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Faut-il renoncer a jeger les faits de culture?

Title English: Should we abandon the judgement of cultural facts?

On est tente aujourd'hui, specialement en Occident, de denoncer la reference a l'universel comme relevant de l'ideologie, de l'imperialisme culturel, c'est-a-dire de la pretention pour une culture d'imposer sa propre vision de l'homme. Une tendance a recuser tout jugement des faits de culture, comme politiquement incorrect, s'impose progressivement dans les milieux humanistes, specialement chretiens ; cette vulgate s'inscrit dans une theorie scientifique, devenue conception philosophique, selon laquelle une culture est un systeme clos, tel que le sens de ses elements ne doit pas etre cherche en dehors d'elle. Mais alors, s'il faut etre vigilant par rapport aux prejuges que l'on peut avoir a propos d'une culture, il convient cependant de se demander si l'on peut legitimement renoncer a une conception de l'homme qui merite d'etre reconnue comme universelle et je dirai meme eternelle, c'est-a-dire digne d'etre recue de tous les hommes partout et toujours. C'est ainsi que l'on peut se demander si toutes les cultures, en tous leurs aspects, concourent egalement au bien de l'homme, specialement au respect et a la promotion de sa dignite. S'il convient de les examiner dans leurs differences, sans prejuge, s'il convient de chercher a les comprendre, peut on se dispenser de les evaluer? Faut-il renoncer a les juger? Si l'on peut considerer les cultures comme autant de facons dont l'humanite se realise, n'est-on pas en droit d'evaluer les formes que revet ce developpement, et precisement au nom d'une autre dimension de la culture, qui fasse droit a un principe universel, eternel, en somme absolu? Il faudra alors penser l'histoire comme dimension de la revelation, a travers les differentes cultures, de cet absolu qui les transcende. (1)

Les cultures comme formes diverses d'humanite

Considerons pour commencer l'apologie de l'egalite dans la difference entre les cultures, telle qu'elle semble etre aujourd'hui l'objet d'un reel consensus ; un tel consensus, manifestement sympathique, est affirme en particulier par les grands textes fondateurs de l'UNESCO, dont je retiens les trois indications suivantes : Les cultures sont des elements du patrimoine de l'humanite (2); il faut reconnaitre l'egalite des cultures, la dignite de chacune (1966, art. 1) ; Les cultures doivent etre l'objet d'un choix individuel libre (2001, art. 5). (3)

Il convient donc de respecter toutes les cultures, de les proteger, dans leurs differents aspects. En effet, les differentes cultures, prises au sens ethnologique, peuvent apparaitre comme autant de facons differentes d'offrir, au-dela de la nature (ou animalite), des manieres de vivre dans ce qu'il est convenu d'appeler, d'un point de vue anthropologique, la culture ; chaque culture peut alors apparaitre comme revelant une forme originale d'humanite, ou en reveler un aspect particulier. De ce fait, conformement aux grands textes fondateurs de l'Unesco, elles doivent etre considerees comme elements du patrimoine de l'humanite, et qu'il convient a cet egard de proteger ou du moins d'en archiver les elements avant leur disparition possible ou ineluctable.

On dira alors que la culture est a considerer dans une dimension a la fois generale et particuliere. Generale d'abord, la culture represente l'ensemble des facon de vivre, de penser, de sentir, de percevoir, propres aux membres d'un meme groupe social a une epoque donnee ; la culture englobe la langue, la religion, la facon de s'habiller, de faire la cuisine, d'eduquer les enfants, d'organiser la vie familiale, de vivre la sexualite ; a cet egard il n'y a pas d'humanite sans ces aspects, qui doivent etre l'objet d'une transmission comme dimension irreductible de l'education. Particuliere ensuite, parce que tous ces aspects divergent dans leur contenu, ce qui se voit de facon evidente a propos de la langue ; a cet egard l'education comme socialisation revet toujours un aspect eminemment particulier.

Toute pratique culturelle est alors relative par rapport a l'espace et au temps, et a l'ensemble auquel elle appartient. Sur ce dernier point on peut reconnaitre l'influence de l'anthropologie structurale de Claude LeviStrauss : une culture est un systeme dont la coherence est seul critere de sens. Comme pour la langue, qui en est un aspect primordial, le sens doit etre considere comme purement immanent ; il est donne dans la relation entre les elements a l'interieur d'un tout. Il faudra alors denoncer comme ethnocentriste la pretention pour une culture de tenir ses valeurs pour superieures a d'autres, ou du moins de vouloir, d'apres elles, juger celles des autres, a fortiori de vouloir les leur imposer. Tout jugement au nom d'un principe transcendant d'universalite n'est qu'une illusion, l'illusion pour une culture donnee de vouloir imposer ses normes. Face a une culture donnee doit s'imposer le regard de l'ethnologue qui consiste, au-dela de la description minutieuse, a comprendre, c'est a dire a tenir ensemble tous les elements de la culture et en particulier de chercher le sens de tel ou tel aspect particulier dans la relation qu'il entretient tant avec le tout qu'avec les autres parties.

Face a sa pretention d'etre depositaire de l'universel, l'Europe en particulier se voit alors sommee de faire amende honorable, elle qui a cherche, par la colonisation, et en meme temps par l'activite missionnaire, a imposer ses valeurs au monde. Il semble d'ailleurs qu'une telle contrition se soit deja largement imposee dans toute une frange de l'intelligencia occidentale. Elle a ete decrite, pour etre denoncee, par l'essayiste Pascal Bruckner, dans un ouvrage recent au titre ironique : La tyrannie de la penitence ; essai sur le masochisme occidental. (4) L'intellectuel occidental devrait recuser comme violence inadmissible l'action passee de l'Occident en vue de faire connaitre et propager ses valeurs dans le monde. La ou l'Occident, au nom du souci de l'universalite, avait cherche a faire partager ses valeurs, dont l'esprit critique, le respect de la liberte, le souci de l'egalite, il ne faut plus voir que l'expression d'une honteuse volonte de puissance. Dans le meme esprit, quelques annees plus tot, Alain Finkielkraut avait decrit, egalement pour la critiquer, la conception chere au romantisme allemand, du Volksgeist (esprit du peuple), selon laquelle, contre le souci d'universalite propre aux Lumieres, il faut affirmer que les valeurs sont relatives a une epoque, a une culture donnee. (5)

Selon cette logique il faut donc reconnaitre les cultures comme differentes facons collectives d'organiser la vie humaine, etre attentif a l'exigence de comprendre le sens de tel element particulier par rapport au tout, de se garder du danger d'ethnocentrisme. Est-il pour autant satisfaisant de renoncer a se referer a des principes? En somme, peut-on raisonnablement renoncer a evaluer les cultures, a les juger? Avant d'examiner cette question, il convient de degager, pour la culture, deux autres niveaux de sens.

La culture comme developpement de l'humanite

Les debats souvent passionnes autour de la culture sont mines par une ambiguite du terme ; il convient en effet de decrire, au-dela de la culture au sens ethnologique, dont il a ete question dans la partie precedente, la culture, au sens anthropologique comme processus par lequel se developpe l'humanite, puis la culture, au sens moral comme dimension des plus hautes manifestations auxquelles puisse parvenir l'humanite. (6)

Voyons d'abord ce qu'il en est de la culture au sens anthropologique , elle est en fait a la fois processus par lequel dans le temps l'humanite se construit en se degageant progressivement de la nature ou de l'animalite et resultat, plus ou moins provisoire, de ce processus ; comme processus : il faut prendre ici le terme au sens de participe present, comme lorsque l'on parle de la culture de la vigne ; cette dimension de participe present se voit assez bien en francais dans le terme de civilisation, lequel avant de designer un etat, un resultat, designe un processus.7 Cette double dimension, de processus et de resultat, se decline a son tour de deux manieres : d'abord pour l'humanite comme espece, ensuite pour l'individu : la culture (Bildung en allemand) est le processus qui conduit a ce qu'un individu puisse etre dit cultive ; cette culture suppose tout a la fois la volonte d'un tiers (c'est l'education comme heteronomie) et la volonte du sujet (c'est l'education comme acte autonome de qui demande a etre instruit). Pour l'humanite la culture est processus (on parle aussi de civilisation) et resultat, toujours fragile, de l'humanisation, au point que l'on peut craindre des regressions lorsque des acquis, notamment techniques, sont perdus,8 ce qui represente un aspect du retour a la barbarie.

Mais il y a barbarie plus subtile ; considerons maintenant une troisieme dimension, qui interesse la morale : la culture comme designant ce que l'homme peut atteindre de plus haut, tant du point de vue de l'individu que de l'espece. Parmi les differentes conquetes de l'humanite, celles qui relevent de la science et de la technique sont evidemment tres nobles. Mais toutes les manifestations de la culture ont-elles la meme valeur? Que penser de la facon dont se trouve neglige, dans l'ecole, ce qui ne vise pas l'utilite, a savoir les arts : la litterature, la peinture, la musique, et aussi une certaine conception de la science, non subordonnee a la technique, en somme tout ce que l'Antiquite grecque rassemblait sous le terme de schlole? Par ailleurs ne faut il pas, dans l'education, donner la preference, au-dela de la seule transmission, aux activites qui requierent l'autonomie du sujet, l'independance de la pensee, comme on le voit dans cette formule fameuse que l'on prete a Edouard Herriot : <<la culture c'est ce qui reste lorsque l'on a tout oublie>>? Ou la capacite d'apprendre par soi-meme, de reflechir, de proceder de facon methodique l'emporte sur les savoirs simplement transmis ou acquis en vue de l'utilite. (9)

Mais il faut aller plus loin encore : au sens moral la barbarie apparait deja avec l'inversion dans la hierarchie des valeurs et au bout du compte la confusion quant aux fins ou pire l'illusion de prendre les moyens pour les fins (10). Il est plus que temps aujourd'hui de mediter sur l'adage fameux de Rabelais : science sans conscience n'est que ruine de l'ame ; ou encore sur cette formule terrible du nazi Baldur von Schirach : <<Lorsque j' entends parler de culture je sors mon revolver>> ; ces deux formules evoquent la barbarie au sens proprement moral, c'est-a-dire, au-dela de la regression dans l'ordre des savoirs scientifiques et techniques, l'oubli ou le mepris de ce qui peut donner sens a la vie humaine et plus radicalement encore la volonte de la deshumaniser.

En considerant ensemble les differentes significations du mot culture on peut affirmer que les cultures representent differentes facons de realiser l'humanite; mais, specialement d'un point de vue moral, il n'est pas evident qu'on puisse les considerer comme equivalentes, d'egale valeur. Plus precisement, au sein d'une culture donnee tous les aspects n'ont ni le meme sens ni la meme valeur. Ne peut-on pas alors considerer que, lorsqu'elle conjugue de nombreux aspects qui vont dans un sens defavorable a la dignite de l'homme, une culture puisse etre dite moralement inferieure a une autre et meme representer une grave regression dans le processus historique par lequel l'humanite grandit?

Criteres et valeurs pour juger les cultures

Si la culture est un fait, a la fois general dans sa forme et particulier dans son contenu, et qui interesse les sciences humaines comme la sociologie, l'ethnologie, l'histoire, l'anthropologie ainsi qu'une certaine dimension de l'education comme socialisation, peut on renoncer a la considerer depuis des principes, transcendants, qui surplombent l'histoire? Evaluer, juger les cultures, c'est alors recuser la conception structuraliste selon laquelle il n'y a de sens qu'immanent, et qui est a chercher a l'interieur de chaque culture.

Avant d'examiner les criteres d'ordre transcendant, on peut considerer cependant un critere immanent que peut offrir paradoxalement la conception structuraliste de la culture. Si l'on revient en effet a la conception de Levi-Strauss selon laquelle une culture, comme une langue d'apres Ferdinand de Saussure (11), est un systeme de differences, d'oppositions, qui ne porte du sens qu'a la condition qu'elle menage en son sein de la non-coincidence, il n'est pas impossible que certaines formes de culture contemporaine presentent comme une regression du fait d'une uniformisation des modes de vie, de la perte du sens des regles et convenances ; a cet egard significative est la critique faite par Richard Sennett de la societe contemporaine qui tend a niveler les usages, les roles depuis un modele dominant, celui de la vie privee, ce qui conduit, dit il, a une perte du sens de la theatralite. (12) Avec la disparation des costumes et vetements specifiques par lesquels se distinguent les roles, les fonctions, les activites, les sexes, tout se passe comme si la verite de l'homme se trouvait finalement dans sa nudite. (13) C'est aussi l'espace et le temps qui cessent d'etre marques par la difference, comme on le voit notamment avec la banalisation du dimanche reduit a un jour ordinaire, ouvert au travail professionnel. (14)

Par ailleurs l'individualisme libertaire contemporain, tel qu'on l'observe a propos de la vie familiale, et que certains sociologues tendent curieusement a presenter comme ineluctable, peut marquer comme une grave regression dans l'ordre de la culture. Je pense en particulier a l'affirmation du caractere indifferent, pour une nation ou l'humanite en general, de la difference entre les sexes, qui pretend notamment justifier, au nom de la liberte et de l'egalite, et en lien avec la theorie du <<gender>>, la revendication du mariage homosexuel et de l'homoparentalite. (15) La volonte de nier la difference sexuelle, caracteristique de la theorie du <<gender>>, est presentee par Yves Charles Zarka comme caracteristique de l'ideologie liberale et capitaliste selon laquelle chacun peut disposer de soi sans egard aux regles, roles, coutumes et usages habituellement elaborees par les societes. (16) Cette remarque s'inscrit dans le sillage de l'observation ironique faite par Marx et Engels selon laquelle le capitalisme supprime les hierarchies sociales, les distinctions entre les metiers, le caractere propre des activites scientifiques, artistiques ou religieuses ; c'est le sacre, c'est-a dire, au sens anthropologique de ce qui est separe, et par la indisponible, qui se trouve recuse par le capitalisme et le liberalisme economique. (17)

A contrario, si l'on considere le point de vue structuraliste de LeviStrauss, on peut admirer, de facon quasi esthetique, la facon dont une culture organise en son sein tout un systeme de differences, de non coincidences, d'oppositions, en particulier dans l'organisation de la relation entre les sexes, par la marquage du corps, la distinction des vetements, la specialisation des roles, places et fonctions, non seulement dans les activites laborieuses, mais aussi dans les activites ludiques, et plus encore esthetiques comme la danse : c'est la distinction, la reunion, l'enlacement entre l'homme et la femme qui donnent sens et charme a ces danses comme la valse, le tango, le rock, qui representent un des plus hauts degres esthetiques auquel ait ete portee, dans la sublimation, l'exaltation du couple. Par ailleurs c'est la volonte de conjurer l'uniformite, l'immobilite, l'homogeneite sociale que vise, selon Levi-Strauss, la fameuse prohibition de l'inceste qui interdit le mariage entre personnes de la meme famille, du meme clan.

Mais il faut prendre garde au fait que la mise en place, par la societe, des differences, passe souvent par l'inegalite. Il faut alors recourir, au-dela des logiques esthetique, fonctionnaliste, anthropologique, a une forme de jugement qui soit proprement moral, et prendre en compte la dimension morale des cultures. Si donc l'on revient sur la vie familiale, comment ne pas voir que vont contre le respect de la dignite de l'homme certaines atteintes a la liberte et a l'egalite comme le mariage force de jeunes filles mineures, les fiancailles arrangees pour des fillettes non nubiles; ou encore l'inegalite des epoux dans les separations avec la pratique de la repudiation de la femme par son mari, l'absence de reciprocite que denote la polygamie? (18) Que penser de la divisions en castes? Que dire des mutilations sexuelles (excision, infibulation) pratiquees encore aujourd'hui en certaines regions du monde? Face a ces differentes pratiques peut-on se contenter d'une approche ethno-stucturaliste, qui cherche a comprendre, c'est a dire, en repondant a la question du pourquoi, a degager des raison? (19) Plus radicalement comment ne pas voir qu'est contraire a la dignite des personnes la subordination des membres de la famille a l'interet materiel ou moral de la famille, comme on le voit dans la conception mediterraneenne de la famille, (20) et tout specialement dans la defense de l'honneur familial et ce qu'il est convenu d'appeler, helas ! <<crime d'honneur>>? (21)

Et puis, si l'on considere les sacrifices humains, tels que par exemple les decouvrent les Espagnols arrivant avec Cortes a Mexico au debut du XVIeme siecle, l'ethnologue peut bien les presenter comme s'inscrivant dans une logique parfaitement comprehensible : offrir au soleil, source de la vie, ce qu'il y a de plus precieux pour les hommes, a savoir le sang humain ; reste que ces pratiques ont ete considerees comme abominables au nom de la conception chretienne du respect des personnes ; en langage kantien on dira que faire des personnes humaines les victimes d'un sacrifice, c'est les reduire au statut de moyens.

On voit d'ailleurs ici les grands textes de l'UNESCO, precedemment evoques, temperer sensiblement le principe de l'egale valeur des cultures; il est en effet demande aux cultures d'avoir le souci de la recherche de la verite (1966, preambule); de l'education morale et intellectuelle (1966, art. 10); de la volonte d'epanouissement de la personne humaine (1966, art. 7); du respect des droits de l'homme (ibidem, art. 11 ; 2001, article 4) (22). Ces exigences sont presentees comme des devoirs sacres pour les nations (2001, preambule). Ce qui s'impose alors ici c'est la culture dans la troisieme dimension precedemment degagee, au nom de quoi peuvent etre jugees les cultures. On voit alors que la dimension patrimoniale d'une culture ne suffit pas a la justifier d'un point de vue moral. Certes, pour une culture qui a ignore ou bafoue la dignite de l'homme, on peut en conserver les traces, mais alors ce sera comme en un musee des horreurs, en vue de prevenir contre le retour de la barbarie, et rappeler, comprendre, les etapes que l'humanite a peniblement parcourues.

Le principe de la dignite de l'homme, qui doit etre pense comme transcendant ou encore comme proprement metaphysique, surplombe tant la nature que la culture dans ses aspects socio-historiques ; il invite a depasser une vision purement immanentiste du sens. Seule une telle perspective peut ouvrir au sens de l'universel, mais aussi de l'eternel qui est l'autre dimension de l'absolu. Ceci dit, l'absolu n'est jamais donne dans sa purete ; ce serait contradictoire ; si par definition il est independant de l'espace et du temps, (23) c'est bien cependant seulement dans l'espace et le temps qu'il se donne.

L'histoire comme dimension de la revelation de l'absolu

Si les differentes cultures representent differentes facons d'etre humain et qui n'ont pas necessairement la meme valeur par rapport au principe de la dignite de l'homme, il ne faut cependant pas exclure la possibilite qu'elles puissent se succeder dans l'histoire des hommes en ce qu'il faut bien appeler un progres.

Certes le progres n'a rien d'ineluctable ; le temps peut en effet apporter le meilleur comme le pire. (24) Reste que, pour ce qui concerne le meilleur, et qui ne peut etre evalue que depuis un principe reconnu par la raison, on peut le considerer comme apparaissant dans l'histoire par l'intermediaire des philosophes ou des prophetes, ou, comme le dit Bergson, des heros ou des saints ; et ceci en des periodes, des cultures, des civilisations parfaitement reperables. On peut alors parler avec Jaspers de periodes axiales, (25) ou l'on voit en quelque sorte, comme en une echelle de Jacob, mis en relation privilegiee le ciel et la terre, le temps et l'eternite, l'humanite decouvrant progressivement un sens qui la depasse. (26) Chaque peuple, chaque nation, chaque culture, chaque civilisation peut alors etre tour a tour depositaire de l'absolu, pour en transmettre en quelque sorte le flambeau a d'autres, qui l'approcheront sous des formes diverses. (27)

De ce fait, serviteur de l'absolu, aucun peuple, aucune culture ne peut s'en pretendre possesseur ou en tenir la formulation culturelle decisive, que ce soit dans une philosophie ou une religion, en particulier en un corpus definitif, a fortiori par une langue sacree. Prendre pour l'absolu, sous ses deux modalites que sont l'universel et l'eternel, ce qui n'en est que representation dans le temps serait dogmatisme, integrisme, fondamentalisme, plus encore idolatrie. L'universel, pas plus que l'eternel n'est jamais donne, jamais atteint de facon decisive; il est, comme le dirait Kant, idee regulatrice. Le chercher, c'est se poser cette question: qu'est-ce qui est digne d'etre reconnu par tous les hommes de tous les temps? Une telle question releve de la philosophie. Avec Kant on pourrait dire que, de meme que pour les religions, chacun est libre ensuite d'accueillir comme satisfaisantes, ou de recuser comme illegitimes, les reponses qui peuvent lui etre proposees par les cultures. Reste que toute pretention a posseder la verite, comme on le voit quelquefois dans les religions, conduit quasiment necessairement a la violence; a cet egard on aurait tort de s'indigner du fait que l'on puisse faire la guerre au nom de Dieu; en effet quiconque pretend connaitre parfaitement Dieu, etre le porte parole de sa volonte, perd toute humilite , est gonfle d'orgueil, cherche a imposer ce qu'il considere comme la verite; il en va ainsi pour les hommes comme pour les civilisations. L'idolatre est alors celui qui prend pour le divin, donc pour l'absolu, ce qui n'en est que representation, image, necessairement relative.

C'est ainsi par exemple que, au risque de passer pour iconoclaste, l'on peut aujourd'hui parler d'idolatrie des droits de l'homme, lorsque se trouvent confondues les expressions droits de l'homme et dignite de l'homme. Les droits de l'homme en effet n'apparaissent qu'avec la modernite, en cette region du monde qu'il est convenu d'appeler l'Occident. Les droits de l'homme ne sont donc que des mediations en vue du respect de la dignite de la personne humaine ; ils ne se confondent pas avec elle. Le respect de la dignite de l'homme ne passe pas necessairement par la defense de ses droits. Plus gravement, par leur caractere subjectiviste et individualiste, ainsi que par leur suspicion face aux communautes naturelles comme la famille, ils peuvent conduire a de graves regressions quant au respect effectif de la personne humaine. C'est ainsi que l'on peut douter de l'opportunite de vouloir decliner, en les particularisant, les droits de l'homme pour differents contextes culturels comme l'Asie, l'Afrique, l'Islam. (28)

Si l'histoire est la dimension dans laquelle se deploie l'activite de l homme, a la recherche de son humanite, elle merite d'apparaitre comme lieu d'un possible progres moral ; un tel progres n a cependant rien d ineluctable ; a cet egard il faut denoncer la conception selon laquelle le present serait naturellement marque par l'avenement d'un mieux, conception que l'on pourrait appeler neophilie, etymologiquement amour du nouveau, et qui tend aujourd hui a s'imposer par rapport a la vie privee (famille, couple, sexualite), dont on affirme qu'il n'est pas souhaitable et plus possible de vouloir en limiter l'evolution commandee par la logique egalitaire et libertaire. Cette tendance n est pas plus fondee que celle que l on pourrait appeler misoneiste, etymologiquement haine du nouveau, et qui revient a l'integrisme, selon laquelle le sens aurait ete donne de facon decisive dans le passe, de telles sorte que le present et l'avenir ne puissent que le degrader ineluctablement. De l'histoire, comme d'ailleurs de la nature, on peut dire qu elle n a pas de sens par elle-meme ; elle doit etre jugee depuis des principes qui la transcendent, qui la surplombent et qui, avant d'etre consideres depuis la foi religieuse, relevent d'une approche proprement metaphysique, plus precisement ici meta-historique.

Il faut alors affirmer que, au-dela de l'histoire, telle qu elle peut etre objet d'evaluation pour la philosophie speculative, en somme comme devenir de l'humanite, l'histoire, selon une philosophie pratique, est a penser comme avenir, lequel sera finalement ce qu'en feront les hommes, depuis leur reflexion, leur engagement, leur responsabilite. Le processus de culture (ou de civilisation), la possibilite de fonder de nouvelles cultures doivent alors etre commandes par le souci de respecter les plus hautes valeurs, ce qui revient au troisieme sens de la culture, celui qui designe la vie de l'esprit.

Au-dela des sciences humaines, que ce soit l'histoire, la sociologie, l ethnologie, qui se contentent de decrire, d'expliquer, voire de comprendre les cultures, l'anthropologie deja offre des criteres en vue de leur evaluation. Mais il revient a la philosophie de les juger selon un principe, qui est transcendant, celui de la dignite de l'homme et d'ouvrir ainsi les voies a la volonte, quelle soit individuelle ou collective, pour qu elle agisse dans le sens de cette dignite. On ne peut donc affirmer que toutes les cultures se valent, ou du moins que tous les elements en leur sein aient autant de valeur. Il est certes dangereux que, en certaines regions du monde, l'on pretende, au nom d'une verite incontestee, interdire ou alors seulement tolerer des minorites culturelles, en particulier religieuses. En retour les societes occidentales, fondees sur les principes de la liberte et de l egalite, en somme le respect des differences, pourraient etre tentees d accepter que, au sein des Etats, des groupes puissent avoir leur propre culture, leur propre morale, voire leurs propres lois, ce qui revient au communautarisme. Plus radicalement on serait tente d'affirmer que chacun, a titre individuel, peut choisir son mode d'existence, en particulier en matiere sexuelle, conjugale, familiale, et qu il faudrait ainsi renoncer a l'idee d'une culture commune. Or liberte et egalite ne suffisent pas a fonder une vie sociale. Il convient alors de bien saisir le sens du principe de laicite ; il consiste, pour ce qui concerne les lois civiles, d'en accepter l'aspect necessairement contractuel, positif et provisoire, mais, au-dela de la logique purement utilitaire, egalitaire, libertaire, sans renoncer a l'idee d'une morale commune. La democratie serait devoyee si, au nom du seul interet individuel, on refusait, non seulement le souci du bien commun, mais aussi la possibilite de se referer a des valeurs universelles. L universel est alors bien dimension de la verite, qui doit etre l'objet d'une recherche jamais close.

(1) Cet article developpe une reflexion exposee dans une communication donnee sous le titre <<Toutes les cultures se valent-elle?>> au 32 eme Congres de l'ASPLF (Association des societes de philosophie de langue francaise), organise du 21 aout au 1er septembre 2008 par l'Academie des sciences, des lettres et des Arts de Carthage, qui portait sur le theme <<L'universel et le devenir de l'humain>>. L'argument presente par les organisateurs du Congres partait des trois recommandations suivantes : 1) Il faut surmonter le soupcon d'hegemonie et de volonte de puissance lie a l'idee d'universalite 2) Il est dangereux, dans les domaines de l'ethique, de la politique, du droit, de renoncer a l'idee d'universel .3) Il convient de reintroduire dans la pensee des objectifs telle que la poursuite de la dignite humaine. Ces trois recommandations offraient comme un plan dont s'etait inspiree tres largement ma communication.>> Ma communication comme cet article reprend les grands lignes du premier chapitre du cours que je donne a l'Universite catholique de Lyon dans le Cycle Sciences humaine et sociales sous le titre 'Culture occidentale et sens de l'homme>>.

(2) Declaration des principes de cooperation culturelle, 4 novembre 2006 ; <<Article premier

1. Toute culture a une dignite et une valeur qui doivent etre respectees et sauvegardees.

2. Tout peuple a le droit et le devoir de developper sa culture.

3. Dans leur variete feconde, leur diversite et l'influence reciproque qu'elles exercent les unes sur les autres, toutes les cultures font partie du patrimoine commun de l'humanite.>>

Cf. aussi La Declaration sur la diversite culturelle, 2 novembre 2001 ; <<Article Premier : La diversite culturelle, patrimoine commun de l'humanite. La culture prend des formes diverses a travers le temps et l'espace. Cette diversite s'incarne dans l'originalite et la pluralite des identites qui caracterisent les groupes et les societes composant l'humanite. Source d'echanges, d'innovation et de creativite, la diversite culturelle est, pour le genre humain, aussi necessaire que l'est la biodiversite dans l'ordre du vivant. En ce sens, elle constitue le patrimoine commun de l'humanite et elle doit etre reconnue et affirmee au benefice des generations presentes et des generations futures.>>

(3) Article 5--<<Les droits culturels, cadre propice a la diversite culturelle Les droits culturels sont partie integrante des droits de l'homme, qui sont universels, indissociables et interdependants. L'epanouissement d'une diversite creatrice exige la pleine realisation des droits culturels, tels qu'ils sont definis a l'article 27 de la Declaration universelle des droits de l'homme et aux articles 13 et 15 du Pacte international relatif aux droits economiques, sociaux et culturels. Toute personne doit ainsi pouvoir s'exprimer, creer et diffuser ses oeuvres dans la langue de son choix et en particulier dans sa langue maternelle ; toute personne a le droit a une education et une formation de qualite qui respectent pleinement son identite culturelle ; toute personne doit pouvoir participer a la vie culturelle de son choix et exercer ses propres pratiques culturelles, dans les limites qu'impose le respect des droits de l'homme et des libertes fondamentales.>>

(4) Pascal Bruckner, La tyrannie de la penitence ; essai sur le masochisme occidental, Paris : Grasset, 2006.

(5) Alain Finkielkraut, La defaite de la pensee , Paris : Gallimard, 1987. Il faut rappeler que l'apartheid se justifie souvent par une injonction apparemment seduisante : chacun chez soi dans le respect des differences.

(6) Il n'est malheureusement pas certain que ces trois niveaux de sens soient suffisamment distingues dans les grands textes du Magistere catholique, comme le Discours du Pape Jean Paul II a l'UNESCO de 1980, qui a ete presente dans le numero 4/2011 de cette revue par Emmanuel GABELLIERI dans sa contribution intitulee <<Culture, personne et histoire, philosophie de la culture et anthropologie fondamentale : de Jean Paul II a Karol Wojtyla et retour>>.

(7) Il en va de meme pour le terme institution.

(8) A la suite de Levi-Strauss, il est devenu politiquement incorrect de parler d'evolutionnisme culturel; ce refus se comprend s'il signifie qu'aucun progres n'est ineluctable ; il est contestable s'il signifie qu'il ne faut plus desormais parler de progres ou de regression dans l'histoire de l'humanite ; sans aborder encore l'aspect moral de la culture dont il sera question dans le s. suivant, comment nier que des progres, ou des reculs, puissent etre accomplis, au moins du point du vue technique et scientifique?

(9) CF. Guy Coq, Petits pas vers la barbarie, Presses de la Renaissance, 2002. Cf. aussi le beau discours du Pape Benoit XVI aux universitaires, prononce le 19 aout a l'Escurial, dans le cadre des 16emes Journees mondiales de la Jeunesse, Madrid 2011, ou l'Universite est presentee comme institution au service de la verite.

(10) Cf. Michel Henry, La Barbarie, Grasset, 1987.

(11) Cours de Linguistique generale, Payot, 1969.

(12) Les Tyrannies de l'intimite, Seuil, 1979. On peut noter comme aspect de ce modele impose par la vie privee la generalisation du tutoiement.

(13) Sur la critique de l'ideal de nudite cf. aussi chez Edmund Burke, l'idee d'une <<critique de la raison nue>>, c'est -a -dire d'une raison abstraite, telle qu'elle s'impose avec la Revolution Francaise (Essai sur la Revolution de France, Hachette, Collection Pluriel, 1989, p. 110) et Hannah Arendt les reserves vis-a-vis de la dimension internationaliste des droits de l'homme, d'un homme sans appartenance a une communaute politique particuliere, L'imperialisme, Fayard, 1982, p. 282. A noter aussi que, si coutume et costume sont de la meme famille, on peut mediter sur cette belle formule de Pascal : <<la coutume, qui veut la ramener a son principe, l'aneantit.>>

(14) Il faut ici rappeler, depuis l'etymologie (du latin sancire), le sens anthropologique du sacre : ce qui est separe du monde profane, c'est a dire de ce qui se tient devant, donc en dehors, du sanctuaire ; le sacre, en tant que separe est moralement, socialement de l'ordre de l'indisponible. Cf. Henri Caillois, L'homme et le sacre, Gallimard, 1950. C'est precisement l'indisponibilite, jusqu'a celle de l'homme, que recuse le capitalisme liberal. Avant l'indisponibilite de l'homme c'est celle de la nature qui est recusee, ce qui a conduit a l'exploitation de la nature, caracteristique de la culture occidentale. Alors une telle conception de la nature et de l'homme, comme fait de culture, merite a l'evidence d'etre jugee, ce dont ne se prive heureusement pas le courant ecologiste.

(15) On voit mal ce qui pourrait empecher que ne soit mis un jour en question, au nom de la liberte individuelle souveraine, ce que l'anthropologie structurale de Levi-Strauss presente comme un universel, a savoir la prohibition de l'inceste.

(16) Yves Charles Zarka, <<Le genre, theorie ou ideologie?>>, La Croix, 2 aout 2011.

(17) Cf. Karl Marx, Frederich Engels, Le Manifeste du Parti communiste, Edition sociales, 1976, p 34. Cf. a la suite des critiques de Regis Debray, l'ouvrage de Luc Ferry et d'Alain Renault, La pense 68, essai sur l'antihumanisme contemporain, Gallimard, collection <<Folio Essais>>, 1988.

(18) La denonciation par Kant, dans la Doctrine du droit, s. 26, du caractere injuste de la polygamie se fonde sur un argument que l'on peut formuler le facon lapidaire : il n'y a pas de reciprocite la ou la femme se donne totalement a un homme qui ne se donne que partiellement.

(19) On sait que , pour ce qui concerne l'excision, elle st justifiee, par les cultures qui la pratiquent au nom de la necessite de supprimer, avec l'ablation du clitoris , toute ressemblance avec le sexe masculin.

(20) Cf. Piergiorgio Solinas, <<La famille>> in Fernand Braudel, La Mediterranee, Flammarion, Collection Champs, 1986.

(21) Pour ce qui concerne la vie familiale et la facon dont elle peut contribuer a la promotion de la dignite des personnes, il faut se garder de tout exces : si la liberte et l'egalite sont des principes qui meritent evidemment d'etre pris en compte, ils ne sont pas les seuls ; le sens de la communaute, de l'entraide et du partage, tel qu'il est vecu dans les communautes traditionnelles, par exemple en Afrique, tend aussi a realiser le bien de l'homme ; et puis la liberte elle-meme ne peut etre tenue comme equivalant au desir, encore moins au caprice ; elle doit etre pensee aussi comme engagement et fidelite. C'est dire que ne doit pas etre neglige, comme critere d'evaluation des cultures , celui, simple et formule par Aristote, a savoir la prudence comme art d'eviter les extremes, par exces ou par defaut.

(22) <<Nul ne peut invoquer la diversite culturelle pour porter atteinte aux droits de l'homme garantis par le droit international, ni pour en limiter la portee>>. On peut alors distinguer dans l'education deux dimensions : l'une, particuliere comme apprentissage des facons de penser et d'agir propres a une culture, et qui revient a la socialisation ; l'autre, qui peut etre en tension avec la premiere, et dont la vocation est l'ouverture a l'universel, en particulier comme souci de la verite.

(23) Rappelons qu'absolu vient du participe passe du verbe latin absolvere qui veut dire detacher ; l'absolu est donc ce qui est detache, independant de toute condition d'espace et de temps.

(24) A cet egard si le progres n'est pas inscrit dans l'histoire comme la constituant, pour autant il n'est pas interdit d'evaluer les differentes cultures qui se succedent dans les differentes epoques comme pouvant marquer un progres dans le developpement de l'humanite.

(25) Cette belle idee de Jaspers a ete presentee par le professeur Abdou Filali Al Ansari dans la conference par laquelle a ete inauguree le congres de l'ASPLF de Carthage en 2008.

(26) On parle ici seulement de la decouverte de l'absolu ; dire qu'il se manifeste ou se revele, c'est le considerer comme etre, ou mieux comme personne, ce qui, au-dela de la philosophie, et precisement de la metaphysique, introduit dans l'ordre de la foi religieuse.

(27) Si l'Europe a ete pendant des siecles depositaire des valeurs caracteristiques du christianisme, c'est de l'Orient qu'il les a recues; il est bien probable que ces valeurs soient actuellement deja prises en charge par d'autres regions du monde comme l'Afrique, l'Amerique Latine.

(28) Sur le danger d'une veneration quasiment religieuse des droits de l'homme, cf. la critique faite par Jean Carbonnier, Droit et passion du droit sous la V eme Republique, Flammarion, 1996.

Bibliographie

1. Arendt, Hannah (1982), L'imperialisme, Paris: Fayard.

2. Bruckner, Pascal (2006), La tyrannie de la penitence ; essai sur le masochisme occidental , Paris: Grasset.

3. Burke Edmund (1989), Essai sur la Revolution de France, Paris: Hachette, Collection Pluriel.

4. Caillois, Henri (1950), L'homme et le sacre, Paris: Gallimard.

5. Carbonnier, Jean (1996), Droit et passion du droit sous la Veme Republique, Paris : Flammarion.

6. Coq, Guy (2002), Petits pas vers la barbarie, Paris : Presses de la Renaissance.

7. De Saussure, Ferdinand (1969), Cours de Linguistique generale, Paris : Payot.

8. Ferry, Luc et Renaut, Alain (1988), La pense 68, essai sur l'antihumanisme contemporain, Paris : Gallimard, collection <<Folio Essais>>.

9. Finkielkraut, Alain (1987), La defaite de la pensee, Paris: Grasset.

10. Gabellieri, Emmanuel (2011), <<Culture, personne et histoire, philosophie de la culture et anthropologie fondamentale : de Jean Paul II a Karol Wojtyla et retour>> in Etudes Interculturelles. 4/2011, Lyon.

11. Henry, Michel (1987), La Barbarie, Paris : Grasset.

12. Kant, Emmanuel (1971), la Doctrine du droit, [section] 26, Paris: Vrin.

13. Levi-Strauss, Claude (1961), Race et histoire, Paris: Gonthier.

14. Marx et Engels, (1976), Le Manifeste du Parti communiste, Paris: Edition sociales.

15. Sennett, Richard (1979), Les Tyrannies de l'intimite, Paris: Seuil.

16. Solinas, Piergiorgio (1986), <<La famille>> in Braudel, Fernand, La Mediterranee, Paris : Flammarion, Collection Champs.

17. Zarkas, Charles (2011), <<Le genre, theorie ou ideologie?>> in La Croix, 2 aout 2011, Paris.

Paul Moreau *

* Paul Moreau is Professor at the Faculty of Philosophy, Universite Catholique de Lyon. Contact: paul.moreau7@libertysurf.fr
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Author:Moreau, Paul
Publication:Studia Europaea
Article Type:Report
Date:Dec 1, 2012
Words:6226
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