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Garcons et filles, stereotypes et reussite scolaire.

Pierrette Bouchard et Jean-Claude St-Amant

Montreal: Les editions du remue-menage, 1996; 300p.

Compte rendu par Marie-Paule Malouin

Chercheuse autonome

Montreal (Qc)

Les filles reussissent mieux en classe que les garcons. Au primaire, elles subissent moins souvent des retards scolaires. Les garcons redoublent a un age plus precoce et terminent en moins grand nombre leur secondaire. Plus de filles accedent donc aux etudes collegiales et universitaires.

A quoi attribuer leur succes? Baudelot et Establet ainsi que Felouzis l'expliquent en termes de reproduction des modeles traditionnels, issue de la soumission passive des filles a des conditions exterieures. Bouchard et St-Amant, comme Terrail et Duru-Bellat, lient plutot la reussite scolaire a des attitudes et comportements relevant d'un investissement actif et volontaire dans l'appropriation des savoirs, a un <<usage de soi>> tendu vers un projet d'avenir et une strategie globalement contestataire.

Pour demontrer que l'adhesion plus ou moins grande des garcons et des filles aux stereotypes sexuels modifie leurs rapports a l'ecole et influence leurs resultats scolaires, les auteurs ont effectue une enquete par questionnaire, aupres de 2249 jeunes de secondaire 3, frequentant 24 ecoles quebecoises. Outre des questions visant a preciser les caracteristiques personnelles des repondants (entre autres, la scolarite de leurs parents), le questionnaire comprend 82 propositions se rapportant soit a des pratiques sociales sexuees, soit a des generalisations caracteristiques des stereotypes sexuels.

Selon les resultats de cette enquete, les filles se refusent plus souvent que leurs confreres a accepter des generalisations ou des pratiques qui les assignent a des roles limitatifs et reducteurs. Elles demeurent reticentes face aux assignations identitaires qui auraient pour effet de les enfermer dans une position de dominees. Leurs reponses montrent qu'elles entretiennent des rapports constructifs avec l'ecole (gout d'apprendre et de s'investir dans la relation pedagogique, respect des contraintes institutionnelles, etc.). Quand elles evoquent l'avenir, elles envisagent souvent des carrieres traditionnelles dont la plupart exigent cependant des etudes universitaires.

A l'exception de ceux obtenant de bons resultats, les garcons demeurent plus pres des modeles traditionnels qui, rappellent Bouchard et St-Amant, leur conferent du pouvoir socialement. Ils se conforment aussi davantage aux pratiques sexuees. Plusieurs s'enferment dans une definition de <<l'identite masculine>> qui entrave la reussite scolaire. Dans cette foulee, ils estiment que de bons resultats scolaires peuvent nuire a leur popularite aupres de leurs confreres et qu'etre indiscipline contribue a leur popularite aupres de leurs pairs. <<Faire le clown>> est parfois percu comme une facon de s'affirmer face au personnel enseignant. Le groupe de pairs exercerait donc, chez les garcons, une pression a l'encontre de la reussite scolaire. Le peu d'importance accordee aux etudes, chez plusieurs garcons, joue dans le meme sens. Plusieurs considerent le diplome secondaire suffisant pour trouver un emploi. Certains pensent meme que les etudes ne sont pas necessaires pour gagner leur vie.

Les resultats de la recherche de Bouchard et St-Amant indiquent que l'adhesion aux stereotypes sexuels va de pair, chez les filles comme chez les garcons, avec une scolarite plus faible des parents et des resultats scolaires moins satisfaisants. L'affranchissement des modeles de sexe se conjugue, a l'inverse, avec une scolarite parentale plus elevee et de meilleurs resultats scolaires.

Conclusion des auteurs: chez les filles, relativement moins conformistes et plus enclines a resister aux assignations contraignantes et limitatives, identite de sexe et proximite scolaire s'harmonisent plus facilement. Chez certains garcons, plus conformistes, les processus de construction des identites de sexe tend a les distancier des exigences de la reussite. Pour eux, comme pour les filles qui reussissent moins bien, un meilleur rendement scolaire exige un affranchissement des modeles de sexe.

L'ouvrage de Bouchard et St-Amant s'avere fort interessant. Il montre bien que le systeme patriarcal ne joue pas toujours en faveur de tous les hommes. Il revele ainsi l'impact negatif de l'adhesion au modele masculin traditionnel sur la reussite scolaire des garcons. Or la force de cette adhesion est tributaire d'une faible scolarite des parents. Elle menace donc davantage les garcons de milieu moins favorise. Il existe d'autres cas ou le patriarcat a un impact negatif sur certains garcons. Autrefois, par exemple, les filles dites <<illegitimes>> etaient plus facilement adoptees que les garcons: reputees plus soumises, elles ne transmettraient pas, devenues meres, leur patronyme a leurs enfants. Les regles du patriarcat jouaient alors contre les garcons <<illegitimes>>.

Bouchard et St-Amant demontrent que, si les filles reussissent mieux a l'ecole, cela n'est pas du a leur soumission aux normes sociales ainsi que l'ont affirme Baudelot et Establet. Leur affranchissement de ces normes sous-tendrait au contraire les bons resultats des filles. A l'inverse, l'adhesion des garcons aux stereotypes sexuels expliquerait leurs echecs. Il aurait ete souhaitable sans doute que, des l'introduction, les auteurs precisent les interpretations divergentes face a la difference des resultats scolaires des filles et des garcons puisque ces interpretations sous-tendent leurs hypotheses de depart.

Les deux chercheurs se preoccupent des echecs scolaires tant des garcons que des filles. Les problemes de reussite scolaire concernent toutefois surtout les garcons. L'abandon scolaire chez les garcons ne constitue pas un phenomene nouveau. La Commission Tremblay s'en inquietait des le milieu de la decennie 50. Que penser de cette inquietude si frequente aujour-d'hui? Les difficultes scolaires des garcons les condamnent-ils a la pauvrete? Ce sont surtout des femmes qui sont pauvres aujourd'hui et rien n'annonce une masculinisation prochaine de la pauvrete. De quoi donc s'inquiete-t-on? Le marche du travail offre toujours des emplois mieux remuneres aux hommes qu'aux femmes. S'inquiete-t-on a la pensee que les femmes, parce qu'elles reussissent mieux a l'ecole, pourraient un jour prendre la place des hommes sur le marche du travail? Et si c'etait les filles qui reussissaient moins bien et qui abandonnaient parfois leurs etudes? S'en preoccuperait-on autant? On peut en douter. S'il faut se soucier des pietres resultats scolaires de certains garcons, on ne doit pas perdre de vue l'importance pour les filles de reussir en classe. C'est parfois leur seul moyen d'echapper a la pauvrete qui menace d'abord et avant tout les femmes.
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Publication:Resources for Feminist Research
Article Type:Book Review
Date:Jan 1, 1998
Words:986
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