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Greve de l'amiante de 1949 et le projet de reforme de l'entreprise: comment le patronat a defendu son droit de gerance.

DANS LA MEMOIRE collective des Quebecois, la greve de l'amiante de 1949 represente certainement la greve la plus connue, largement percue comme un grand moment de la lutte des travailleurs pour faire valoir leurs reclamations et souvent interpretee comme un evenement capital dans l'evolution sociale du Quebec. Cette vision triomphaliste a prevalu dans les medias et les films documentaires qui ont rappele le cinquantieme anniversaire du conflit en fevrier 1999.(1) Un journaliste du Devoir en faisait "la greve la plus celebre de l'histoire sociale quebecoise" tandis que celui de La Presse y voyait "la pierre angulaire du mouvement de fond qui allait plus tard prendre le nom de Revolution tranquille."(2) Dans un long article, Michel Vastel du Soleil ecrivait que "la plus grande victoire de ces modestes mineurs fut d'imposer le respect" face au pouvoir politique et au grand patronat: "Le Quebec venait d'oser relever la tete."(3) C'est la meme interpretation qu'on retrouve dans les deux documentaires diffuses en 1999 par les chaines specialisees de television, History Television et Historia, qui presente la greve, l'un pour le Canada et l'autre pour le Quebec, comme un des moments privilegies qui ont faconne leur histoire au 20e siecle.(4)

La greve a fait l'objet de nombreuses analyses et est meme rappelee dans les manuels d'histoire destines aux eleves quebecois de niveau secondaire.(5) Elle est interpretee comme une etape importante dans l'histoire du syndicalisme quebecois qui illustre l'antisyndicalisme du gouvernement Duplessis et son parti-pris patronal. En fait, on y reprend l'explication donnee traditionnellement par de nombreux travaux, qu'ils soient plus specialises sur l'histoire du syndicalisme ou d'un caractere general sur la societe quebecoise, depeignant la greve des mineurs comme un grand moment de lutte des travailleurs et un tournant dans l'histoire sociale du Quebec.(6) Cette interpretation est issue d'un volume consacre a la greve, publie en 1956 et dont Pierre Elliott Trudeau a assume la direction. Comme son sous-titre l'indique: La Greve de l'amiante. Une etape de la Revolution industrielle au Quebec, les auteurs y voient "un episode-cle d'emancipation sociale,"(7) ou, pour la premiere fois, la classe ouvriere s'affirme de facon autonome au Quebec et se libere de la tutelle des forces sociales traditionnelles que sont l'Eglise, l'Etat et le patronat. Le conflit leur apparait comme l'une des premieres manifestations des transformations subies par la societe francophone, soumise depuis la Guerre aux forces issues de l'industrialisation. La greve marquerait son passage de la societe traditionnelle a la societe urbaine et industrialisee.

Le volume, dont on entreprend la realisation au debut des annees 1950, veut relater l'histoire d'un evenement auquel le journal Le Devoir a accorde enormement d'importance en 1949, avant meme que le conflit ne prenne de l'envergure. Malgre ses faibles moyens, il delegue a Asbestos un journaliste, Gerard Pelletier, present dans la region pendant tout le conflit. Le quotidienn lui consacre, selon les mot memes de Pelletier, "plus de reportages, de commentaires, d'editoriaux et de depeches ... qu'a n'importe quel autre sujet d'actualite."(8) Cette attention, qui tranche avec celle apportee par les autres quotidiens quebecois,(9) se comprend a la lumiere de la nouvelle orientation que veut lui donner son nouveau directeur, Gerard Filion, nomme en avril 1947. Desireux de rompre avec les orientations traditionnelles du journal, il explique, dans un de ses premiers editoriaux, qu'il veut mettre le journal "au service de la classe des travailleurs", devenue la "classe dominante de la societe", mais "ne disposant pas toujours des moyens de defense et d'attaque qu'il lui faudrait ... dans un monde livre aux exces de la concurrence."(10) Le quotidien s'applique alors, dans la nouvelle comme en editorial, a defendre les travailleurs dans plusieurs conflits de travail entre 1947 et 1950.(11) Cependant, apres la greve de l'amiante, il devient beaucoup plus circonspect et prend ses distances lors de debrayages. Neanmoins, l'attention apportee par le journal a la greve de l'amiante et l'ampleur prise par le conflit (duree du conflit, nombre de mineurs impliques, violence, lecture de l'acte d'emeute, dure repression de la police provinciale, appui public des eveques, collecte pour les grevistes) demeurent gravees dans la memoire des intellectuels critiques du gouvernement Duplessis et desireux de transformation sociale.

Certains d'entre eux s'emploient donc a fixer la greve dans la memoire collective en publiant un volume qui, tout en reposant sur une recherche serieuse, n'en presente pas moins une interpretation fort discutable sous de nombreux rapports. Certains chapitres sont plus neutres; d'autres dont ceux de Pierre Elliott Trudeau, Gilles Beausoleil, Reginald Boisvert et la preface de Jean-Charles Falardeau, abondent dans le sens d'un conflit qui a inaugure une ere nouvelle dans les rapports sociaux au Quebec. Il n'est pas de notre intention ici de discuter de cette these (nous l'avons fait ailleurs(12)) qui a bien besoin d'etre relativisee depuis qu'on connait mieux l'histoire syndicale des decennies anterieures a 1949. Nous nous proposons plutot de mettre en relief une reclamation faite par les syndicats au debut de la negociation qui a braque la partie patronale et qui serait a la source du conflit selon le president de la principale compagnie impliquee, la Canadian Johns-Manville. Elle touche la volonte du syndicat de jouer un role dans les promotions et l'organisation du travail dans les mines. Cette revendication, nouvelle a l'epoque, emane directement de l'idee de reforme de l'entreprise, projet mis de l'avant par un groupe de jeunes clercs catholiques, et qui est reprise par des syndicats affilies a la Confederation des travailleurs catholiques du Canada (CTCC). Assez curieusement, cette dimension de la greve a plutot tendance a etre minimisee par les collaborateurs du volume dirige par Pierre Elliott Trudeau tout comme elle est mise en sourdine par les leaders de la greve pendant et apres le conflit.(13) En nous appuyant notamment sur des archives patronales et syndicales, nous tenterons de saisir le sens de cette revendication, en evaluerons l'importance dans le conflit, analyserons l'appui dont elle jouit aupres de l'episcopat et examinerons l'impact qu'elle a eu sur une organisation patronale d'inspiration catholique, l'Association professionnelle des industriels. Nous montrerons que cette reclamation a constitue un enjeu de taille opposant les syndicats, le patronat et l'episcopat.

A- Les enjeux du conflit

Rappelons que la greve de l'amiante, qui s'etend sur plus de quatre mois, du milieu fevrier a la fin de juillet 1949, touche plus de 5000 mineurs a Thetford Mines et Asbestos. Deux mille travaillent pour la Canadian Johns-Manville d'Asbestos (CSM), les autres etant a l'emploi des firmes Asbestos Corporation, Flintkote et Johnson de Thetford Mines. La partie syndicale est representee par la Federation nationale des employes de l'industrie miniere affiliee a la CTCC qui cherche a uniformiser les conditions de travail dans l'ensemble des mines de l'amiante. Au centre des reclamations syndicales, il y a l'elimination de la poussiere d'amiante, une augmentation generale de 15 cents l'heure, la retenue des cotisations syndicales a la source (deja acquise pour les compagnies de Thetford) et la "consultation" ou "approbation" du syndicat dans tous les cas de promotion, de transfert et de congediement. Au depart, le plus gros employeur, la Canadian Johns-Manville d'Asbestos, offre une augmentation generale de cinq cents l'heure et quelques autres ameliorations, mais refuse de percevoir les cotisations syndicales de tous les travailleurs (formule Rand), une forme de securite qui commence a se repandre au Canada dans les grandes entreprises a la suite de la decision du juge Rand qui l'imposait dans un arbitrage a la compagnie Ford en 1945. En outre, la compagnie s'eleve resolument contre la demande que les promotions, les mesures disciplinaires et certaines questions reliees aux methodes de travail et aux taux de remuneration soient l'objet d'une "approbation" du syndicat. Nous reviendrons sur ce dernier point.

Comme la negociation pietine, le syndicat reclame un conciliateur qui, apres quelques jours, se declare impuissant a rapprocher les parties. Bien que la loi des relations ouvrieres prevoie alors l'obligation d'un arbitrage, les mineurs, ayant perdu confiance envers les conseils d'arbitrage a cause de leur parti-pris et de leur retard a rendre leurs decisions,(14) decident de declencher immediatement la greve (le 13 fevrier a Asbestos, le lendemain a Thetford).(15) Element tres important et sur lequel nous reviendrons plus bas, ils s'attendent a ce que le conflit soit de courte duree car, l'annee precedente, une greve declenchee illegalement contre les trois compagnies minieres de Thetford s'est terminee trois jours plus tard avec des resultats tres "fructueux" pour le syndicat.(16) Mais il n'en est pas ainsi en 1949. Devant l'illegalite de la greve, la Commission des relations ouvrieres enleve au syndicat son accreditation le 21 fevrier et la compagnie commence a recruter des briseurs de greve. Aux grevistes qui entendent faire respecter les piquets de greve, la compagnie replique par une injonction et fait appel a la police provinciale pour proteger sa propriete. Le Premier ministre Duplessis et le ministre du Travail exigent, avant d'intervenir dans le conflit, que les grevistes retournent au travail et rentrent dans la legalite. Les compagnies refusent de negocier tant que les grevistes ne sont pas retournes au travail.

L'embauche de plus en plus nombreux de briseurs de greve suscite des altercations dans la municipalite d'Asbestos. Le 5 mai, des groupes de piqueteurs bloquent les entrees de la ville pour les empecher de se rendre au travail et molestent des policiers provinciaux. Le lendemain, 200 policiers sont depeches a Asbestos et l'acte d'emeute est lu tot le matin. De nombreuses arrestations (116) suivent ou plusieurs grevistes sont brutalises par les policiers.

Le conflit, qui a beaucoup de retentissements dans la province a mesure qu'il se prolonge, donne lieu a un vaste mouvement de solidarite et de generosite. Plus de 500 000$ en argent et 75 000$ de vivres sont recueillis parmi les syndiques de toute allegeance et aux portes des eglises, comme l'ont demande plusieurs eveques. L'idee d'un appui aussi tangible de l'episcopat, unanime dans ce dossier, provient de la Commission sacerdotale d'etudes sociales qui, comme nous le verrons, est a l'origine du projet de reforme de l'entreprise.(17) Cet appui est d'autant plus significatif que l'illegalite de la greve place l'episcopat dans une situation tres delicate tant au niveau des principes que dans ses rapports avec le gouvernement Duplessis. Si les eveques sont prets a montrer un soutien public si tangible, c'est qu'ils craignent qu'un echec trop apparent dans un conflit aussi largement mediatise ne mette en danger la survie meme d'un mouvement que leurs predecesseurs ont mis sur pied.(18) Dans les lettres de remerciement qu'il fait parvenir a plusieurs eveques apres le conflit, Jean Marchand, secretaire general de la CTCC, est aussi d'avis que "la prise de position de l'Episcopat a sauve notre mouvement d'un echec qui aurait pu etre desastreux."(19)

Des la fin avril 1949, les grevistes sont prets a rentrer au travail et a soumettre leur litige a la procedure d'arbitrage. Mais la negociation echoue car la compagnie CJM refuse de reembaucher tous les grevistes et tient a maintenir les procedures judiciaires intentees contre les organisations syndicales et les grevistes sur qui pesent des accusations civiles ou criminelles. Ce n'est que deux mois plus tard, grace a la mediation de Mgr Roy, archeveque de Quebec, que les deux parties trouvent un terrain d'entente ou la CJM retire les procedures intentees contre le syndicat et la federation mais garde a son emploi les briseurs de greve et conserve la possibilite de sevir contre les grevistes qui pourraient etre juges criminellement responsables.(20) On s'entend aussi pour que les syndicats recouvrent leur accreditation et que la negociation puisse reprendre. Les grevistes commencent a retourner au travail a Thetford le 29 juin et a Asbestos le 6 juillet. La negociation aboutit rapidement a une impasse et le litige est soumis a un tribunal d'arbitrage pour les mineurs des deux principales compagnies de Thetford uniquement, l'Asbestos Corporation et la Flintkote Mines. La Canadian Johns-Manville attend la decision du tribunal avant de conclure une entente avec ses employes.

La sentence rendue le 10 decembre (l'arbitre syndical est dissident) accorde une augmentation de dix cents l'heure, cinq sous de plus que ce que les compagnies offraient avant la greve. Cependant, elle elimine des conventions la retenue obligatoire de la cotisation syndicale a la source (formule Rand) pour la remplacer par la retenue volontaire des travailleurs. Il est prevu aussi que les nouvelles conventions aient une duree de deux ans alors que les syndicats s'attendaient a une seule annee. Enfin, rien n'est prevu pour que les compagnies eliminent les poussieres d'amiante, le tribunal se contentant de recommander qu'elles poursuivent l'effort deja consenti. Les trois compagnies de Thetford acceptent le rapport tandis que les syndicats sont fort mecontents, jugeant qu'il donne raison aux compagnies sur presque tous les points.(21) On demande alors l'intervention d'un conciliateur au ministere du Travail. Une entente intervient finalement dans le bureau du Premier ministre Duplessis, le 29 decembre, qui ajoute une augmentation salariale additionnelle de cinq cents l'heure aux dix cents deja accordes (formule d'indexation). La suggestion lui en a ete faite par le president de la CTCC, Gerard Picard, qui tient a ce que les grevistes obtiennent une augmentation salariale superieure a celle obtenue par les mineurs de la Bell Asbestos de Thetford en mars 1949.(22) Ces derniers, qui ne se sont pas mis en greve, font partie d'un syndicat qui n'est pas affilie a la CTCC.

A Thetford, les conventions collectives sont signees le 12 janvier 1950 tandis qu'a Asbestos, elle ne l'est que le 21 fevrier. Au total, les contrats, qui sont assez similaires dans chacune des entreprises, n'apportent que de tres minces avantages aux mineurs, la partie syndicale ayant graduellement recule sur la plupart de ses positions a mesure que la greve se prolongeait. "On a regle a plat-ventre, on a regle pour sauver notre peau", racontera Rodolphe Hamel en 1974;(23) il a ete l'un des principaux dirigeants de la greve en tant que president de la Federation nationale des employes de l'industrie miniere.

Dans l'entente de principe qui met fin a la greve, la compagnie CJM obtient que la federation et le syndicat "reconnaissent le droit de propriete et le droit de la direction de diriger" et consentent a inclure dans la convention une clause dite des droits de la direction.(24) Et effectivement, la convention collective signee le 1er fevrier 1950 contient un long article ou est precise que "la Compagnie doit avoir plein pouvoir, autorite et responsabilite dans l'exercice des fonctions habituelles de la Gerance" dont ceux "d'employer, transferer, accorder des promotions et congedier" et afin aussi d'adopter de nouvelles methodes de production que le syndicat ne pourra pas refuser.(25) Ce souci decoule d'un element qui a joue un role important dans le raidissement des compagnies au tout debut de la negociation. Voyons de plus pres.

B- Approbation des promotions, transferts et congediements

Pendant le conflit, le 22 avril 1949, le president du conseil d'administration de la Canadian Johns-Manville, Lewis H. Brown, signe une pleine page d'annonce dans les quotidiens quebecois reprochant aux dirigeants syndicaux de ne pas avoir comme but unique d'ameliorer les conditions de travail des syndiques. "Les vraies barrieres qui empechent un reglement amical n'ont, cette fois, qu'une relation eloignee avec le bien-etre de nos employes. Le point crucial de la greve est l'insistance que les chefs du syndicats mettent a obtenir, pour eux-memes, une part d'autorite et de controle sur l'administration. C'est cette doctrine revolutionnaire voulant que le droit des proprietaires, jusqu'ici inconteste, de choisir leurs representants pour administrer leur propriete, soit soumis au pouvoir de veto des chefs du syndicat." Ces derniers manifesteraient une "tendance croissante a precher une doctrine s'opposant au capitalisme et soutenant une philosophie plus apparente au communisme et au socialisme." C'est, selon lui, "le point crucial de la greve" qui empeche son reglement.(26)

Le president de l'Asbestos Corporation abonde dans le meme sens lors de l'assemblee annuelle des actionnaires de sa compagnie le 21 avril 1949: "It was the moral and legal obligation of the company to stand for the principles that protect the proterty rights of the stockholders and the human rights of its employees." Il ajoute que les demandes syndicales sont excessives et que, s'il y cedait, elles depasseraient l'ensemble des profits de la compagnie pour 1948.(27)

Dans la brochure qu'il rend publique en mai 1949, le president Brown elabore plus longuement sur ses accusations. Les demandes syndicales qui le herissent particulierement sont les suivantes:

a. Faire approuver les promotions par le Syndicat.

b. Faire approuver par le Syndicat les mesures disciplinaires prises par la Direction.

c. Ne fournir aucun encouragement a produire plus sans l'approbation du Syndicat.

d. Ne pas changer les methodes de travail ou les taux de remuneration sans l'approbation du Syndicat.(28)

Le syndicat veut ainsi, selon lui, s'arroger les droits de la direction de l'usine, outrepassant les limites acceptables de la negociation collective. Citant a l'appui plusieurs passages de l'encyclique papale Quadragesimo Anno defendant le droit de propriete, il termine en evoquant celui ou le pape denonce ceux qui "s'appliquent a reduire tellement le caractere individuel du droit de propriete qu'ils en arrivent pratiquement a le lui enlever."(29) Comme president d'une compagnie qui detient des usines partout en Amerique du Nord, il juge n'avoir jamais eu a faire face a des demandes syndicales aussi extremes.

A l'assemblee annuelle des actionnaires de la compagnie en mai 1949, il fait emettre un communique expliquant que:

(...) the crus of the strike in the insistence B- the union leaders that the secoure for themselves certain controls over managerial policy. It is a revolutionary doctrine that the right to fix management policies has become the prerogative of union leaders...." "We are going to protect the right of Johns-Manville to have skilled engineers and local management operate our mine, mill and plant at Asbestos, Quebec, in accordance with the principles of free enterprise in a democracy (...) even thow to do so may require many more weeks or months of strike-bound inactivity.(30)

A la veille du reglement du conflit, il renouvelle ses reproches, accusant les syndicats de vouloir "s'immiscer dans la direction de son entreprise," ce qui lui apparaissait tout a fait intolerable.(31)

Mgr Maurice Roy, dont la mediation contribue au denouement de la greve, corrobore que cette question a represente une pierre d'achoppement a la negociation. Longtemps apres la fin de la greve, dans une longue entrevue a un journaliste en 1972, il confirme que "le conflit d'Asbestos portait en grande partie sur un element ideologique: la question de la participation" des travailleurs a la reforme de l'entreprise.(32) Pour sa part, dans le chapitre de ses Memoires consacre a la greve, l'ex-president de la CTCC de 1935 a 1946, Alfred Charpentier, qui est devenu responsable du service de la recherche de la centrale en 1949, opine dans le meme sens: l'idee de reforme de l'entreprise "heurte violemment toutes les grandes entreprises industrielles" de sorte que "pendant toute la duree de la greve, la resistance de la CJM aux revendications de syndicats et de la Federation parut prendre figure de bouclier pour toutes les entreprises similaires dans l'Estrie."(33)

Suite a la parution des encarts dans les journaux en avril 1949, les dirigeants syndicaux repoussent les accusations de la CJM voulant qu'ils desirent s'arroger la direction de la compagnie. Pour Rodolphe Hamel, "les syndicats ne reclament pas de participation aux benefices" et le president Brown "repand de fausses rumeurs afin de faire perdre aux grevistes l'appui moral et materiel qui leur est si genereusement accorde par le grand public." Le secretaire general de la CTCC, Jean Marchand, mele de pres a la negociation, abonde dans le meme sens: la declaration du president "est semee de faussetes," la greve ne comportant pas de menace au droit de propriete ou a la liberte d'administration de la compagnie."(34) La semaine suivante, dans une assemblee syndicale, Hamel reconnait cependant "qu'il y a quelque temps, alors que nous etudions l'avenir des syndicats, il fut suggere qu'un jour viendra ou les ouvriers seront appeles a participer a la gerance et aux benefices des compagnies." Il conclut que la compagnie se sert de ce pretexte pour faire reculer les conditions de travail de 25 ans en arriere.(35)

Dans le numero special consacre a la greve en mai 1949, le journal Le Travail, organe de la CTCC, fait etat longuement des causes prochaines et eloignees de la greve. On elabore sur les differentes revendications des syndicats (surtout l'elimination des poussieres) tout en denoncant l'attitude antisyndicale du gouvernement Duplessis et les tactiques condamnables des compagnies dont en particulier celles de la CJM qui "vise a la destruction du syndicalisme catholique dans la Province de Quebec."(36) Parmi les revendications syndicales, il est fait allusion vaguement a des "dispositions relatives aux transferts, congediements et promotions," comprenant mal que le president Brown y voit une atteinte au droit de propriete. En conclusion, les compagnies d'amiante sont accusees d'avoir "une conception absolue du droit de propriete." Les syndicats ne chercheraient pas a vouloir affaiblir leur autorite mais a faire disparaitre que ce qu'il y a "d'arbitraire" dans leurs comportements. La greve dans l'amiante serait l'effet d'un "choc violent entre la conception individualiste et la conception sociale des relations industrielles."(37) Le 22 juin, Jean Marchand revient sur le sujet dans un long historique de la greve. Il affirme que "jamais les syndicats de l'amiante n'ont formule de demandes qui, de pres ou de loin, pouvaient restreindre ou limiter les droits de direction de la compagnie. Au contraire, ils accepterent une clause incluse dans la convention collective les consacrant a tous." Les commentaires du president Brown me sont a son avis qu'une tactique pour expliquer devant l'opinion publique son refus de negocier la fin de la greve. La CJM n'aurait comme objectif que de detruire le syndicat.(38)

Tout au long du conflit, les dirigeants syndicaux ne cessent de repeter que leurs reclamations n'ont rien de revolutionnaire et que leurs principales demandes touchent l'elimination des poussieres d'amiante, une hausse des salaires et le maintien de la formule Rand. Par contre, avant la greve, ils sont moins evasifs sur les exigences qui effraient tant la partie patronale. Voyons de plus pres.

Le 21 novembre 1948, le Bureau federal de la Federation nationale des employes de l'industrie miniere, chargee de la negociation pour l'ensemble des syndicats de l'amiante, approuve un certain nombre d'amendements aux conventions alors en vigueur. Il faut se rappeler que la federation tente d'uniformiser les conventions collectives de toutes les entreprises d'amiante ou ses syndicats affilies regroupent des travailleurs. Elle cherche egalement a etendre a la Canadian Johns-Manville plusieurs des clauses obtenues des compagnies de Thetford lors de la signature des conventions collectives precedentes, en fevrier 1948. Les reclamations de la federation pour 1949 sont les suivantes:(39)

1) Double temps le dimanche sans restriction

2) Toutes les fetes chomees payees et en incluant le Vendredi Saint

3) Salaire: 15 cents l'heure generale, travail a la piece 18%

4) Une prime pour le travail de nuit de 5 cents l'heure

5) Deux semaines de vacances consecutives apres 2 ans de service et 3 semaines de vacances consecutives apres 20 ans de service

6) Amendements a la clause 7 de la convention actuelle

7) 3% pour le fonds de securite sociale

8) Elimination des poussieres

9) Biffer les paragraphes E et F de la clause 7

Les points six et neuf referent a des amendements a apporter a la clause sept des conventions, dont on ne precise par la teneur, mais qui touchent les transferts et les promotions dans l'entreprise. Le proces-verbal du congres de la federation du 4 septembre 1949 fait reference aux memes exigences des syndicats tout en etant aussi peu precis sur la clause sept.(40)

Le 5 decembre 1948, une assemblee generale du syndicat de l'amiante d'Asbestos approuve un nouveau projet de convention qui comprend ces demandes. Le 14 decembre, le secretaire de la federation, Daniel Lessard, demande a rencontrer les representants de la compagnie.(41) Une premiere seance de negociation a lieu le 23 decembre a laquelle assistent Rodolphe Hamel, president de la federation, et Jean Marchand, secretaire general de la CTCC, qui defend vigoureusement l'ajout d'une nouvelle clause a la convention touchant les promotions, transferts et congediements. Il veut que la compagnie s'engage a "soumettre au syndicat tous les cas de promotions, transferts et congediements."(42) Cette proposition est directement issue de l'idee de cogestion qui decoule du projet de reforme de l'entreprise que defendent alors un certain nombre d'aumoniers catholiques et que nous analyserons plus bas. L'initiative est tres mal recue des representants patronaux qui y voient un esprit radical et revolutionnaire.(43)

En replique, la compagnie insiste alors pour inclure dans le nouveau contrat de travail une clause garantissant ses droits de gerance: "La Compagnie garde tous les droits, pouvoirs et autorites qui habituellement sont exerces par la "Gerance," excepte dans les cas ou il est specifiquement stipule dans le contrat qu'un cas particulier a ete concede."(44) Elle decide aussi d'afficher des communiques destines aux employes pour les renseigner sur la marche des negociations. Le geste irrite la direction syndicale qui y voit un "indice de non-confiance" envers les negociateurs syndicaux. Le 11 janvier, le secretaire Lessard de la federation fait savoir qu'il mettra fin aux negociations si la compagnie poursuit son affichage.(45) Comme la compagnie persiste, le syndicat cesse de rencontrer ses representants et demande, le 27 janvier, la presence d'un conciliateur au ministere du Travail. Lessard le presse aussi d'intervenir dans les negociations avec les compagnies de Thetford qui se trouvent egalement dans une impasse car la plupart des reclamations des syndicats ont ete refusees.(46)

Une semaine plus tot, le 16 janvier, a lieu a Asbestos une journee syndicale ou Gerard Picard, president de la CTCC, et Jean Marchand, secretaire, ont pris la parole. Marchand s'en prend a la CJM qui "se reserve trop de privileges" en invoquant les droits de la direction. Il declare que la CTCC "rend service a l'industrie et a la societe en reclamant la participation aux benefices pour l'ouvrier." Picard revient sur le meme sujet indiquant que la promotion de la classe ouvriere passe par "la participation ouvriere aux benefices de l'industrie."(47)

Le 31 janvier, le conciliateur nomme par le ministere du Travail evite in extremis la prise d'un vote de greve; a Asbestos en obtenant de la compagnie de cesser l'affichage de communiques sur la marche des negociations. Des rencontres de conciliation ont lieu du 7 au 10 fevrier qui echouent sur plusieurs points importants: le syndicat reclame l'inclusion dans la juridiction du syndicat des ouvriers employes par les sous-contracteurs, l'elimination des poussieres d'amiante, l'application de la formule Rand de meme que des demandes monetaires; la compagnie, de son cote, cherche a determiner les droits de la gerance et a etablir une procedure pour l'etude des standards d'efficacite.(48) Les deux parties conviennent alors de soumettre leur differend a un tribunal d'arbitrage comme l'exige la loi. Mais, comme on le sait, a l'assemblee generale du 13 fevrier, les mineurs de la CJM decident de debrayer immediatement, convaincus que les delais d'arbitrage sont longs et qu'ils ne peuvent obtenir justice en suivant cette procedure. Le discours impetueux de Jean Marchand a cette assemblee, tres critique du processus d'arbitrage, n'est rien pour calmer le penchant des mineurs pour l'action directe.(49) Le lendemain, les mineurs de Thetford se mettent aussi en greve.

A partir du moment ou le conflit est declenche, la partie syndicale met de l'avant que les points litigieux touchent l'elimination de la poussiere, les hausses salariales, la retenue syndicale obligatoire et divers autres benefices sociaux. Il n'est plus question de soumettre au syndicat tous les cas de promotion, transferts et congediements, mais uniquement de consulter le syndicat en ces occasions. C'est la formulation communiquee aux journaux et celle qu'ont retenu les collaborateurs du volume La greve de l'amiante dirige par Pierre Elliott Trudeau.(50) Le choix d'une ou l'autre expression a son importance car elle n'a pas les memes consequences. Le fait de soumettre consiste, selon la definition du Petit Robert, a "presenter, proposer au jugement, au choix"; le terme peut impliquer la necessite d'une approbation tandis que la consultation represente uniquement la recherche d'un avis, sans obligation de s'y conformer.

Pendant l'arbitrage qui suit la greve (il ne concerne que les compagnies de la region de Thetford), le projet syndical de contrat de travail soumis aux arbitres contient une clause qui touche les promotions. Elle exige que les promotions, transferts permanents (excepte dans le cas des contremaitres) et renvois soient soumis au syndicat avant d'etre mise a execution. Le syndicat peut alors faire des representations par ecrit a la compagnie qui garde cependant le droit d'effectuer sans delai ces changements. Cependant, il est loisible au syndicat de contester la decision de la compagnie en faisant un grief qui, si les parties ne s'entendent pas, pourrait etre achemine jusqu'a un comite d'arbitrage forme selon la loi des differends ouvriers.(51)

Il est important de noter que les syndicats n'innovent pas a ce chapitre car ils reprennent le texte de clauses de deux conventions collectives des compagnies de la region de Thetford, l'Asbestos Corporation et la Johnson's Company, pour l'annee 1948, donc avant la greve. Elles exigent des employeurs qu'ils soumettent aux syndicats tous les cas de promotion, transfert et renvois avant de les mettre a execution. En cas d'impasse, le syndicat peut formuler un grief qui ultimement pourrait etre achemine devant un comite d'arbitrage forme selon la loi des differends ouvriers.(52) Cet avance tout comme la formule Rand constituent des gains significatifs suite a l'arret de travail a Thetford de trois jours du 7 au 9 janvier 1948.(53) Depuis l'automne de l'annee precedente, ils faisaient partie des revendications de la Federation nationale des employes de l'industrie miniere pour le renouvellement des conventions collectives de tous les syndicats de la region. La demande en est faite aussi a la Canadian Johns-Manville, mais les travailleurs decident d'accepter l'offre de reglement de la compagnie, quatre mois avant la fin de la convention, soit des augmentations allechantes de salaire en echange du statu quo sur presque toutes les clauses normatives, On sait que deja a cette epoque, la CJM considere comme des demandes radicales la formule Rand et l'exigence de soumettre les promotions, transferts et renvois au regard du syndicat.(54) Les compagnies de Thetford sont du meme avis, mais devant le debrayage illegal de leurs employes le 7 janvier, elles acceptent la formation immediate d'un tribunal d'arbitrage et de se conformer a la decision majoritaire. Le tribunal preside par un conciliateur du gouvernement rend rapidement une decision favorable aux syndicats et les grevistes retournent aussitot au travail "pleinement satisfaits" du reglement.(55) Les compagnies, par contre, sont plutot decues, escomptant probablement prendre leur revanche lors de la prochaine negociation.

Apres la greve de 1949, pendant les deliberations du tribunal d'arbitrage, il est peu question de la clause touchant les promotions. Il aurait peut-etre pu en etre autrement si la compagnie CJM avait ete soumise elle aussi au processus d'arbitrage. Tout au plus, les avocats des compagnies de Thetford s'objectent-ils a ce que les compagnies doivent prendre en consideration, outre la competence et l'anciennete, le statut syndical avant le statut familial lors de promotion, transfert ou renvois.(56) La sentence majoritaire du tribunal d'arbitrage (le juge Tremblay et l'arbitre patronal) s'est rendu a cette objection au nom des principes que la "famille est la cellule mere de la societe" et que "dans notre societe chretienne et democratique tout doit etre centre autour de la famille."(57) Mais l'element le plus important pour les syndicats a ce propos, c'est que le tribunal maintient et uniformise dans toutes les conventions des trois compagnies de Thetford la clause touchant les promotions, transferts ou renvois qui pourront faire l'objet d'un grief par le syndicat et par la suite etre soumis a l'arbitrage.(58) Dans la negociation qui suit l'arbitrage, les deux parties acceptent que les conventions collectives signees pour 1949 et 1950 comprennent une clause d'anciennete qui reprend textuellement le texte de la decision arbitrale.(59)

A Asbestos, la convention signee quelques semaines plus tard entre la CJM et le syndicat n'est pas de la meme teneur. Comme on l'a vu, la compagnie tient a y inserer une clause precisant ses droits de gerance qui comprennent ceux "d'employer, transferer, accorder des promotions, congedier et renvoyer...." Comparativement a la convention precedente, elle accepte cependant, pour la premiere fois, la formation d'un comite des griefs et l'eventualite d'un arbitrage selon la loi des differends ouvriers.(60) Mais les questions qui peuvent etre soumises a l'arbitrage sont tres limitees. Elles ne peuvent concerner les standards d'efficacite et de production de meme que les transferts, les retrogradations et les promotions. Dans ces derniers cas, la compagnie peut "donner la preference aux employes les mieux qualifies pour remplir la tache," l'anciennete ne prevalant que si les employes ont des qualifications approximativement egales.(61) Dans l'eventualite de renvois temporaires et de transferts, il n'est pas question de tenir compte du statut syndical comme dans les conventions des compagnies de Thetford. En fait, les seuls cas ou un litige peut etre porte a la procedure de griefs et a l'arbitrage touchent les renvois et les suspensions pour avoir commis une infraction aux reglements de la compagnie. La CJM est donc beaucoup plus reticente que les compagnies de Thetford a ce que le syndicat limite l'autorite patronale tant dans l'organisation du travail que dans la gestion de la main-d'oeuvre.

Si lors des deliberations du tribunal d'arbitrage, la partie syndicale se satisfait du statu quo en ce qui touche les promotions, elle invoque par contre un principe issu de la reforme de l'entreprise pour justifier des augmentations superieures de salaire. Ainsi, l'avocat des syndicats, Me L.P. Pigeon, fait valoir que le capitalisme est "un regime dans lequel tous ceux qui collaborent a la production doivent participer dans le produit de l'entreprise" et que "la participation du travailleur doit lui donner une part raisonnable du produit de l'entreprise." Selon lui, le travailleur dans les periodes de prosperite devrait "beneficier au-dela de ce qu'exige la simple subsistance."(62) L'arbitre syndical, Me Theodore Lesperance, pousse plus avant l'argument dans son rapport minoritaire. Il rejette la conception du capitalisme voulant que l'employeur retire la totalite du profit d'une entreprise. La doctrine sociale catholique exige, selon lui, que les travailleurs, qui sont "le principal facteur de production," aient droit a une "part raisonnable du profit" des entreprises. Il s'en prend au rapport majoritaire du juge Tremblay et de l'avocat patronal qui s'inspire, a son avis, "d'un bout a l'autre, ,de la conception condamnable du capitalisme d'apres laquelle le capital-argent a un droit exclusif a tous les profits de l'entreprise."(63) Son raisonnement s'inscrit pleinement dans le projet de reforme de l'entreprise que mettent de l'avant a l'epoque les syndicats catholiques et des clercs membres de la Commission sacerdotale d'etudes sociales. Voyons de plus pres l'enseignement de cette commission et l'influence qu'elle a pu avoir sur la CTCC.

C- La reforme de l'entreprise

Avant que de jeunes membres du clerge catholique ne fassent la promotion de la reforme de l'entreprise aupres des leaders de la CTCC, la centrale s'est laissee guider depuis sa fondation par un projet plus global de reforme du systeme de relations de travail en mettant de l'avant l'etablissement de la corporation professionnelle. Le projet corporatiste, une des composantes de ce qu'on appelle la doctrine sociale de l'Eglise, est propage par le clerge pour faire echec au syndicalisme international et pacifier les relations de travail. Au rapport de force et aux tensions conflictuelles qui regnent entre patrons et ouvriers, on propose de substituer un esprit de collaboration et de bonne entente. La fraternite chretienne, espere-t-on, remplacerait l'individualisme outrancier qui anime le systeme capitaliste. C'est precisement cet esprit que le syndicalisme catholique a pour objet de diffuser parmi les travailleurs et que les penseurs corporatistes souhaitent insuffler egalement parmi les patrons en les regroupant eux aussi dans des associations catholiques. A un second niveau d'organisation, les representants des syndicats et des associations patronales catholiques forment la corporation professionnelle chargee des interets communs de la profession. C'est la que s'effectue la collaboration patronaleouvriere, susceptible de ramener la paix sociale.(64) Cet objectif corporatiste est poursuivi par la CTCC de sa fondation en 1921 jusqu'a la Deuxieme Guerre mondiale. Il faut dire cependant que cette visee influe relativement peu sur les pratiques des syndicats catholiques a partir des annees vingt. Comme les syndicats internationaux, ils veulent negocier de bonnes conventions collectives de travail et s'organisent pour ameliorer leur rapport de force lors de la negociation avec les employeurs.(65)

Mais la ferveur corporatiste, a la CTCC comme chez beaucoup d'intellectuels catholiques, commence a battre de l'aile pour etre largement discreditee apres la Deuxieme Guerre. Le corporatisme est trop associe aux regimes fascistes qui se sont servis de la corporation en Europe pour dissoudre les syndicats libres, y inclus les syndicats chretiens ou catholiques. Ainsi en est-il du pendant francais de la CTCC, la Confederation francaise des travailleurs chretiens, que le regime corporatiste de Vichy a interdit en 1940. Pour la jeune generation de leaders qui est portee a la tete de la CTCC tout juste apres la guerre, la corporation professionnelle n'a plus rien d'attrayant. Elle fait figure d'ideal depasse, fossoyeur du syndicalisme libre la ou elle a ete appliquee. Cet abandon se fait d'autant plus facilement que le leadership de la centrale s'est passablement renouvele apres la guerre. En 1949, plus de la moitie des directeurs du bureau confederal ont moins de trois ans d'anciennete a ce poste.(66) Ces dirigeants ne font pratiquement plus allusion au corporatisme apres la guerre, preferant lui substituer l'expression "organisation professionnelle" ou en traiter comme un jalon vers la "democratie industrielle."(67)

C'est dans ce contexte qu'est apparu le projet de reforme de l'entreprise qui ne vise pas, comme le corporatisme, a transformer le systeme de relations de travail, mais propose d'elargir le role des travailleurs dans l'entreprise. Sa diffusion est l'oeuvre de pretres membres de la Commission sacerdotale d'etudes sociales creee en 1948 par l'Assemblee des eveques du Quebec en tant qu'organisme consultatif sur les problemes sociaux du Quebec. Sa fondation fait suite a des reunions de pretres impliques dans l'action sociale depuis 1945 qui desirent formuler un enseignement social commun touchant les associations patronales. L'objectif central de ces "journees sacerdotales," qui reunissent pres d'une cinquantaine de pretres venus d'un peu partout au Quebec, est "d'appuyer la reforme de l'ordre social au Quebec" en favorisant notamment l'organisation d'associations patronales catholiques.(68) Cette preoccupation se situe dans le sillage du projet corporatiste que les eveques ont place, pendant la guerre, au troisieme rang des facteurs de restauration sociale, apres l'action de l'Eglise et de l'Etat.(69) Mais le projet ne peut s'actualiser que si les patrons se regroupent eux-aussi en association d'inspiration catholique. Et a ce niveau, le retard est considerable comparativement aux travailleurs salaries parmi lesquelles l'Eglise a fonde des syndicats catholiques depuis le debut du siecle. La principale organisation d'obedience catholique, l'Association professionnelle des industriels nee en 1943 et dont nous reparlerons plus bas, commence a peine a se developper.

Virage significatif, la deliberation des pretres impliques dans l'action sociale en avril 1947 va se diriger du cote de la reforme de l'entreprise, un sujet qui est debattu parmi des intellectuels catholiques en Europe.(70) Le projet retient particulierement l'attention des membres de la Commission sacerdotale d'etudes sociales formee l'annee suivante, qui va en faire une promotion active, particulierement a la CTCC. Des huit pretres qui, a l'origine, font partie de la Commission, trois sont aumoniers de syndicats catholiques: Jacques Cousineau du Conseil central de Montreal, Omer Genest, des syndicats de la region Saguenay-Lac-Saint-Jean, et Henri Pichette, aumonier general de la CTCC. Un d'entre eux est uniquement professeur (Paul-Emile Bolte), un autre, aumonier d'une association patronale a Quebec (Charles-Omer Garant) et deux autres a la fois professeurs et aumoniers d'associations patronales (Gerard Dion, Emile Bouvier). La presidence est assumee par Mgr Jean-Charles Leclaire, vicaire general du diocese de Sainte-Hyacinthe. Fondateur de l'Ecole d'action ouvriere de ce diocese, il a ete aussi aumonier de syndicats catholiques. Comme nous le verrons, ils ont, jusqu'en 1951, une influence importante sur les eveques dont plusieurs sont sensibles a la cause ouvriere, notamment Mgrs Desranleau de Sherbrooke, Charbonneau de Montreal, Douville de Saint-Hyacinthe et Melancon de Chicoutimi. Tout en demeurant membre de la Commission, l'abbe Garant est promu a des fonctions importantes en 1948, en tant qu'eveque auxiliaire du diocese de Quebec et secretaire de l'Assemblee des eveques du Quebec.

Le compte rendu des deliberations des journees sacerdotales de 1947 est publie deux ans plus tard sous le titre La participation des travailleurs a la vie de l'entreprise. On peut y lire en avant-propos: "Le but de ces journees etait de repondre a l'invitation des Souverains Pontifes qui demandent de travailler a l'assainissement du regime capitaliste, a une reforme du regime du salariat et, par consequent, a une reforme de l'entreprise."(71) La Commission sacerdotale voit donc dans son projet de reformer l'entreprise rien de moins qu'une directive formelle des papes.

Les redacteurs de la brochure s'inspirent, comme nous l'avons dit, de penseurs catholiques, surtout francais, qui remettent a l'honneur une idee parfois evoquee chez des catholiques sociaux dans des travaux anterieurs a la Deuxieme Guerre.(72) A l'appui de leur point de vue, ils citent souvent un passage de l'encyclique Quadragesimo Anno de 1931, ou le pape Pie XI fait reference a cette notion: "Nous estimons cependant plus approprie aux conditions presentes de la vie sociale de temperer quelque peu, dans la mesure du possible, le contrat de travail par des elements empruntes au contrat de societe. C'est ce que l'on a deja commence a faire sous des formes variees, non sans profit sensible pour les travailleurs, et pour les possesseurs de capital. Ainsi les ouvriers et employes ont ete appeles a participer en quelque maniere a la propriete de l'entreprise, a sa gestion ou aux profits qu'elle apporte."(73) Apres la Guerre, comme l'ideal corporatiste est largement discredite, des intellectuels s'appliquent a conserver une vision catholique de la question ouvriere a un moment ou les theses socialistes et communistes connaissent un regain de popularite en Europe. Delaissant l'idee de reformer l'ensemble du systeme economique, ils mettent l'accent sur une transformation des rapports entre employeurs et employes dans la cellule de base du systeme capitaliste, l'entreprise. Interpretant le passage de l'encyclique cite plus haut, ils concoivent l'entreprise comme une association du capital et du travail (contrat de societe) ou les benefices et les responsabilites ne sont pas determines en vertu de leur apport respectif, mais comme le resultat de conventions mutuelles determinant la bonne marche de l'entreprise.(74) Plus encore, certains y voient aussi une obligation morale des patrons de faire evoluer l'entreprise dans ce sens.

En 1945, les peres Gustave Desbuquois, directeur de l'Action populaire de Paris, et Pierre Bigo publient une brochure qui a beaucoup d'influence au Quebec, Les reformes de l'entreprise et la pensee chrettenne.(75) La meme annee, les Semaines sociales de France consacrent des sessions a ce sujet sous le theme Transformations sociales et liberation de la personne. La question fait aussi l'objet d'un numero special de la Chronique sociale de France en 1946 et est traitee souvent de 1947 a 1949 dans des revues comme Travaux de l'Action populaire de Paris, Les Dossiers de l'Action sociale catholique de Bruxelles et le Bulletin social des Industriels, organe de l'Association des patrons et ingenieurs catholiques de Belgique.(76) Un volume influence egalement les penseurs sociaux quebecois, celui de Alexandre Dubois, un membre du patronat francais, dans Structures nouvelles dans l'entreprise.(77)

Ailleurs en Europe, le debat fait rage avec encore plus de force, notamment en Allemagne ou le Congres general des catholiques allemands, en septembre 1949, adopte une declaration "affirmant que le droit de cogestion (dans les usines), pour ce qui regarde les questions sociales, economiques et du personnel, est un droit naturel dans l'ordre voulu de Dieu," et, consequemment que ce droit soit reconnu legalement et qu'on l'introduise partout dans les entreprises.(78) Cette declaration a des repercussions considerables qui, comme nous le verrons, determine le pape a preciser sa pensee sur le sujet.

Au Quebec, l'ecole sociale populaire consacre des 1945 une brochure a la Reforme de l'entreprise, qui etat etat de l'experience de patrons chretiens en Europe.(79) Mais c'est veritablement avec les journees sacerdotales organisees par la Commission sacerdotale en avril 1947 que l'idee se repand. Le Bulletin des relations industrielles lui consacre plusieurs articles a partir du numero de novembre 1947 jusqu'a juin 1948; ils sont de la plume des abbes Paul-Emile Bolte, professeur a la Faculte de theologie de l'Universite de Montreal et Marcel Clement, professeur a la Faculte de sciences sociales de l'universite Laval. Le Bulletin, dirige l'abbe Gerard Dion, est publie par le departement de relations industrielles de l'universite Laval dont il est le directeur. Ces textes traduits aussi en anglais sont reunis en une brochure bilingue diffusee en 1949, la meme annee ou parait La participation des travailleurs a la vie de l'entreprise. Enfin, un autre bulletin, Ad Usum sacerdotum, toujours dirige par l'abbe Dion et destine aux aumoniers syndicaux et patronaux, publie aussi plusieurs textes favorables a la cogestion dans les entreprises de 1948 a 1950.

L'influence de ces textes se fait rapidement sentir sur l'enseignement episcopal. En 1948, Mgr Melancon, eveque de Chicoutimi, en reprend l'idee dans une lettre pastorale,

Les sociologues et les economistes constatent que le simple regime de salariat n'entretient pas assez chez l'ouvrier le souci du travail competent et honnete, ne cultive pas une equitable distribution des profits de l'entreprise. Le Capital et le Travail trouveront grand avantage a faire evoluer leurs relations dans le sens de l'association, c'est-a-dire vers une participation plus effective des travailleurs a la vie de l'entreprise, a sa gestion et aux profits qui en resultent.(80)

Mais plus encore, deux ans plus tard, c'est l'ensemble de l'episcopat qui approuve le projet dans sa lettre pastorale collective sur le travail et la doctrine sociale de l'Eglise, intitulee Le probleme ouvrier en regard de la doctrine sociale de l'Eglise. La lettre en gestation depuis le debut de 1949 (avant la greve de l'amiante) est issue de textes dont a confie la redaction a des membres de la Commission sacerdotale d'etudes sociales. Ils vont evidemment y integrer leur preoccupation pour la reforme de l'entreprise, presentee comme un moyen de favoriser la collaboration entre le capital et le travail en evitant la poursuite de profits abusifs pour l'entreprise et en favorisant le travail honnete et competent de la part des travailleurs. La grande entreprise notamment est invitee a faire participer "les travailleurs organises (...) a la gestion, aux profits et a la propriete de l'entreprise."

Cependant, des balises importantes sont fixees a ces reformes dans la derniere version de la lettre a laquelle les membres de la Commission n'ont pas participe.(81) On attache des bemols au projet qui doit "sauvegarder les droits legitimes des proprietaires des biens de production" et respecter le caractere d'ordre juridique prive de l'entreprise.(82) Le document accorde une place aussi importante a l'organisation corporative, "couronnement naturel" de l'economie nationale ou les travailleurs par leurs syndicats "assumeront leur part de responsabilite dans la bonne ordonnance de la profession."(83) Pour ces deux reformes, la lettre appelle a des applications prudentes tout en mettant en garde les chefs d'entreprise qu'ils sont "dans l'erreur" si, au nom "d'une conception absolutiste de la propriete," ils ne veulent pas "partager certaines de leurs responsabilites avec les travailleurs."(84) La lettre, tout juste rendue publique apres la greve de l'amiante, a des repercussions considerables et confirme, du moins pendant un certain temps, que le projet de reforme de l'entreprise beneficie de l'aval de l'episcopat.

En 1949, la Commission sacerdotale est impliquee dans deux autres dossiers qui ont eu de fortes incidences. Durant la greve de l'amiante, comme nous l'avons fait remarquer, c'est elle qui presse les eveques a appuyer l'organisation d'une collecte pour aider les familles des grevistes.(85) Trois de ses membres ont redige la declaration rendue publique invitant les associations catholiques a collaborer avec les autorites religieuses pour en faire un succes. C'est deux jours apres cette annonce que Mgr Charbonneau de Montreal fait sa celebre declaration jugeant qu'Il y a "complot pour detruire la classe ouvriere" et que l'Eglise se doit d'intervenir. Il ordonne alors des quetes en faveur des grevistes aux portes des eglises chaque dimanche jusqu'a la fin du conflit. La presence de la Commission s'etait egalement fait sentir quelques mois plus tot aupres du gouvernement et des deputes lors de la presentation du projet de loi no 5, intitule Code du travail, denonce en front commun par les centrales syndicales. Le memoire de la Commission rendue publique "regrettait" que le projet de loi "ne rencontre pas toutes les exigences actuelles de la justice sociale."(86) Le journal Le Devoir titrait a la une que la Commission condamnait le projet de loi qui est retire quelques jours plus tard. Dans ces deux dossiers, le gouvernement Duplessis est fortement outre de ces interventions publiques qui laissent croire que l'episcopat desapprouve les politiques gouvernementales.

Attachons-nous maintenant a decrire plus precisement le sens et la portee donnes par ces clercs a la reforme de l'entreprise.(87) A la base de leur raisonnement, ils empruntent au corporatisme l'idee de communaute qu'ils attribuent non plus a la profession mais a l'entreprise. A leurs yeux, le droit de propriete des detenteurs des biens de production, notamment dans la grande entreprise capitaliste, n'est pas absolu: il comprend un aspect social qui impose des limites a l'exercice du droit individuel. On ne remet pas en question le regime de propriete privee, ni la recherche du profit, mais on estime que les travailleurs ont droit au partage des fruits de l'entreprise. Tel qu'il fonctionne, le systeme capitaliste aurait trop tendance a mettre les personnes au service de l'argent et du profit et a devenir de simples facteurs de production assimiles aux marchandises et soumis aux lois de l'offre et de la demande. La conception chretienne de la vie economique voudrait au contraire que l'entreprise soit au service de la communaute et des personnes qui y travaillent. Limiter la remuneration des travailleurs aux seuls salaires qu'ils retirent de leur labeur n'est pas la formule ideale car elle favorise l'injustice et l'antagonisme de classe tout en les rendant peu interesses a la vie de l'entreprise et peu soucieux de leur competence et de leur travail. Une conception de la vie industrielle plus conforme a la doctrine sociale de l'Eglise voudrait que les travailleurs aient droit a la participation aux benefices, a la gestion et a la propriete de l'entreprise. "Dans la mesure, ecrit Marcel Clement, ou le capital et le travail font partie d'une meme communaute, il convient que les fruits de leur effort soient repartis entre les deux."(88)

Le droit de participation des travailleurs aux benefices de l'entreprise ne porte que sur les benefices residuels de l'entreprise une fois que les salaires leur ont ete verses et que les proprietaires de capitaux ont ete remuneres selon le risque couru. Les travailleurs ont alors le choix: ils peuvent se contenter de leur salaire forfaitaire ou reclamer qu'une partie de leur remuneration leur soit versee a titre de partage des benefices. Toujours parce que l'entreprise resulte d'une association entre le capital et le travail, on favorise aussi la cogestion, mais de maniere prudente et progressive, soit sous une forme consultative ou deliberative. Pour mettre en place la formule, on reserve un role important aux syndicats qui apparaissent le meilleur agent pour representer les travailleurs. Enfin, il est allegue que les travailleurs ont droit a une partie de propriete de l'entreprise qui ne s'applique pas cependant au capital initial de l'entreprise, mais a l'accroissement de son actif. Il faut alors qu'il y ait eu entente entre les parties a ce propos ou que les travailleurs n'aient pas recu une juste remuneration ou une part legitime de la croissance de l'actif de l'entreprise. On invite donc les employeurs a se defaire d'une conception etroite de l'entreprise qui ne vise qu'au profit pour s'inspirer d'une conception chretienne qui humanise son fonctionnement et respecte sa nature sociale.

Les abbes Bolte et Dion jugent meme qu'il y a "obligation morale" pour les patrons comme pour les travailleurs de chercher a realiser la reforme de l'entreprise et que ce sont normalement les syndicats qui devraient se charger d'en repandre l'idee parmi les travailleurs. Ils laissent aussi entendre que la negociation de convention collective serait un tres bon moyen de realiser cet objectif tout en precisant qu'il ne peut etre impose unilateralement par l'employeur ou les travailleurs.(89) Ce discours va evidemment provoquer des remous tant du cote des syndicats que du patronat et meme dans les rangs des membres de la Commission sacerdotale.

D- La reforme de l'entreprise dans la tourmente

Les syndicats affilies a la CTCC se sentent evidemment interpeles par le projet, eux qui tirent leur orientation de la doctrine sociale de l'Eglise. A l'ete 1948, les congres de deux federations, celles des travailleurs de la pulpe et du papier et des employes de l'industrie miniere dont le president est Rodolphe Hamel, se donnent comme objectif de reclamer la participation aux benefices des employeurs.(90) Au congres de la CTCC qui suit, en septembre, la Federation de la pulpe et papier de meme que le Conseil central de Shawinigan font adopter une resolution demandant a ce que la CTCC "prepare un programme pour assurer aux travailleurs une participation efficace a la gestion des entreprises et un partage equilibre des benefices." On invite de plus le Bureau de recherche de la centrale a recueillir tous les renseignements utiles sur le sujet.(91) Comme nous l'avons montre, quelques mois plus tot, la Federation des employes de l'industrie miniere reussissait, apres quelques jours de greve, a obtenir une clause dans les conventions collectives des compagnies de Thetford obligeant les employeurs a soumettre aux syndicats les cas de promotion, transfert et congediement. En decembre 1948, Jean Marchand en defend l'idee lors de la premiere rencontre avec les negociateurs de la Canadian Johns-Manville qui y voient une reclamation revolutionnaire. En reponse, ils insistent alors pour taire ajouter a la convention une clause protegeant le droit de gerance de la compagnie.

Comme nous l'avons vu, les accusations de Lewis H. Brown pendant la greve voulant que le syndicat veuillent s'arroger le controle de son entreprise vont rendre les dirigeants de la federation et de la CTCC beaucoup plus prudents lorsqu'il est question de reforme de l'entreprise. Rodolphe Hamel et Jean Marchand refutent l'accusation que cette revendication soit importante pour les syndicats. Au congres de la CTCC en septembre 1949, le president Gerard Picard dans son rapport annuel reserve plusieurs pages a critiquer la nouvelle tendance du patronat a "etablir une nouvelle ligne de defense des droits de la direction."(92) Faisant allusion a l'ouvrage de Boite, Clement et Dion sur la reforme de l'entreprise,(93) il ne va pas plus loin que de dire que le patronat doit faire des efforts pour mieux comprendre ce que sont les droits de direction dans l'entreprise moderne. Dans son rapport de 1951, il revient sur la question deplorant que la voie de la cogestion soit peu avancee au Quebec contrairement a d'autres pays et que le patronat y soit violemment oppose.(94) A titre d'exemple, il rappelle la greve de l'amiante de 1949 et celles aussi du textile en 1947 et de l'aluminium en 1951 ou les patrons ont fortement reagi a cette idee.(95) Cependant, l'aversion du patronat n'empeche pas la centrale d'inclure le projet de reforme de l'entreprise dans sa nouvelle declaration de principes adoptee en preambule de sa constitution en 1951: "Dans l'entreprise, les travailleurs doivent etre consideres comme des cooperateurs participant a une oeuvre commune. Ils doivent s'y sentir integres et participer a sa gestion et a ses benefices."(96) Mais c'est le chant du cygne du projet de reformer l'entreprise par la participation des travailleurs. La direction de la centrale n'y fait plus allusion par la suite et ses syndicats abandonnent l'idee d'en faire la reclamation lors de la negociation de conventions collectives.

Pendant la greve de l'amiante, l'opposition patronale au projet ne s'est pas manifestee que du cote des entreprises minieres. L'Association professionnelle des industriels (API), organisation fondee en 1943 sous la gouverne du pere Emile Bouvier et de l'industriel Eugene Gibeau, s'est sentie directement concernee par la resistance des compagnies minieres a integrer davantage les syndicats a la gestion de l'entreprise. En 1949, elle compte 345 membres avec des succursales a Montreal, Quebec, en Mauricie, au Saguenay et dans la region des Bois-Francs.(97) Des le debut de 1948, la nouvelle interpretation que la Commission sacerdotale d'etudes sociales veut donner au role des travailleurs dans l'entreprise lui apparaisse particulierement menacante. Nee pour diffuser chez les patrons la doctrine sociale de l'Eglise, l'API accepte tres mal que des clercs veuillent leur faire obligation d'associer les travailleurs a la gestion et au benefice de leur entreprise. Cette question devient un sujet majeur d'apprehension de 1948 a 1950, annees ou elle s'inquiete aussi des greves trop nombreuses et de la radicalisation de la CTCC.

Au printemps 1948, le directeur general de l'organisation, J.-G. Lamontagne, rencontre Mgr Leclaire, president de la Commission sacerdotales, quelques eveques et meme le delegue apostolique a Ottawa pour faire valoir l'opposition de l'organisme.(98) On presente aussi a l'Assemblee des eveques du Quebec un memoire ou on se dit d'accord pour accorder aux ouvriers une "collaboration active a l'entreprise", mais avec voix consultative uniquement. Quant a la participation aux benefices, on y est aussi favorable, mais sous "une sage et prudente formule d'interessement par laquelle le patron accorde volontairement par equite a ses employes une certaine participation aux benefices." La lettre precise enfin que l'association rejette "les pretentions de l'Ecole francaise avancee qui reclame pour les ouvriers un droit strict au partage des benefices, a la co-gestion deliberative et a la co-propriete des entreprises."(99) Toujours en 1948, une delegation qui participe au Congres des associations patronales chretiennes en profite pour remettre au pape un memoire sur le sujet.(100)

Il est probable que le pere Bouvier, qui est aumonier de l'API et membre de la Commission sacerdotale d'etudes sociales, ait participe a la redaction de ces memoires, dont les arguments rejoignent sa pensee. Ce dernier, qui aussi directeur-fondateur de la section des relations industrielles de l'Universite de Montreal, prend donc ses distances envers l'interpretation que donne les autres membres de la Commission sacerdotale a la reforme de l'entreprise. Pour lui, comme le pape n'a pas encore formule clairement ses directives, il peut se permettre d'interpreter son enseignement dans un sens plus favorable aux patrons. Les travailleurs n'auraitent ainsi qu'une voix consultative et non deliberative dans la gestion de l'entreprise, ne disposant pas non plus d'un droit strict aux benefices car les salaires qu'ils recoivent degagent les employeurs de cette obligation.(101) Il n'y a donc pas obligation morale pour ces derniers a integrer les travailleurs a la vie de l'entreprise. Dans un article de l'Actualite economique publie au debut de 1949, il voit dans les prises de position de ceux qui defendent une integration poussee des travailleurs a la vie de l'entreprise l'effet du socialisme chez les "catholiques de gauche" qui "transforment la nature de la propriete des instruments de production pour en faire un r,gime communautaire au service du prohetariat, plutot qu'une institution qui, reformee, favorise une meilleure collaboration entre le capital et le travail."(102)

La greve de l'amiante en 1949 renforce encore davantage la determination de la direction de l'API a combattre les principes de la reforme de l'entreprise d'autant plus qu'elle sait que les eveques preparent une lettre pastorale sur le probleme ouvrier. C'est pourquoi elle convoque une reunion d'urgence a Montreal le 11 avril 1949 afin que les industriels du Quebec "etudient ensemble les moyens de sauver l'entreprise privee et assurer la paix et l'ordre dans la societe."(103) Plus de trois cents membres assistent a la reunion. Dans son discours d'introduction, Jean-Louis Heon, administrateur de l'organisme, s'inquiete des critiques dont l'entreprise privee est l'objet, critiques provenant notamment des syndicats qui s'enhardissent a reclamer la co-propriete des moyens de production et la participation a la gestion. Il appelle a la solidarite des employeurs pour se proteger "contre la vague montante et de plus en plus menacante du socialisme communisant."(104) Des resolutions sont adoptees a l'unanimite par les congressistes qui, sans referer directement a la greve de l'amiante, visent, en fait, a soutenir le gouvernement et les compagnies dans le conflit. Elles demandent qu'aucune greve ne puisse etre votee avant l'expiration des delais prevus par la loi, que les syndicats soient entierement responsables de leurs actes en cas d'atteinte a la propriete, qu'ils perdent leur certificat de reconnaissance syndicale s'ils declenchent une greve illegale, que la loi interdise les greves qui ne respectent pas la liberte de travail, qu'il est inopportun d'accepter la clause d'atelier syndical ferme (formule Rand), etc.(105) La reunion se termine par une conference de Thomas Lhoest, un patron belge, sur le respect du a l'autorite du chef d'entreprise et sur le danger des "solutions de gauche" que represente la participation des travailleurs aux benefices et a la gestion des entreprises.(106) A nul moment pendant la reunion, du moins publiquement, il n'est question cependant de la Commission sacerdotale qui diffuse la theorie de la reforme de l'entreprise, ni des syndicats catholiques qui commencent a s'en impregner.

Cette reunion a plusieurs consequences importantes. C'est dix jours plus tard, le 21 avril, que le president Lewis H. Brown signe une pleine page d'annonce dans les quotidiens quebecois reprochant aux dirigeants syndicaux impliques dans la greve de l'amiante de propager une doctrine revolutionnaire en voulant s'approprier "une part d'autorite et de controle sur l'administration" de la compagnie. Depuis le declenchement de la greve, la compagnie ne faisait plus reference a cet enjeu que ce soit dans le communique de la CJM remis aux lendemains du debrayage, dans la lettre du 2 mars expediee aux ouvriers pour qu'ils retournent au travail, dans la publicite parue dans les joumaux le 19 mars et dans le communique aux employes du 24 mars.(107) D'autre part, dans le document de mai 1949 ou le president Brown met en relief les enjeux du conflit, il cite abondamment l'encyclique Quadragesimo Anno, lecture peu commune chez un president de compagnie americaine. On peut en deduire que des employeurs quebecois (peut-etre la direction de l'API) lui ont souligne le lien entre les revendications initiales du syndicat demandant qu'on lui soumette les promotions et le projet alors en vogue de reforme de l'entreprise. Il n'est pas exclu non plus que la reunion d'urgence de l'API l'ait sensibilise, lui ou ses representants au Quebec, a mettre l'accent sur cette dimension du conflit.

La reunion d'urgence du 11 avril a aussi une consequence grave pour le pere Bouvier qui consequence grave pour le pere Bouvier qui, pendant l'assemblee pieniere a huis-clos, aurait presente la greve de l'amiante comme un "cas-type" ou la Canadian Johns-Manville ne devait pas ceder et aurait "parle du glissement a gauche des eveques qui le forcent a demissionner de ses fonctions d'aumonier de l'API.(108) La decision est prise le 3 mai par l'Assemblee des eveques du Quebec qui lui reproche "ses indiscretions et son manque de collaboration," refusant notamment "d'admettre la co-gerance et les co-benefices" comme le desirent les eveques du Quebec.(109) L'auxiliaire du Provincial des Jesuites (Socius) a beau faire valoir que "la doctrine de la co-gerance n'est pas encore si claire dans l'Eglise,"(110) rien n'y fait, le pere Bouvier est demis rie ses fonctions, en meme temps qu'il se retire de la Commission sacerdotale d'etudes sociales. Les eveques n'apprecient pas l'enseignement qu'il dispense aupres du patronat sur ce sujet et ils s'inquietent de la tendance manifestee par la reunion du 11 avril, de transformer "un mouvement de formation patronale qu'elle etait a l'origine" en "un syndicat de resistance en visant a opposer la force patronale a la force ouvriere."(111) Il est plausible que les autres membres de la Commission sacerdotale, Mgrs Leclaire et Garant, le pere Cousineau et l'abbe Dion aient eu un role important a jouer dans cette d,cision grace a leur influence sur les eveque. Dans sa lettre a Mgr Douville, le pere Bouvier dit s'incliner "respectueusement et aveuglement devant cette volonte comme etant l'expression meme de celle de Dieu," "sans comprendre toutefois les motifs de cette grave decision, sans connaitre au juste les faits qui l'ont determinee et sans avoir ete au prealable averti de quoi que ce soit."(112) Victime d'une Eglise encore tres autoritaire, le pere Bouvier demissionne officiellement pour raison de sante.

La direction de l'API proteste energiquement, ayant pleinement confiance dans son aumonier, et elle refuse son remplacant, nul autre que l'abbe Paul-Emile Bolte, un membre de la Commission sacerdotale qui a des vues orthodoxes sur la reforme de l'entreprise.(113) La resistance de la direction de l'API ne fait pas l'affaire de la section de Quebec, dont l'abbe Dion est aumonier. Au debut de 1950, cette section quitte l'organisation pour fonder un groupe patronal dissident, le Centre des industriels chretiens. Plusieurs raisons sont evoquees, dont la transformation de l'API en organisme antisyndical et sa decision de ne pas accepter le nouvel aumonier designe par les eveques.(114) La decision de limoger l'aumonier cause beaucoup de mecontentement parmi les membres de l'API dont plusieurs abandonnent l'organisation. Finalement, en fevrier 1950, le pere Bouvier redevient aumonier, non pas de l'API dans son ensemble, mais de la section montrealaise uniquement. Mais pas pour longtemps.

Il se sent concerne par un autre conflit qui surgit entre la direction de l'API et le clerge de Quebec en janvier 1950. On reproche au directeur general de l'API, J.-G. Lamontagne, de ne pas avoir fait etat, dans l'organe de l'API, Tirons Franc, de la presence et du contenu de l'allocution de Mgr Roy, archeveque de Quebec, lors du congres de l'API a Quebec en novembre 1949. L'archeveque y avait donne deux conseils aux patrons catholiques: "l'initiative sociale et la soumission aux directives de l'Eglise". En outre, une brochure publiee sous les auspices de l'API contenait un article de Thomas Lhoest "attaquant" Mgr Garant, eveque auxiliaire de Quebec et membre de la Commission sacerdotale. Mgr Roy se serait senti "indigne".(115) Mgr Paul-Emile Leger, maintenant archeveque de Montreal en remplacement de Mgr Charbonneau, "demissionnaire", exige alors le limogeage de M. Lamontagne.(116) Le Conseil d'administration de l'API est divise, mais la majorit, s'y refuse, se contentant de modifier sa fonction de directeur general a secretaire general.(117)

Cette seconde rebuffade de l'API envers les autorites religieuses place le pere Bouvier dans une situation embarrassante. Il decide de demissionner comme aumonier de la section montrealaise de l'API et de quitter aussi le poste de directeur et de professeur de la section des relations industrielles de l'Universite de Montreal.(118) Pour eviter d'autres controverses, il obtient de son Superieur un conge d'une annee pour preparer un volume sur les relations industrielles. Pendant les ann,es cinquante, il se tient eloigne du Quebec, oeuvrant en Ontario et devenant en 1955 recteur de l'Universite laurentienne de Sudbury. Le conflit entre l'API et l'episcopat de 1948 a 1951 est revelateur de la forte influence exercee par les membres de la Commission sacerdotale sur les eveques et des tensions que la reforme de l'entreprise engendre dans la societe quebecoise.

Le debat va trouver un denouement, non au Quebec mais a Rome, car la lutte patronale contre le projet de reforme de l'entreprise ne se manifeste pas uniquement au niveau quebecois. Outre l'API qui a fait parvenir un memoire au pape au debut de 1948, d'autres organisations patronales catholiques en Europe se sont elevees egalement contre l'interpretation voulant que le pape fasse de la cogestion de l'entreprise un droit naturel des travailleurs. Aussi, en mai 1949, au congres international des patrons chretiens, le pape Pie XII sent le besoin de preciser que "le proprietaire des moyens de production doit, toujours dans les limites du droit public de l'economie, rester maitre de ses decisions economiques" et qu'on ne saurait concevoir l'entreprise selon les regles de la "justice distributive" ou "tous les participants auraient droit a leur part de propriete ou tout au moins des benefices de l'entreprise". Il admet toutefois que l'entreprise "peut comporter" divers rapports personnels entre participants.(119) C'est un premier coup contre ceux qui voudraient que les employeurs aient une obligation morale a la cogestion. Ce texte inattendu du pape amene les eveques du Quebec a nuancer davantage leur appui a la reforme de l'entreprise dans leur lettre pastorale sur le probleme ouvrier de fevrier 1950.(120)

En juin 1950, le pape precise a nouveau sa pensee en critiquant encore plus clairement la cogestion pour les salaries qui devient un "danger," un glissement vers une "mentalite socialiste," alors que "ni la nature du contrat de travail, ni la nature de l'entreprise ne comportent necessairement par elles-memes un droit de cette sorte". Meme s'il reconnait l'utilite de differentes methodes "pour ajuster le contrat de travail sur le contrat de societe," il juge que "le droit de co-gestion economique, que l'on reclame, est hors du champ de ces possibles reansanons."(121) Il ferme donc presque completement la porte ouverte par Pie XI dans Quadragesimo Anno. Non seulement la cogestion n'est-elle plus souhaitable, elle est meme plus ou moins assimilee au socialisme. Revenant en 1952 sur le sujet, il confirme refuser "de deduire, soit directement ou indirectement, de la nature du contrat de travail, le droit de co-propriete de l'ouvrier au capital et partant son droit de cogestion."(122) L'annee suivante, l'eveque de Nicolet, Mgr Albertus Martin, decide de consulter le prosecretaire du pape, Mgr J.B. Montini, sur le droit de cogestion, question qui est a nouveau soulevee a l'occasion des greves chez Dupuis & Freres et parmi les tisserands de Louiseville. Ce dernier precise que "le syndicat n'a pas le droit de pretendre a s'integrer d'une facon organique dans la marche meme de l'entreprise en vue d'y realiser la promotion ouvriere" et "qu'il ne peut etre soutenu que les ouvriers ont un droit strict en raison de leur travail (...), en justice commutative, a une part du profit de l'entreprise, comme s'il fallait restituer a l'ouvrier une part de la plus value' que leur travail a produit."(123) Leveque avise alors les membres de la Commission sacerdotale "qu'il verrait d'un tres mauvais oeil" que ces derniers enseignent que les travailleurs ont un "droit strict a la plus-value" car cette notion n'est pas incluse dans l'enseignement pontifical. Il y voit l'utilisation de concepts dangereux empruntes au marxisme.(124)

Ces explications ont du representer une douche d'eau froide pour les membres de la Commission sacerdotale qui n'ont d'autre choix que d'abandonner la promotion de la reforme de l'entreprise. Le role de la Commission devient d'ailleurs plus discret a partir de 1951 et son influence sur les eveques beaucoup moins marquee. Avec l'arrivee de Mgr Paul-Emile Leger en 1950,(125) le conservatisme gagne l'Assemblee des eveques, moins interessee a se meler de conflits syndicaux, surtout apres la commotion generee par la greve de l'amiante. Pour sa part, le directeur du journal Le Devoir, Gerard Filion, sympathique, en 1949, a une formule qui integre le travailleur a l'entreprise comme voie entre le capitalisme et le communisme, devient plus reserve apres l'allocution du pape de juin 1950.(126) Du cote de la CTCC, le projet de reforme de l'entreprise, apres avoir ete inscrit dans la constitution en 1951, ne constitue plus une revendication de la centrale ou de ses syndicats affilies. Il faut attendre la fin des annees soixante pour que la CTCC devenue CSN renoue avec l'objectif d'elargir le pouvoir des travailleurs dans l'entreprise. Bien que l'objectif s'apparente a la reforme de l'entreprise, l'inspiration intellectuelle vient alors d'une source bien differente de celle de la doctrine sociale de l'Eglise.

La greve de l'amiante est encore percue dans la memoire collective des Quebecois comme le reveil de la classe ouvriere, une victoire syndicale et le debut du Quebec moderne. C'est un bon exemple de deformation historique ou une interpretation mythique a transforme le sens d'un l'evenement. Les instigateurs en sont les adversaires du regime Duplessis, artisans de la Revolution tranquille. Dans un premier temps, ils ont mis en relief le conflit dans les pages du journal Le Devoir qui y porte un interet considerable comparativement aux greves anterieures et aux autres quotidiens. Il veut se porter a la. defense de la classe ouvriere dont on prevoit qu'elle jouera un role social determinant. Par la suite, en 1956, Pierre Elliott Trudeau et ses collaborateurs se chargent dans un volume d'en faire une representation symbolisant l'entree du Quebec dans le monde moderne.

La greve ne marque pas l'eveil de la classe ouvriere au Quebec car nombreux sont les conflits de travail avant 1949. Compte tenu des populations ouvrieres respectives, la propension a la greve et la densite syndicale au Quebec sont comparables a celles de l'Ontario depuis le debut du siecle.(127) D'autre part, le conflit, loin de marquer une victoire des ouvriers, represente plutot une defaite, le syndicat cedant sur la plupart de ses positions a mesure que la greve se prolonge. Le retour au travail s'effectue notamment sans que les briseurs de greve ne soient evinces et en soumettant le litige a un tribunal d'arbitrage, recours auquel les grevistes n'avaient pas confiance et qui a determine le declenchement illegal de la greve. Finalement, le conflit n'annonce en rien le Quebec moderne car l'Eglise catholique y joue un role de premier plan dans plusieurs phases du conflit. Le secours que les eveques, les associations catholiques et le clerge d'Asbestos apportent aux grevistes n'est pas negligeable et c'est l'intervention de Mgr Roy qui denoue le conflit. "L'Episcopat, ecrit Jean Marchand, a sauve notre mouvement d'un echec qui aurait pu etre desastreux." Enfin, des clercs sont responsables des elements touchant la reforme de l'entreprise parmi les reclamations syndicales.

Il est certain que la direction de la Canadian Johns-Manville lors de ses premieres rencontres avec les negociateurs syndicaux en decembre 1948 est scan dalisee de la reclamation voulant que la compagnie soumette au syndicat les promotions, transferts et congediements. Mais il ne semble pas que les negociateurs aient insiste car le conciliateur nomme par le gouvernement n'en fait pas mention dans son rapport de fevrier 1949. Lorsque la greve est declenchee, le syndicat fait passer au second plan cette revendication et se limite a reclamer seulement le droit de consultation. Durant les deux premiers mois de la greve, la partie patronale ne s'en offusque pas vraiment jusqu'a ce que le president Brown fasse paraitre une pleine page dans les journaux accusant les dirigeants syndicaux de vouloir usurper les droits de la direction de sa compagnie. Il est fort probable que ce soit la publicite entourant la reunion organisee par l'API, le 11 avril 1949, qui le determine a etablir un lien entre les demandes syndicales et la reforme de l'entreprise. Il est possible que des membres de la direction de l'API lui ait mis la puce a l'oreille. Son insistance a reduire le conflit a la seule dimension de defense du droit de propriete vise a se gagner l'appui de l'opinion publique alors que le conflit s'enlise et que le syndicat marque des points en insistant sur les dangers de la poussiere d'amiante. Pour plusieurs, la reclamation syndicale touchant les promotions peut apparaitre excessive, d'autant plus qu'elle est nouvelle en contexte nord-americain. Pour le patronat quebecois, les compagnies impliquees dans la greve (des multinationales) deviennent des boucliers qui protegeront les entreprises quebecoises d'une usurpation syndicale du droit de gestion. Leur fermete dans la greve sert egalement d'exemple: elle illustre le sort qui pourrait attendre d'autres syndicats tentes par de pareilles revendications.

Nous ne croyons pas que la reclamation syndicale visant a faire une plus grande place aux travailleurs dans la gestion de l'entreprise soit seule responsable de l'enlisement de la greve. D'autres enjeux sont egalement importants, notamment les augmentations salariales et la retenue syndicale obligatoire (formule Rand). En decembre 1948, le salaire horaire moyen se situe a 1,005 l'heure. La hausse demandee, 15 sous l'heure pour 1949, represente donc une augmentation de 15 % (l'inflation est de 14% en 1948, 3% en 1949).(128) Pour les compagnies, les hausses demandees ne sont pas negligeables quoiqu'elles soient en bonne posture financiere, la demande d'amiante et la production etant en forte hausse au Canada depuis la Guerre (53% de 1945 a 1948).(129) Il est certain aussi que la formule Rand les inquiete car elle commence a peine a etre reclamee au Canada dans les grandes entreprises manufacturieres. Aux Etats-Unis, la loi Taft-Hartley la prohibe en 1947 et le gouvernement Duplessis s'applique a faire de meme dans le projet de loi 5 qui est retire au debut de fevrier 1949, tout juste avant la declenchement de la greve des mineurs. Le contexte se prete donc eminemment a ce que les compagnies minieres, des multinationales americaines, s'y opposent energiquement.

Comme on l'a vu, la Federation nationale de l'industrie miniere reclame des l'autonme 1947 un projet de convention identique pour toutes les entreprises minieres qui comprend la formule Rand et un droit de regard du syndicat sur les promotions, transferts et renvois. Les compagnies sont refractaires a ces demandes qu'elles trouvent radicales. Pour la CJM d'Asbestos, un reglement rapide lui permet d'eviter l'insertion de ces clauses dans la convention collective de 1948. La federation a plus de succes a Thetford ou un arret de travail de trois jours et un arbitrage rapide imposent aux compagnies les deux mesures. Selon le secretaire de la federation, Daniel Lessard, les conventions signees en 1948 representent "une des plus avantageuses signees par les syndicats nationaux."(130)

A la veille des negociations pour le contrat de 1949, il est fort probable que les compagnies d'amiante se soient entendues pour se montrer fermes devant les demandes syndicales. Pour leur part, les syndiques ont l'impression de pouvoir faire plier facilement les compagnies, quitte a declencher une greve illegale comme cela leur a si bien reussi l'annee precedente. Mais cette fois, les compagnies restent sur leur position apres le debrayage illegal, laissant le soin au gouvernement du Quebec de forcer les travailleurs a revenir au travail. L'embauche de briseurs de greve, des dommages causes aux biens des compagnies et des cadres molestes vont envenimer le conflit qui se prolonge parce que la CJM tient a conserver a son emploi les briseurs de greve et a ne pas reembaucher les grevistes sur qui pesent des accusations civiles ou criminelles. Finalement, les syndicats de Thetford doivent se resoudre a l'arbitrage dont le rapport est plutot desavantageux et a signer des conventions qui leur font perdre la formule Rand. L'entente finale avec la CJM est encore moins reluisante, la compagnie imposant un role encore plus limite du syndicat qu'a Thetford dans l'organisation du travail et la gestion de la main-d'oeuvre. Elle fait meme ajouter a la convention un long paragraphe sur son droit de gerance. L'echec de la greve a aussi pour effet de faire perdre les illusions des dirigeants de la CTCC sur la possibilite d'appliquer des elements de la reforme de l'entreprise au Quebec.

Au niveau des principes, le coup de grace donne a ce projet est venu de Rome en 1950, victime des representations des organisations patronales catholiques, dont l'API au Quebec. Le pape en juin 1950 ferme defmitivement la porte ouverte par son predecesseur en 1931 voulant que la participation a la gestion et aux profits soit des formules souhaitables de fonctionnement des entreprises. Dans l'annee qui precede, il est remarquable de constater que les eveques du Quebec se sont rallies a tel point au projet qu'ils font grief a l'API et a son aumonier de le critiquer. Leur prise de position pendant la greve de l'amiante montre egalement qu'ils ont developpe un penchant prosyndical assez marque sous l'influence de la Commission sacerdotale d'etudes sociales. Mais Rome a le dernier mot et l'episcopat se soumet. Le patronat quebecois peut alors dormir sur ses deux oreilles. Dans une causerie en 1951, Jules-A. Brillant, conseiller legislatif et homme d'affaires bien connu, rappelle que "seuls, les epargnants ont le droit de participer aux benefices d'une entreprise" et que c'est "dilapider notre main d'oeuvre en lui faisant croire qu'elle a droit de participer aux benefices des entreprises sans effort et sans sacrifice de sa part, uniquement pour satisfaire a des plaisirs materiels."(131)

(1) Outre des etudes et des analyses tant en francais qu'en anglais, un roman, une piece de theatre et quelques documentaires lui sont consacres. La piece de theatre de John T. McDonough est intitulee Charbonneau et le Chef (Toronto 1968) et le roman de Jean-Jules Richard, Le Feu dans l'amiante (Chezlauteur 1956). En 1996, la CSN a produit un video : `49. Un souffle de colere (realise par Sophie Bissonnette), et deux documentaires ont ete presentes a l'occasion du 50 eme anniversaire de la greve : l'un a Radio-Canada, Asbestos, les grevistes de 1949, et un autre au reseau canadien History Television. Georges Masse a fait une analyse du video produit par la CSN et du documentaire presente a Radio-Canada dans "Des images de la greve de l'amiante, 1949", Bulletin du Regroupement des chercheurs-res en histoire des travailleurs et travailleuses quebecois, 25, 2 (automne 1999), 54-61.

(2) Le Devoir, 13 fevrier 1999, A9; La Presse, 13 fevrier 1999, A33.

(3) Le Soleil, 13 fevrier, A17.

(4) "Greve de l'amiante," Tournants de l'histoire II, History Television, Connections Productions, 1999; "La greve d'Asbestos," Canal Historia, emission du 3 avril 2000 de la serie "Les 30 journees qui ont fait le Quebec," (Eureka 2000).

(5) J. Lacoursiere, J. Provencher et D. Vaugeois, Canada-Quebec, Synthese historique (Montreal 1970), 539-540; Louise Charpentier, Rene Durocher, Christian Laville et Paul-Andre Linteau, Nouvelle histoire du Quebec et du Canada (Montreal 1985), 352-353; Jean-Francois Cardin, Raymond Bedard et Rene Fortin, Le Quebec: heritage et projets (Laval 1994), 401.

(6) Outre le volume dirige par P.E. Trudeau, les principaux travaux sur la greve sont les suivants: Jacques Cousineau, Reflexions en marge de la greve de l'amiante (Montreal 1958); Helene David, "La greve et le bon Dieu," Sociologie et societes, 1-2 (novembre 1969), 249-268; Gerard Dion, "La greve de l'amiante: trente ans apres," Memoires de la Societe royale du Canada, tome XVII, 1979, 31-40; Alfred Charpentier, "La greve de l'amiante: version nouvelle," Relations industrielles, 19, 2 (avril 1964), 217-238; Alfred Charpentier, Les Memoires d'Alfred Charpentier (Quebec 1971), 328-359; Jacques Cousineau, L'Eglise d'ici et le social 1940-1960 (Montreal 1982), 92-110; Fraser Isbester, "Asbestos 1949," dans Irving Abella (dir.), On Strike (Toronto 1974), 163-196; Jacques Gagnon "La greve d'Asbestos: comment transformer une defaite syndicale en succes mediatique," Revue d'etudes des Cantons de l'Est, 13 (automne-hiver 1998-1999), 83-89; Anonyme, "La greve d'Asbestos de 1949," Centrale des syndicats democratiques (10 fevrier 1999), 31.

(7) Pierre Elliott Trudeau (dir.), La Greve de l'amiante. Une etape de la Revolution industrielle au Quebec (Montreal 1956), 401. La traduction en anglais a ete faite en 1974 sous le titre: The Asbestos Strike (Toronto 1974), 382.

(8) Trudeau, La Greve de l'amiante, 282-283.

(9) Le Devoir s'est interesse aux mineurs de l'amiante des janvier 1949 en publiant une etude de M. B. Ledoux sur l'amiantose a East Broughton. En editorial, il recommande au gouvernement de fermer les portes de cette mine (15 janvier). Son correspondant, Gerard Pelletier, se trouve a Asbestos une semaine avant le debut de la greve et un premier article de sa plume est publie dans l'edition du 7 fevrier, indiquant que la menace de greve pese sur la region. Une fois la greve declenchee, le journal y fait reference presque a chaque jour. Pour sa part, le journal La Presse, qui a une equipe de journalistes beaucoup plus importante, n'y porte attention qu'a la fin mars apres avoir delegue un reporter a Asbestos (article du 21 mars) et ne revient sur le sujet que le 26 avril (Index des articles de revues, des editoriaux et autres reportages de journaux relatifs a la greve), Greve de l'amiante (1949), Archives de la CSN, Presidence A9, 28-2-3-2.

(10) Le Devoir, 16 aout 1947. Filion est probablement influence par la "gauche catholique" francaise (courant personnaliste) qui voulait rejoindre les "masses proletaires dechristianisees" pour les ramener a l'Eglise. Cependant, le proletariat canadien-francais etait encore loin de la dechristianisation. Voit Jean-Philippe Warren, "Gerard Pelletier et Cite libre: la mystique personnaliste de la Revolution tranquille", Societe, 20/21 (ete 1999), 322.

(11) Nous avons fait une analyse de la position du journal a l'egard du syndicalisme depuis sa fondation dans Robert Lahaise (dir.), Le Devoir. Reflet du Quebec au 2e siecle (Montreal 1994), 279-312.

(12) Jacques Rouillard, "Vingt-cinq ans d'histoire du syndicalisme quebecois. Quelques acquis de la recherche," dans Yves Roby et Nive Voisine (dir.), Erudition, humanisme et savoir. Acres du colloque en l'honneur de Jean Hamelin (Quebec 1996), 171-194; "La greve de l'amiante, mythe et symbolique," L'Action nationale, 69, 7 (sept. 1999), 33-43. Jocelyn Letourneau fait aussi la critique de cette interpretation dans: "La mise en intrigue. Configuration historico-linguistique d'une greve celebree: Asbestos, PQ, 1949," Recherches semiotiques/Semiotic Inquiry, vol. 12, 1-2 (1992), 53-71, et dans "La greve de l'amiante entre ses memoires et l'histoire," Journal de la Societe canadienne d'histoire orale "Canadian Oral History Association Journal, 10 (1991), 8-16.

(13) Dans son histoire de la greve, Gilles Beausoleil reconnait "l'anxiete" qu'a pu susciter une telle reclamation parmi les dirigeants de la compagnie. Mais il l'ecarte rapidement de son analyse, reprochant a la compagnie de l'avoir pris trop au serieux. Le projet serait trop radical pour etre applicable et les Canadiens francais aurait un penchant pour la "volubilite" et les "ideaux abstraits et parfois utopiques," Trudeau, La Greve de l'amiante, 173.

(14) En octobre 1948, un arbitrage, qui fut particulierement long (demande faite en fevrier), rejetait la demande du syndicat d'Asbestos touchant la decision de la compagnie d'eliminer un homme sur une equipe de travail de, quatre employes a extraire de l'amiante a l'aide d'une excavatrice electrique (Arbitrage du differend entre la CJM et le Syndicat national de l'amiante d'Asbestos, Bulletin du service d'information du ministere du Travail, 20 octobre 1948; Charpentier, "La greve de l'amiante: version nouvelle," 222-223).

(15) Une greve a deja touche du 11 au 13 fevrier 1949 la petite mine de la Nicolet-Asbestos a Saint-Remi-de-Tinfwick a propos du congediement d'un contremaitre. Les mineurs retournent cependant au travail la veille du declenchement de la greve a Asbestos. Ils abandonnent a nouveau le travail du 2 mars au 6 juin, Trudeau, La Greve de l'amiante, 171.

(16) La greve est survenue du 7 au 9 janvier 1948 (Proces-verbal de la reunion du 18 janvier 1948 du Bureau de direction de la Federation nationale des employes de l'industrie miniere, Cahiers des proces-verbaux du Bureau federal et de l'executif de la Federation, Fonds de la Federation des syndicats des mines, de la metallurgie et des produits chimiques (CSN), POO5, I, 4, Societe des archives historiques de la region de l'amiante (SAHRA), Thetford Mines).

(17) Cousineau, L'Eglise d'ici ..., 104-106. La legende qu'a contribue a alimenter la piece de theatre de John T. McDonough (Charbonneau et le Chef) veut que Mgr Charbonneau, archeveque de Montreal, ait ete demis de ses fonctions en 1950 a cause de son appui donne aux grevistes et a la suite d'intervention d'emissaires du premier ministre Duplessis aupres du Vatican. Cette interpretation est sans fondement, l'episcopat etant unanime a l'appui des grevistes. Voir au sujet de sa "demission"; Jean Hamelin, Histoire du catholicisme quebecois, Le XXe siecle, tome 2 (Montreal 1984) 110-116; Lionel Groulx, Mes Memoires, tome IV (Montreal 1974), 269-278; Cousineau, L'eglise d'ici ..., 94-106; Jacques Cousineau, "La greve de l'amiante, les eveques et le depart de Mgr Charbonneau, Le Devoir, 7 (mai 1974), 5.

(18) Trudeau, La Greve de l'amiante, 255.

(19) Lettre de Jean Marchand, a son excellence Mgr Arthur Douville, eveque de Saint-Hyacinthe, 22 aout 1949, Archives de la CSN, Fonds Secretariat general (28-3-3-4), Correspondance avec les eveques (A5). Des lettres similaires sont aussi adressees a dix autres eveques dont Mgr Georges Courchesne de Rimouski (accuse parfois d'avoir ete hostile aux grevistes) et a Mgr J.-C. Leclaire, president de la CSES, et Mgr Antoniutti, delegue apostolique a Ottawa. Les eveches de Saint-Hyacinthe, Sherbrooke et Montreal ont prete 50 000.00$ au syndicat pendant la greve (Etude sur la greve de l'amiante (juillet 1954), 24, Archives de la CSN, 28-2-3-2, Presidence A9). Jean Marchand dans son rapport au comite executif de la centrale admet la aussi que la greve "revet presentement un caractere de lutte pour l'existence ou la mort du syndicalisme catholique" CTCC, Proces-verbal de la reunion de l'executif de la CTCC, 10 (juin 1949), 7.

(20) Lorsque les grevistes retournent au travail, la compagnie Johns-Manville refuse de reprendre a son service 19 d'entre eux accuses d'actes criminels graves. Trois semaines plus tard, elle se ravise cependant, acceptant d'embaucher neuf d'entre eux. Les dix autres sont repris graduellement un a un, le dernier ne retournant au travail qu'en janvier 1952 (Trudeau, La greve de l'amiante, 330-331). Jusqu'a leur retour au travail, les eveques de Quebec, Montreal et Saint-Hyacinthe se sont cotises pour leur verser une compensation equivalente a leur salaire (Cousineau, L'eglise d'ici...., 108).

(21) Le Devoir, 23 decembre 1949, 12.

(22) Le Devoir, 2 mars 1974, 5.

(23) "Rodolphe Hamel raconte sa vie ouvriere", Dossiers "Vie ouvriere", 82 (fevrier 1974), 75.

(24) La Tribune, 28 juillet 1949, 3.

(25) Convention entre la Canadian Johns-Manville Co., Limited, et le Syndicat national de l'amiante Inc. et la Federation nationale des employes de l'industrie miniere Inc., Asbestos, 1950, 7-8, 10-13.

(26) La Presse, 22 avril 1949, 7. Les memes commentaires sont repris par George Foster, vice-president de la CJM et gerant general de la mine (Le Devoir, 22 avril 1949, 12).

(27) The Montreal Gazette, 22 avril 1949, 3.

(28) Lewis H. Brown, La greve d'Asbestos. Rapport sur le fond de la question et sur la position de la Canadian Johns-Manville Company, 11 mai 1949, 8.

(29) Brown, La greve d'Asbestos, 16.

(30) Asbestos, vol. 30, 10 (mai 1949), 18-19.

(31) La Tribune, 26 juin 1949, 3.

(32) L'Action, 22 juillet 1972.

(33) Charpentier, Les Memoires d'Alfred Charpentier, 332-333.

(34) La Tribune, 23 avril 1949, 1.

(35) La Tribune, 2 mai 1949, 3.

(36) Le Travail, mai 1949, 4.

(37) Le Travail, mai 1949, 3.

(38) Le Devoir, 22 juin 1949, 12; La Tribune, 22 juin 1949, 5.

(39) Proces-verbal de la reunion du 21 novembre 1948 du Bureau de direction de la Federation nationale des employes de l'industrie miniere (FNEIM), Societe des archives historiques de la region de l'amiante (SAHRA), Thetford Mines, Cahiers des proces-verbaux des reunions de la Federation et du Bureau federal, Fonds de la Federation des syndicats des mines, de la metallurgie et des produits chimiques (CSN), POO5, II, 1, 4.

(40) Proces-verbal du Congres de la FNEIM tenu a Thetford Mines le 4 septembre 1949, SAHRA, Fonds de la Federation des syndicats des mines, de la metallurgie et des produits chimiques (CSN), POO5, III, 8.

(41) Lettre de Daniel Lessard a C. M. McGaw, 14 decembre 1948, SAHRA, "Correspondance recue et envoyee," Fonds du syndicat des travailleurs de la Societe Asbestos Limitee (CSN), POO3, II, 4,3. Des seances de negociation ont eu lieu avec les representants patronaux de l'Asbestos Corporation et de la Johnson's Co. a Thetford les 10 et 11 decembre.

(42) Memos a tous les employes, Convention collective de travail, J. E. Morrison et G. K. Foster, 27 decembre 1948, SAHRA, Fonds du Syndicat national de l'amiante d'Asbestos, PO90; Le Travail, mars 1949, 3; Charpentier, Les Memoires, 333.

(43) Charpentier, Les Memoires, 330-331.

(44) Nouveau contrat de travail, Canadian Johns-Manville, 8 janvier 1949, SAHRA, Fonds du Syndicat des travailleurs de la Societe Asbestos Limitee, POO3, II, 3.

(45) Lettre de Daniel Lessard a G. K. Foster, vice-president, Canadian Johns-Manville Limited, 11 janvier 1949, SAHRA, Fonds du Syndicat national de l'amiante d'Asbestos, PO90.

(46) Lettre de Daniel Lessard a Leo Massicotte, assistant secretaire, Commission des relations ouvrieres, Quebec, SAHRA, Fonds du Syndicat national de l'amiante d'Asbestos, P003, 116, 15.

(47) L'Asbestos, 21 janvier 1949, 1 et 6.

(48) Charpentier, "La greve de l'amiante," 224.

(49) Le Travail (mars 1949), 3. Alfred Charpentier soutient qu'a cette assemblee, Jean Marchand par sa fougue oratoire a accentue la predisposition des syndiques a declencher la greve immediatement (Charpentier, Les Memoires, 334). Selon ses proches, Marchand ne s'est jamais releve du traumatisme que lui a cause la greve de l'amiante; il est devenu par suite beaucoup plus prudent. Gerard Picard dira au debut des annees 1960: "Il a eu la peur de sa vie en 49 pendant la greve de l'amiante, devant l'ampleur du mouvement declenche, et il ne s'en est jamais releve" (Pierre Vadeboncoeur, Souvenirs pour demain, CSN, 1990, 5; Jacques Keable, Le monde selon Marcel Pepin (Montreal 1998) 134-138).

(50) Trudeau, La Greve de l'amiante, 214.

(51) Appendice "A" - Projet syndical de convention collective de travail entre la Quebec Asbestos Corporation et le Syndicat national catholique de l'amiante de East-Broughton, 1949, Archives nationales du Quebec (ANQ), Centre de Quebec, ministere du Travail E 24, Conciliation et arbitrage, 1948-1949, G8 (Asbestos Corporation), 19 et 24.

(52) Convention collective de travail entre l'Asbestos Corporation Limited et le Syndicat national des travailleurs de l'amiante de l'Asbestos Corporation Limited, ler avril 1948, 8, ANQ, E24, Conventions collectives, S 743, 45 (9972A); Convention de travail entre la Johnson's Company Ltd et le Syndicat national des travailleurs' de l'amiante de Johnson's Co., 1948, 12 et 17; Proces-verbaux du tribunal institue pour regler le differend entre les compagnies minieres et les syndicats de l'amiante, vol. 12, seance du 6 octobre 1949, 102, SAHRA, Fonds P005.

(53) La convention collective de decembre 1946 de l'Asbestos Corporation laisse a la compagnie toute latitude (sans appel) touchant les promotions, transferts et renvois (Convention collective de travail entre l'Asbestos Corporation Limited et le Syndicat national des employes salaries de l'Asbestos Corporation Limited, 31 decembre 1946, ANQ, E24, Conventions collectives, S387, 40).

(54) En octobre 1947, les negociations de la Federation avec la CJM sont interrompues precisement a propos de la reclamation touchant le droit de gerance (Assemblee de l'executif de la Federation et des presidents de syndicats affilies, le 18 octobre 1947, SAHRA, Cahiers des proces-verbaux des reunions du Bureau federal et de l'executif de la FNSIM, POO5, II 1,4).

(55) Communique de Daniel Lessard, secretaire de la Federation, L'Asbestos, 23 janvier 1948, 1; Le Soleil, 9 janvier 1948, 1.

(56) Proces-verbaux du tribunal ..., vol. 11, seance du 5 octobre 1949, 48; vol. 12, seance du 6 octobre 1949, 12 - 18, SAHRA, Fonds P005.

(57) Sentence arbitrale du tribunal d'arbitrage institue pour regler le differend entre Asbestos Corporation et le Syndicat national des travailleurs de l'amiante de l'Asbestos Corporation Limited, 10 decembre 1949, 27, ANQ, E24, ministere du Travail, Conciliation et arbitrage, 1949-1950, G44.

(58) Appendice "B", Convention collective de travail entre la Quebec Asbestos Corporation Limited et le Syndicat national catholique de l'amiante de East-Broughton, ANQ, E24 ministere du Travail, Conciliation et arbitrage, 1948-1949, G8.

(59) Convention de travail entre la Asbestos Corporation Limited et le Syndicat national des travailleurs de l'amiante de l'Asbestos Corporation Limited, Thetford Mines, 1950, 15-16.

(60) Convention collective de travail entre la Canadian Johns-Manville Co. Limited et le Syndicat national des employes de l'industrie miniere Inc., Asbestos, 1948, 7-9.

(61) Convention entre la Canadian Johns-Manville Co., Limited, et le Syndicat national de l'amiante Inc. et la Federation nationale des employes de l'industrie miniere Inc., Asbestos, 1950, 24.

(62) Proces-verbaux du tribunal, vol. 10, seance du 4 octobre 1949, 82-83, SAHRA, Fonds P005.

(63) Rapport minoritaire de l'arbitre syndical, Theodore Lesperance, au ministre du Travail, Antonio Barette, dans le conflit oppocant l'Asbestos Corporation Limited et le Syndicat national des travailleurs de l'amiante de l'Asbestos Corporation Limited, 10 decembre 1949, Centre de documentation de la CSN, Fonds de la greve de l'amiante, 123.1.1.

(64) J. Rouillard, Les syndicat nationaux au Quebec de 1900 a 1930 (Quebec 1979), 227-232; J. Rouillard, Histoire du syndicalisme quebecois (Montreal 1989), 169-174.

(65) Les dirigeants justifient cette position en faisant valoir que le patronat est toujours imbu du meme esprit de lucre et que les travailleurs ne doivent pas faire les frais de la formule. C'est pourquoi la centrale cree des federations professionnelles pour co-ordonner la negociation collective et revendique l'atelier syndical ferme. Ses syndicats n'hesitent pas non plus, a l'occasion, a declencher des arrets de travail. Nous avons compte 53 greves auxquelles des syndicats catholiques sont meles entre 1920 a 1940 (Rouillard, Les syndicats nationaux, 240-250).

(66) Charpentier, Les Memoires, 341.

(67) Jean Sexton, La CTCC-CSN: du corporatisme a la reforme de l'entreprise, memoire de maitrise, departement de relations industrielles, Universite Laval, 1969, 54.

(68) Cousineau, L'Eglise d'ici, 48.

(69) "Lettre pastorale collective des eveques et archeveques de la province de Quebec," 11 mars 1940, dans Mandements, lettres pastorales, circulaires et autres documents du diocese de Montreal, vol. 19, 75, 93.

(70) Cousineau, L'Eglise d'ici, 52-3.

(71) Commission sacerdotale d'etudes sociales, La participation des travailleurs a la vie de l'entreprise, Compte rendu des journees sacerdotales d'etudes sociales de 1947, 4.

(72) Pierre Bigo, La doctrine sociale de l'Eglise (Paris 1965), 393-394.

(73) Pie XI, Quadragesimo Anno, no 72, dans CERAS, Le discours social de l'Eglise catholique de Leon XIII a Jean-Paul II (Paris 1985), 116.

(74) Jean-Yves Calvez, L'economie, l'homme, la societe. L'enseignement social de' l'Eglise Paris 1989), 160.

(75) Gustave Desbuquois et Pierre Bigo, Les reformes de l'entreprise et la pensee chretienne aris 1945), 23.

(76) Voir la bibliographie sommaire de Paul-Emile Bolte et Gerard Dion dans L'Actualite economique, janvier-mars 1950, 728-736, 762-766, et Jean Sexton, La CTCC-CSN: du corporatisme a la reforme de l'entreprise, 1969, 97-9.

(77) Alexandre Dubois, Structures nouvelles dans l'entreprise (Paris 1946), 94.

(78) Calvez, L'economie, l'homme, la societe, 158; Le Pape et la cogestion, brochure de l'Institut social populaire, no 440 (Montreal 1951) 13.

(79) Reforme de l'entreprise, brochure de l'Ecole sociale populaire, 379 (Montreal 1945), 30.

(80) Mgr Melancon, eveque de Chicoutimi, Le Sens Social (ler mars 1948), dans Paul Paul-Emile Bolte et Gerard Dion, L'Actualite economique, janvier-mars 1950, 730.

(81) Cousineau, L'Eglise d'ici, 117.

(82) Lettre pastorale collective de Leurs Excellences Nosseigneurs les Archeveques et Eveques de la province civile de Quebec, Le probleme ouvrier en regard de la doctrine sociale de l'Eglise (Montreal 1950), 27.

(83) Le probleme ouvrier, 28-9.

(84) Le probleme ouvrier, 29.

(85) Cousineau, L'Eglise d'ici, 101-8.

(86) Cousineau, L'Eglise d'ici, 83-8.

(87) Nous nous inspirons des brochures suivantes: Commission sacerdotale d'etudes sociales, La participation des travailleurs, 45; Paul-Emile Bolte, Marcel Clement et Gerard Dion, Reformes de structure dans l'entreprise (Quebec 1949) 112; Paul-Emile Bolte et Gerard Dion, "La morale et la participation des travailleurs aux benefices," L'Actualite economique (janvier-mars 1950), 667-766; Emile Bouvier, Patrons et ouvriers (Universite de Montreal 1951), 161-89.

(88) Marcel Clement, "Les problemes qui se posent," dans Bolte, Clement et Dion, La morale et la participation, 66.

(89) Bolte, Clement et Dion, La morale et la participation, 750-58.

(90) CTCC, Proces-verbal du congres, 1948, 299; Le Travail (septembre 1948), 12. Il est probable que des aumoniers en aient diffuse l'idee parmi les syndiques. C'est le cas de l'abbe Pichette, membre de la CSES, dans une conference prononcee devant une centaine de delegues syndicalistes a Sherbrooke au debut de 1950, Le Travail (mars 1950), 9.

(91) CTCC, Proces-verbal du congres, 1948, 226; La Presse (23 septembre 1948), 3.

(92) CTCC, Proces-verbal du congres, 1949, 47-54.

(93) La lecture du volume est recommandee dans l'organe de la CTCC, Le Travail (novembre 1949), 3.

(94) CTCC, Proces-verbal du congres, 1951, 36.

(95) A Shawinigan, il semble bien que le syndicat cherche alors a obtenir l'arbitrage des griefs tel qu'obtenu par les syndicats de Thetford Mines en 1948 Le Devoir, 21 septembre 1951.

(96) CTCC, Proces-verbal du congres, 1951, 217.

(97) On trouve un historique des premieres annees de l'API dans Yvan Senecal, L'Association professionnelle des industriels ou une association patronale chretienne dans l'industrie, memoire de maitrise (relations industrielles), Universite de Montreal, 1954, 222.

(98) Reunions du Conseil d'administration de l'API, 17 mars, 23 mai, 24 aout 1948, Archives de l'Universite du Quebec a Montreal (AUQAM), Fonds du Centre des dirigeants des entreprises (CDE), no 43P-103A/001.

(99) Memoire confidentiel du Conseil dadministration de l'API a Leurs Excellences Nos Seigneurs les Archeveques et Eveques de la Province de Quebec (non date), dans Historique de l'API (sans nom d'auteur; il s'agit probablement d'Emile Bouvier), AUQAM, Fonds du CDE, Microfilm du Fonds Emile Bouvier en rapport avec l'API.

(100) Reunion du Conseil d'administration de l'API, 10 juin 1949, AUQM, Fonds du CDE, no 43P-103A/001.

(101) Emile Bouvier, "La co-gestion des entreprises," L'Actualite economique, octobre 1947, 403-420; Bouvier, Patrons et ouvriers, 161-76.

(102) Emile Bouvier, "Les mefaits du socialisme," L'Actualite economique (janvier-mars 1949) 627.

(103) Tirons Franc, (avril 1949), 9. Voir au sujet de cette rencontre Gerard Dion, "La greve de l'amiante: trente ans apres," Memoires de la Societe royale du Canada, tome XVII, 1979, 36-7.

(104) Voir le compte rendu de la reunion qu'en fait l'abbe Dion dans Ad Usum Sacerdotum, avril 1949, 76-7 (Archives de l'universite Laval, P117/D1/12.1).

(105) Tirons Franc (avril 1949), 3; Le Devoir (12 avril 1949), 10.

(106) Le Devoir (12 avril 1949), 2; Tirons Franc (avril 1949), 4-5.

(107) La Tribune (17 fevrier 1949), 3; (19 mars 1949), 5; L'Asbestos (4 mars, let avril 1949).

(108) Selon l'abbe Gerard Dion, le pere Bouvier etait "conseiller de la Canadian Johns-Manville." Il aurait dit aux patrons, en parlant des grevistes "Ecrasez-les!" (Entrevue donnee a Michel Sarra-Bournet en 1993, dans Michel Sarra-Bournet, Entre le corporatisme et le liberalisme: les groupes d'affaires francophones et l'organisation socio-politique du Quebec de 1943 a 1969, these de Ph.D. en histoire, Universite d'Ottawa, 1995, 125).

(109) Extrait du proces-verbal de l'Assemblee episcopale de la province de Quebec, 3 mai 1949; lettre de J. Iv. D'Orsonnens au reverend Pere Leon Pouliot, provincial de la Compagnie de Jesus, 9 mai 1949; lettre du Pere Pouliot a Mgr Arthur Douville, secretaire de l'Assembl,e des eveques, 22 mai 1949; dans Historique de l'API, AUQM, Fonds du CDE, Microfilm du Fonds Emile Bouvier en rapport avec l'API.

(110) Lettre de J. Iv. d'Orsonnens, s.j., Socius du Provincial, a Mgr Douville, eveque de Saint-Hyacinthe, 22 mai 1949, dans Historique de l'API, AUQM, Fonds du CDE, Microfilm du Fonds Emile Bouvier en rapport avec l'API.

(111) Memoire presente au nom du Conseil d'administration de la regionale de Quebec: a la reunion speciale du 15 decembre 1949, con voqueepar le president general de l'Association, 15 decembre 1949, AUQAM, Fonds du CDE, 43P-203h/2.

(112) Lettre de Emile Bouvier a Mgr Douville, 10 juin 1949, Historique de l'API, AUQM, Fonds du CDE, Microfilm du Fonds Emile Bouvier en rapport avec l'API.

(113) Lettre de Eugene Gibeau, president de l'API, a Mgr Maurice Roy, archeveque de Quebec, 10 decembre 1949, dans Historique de l'API, AUQM, Fonds du CDE, Microfilm du Fonds Emile Bouvier en rapport avec l'API.

(114) Memoire presente au nom du Conseil d'administration de la regionale de Quebec a la reunion speciale du 15 decembre 1949, convoquee par le president general de l'Association, 15 decembre 1949, AUQAM, Fonds du CDE, 43P-203h/2.

(115) Bulletin des relations industrielles (janvier 1949) 27; API, Reformes de structure (1949), 10; Ad Usum Sacerdotum, janvier 1950, 37-8, octobre 1951, 8; Telephone de J,-M. Bureau a l'API, 13 janvier 1950, dans AUQM, Fonds du CDE, Microfilm du Fonds Emile Bouvier en rapport avec l'API.

(116) Entrevue du pere Bouvier avec Eugene Gibeau, 13 novembre 1951, dans AUQAM, Fonds du CDE, Microfilm du Fonds Emile Bouvier en rapport avec l'API.

(117) Reunion du Conseil d'administration de l'API, 14 novembre 1951, AUQM, Fonds du CDE, no 43P-103A/002.

(118) Entrevue chez M. Eugene Gibeau, 14 novembre 1951, dans AUQM, Fonds du CDE, Microfilm du Fonds Emile Bouvier en rapport avec l'API. Le journal Le Travail de la CTCC allegue en 1951 que le pere Bouvier est auteur d'un texte mimeographie de 184 pages intitule "Recueil de documents - Sur la greve de l 'amiante (1949) organisee par la Confederation des travailleurs chretiens du Canada. A l'attention exclusive de MM. les membres du clerge" (Rapport Custos). Cependant, rien n'est concluant sur l'identite de l'auteur. La these soutenue fait des dirigeants de la CTCC et des aumoniers compromis dans la greve des agents, conscients ou inconscients, du communisme. La these apparait plutot gauche Le Travail, 2 et 16 mars 1951; Trudeau, La greve de l'amiante, 259, 407-18.

(119) Tirons Franc (juin 1949), 2. Il semble que le debat au Quebec ait influence la d,cision de Pie XII de preciser sa pensee sur la reforme de l'entreprise lors de son allocution du 7 mai 1949. Bigo, La doctrine sociale de l'Eglise, 396.

(120) Cousineau, L 'Eglise d'ici, 117.

(121) Le Pape et la cogestion. Autour de l'allocution du 3 juin 1950, brochure de l'Institut social populaire no 440, (Montreal 195), 2.

(122) Message au Katholikentag autrichien, 14 septembre 1952, dans Calvez, L'economie, l'homme, la societe, 161.

(123) Lettre de Mgr J.B. Montini, prosecretaire du pape a Mgr Albertus Martin, 3 juillet 1953, AUL, Fonds Gerard Dion, P117/A5,7.

(124) Lettre de Mgr Albertus Martin aux membres de la Commission sacerdotale d'etudes sociales, 19 avril 1953, AUL, Fonds Gerard Dion, P117/A5, 11.

(125) Cousineau, L'Eglise d'ici, 35.

(126) Le Devoir, 7 et 14 mai 1949, 4;10 et 17 septembre 1949, 4; 15 octobre 1949, 4; 17 juin 1950, 4; 19 septembre 1950, 4; 23 juillet 1952, 4.

(127) Jacques Rouillard, "Vingt-cinq ans d'histoire du syndicalisme quebecois. Quelques acquis de la recherche," dans Erudition, humanisme et savoir. Actes du colloque en l'honneur de Jean Hamelin (Quebec 1996), 179-36. La recherche de Greg Kealey et Douglas Cruikshank sur la propension a la greve au Canada arrive a la meme conclusion ("Strikes in Canada, 1891-1950," Labour/Le Travail, 20 (automne 1987), 90-1, 120-2). (127)Jacques Rouillard, "Vingt-cinq ans d'histoire du syndicalisme quebecois. Quelques acquis de la recherche," dans Erudition, humanisme et savoir. Actes du colloque en l'honneur de Jean Hamelin (Quebec 1996), 179-36. La recherche de Greg Kealey et Douglas Cruikshank sur la propension a la greve au Canada arrive a la meme conclusion ("Strikes in Canada, 1891-1950," Labour/Le Travail, 20 (automne 1987), 90-1, 120-2).

(128) 1949 = 100.

(129) Ottawa, Bureau federal de la statistique, The Asbestos Mining Industry (26-205), 1953, 4. Voir Jean-Gerin Lajoie, "Histoire financiere de l'industrie de l'amiante," dans Trudeau, La Greve de l'amiante, 115-121.

(130) CTCC, Proces-verbal du congres, 1948, 303.

(131) Le Devoir (11 juin 1951), 10; (12 juin 1951), 3.
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Author:Rouillard, Jacques
Publication:Labour/Le Travail
Date:Sep 22, 2000
Words:17764
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