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Francois Mathieu, Les cloches d'eglise du Quebec, sujets de culture.

Francois Mathieu, Les cloches d'eglise du Quebec, sujets de culture, Sillery, Septentrion, 2010, 212 p.

Depuis la publication en 1990 de Le Quebec et ses cloches--ouvrage peu diffuse--de Leonard Bouchard, il semblait bien que le travail suivant devrait etre un monumental inventaire analytique des cloches du Quebec, ouvrage qui separerait le grain de l'ivraie et permettrait a l'affection patrimoniale de choisir une fois pour toute quelles seraient les cloches remarquables que le Quebec devrait consacrer et conserver.

Or, voila que Francois Mathieu, un artiste, vient meler les cartes. Il avait deja explore dans des sculptures et installations des themes religieux, en divertissant le sens des objets desaffectes par une pratique religieuse declinante. De la meme facon, en ecriture, Les cloches d'eglise au Quebec fait la demonstration d'un nouveau potentiel d'interpretation du corpus campanaire national. L'auteur a bien compris que d'associer plus longtemps le destin des cloches d'eglise a celui des lieux de culte nous menait tout droit a l'impasse.

Habilement et avec un style direct et convaincant, l'auteur pose trois hypotheses qui guident son travail : 1) la cloche est et demeure un objet signifiant dans son milieu parce que sa presence materielle et sonore est eloquente, dans le temps long du Quebec et aujourd'hui ; 2) les qualites de nos cloches les qualifient, depuis toujours, pour occuper une place dans l'imaginaire collectif qui va bien au-dela du strict usage ceremonial lie au culte ; 3) le corpus campanaire a un reel potentiel de mise en valeur, ce dont temoignent une foule d'actions deja menees au Quebec.

Si, comme c'est le cas de tous les sujets soumis a un nouveau regard, l'exploration proposee couvre un champ large a travers l'Occident chretien et le Quebec catholique et protestant, l'ouvrage de Francois Mathieu a le merite d'ouvrir des portes, de faire reflechir. Le parcours original que propose son ouvrage chapitre apres chapitre, etablit la campanologie quebecoise comme champ d'etude scientifique. La principale qualite du livre tient d'abord a l'etat de la question, au bilan, qui y est dresse; l'auteur y montre bien comment cet objet d'etude singulier ne fait sens que sous un regard pluriel ou pluridisciplinaire qui evite les raccourcis typologiques. Les acteurs et experts du patrimoine, mais aussi tous ceux qui ont tout simplement a coeur la defense des objets signifiants de notre paysage culturel, trouveront dans ce texte des mots, des connaissances et des arguments pour etayer l'intuition qu'il y a, la aussi, patrimoine.

L'auteur a documente des dizaines de cas oo des amateurs avertis ont sauve et mis en valeur des cloches. J'avoue que malgre ma pratique assidue des paroisses du Quebec, plusieurs m'etaient inconnus et m'ont interpelle. Francois Mathieu tire aussi quelques lecons des pratiques de conservation et de mise en valeur observees, met en lumiere quelques exemples de renaissance de cloches et carillons. Mais surtout, en createur, il s'avance et il propose quelques solutions d'intervention qui devraient interpeller nos decideurs. Au moment oo les eglises ferment, leurs cloches disparaissent dans une indifference quasi totale. Pourquoi donc?

Les autorites diocesaines qui ferment une eglise s'empressent d'en prelever les cloches, parce que ce sont des objets lies au culte, mais aussi parce que leur materiau est valorise. Or, autour des memes eglises, des <<amis de l'orgue>> se posent en defenseurs de ces instruments precieux qu'ils cherissent. C'est que les organistes sont actifs, qu'il existe un comite des orgues au Conseil du patrimoine religieux, que les ecoles de musique ont besoin de lieux de pratique, etc. Or, dans nos paroisses, le sonneur de cloches a pris sa retraite et peu sont outilles pour defendre le maintien de ces cloches. Or, pourquoi sauverait-on, a coups de millions, des clochers sans cloches? A une epoque oo l'on se complait a parler de patrimoine culturel, pourquoi se priver des ambiances sonores que peuvent generer ces objets, qui reconquierent leur magie, des lors que l'on s'y interesse un tant soit peu. A defaut de lieux de culte, nos villes et villages conserveront des beffrois. Dans cette voie, l'ouvrage de Francois Mathieu pave la voie, de facon convaincante, avec ses <<sujets de culture>>.

Luc Noppen

Chaire de recherche du Canada en patrimoine urbain

Departement d'etudes urbaines et touristiques

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Author:Noppen, Luc
Publication:Etudes d'histoire religieuse
Article Type:Book review
Date:Jan 1, 2011
Words:762
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