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Inquisition and inquisitors in reports of exempla (12th-14th centuries)/Inquisition et inquisiteurs dans les recueils d'exempla (XIIe-XIVe siecles)/Inquisicao e inquisidores nos relatos de exempla (seculos XII-XIV).

Introduccion

Traquer l'Inquisition et les inquisiteurs dans les recueils d'exempla composes aux XIIe-XIVe siecles constitue une recherche difficile dans la mesure ou elle donne des resultats extremement heterogenes: d'un cote des allusions eparses a des heresies tardo antiques comme l'arianisme et de l'autre un dossier reuni par les cisterciens et elargi par Etienne de Bourbon, que les travaux de Jacques Berlioz (1) et Jean-Claude Schmitt (2) ont fait connaitre, alors que dans les recueils plus tardifs le theme de l'Inquisition est rarement aborde, pour des raisons que nous tenterons d'eclaircir.

Nous proposons donc de revenir sur l'heresie arienne, puis de faire le point de la lutte contre l'heresie dans les recueils d'exempla cisterciens, de voir ensuite de quelle maniere Etienne de Bourbon a systematise cette lutte et etendu ses objectifs, pour enfin nous pencher sur un recueil d'exempla tardif en langue vernaculaire, le Ci nous dit.

Allusions a l'arianisme

Nous devons signaler d'emblee les allusions persistantes a l'heresie arienne qui a dechire la chretiente naissante dans les annees 320-381. Aucun recueil d'exempla n'explicite clairement les fondements de cette heresie aussi convient-il de les rappeler brievement. L'arianisme provient du nom d'Arius, pretre d'Alexandrie au debut du'IV e siecle, il constitue une reflexion doctrinale sur le dogme chretien de la Trinite, declaree heretique au concile de Nicee (325) car les ariens voyaient dans la psychologie humaine du Christ une marque d'inferiorite du Fils par rapport au Pere. La crise ouverte par l'arianisme a amene l'Eglise a expliciter le dogme trinitaire au concile de Constantinople en 381, ce qui n'empecha pas la formation de schismes graves au siecle suivant autour de la figure christique.

Notons l'insistance de Jacques de Voragine dans ses sermons pour decrier cette heresie ancienne. Il rappelle la convocation du concile de Nicee par Constantin, ou l'arianisme est denonce par des raisonnements et par la mort miraculeuse d'Arius (JACOBUS DE VORAGINE, 1760b) qu'il raconte a deux reprises (JACOBUS DE VORAGINE, 1760a). Il evoque un bapteme arien (JACOBUS DE VORAGINE, 1760b), pendant lequel l'usage d'une formule liturgique heretique fit disparaitre l'eau baptismale (3). Le miracle aurait eu lieu a Constantinople et l'eveque arien etait nomme Deuterus (4). Dans un autre sermon (JACOBUS DE VORAGINE, 1760a), il precise la formule incriminee: le pretre arien baptisait au nom du Pere avec le Fils dans le Saint-Esprit, pour montrer que le Fils et le saint Esprit ne sont pas egaux au Pere. Tout a coup l'eau disparut, le catechumene s'enfuit et se convertit a la foi catholique. On retrouve cet episode mais sans ces precisions theologiques dans la Scala coeli de Jean Gobi (1327-1330) et dans le recueil d'un autre dominicain, Domenico Cavalca (ca. 1270-1342) compose entre 1330 et 1342 (VARANINI; BALDASSARI, 1993).

Un autre episode est largement repris sans doute parce qu' il concerne l'histoire des Francs. Selon Jacques de Voragine, en Gaule, au temps de la propagation de l'heresie arienne, l'unite de la Trinite a ete prouvee par le miracle suivant: en 550, un eveque voit pendent la messe trois gouttes de la meme taille et de la meme clarte tomber du ciel sur l'autel. Elles forment ensuite une gemme precieuse; des qu'on la place au milieu d'une croix, les autres gemmes deja presentes, tombent. Les gens mauvais voient la gemme comme obscure et terrible, les bons comme tres claire et adorable. En outre, cette gemme soigne les malades (JACOBUS DE VORAGINE, 1760a).

On trouve sous la plume d'Etienne de Bourbon deux exempla anti-ariens originaux. Il met en scene le concile de Nicee ou l'empereur Constantin convoqua les eveques du monde entier (ils etaient bien trois cents) pour lutter contre l'arianisme. Ils s'accuserent les uns les autres. L'empereur rassembla ces accusations et les fit bruler, disant qu'elles seraient du ressort du juge supreme (STEPHANUS DE BORBONE, 2002). Puis il rapporte la mort du pape arien Leon, qui a Rome, menaca saint Hilaire de Poitiers qui defendait la foi (STEPHANUS DE BORBONE, 2002). Comment expliquer le rappel de cette heresie structuree, qui a touche l'Occident mais qui a disparu depuis fort longtemps? Sans doute faut-il y voir la preuve qu'il est possible d'eradiquer une heresie, aussi puissante soit-elle, l'histoire en donne la preuve.

Voyons maintenant comment le Story telling cistercien a integre la lutte contre les heresies.

Heresies et inquisition episcopale dans les recueils cisterciens

Les travaux d'Uwe Brunn (2006) ont rappele le role joue, entre autres, par les recueils d'exempla cisterciens dans la denonciation des heresies et les liens entre ces compilations narratives et des traites polemiques ou des documents emanant de la hierarchie catholique (protocole inquisitoire, bulles pontificales et canons des conciles).

Le recueil compose vraisemblablement a Clairvaux vers 1174-1181 sous le titre Collectaneum exemplorum et visionum Clarevallense (CENTRE TRADITIO LITTERARUM OCCIDENTALIUM, 2005; LEGENDRE, 2000) (5) evoque une heresie qui sevit vers 1160, en Allemagne, sous la forme d'une grande armee qui attirait les croyants en leur promettant des delices. On la detruisait par les armes, mais elle reapparaissait plus nombreuse. La rumeur atteignit l'empereur Frederic, qui proposa d'enfermer les heretiques dans une fournaise, et de les laisser aller s'ils survivaient. Le mouvement se propagea jusqu'aux dioceses de Besancon et Langres. Enfin, un prince, sur le territoire duquel sejournait l'armee heretique, prit conseil aupres d'un saint eveque. Celui-ci lui remit une croix a porter sur lui, et lui ordonna de ne rien manger avant d'avoir beni les aliments d'un signe de croix. Le prince rejoignit l'armee heretique avec quelques hommes, et l'heresiarque se declara pret a discuter avec lui apres un repas. Ils furent accueillis sous une tente, ou des mets furent disposes en quantite et a une vitesse incroyable, mais le prince defendit a quiconque d'y toucher. Puis il prononca la benediction, et les mets accumules apparurent comme des excrements de toutes sortes. Ainsi fut confondue l'heresie, qui fut ensuite detruite non sans difficultes. L'eveque de Langres en question est Geoffroy de la RocheVaneau, ancien prieur de Clairvaux. Par son intermediaire le recit est parvenu dans la grande abbaye cistercienne. Selon U. Brunn (6) cet exemplum ressemble plus a un assemblage de topo! (resistance des heretiques au feu et autres faux miracles, guerre sacree anti-heretique et banquet heretique reduit a une illusion demoniaque) qu'a une description raisonnee d'un phenomene heretique precis. Ce recit contribue plus a la diabolisation des heretiques qu'a leur description (7).

On trouve dans le meme recueil l'exemplum le plus ancien concernant Valdes meme si son nom n'est pas donne (Collectaneum ..., IV, 50: exemplum no. 155, texte; RUBELLIN; LEGENDRE, 2008). En effet, le compilateur raconte qu'un habitant tres riche et connu de la ville de Lyon donna tous ses biens aux pauvres au point d'etre reduit a mendier sa nourriture. A ses concitoyens qui l'interrogeaient sur ce changement de vie si soudain, il repondit que si ses concitoyens avaient vu comme lui les tourments a venir, ils agiraient de meme. Comme ils refusaient de les voir, ils se condamnaient a les subir.

Olivier Legendre pense que ce recit precoce de la conversion de Valdes, denue de toute trace de condamnation de son action, emanerait de Guichard, archeveque de Lyon et ancien abbe de Pontigny, present a Clairvaux pour la dedicace de l'abbatiale en 1174. C'est a ce moment que Jean de Clairvaux, l'auteur presume du Collectaneum, a pu recevoir ces informations.

Cette premiere compilation cistercienne nous a livre des informations inegales sur l'heresie: si le premier texte sur l'Allemagne de 1160 semble aplanir les differences entre heresies pour mieux les diaboliser en bloc, le second offre une image tres positive de Valdes a ses debuts. Le recueil ne livre par ailleurs qu'une allusion datee de 1173 a des 'Manicheens' de Milan et le rappel des miracles survenus dans une eglise reprise aux heretiques par saint Gregoire ( Collectaneum ..., I, 12, exemplum no. 16, texte; Collectaneum ..., IV, 42, exemplum no. 136, texte). C'est chez son confrere Cesaire de Heisterbach, que nous trouvons quelques annees plus tard un veritable dossier a charge antiheretique.

Le Dialogus miraculorum a ete compose par Cesaire de Heisterbach entre 1219 et 1223, avant l'instauration de l'Inquisition confiee aux ordres mendiants (1231). Selon U. Brunn, il convient de distinguer dans les ecrits de Cesaire cette rupture chronologique, qui se marque par un durcissement des positions du cistercien apres 1231 et un rapprochement avec les freres Precheurs (8).

On trouve deja dans son Dialogus Miraculorum plusieurs temoignages de l'usage de l'ordalie au fer chaud applique a des heretiques de Cambrai et de Strasbourg (III, 16-17). Pour les premiers, Cesaire situe l'evenement 'cinq annees auparavant', sachant que le Dialogus miraculorum a ete compose entre 1219 et 1223, on peut penser que ces heretiques ont ete juges entre 1214 et 1218. C'est l'inquisition episcopale qui s'exerce alors comme le confirment les recits (CAESARIUS HEIS TERBACEN SIS, 1851).

Distinctio III, chap. 16: A Cambrai des heretiques ont ete arretes et comme ils niaient leur perfidie par peur de mourir, l'eveque leur envoya un clerc charge de les soumettre a l'epreuve du fer chaud. Ils eurent tous les mains brulees. Au moment ou on les emmenait au bucher, l'un d'eux, un noble, accepta de se confesser, et les brulures disparurent au fur et a mesure de sa confession (9).

Dans le chapitre suivant (chap. 17), Cesaire raconte que la meme chose s'est produite ilya quelques annees a Strasbourg, sauf que l'heretique confesse retomba dans son peche sous l'influence de son epouse. La brulure reapparut aussitot dans toute son intensite au point qu'il hurla comme un loup. Malgre la fuite du couple dans la foret, ils furent tous deux repris et menes au bucher.

Mais c'est dans la cinquieme distinctio du Dialogus Miraculorum consacree aux demons que Cesaire de Heisterbach offre un veritable dossier sur les heretiques de son temps, consideres comme des 'ministres du diable' (10).

Chapitre 18: Deux heretiques de Besancon accomplissent d'incroyables miracles. L'eveque demande a un clerc autrefois necromant de trouver l'origine de ces prodiges. Le diable revele a ce dernier qu'il a envoye ces hommes pour tromper le peuple. Ils ne craignent ni l'eau ni le feu car ils ont cousu entre leur peau et leur chair le pacte qui a ete conclu entre eux et lui-meme. L'eveque (homme bon et instruit) fait appeler les heretiques sur la place pour mettre a jour leur erreur: lorsque ces chartes ont ete enlevees, ils refusent de subir l'epreuve du feu, devoilant ainsi leur perfidie. Ils sont alors jetes au bucher et le peuple est remis dans le droit chemin par l'eveque (HILKA; HUYSKENS; ZSCHAECK, 1933). C'est le moine Conrad qui est l'informateur de Cesaire pour cette affaire, son temoignage est presente comme infaillible car il connait bien cet eveque.

Chapitre 19: A Cologne, de nombreux heretiques sont arretes et menes au bucher. Leur maitre, nomme Arnold, demande du pain et de l'eau, sans doute pour fabriquer un viatique heretique. On le lui refuse. Il est jete dans le feu avec les autres. Parmi eux se trouve une belle jeune femme vierge qui est liberee par compassion, mais elle echappe des mains de ses sauveurs pour se jeter dans le feu aupres des restes de son maitre Arnold.

Selon U. Brunn (11) il s'agit d'une heresie 'cathare' denoncee par les premieres enquetes datant des annees 1160 suivies d'un bucher en 1163. U. Brunn rappelle qu'Eckbert de Schonau a envoye son Liber contra hereses Katarorum (ecrit entre 1155et 1160) a l'archeveque de Cologne l'annee suivante.

Chapitre 20: Bertram, eveque de Metz, reconnait au cours de l'un de ses sermons deux vaudois heretiques exclus de Montpellier en sa presence. A son apostrophe, ils repondent durement soutenus par un etudiant. L'eveque ne peut rien contre eux car ils sont proteges par d'importants personnages de la ville qui hai'ssent Bertram pour avoir fait enlever du parvis de l'eglise le corps d'un usurier mort qui etait de leur parente (HILKA; HUYSKENS; ZSCHAECK, 1933).

Chapitre 21: L'heresie des Albigeois est longuement decrite par Cesaire de Heisterbach (12), qui rappelle ses liens avec les Manicheens antiques dont les croyances reposent sur un dualisme absolu et avec les erreurs d'Origene dans son Periarchon. Ces heretiques nient la resurrection des corps, refusent de se rendre dans les eglises pour y prier car cela ne sert a rien. Cesaire considere qu'ils sont pires que les Juifs et les paiens. De plus, ils refusent les sacrements (bapteme, eucharistie) et les suffrages pour les defunts. Ils pretendent attendre la gloire de l'Esprit. Un moine reussit a faire avouer a un chevalier qu'il croit dans la transmigration des ames. Cesaire reconnait que les missions des Cisterciens en Albigeois s'averent etre un echec, tandis que la croisade lancee en 1210 est une belle entreprise, dont le predicateur general est un cistercien (Arnaud, abbe de Citeaux). C'est a ce moment la, que Cesaire rappelle les blasphemes auxquels se sont livres les heretiques sur les autels des eglises pour evoquer ensuite le terrible episode qui conduit un abbe a declarer aux croises a l'assaut de Beziers: "Tuez-les tous, Dieu reconnaitra les siens !". Puis il donne un bref compte rendu de la prise d'une ville proche de Toulouse ou 400 heretiques furent brules et 50 pendus. Il denonce la perfidie des Toulousains et leur alliance avec le comte de Saint-Gilles dont tous les biens ont ete donnes a Simon de Montfort, chef de la croisade des Albigeois. Il acheve ce tableau terrible en rapportant les actes blasphematoires accomplis par des heretiques sur des autels et contre un crucifix et en rappelant leur alliance avec le roi du Maroc defait par les croises en 1212.

Pour montrer a son novice que les heresies touchent egalement les personnes savantes, Cesaire de Heisterbach rappelle l'heresie suscitee par les enseignements du maitre parisien de theologie et de logique, Amaury de Bene ([dagger] v. 1207).

Chapitre 22: A Paris, des heretiques [amauriciens] (D'ALVERNY, 1950-1951; VIOLA, 1997) diffusent leurs erreurs. Ils ne croient ni en l'eucharistie, ni en la resurrection des morts, ni au paradis, ni a l'enfer. Ils refusent les images religieuses et le culte des reliques. Ils considerent que le pape est l'Antechrist. Certains de ces maitres en theologie sont brules ainsi que leurs livres, trois sont condamnes a la prison a vie et l'un se repent et devient moine.

Le compte-rendu de Cesaire resume les etapes de la traque de ces heretiques: l'eveque de Paris fit arreter les disciples d'Amaury en 1209-1210, ils comparurent devant un concile puis furent remis a Philippe-Auguste. Dix maitres furent conduits au bucher le 10 decembre 1210, quatre furent condamnes a la prison a perpetuite et leur maitre a penser fut condamne par contumace.

Chapitre 23: Les heretiques [amauriciens] de Troyes prechent en public etre le Saint esprit. Ils sont brules et leurs corps sont reduits a l'etat de charbon.

Chapitre 24: Deux chanoines (dont l'un est devenu cistercien) sont heberges chez des habitants de Verone a l'epoque du concile tenu dans cette ville [1184]. Il s'avere que ce sont des heretiques qui s'adonnent au sabbat la nuit dans un lieu souterrain.

La description de ce sabbat semble tres proche du protocole inquisitoire du 'cathare' Lepzet de Cologne date de 1231 qui inspira la bulle Vox in Rama (1233) de Gregoire IX affirmant l'existence d'une puissante secte luciferienne (13).

Chapitre 25: Un certain Hermann accompagne d'autres religieux dispute avec des heretiques qui professent dans leurs 'coles' que le diable est le prince de ce monde car il l'a cree. il demontre que cette doctrine heretique repose sur une glose incorrecte de Jean 12, 31: "C'est maintenant le jugement de ce monde, maintenant le prince de ce monde va etre jete dehors".

Dans le reste du recueil, on trouve des allusions eparses aux heretiques: comme ce transfert de vivres entre les heretiques de Milan et ceux de Brescia, suivi d'un tremblement de terre ou lesfaux miracles d'heretiques (CAESARII HEISTERBACENSIS. Dialogus miraculorum, Distinctio X, chap. 49, t. 2 ; Distinctio IX, chap. 12, t. 2). Les Albigeois sont presentes par Cesaire comme un fleau annonciateur de la fin des temps. L'un d'eux a coupe la langue d'un clerc catholique, qui lui est restituee miraculeusement par la Vierge (CAESARII HEISTERBACENSIS. Dialogus miraculorum, Distinctio X, chap. 47, t. 2, ; Distinctio VII, chap. 23, t. 2). Nous avons volontairement laisse de cote les autres ouvrages de Cesaire, notamment de la periode post-1230-1231, pour nous concentrer sur son recueil d'exempla, qui a certainement inspire Etienne de Bourbon.

Etienne de Bourbon, inquisiteur d'avant-garde?

Etienne de Bourbon a presente sous une forme plus pragmatique que theorique son experience dans son reuvre unique: le Tractatus des diversis materiis praedicabilibus compose entre 1250 et 1261, alors que brulent encore et pour longtemps les buchers de l'Inquisition contre les cathares (14).

Etienne de Bourbon est arrive a Paris en 1215 (l'annee du IVe concile de Latran) et entra chez les Dominicains de Saint-Jacques puis il revient dans sa province natale et s'attache au couvent lyonnais. Il a donc recu une excellente formation au studium de Paris, puis sans aucun doute a Lyon, ou le On ne connait d'Etienne de Bourbon que ce qu'il dit de lui-meme par petites allusions dans son volumineux recueil d'exempla: on y repere une intense activite de predicateur itinerant entre 1223 et 1250 dans les Dombes, en Bourgogne, a Besancon, Toul, Reims, Bellay, dans le diocese de Valence, en Savoie et en Roussillon. Puis il s'est retire dans le couvent de Lyon pour y rediger son Tractatus de diversis materiis praedicabilibus. La liberte de circulation d'Etienne de Bourbon s'explique par son statut d'inquisiteur recu en 1236 par mandat apostolique comme il le rappelle:

Comme je prechais dans la cite de Valence, ayant eu connaissance depuis longtemps de leurs faits (ceux des heretiques), bien avant que me soit confie l'office d'inquisition contre eux ... (SCHMITT, 1979-2004, p. 23-24).

Et

Voici les erreurs abominables issues de leurs etudes par lesquelles ils (les heretiques) sont infectes et corrompus, non seulement sur un article de foi ou un sacrement mais sur tous directement ou indirectement, comme je l'ai appris et trouve grace a de nombreuses enquetes (inquisitiones) et confessions de ces personnes sous le coup d'une procedure (in jure), autant de la part des parfaits que des croyants, ecrites sous leur dictee ou recues de nombreux temoins (BOURBON; LA MARCHE, 1877, No. 343, p. 293-297, spec. p. 293-294) (15).

Cette fonction avait ete confiee par le pape aux maitres generaux des ordres dominicain et franciscain charges de choisir les freres juges dignes et aptes a cette fonction nouvelle.

Etienne de Bourbon a evoque trois groupes d'heretiques auxquels il a ete confronte: les Vaudois, les heretiques du Mont-Aime en Champagne et les Albigeois.

Les Vaudois sont sans doute les premiers heretiques auxquels fut confronte le dominicain. Rappelons que le mouvement vaudois est ne a Lyon ou residait Etienne de Bourbon. Au depart, Valdes n'a pas ete inquiete, puis devant le durcissement de la position du nouvel archeveque de Lyon et de Valdes, le mouvement a ete rejete de l'Eglise. On observe la meme evolution de la sympathie a la defiance dans l'approche d'Etienne de Bourbon, mais avec un etonnant decalage temporel.

Il avoue avoir connu des sympathisants des Vaudois: deux pretres, Etienne d'Anse et Bernard Ydros qui avaient traduit (contre argent) pour Valdes des livres de la Bible et des citations patristiques que ce dernier avait appris par creur. Ces deux pretres etaient bien connus des freres precheurs de Lyon (16). Selon Etienne de Bourbon, Valdes voulait suivre le modele apostolique. Ce riche bourgeois lyonnais vendit tous ses biens, donna l'argent aux pauvres, puis se mit a precher dans les rues encourage par l'autorisation orale que lui avait donnee le pape en 1179. Mais Valdes poussa ses disciples (hommes et femmes) a precher egalement dans les villages et meme dans les eglises, ce qui occasionna la diffusion d'erreurs et bien des scandales. Le nouvel archeveque de Lyon, Jean Bellesmains (1182-1193) leur interdit de precher et devant leur desobeissance les chassa de Lyon en 1182. Deux annees plus tard les Vaudois ont ete condamnes comme heretiques par le pape au concile de Verone (1184). D'apres Etienne de Bourbon les Vaudois se melent a d'autres heretiques en Provence et en Lombardie, ce qui explique sans doute les confusions avec les Cathares (17). A propos de l'arrestation d'un vaudois dans la ville de Jonvelle-sur-la-Saone (dans le diocese de Besancon), Etienne de Bourbon rapporte tous les renseignements que cet heretique lui a personnellement donnes: il a etudie a Milan dans la secte heretique des Vaudois, mais reconnait qu'il existe pres de cette ville 70 sectes, elles memes divisees et opposees et dont il a livre les noms et les caracteristiques a l'inquisiteur. Etienne de Bourbon explique donc qu'il faut distinguer entre les Pauvres de Lyon, les Pauvres de Lombardie, les Tortolani, les Communiati, les Rebaptises, les Arnaldistes, les Speronistes, les Leonistes, les Cathares, les Patarins, les Manicheens ou Bougres....

Etienne de Bourbon ne livre qu'un seul exemplum specifiquement anti-vaudois: un de ces heretiques a ete arrete en possession de nombreux deguisements: il etait capable selon les circonstances de se faire passer pour un pelerin, un penitencier, un cordonnier, un barbier ou un moissonneur (18). Cette liste vise a attirer l'attention de ses lecteurs sur les ruses des heretiques, mais d'une certaine facon aussi a les ridiculiser. Le dominicain ne se met jamais en scene dans une quelconque action a l'encontre des Vaudois. Il semble que malgre les condamnations episcopale puis pontificale, les Vaudois beneficient aupres d'Etienne de Bourbon et peut-etre des Precheurs de Lyon, d'un statut particulier dans le paysage heretique.

Pour expliquer cette relative clemence d'Etienne de Bourbon envers les Vaudois, revenons a l'hypothese emise par Rubellin (1998) selon laquelle, Valdes aurait ete un ministerial de l'eglise de Lyon, son besoin de reforme s'opposant au conservatisme de cette eglise, il recut l'appui de Guichard, de Bernard Ydros et des freres precheurs. Ces appuis expliqueraient le bon accueil que le pape Alexandre III fit a Valdes et l'intervention du cardinal legat au synode de Lyon (1180) qui presenta a Valdes une profession de foi a laquelle il souscrivit volontiers en la completant. Mais en 1181, la mort de l'archeveque Guichard et du pape Alexandre III priva Valdes des appuis dont il avait absolument besoin face a ses detracteurs et aux 'debordements' de ses disciples prechant sans autorisation. Le nouvel elu sur le siege archiepiscopal de Lyon, Jean Bellemains (deja connu pour ses missions antiheretiques en Languedoc en 1178) expulsa Valdes et les siens des 1182 ou 1183. Cette hypothese expliquerait l'attitude indulgente d'Etienne de Bourbon envers les Vaudois.

En revanche, Etienne de Bourbon exprime une haine farouche envers les Cathares, parfois appeles Manicheens, notamment lors du celebre proces du Mont-Aime en Champagne (19).

Etienne de Bourbon a assiste au proces de ces heretiques et a leur supplice: le 13 mai 1239, pas moins de cent quatre-vingt heretiques (20) furent brules apres la sentence de Robert le Bougre, inquisiteur general pour le Nord de la France (21) et en presence de presque tous les eveques de France, du comte de Champagne Thibaud IV et d'une foule violemment hostile aux heretiques. Il a peut-etre lui-meme participe au proces si l'on en croit sa mention "[...] sententia que data est ibi <contra> plus quam LXXX hereticos manicheos, cui sententie ego interfui et fere omnes episcopi Francie" (BOURBON; LA MARCHE, 1877). Notons qu'il minimise le nombre de cathares condamnes (80 au lieu de 180), mais il s'agit peut-etre d'une erreur de copiste. Il evoque le cas particulier d'une vieille femme heretique nomme Alberee qui ne mangeait ni viande, ni reufs, ni fromage (22). Elle etait consideree comme une sainte par les habitants du voisinage, d'autant qu'elle communiait tous les dimanches, ce qui selon Etienne de Bourbon etait une ruse destinee a dissimuler son appartenance a la secte heretique. Elle avoue 'in iure' que tous ses actes etaient des reuvres diaboliques dont le but etait de corrompre les ames. Son fils Thibaud egalement heretique fut aussi conduit au bucher. Pour Etienne de Bourbon il ne fait pas doute qu'il s'agit de Manicheens. Ses informations proviennent directement de ceux qui avaient interroge cette vetula et de son propre fils. Il est etonnant qu'Etienne de Bourbon se contente de signes exterieurs d'heresie sans entrer dans le detail de la doctrine.

Ces signes exterieurs peuvent perdurer apres la mort et attester de l'origine diabolique de ces sectes: la puanteur exhalee par la fumee des buchers en est une premiere preuve 'objective' qu'Etienne de Bourbon dit avoir observe apres la mort par le feu d'un heretique dit l'Auvergnat (23). La seconde preuve est 'subjective': Etienne de Bourbon rapporte qu'un chevalier catholique s'etonnait que les heretiques au bucher regardent toujours vers le sol comme des loups; de plus, ils ont toujours l'air triste par opposition aux martyrs qui regardent le ciel en mourant et en exprimant leur joie (comme Etienne, Laurent, Vincent et Martin) (24).

Ce type de recit, outre la deshumanisation des heretiques compares a des loups, permet d'eviter la confusion entre martyrs et heretiques au bucher.

Etienne de Bourbon souhaite faire passer l'image d'une inquisition moderee et intelligente, capable de discernement dans cette traque anti-cathares. Pour preuve, il se met lui-meme en scene en pays albigeois. Une noble dame vint le trouver pour s'avouer heretique et digne du bucher. Etienne de Bourbon lui fit avouer qu'en fait elle detestait ses pensees heretiques, puis il la renvoya en paix (BERLIOZ, 1999). On peut se demander si cette methode douce n'est pas aussi destinee a eviter de multiplier les 'martyrs' cathares, d'autant plus remarquables qu'il s'agissait en l'occurrence d'une femme noble. Quand il n'y avait pas d'aveux spontanes comme dans ce cas, des chevaliers francais avaient mis au point une ruse efficace: ils demandaient a des suspects de tuer des poulets ou autres animaux. Des inquisiteurs leur demandaient aussi de faire le signe de croix. Leur refus constituait une preuve de leur appartenance a l'heresie cathare (BERLIOZ, 1999).

Mais, Etienne de Bourbon est bien conscient qu'il ne suffit pas de reperer des 'gestes ou des attitudes cathares', il faut reconstituer la doctrine qui les sous-tend pour etablir le crime d'heresie. C'est ce a quoi il s'attache dans le Don de Force, sous le chapitre consacre a l'orgueil. Il s'appuie sur une source incontestable: le traite De heresibus de saint Augustin (25), ancien manicheen converti, soit le meilleur informateur possible. Grace a cette source savante, Etienne de Bourbon expose avec autorite l'origine du catharisme qui viendrait de Manes, mais s'est repandue recemment autour d'Albi, d'ou le nom d'Albigeois qui leur est donne, mais aussi celui de Gazares, Patarins, Catharistes, Bougres ou Popelicants en langue romane. Cette heresie repose sur le dualisme opposant un principe mauvais attache au corps et un principe bon attache a Dieu. Ces heretiques pratiquent des restrictions alimentaires qui portent sur les laitages, les reufs, la viande, le vin, mais aussi les fruits, les plantes car les arbres sont veneres comme ayant une ame. La continence sexuelle est reservee aux parfaits qui ne doivent pas se reproduire. Ils refusent l'Ancien Testament (car Moi'se a recu la Loi du prince des Tenebres) et le bapteme; ils recusent le libre arbitre puisque l'homme possede deux ames: une bonne et une mauvaise. Enfin, ils ne croient pas dans la virginite de Marie, ni en une veritable incarnation du Christ et donc ni a sa mort, ni a sa resurrection. Etienne de Bourbon etablit une distinction entre les Parfaits et les simples auditeurs qui beneficient de plus de liberte dans leur vie quotidienne.

Etienne de Bourbon a obtenu des precisions importantes sur les heretiques cathares grace aux revelations d'un heretique lettre repenti qui lui a explique que ses anciens coreligionnaires refusent le bapteme des enfants car ils n'ont pas la foi, preferant le bapteme par le feu (d'un cierge) pour les adultes. De meme, l'eucharistie est pour eux une imposture dans la mesure ou aucun etre humain n'est capable de consacrer le pain. La penitence est jugee inutile tout comme le mariage charnel ou le sacerdoce. A l'extreme-onction des chretiens, les cathares substituent le consolamentum (imposition des mains) seul efficace pour enlever tous les peches. La methode d'exposition du cathare repenti repose sur l'alternance d'un verset de la Bible pro et un autre contra la proposition examinee ("J'ai entendu [ce qui suit] de la bouche d'un homme lettre qui avait appartenu longtemps a leur secte, et qui me rapportait les autorites qu'ils mettent en avant pour prouver les erreurs qu'ils avancent") (BERLIOZ, 2000, p. 59). Cette methode reflete sans doute les disputes scolastiques qui ont inspire les debats theologiques destines a destabiliser les heretiques. Etienne de Bourbon ne cite pas le sermon 8 d'Eckbert de Schonau (inspire de saint Augustin) qui ressemble pourtant beaucoup a bien des assertions du repenti sur les Cathares (BERLIOZ, 2000, p. 59, note 31) (26). Il ne cite pas non plus le IlIe concile de Latran (1179) qui donne une liste de sectes heretiques tres proche de la sienne (BIGET, 1980) (27). Sa description de la doctrine heretique doit beaucoup aux capitula cisterciens d'interrogatoire des heretiques. Enfin, le nom meme d'Albigeois est relativement recent pour decrire les heretiques de cette region, on le trouve dans la chronique de Geoffroy du Breuil, prieur de Saint Pierre de Vigeois (comme adjectif) quand il evoque la 'pre-croisade' de 1181 (GEOFFROY, 1657) (28). Puis en 1213, Pierre des Vaux de Cernay utilise le substantif 'Albigeois' (29). Il est fort possible qu'Etienne de Bourbon ait opere une sorte de synthese entre ses souvenirs (il commence a rediger en 1250) et ses lectures.

Il est a noter que ce tableau exceptionnellement developpe pour un recueil d'exempla contribue parfaitement a ce que Monique Zerner (1998) a appele 'l'invention de l'heresie' par les clercs avant l'instauration de l'Inquisition. Un volume recent de Jean-Louis Biget (2007) revient sur la question pour l'Albigeois dans le cadre inquisitorial. Il montre a quel point l'identification des mouvements dissidents divers et non structures disperses autour d'Albi avec le catharisme releve d'une construction clericale. Le vocable meme de catharisme apparait en 1164 sous la plume d'Eckbert de Schonau dans son Liber contra haereses Katarorum, ou il n'est que la reprise d'un terme emprunte a saint Augustin. La filiation affirmee par Etienne de Bourbon entre ce 'catharisme' meridional et la doctrine de Manes est egalement un legs de saint Augustin totalement anachronique. La realite rencontree par Etienne de Bourbon est concue et expliquee au filtre des categories des Peres de l'Eglise et des theologiens cisterciens comme Eckbert de Schonau. Ce n'est qu'a partir du concile de Latran III (1179) et a la suite des amplifications cisterciennes (nourries en partie par la lettre envoyee en 1177 par le comte de Toulouse Raymond V au chapitre general de Citeaux) que l'Albigeois (aux mains de la famille Trencavel, ennemie des comtes de Toulouse) est percu comme une region entierement vouee a l'heresie. Les nombreux travaux de Jean-Louis Biget ont montre que les dissidences religieuses n'ont touche qu'une minorite (5 a 7% de la population): la petite noblesse des castra en crise sociale et une fraction de la bourgeoisie en pleine ascension. Est-ce a dire que le tableau presente par Etienne de Bourbon ne serait qu'une compilation de sources livresques? Bien au contraire, une fois la part des sources ecrites reperee, on doit reconnaitre a Etienne de Bourbon d'avoir rapporte des faits corrobores par les historiens: les interdits alimentaires et le refus des sacrements dans les pratiques des heretiques, le role des repentis comme informateurs efficaces des inquisiteurs et l'importance du reseau familial: J.-L. Biget a montre a quel point le choix de la dissidence religieuse etait familial et non individuel.

En effet, une autre facette de la lutte antiheretique menee par Etienne de Bourbon consiste a diffuser, via son recueil destine aux predicateurs, un certain nombre de recits visant clairement a discrediter les heretiques. Pour ce faire, Etienne de Bourbon recourt a un genre bien eprouve: l'hagiographie, ici essentiellement dominicaine. C'est ainsi qu'il rappelle le celebre miracle des livres jetes dans le feu par saint Dominique (30), recit bien connu de la Vita du fondateur des Freres Precheurs. A Fanjeaux, dans la maison de Raimont de Durfort, une dispute fut organisee entre saint Dominique et des heretiques en presence de juges. Pour departager les orateurs, une veritable ordalie par le feu fut mise en place: chaque partie ecrivit un libelle qui fut ensuite jete dans le feu, seul celui de saint Dominique resista aux flammes tandis que celui des heretiques fut entierement brule.

Pour introduire l'histoire des femmes de Fanjeaux, de saint Dominique et du chat noir (31), Etienne de Bourbon donne deux sources: l'une orale transmise par Romee de Livia (f 1261), d'abord prieur du couvent de Lyon en 1223 puis prieur provincial des freres precheurs de la province de Provence et l'autre ecrite: la nouvelle legende de saint Dominique (Legenda nova). Alors qu'il prechait contre les cathares et qu'il se trouvait en priere dans une eglise de Fanjeaux, des femmes cathares vinrent le trouver pour lui demander de leur montrer la vraie foi qui leur assurera le salut. Saint Dominique pria Dieu de l'aider a eclairer ces femmes. Peu apres, apparut un tres grand chat noir monstrueux et puant qui laissa derriere lui d'horribles excrements. Saint Dominique leur expliqua que c'est ce maitre qu'elles servaient en suivant la religion cathare. Les femmes furent converties et certaines d'entre elles entrerent meme au prieure de Prouille fonde par saint Dominique. Dans une moindre mesure, Etienne de Bourbon se refere a l'hagiographie franciscaine: il rappelle comment saint Francois avait baise les mains d'un pretre indigne pour contrer la these des heretiques affirmant que les sacrements d'un pretre indigne ne sont pas valables (32). Le theme du chat des 'cathares' remonte en fait au XlIe siecle comme l'ont montre les etudes de Moulinier-Brogi (2004) et Brunn (2006).

Mais en traquant les heretiques dans les villes comme dans les campagnes, Etienne de Bourbon a egalement rencontre des croyances et des rituels denonces en bloc comme 'superstitions' (SCHMITT, 1988; HARMENING, 1979; FLINT, 1991; GOUREVICH, 1990-1996).

Ce champ de competence est lie au precedent si l'on en croit Isidore de Seville qui rattache la superstition a l'heresie, au paganisme et au schisme (ISIDORE DE SEVILLE. Etymologies, Liv. VIII, De ecclesia et sectis, chap. III, De haeresi et schismate) (33) et la ravale au rang d'observations vaines, superflues, rajoutees (superflua, superinstituta) (SCHMITT , 1979-2004), recusant l'etymologie positive donne par Lucrece (choses celestes et divines). Dans son De Universo, Guillaume d'Auvergne (f 1249) condamne la superstition, mais indique qu'il faut la definir, la classer pour mieux la combattre. L'inquisition traquant les deviances contre la foi s'est peu a peu chargee de la lutte contre les superstitions, qui relevait en fait de l'autorite episcopale (SCHMITT , 1979-2004). Dans ce domaine, Etienne de Bourbon fait figure de precurseur. Si a leurs debuts les procedures de l'inquisition se sont appliquees exclusive me nt aux heretiques, la lutte contre la sorcellerie et les superstitions est entree progressivement dans leur champ d'application. En 1248, le concile de Valence soumet encore 'sorciers et sacrileges' a la juridiction ordinaire de l'eveque (INQUISITION, 1923). Une dizaine d'annees plus tard (le 13 decembre 1258 et le 10 janvier 1260), les Dominicains et Franciscains d'Italie demandent au pape Alexandre IV "[...] s'il est du ressort des inquisiteurs de l'heresie de connaitre des cas de divination et de sortileges qui leur sont denonces et de punir ceux qui s'y adonnent" (INQUISITION, 1923). Le pape repond affirmativement s'ils ont une saveur evidente d'heresie (nisi manifeste saperent haeresim), dans les autres cas, c'est la juridiction de l'eveque qui doit se charger des poursuites (SCHMITT, 1979-2004). Des 1270, un manuel d'inquisiteur, la Summa de officio inquisitionis produit dans l'entourage de l'eveque de Marseille (HANSEN, 1901), s'interesse aux superstitions, il precise les questions a poser aux 'augures et aux idolatres': celebrent-ils un culte aux demons? fontils sur les herbes, les oiseaux et autres creatures des invocations aux demons? La voie est tracee: dans son Manuel de l'Inquisiteur ecrit entre 1307 et 1323, Bernard Gui (1926) inclut sans difficultes les jeteurs de sorts, les devins et invocateurs des demons dans la procedure inquisitoriale qui doit obtenir d'eux une formule d'abjuration surtout 's'il y a saveur d'heresie'. Ces personnages sont decrits comme "[...] une peste et une erreur variee et multiforme se trouvant en diverses terres et regions", ce sont les memes metaphores utilisees un siecle plus tot pour decrire les heretiques. Jean-Claude Schmitt en conclut:

Bien qu'il fut l'un des premiers inquisiteurs, etienne de Bourbon utilisa contre les superstitions la procedure inquisitoriale, vingt ans environ avant que les inquisiteurs soient officiellement charges par le pape de juger les superstitions '[...] a saveur d'heresie' (SCHMITT, 1979-2004, p. 53-54, les italiques).

Un article recent d'Alain Boureau abonde dans le meme sens et nous montre encore a quel point Etienne de Bourbon fut en avance sur son temps:

Nous avons cru pouvoir prouver que durant les annees 1280-1330 marquees par un tournant demonologie, la notion d'heresie avait connu une extension exorbitante en s'appliquant aussi bien a des pratiques qu'a des doctrines (BOUREAU, 2008, p. 25-26).

Des 1250-1261, Etienne de Bourbon avait place la superstition au meme niveau que l'heresie dans la hierarchie des peches. En effet, dans le Don de Force, il evoque l'orgueil comme le premier et le plus grave des vices. Il lui consacre 16 chapitres: huit sur les aspects individuels de l'orgueil: la vaine gloire, l'ambition, l'hypocrisie et huit sur les implications sociales de l'orgueil: la desobeissance aux lois de l'Eglise. Malgre cette assimilation des superstitions a l'heresie, on ne trouve nulle trace de ces decisions pontificales dans le recueil d'Etienne de Bourbon qui se borne a rapporter plusieurs cas de superstitions. Nous ne mentionnerons que deux cas dans lesquels il semble etre intervenu en tant qu'inquisiteur: le rituel du cheval jupon et le pelerinage sur la tombe de saint Guignefort.

Dans le diocese d'Elne, Etienne de Bourbon est temoin d'un rituel etrange (BOURBON ; LA MARCHE, 1877, no. 194: des danseurs enfourchent un cheval de bois et menent la danse dans le village, dans l'eglise et le cimetiere, la veille de la fete du saint patron. Les danseurs portent des masques. Ce jeu (ludus) est une coutume dont le rituel festif est regle par le groupe des jeunes (LEVI; SCHMITT, 1996) (34). Etienne de Bourbon utilise des sources orales pour corroborer son temoignage. Il interdit cette ceremonie, mais les danseurs transgressent cette interdiction et sont alors chaties par le feu du ciel sous la forme de la foudre.

Il existait deja dans les statuts synodaux une interdiction portant sur les danses dans les eglises et les cimetieres, lieux consacres. La description precise du rituel et des acteurs faite par Etienne de Bourbon permet de reconnaitre la premiere attestation ecrite de la 'danse du cheval jupon' tres repandue dans la Provence, le Languedoc, le Pays Basque, les Pyrenees espagnoles et le Roussillon. Ce qui pose probleme dans ce rituel non chretien est le fait de l'inscrire dans un temps sacre: la fete du saint patron de l'eglise (dont le nom n'est pas precise) et dans des lieux consacres comme le cimetiere et l'eglise. De plus, cette danse publique et nocturne (ce qui la rend d'emblee suspecte) fait l'unanimite de la communaute au nom de la tradition. Cet exemplum est encadre par deux recits denoncant les chants profanes des pelerins et les danses dans les eglises et les cimetieres. Dans le second recit le meme chatiment divin frappe les coupables avec plus ou moins de vigueur en fonction de leur degre de culpabilite (a savoir leur degre d'implication dans ce rituel). Cet exemplum fait echo aux statuts synodaux denoncant ces danses dans des lieux consacres (GOUGAUD, 1924; PONTAL, 1983).

Le conflit entre Etienne de Bourbon et les habitants n'est donc pas seulement religieux, il est culturel: Etienne de Bourbon affronte une autre conception de la fete, comme rituel mene par les jeunes (groupe organise avec ses ducs et capitaines) et non pas par le clerge. La culture folklorique sort en apparence vaincue de cet affrontement exemplaire, mais pour combien de temps?

Cette description precise ressemble a une enquete de type inquisitorial, meme si aucune procedure n'est evoquee: le chatiment n'est pas donne par les hommes, mais par Dieu. La mention de cet episode dans un recueil d'exempla destine aux predicateurs participe de la lutte contre les superstitions: les confreres d'Etienne de Bourbon reprennent ce recit et le diffusent ainsi dans toute la chretiente, comme par exemple Jean Gobi le Jeune dans sa Scala coeli composee vers 1327-1330 a SaintMaximin en Provence (GOBI, 1991; CNRS. IRHT, 1991) (35).

Le second dossier qu'Etienne de Bourbon semble s'attribuer comme inquisiteur concerne un curieux pelerinage a 'saint Guinefort' dans les Dombes dans le diocese de Lyon. "Alors que je prechais contre les sortileges et que j'entendais des confessions, de nombreuses femmes confesserent qu'elles avaient porte leurs enfants a saint Guinefort" (SCHMITT, 1979-2004, p. 13-17) (36).

Etienne de Bourbon mene alors une enquete serree (inquisivi), attestee par la precision du cadre geographique evoque: le village de Neuville-lesDames (departement de l'Ain, canton de Chatillonsur-Chalaronne), sur les terres du sire de Villars, en fait Etienne II de Thoire et Villars (1238-ap. 1242). Ce sire avait un tout jeune fils qu'il avait confie a des nourrices pour aller assister a un tournoi. Les nourrices relacherent leur surveillance du nourrisson le temps de regarder passer les chevaliers. Or, un serpent etait alors sorti du mur et s'etait approche du berceau. Le fidele levrier du maitre avait tue le serpent pour proteger l'enfant, mais dans la lutte il avait renverse le berceau. De retour les nourrices trouverent le levrier la gueule ensanglantes et le berceau renverse, le maitre prevenu, crut comme elles que le levrier avait tue son fils. Il le tua sur le champ avant de decouvrir l'enfant indemne sous le berceau et le serpent tue. Il fit un enterrement memorable a son fidele chien dans un puits et planta des arbres autour de sa tombe. Mais la terre du sire devint neanmoins un desert. Les paysans vouerent un culte au chien martyr aupres de sa tombe et du bois qui l'entourait. Une vieille femme organisait les rituels: les meres ayant un enfant malade venaient la voir et suivaient a la lettre ses directives. Elles devaient offrir du sel et d'autres choses, pendre les langes de l'enfant malade aux buissons, planter un clou dans les arbres du bois, passer l'enfant nu entre les troncs de deux arbres neuf fois de suite, invoquer les demons et faunes (SCHMITT, 1979-2004, p. 37, n. 25) (37) de la foret en leur demandant de venir reprendre cet enfant malade et ramener leur enfant en pleine sante. Cet etrange echange repose sur la croyance aux 'changelins': l'enfant malade est un changelin depose par le diable et ses acolytes qui ont emporte le veritable enfant en bonne sante: les offrandes sont destinees a obtenir l'echange inverse (BERLIOZ, 1992). Puis, l'enfant nu etait pose sur de la paille entoure de deux chandelles durant la nuit et enfin plonge neuf fois dans la riviere voisine (la Chalaronne).

Etienne de Bourbon se rend sur place, il convoque le peuple, fait un sermon contre ce pelerinage pour expliquer l'origine diabolique de cette superstition. Ensuite, il fait exhumer la depouille du levrier et couper les arbres du bois sacre et bruler le tout publiquement. De plus, il s'appuie sur le pouvoir seculier: il demande au sire de la terre de saisir tous les biens de ceux qui s'adonneraient encore a ce rituel, les obligeant a les racheter.

Etienne de Bourbon a su capter l'heritage cistercien tout en recourant a sa propre experience pour decrire a la fois les heresies et son role d'inquisiteur. Il a ete l'un des premiers a ajouter les superstitions aux cas relevant de sa fonction. Voyons comment un recueil d'exempla tardif, traite en langue vernaculaire de l'inquisition.

Heresies et inquisition dans le Ci nous dit

Le Ci nous dit a ete compose dans les annees 1313-1330 dans le Nord de la France en ancien francais par un auteur demeure anonyme (BLANGEZ, 1979-1986). Le debut de l'ouvrage ressemble a une bible moralisee (d'ou son autre titre Composition de la sainte Ecriture), puis par la suite prend la forme d'un traite moral des vices et des vertus, il continue par une longue partie consacree a la conversion, puis par un manuel de vie chretienne suivi d'une petite somme hagiographique, pour conclure sur les fins dernieres. Ce recueil a circule dans les milieux de la haute aristocratie dans des manuscrits souvent richement enlumines (38). Il evoque a plusieurs reprises les heresies en les reliant a une action inquisitoriale. Nous confronterons les textes et les images du Ci nous dit dans le plus riche manuscrit, celui conserve a Chantilly (mss 26 et 27) La partie hagiographique ne manque pas d'evoquer un des champions de la lutte contre les heretiques, saint Dominique, et l'un de ses plus spectaculaires miracles lorsqu'il convertit les heretiques en faisant subir l'epreuve du feu a leurs livres (BLANGEZ, 1979-1986, no. 688). C'est la partie droite de l'image (Figure 1) qui represente le miracle.

[FIGURE 1 OMITTED]

L'auteur anonyme du Ci nous dit a peut-etre trouve ce recit dans le Tractatus d'Etienne de Bourbon (39)? Sa conclusion rend hommage aux deux fondateurs des ordres mendiants, champions de la lutte anti-heretique, mais egalement a saint Augustin qui a ecrit et agi contre les Manicheens.

Un autre exemplum dans le chapitre consacre aux Miracles du Saint-Sacrement met en scene un inquisiteur franciscain qui reussit a dejouer les ruses du demon.

Miracle du bougre au bucher (BLANGEZ, 1979-1986, no. 145) (40). On voulait bruler un heretique en Lombardie, mais on ne pouvait allumer le feu de son bucher parce que les diables ne voulaient pas le laisser bruler pour qu'il puisse continuer a faire du tort. Et aussitot qu'un cordelier y apporta le corps de Notre-Seigneur, le feu qui ne voulait pas prendre jusque-la s'alluma. L'heretique se mit a crier aux diables: "Qu'est-ce? Mes amis, allez-vous me laisser bruler de la sorte?". Les diables, entendus de tous ceux qui etaient la, repondirent: <<Nous ne pouvons plus te defendre, car le Tout-Puissant y est venu>> (BLANGEZ, 1979-1986).

L'image de gauche insiste sur l'intervention des Franciscains qui apportent le calice contenant l'hostie devant l'heretique, ce qui declenche le feu, attise par un jeune personnage. La partie droite de l'image se refere a l'exemplum suivant (no. 146) qui met en scene une profanation de l'hostie par un Juif , le miracle qui s'ensuit et son chatiment (Figure 2).

[FIGURE 2 OMITTED]

On a deja trouve des recits de l'origine demoniaque de la resistance des heretiques au feu chez les auteurs cisterciens (41); le theme de l'impossibilite d'allumer le feu du bucher grace a la protection du diable semble etre une nouveaute du XlIIe siecle (42) qui a connu un beau succes aux XlVe et XVe siecles. Dans son Liber de introductione loquendi (1321-1347), le dominicain Filippe de Ferrare (CREYTENS, 1946; AMADORI, 1996; VECCHIO, 1998) reprend cet exemple et en propose une autre version: Guy de Loches (VECCHIO, 1998, no. 145) (43), qui de son vivant etait tenu pour un saint, est juge comme heretique apres sa mort et condamne au bucher. Les demons tiennent ses os suspendus au-dessus du bucher, mais au moment de l'elevation les laissent tomber dans le feu (VECCHIO, 1998) (44).

Dans le chapitre consacre a l'Ascension (BLANGEZ, 1979-1986, no. 114, lignes 15-19), l'auteur du Ci nous dit imagine un dialogue entre un chretien et des heretiques, qui ne manque pas de rappeler la technique d'exposition d'Etienne de Bourbon, pour mettre en lumiere le caractere errone des interpretations heretiques de fragments de la bible: Ce dialogue n'est pas represente dans les vignettes du Ci nous dit.

Si par exemple nous disons que Jesus est fils d'une vierge, les heretiques peuvent nous repondre que le diable peut en faire autant. De meme pour plusieurs des miracles de Jesus et de ses paroles, car le diable connait tout l'Ancien Testament et le Nouveau et tout ce qu'on a pu ecrire, soit de bon, soit de mauvais. Mais la ou le diable est vaincu, c'est qu'il ne peut pas faire de miracle dans le ciel. A propos de l'Ascension de Notre-Seigneur les heretiques ne peuvent discuter ou nier ni pretendre que ce n'est pas l'reuvre de Dieu tout-puissant. Et ce miracle donne sens et autorite a tout ce qu'il avait fait et dit auparavant.

Il est etonnant de trouver ce type de dialogue ressemblant a un canevas d'interrogatoire ou de dispute avec un heretique dans cette region et au debut du XIVe siecle, le danger heretique (reel ou fantasme) demeure dans l'esprit des clercs. Au final, la recolte d'exempla anti-heretique s'avere modeste dans un recueil qui compte tout de meme 781 anecdotes exemplaires.

Grace aux recueils d'exempla, nous avons pu suivre trois moments de la lutte contre les heresies: l'heresie episcopale largement decrite par les cisterciens, la mise en place de l'inquisition mendiante puis la banalisation de cette procedure dans les recueils tardifs.

Dans ce processus, Etienne de Bourbon apparait comme un inquisiteur d'avant-garde, qui a devance les exigences pontificales et anticipe l'evolution de l'inquisition vers la traque de toutes les deviances doctrinales et rituelles, 'superstitions'comprises, preparant ainsi la grande chasse aux sorcieres. Cependant, evaluer l'efficacite de l'action des eveques, puis des inquisiteurs comme Etienne de Bourbon demeure difficile. Si la lutte contre l'heresie s'est revelee terriblement operatoire, ce n'est que parce qu'elle etait soutenue par une veritable machine de guerre et une lourde institution judiciaire. En revanche, pour ce qui est de la lutte contre les 'superstitions', l'echec est patent: la danse du cheval jupon est attestee par les enquetes ethnographiques jusqu'au XXe siecle, tout comme le pelerinage de saint Guinefort. Ce qui est reste pour des siecles, c'est un fonds de recits antiheretiques, alimente d'abord par les cisterciens, puis par les freres mendiants enfin traduits et remanies en langues vernaculaires. Dans cette ultime etape, le corpus narratif anti-heretique s'est considerablement reduit: seuls quelques miracles ont survecu a la dure loi de l'efficacite pastorale (BERLIOZ, 1980) et aux aleas de la transmission a la posterite.

Doi: 10.4025/actascieduc.v37i4.27690

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Received on May 6, 2015.

Accepted on July 29, 2015.

(1) Jacques Berlioz est engage dans l'edition complete du Tractatus de diversis materiis praedicabilibus d'Etienne de Bourbon, deux tomes deja parus dans le Corpus christianorum. Continuation mediaevalis, 124 et 124B (2002; 2006). De plus, il a etudie la carriere d'inquisiteur d'Etienne de Bourbon dans "La predication des cathares selon l'inquisiteur Etienne de Bourbon (mort vers 1261)" (BERLIOZ, 1999 p. 9-35); "Les erreurs de cette doctrine pervertie ... Les croyances des cathares selon le dominicain Etienne de Bourbon", dans Heresis, 32 (BERLIOZ, 2000, p. 53-67); et "Etienne de Bourbon, l'inquisiteur exemplaire", in L'Histoire, no. 125 (BERLIOZ, 1989, p. 24-30).

(2) Jean-Claude Schmitt a etudie plus particulierement la traque des superstitions par les inquisiteurs, notamment Etienne de Bourbon dans: "Jeunes et danses des chevaux de bois. Le folklore meridional dans la litterature des exempla (13e-14e s.)", dans Cahiers de Fanjeaux, La religion populaire en Languedoc (13e-milieu 14e), 11 (SCHMITT, 1976, p. 127-158) et Le saint levrier Guinefort guerisseur d'enfants depuis le XIIIe siecle, Paris (SCHMITT, 1979-2004); sur ce dernier theme une synthese a ete publiee par Poisson, Berlioz e Schmitt (2005).

(3) Miracle atteste dans la Scala coeli de Jean Gobi le Jeune, n. 117, texte p. 213, notes, p. 645 (GOBI, 1991).

(4) Berlioz, Beaulieu e Tubach (1992, no. 2106).

(5) Ce recit appartient a la partie la plus recente du recueil, il daterait de 1181.

(6) Brunn (2006, p. 473-479), s'oppose aux conclusions d'Olivier Legendre dan l'article precite qui y voyait "[...] un recit d'une precision exceptionnelle" apte a "[...] fournir des renseignements sur la nature reelle de l'heresie".

(7) La ressemblance avec les heretiques decrits par Cesaire de Heisterbach quelques annees plus tard demeure assez vague: Caesarius Heisterbacensis, Dialogus miraculorum, texte traduit par Brunn (2006).

(8) Brunn (2006, p. 417-418 et p. 519-530). De plus, U. Brunn met en relation les exempla du Dialogus miraculorum et ceux des sermons de Cesaire edites dans les Hilka, Huyskens e Zschaeck (1933); Bonn (1933).

(9) On retrouve ce recit dans Vecchio (1998). Cesaire de Heisterbach (1851, chap. 16); Berlioz, Beaulieu e Tubach (1992, no. 2759).

(10) Dossier analyse par Berlioz (1994).

(11) Sur le role d'Eckbert de Schonau, voir Brunn (2006).

(12) On trouvera la traduction francaise integrale de ce long exemplum dans Berlioz (1994, p. 12-20), qui y voit "[...] un resume sommaire et tendancieux de la doctrine" des Albigeois.

(13) Les points communs entre le protocole inquisitoire de Lepzet de Cologne (art. 1, 5, 9, 10, 23), les sermons et le Dialogus miraculorum de Cesaire de Heisterbach sont analyses par Brunn (2006).

(14) Si le bucher de Montsegur remonte a 1244, le dernier bucher destine a un cathare est erige en 1321 pour le parfait Guillaume Belibaste.

(15) Bourbon e La Marche (1877, no. 343, p. 293-297, spec. p. 293-294): <<Hi sunt autem errores in quibus infecti sunt et corrupti et abominales in studiis suis, non solum in uno fidei articulo aut sacramento, sed in omnibus directe vel indirecte, sicut ego cognovi et inveni per multas inquisiciones et confessiones eorum in jure, tam perfectorum quam credencium, ab ore eorum conscriptas, et per multos testes contra eos receptos>>.

(16) Bourbon e La Marche (1877, no. 342, p. 290-293). On trouvera une traduction francaise et un commentaire de ce long exemplum sous la plume de Berlioz (1995).

(17) Bourbon e La Marche (1877, no. 330, p. 279-281).

(18) Bourbon e La Marche (1877, no. 342, p. 290-293, spec. p. 293).

(19) Berlioz (1988). Sur deux exempla d'Etienne de Bourbon (BOURBON ; LA MARCHE, 1877, no. 170, 480).

(20) Etienne de Bourbon donne un chiffre nettement plus bas de 80 heretiques.

(21) Bourbon e La Marche (1877, no. 170-172), Berlioz, Beaulieu e Tubach (1992, no. 2543).

(22) Bourbon e La Marche (1877, no. 170-171, p. 149-150), Berlioz, Beaulieu e Tubach (1992 no. 2543), qui renvoie entre autres a Dossat (1969, p. 57-73).

(23) Bourbon e La Marche (1877, no. 18); ed. J. Berlioz, Prima Pars, 2002, no. 107 (texte p. 114-115, notes p. 423).

(24) Bourbon e La Marche (1877, no. 336, p. 285), Berlioz, Beaulieu e Tubach (1992, no. 2554).

(25) Augustin, De Haeresibus, 46, voir Augustinus (1969). Augustinus. Corpus Christianorum Series latina (CCSL 46), p. 312-320. Il faudrait reperer en outre les interpolations posterieures a ce texte.

(26) M. Lauwers souligne l'importance des sermons d'Eckbert de Schonau dans Dicunt vivorum beneficia nichil prodesse defunctis. Histoire d'un theme polemique (XIe-XIIe siecles), dans ZERNER (1998, p. 157-192).

(27) Tout ce developpement s'appuie sur l'article de Biget (1980).

(28) Cites par Biget (1980).

(29) Pierre des Vaux de Cernay (1926, t. 1, p. 3).

(30) Bourbon e La Marche (1877, no. 337, p. 286-287), Berlioz, Beaulieu e Tubach (1992, no. 1728).

(31) Bourbon e La Marche (1877, no. 27, p. 34-35), Berlioz, Beaulieu e Tubach (1992, no. 1734). Miracle etudie par Schmitt (1979).

(32) Bourbon e La Marche (1877, no. 316, p. 264-265 et no. 347, p. 304-305), Berlioz, Beaulieu e Tubach (1992, no. 2194). Exemplum repris dans le Speculum laicorum, ed. J.-Th. Welter, Paris, 1919, no. 237.

(33) Voir l'edition bilingue (latin-italien) de Valastro Canale (2004).

(34) Spec. t. 1, De l'Antiquite a l'epoque moderne.

(35) Berlioz, Beaulieu e Tubach (1992, no. 2629).

(36) Cum ego predicarem contra sortilegia et confessiones audirem, multe mulieres confitebantur portasse se pueros suos apud sanctum Guinefortem.

(37) Pour saint Augustin, les faunes sont des demons incubes (De Civitate Dei, XV, 23), tandis que pour Guillaume d'Auvergne, les faunes sont les fils d'un demon incube (De Universo, II, 3, cap. III et VIII).

(38) L'inventaire de 1373 des livres de Jeanne d'Evreux, l'epouse de Charles IV le Bel, comporte le Ci nous dit (BLANGEZ, 1979-1986, p. XXX).

(39) Bourbon e La Marche (1877, no. 337, p. 286-287). Succes de ce recit atteste par Berlioz, Beaulieu e Tubach (1992, no. 1728).

(40) Berlioz, Beaulieu e Tubach (1992, no. 2539). Ce recit apparait dans la Scala coeli de Gobi (1991).

(41) Collectaneum visionum ac exemplorum Clarevallense, voir note 16 et Cesaire de Heisterbach, Dialogus miraculorum, V, 18.

(42) La reference la plus ancienne donnee par Tubach dans le catalogue de Herbert (1910), remonte a la fin du XIIIe siecle: British Library, Ms Add. 16589, fol. 94 provenant du couvent des chanoines augustiniens de Waldhausen (Autriche). Les autres references signalent des versions conservees dans des manuscrits des XIVe et XVe siecles.

(43) Berlioz, Beaulieu e Tubach (1992, no. 2539). Sur Guy de Loches, cf. Lea (1887).

(44) Source orale.

Marie Anne Polo

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Author:Polo, Marie Anne
Publication:Acta Scientiarum. Education (UEM)
Date:Oct 1, 2015
Words:10708
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