10.

[11.] Thom, Rene (1974), Modeles mathematiques de la morphogenese, Paris: 10/18.

[12.] Thom, Rene (1990), Apologie du logos, Paris: Hachette.

[13.] Viret, Jacques (1994), << Reaction of the organism to stress: the survival attractor concept >>, Acta biotheoretica, vol. 42, 99-109.

[14.] Viret, Jacques (2013), << Les mathematiques et les modelisations >>, in T. Balzacq, F. Ramel (dir.), Traite de relations internationales, Paris: Presses de Science Po, 373-395.

[15.] Viret, Jacques (2018), Thom et Jung, un dialogue imaginaire. Psyche et Theorie des catastrophes, Pantin, Les editions Baghera.

Thomas Meszaros, Clement Morier *

* Thomas Meszaros, Maitre de Conferences en science politique, Universite Lyon 3 (EA 4586)--Maitre de conferences en science politique, rattache a l'Institut International pour la Francophonie (2IF--EA 4586) de l'Universite Jean Moulin Lyon 3, Th. Meszaros est le fondateur et le President de l'Institut d'Etude des Crises et preside le pole << crises >> au sein de l'AEGES, l'Association pour les Etudes sur la Guerre Et la Strategie. Il est en charge de plusieurs enseignements sur les crises et il a developpe plusieurs formations sur les crises a destination de differents publics. Contact: thomas.meszaros@univ-lyon3.fr

Clement Morier, Docteur en science politique, Universite Lyon 3 (EA 4586)--Docteur en science politique, rattache a l'Institut International pour la Francophonie (2IF--EA 4586) de l'Universite Jean Moulin Lyon 3, C. Morier est secretaire et co-fondateur de l'Institut d'Etude des Crises. Ses travaux portent sur << le >> politique, scrutant le deploiement de la forme democratique selon une etude des formes politiques, et des transitions morphologiques. Contact: clementmorier@yahoo.fr

Les auteurs tiennent a remercier Dominique Glaymann pour sa bienveillante attention et scs conseils avises.

DOI: 10.24193/subbeuropaea.2018.2.07

Published Online: 2018-12-31

Published Print: 2018-12-31

(1) Edgar Morin, << Sur l'interdisciplinarite >>, L'Autre Forum, vol. 7, no3, mai 2003, p. 10.

(2) Voir Edgar Morin, (1976), << Pour une crisologie >>, Communications, no25, pp. 149-163.

(3) Sur les travaux developpes autour de la notion de crise, voir: Thomas Meszaros, Clement Morier, << Crisis management lessons from modeling >>, in N. Schiffino, L. Taskin, C. Donis, J. Raone, (eds), Organizing after Crisis. The Challenge of Learning, Bruxelles, Peter Lang, 2015, pp. 75-103; Thomas Meszaros, << Crises >>, in Benoit Durieux, Jean-Baptiste Jeangene Vilmer, Frederic Ramel, Dictionnaire de la guerre et de la paix, Paris, PUF, pp. 321-329.

(4) Pour la decrire succinctement, la crise du 11/09 renvoie a une succession d'attentats qui se deroulent a quelques heures d'intervalle sur le sol americain. Quatre avions de ligne sont detournes par dix-neuf terroristes islamistes de la mouvance d'Al Qaida. Deux avions s'ecrasent contre les tours du World Trade Center (WTC) a New York. Un autre avion s'ecrase sur le Pentagone. Enfin, un quatrieme appareil s'ccrase en Pennsylvanie. Trois mille personnes sont mortes ou disparues. En reponse a ces attaques, le President Georges W. Bush declare la << guerre au terrorisme >>. Avec une coalition d'une vingtaine d'Etats, il engage des operations militaires en Afghanistan, pays qui abritait Oussama Ben Laden, un des leaders d'Al-Qaida, et des camps d'entrainement de l'organisation terroriste a l'origine des attaques du 11/09. Cette crise ne se deroule pas dans le cadre d'un conflit prolonge et elle debouche sur la guerre.

(5) Nous avons choisi de nous interesser a trois acteurs en particulier: les Etats-Unis, les Talibans, Al Qaida. L'etude d'autres acteurs, Pakistan, Russie, Chine, Royaume Uni, France, etc. en complement serait pertinente.

(6) Nous nous referons ici aux travaux de Michael Brecher et Jonathan Wilkenfeld. Michael Brecher, Jonathan Wilkenfeld, A Study of Crisis, Ann Arbor: University of Michigan Press, 2000.

(7) Voir la definition de Jean-Louis Dufour pour qui << une crise est un moment de rupture dans un systeme organise >> fait debat. Par exemple Michel Dobry considere que la crise s'inscrit dans une << continuite >> et n'est donc pas synonyme de rupture. Jean-Louis Dufour, Les crises internationales de Pekin (1900) a Bagdad (2004), Paris, Complexe, 2004, p. XX; Michel Dobry, Sociologie des crises politiques, Paris: Presses de Science Po, 1986.

(8) Jean-Louis Dufour, Les crises internationales de Pekin (1900) a Bagdad (2004), op. cit. p. 21.

(9) Une crise possede un impact psychologique sur les decideurs qui, pour se representer la situation, ont recours a des precedents, raisonnent par analogie, ont comme point de repere leur reputation. C'est ce qui explique que les crises possedent en general un caractere semiiteratif, elles correspondent a des cadres cognitifs interiorises par les acteurs alors meme qu'elles sont singulieres par leur contexte. Dans le cas du 11/09 plusieurs precedents peuvent etre evoques: la guerre anglo-americaine de 1812, l'attaque aerienne surprise du Japon sur Pearl Harbor en 1941, l'intervention chinoise en Coree en 1950. Dans chacun de ces cas les Etats-Unis etaient opposes a des puissances majeures mais ils n'etaient pas en situation d'unipolarite. La mediatisation des attaques confere egalement sa singularite a cette crise. De meme que sa localisation: le territoire des Etats-Unis.

(10) Loup Francart, Isabelle Dufour, Strategies et decisions. << La crise du il septembre>>, Paris: Economica, 2002.

(11) Nous avons voulu depasser les limites du modele de Brecher et Wilkenfeld qui n'integre que des acteurs etatiques. Pour parvenir a modeliser la perception de cet acteur dans la crise il a etc necessaire de modifier le referentiel de l'intensite, qui ne peut plus etre l'accroissement du risque de guerre. Pour un acteur non etatique l'intensite peut etre envisagee selon la menace qui pese sur son integrite, structurelle ou son identite, ses idees, ses valeurs, sa reputation.

(12) Sur la bataille de Tora Bora et ses consequences pour les Etats-Unis voir Tora Bora revisite: comment nous avons manque d'attraper Ben Laden et pourquoi cela est important aujourd'hui, Rapport au comite des relations etrangeres du Senat des Etats-Unis, 30 novembre 2009.

(13) La topologie peut etre definie comme une geometrie sur des surfaces elastiques.

(14) C'est-a-dire l'investissement d'un champ de vecteurs << vitesse >> sur une forme. Voir Claude Bruter, Topologie et perception, tome 2, Paris: Maloine, 1984, p. 89 sq. De maniere litteraire, un systeme dynamique signifie l'investissement d'une pregnance ou d'un champ d'activite sur une saillance, ou forme. Issues des mathematiques, les figures de Thom sont des fonctions polynomiales formalisees pour des dynamiques de gradient. Nous ferons ici abstraction d'une telle formalisation. Voir Clement Morier, Les morphologies du politique. Approche comparee des oeuvres de Rene Thom et Marcel Gauchet, Paris: IUV, LGDJ/Lextenso, 2018.

(15) Michel Dobry, op. cit.

(16) Notre approche s'inscrit dans la continuite des travaux developpes par Jacques Virct, un des derniers eleves de Thom. Cette modelisation est << transdisciplinaire >> dans le sens ou elle peut s'appliquer a differents domaines de l'action humaine et sociale. Au-dela du fait de lier les disciplines les unes aux autres, la modelisation proposee presente une finalite qui n'appartient plus a une seule discipline mais s'abstrait de ces clivages traditionnels pour apporter une connaissance plus globale, propre a la << complexite >>. Voir Jacques Viret, Thom et Jung, un dialogue imaginaire. Psyche et Theorie des catastrophes, Pantin, Les editions Baghera, 2018.

(17) II s'agit d'un mecanisme energetique operant dans un espace fonctionnel que Thom a structure en deux etapes: une etape d'action marquee par un saut qualitatif (bifurcation ou catastrophe) et une etape de recuperation. L'exemple initial etait celui de la predation, l'enjeu est ici de l'appliquer a un espace social, defini en termes strategiques, mais aussi symboliques. Voir Rene Thom, Modeles mathematiques de la morphogenese, Paris: 10/18,1974.

(18) Voir la lettre de Rene Thorn adressee a Jacques Viret, reproduite en annexe dans Clement Morier, Les morphologies du politique, op. cit.

(19) Voir Rene Thom, Apologie du logos, Paris, Hachette, 1990.

(20) Four une analyse detaillee des proprietes de ce fonctionnement, voir Jacques Viret, << Reaction of the organism to stress: the survival attractor concept >>, Acta biotheoretica, vol. 42, 1994, pp.99-109. Voir egalement Jacques Viret, Thom et Jung, un dialogue imaginaire, op. cit. En particulier le chapitre VIII, pp. 236-260.

(21) Voir Jacques Viret, << Reaction of the organism to stress: the survival attractor concept >>, art. cit.

(22) Nous pourrions par-la proposer une explication morphologique de la montee des extremismes politiques dans les suites directes d'une forte crise. Sur les prolongements par les modeles de la << turbulence >> pour ctudier la dynamique interne des crises, voir Jacques Viret, << Les mathematiques et les modelisations >>, in T. Balzacq, F. Ramel, Traite de relations internationales, Paris, Presses de Science Po, 2013, pp. 373-395.

(23) L'enseignement induit par les morphologies et l'etude des fonctions se rapproche de certains aspects de la psychanalyse, et renforce la fecondite d'un eclairage interdisciplinaire dans les etudes de gestion de crise. Voir ici Jacques Viret, Thorn et ]ung, un dialogue imaginaire, op. cit.

Caption: Figure 1. Type ideal de modelisation d'une crise selon le modele unifie de Brecher et Wilkenfeld (Source Thomas Meszaros)

Caption: Figure 2. Modelisation de la crise du 11/09 niveau macro (systeme) (Source Thomas Meszaros)

Caption: Figure 3. Modelisation de la crise du 11/09 du point de vue des Etats-Unis (Source Thomas Meszaros)

Caption: Figure 4. Modelisation de la crise du 11/09 du point de vue des Talibans (Source Thomas Meszaros)

Caption: Figure 5. Modelisation de la crise du 11/09 du point de vue d'Al Qaida (Source Thomas Meszaros)

Caption: Figure 6. La fronce et la fonction << terrorisme >> (Source Clement Morier, inspire de Jacques Viret)

Caption: Figure 7. La fonction du point de vue des Etats-Unis: retraction immediate induite par le stress (Source Clement Morier, inspire de Jacques Viret)

Caption: Figure 8. Le stress et la crise du 11/09 du point de vue des Etats-Unis (Source Clement Morier, inspire de Jacques Viret)
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Author:Meszaros, Thomas; Morier, Clement
Publication:Studia Europaea
Geographic Code:9AFGH
Date:Dec 1, 2018
Words:6705
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