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Histoires paralleles a l'infini placees a quelques centimetres d'images glanees sur chatonsky.net des narrations a meme le flux social de l'artiste.

Gregory et Eve se sont rencontres a Saint-Jean-Port-Joli en 2002. Ils entretiennent depuis une amitie, tissant un dialogue au fil des annees qui les a conduits a imaginer des projets irrealises et a collaborer sur le projet Waterpod dans la baie de New York en 2005Eve a imagine une fiction en suivant l'activite de Gregory sur le reseau.

Elle dort. Malgre les vagues des draps, immobilisees quelques moments dans la nuit. Il reve de bestioles qui n'entreront pas dans son paysage. Elle ronfle.

ELLE EST SOLITAIRE AVEC LUI

Il est seul, abandonne aux betes de son sommeil paradoxal. Deux destins separes dans un lit a deux places. Suantes, des cartographies de peaux se plient et se deplient au fil de la nuit. Ils pretendent s'etre rencontres une fois en reve, refusant cette separation quotidienne. Mais ca n'etait pas en meme temps. Les sequences narrees parallelement n'offraient pas de point de rencontre sur leurs axes narratifs. Un poeme infini jusqu'au matin, se disaient-ils. Ces mensonges les protegeaient de leurs espaces propres. Ils cherissaient secretement, d'une vague a l'autre, les draps de la nuit.

Elle s'etait reveillee avant lui ce matin-la, sachant qu'il n'y avait rien de spectaculaire au programme. Une ou deux baignades, un cafe sur le balcon. Une sequence de brochettes poulet champignons BBQ. A l'heure de l'apero, des huitriers d'Amerique aux becs rouges flottant dans la brise esquiveraient les touristes aux pieds ensables pres de leurs proies. Elle contemplerait le travail des becasseaux aupres du ressac. A l'est, la mer ne soulignerait pas le cercle du soleil. Il se fractionnerait entre les pattes de la chaise du sauveteur plutot que sous la ligne d'horizon.

Une nuit sur le balcon de leur seul ete. Les Bacopas semblaient joyeuses au reveil. L'engrais qu'elles avaient recu ayant agi pendant la nuit. Une poudre rose liquefiee. Une araignee de type Epeira a l'abdomen respectable avait tisse sa toile geometrique. Le premier fil de soie place a la jardiniere, d'oo le vent l'avait mene jusqu'a la rampe du balcon. Une argiope frelon avait fait des allers-retours toute la nuit sur son pont.

Une sortie normale, sans lunettes, de la porte de la cuisine vers l'escalier, aurait vraisemblablement defait l'ouvrage de l'arachnide. Son long corps offert comme ascenseur. Elle s'arreta a temps, avant que l'araignee soit forcee de changer de niveau involontairement. Elle ne souhaitait pas sentir la remontee de ses fines pattes sous son pyjama. Impressionnee par le gris tachete de la bete dodue, elle n'avait pas non plus envie d'entendre le son juteux de ses tagmes ecrases par un mouvement involontaire. Les reflets du soleil matinal cote ruelle dessinaient bien les multiples hexagones collants tisses dans la nuit. Pour mieux voir ces formes, elle actionna le piston d'un vaporisateur mecanique rempli d'eau et d'une unique goutte de savon a vaisselle. La tisseuse ne fut pas trop genee par cette douche matinale antimoustiques.

Une scene parfaitement eclairee a l'heure magique.

UNE PHOTO ABANDONNEE. UNE IMPRESSION POUR SA MEMOIRE SANS SPECTATEUR

Une fleur fanee lancee doucement sur l'ouvrage brillant adhera a proximite de l'araignee derangee, pres du moyeu de sa toile. Elle mit ses lunettes pour mieux regarder l'araignee qui se precipitait sur la fleur ratatinee. Le menage de l'araignee. Denouee en moins d'une minute, la fleur se retrouva sur une latte du plancher. L'araignee retourna a son petit dejeuner.

Elle alla moudre le cafe. Le poele au maximum, elle retourna prendre soin de ses fleurs a quelques pas de la. Unes a unes, elle enleva delicatement les fleurs fanees. Elle jeta un coup d'Lil vers l'araignee. Au creux de sa main gauche se tenait un petit tas de fleurs sechees destinees au compost. Elle voulait avertir l'araignee de s'en aller avant qu'elle detruise son Luvre. Elle lanca trois fleurs de plus. Une bleue, une rose, une bleue. L'araignee s'agita. Elle alla verser son cafe. Elle deposa sa tasse sur la table du balcon et lanca une autre fleur. Grace au soleil, elle put identifier les fils principaux tenant la toile. En deux lents mouvements de doigts,

ELLE DEPLACA LE FIL LE PLUS IMPORTANT DU RESEAU

de soie, vers la tige de la rampe du balcon qui s'enroula alors au metal. Elle prit une tige morte tombee au sol pour achever son ouvrage de destruction. Assise dans sa chaise de plastique grise, elle sirota son cafe noir. Le reveil de la ruelle a ses oreilles. Le signal d'un camion-betonniere reculant assourdissait le chant du cardinal a poitrine rose. Il entra dans la cuisine et souleva le couvercle de la cafetiere.

--Spaghetti makes me sad We need to buy you a spider plant

Did u know there is no coffee in your coffee machine? I like the sound

Assise dans le train

AMTRAK 69 NY

Montreal au niveau de Croton-Harmon. Des jeunes filles s'installent sur la banquette derriere elle,brisant l'isolement souhaite. Une plainte constante, comme celle de chatons mecontents. Leurs voix en harmonie. Elles parlent franglais ou frenglish. Elle se demande a quoi elles jouent. Elle se sent un peu ancienne. Elle n'arrive pas a savoir qui dit quoi, quand :

<<I wanted that song sauf qui avait pas le bon fil. Moi le second dip. L'autre bout j'ai pas mange. La crasy part de la chanson, c'est chunky salsa. C'est que nous on est still dedans. C'etait meme pas a elle. Crunch crunch. Maman dit d'apporter des cups de la-bas. Veux-tu venir avec moi ? Oo sont les wipes? Sous la poubelle. Je ris pas de toi.

JE RIS PARCE QUE C'EST TOMBE

Ca aussi c'est froid, et c'est plus safe. Estce que tu acceptes le challenge? Sur. Mais moi je veux dormir. Toi tu es beaucoup plus advanced que moi. En plus tu es tired. Est-ce que ye trop lourd? Parce que j'ai fait les stairs avant tout. Est-ce que ca va etre laid comme ca? J'ai fait un grand building. Mais je savais pas quoi faire pour le building. Alors j'ai mis une ligne de torches comme ca. Est-ce que c'est laid comme ca ? Ca, ca fait plus extreme world. La c'est disconnected. C'est moins un grand cul. C'est pas beau. Mais je vais faire le walls. Moi j'ai truc off mon wifi. Moi dans ce world, je dois care about ce building. Ya plein de variables. Ya peur que moi triche. Mais je veux pas actually mettre des villagers.>>

Midtown. 7 a.m. Une femme. Vieille. Une lenteur remarquable sur fond accelere de passants et de voitures. Son corps defiant la gravite a exactement 90 degres. Elle marche pliee, son visage a mi-chemin entre son point d'altitude d'origine et le pave. Sa tete penchee vers ses pieds. Au maximum de leur poussee vers le haut, ses yeux a moitie caches sous les paupieres. Des sacs de plastique dans ses mains. Elle est. Determinee.

Uptown. A cote de Central Parc. 18h30. Une dame au manteau de rose marche comme un parterre. Seule. Ses talons comme les tiges d'un bouquet. Des cheveux en forme de vase. Orange. Une dame aiguille va craquer, se casser. Ce soir-la. Devant les arrangements floraux debordants dans le hall du Metropolitain Museum. Une donation.

PAR OU PASSE LE SOLEIL?

Au niveau du visage

Les pieds a l'ombre du trottoir

EN MARCHANT, LES MOTS APPARAISSENT

Sous une table Loin des crayons Des jambes pliees...

Trails (2011). Impression numerique. L'origine des tumultueuses vagues est effacee de facon visible. http://chatonsky.net/trails

Netsleeping (2002). Economiseur d'ecran en reseau. Des personnes faisant partie du reseau social de l'artiste se sont filmees quand elles dormaient grace a une camera dotee d'une fonction infrarouge. Ils se sont filmes quand ils ne savaient pas qu'ils etaient vus. L'artiste a ensuite extrait de ces videos des milliers d'images qui sont diffusees grace a un economiseur d'ecran. Le logiciel melange lentement ces images chargees a partir d'Internet, au moment oo l'ordinateur lui-meme s'endort parce que personne ne l'utilise. http://chatonsky.net/netsleeping

Entre les villes (2011). Impression numerique. A partir de photographies d'une ville, un logiciel genere automatiquement une ville, ses reseaux et ses habitations, son etendue a perte de vue, une distance. Une ville au loin, ses elements fragmentes, defigures, chacun est la mais decale. Plus de centre, simplement une superficie. Une ville qui ressemble a une ville que nous connaissons mais qui est differente de celle-ci. Une ressemblance generee par la machine, http://chatonsky.net/between

Memory Landscape (2005). Installation urbaine. Des plaques signaletiques sont accrochees sur differents murs de la ville. On peut y lire un numero de telephone suivi de deux chiffres. En telephonant, un repondeur nous permet de laisser un message afin de decrire ce que nous voyons. Nous pouvons egalement entendre les autres messages laisses par des personnes decrivant le lieu dans lequel nous sommes actuellement. Sur Internet, une carte dynamique de la ville permet de naviguer dans ces nappes de voix urbaines. Ce projet a ete realise a New York dans le cadre du Waterpod. http://chatonsky.net/memory-landscape

(Pages suivantes) Sur Terre (2005). Fiction en reseau. Sur Terre est une fiction interactive et generative composee de plusieurs milliers de medias (videos, images, sons, modeles, etc.) dans une base de donnees. L'histoire est infinie, les situations insolubles, les personnages irresolus. Realisee pour Arte cinema, Sur Terre melange le francais et l'allemand. Trois personnages, une gare, un train, le long des rails. Les fragments d'une histoire dont l'internaute peut retrouver les traces. Le recit est indetermine. Les lieux des decors sont la. Les personnages sont partis. Il reste des voix, des photos dechirees et dehors, loin dans la ville, le flux du reseau. Des documents originaux et d'archives constituent une base de donnees de pres de 900 000 medias autour du transport ferroviaire. L'histoire est sans fin, elle n'offre aucun denouement, les situations et les affects sont irresolus. Avec le soutien d'Arte Cinema. http://chatonsky.net/sur-terre

(Pages suivantes) Interstices (2006). Fiction generative. Interstices est un programme generatif dont le montage est produit en temps reel et est different a chaque lecture : extraire des films les sequences qui ne racontent rien. S'interesser aux interstices qui peuvent etre sortis de leur contexte. Demander a Jean Paul Civeyrac, le realisateur de ces films, de dessiner de memoire la position dans l'espace de chacune de ces sequences orientees relativement a la camera. Modeliser en trois dimensions ces espaces en extrudant les dessins originaux. Integrer les sequences dans une base de donnees en les categorisant selon la duree, le niveau sonore, les personnages, la position dans l'espace et des mots-cles. Relier la base de donnees aux espaces modelises en creant un montage programme en fonction de formules du type << if... then >>, << else if >>, << even if >>.

Programmation : Vadim Bernard, http://chatonsky.net/interstices

(Pages suivantes) Netsea (2015). Installation en reseau. Netsea est une installation qui se connecte au reseau local d'un lieu d'exposition et qui capture l'ensemble des donnees. A partir des variations de ces donnees, Netsea cree un ocean artificiel dont les vagues sont la traduction des donnees. Des sentiments sont cherches sur Internet selon ces donnees. Audio : Olivier Alary. http://chatonsky.net/netsea

(Pages suivantes) Franges (2011). Impression numerique. <<Je passais ma main sur ses cheveux, d'abord en les lissant, cherchant a rendre ma paume suffisamment courbe pour l'adapter a sa forme, changeant de vitesse de deplacement selon l'orientation de son crane. Lentement, mes ongles d'abord puis mes doigts ont traverse ces brindilles, les ecartant, se faisant une place. J'observais les trainees que mes doigts laissaient et la maniere dont sa chevelure se reformait apres mon passage. Je n'avais pas vraiment l'impression de la toucher elle, mais de passer a travers une matiere qui la concernait, comme un artifice naturel, une matiere morte vivante. Il y avait un dynamisme inanime dans les turbulences de sa chevelure et derriere ce rideau je sentais sa peau, sa chair et ses os, la boite cranienne qui se refermait sur elle-meme comme un monde inaccessible. >> http://chatonsky.net/frange

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Title Annotation:INFINITUDE
Author:Tremblay, Eve K.
Publication:ETC Media
Date:Feb 15, 2017
Words:2197
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