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Ideal, myth and utopia: the keys to individual involvement/Ideal, mythe et utopie : les cles de l'engagement public individuel?

Abstract

The goal of this article is twofold: to understand the relationships with everyday territory that influence individual political involvement and how these relationships motivate the types of development projects of the people invested in the place where they live. Two studies were conducted in Quebec City. The first study took the form of 26 interviews with members of the neighbourhood council (CQ). The second study was an analysis of memoirs and public consultation reports, and direct observation.

From the first study we learned that the history of the neighbourhood and the individuals has led to a certain collective image of the environment. This is why the neighbourhood is a territory that makes sense to the CQ; in other words, it is a lived space. More specifically, individual identity constitutes a junction between a territory and the sense given to this territory. The second study explored the different development projects, between 1990 and 2006, for a contaminated vacant lot in the centre of the city. As of the study, the projects had not been pursued due to the soil contamination. During the years in question, we found points in common among the remarks made by the different protagonists (city officials and neighbourhood residents): the desire for different types of housing (such as condominiums, social housing and cooperatives) and a park.

Those who responded to the first study explained that they were involved in the neighbourhood council because they wanted to achieve an ideal. In other words, their motivation for being involved was fuelled by the desire to build a neighbourhood that would support their values and their ideal. The nature of this ideal depended on the individual and collective characteristics of each person, their past experience, and the underlying values. These values were tainted by myth and utopia.

The analysis of the second study showed that residents of the neighbourhood with the development project had plans to build an ideal city on the contaminated soil site. They clarified their projects by saying that they wanted a social, generational and cultural mix of people; organic gardens; green buildings, and universal access. In other words, they wanted to transform the contaminated vacant lot into a Garden of Eden.

Our research showed that people involved in planning projects made choices motivated by the ideals they held about their lived and represented spaces. Depending on whether or not these residents were able to achieve their ideal and values can lead to public participation.

Resume

Cet article a pour but de comprendre en quoi la relation au territoire quotidien guide l'engagement politique individuel d'une part et motive les choix d'amenagement des personnes qui s'impliquent dans l'espace dans lequel elles resident, d'autre part. Deux enquetes ont ete menees a Quebec, la premiere sous forme de 26 entretiens aupres de membres des conseils d'administration de conseils de quartier et la seconde par l'analyse de memoires et de rapports de consultations publiques ainsi que par l'observation directe. Les resultats montrent que les ideaux portes par l'espace vecu et represente des personnes qui s'impliquent motivent les choix de ces dernieres.

Introduction

Dans son article sur les variables susceptibles de motiver l'engagement politique individuel a l'echelle locale, Mark Purcell souligne l'importance de prendre en compte l'approche spatiale pour comprendre une telle participation. << The spatial approach understands the motivation for activism comprehensively in terms of a mismatch between conceptual space and material space, a mismatch that constantly confronts homeowners because conceptual and material space are necessarily fused in everyday lived space >> (2001 : 190). Cette remarque est d'autant plus pertinente dans le contexte quebecois contemporain et ce, pour deux raisons. Premierement, le maillage territorial et politique s'est complexifie, revelant des territoires nouveaux : le portrait des villes quebecoises s'est grandement modifie, creant 9 grandes villes de plus de 100 000 habitants, metamorphosant le sens des territoires des anciennes municipalites, creant pour certaines d'entre elles de nouvelles entites territoriales comme l'arrondissement ou la communaute metropolitaine. Deuxiemement, la scene politique quebecoise s'est transformee : la democratie representative compose desormais avec la democratie participative et des acteurs de plus en plus en nombreux et de plus en plus divers apparaissent, modifiant les rapports aux territoires. De tels bouleversements stimulent la reflexion sur les liens qui unissent ces territoires a la participation politique individuelle contemporaine.

Face a ces constats, il est possible de se demander, d'une part, dans quelle mesure le rapport au territoire est susceptible de motiver l'engagement politique individuel. D'autre part, il importe de savoir ce qui motive les choix des personnes qui s'impliquent au sein de l'espace dans lequel elles resident. Deux raisons justifient la pertinence de ces interrogations. D'un cote, il est de plus en plus delicat de saisir le territoire de la participation (Dufour 2005), notamment dans le contexte metropolitain actuel, d'autant plus que le processus de reechelonnement politique << conduit a reconfigurer [...] le pouvoir urbain sur de nouvelles bases geographiques >> (Savitch 2007 : 1). D'un autre cote, de nouvelles formes de participation emergent (democratie participative, forums sociaux), engendrant une definition elargie de la citoyennete et plus particulierement a l'echelle de la metropole (Hamel 2008). De plus, les ecrits abordent peu les relations entre l'espace, l'engagement public et les choix qui resultent de cet investissement. En effet, l'institutionnalisation des dispositifs, la diversite et les limites des mecanismes sont generalement au coeur des etudes centrees sur le systeme participatif local (Breux et al, 2004 ; Bherer 2003). Bien que present, le territoire n'est pas apprehende selon la place qu'il detient dans la pratique democratique individuelle : le territoire est davantage traite comme un reflet de la culture politique en place (Bacque et al 2005). Or, le territoire, entendu comme un espace vecu (Di Meo 1999), est source de multiples representations. Ces creations symboliques sont susceptibles d'influencer et d'engendrer un certain nombre de comportements. Ainsi, on peut penser que le rapport au territoire influence le choix des citoyens dans leurs comportements politiques, et il convient donc de mettre en relation les choix qui se degagent de l'engagement politique des individus avec leur espace vecu.

Demarches methodologiques

La methodologie s'articule autour de deux enquetes menees dans la Ville de Quebec. La premiere a ete menee sous forme d'entrevues aupres de 26 personnes qui s'investissent dans leur milieu de vie, soit des membres des conseils d'administration de conseils de quartier (CQ). (1) L'objectif des entretiens etait de saisir le rapport des interviewes avec leur milieu de vie. (2) L'entretien semi-directif a ete retenu en raison de la liberte de reponse qu'il laisse au repondant. Dans le cadre de la presente demarche, seront presentees les informations fournies a la question concernant la description du milieu de vie (<< Si vous deviez decrire votre quartier, comment le decririez-vous ? >>), a celle concernant les raisons de l'engagement politique (<< Quelles sont les raisons qui ont motive votre engagement au sein du quartier ? >>), et finalement a celle ou il etait propose a la personne interrogee d'ajouter des commentaires sur un sujet que le questionnaire ne lui aurait pas permis d'aborder (<< Est-ce que vous voyez d'autres choses a me dire sur le quartier ? >>). Le traitement des donnees a ete realise a partir d'une deconstruction du discours des repondants pour elaborer differentes categories thematiques, comme le souligne Gumuchian :
   << parmi tous les materiaux susceptibles d'etre retenus pour une
   analyse. de l'espace, le discours est certainement un des plus
   riches [...]. On distinguera les methodes d'analyses
   lexicometriques (methode reposant sur une etude statistique des
   frequences lexicales), les methodes plus intuitives visant a
   reconstruire les grands domaines scientifiques d'un texte
   (elaboration d'une grille de lecture reposant sur quelques grandes
   categories de sens), enfin les methodes d'analyse automatiques du
   discours qui souvent prennent la phrase comme element de base de
   l'analyse de textes >> (1989 : 39).


L'elaboration d'une grille de lecture en fonction des categories de sens qui decoulent du discours est la methode d'analyse que nous avons retenue.

La deuxieme enquete est constituee de sources provenant des rapports de consultations publiques, de memoires deposes par les habitants, les gens d'affaires ou les representants des associations ainsi que les propos tenus lors des consultations publiques (4 mai 2005 et 23 fevrier 2006) et d'un conseil d'administration d'un conseil de quartier (28 avri1 2005; les notes ont ete prises sur le terrain en effectuant de l'observation directe). Ces sources representent l'exhaustivite des discours enonces dans le cadre des consultations publiques concernant les projets d'amenagement de la Pointe-aux-Lievres a Quebec entre 1990 et 2006. Parmi les discours produits par les differents locuteurs, nous avons retenu ceux qui decrivent un projet ou qui discutent des intentions prevues dans ceux presentes par la Ville. Comine nous desirons comprendre les motivations qui entrainent des choix de projets, nous ne pouvions nous attarder sur des enonces hors propos ou non argumentes. Le tableau 1 presente, pour chaque etape des projets, la repartition des discours retenus. Notons que les rapports des consultations publiques n'y figurent pas, Puisqu'ils constituent une synthese des arguments emis et ne mentionnent ni les personnes ou groupes qui ont emis des commentaires ni ne reproduisent les citations verbatim. L'utilisation de notes et rapports de consultations publiques est complementaire et permet l'augmentation de la fiabilite. En effet, dans ces deux types de documents, le contenu des propos est le meme, permettant au chercheur de verifier s'il n'y a pas de contradiction entre les deux types de sources.

Une observation directe et non participante a ete effectuee. Meme si la chercheuse se trouvait dans le public, elle n'a pas pris la parole. De plus, le grand nombre de personnes presentes dans le public permettait de ne pas distraire l'attention des personnes qui se sont exprimees. De surcroit, les acteurs savent qu'ils sont enregistres par les services de la Ville (ceci est annonce au debut de chaque consultation) et par certains medias (radios et televisions locales). Pour ces raisons, la presence de la chercheuse n'a pas entraine de biais sur les propos des acteurs, alors que l'on critique souvent l'observateur-chercheur d'en creer un sur les phenomenes qu'il observe. A partir de ces sources, une analyse thematique du contenu du discours a ete realisee, en ne retenant que les enorices exprimant le lien entre la relation au territoire et ce qui motive leurs choix. Les elements qui entrainent tel ou tel choix politique proviennent tant du jugement d'une situation existante--les acteurs disent ce qu'ils croient bon ou mauvais dans le milieu urbain--que des projets souhaites (conserver une situation jugee avantageuse ou au contraire changer te qu'ils trouvent defavorable) (Mercier 2004). Lorsqu'ils enoncent un jugement et un projet, les acteurs les justifient et les teintent de leurs valeurs, et ce sont en partie ces aspects qui revelent leur rapport au territoire.

Les deux enquetes se revelent complementaires essentiellement sous deux aspects. Premierement, la variete des types de sources permet les interactions entre la chercheuse et les enquetes (entretiens) ou non (observation directe et analyse de documents ecrits). Cette complementarite augmente la fiabilite des resultats. En effet, meme si les questions et les reactions de la chercheuse peuvent influencer les reponses de l'interviewe, et par-la meme eventuellement biaiser les reponses, relevons que les entretiens offrent un materiau plus riche que les documents ecrits, et cet avantage justifie leur utilisation malgre le risque de biais. Deuxiemement, la temporalite et le rapport au lieu different. Dans le cas de la premiere enquete, les discours ont ete produits sur une periode relativement courte (automne 2005 et hiver 2006), tandis que ceux de la deuxieme enquete s'echelonnent de 1990 a 2006. De surcroit, le choix des lieux d'etude varie. Dans le premier cas, il s'agit de differents quartiers de la ville de Quebec decrits par des residents (CQ), alors que le deuxieme cas s'attache uniquement au quartier SaintRoch, vu par des residents, des urbanistes, des representants d'associations locales ou des personnes qui y travaillent. La variete des perspectives temporelles et spatiales permet egalement d'augmenter la richesse de nos resultats.

Afin de repondre a notre questionnement, notre demarche se scinde en deux parties specifiques. Dans un premier temps, nous presenterons les deux enquetes de terrain, puis nous procederons a l'interpretation de l'ensemble des donnees.

Territoire, espace vecu et espace represente

Premiere enquete : Histoire du quartier et histoires individuelles: le quartier porteur d'ideal

Selon Mondada, << loin d'etre chaotiques, les descriptions sont ordonnees, accomplies methodiquement par leurs enonciateurs qui y mettent en oeuvre des raisonnements spatiaux, socio-cognitifs et discursifs, qui en garantissent le caractere organise >> (2000 : 27). Les reponses fournies a la premiere question de notre entretien confirment les propos de Mondada. En effet, si les descriptions donnees varient grandement selon les personnes et les quartiers consideres, elles refletent une certaine organisation du discours sur le territoire, arrimee autour de quelques thematiques principales : l'histoire du quartier ou l'histoire personnelle des repondants, et un rapport au territoire axe sur un ideal, passe ou futur.

Le quartier est tout d'abord le fruit d'une histoire collective et personnelle et la majorite des descriptions (environ 60% de notre echantillon) refere a une dimension historique. Dans un premier temps, les personnes interrogees retracent l'evolution du quartier d'un point de vue qui se veut objectif et impartial, dans la mesure ou il se base principalement sur les faits. Il faut cependant garder a l'esprit que:

<< Ce qui fait la force du recit, c'est ce pouvoir qu'il confere au sujet d'interpreter son monde, de lui donner sens, quelle que soit l'heterogeneite des phenomenes concernes [... ]. Ce travail s'effectue en effet a partir d'elements forts disparates, c'est-a-dire qui relevent de logiques differentes. La specificite spatio-temporelle de l'experience et de la memoire collective que vehiculent les lieux se faconne bien de facon narrative. >> (Berdoulay et Entrikin 1998 : 118)

Lorsque les repondants parlent de l'histoire du quartier, celui d'hier est compare a celui d'aujourd'hui. Cette perspective historique a pour objectif de souligner les particularites de leur milieu de vie, ou d'expliquer l'etat actuel du quartier : << Le developpement des grandes surfaces commerciales ont [sic] a toutes fins pratiques ont fait disparaitre les activites commerciales sur les deux rues principales, la rue Racine et la rue Valcartier, alors c'est pour ca que c'est essentiellement un quartier dortoir >> (CQ. 13).

Une deuxieme reference a l'histoire du quartier et a son avenir vise a mettre en relief une caracteristique identitaire specifique du quartier. A titre d'exemple, l'accent peut etre mis sur la presence tres ancienne et tres active de mouvements sociaux : << le quartier Saint-Jean-Baptiste a vu eclore les premiers projets de nature communautaire donc les premieres coop d'habitation en Amerique du Nord >> (CQ. 11). D'autres vantent le caractere historique du quartier en soulignant son age (<< c'est un quartier qui a beaucoup d'histoire premierement, c'est un quartier qui a presque 400 ans >> (CQ.20)) ou dressent l'historique de la construction architecturale du quartier :
   CQ. 18 (Duberger--les Saules) : << C'est un quartier aussi qui
   s'est developpe en plusieurs phases, probablement comme les autres,
   mais dans le coin-la ou on habite, qu'on appelait la coop et qu'on
   appelle encore la coop parce qu'il y a un certain nombre
   d'habitations qui s'y sont developpees dans le cadre d'une
   cooperative d'habitation. Il y a une rue principale qui s'est
   developpee et ou les maisons datent facilement de 60-70 ans. Quand
   on rentre dans le quartier, on voit ces vieilles maisons-la
   d'abord, et ensuite, on s'apercoit qu'il y a des maisons disons un
   peu moins vieilles, entre 60 et 70. Et quand on va un peu plus loin
   on s'apercoit qu'il y a des habitations vraiment tres recentes
   d'une dizaine d'annees mais ce que l'on,voit au premier coup d'oeil
   la ou j'habite, c'est plutot vieillot >>.


Dans un second temps, l'histoire du quartier est decrite en fonction de la place qu'il a occupee dans l'histoire personnelle de la personne interrogee. De meme, la comparaison avec d'autres quartiers ou lieux intervient tres souvent en reference avec cette histoire. On parle des lieux autrefois habites, qui servent indirectement de justification au fait d'habiter dans le quartier decrit et lui confere une identite originale et specifique :

CQ.20 (Sillery) : << Je suis alle vivre un ah a Montreal sur l'Ile des Soeurs, quand je suis revenu a Quebec, j'ai vraiment choisi le quartier ici, j'avais grandi ici, et selon moi, c'est le beau quartier du monde >>.

CQ. 19 (Saint-Sauveur) : << Je suis ne dans le quartier, j'ai deja [demeure] a Sainte-Foy et je trouvais ca assez froid. Ca fait 44 ans que je suis dans le quartier, moins un an ou j'etais a Sainte-Foy >>.

CQ.4 (Saint-Roch) : << Moi je demeurais dans l'Ancienne-Lorette avant ca, j'ai ete la 15 ans de temps, j'etais la, [je disais]<< jamais je [ne] vais revenir dans le beton, ca fait 10 ans que je demeure sur la rue du Pont, c'est sur que cela a ses inconvenients et ses avantages, faute de pain on mange de la galette, mais c'est un beau quartier, [il n'] y a rien qu'a y avoir des gens qui se mobilisent pour en prendre soin. On est sur une bonne voie de guerison, ca va revenir comme avant, comme dans le bon vieux temps >>.

Ces evocations de l'histoire du quartier et de l'histoire personnelle montrent qu'il s'etablit une certaine image collective de l'environnement immediat des habitants d'un meme quartier, a l'instar des constats etablis par Metton et Bertrand : << sous l'heterogeneite apparente des conceptions individuelles, se dessine un certain consensus sur une portion de ville que nous appellerons le quartier vecu du groupe residant. Ce sont des espaces individuels et collectifs [...] >> (1974 : 139). Ces deux dimensions historiques ne sont pas mutuellement exclusives et recoupent la definition du quartier proposee par Di Meo : << c'est donc un espace represente; une superstructure construite, produite et imaginee dans le champ psychologique de l'individu, mais neanmoins intelligible pour la collectivite en tant que representation impregnee d'informations et d'apprentissages sociaux >> (1994 : 257).

Ces premiers elements descriptifs laissent penser que le quartier est un territoire qui fait sens pour les CQ, un sens historique tant collectif que personnel : c'est un territoire vecu. Ce constat est corrobore par l'idee que l'histoire du quartier se mele a l'histoire individuelle et que les identites de ces deux entites sont en lien. Cet entremelement de ces deux identites est visible a travers le discours des repondants : << c'est un quartier qui nous ressemble >> (CQ.26). Une telle fusion entre le quartier et l'individu n'est pas sans rappeler les propos de Berdoulay et Entrikin (1998 : 116) :
   << Sa forme peut varier d'une identite relativement.faible associee
   a des categories territoriales de gestion (comme les paroisses, les
   departements ou autres divisions administratives) a un sentiment
   intense d'appartenance qui cree une fusion entre le lieu et le
   groupe, ou entre le lieu et le soi (comme dans le cas du
   nationalisme). Ses signes ou symboles vont de l'element paysager et
   de l'exigence d'avoir un controle sur le territoire jusqu'aux
   perceptions ephemeres qui composent notre milieu de vie quotidien.
   >>


Dans notre cas, il semblerait plus precisement que l'identite individuelle constitue le point de jonction entre le territoire et le sens accorde a ce meme territoire. Comme l'affirme Simard (2000), l'identite est le point central de la territorialite. De plus, il est possible de penser que si l'espace est un element constitutif de l'identite (Levy 1994), << [l'identite] contribue en retour a conferer une dimension specifique a ce rapport >> et le discours contribue a nourrir les representations sociales des territoires concernes (Di Meo 2004 : 344).

Enfin, suite a la derniere question de l'entrevue (<< Est-ce que vous voyez d'autres choses a me dire sur le quartier ? >>), le quartier apparait etre un espace politique pour les CQ, dans le sens ou, dans la majorite des cas, ces ajouts concernent l'avenir du quartier ou certaines deceptions :

CQ. 1 (Saint-Roch) : << Ben des choses a dite, je dirais que [il] y a quand meme encore une categorie de gens dans Saint-Roch, des gens ... effoires ... euh comment on peut les appeler ces gens-la, euh des gens decroches, ils se foutent de tout, ils s'achalent sur tout ca, et je commence a etre tanne d'avoir ce discours-la, mais je pense qu'il y aura toujours partout du monde qui sont effoires, et puis ce que je trouve aussi dans Saint-Roch, c'est que les gens ne sont pas toujours tres propres. Les poubelles-la, c'est pas la priorite pour les gens, ca met n'importe ou n'importe quand, j'en ai de toutes les sortes dans Saint-Roch, [ce n']est pas ... j'aurais le gout d'aller a l'hotel de ville avec un sac de poubelle et dire si vous voulez pas verifier c'est qui... Moi je depose des amendes, des plaintes, [il ne] se passe rien, c'est lourd toute la democratie d'une ville >>.

D'autres parlent de projets qui leur tiennent a coeur ou dont ils sont fiers :

CQ. 13 (Loretteville) : << Sur mon quartier, actuellement, il se fait un effort pour developper un sentiment d'appartenance, dans un premier temps, la communaute d'affaire s'est regroupee depuis plusieurs annees pour inciter les commerces qui restent a mousser leurs services, a ameliorer le cadre dans lequel ils offrent leur service, a ameliorer l'apparence exterieure de leurs edifices, a tacher, a amener d'autres activites, tantot je parlais de services professionnels, nous somme voisins de la reserve Huronne, c'est un attrait positif, alors malgre l'apparente friction qu'il peut y avoir actuellement, on travaille tout de meme de concert avec eux pour amener du tourisme a Loretteville et la Ville a d'ailleurs entame de gros travaux de renovation sur les rues principales pour creer un parc, on essaie de developper un sentiment de fierte civique et le conseil de quartier a mis en place une campagne de fierte civique qui vise vraiment les citoyens pour les amener a etre fiers d'habiter chez eux >>.

Ou alors certains expriment leur souhait :

CQ. 19 (Saint-Sauveur): << Oui j'espere qu'il [n'] y aura pas trop de changement avec le temps. Y a un beau melange, un caractere multiculturel, multisocial, c'est une belle ecole que ce quartier. J'ai peur que cela devienne un ghetto a defavorises >>.

CQ.24 (Siltery) : << En esperant que notre quartier demeure un quartier ouvert, notamment sur la richesse de son patrimoine et accessible a tout le monde, c'est-a-dire a toutes les classes sociales >>.

[FIGURE 1 OMITTED]

Ainsi le quartier est-il porteur d'ideaux, d'espoirs et de valeurs. Quant a la question de savoir si le quartier a motive l'engagement de ces personnes au sein des conseils de quartier. De maniere generale, trois raisons principales expliquent l'engagement des personnes dans les conseils de quartier : les antecedents familiaux et les engagements plus anciens, un interet pour la politique a l'echelle municipale (parfois en reaction aux fusions municipales de l'annee 2000), ou encore l'amour du quartier et la volonte d'ameliorer le quartier (moins du quart des repondants).

Deuxieme enquete : Evolution des pro]ets d'amenagement de la Pointe-aux-Lievres

La Pointe-aux-Lievres est un vaste terrain en friche au coeur de la Ville de Quebec pour lequel plusieurs projets d'amenagement ont vu le jour, bien que jusqu'a maintenant aucun ne se soit realise. En effet, l'occupation du terrain de la Pointeaux-Lievres par des activites et des industries polluantes (depotoir de la ville, incinerateur de dechets, tanneries, fabriques de vetements et usines traitant des metaux) des les annees 1940 a fortement contamine l'ensemble du site (Bouchard 2005 ; Ville de Quebec 2006 ) (figures 1 et 2) et du coup complique la faisabilite des projets envisages.

En 1990, la Ville de Quebec elabore un Plan d'action pour la revitalisation du quartier Saint-Roch. Deux options sont proposees quant a l'amenagement de la Pointe-aux-Lievres : une option habitation et une option parc. A ce projet, la population a en majorite approuve l'option habitation. Cependant, on peut nuancer ce resultat : les habitations demandees sont destinees aux familles, le desir est de construire des logements mixtes (cooperatives, locatifs, HLM, condominiums). L'accent est aussi mis sur l'aspect securitaire, tel que l'amenagement de passerelles pour les pietons. On observe egalement des divergences : chacun ne demande pas la meme chose : certains desirent exclusivement un parc, d'autres des emplois et d'autres des habitations.

[FIGURE 2 OMITTED]

En 1995, la Ville de Quebec se penche a nouveau sur l'amenagement de la Pointe-aux-Lievres. Pour situer cette demarche, notons que la revitalisation de Saint-Roch est bien entamee : destruction d'une partie du Mail centre ville, construction de nombreux edifices (Ecole nationale d'administration publique, un centre de developpement des technologies et de l'information, etc.). La Ville a repris certaines des recommandations emises dans les memoires de 1990 et elle propose un compromis : un parc lineaire (le long de la riviere Saint-Charles), des espaces verts, des maisons unifamiliales et des condominiums, des commerces et des stationnements. Les logements cooperatifs, locatifs et sociaux n'apparaissent pas dans ce projet, alors que les memoires rediges par la population comprennent des projets similaires a ceux de 1990. Cependant, les personnes s'expriment davantage sur la renaturalisation des rives de la Riviere Saint-Charles que sur le projet d'amenagement de la Pointe-aux-Lievres.

En avril 2005, le projet d'amenager le site revient sur le tapis. La Ville propose un parc, des habitations, des commerces et des emplois. A partir de ce texte, le conseil de quartier emet ]'idee de creer un quartier modele, un quartier ideal. Lors de la consultation, les habitants insistent sur la necessite de construire des logements sociaux, des logements pour les familles et des cooperatives d'habitation. Ils souhaitent tant la mixite generationnelle (enfants, retraites, familles) que sociale. Le projet du parc rejoint tous les participants.

En fevrier 2006, la Ville a prepare un plan de zonage qui doit etre soumis en consultation publique pour etre valide. Ce plan prevoit des habitations, des commerces, un parc, des services de proximite et de l'hotellerie. Les personnes presentes lors de la consultation refusent le dernier point. Le conseil de quartier emet les recommandations suivantes : que soient prevus sur le site du compostage, du logement social, des acces securitaires pour les pietons et les velos, l'accessibilite universelle dans le parc et les logements et la securite pour chacun.

Le territoire, porteur d'ideal ?

Premiere enquete : le quartier, entre age d'or et utopie

L'analyse des informations contenues dans le discours des CQ a permis d'etablir quelques constats. Le quartier est un espace vecu qui detient un sens, exprime a travers une trame narrative historique. En lien avec celle-ci, la quete d'un ideal a atteindre donne au quartier un sens politique qui s'illustre pour plusieurs par une implication au sein des conseils de quartier. Ces constats invitent a examiner le sens attribue au territoire autour de deux idees principales : le mythe du passe idealise et sa transposition vers un futur utopique. (3)

Le discours des CQ detient les principales caracteristiques de la fable symbolique : << un discours qui propose un ordre des choses en re-ecrivant (ou en ecrivant) l'histoire, l'espace, la culture >> (Di Meo 2004 : 342). En effet, le quartier s'inscrit dans une dimension temporelle : un passe, un present et un futur et si, comine l'affirme Gervais-Lambony, << le poids du temps est ce qui fait le lieu identifiable >> (2004 : 483), le recit des CQ depasse la simple identification territoriale. Le tableau 2 expose la presence de ces differentes dimensions temporelles dans la trame narrative de deux CQ qui parlent de ce que fut le quartier, de ce qu'il est actuellement et de ce qu'ils aimeraient qu'il soit dans l'avenir.

Le quartier est donc un recit, c'est-a-dire que l'on narre son histoire, au gre de representations sociales collectives; souvent representant un passe idealise. Comine le souligne Mercier, << modelant les intentions des sujets cette signification d'origine symbolique et mythologique serait ensuite relayee dans leurs pratiques et dans leur discours qui, du coup, deviennent par-dela leur destination immediate, autant de modes de formulation des mythes >> (2005 : 65). De meme, Bernard Debarbieux definit le mythe comine << un systeme de representations collectives, prenant souvent l'aspect d'un recit, qui met en ordre les connaissances et les experiences d'un groupe et instaure un rapport de celui-ci au monde >> (2003 : 647).

Le quartier est donc porteur d'ideal, en ce qu'il peut parfois constituer l'aboutissement d'un reve :

CQ.25 (Sillery) : << Moi je ne suis pas originaire de Quebec, je suis arrivee a Quebec en 1978 et j'avais un ami que ses parents habitaient dans le quartier et c'etait un peu comme un reve de venir vivre ici ... c'est comme un reve inaccessible [...] >>.

Pour d'autres, le reve peut etre encore irrealise et constituer la raison de l'implication politique dans le conseil de quartier :

CQ.2 (Saint-Roch): << Je me suis presente au conseil de quartier avec un projet en tete qui etait de faire de Saint-Roch un quartier modele. Un quartier modele cela pourrait etre dans tous les sens, qui soit plus beau, plus agreable a vivre et tout ca mais meme depasser ca pour lui donner une particularite, pour que ce soit un quartier modele d'un capitale nordique, c'est-a-dire de tenir compte de l'hiver, disons qu'au lieu de le subir, d'avoir toutes sortes d'activites appropriees pour l'hiver [...] >>.

Ces paroles donnent corps et sens au quartier : il detient une signification sociale pour les CQ. Il est alors possible de dire, a l'instar de Gervais-Lambony que (2004 : 486) :
   << La realite du quartier a l'epoque n'a pas d'importance, ce qui
   compte c'est le mythe et la nostalgie vecue aujourd'hui. Ce
   processus est constitutif de ce qu'Augustin Berque (1993) a appele
   un arche-paysage. Celui-ci joue precisement le role du mythe,
   c'est-a-dire d'un discours identitaire pregnant dans la ville, la
   reference de ce vers quoi l'on doit et veut tendre et donc le point
   de convergence entre l'espace et ceux qui l'habitent. C'est a mon
   sens l'exemple parfait de la maniere dont l'identite du lieu repose
   sur un passe re-construit et converge avec Un ideal identitaire
   citadin dont le vecteur est la memoire, la nostalgie partagee. >>


Les descriptions des CQ font du quartier un element essentiel de construction de l'identite individuelle. En effet, ils s'identifient au quartier et la relation qu'ils entretiennent avec ce milieu de vie est forte. Dans la mesure ou, dans leur discours, l'histoire du quartier se mele a leur histoire individuelle, il est possible de dite que l'identite des CQ est une territorialite.

Enfin, selon Bherer et al (2000), une communaute peut se definir par l'ideal de vie qu'elle defend et le territoire dans lequel elle s'inscrit. Cela semble correspondre finalement aux motivations premieres de l'engagement des CQ : le quartier est autant l'expression de leur identite que de l'ideal de vie qu'ils defendent, si bien qu'on peut penser que les caracteristiques meme du quartier ont peu d'importance, celui-ci devenant abstrait, ideal et objet de luttes. Il est ainsi possible de dire que le quartier est un projet de societe porte par les CQ, en leur qualite d'elements constructeurs de la communaute locale, d'habitants du quartier. Ces premiers constats laissent penser, a l'instar de Purcell (2001), que l'analyse de l'engagement politique des habitants par le prisme spatial s'avere peut-etre une voie d'entree originale a l'analyse des comportements politiques.

Toutefois, si les experiences individuelles et collectives expliquent les representations territoriales, elles ne se resument cependant pas a cette seule dimension. Comine le souligne Brunet, << [l]es representations des lieux et de l'espace qui en decoulent inspirent les decisions que nous prenons pour construire (ou batir) le monde reel (Brunet 1990 : 18). Cet imaginaire est base sur << un jeu de valeurs >> (Ibid. : 19) et participe a la construction d'un ideal territorial. La nature de cet ideal depend des caracteristiques de chacun, des experiences individuelles et collectives et des valeurs qui les sous-tendent. Ainsi, pour les interviewes, le quartier est projete, c'est-a-dire qu'il constitue un projet a realiser dans un espace temporel a venir.

C'est en cela qu'il est possible de dire qu'un mythe ou une utopie sont a l'eeuvre dans la representation des quartiers. Precisons que le mythe, souvent associe a un retour au passe, peut aussi s'incarner dans un avenir fictif. En effet, selon Alain Rey, le mythe constitue une << representation idealisee de l'etat de l'humanite dans un passe ou un avenir fictif>> (2005 : 851). L'exemple ci-dessous illustre une telle definition. La personne interrogee souligne que son quartier va bientot etre ideal, car- par exemple--les changements qu'il va connaitre (dans un futur non defini) permettront une forme de communion avec la nature, allusion a un retour a un certain age d'or :

CQ.10 (Neufchatel-Est) : << Tout simplement un projet qui va etre enterine par la Ville de Quebec, je pense que meme les Europeens vont venir jeter un coup d'ceil a ce terrain-la. Oui, c'est un boulevard, mais ou il y aura de chaque cote, des i'lots educatifs, alors ca va s'appeler la promenade. Et euh encore la c'est nous, c'est notre quartier c'est Neufchatel, alors je trouve que la-dessus il y a des geris absolument fantasmagoriques [sic] qui ont trouve que plutot que d'avoir qu'un boulevard, on va amener quelque chose de plus, on va amener une ouverture sur la recreoecologie, car en realite les ilots vont enseigner aussi la recuperation etc. etc., notre rencontre avec la vie animale alors ca je pense que ca vaut un plus ca. Alors ca c'est sorti de l'ordinaire parce que c'est pas tous les boulevards qui vont avoir- attendez un peu queje retienne -je pense que c'est 77 ou 78 ilots de chaque cote >>.

Parfois, cette quete d'ideal s'exprime sous la forme d'un projet utopique :

CQ.2 (Saint-Roch) : << Je me suis presente au conseil de quartier avec un projet en tete qui etait de faire de Saint-Roch un quartier modele. Un quartier modele, cela pourrait etre, dans tous les sens, qui soit plus beau, plus agreable a vivre et tout ca, mais meme depasser ca. Pour lui donner une particularite, pour que te soit un quartier modele d'une capitale nordique, c'est-a-dire de tenir compte de l'hiver, disons qu'au lieu de le subir, d'avoir toutes sortes d'activites appropriees pour l'hiver, une organisation de la ville aussi qui soit appropriee pour l'hiver au lieu de vivre comme aux Etats-Unis dans le sud. La ville est organisee comme dans le sud alors qu'on est enterre dans la neige l'hiver, on enleve la neige l'hiver et ca devient tout sale c'est vraiment pas beau. Alors que si je [vais] dans le parc Victoria, c'est la neige naturelle et dans le nouveau parc, on [ne] fait pas de deneigement non plus, on marche dans la neige, pis on s'en sort, on peut deblayer un peu les trottoirs, mais pas avec la grosse mecanique. Ca peut etre fait simplement, on pourrait meme faire du ski de fond dans le quartier, pis un autre chose qui pourrait etre amelioree, c'est la disparition le plus possible des voitures. Avoir des rues plus pietonnieres, ca supposerait des changements majeurs, ca supposerait d'avoir des rues souterraines pour les voitures, la surface serait pour les pietons ou les cyclistes, avec despistes cyclables vraiment le fun, ca pourrait etre des mes aeriennes qui se promenent ... [rires] j'en mets la ? Et puis, pourrait aussi y avoir, tu sais [il] y a des edifices a deux trois cinq dix etages, trois le plus souvent c'est majoritaire, quatre ca commence a etre haut au niveau des escaliers. Ca prend presque des ascenseurs, donc on a des edifices a plusieurs etages avec des ascenseurs en plus, on a des rues a une etage et ca je trouve c'est pas logique on devrait avoir des rues souterraines ou on arrive directement au stationnement on ferait disparaitre les voitures des cours parce que les voitures seraient toutes au sous-sol, les cours seraient vraiment des cours pour le loisir, des vraies cours paysagers, des vrais cours ... Apres pourrait y avoir des trottoirs au deuxieme niveau. Ca pourrait etre des rues couvertes, si bien que l'hiver, on pourrait se promener, meme pour les personnes handicapees sans probleme, donc ca prendrait des commerces au deuxieme niveau avec des trottoirs ... pis pourrait y avoir des bancs dans la rue pour se reposer ... >>.

Les ideaux des CQ sont principalement arrimes autour de valeurs environnementales et paysageres, constitutives d'une certaine idee de la qualite de vie. Il s'elaborerait donc ainsi deux formes d'ideaux : d'une part le mythe, tourne vers le passe et la quete d'un age d'or connu et perdu, et l'utopie d'autre part, tournee vers un avenir inconnu, mais prometteur et meilleur:

Deuxieme enquete : La quete de I'Eden

Les differentes etapes des consultations publiques ayant deja ete presentees dans leurs grandes lignes en premiere partie, il convient maintenant de se pencher sur l'interpretation des propos des intervenants. Des citations extraites des differentes sources viendront etayer notre propos. Le sujet qui a declenche notre questionnement est la contradiction, dans les propos tenus par le public et les membres du conseil de quartier; par exemple entre la realite des sois contamines et les reves de jardins communautaires, voire de sites de compostage :
   Pour ameliorer la qualite de vie, un residant propose d' <<
   Amenager des serres et centraliser les equipements d'horticulture
   de la municipalite dans un futur parc prevu au centre-ville. Ce qui
   permettrait un meilleur suivi pour l'entretien, en plus de
   developper chez la population le gout pour l'amenagement paysager
   et offrir un service de consultation horticole permanent, des
   expositions et demonstrations horticoles. >> (Recueil des memoires
   deposes a la commission sur le Plan d'action de Saint-Roch,
   decembre 1990).

      << Il faudrait des logements sociaux. Et la securite alimentaire,
   y avez-vous pense ? Est-ce que des jardins communautaires sont
   prevus? Ceux des environs sont pleins, et on en aurait besoin a
   Saint-Roch. >> Une residente de Saint-Roch, consultation publique
   du 4 mai 2005.


Bien que les etudes biologiques et eco-toxicologiques sur les impacts sur la sante de la contamination indiquent qu'il suffit d'ajouter un metre de terre audessus des sols contamines pour permettre la realisation d'un parc (ce qui sousentend, selon ces etudes, que les residus pollues ne remonteront pas a la surface) elles n'indiquent pas qu'il sera possible et sain de cultiver la terre. Ces remarques etaient d'autant plus frappantes, car c'etait precisement les personnes qui avaient mis en doute l'efficacite de l'ajout d'un metre de terre qui proposaient quelques minutes plus tard l'implantation de jardins et de sites de compostage. Cette contradiction s'explique par le fait que tant que sa mise en oeuvre n'est pas entreprise, un projet peut rester a l'etat d'ideal, qu'il soit realiste ou non (Boutinet 1998).

Dans le cadre de notre etude, nous avons observe lors des conseils d'administration des conseils de quartier et des consultations publiques que les personnes qui exprimaient leurs projets, leurs visions et leurs desirs par rapport aux projets de la Ville utilisaient des expressions telles que << ville ideale >>, << l'ideal serait que ... >>, << nous pourrions construire notre ville ideale >>, << nous pourrions faire une ville modele, a l'avant-garde >>. Un CQ a illustre cet ideal lors de la consultation publique du 4 mal 2005 : << Il faudra penser a la mixite des ages dans les logements : des services pour les familles et les enfants (garderie, etc.) et pour les personnes retraitees. J'ai une preoccupation concernant le stationnement et la circulation. On pourrait faire un quartier modele, des habitations ecologiques >>. La friche urbaine, par sa grandeur et par le fait qu'elle est << vide >>, offre particulierement l'espace pour rever.

Il faut examiner les valeurs qui sous-tendent cette idee de ville ideale. En effet, chaque fois que les acteurs exprimaient ces propos, ils les illustraient de valeurs qui leur tenaient a coeur : soit la mixite generationnelle, sociale ou culturelle, l'accessibilite universelle, ou l'ecologie (par exemple par la mise en place de jardins biologiques, de toits verts, de sites de compostage, de nombreuses pistes cyclables et de promenades pour les pietons), comine on le voit dans l'extrait suivant :

La vocation de la Pointe-aux-Lievres est double : recreative et residentielle.

Ce parc en bordure de la riviere Saint-Charles doit etre concu pour les familles surtout, pour les enfants, sans exclure les personnes agees : mixite d'habitation pour creer une vraie vie de quartier.

Pointe-aux-Lievres pourrait etre l'alternative environnementale aux quartiers et villes-dortoirs de banlieues en misant sur la proximite du centre-ville, I'utilisation facile du transport en commun, despistes cyclables, des parcs recreatifs. (Recueil des memoires deposes a la commission sur le Plan d'action de Saint-Roch, decembre 1990).

La consideration des valeurs enumerees ci-dessus nous amene a percevoir que le mythe d'un retour a la nature est predominant dans les projets proposes. Effectivement, des 1990, cette composante apparait de maniere recurrente dans les discours de toutes les categories d'acteurs, que ce soit dans les projets de la Ville d'amenager un parc, ceux des residents de creer des jardins communautaires et des sites de compostage, ou encore d'augmenter le nombre d'espaces verts dans le quartier. De surcroit, les projets de la Ville emis en 2005 et 2006 insistent sur le fait que le parc accueillera des activites non structurees--telles que pique-niques, jeux et promenades--contrairement aux parcs des environs. Ce type d'activites renvoie a l'idee de liberte, de nature sans hierarchie, voire d'un retour a un passe nostalgique, d'un dejeuner sur l'herbe a la campagne, sur un terrain non cultive. Le projet vise a << favoriser les deplacements pietonniers securitaires >> (Ville de Quebec 1995). Cette idee d'une nature libre est renforcee par la promenade lineaire le long de la riviere Saint-Charles. Celle-ci a ete mise en valeur recemment, par le projet de re-naturalisation des berges, autrement dit par la suppression du beton qui canalisait la riviere. Cet amenagement introduit l'idee d'une nature libre : une riviere dont les berges sont assez souples pour lui laisser libre cours. A cela s'ajoute l'appellation meme de << re-naturalisation >> qui evoque un retour a la nature. Cependant, cette image d'une nature libre, pacifique et harmonieuse repose sur un mythe errone. En effet, comine nous le rappelle Frye, la nature n'est pas constituee de paix et d'harmonie, elle est au contraire formee de communautes animales ou vegetales vivant en hierarchie les unes par rapport aux autres et se battant les unes contre les autres (Frye 1995). Le desir de nature tel qu'exprime par les acteurs reposerait alors sur le mythe qu'il existe une nature parfaite et idyllique (Bonin 2006).

Conclusion

L'objectif de notre demarche etait de montrer dans quelle mesure le rapport au territoire etait susceptible d'influencer l'engagement politique des individus et les choix qui resultent cet engagement. Au terme de notre analyse, il est possible de dire que l'espace vecu et l'espace represente des personnes qui s'impliquent sur la scene publique sont tous deux porteurs d'ideaux. Ces ideaux motivent l'engagement et les choix qui en resultent.

De facon plus precise, la premiere enquete a montre que le rapport au territoire qu'un individu entretient avec son milieu de vie se nourrit d'un ideal geographique. La nature de cet ideal est tributaire de la place du territoire dans la construction identitaire de chacun. La seconde enquete a pour sa part revele que les habitants qui s'impliquent dans un projet revent d'une ville ideale. Ces deux enquetes mettent en evidence le lien qui unit l'engagement public a l'ideal geographique. Comine nous l'avons observe dans la premiere enquete, << [l]'utopie, meme si elle peut servir de vehicule ideologique d'un groupe a un moment donne, reste une production individuee >> (Wunenburger 1979 : 22). Le mythe, au contraire, << est d'abord un fait social collectif >> (ibidem) qui exerce une fonction federatrice en mettant en lumiere des valeurs rassembleuses, comme il a ete demontre dans le cadre de la deuxieme enquete.

De tels propos nous ramenent a notre lien initial entre l'engagement public et le rapport au territoire : si le rapport au territoire est porteur d'ideal, quelle que soit la nature de cet ideal (mythe ou utopie), il est alors possible de penser que se dissimule la une des raisons du desengagement ou du non-engagement de l'individu sur la scene publique locale (Dufour 2005) : l'attrait de la consultation publique, de l'engagement au sein d'un conseil de quartier est reduit a neant devant l'impossibilite de realiser ces ideaux que portent tout territoire.

Selon Hamel, << la metropolisation nous invite a revoir notre conception [...] des rapports sociaux a l'espace >>, c'est peut-etre la nature de ces rapports qu'il convient de cerner et mettre en lien avec la dimension politique des territoires, afin de saisir les enjeux de la gouvernance contemporaine. Ainsi, plus que de la taille ideale des entites urbaines--l'un des enjeux des processus de reorganisation municipale des demieres annees --, la question se pose davantage de savoir ce qui lie les individus aux territoires et plus precisement a la dimension politique de ces territoires. En d'autres termes, comme le souligne Di Meo (2008) c'est la facon dont se combinent l'identite politique et l'identite territoriale individuelles qu'il convient aujourd'hui de cerner pour comprendre l'engagement politique et territorial actuel.

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Wunenburger, J-J. 1979. L 'utopie ou la crise de l'imaginaire. Paris : Jean-Pierre Delarge, editions universitaires.

Sandra Breux

Institut d'urbanisme

Universite de Montreal

2940 ch. Cote Sainte-Catherine

Montreal, QC H3T 1B9

Martine Freedman

CELAT, Faculte des Lettres

5173 pavillon Charles De-Koninck

1030 av. des Sciences Humaines

Universite Laval

Quebec, QC G1V 0A6

(1.) << Le conseil de quartier est ainsi une organisation reconnue par la Ville a titre d'instance privilegiee de consultation et de participation des citoyens >> (Breux et al 2004 : 45). La ville de Quebec comptabilisait a cette epoque 17 conseils de quartier. Le contact a ete etabli avee l'ensemble de ces conseils. Deux ont repondu negativement a notre requete, plusieurs, bien qu'ayant accepte de nous reneontrer, n'ont jamais donne suite a nos demandes. Au total, nous avons interroge les membres de neuf conseils de quartiers differents. Parmi les membres de ces neuf conseils de quartiers, 26 ont accepte de repondre a nos questions.

(2.) Il convient de noter que nous ne presentons ici qu'une partie de notre enquete. Notre enquete generale se basait sur deux echantillons de personnes : les membres des conseils d'administration des conseils de quartier d'une part et les benevoles dans le domaine des loisirs d'autre part.

(3.) Dans le cadre de notre enquete, rappelons que nous ne presentons ici qu'une partie de nos resultats, puisque notre enquete comportait egalement un autre echantillon compose de personnes dont on ignorait si elles s'investissaient au sein de leur quartier de residence ou non. Pour cet echantillon, les resultats ont montre que le territoire--a l'instar des CQ--detenait une place non negligeable dans le parcours biographique individuel, oscillant entre le mythe et l'utopie, bien que ces significations ne revetent pas exactement le meme sens que pour les CQ.
TABLEAU 1 Repartition des memoires selon les categories des acteurs

AUTEURS DES MEMOIRES

Memoires 1990 (Ville de Quebec, 1990)         Nombre de memoires

Residants                                     7
Representants d'associations                  11
Travailleurs                                  2
Etudiants et professionnels de l'urbanisme    4

Memoires 1995 (Ville de Quebec, 1995c)
Representants d'associations                  5
Etudiants et professionnels de l'urbanisme    4

Consultation publique 2005 (prise de notes)
Residants                                     10
Travailleurs                                  1
Conseil de quartier                           7

Consultation publique 2006 (prise de notes)
Residants                                     9
Reprdsentants d'associations                  1
Travailleurs                                  1
Membres du conseil de quartier                8

TABLEAU 2 Les dimensions temporelles du quartier dans le discours
des CQ

Resident       Passe

CQ.19          << Vest un quartier qui
Saint-         a une belle histoire, un
Sauveur        quartier qui a du vecu,
               on voit les traces du
               temps >>.

CQ.12          << Quand je suis arrivee
Loretteville   ici j'avais 10 ans,
               c'etait un quartier assez
               vivant, il y avaitje
               dirais un certain essor
               economique, Fa
               bougeait beaucoup, y
               avait beaucoup de
               jeunes, euh je dirais
               que avec les activites
               de I'hiipital, le centre
               hospitalier, c'etait un
               milieu de gens, y avait
               beaucoup de medecins,
               Tinfirmieres, y avaitje
               dirais un certain essor
               economique [...] >>.

Resident       Present

CQ.19          << Saint-Sauveur c'est un
Saint-         quartier ouvrier qu'on
Sauveur        decrit parfois comme
               defavorise mais
               multiethnique, des bons
               comme des mauvais,
               assez vivant, oui y a des
               jeunes, c'est pres de tout,
               on est au centre de
               faction >>.

CQ.12          << Par contre quand je suis
Loretteville   revenue ici. (a fait 3 ans,
               j'ai decide d'acheter la
               maison, j'ai pas vraiment
               repenser a mon quartier
               parce que moi dans ma
               tete, il etait reste comme
               fi etait et quand je sues.
               arrive ici j'ai dit ouf, j'ai
               vu que cela avait
               beaucoup change, les
               batisses sont pas mal
               laissees a ('abandon, [...]
               ils ont vraiment des
               problemes de zonage ils
               ont vraiment laisse des
               commerces peu
               admirables s'installer
               alors ga affecte la vie
               communautaire, il y a
               beaucoup moins
               d'enfants, c'est un secteur
               ou fl y a beaucoup de
               personnages agees [...] >>.

Resident       Futur/espoir pour l'avenir

CQ.19          << Oui j'espere qu'il y a
Saint-         aura pas trop de
Sauveur        changements avec le
               temps. Y a un beau
               melange un caractere
               multiculturel, multi social,
               c'est une belle ecole que ce
               quartier. J'ai peur que cela
               devienne un ghetto a
               defavorises >>.

CQ.12          << Je pense qu'il faut que
Loretteville   les citoyens se re
               interessent a ce qui se
               passe dans leur quartier, la
               fusion a fait en sorte que
               les gens se sont dissocies
               de leur petit patelin, donc
               faut retravailler Fa, fait leur
               faire comprendre que bon
               on est de ('arrondissement,
               on demeure a Loretteville,
               c'est pourquoi moi j'ai mis
               sur pied le programme de
               fierte civique, pour que les
               gens soient fers de vivre a
               Loretteville ... je pense que
               si tout le monde faisait son
               bout de chemin on
               arriverait a faire quelque
               chose de bon [...] >>.

Source : Enquete de terrain, automne 2005 et hiver 2006.
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Author:Breux, Sandra; Freedman, Martine
Publication:Canadian Journal of Regional Science
Date:Jun 22, 2009
Words:8898
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