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Fantasme voyeuriste et perversion narcissique dans Le Ravissement de Lol V. Stein de Marguerite Duras.

Cet article se propose d'examiner la thematique binaire du voyeurisme et du narcissisme dans 1'ouvrage de Marguerite Duras, Le Ravissement de Lol V. Stein, un ouvrage qui met en scene le fantasme de la protagoniste principale: Lol. Suite a 1'abandon de 1'object d'amour, Lol amorce en effet une retraite complete de la libido qui trouve plus de satisfactions dans le moi que dans l'aventure de la libido d'objet, source d'autres satisfactions mais aussi de la menace d'abandon. Ainsi, le desir de 1'autre est remplace dans le fantasme de Lol par un desir lie a celui de voir le spectacle de son amant faisant 1'amour a une autre femme. La question qui se pose etant: quel rapport singulier unit le regard a l'objet de son desir? Nous essaierons dans cette analyse de mettre en evidence la place et le lien de parente qui unit la theorie freudienne de l'identification narcissique dans le cas de la melancolie, a la conception lacanienne du fantasme dont le mecanisme structurant se resume dans l'identification du sujet a 1' "objet a." C'est en ce sens que notre analyse se distingue en partie de celles qui 1'ont precedee, notamment Soleil Noir de Julia Kristeva ou l'Etude psychanalytique de la figure du ravissement de Suzanne Ferrieres-Pestureau. Nous voulons done rendre pleinement justice a ce concept d'identification du sujet a l'objet qui represente la composante essentielle du fantasme dit scopique; concept se situant dans le prolongement direct de la theorie freudienne sur le sujet de la melancolie. D'autre part, nous essaierons de montrer que la representation de 1'existence feminine, toute entiere centree sur une dependance de type voyeuriste, donne non seulement au recit sa configuration unique, mais continue d'explorer la nature revolutionnaire et potentiellement therapeutique de ce modele feminin de curiosite narcissique.

A 1'origine de la "maladie" de Lol, de son comportement obses-sionnel et pervers (1) dans la mesure ou Le Ravissement met en scene le fantasme de cette derniere qui consiste a se faire voyeuse d'une scene sexuelle, se trouve un evenement qui s'est produit par hasard. Cet evenement est celui du bal de T. Beach marque par la passion soudaine qui ravit Michael Richardson, le fiance de Lol, et Anne-Marie Stretter, venue assister au bal accompagnee de sa fille. Tout au long de la nuit les amants dansent eblouis. Passionnement amoureuse de son fiance, Lol qui de son cote est etrangement fascinee par la scene, n'a pas la reaction qu'il serait plausible d'attendre: la douleur ne l'atteint pas. Et suivant le scenario de Hold, confirme par Tatiana, (2) le desir de Lol etait de pouvoir retarder le depart des amants, qu'a jamais elle reste unie a eux:

Et cela recommence: les fenetres fermees, scellees, le bal mure dans sa lumiere nocturne les aurait contenus tous les trois et eux seuls. Lol en est sure: ensemble ils auraient ete sauves de la venue d'un autre jour, d'un autre, au moins. Que se seraitil passe? Lol ne va pas plus loin dans l'inconnu sur lequel ouvre cet instant. (47)

Ainsi arrachee a la vision de cette scene porteuse d'une revelation extatique qui n'a pu etre menee a son terme, 1'illusion de son identite se dematerialise. Apres le bal, il ne reste d'elle qu'une forme videe de sa substance mais qui reste avec la sensation d'un "manque" (23), a la poursuite d'un "ailleurs" (44), c'est-a-dire un desir qui derive sans but, et dont l'assouvissement pourrait combler ce manque: "On aurait dit [...] qu'elle etait devenue un desert dans lequel une faculte nomade l'avait lancee dans la poursuite interminable de quoi? On ne savait pas. Elle ne repondait pas" (24). Pour Tatiana, ce traumatisme n'a fait que pleinement reveler ce qui caracterisait deja son amie depuis toujours: une sorte d'infini interieur qui echappe a toute pensee, a tous sens, (3) vecu dans l'attente d'un etat futur ou Lol deviendrait elle-me-me a part entiere: "Au college, dit-elle, il manquait quelque chose a Lol, deja elle etait etrangement incomplete, elle avait vecu sa jeunesse comme dans une sollicitation de ce qu'elle serait mais qu'elle n'arrivait pas a devenir" (80). Le fait est que dix ans plus tard, Lol demeure hantee par cet evenement dont elle a ete le temoin visuel et qu'elle recree successivement, continuellement dans son esprit, jusqu'a la miseen scene d'une scene similaire dans laquelle sont impliques d'autres personnages en tant qu'acteurs, et qui se donne chaque fois comme la repetition de cette scene initiale du bal de T. Beach.

Dans ce qu'il a d'obsessionnel, le comportement de Lol peut s' expliquer en termes psychopoetiques (4) car il est bien evident que la psychoanalyse s'est trouvee confronted des 1'origine a des phenomenes de repetition que Freud a regroupes sous le terme de "compulsion de repetition," et qui designe d'une facon generate d'apres la definition qu'en donne J. Laplanche et J. B Pontalis, "le refoule [qui] cherche a 'faire retour' dans le present sous formes de reves, de symptomes, de mise en acte [...]." (5) Au sens propre, le refoule est le produit d'une operation de refoulement par laquelle le sujet cherche a repousser ou a maintenir dans l'inconscient des representations (pensees, images, souvenirs) dont le caractere traumatique tient au fait que ces representations sont liees a un desir interdit. Il correspond donc a une zone de non-representation au sein meme du psychisme constitutive et participative du fonctionnement inconscient. Favorise par la survenue du bal, (6) ce qui a ete refoule dans un premier temps, tend a nouveau a fair irruption dans la conscience mais, n'ayant pas laisse de traces mnemoniques, produit ce que Suzanne Ferrieres-Pestureau decrit comme une "experience proche de I'hallucinatoire en faisant resurgir ce qui etant reste forclos du symbolique echappe a l'epreuve de la realite." (7) Ce mouvement regressif amorce un retour vers la perception de la Chose sous la forme d'un fantasme obsessionnel, au sens premier du terme freudien, (8) ou se rejoue la visualisation imaginaire de la scene du ravissement face au Rien, et qui sera secondairement misen scene dans la realite. En effect, le texte nous dit que Lol erre sans but dans les rues de S. Tahla, continuellement obsedee par le souvenir du bal dont le sens confus et dissout se heurte pour Lol au mystere: "Elle ne dispose d'aucun souvenir meme imaginaire, elle n'a aucune idee sur cet inconnu" (9) (48). En tant que tel, le bal releve ici d'un savoir inconscient, "systeme ou Freud situe la 'vraie' memoire, celle qui n'est pas au fond toute traduisible ou transposable." (10) Selon Hold, c'est precisement cet "inconnu" qui fait l' objet du desir de Lol, une quete apparemment impossible puisque le "mot" qui aurait pu le definir est "innommable" (48). En ce sens, le bal fonctionne de la meme maniere que ce que Lacan nomme un "significant" dans la chaine infinie de la signification, ou un signifiant est toujours represente par un autre, ce qui revele l'intuition de la faille au fondement du langage et du sujet. De fait, le bal semble remplacer l' identite de Lol par une autre: une non-identite, une absence, de la meme maniere que Lol devient une absence quand le corps d'Anne-Marie-Stretter est lentement denude dans son fantasme. Ainsi, il semblerait que Lol disparaisee a mesure qu'elle cherche a se rapprocher d'une "memoire" qui la fonde en tant que sujet de I'inconscient, mais qui lui echappe. Dana La Vie materielle, Marguerite Duras decrit, avec circonspection, son heroine comme etant prise dans un "certain oubli d'elle-meme." (11) Le tour de force durassien etant de prendre appui sur cette perte, autrement dit, cette "memoire sans image de l'inconscient." (12) En effet, Lol revit le moment du bal encore et encore, esperant "voir" ce qui se serait passe si l'arrivee du jour n'etait pas survenue ainsi que le depart des amants qui s'ensuit, mais elle echoue a capturer cet inconnu.

Le ravissement de Lol s'elabore ainsi a partir d'une catastrophe speculaire qui fait trou en rejetant a l'exterieur de la conscience un trop plein de traces que le sujet va tenter de reactiver par un dispositif speculaire ou, de son poste d'observatrice, Lol regarde une scene sexuelle qui ouvre sur un manque a voir. En effect, le fantasme de Lol ne se realise jamais totalement puisque le moment de son apogee reste suspendu au regard du sujet, immobilise sur un instant fige pour toujours. De meme, dans la "mise en acte" du fantasme, la scene visuelle est recreee, mais la vision complete n'est jamais atteinte par Lol ou le lecteur ainsi que le confirme cette derniere; (13) c'est un "spectacle inexistant, invisible" (63)--une scene qui reste a voir. Ainsi, le fantasme precede sa mise en acte mais chaque fois est represente le cas d'un desir toujours differe, par definition irrepresentable. L'instance du voir confond de ce fait l'image de la scene du desir avec la metaphor d'une perte originaire. Autrement dit, le point de ravissement est atteint par un mouvement de renonciation a tout vouloir en premiere personne pour accueillir un autre vouloir, un vouloir narcissi-que--intimement lie a la quete du moi en tant qu'Autre a l'interieur de soi, de l'Autre en tant que meme--qui recuse la loi de l'objet et tend vers le retour a une tendance fondamentale de l'etre a demeurer dans son etre. La metaphore la plus courante du narcissisme etant le miroir qui recoit et reflete le moi: le miroir, on le sait, est necessaire a la connaissance de soi. Il restera au Moi a payer le prix pour atteindre cette impossible jouissance d'une identite de soi a soi. Tout se passe comme si Narcisse, seduit par le miroir tendu, se trouvait piege, oblige de contempler, la ou il attendait son image, un curieux object de desir qui est indique comme un "rien" dans lequel le regard se perd: " Il devait y avoir une heure que nous etions la tous les trois, qu' elle nous avait vus tour a tour apparaitre dans l' encadrement de la fenetre, ce miroir qui ne refletait rien et devant lequel elle devait delicieusement ressentir l'eviction souhaitee de sa personne" (124). Ce rien des lors se donne comme le point d'eviction du sujet dans le miroir quine peut etre utilise comme miroir identifiant (14) dans la mesure ou,a la place ou le suject se cherche, il rencontre un vide. Ce vide ne peut etre qu'un lieu deserte par l'Autre, lieu vertigineux de la projection d'une perte dramatique de soi qui fait voler en eclat l' image narcissique du sujet. De cet instant ou la pensee sur le point de se fixer vacille dans le rien, le sujet fait l'experience terrible et delicieuse d' une jouissance dans la dissolution.

Dans cette experience de depossession s'amorce un renversement du proces voir-etre vu, car c'est au moment ou le sujet essaie essaie de regarder de trop pres l'object de son desir que s'ouvre une coupure entre ce qu'il voit et ce "rein" par quoi il se trouve regrade et depossede a son tour. Ainsi le voir se heurte toujours a un au-dela des apparences ou il n'y a rien, c'est-a-dire le regard lui-meme qui interroge le sujet parce que lie au manque constitutif de son etre. En d'autres termes, le sujet chez lacan se definit comme manque-a-etre et l'object de la pulsion scopique, dans ce cas le regard est etre. Ici se dessine l'association d'un manque identitaire a un manque a voir, ou au regard lui-meme, parce qu'il fait trou dans le reel. Le regard est donc toujours ce manque--un manque, apres tout,est precisement ce quine peut se voir, mais si le regard en ce sens ne se voit pas, il n'est pas pourautant inactif, Au contraire, le regard est "non point, un regard vu, mais un regard par moi imagine au champ de l'Autre." (15) "Des que ce regard," ecrit Lacan, " lc sujet essaie de s'y accommoder, il devient cet object punctiforme, ce point d'etre evaniouissant,avec lequel le sujet confond sa porpre defaillance." (16) C'est parce que le scenario fantasmatique procede de la meme demarche masochiste, correspondant a une "position" melancolique ou le sujet trouve si heureusement a symboliser son propre "aneantissement" (50),que cet object insaisissable du desir, exhibe sur la scene d'un dispositif voyeuriste imaginaire, se confond avec l'etre lui-meme dans l'illusion d'une identification symbolique. Comme Freud l'avait deja vu a partir de l' etude du deuil et de la melancolie, et comme Lacan le reconnait dans sa propre definition du fantasme reformulee ici par Camille Dumoulie, " le sujet s'annule, disparaft ("se barre") en s'identifiant a l'object quiest la cause du desir. " (17) ":Il s'agit de cet object privilegie [...]dont la pulsion fait le tour [...] l'object a, " (18) dit Lacan. Objcet partiel dont le sujet est depuis toujours separe, comme de lui-meme. Des lors, c'est l'object qui occupe dans le fantasme la position du sujet, autrement dit le Moi s'identifie a l'object desire et perdu. Cet object (a) dont depend le fantasme scopique, c'est le regard. Il sera ce qui fait trou dans le champ du visible de par "sa fonction de symboliser le manque central du desir." (19)

Il faut dire que l'elaborationde ces productions de l'inconscient (le scenario fantasmatique et sa mise en acte) dont il convient de rappeler la fonction premiere, telle que la decrivent J. Laplanche et J. B Pontalis, liee a "la mise en scene du desir, mise en scene ou l'interdit est toujours present dans la position meme du desir," (20) se donne comme la repetition du traumatisme qui a deja eu lieu. Par consequent elle est l'expression d'un deuil qui reste a faire mais dont l' objet est inconscient. Ainsi que nous le rappelle Elizabeth Lyon: "The fantasy originates in the continually repeated moments of separation [...]. [It] is the "mise en scene" of the subject in relation to loss--to the experience of separation and to an impossible desire for a lost object." (21) Le point de vue d'Elizabeth Lyon, qui releve de l'une des deux interpretations principales du texte de Marguerite Duras, est relativise par cette seconde interpretation a laquelle nous venons de faire reference et dont Raynalle Udris, pour ne citer qu'elle, est partisane. Aussi ecrit-elle: "Lol's fantasy is not strictly to do with loss of the love object, but rather with the emergence of a new epistemology based on fusion beyond the realm of subjectivity." (22) Nous croyons cependant que la dimension ethique contenue dans cette "nouvelle epistemologie" ne s'affirmera que plus tard dans les textes durassiens, ou les personnages deviennent les symboles d'un amour a la fois general et indifferencie. Mais elle n'est pas encore developpee chez Lol V. Stein. Comme le precisera plus tard Marguerite Duras: "Lol n' evolue qu'en elle-meme, c'est tout." (23) De fait, en progression inverse d'une situation de deuil, Lol glisse d'un etat melancolique a un processus de perversion melancolique, en rapport au sens freudien du terme "to an object-loss which is withdrawn from consciousness, in contradiction to mourning, in which there is nothing about the loss that is unconscious," (24) et parlequel le deuil se transforme en pathologie narcissique. Freud suggere, en effet, que la transformation d'une activite sexuele en une activite sublimee, a l' oeuvre dans la pathologie du deuil, necessite pour que soit possible la desexualisation, (25) le retrait de la libido sur le moi, ce qui implique ainsi que le processus de perversion melancolique devient une pre-condition au narcissisme du sujet. Freud decrit cette connexion entre la melancolie et le narcissisme dans Mourning and Melancholia de la maniere suivante:

Melancholia, therefore, borrows some of its features from mourning, and the others from the process of regression from narcissistic object-choice to narcissism. It is on the one hand, like mourning, a reaction to the real loss of a loved object; but over and above this, it is marked by a determinant which is absent in normal mourning or which, if it is present, transforms the latter into pathological mourning. (26)

II faut ici rappeler ce qui en psychanlyse est une evidence: "les narcissiques sont des sujets blesses--en fait carences (27) du point de vue du narcissime." (28) Quelquefois les frustrations dont ils portent encore les blessures a vif depassent ce qu'ils etaient capables de supporter. "Quel objet leur reste-t-il a aimer, sinon eux-memes?" (29) Mais la retraction du soi represente l'ultime defense lorsque la "frustration l'y [le moi] contraindra, les autres defenses se revelant inefficaces." (30) L'on voit que la progression de Lol, apres l'abandon de Richardson qui semble faire echo a un autre niveau de la realite, mene le moivers le retrait narcissique. En effet, Lol presente ce trait particulier d'une narcissique par la transformation de son desir sexuel en une activite sublimee sous la forme d'un fantasme obsessionnel qui perverti, subverti, suspend sa sexualite, (31) simultanement remplacee par un fragment de desir fixe sur le moment de la perception de la perte. Ainsi desinvestie de tout desir sexuel, Lol tend a nier la realite pour s'extraire dans l'au-dela d'un imaginaire fantasmatique entierement deploye. Du reste, il est tout a fait explicite que less personnages dans Le Ravissement ne sont que des jouets, places entre les mains de Lol, dont elle dispose comme elle veut pour mettre en scene son fantasme sans reellement tenir compte de leurs sentiments: "Lol est dans son bonheur, notre tristesse qui le porte me parait negligeable" (LVS: 162), dit le narrateur qui se trouve avec Tatiana a l'hotel des Bois et sait que Lol les observe de son champ de seigle. En parvenant ainsi a un "investissement unitaire," "le narcissisme offre done l' occasion d'une mimesis du desir par la solution qui permet d'eviter que le decentrement oblige a investir l'objet detenteur des conditions d'accession au centre. Le Moi a acquis une certaine independance en transferant le desir de 1'Autre sur le desir de l' Un." (32) En meme temps, la recherche de la toute-puissance qui va de pair avec l' autosuffisance s'effectue par le recours a l'imaginaire qui peut remplacer plus ou moins completement la vie reelle, avec cet avantage apparent que ses insuffisances se trouvent compensees par "la realisation hallucinatoire du desir, comme illusion reparatrice du manque de l' object." (33)

A cet egard, la conception essentielle qui ressort de 1'ouvrage Mourning and Melancholia nous parait particulierement interessante. En effet, Freud semble voir dans le mecanisme de perversion melancolique, consecutif a un refus du deuil, un subsutitut du choix de l'objet abandonne, en trouvant refuge au sein d'une "identification de l' ego avec cet objet." (34) Substitution qui implique la "regression d'un type de choix d'objet au narcissisme originel" (35) du sujet, d'ou la terminologuie utilisee par Freud: "identification narcissique" a l'objet. Dans une telle perspective le narcissisme n'est pas un etat d'ou serait absente toute relation intersubjective main bien l'interiorisation d'une relation. Une telle analogie avec le roman de Marguerite Duras est utile a l'analyse du personnage de Lol V. Stein. Elle permet de metre en evidence, au sein meme du fantasme, le processus de defense auquel il donne prise--notamment le "narcissisme du moi [qui] est un narcissime secondaire, retire aux objets" (36) par lequel le sujet s'identifie lui-meme a l'objet d'amour (37)--mais qui permet en fait l' accomplisement d'un desir refoule sous forme de compromis qui releve d'un conflit entre le desir incoscient et l'interdit appose sur lui. Ce qui resulte en une jouissance paradoxale ou la douleur, liee a la repetition de Inexperience de la perte, se mele a la joie: "Mais ce qu'elle croit, c'est qu'elle devair y [cet inconnu] penetrer, que c'etait ce qu'il lui fallait faire, que g'aurait ete pour toujours, pour sa tete et pour son corps, leur plus grande douleur et leur plys grande joie confondues [...]" (48). Quelque illusion le sujet souhaite entertenir a ce sujet, en trouvant un certain plaisir a exister dans la solitude, celui-ci s' accompagne aussi d'une forme d'etat depressif ou, pour employer l'experssion de Green, de "more psychique" (38) qui caraterise si bien Lol dans Le Ravissement, au point d'etre absente a elle-meme, depourvue de sa propre personne.

Je voudrais insister sur la nature revolutionnaire de cette forme feminine de curiosite narcissique, par rapport a la tradition litteraire ainsi qu'aux definitions cliniques du voyeurisme presente comme une perversion typiquement masculine dont la fonction correspond a un fantasme de possession. Ainsi le renversement des roles dans Le Ravissement ou le voyeur est une femme (au niveau de la fiction) permettrait de mettre en evidence une forme feminine de mettre en evidence une forme feminine de perversion reposant sur une scenographie triangulaire du desir. Traditionnellement, le voyeur est ce sujest qui dans son fantasme execute sans fin la tache de "mater" 1'autre feminin comme le montre le recit mythique d' Acteon, change en cerf et devore par ses propres chiens a 1' instant precis ou il voit la deesse nue. Le mythe evoque du reste cette scene ou Jacques Hold-Acteon "regarde avec interet" Tatiana-Diane denuder son corps qui finit par disparaitre sous 1' intensite du regard de celuici ne voyant plus rien sinon le vide: "Il la regrade jusqu'a perdre de vue 1' identite de chaque forme, de toutes les formes et meme du corps entier" (LVS: 134). De voyeur qui au depart veut voir, Jacques Hold devient en bout de course aveugle par la fascination et transforme en object regard. "En devenant regard," ecrit Herve Castanet, le sujet du fantasme "est devenu ce qu'il cherchait si avidement, si intensement a voir. En devenant ce qu'il cherche a voir, il ne voit plus rien et l' object qu'il pretendait saisir par la vision, lui echappe aussitot. Au moment ou l'object se montre, il se fait equivaloir a cet object qui donc s' evanouit." (39) Il y a a chaque fois perte de vue, partant perte de 1' objet du desir, et substitution de celle-ci par le regard. Mais qu'essaie de voir le voyeur? Comme le souligne Herve Castanet, le voyeur "veut voir l' insaisissable scopique de ce manque qu'est le phallus absent radicalement chez la mere." (40) Ce qu'il veut voir, c'est le phallus en tant que toujours absent la ou il le traque, en tant qu'il est la trace de l' absence meme. Il y a reconnaissance prealable de la castration feminine, de l' absence de penis chez la mere, ensuite dementies. Ainsi, ce que vise le voyeur a se faire regard, pur regard desubjective, est precisement a combler ce manque, a l' annuler et par la a parer a cette horreur fondamentale que la castration (feminine) inscrit immanquablement enlui. Il interroge par la meme la question de la jouissance feminine pour le sujet qui veut se l' approprier. Malgre la mise a nu ostenta- toire de la femme, l' homme ne voit pas ce qu'il voudrait voir. La femme ne se voit pas "toute," elle est habitee par cette etrangete que sont son sexe et sa jouissance. Elle demeure l'inconnue par excellence, ce qui echappe a la vue alors qu'elle ne cesse d' incarner la regard emant de ce rien a voir qui envahit l'homme a l'approche du crops nu de la femme. Autrement dit, ce qu'essaie de decouvrir Jacques Hold par ce regard pose sur le corps feminin, c'est son essence "inactuelle." C'est donc contre l' amante quotidienne qu'il entreprend cette quete de la lemme absolue, seule capable de livrer son secret: Tinconnu de la jouissance feminine. Mais cette construction ne peut atteindre sa cible, l'essenee de la femme lui echappe: elle est fait etre.

Le voyeurisme, exerce par le personnage-narrateur Jacques Hold, fait echo au voyeurisme imagine par le narrateur chez Lol consistant a voir le corps nu de Tatiana se substituer au corps impossible a voir d' Anne-Marie Stretter:

L'homme de T. Beach n'a plus qu'une tache a accomplir, toujours la meme dans l'univers de Lol: Michael Richardson, chaque apres-midi, commence a devetir une autre femme que Lol et lorsque d'autres seins apparaissent, blancs, sous le fourreau noir, il en reste la; ebloui, un Dieu lasse par cette mise a nu, sa tache unique. et Lol attend vainement qu'il la reprenne [...]. (LVS: 50-51)

Ici, le regard fascine de Lol auquel Jacques Hold se substitue redouble le regard de l'amant dont il se fait l'equivalent. Mais ce regard ouvre toujours sur un inaccessible puisque Michael Richardson ne parvient jamais a aller au bout de l'acte sexuel ni meme a devetir entierement Anne-Marie Stretter. Cet inaccessible est done associe a l' impossibilite de voir la nudite feminine rendant a la femme l'etrangete de son sexe et de sa jouissance dont elle est habitee. Cette scene trouve un prolongement dans le voyeurisme que le narrateur exerce par procuration en adoptant le point de vue de Lol, lorsque celle-ci met en scene son propre fantasme a l' hotel des Bois, car ce point de vue est borne aux limites que lui impose l' encadrement de la fenetre de la chambre: "La fenetre est petite et Lol ne doit voir des amants que le buste coupe a la hauteur du ventre. Ainsi ne voit-elle pas la fin de la chevelure de Tatiana" (LVS: 64). Ce que la fenetre ne permet pas de voir ici, c' est encore le sexe, plus specifiquement feminin, et le rapport sexuel.

On observe ainsi que le dispositif voyeuriste de la narration repose sur une division sexuee du regard, par laquelle 1' objet est normativement femelle et le sujet est est normativement male, dans la mesure ou la representation du personnage masculin fonctionne comme mediatrice du regard, comme son representant. C' est donc a partir de la sur determination sexuelle du regard dans le patriarcat que s' enchaine la structure narrative du recit--structure de deploiement de la curiosite, de deplpiement donc de la menace de castration indissociablement liee a la scene primitive de curiosite sexuelle infantile. Et elle emploie deux mecanismes pour faire face a cette menace: soit un souci de reconstituer le traumatisme originel qui porte en lui-meme la question de savoir ce qui constitue la jouissance feminine (enquete sur la femme, demystification de son mystere), contrebalance par un sauvetage de 1' objet coupable; soit un deni complet de la castration en substituant un objet fetiche (objet regard). Dans son article intitule "Le lieu semiotique du spectateur dans le discours de 1' amour contemporain," John Frow avance que dans tous les cas, y compris la plupart des textes concus specifiquement pour les femmes, leur inscription, c'est-a-dire la place qui leur est assignee a 1' interieur du texte, reste subordonnee aux formes du regard masculin, par negation de la difference de la feminite. 'Ce qui en la femme contemple femme est male, ce qui est contemple est femelle. Ainsi se transforme-t-elle en object--et plus particulierement en objet de vision: une vue.' En ce qui concerne les deux voies ou modes d'emploi definis par Mulvey, les femmes sont astreintes a la version passive de la scopophilie, 1'exhibitionnisme (conformement a la formule sequentielle de Lemoine-Luccioni: 'Vois, vois-toi, donne- toi a voir, sois vue'), et astreintes aussi au narcissisme qui permet une identification avec 1' objet de vision, et non avec la position d' enonciation du voir.

En fait, ce mode d'identification avec 1'objet de vision mentionne ci-dessus, tout en supposant une prise de distance au niveau de enonciation avec 1e regard du voyeur, permet de rendre compte d'un des aspects fondamentaux du recit. Celui-ci reside dans la volonte de Duras d'exposer la domination masculine pour ce qu'elle est. A sa- voir la suppression de la difference et le deni de 1'autre en tant que la femme est percue comme le negatif de 1'homme (1'Un-en-moins pour le Un-tout-seul qu'il est). Parallelement, 1'auteur semble poser elle-meme la question de la sexualite feminine et de 1a feminite precisement paree qu'elle ne peut etre definie que par rapport a une logique masculine. Ce faisant, 1'auteur adopte simultanement la position d'enonciation du voir. La conjugaison dans Le Ravissement de deux modes d'identification qui traditionnellement s' excluent l'un l'autre, permet donc de mettre en evidence la portee feministe et subversive du recit qui, pour reprendre less termes de Julia Kristeva, "cotoie chez Duras la mythification du feminnin inaccessible." (41)

Si Marguerite Duras, d'autre part, a choisi d'experimenter dans son roman le voyeurisme en tant que perspective narrative, c'est bien plus la position voyeuriste de l' ecrivain qui se trouve deplacee a l' interrieur du recit par la presence du nattateur qui reunit celui qui voit et celui qui parle, mettamt ainsi le dispositif voyeuriste au coeur du rapport de l' ecrivain a la fiction et a la narration. Cette fascination liee a ka curiosite semble se retouner sur as source, soit l' ecrivain lui-meme, confronte a l'enigme de son propre voyeurisme par lequel advient le recit dont la scenographie correspond a une structure triangulaire. Celle-ci met en scene une position voyeuriste du sujet dont le desir ne parait possible que s'il est insuffle par le desir de l' autre envers un tiers. Si la scenographie triangulaire du voyeurisme dans Le Ravissement presente un lien evident avec le triangle oedipien, le voyeuriseme feminin lie a ce desir de voir le manque qui differencie la mere puisque la narration adopte le point de vue du personnage voyeur (Lol) dans Tapproche des personnages regardes. Ce sont donc aussi bien less personnages que le narrateur ou l' auteur qui revendique cette position voyeuriste, support de leur desir comme de leur malheur. Rappelons qu'en psychanalyse, le concept de castration designe une experience psychique complexe, vecue inconsciemment par l'enfant et decisive pour 1' assomption de sa future idebtire sexuelle. L'essentiel de cette experience consiste dans le fait que pousse par la curiosite sexuelle,l'enfant prendra consience pour la premiere fois de la difference anatomique des sexes, c'est-a-dire de la presence ou de l'absence du penis. Au-dela de toutes les variations de l'experience de la castration masculine et feminine (la fille notamment n'est pas concernee par 1'angoisse de la menace de castration), leur trait com-mun se refere a l'importance du role de la mere. Dans la conception lacanienne, la castration se definit fondamentalement par la separation entre la mere et 1'enfant. Si le phallus constitue un referent invariable, c'est parce qu'il demeure la trace de cet evenement majeur qu'est la castration, c'est-a-dire 1'acceptation par tout etre humain de la limite imposee a la jouissance a 1'egard de la mere. Le phallus symbolique signifie et rappelle que tout desir chez l'homme est un desir sexuel, c'est-a-dire un desir aussi insatisfait que le desir incestueux auquel Tetre humain a du renoncer. Affirmer avec Lacan que le phallus est le signifiant du desir, c'est rappeler que tous les desirs humains, dont le desir visuel, resteront marques par ('expedience cruciale d'avoir du renoncer a la jouissance de la mere et accepter Tinsatisfaction du desir. Le complexe de castration ne se reduit done pas a un moment chronologique. Au contraire, l'experience inconsciente de la castration est sans cesse renouvelee tout au long de ['existence, mais c'est a cette epoque que se structurent certains fantasmes lies a la scene primitive, fantasme voyeuriste par excellence tel qu'il apparait dans Le Ravissment.

Le voyeurisme feminin, dont la specificite se definit par la jouissance de contempler Line scene ou se joue a deux le spectacle d'un amour dont le sujet est exclu, s'accompagne done d'une affirmation de la difference par rapport au fantasme masculin d'appropriation de la jouissance feminine. Fantasme qui derive du terrible plaisir eprou-ve a regarder le corps de l'Autre feminin comme objet de stimulation sexuelle par la vision. En meme temps, le renversement des roles dans Le Ravissement permet de communiquer le parallels qui existe entre l'experience feminine de perte et d'incompletude et I'inaptitude du voyeur puisqu'il s'agit toujours de voir ce qui ne peut se voir, ce manque irremediable qui constitue le rapport a la mere. L'originalite de notre analyse par rapport a celles de Lacan ou de Sylvie Loignon consiste precisement a rendre justice au fantasme voyeuriste caracte-risant le personnage feminin central. Rappelons que Lacan dans son Hommage refuse de donner a Lol la possibilite de voir: "Surtout ne vous trompez pas sur la place ici du regard. Ce n'est pas Lol qui re-garde, ne serait-ce que de ce qu'elle ne voit rien. Elle n'est pas le voyeur. Ce qui se passe la realise." Sylvie Loignon insiste de meme sur le fait que Lol "ne voit rien, pas plus qu'elle ne regarde." Elle ajoute que "le voyeurisme [est] imagine par le narrateur chez Lol" et "participe [uniquement] du fantasme de ce dernier." C'est bien pour le narrateur qui voit en effet que Lol est a la fois objet et sujet du fantasme. Est-ce a dire comme l'affirme Sylvie Loignon que Lol n'est "pas inscrite dans le fantasme voyeuriste, puisque, pour elle. le fantasme ne peut faire ecran au reel"? II semblerait toutefois que Pimpossibility de voir propre a Lol dans la scene de Photel des Bois soil au moins en parlie liee au desir de voir. En effet, son desir passe, scion son propre aveu, par le regard. A la question repetee du narrateur: "que desiriez-vous?" (LVS: 103), Lol repond par deux fois: "Les voir" (LVS: 103-04), en parlant du couple Michael Richardson et Anne-Marie Stretter. Or, nous savons que ce fantasme sera mis en scene a Photel des Bois. De meme, I'auteur en indiquant que Lol est surtout "voyeuse regardant dans le vide" semble valider le discours narratif qui ne releve done pas uniquement du fantasme du personna-ge-narrateur masculin puisqu'il est impossible de le rejeter dans sa totalite en tant que tel. II est done possible d'imaginer Lol en tant que sujet de son propre fantasme. C'est la puissance imaginante de la contrainte fantasmatique qui assujettit l'ceuvre qui, en derniere analyse, prete a Lol son statut de sujet de son propre fantasme puisque Pautcur s'identifie a son personnage par Pintermediaire du narrateur.

Le desir de voir tient chez Lol a celui de violer le secret de cet-te "scene" que delimite le contour de la fenetre de I'hotel des Bois, "spectacle invisible" qui la regarde et qui renvoie a Pombre d'un objet cache, cause du desir, impliquant la presence de la place vide du savoir dans PAutre. Vide ontologique ne' d'une tragique brisure a Porigine de Pexistence et qui genere "une compulsion de repetition" parce que nous essayons constainment de compenser la perte de cet objet du desir. En effet, Lol ne voit rien, rien d'autre que Pannulation du sujet remettant en cause son identite parce que le vide du miroir suggere la presence vide de son propre desir, la decouverte de sa propre alienation a elle-meme. Michele Druon souligne en ce sens qu'en plus d'etre "Pactrice inconsciente de sa propre deconstruction, Lol en serait [aussi] la veritable spectatrice: elle jouirait du spectacle de sa propre alienation." A ce propos, Marguerite Duras affirme dans le meme entretien d'ou est extraite sa declaration precedente: "C'est en fait ma seule preoccupation: la possibilite d'etre capable de per-dre la notion de son identite. d'assister a la dissolution de son iden- tite." (50) Comme dans le fantasme, Lol semble "ravie" de voir realiser sous la forme de son oubli (51) sa propre mort symbolique qui lui revele sa propre absence a elle-meme. Lacan, souligne Herman Rapaport, "points out that the fantasm confronts the subject with a lack that concerns the desire of the subject. Unfortunately, the subject doesn't have the signifier that is key to knowing what it is that he or she really want." (52) II ajoute pour etre plus clair encore" "The fantasm, in other words, revelas the difference between that part of the subject which always finds itself as present and that part of the subject which always loses itself a absent." (53) "Vivante, mourante" (63) nous dit en effect le texte, Lol postee devant cette scene jouit d'un spectacle paradoxalement non visuel devant lequel elle se perd.

Nous avons ainsi identifie l'obsession de Lol a la volonte inconsciente d'oublier une "Autre" scene a caractere sexuel. Pour eviter la rememoration brutale de cette scene sexuelle, Lol invente des fantasmes construits sur le sol du souvenir qu'elle veut ecarter, reussissant ainsi a temperer la tension, c'est-a-dire a sublimer le souvenir. Aussi ces fantasmes intermediaires ont-ils pour mission d'epurer, de sublimer et de presenter au moi une version plus acceptable de l'evenement sexuel refoule. Entendons-nous: ce qui est sublime c'est le souvenir sexuel, le fantasme etant, lui, a la fois le moyen qui permet cette sublimation et al produit final de cette sublimation. Nous avons ainsi aborde le fantasme de Lol compris no seulement comme une defense psychique contre le retour d'un souvenir insupportable mais aussicomme l'un des quatre modes de defense employes par le moi contre les exces de la pulsion. Rappelons que la pulsion ne reussit jamais a prendre la voie de la decharge directe et totale, parce que le moi, de crainte d'etre deborde, lui oppose une action defensive. Le flux pulsionnel peut susir la forme d'opposition suivante: le moi detache le flux pulsionnel de l'objet sexuel exterieur sur lequel il s'etait porte et le retourne sur lui-meme. La formation psychique caracteristique de ce destin de la pulsion dans lequel la pulsion retourne sur le moi propre est le fantasme. II faut reconnaitre dans le fantasme produit par retour de la pulsion sur le moi, l'expression d'une forme d'insatisfaction ou de satisfaction partielle par une identification du moi avec l'objet perdu, cause du desir. Dans la melancolie ou le refus du deuil, l'investissement de l'objet revient sur le moi, "I' ombre de l'objet retombe sur le moi," dit Freud. L'identification du moi a l'image totale de l'objet represente une regression a un mode archaique d'identification dans lequel le moi se trouve dans un rapport d'incorporation a I'objet. La deception du regard aurait donc a voir avec la metaphore d'une perte originaire. Mais il s'agit aussi de reconnaitre dans l'instance du voir confondant l'image de la scene du desir avec la metaphore d'un perte originaire. Mais il s'agit aussi de reconnaitre dans l'instance du voir confondant l'image de la scene du desir avec la metaphore d'un miroir qui ne reflete rien, ou confondant comme dans le scenario fantasmatique l'image de la scene du desir avec la disparition du sujet, l'identification du moi avec l'image d'un objet desire et perdu dont le deuil reste a faire.

University of Nottingham (U.K)

Notes

(1.) Deviation par rapport a la sexualite dite normale d'un individu.

(2.) "Lol avait crie sans discontinue des choses sensees: il n'etait pas tard, l'heure d'ete trompair. Elle avait supplie Michael Richardson de la croire." Marguerite Duras, Le Ravissement de Lol V. Stein (Paris: Gallimard, 1964) 22. Toutes les references au texte sont extraites de cette edition.

(3.) "Bien qu'une part d'elle-meme eut ete toujours en allee loin de vous et de l'instant. Ou? Dans le rece adolescent? Non, repond tatiana, non, on aurait dit dans rien encore, justement, rien" (13).

(4.) Mieke Bal, "Introduction: Delimiting Psychopoetics," Poetics 13 (1984): 284. Dans sa discussion au sujet de la "psychopoetique," Bal declare que "the goal of such interpretations is not to confirm the psychoanalytic content of the material, but to make explicit in what ways the presumed subject exposes itself as existing through various psychonanlytically theorized problems."

(5.) J.Laplanche et J.-B Pontalis, Vocabulaire de la psychanalyse (Paris: PUF, 1967) 86.

(6.) Freud a indique que certaines conditions dont la "survenue d'evenements actuels" peuvent en evoquant le materiel refoule conditionner son retour. (J. Laplanche et J-B. Pontalis, "Retour du refoule," op.cit., p. 425).

(7.) Suzanne Ferrieres-Pestureau, Une Etude psychanalytique de la figure du ravissement dans l'oeuvre de Marguerite Duras, Naissance d'une oeuvre, origine d'un style (Paris: L'Harmattan, 1997) 64.

(8.) Le terme de fantasme a, en effet en psychanalyse, un emploi qui decrit tres justement l'experience de Lol: ce que Freud designe sous ce nom, ce sont d'abord des "reves diurnes" ou "scenarios. meme s'ils s'enoncent en une seule phrase, de scenes organisees, susceptibles d'etre dramatisees sous une forme le plus souvent visuelle," ou le sujet est toujours present--s'il peut paraitre exclu. il figure en fait comme observateur--"et qui figurent, de facon plus ou moins deformee par les processus defensifs, l'accomplissement d'un desir et, en dernier ressort. d'un desir inconscient" (J. Laplanche et J. B Pontalis, op. cit., p. 152 et p. 156).

(9.) "Je ne peux plus me passer de vous dans mon souvenir de T. Beach" (167). Si Jacques essaie de se souvenir a la place de Lol, on voit ici que cette derniere se souvient aussi a travers lui. Cehi montre qu'il est impossible de disqualifier a priori le discours du narrateur.

(10.) Michel David. Marguerite Duras: Une Ecriture de la jouissance (Paris: Descle'e de Brouwer, 1996) 242.

(11.) Marguerite Duras, La Vie materielle (Paris: Gallimard, 1987) 36.

(12.) Michel David, op. cit., p. 242.

(13.) "Ce qui s'est passe dans cette chambre entre Tatiana et vous je n'ai pas les moyensde le connaTtre. Jamais je nc saurai. Lorsque vous me racontezil s'agit d'autre chose" (136).

(14.) An sens lacanien du terme. Lacan souligne l'idee de la satisfaction potentielle que le sujet narcissique recherche de par "la reference a son image speculaire," dans une tentative d'utiliser cette image de soi pour completer une identite inadequate. In Les Qutttre Concepts fondamentaux de la psychanalyse, Le Sentinaire. Livre XI (Paris: Seuil. 1973) 74.

(15.) Ibid., p. 79.

(16.) Ibid.

(17.) Camille Dumoulie, Cet Obscur Objet du desir, Essai sur les amours fantastiques (Paris: L'Harmattan, 1995)74.

(18.) Jacques Lacan, op. cit., p. 232.

(19.)Ibid., p. 97.

(20.) J. Laplanche et J.-B. Pontalis, op. cit., p. 156.

(21.) Elizabeth Lyon, "The Cinema of Lol V. Stein," Feminism and Film Theory (London: BFI and Routledge, 1988) 261.

(22.) Raynalle Udris. Welcome Unreason, A study of "Madness" in the Novels of Marguerite Duras (Amsterdam: Rodopi, 1993) 190.

(23.) Bettina L. Knapp, "Interviews avec Marguerite Duras et Gabriel Cousin." French Re-view44d97i): 657.

(24.) Sigmund Freud, "Mourning and Melancholia," The Complete Psychologic id Works of Sigmund Freud (London: The Hogarth Press. 1957. I14]) 245.

(25.) Dans la definition que J. Laplanche et J. B Pontalis donnent de la libido est e"crit: "Si die [la libido] peul el re 'desexualisee,' nolammenl dans les investissements narcissiques, e'est toujours secondairement et par une renonciation au but spe'ciliquemenl sexuel" (Voeabulaire de la psychanalyse, p. 224).

(26.) Sigmund Freud, op, cit., p. 250.

(27.) La difference cnlre carence et frustration est que "la carence est le manque d'un ele'-ment indispensable a la vie. tandis que la frustration est le manque d'un element que Tenfant escomptait. Ainsi, il y a carence maternelle quand la mere est absente, ou morte, ou qu'elle neglige les soins les plus elemenlaires" (Louis Gorman, Narcissisme et frustration d'amour [Bruxelles: Dessart et Mardaga, 1975] 33). Andre Green traite aussi des consequences psy-chiques, en termes dc regression narcissique, de la depression maternelle, la mere e'lant "pour ainsi dire morte psychiquement aux yeu\ de renfanl" (Narcissisme de vie, narcissisme de mart [Paris: Les Editions de Minuit, 1983] 222). Ce constat nous permel de tirer une analogic apparente avec Marguerite Duras qui, selon son temoignage, a toujours souifert des "absences" de sa mere cause'es par la depression.

(28.) Andre Green, op, cit., p. 17.

(29.) Ibid., p. 17.

(30.) Ibid., p. 36.

(31.) "Corps de Lol V. Stein, si lointain, el pourtunt indissolublemenl marie a lui-meme. solitaire" (171).

(32.) Andre Green, op. til., p. 22.

(33.) Ibid., p. 2!,

(34.) Signiund Freud, op. cii.. p. 249. (Ma traduction).

(35.) Signiund Freud, op. til., p. 249. (Ma traduction).

(36.) J. Laplanche et J. B Ponlalis. op. cit., p. 262.

(37.) Voici ce que J. Laplanche et J. B Pontalis eerivenl a propos du fantasme: "Dans la mesure oti le desir est ainsi articule [mise en scene d'un desir interditil donne prise aux processus de defense tes plus primitifs tels que le retournement sur la personne propre." designe comme '"le recour de la libido a partir d'un objei exterieur sur le moi," encore appele narcis-sisme secondaire [op, fit., p. 156 et4o8).

(38.) Andre' Green, op. cit.. p. 59.

(39.) Herve Castanet, Le Regard a la leitre, p. 1(1.

(40.) Ibid., p. 122.

(41.) Julia Kristeva. Saleiliwir, depression et meluneoiie (Paris: Gallimard, 1987) 252.

(42.) .Jacques L.acan, "Hommage fait it Marguerite Duras." Cahiers Renaud-Barrauit 52 O965): 12.

(43.) Sylvie Loignon, Le Regard dans Vceuvre de Marguerite Duras, p. 150.

(44.) Ibid., p. 182. Dans cet ouvrage, I'auteur s'est inleresse a la Ibis a la presence obsedan-tc de 1'image--qu'elle soil picturale, photograph ique. einematographique ou televisuelle--el done du regard, de meme qu'aux dispositifs textuels lies a eeite ecriture du regard.

(45.) Ibid., p. 183.

(46.) Ibid., p. 151.

(47.) "Interview avec Marguerite Duras et Gabriel Cousin par Bettina Knapp," art. cite. p. 656.

(48.) Immobilisation de I'oeil sur le trauma qui la fait se perdre et se trouver dans le memtemps. Possession. Ensorcellement qui laisse tressaillant, submerge par le desastre qui jette hors de soi remene en soi." (Daniele Bajomee, "Un Ravissement passionne," Le Recit amoureux [Seyssel: Champ Vallon, 1984] 238).

(49.) Michele Druon. "Mise en scene et catharsis de ['amour dans Le Ravissement de Lol V. Stein, de Marguerite Duras," The French Review 58 (1985): 383.

(50.) Bettina L. Knapp, art. cite, p. 656.

(51.) "Cel instant d'oubli absoiu de Lol, cet instant, cet eclair dilue. dans le temps uniforme de son guet, sans qu'elle ait le moindre espoir de le percevoir. Lol desirait qu'il tut ve"cu. 11 le l'ul" (123.)

(52.) Herman Rapaport. Between the Sign and the Gaze (London: Cornell UP, 1994) 21.

(53.) Ibid., p. 22.
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Title Annotation:voyeurism and narcissistic perversion in the novel 'The Ravishment of Lol V. Stein' by Marguerite Duras
Publication:French Forum
Geographic Code:4EUFR
Date:Jan 1, 2008
Words:7547
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