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Experience migratoire et identite dans la mort transnationale: les defunts portoricains rapatries de New York.

Resume. Au nombre des 'marchandises' qui circulent entre les Etats-Unis et l'Amerique latine figurent les morts, generalement embaumes avant d'etre mis en biere et transportes par avion. Transitant ainsi d'un etablissement de pompes funebres a un autre, ils sont chaque annee des milliers a entreprendre ce dernier voyage vers leur pays d'origine et leur sepulture definitive. Partant de cette realite, je centre mon article sur le cas des defunts portoricains rapatries de la ville de New York pour mieux saisir les enjeux identitaires auxquels sont confrontes les endeuilles lorsqu'il s'agit de preserver une memoire familiale dans un contexte transnational. Je montre que, malgre l'importance du debat sur le nationalisme portoricain, ce sont avant tout des facteurs familiaux, economiques et relationnels qui conditionnent la possibilite de se faire rapatrier.

Abstract. Among the range of 'goods' in transit between the United States and Latin America are human cadavers, usually embalmed before being put into a casket and transported by airplane. Each year, thousands set out on this last trip from one funeral home to another, towards their homeland and their final resting place. Based on this reality, my article will focus on the case of late Puerto Ricans who have been repatriated from New York City. I pay special attention to the sense of identity expressed by bereaved families who have to perpetuate the souvenir of their loved ones in a transnational context. Despite the influence of the longstanding debate on Puerto Rican nationalism, I show that it is above all domestic, economic and networking factors which condition the contemporary practice of repatriation.

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La mort des migrants

Des le milieu des annees 1970, un nouveau champ d'etude est apparu afin d'apprehender les enjeux culturels, economiques et sociaux lies au vieillissement des populations migrantes dans les pays industrialises. Les premiers travaux en la matiere, du moins dans la litterature francophone, se rapportaient aux statistiques demographiques, avant de s'etendre une vingtaine d'annees plus tard a toutes les disciplines des sciences humaines et de se constituer en veritable problematique de recherche. (1)

Dans le prolongement de cette problematique, les etudes qui traitent les questions de la mort et de l'immigration sont, par contre, beaucoup plus rares. Ces questions meritent pourtant une grande attention car elles permettent de mesurer un degre d'integration ou d'acculturation, de preciser le sens des experiences migratoires et de saisir l'importance de l'ancrage territorial dans les processus d'identification a un systeme de parente, a une institution religieuse ou a une nation. L'enquete de Gerdien Jonker (1996, 1997) menee aupres des communautes turques et grecques de Berlin ou celle realisee par Yassine Chaib (2000) concernant les defunts maghrebins musulmans decedes en France, ont ainsi montre combien le choix du lieu d'inhumation est central dans la definition du sentiment d'appartenance familiale et culturelle chez les endeuilles.

Le rapatriement des migrants--frequent parmi les communautes recemment etablies dans un pays d'accueil (2)--apparait dans ces etudes comme une opportunite de boucler une trajectoire migratoire, par un retour qui n'a jamais pu se realiser auparavant, et de preserver le lignage dans le tombeau familial ; il offrirait aussi aux immigres la garantie de se faire inhumer conformement aux rituels en vigueur dans le pays d'origine et previendrait la production de syncretismes culturels relatifs au traitement du cadavre et a sa mise en terre. (3)

En ce sens, vu les differences culturelles relatives aux rituels funeraires et aux modes de disposition du corps, choisir de rapatrier un mort--ou dans certains cas emettre la volonte de se faire rapatrier en cas de deces--suppose des adaptations ou des concessions entre les membres d'une famille. Un rapatriement peut s'averer problematique pour les proches sur un plan identitaire, surtout quand la mort touche des individus inscrits depuis plusieurs generations dans le meme milieu social : comment decider, en effet, de rapatrier un corps quand la famille se trouve fragmentee--voire egalement repartie--entre les societes d'origine et d'installation ? Quand les enfants et petits-enfants de migrants, nes et eduques dans le 'nouveau' pays, sont a meme de prendre en charge le defunt, de le veiller et le commemorer la ou ils vivent et ont toujours vecu ?

Ces questions peuvent se poser avec plus de force encore chez les migrants dont le sentiment d'appartenance nationale demeure ambigu, incertain ou juridiquement inadequat. C'est le cas par exemple de la diaspora portoricaine implantee aux Etats-Unis, principalement dans la ville de New York ; cette diaspora offre la particularite d'affirmer haut et fort son attachement a un nationalisme culturel qui transcende les limites insulaires de Puerto Rico, un territoire dependant des Americains. Dans ce contexte politique, la survenue d'un deces peut reveler, voire exacerber, l'ambiguite identitaire des membres de la communaute migrante, car ces derniers doivent interpreter les retours post-mortem au sein d'une 'nation' qui ne se definirait pas en terme de territorialite.

Cet article part ainsi de la situation portoricaine pour discuter l'importance de la mort transnationale dans l'experience des migrants. Il expose tout d'abord quelques elements historiques et demographiques relatifs a la communaute portoricaine de New York, avant de proposer une courte reflexion sur le sentiment d'appartenance nationale des Portoricains. Il decrit ensuite les principales caracteristiques des defunts rapatries dans cette ile des Caraibes et met finalement en evidence les enjeux identitaires que peut soulever un rapatriement.

La communaute portoricaine de New York City

Etablis depuis plusieurs generations aux Etats-Unis et en particulier dans la ville de New York, les Portoricains se distinguent des autres 'Latinos' ou 'Hispaniques' (4) par la citoyennete americaine que leur octroie automatiquement le 'Jones Act', adopte par le Congres americain en 1917. (5)

Depuis cette decision prise unilateralement par les Etats-Unis, (6) l'ile de Puerto Rico a connu plusieurs vagues de migration vers le continent americain. Durant les trente annees qui ont suivi la deuxieme guerre mondiale, pres de 700,000 Portoricains ont emigre vers les Etats-Unis, principalement dans la ville de New York et les trois Etats de sa region (New York State, New Jersey, Connecticut), ainsi qu'a Chicago (Baker 2002). Sur l'ensemble du XXe siecle, le pourcentage de la population originaire de l'ile etablie aux Etats-Unis est passe de 3.3% en 1930 a 47.2% en 2000, ce qui represente un fl ux migratoire de 1,717,969 Portoricains, selon les chiffres proposes par l'anthropologue Jorge Duany (2003).

En 1952, avec la creation du Commonwealth entre Puerto Rico et les Etats-Unis, (7) l'ile s'est profondement transformee sous l'afflux des capitaux americains favorisant sa reconversion dans l'industrie et le tourisme. Elle a en meme temps repondu aux incitations du gouvernement federal americain a envoyer les travailleurs portoricains aux Etats Unis.

Les efforts de recrutement, particulierement marques dans la ville de New York, ont par ailleurs ete regulierement supervises, depuis les annees 1920 deja, par les autorites portoricaines. En 1947, un bureau du travail et de la migration--dont les appellations et les affiliations institutionnelles se sont modifi ees au fil des ans (8)--a meme ete cree afin de planifi er et de coordonner la migration ; sa principale mission consistait a aider les migrants a s'implanter et a s'integrer a la population new-yorkaise. (9)

Cette mission, jugee trop technocratique et assimilationniste, ne repondait toutefois pas toujours bien aux attentes des Portoricains installes depuis plusieurs annees sur le territoire americain (Lapp 1991). A partir des annees 1960, ceux-ci ont des lors suivi leur propre agenda politique et social, non seulement centre sur leur identite culturelle et communautaire, mais aussi plus en phase avec les mouvements de lutte pour la reconnaissance des droits civils aux Etats-Unis.

Developpant une multitude d'organisations locales et de clubs sociaux, la diaspora echappait progressivement a l'autorite du gouvernement insulaire. Ce dernier, afin de ne pas perdre completement son emprise, a alors cherche a se la concilier, en encourageant les migrants a preserver l'unite identitaire et culturelle d'une population de plus en plus divisee geographiquement entre Puerto Rico, la region de New York et les differents Etats americains. (10)

Depuis un peu plus d'une dizaine d'annees en effet, les lieux d'installation des migrants portoricains se sont diversifi es. La Floride est devenu un pole d'attraction majeur, notamment chez ceux nes ou installes auparavant dans les Etats du Nord Est. Neanmoins, la ville de New York occupe toujours la premiere place en terme de population portoricaine, celle-ci etant estimee a 863,189, (11) ce qui represente plus du tiers des 'Latinos' etablis dans cette ville (Schema 1). Cette population est repartie sur l'ensemble des cinq Boroughs administratifs de New York, avec de fortes concentrations dans les quartiers de East Harlem--dit El Barrio--du Lower East Side a Manhattan, dans le Sud-Est du Bronx et dans les secteurs de Bedford Stuyvesant, Bushwick et Sunset Park a Brooklyn.

L'une des caracteristiques fondamentales de cette migration est sa constante fluctuation. Les mouvements de va-et-vient ('El vaiven') entre l'ile et le continent sont en effet tres nombreux et l'ont ete depuis 1970 : " contrary to other population movements, much of the Puerto Rican exodus entails a restless movement between multiple places of origin and destination " (Duany 2003, 431).

Cette fluidite a non seulement contribue a faire du retour au pays une option realiste--pres de 150,000 migrants sont retournes vivre a Puerto Rico durant la derniere decade du XXe siecle--mais aussi a produire et entretenir une identite a trait d'union, non pas forcement entre Portoricains et Americains, mais entre insulaires (3.8 millions de personnes) et individus de la diaspora installes aux Etats-Unis (3.4 millions). (12)

Transnationalisme et identite portoricaine

La sociologue Dominique Schnapper reserve l'usage du terme 'diaspora' aux " populations qui maintiennent des liens institutionnalises, objectifs ou symboliques, par-dela les frontieres des Etats-nations " (2001, 33). Elle estime que les personnes appartenant a ces populations, ou les echanges sont frequents et la mobilite forte, doivent faire face a une multiplicite de valeurs et de references culturellement marquees afin de construire leur propre identite.

Dans cette perspective, le terme 'diaspora' s'applique bien a la communaute portoricaine implantee aux Etats-Unis, la responsabilite du choix identitaire etant particulierement manifeste chez les individus de deuxieme et de troisieme generation qui tendent souvent a se definir differemment, tant des natifs insulaires que des Americains. (13)

Il faut rappeler cependant que Puerto Rico n'est pas un Etat politique souverain. Les migrants ne traversent pas de frontiere ; ils ne sont pas soumis aux regles des services d'immigration americains qui limitent le nombre de visas et definissent les priorites dans l'ordre des regroupements familiaux (Daniel 1996). Pourtant cette absence de frontiere politique ne contredit en rien l'existence d'un sentiment d'appartenance national fort et persistant. (14) Comme le soutient Duany (2002), Puerto Rico est une 'nation en mouvement', composee des habitants de l'Ole et des Portoricains de la diaspora.

Cette position va a l'encontre d'une certaine ideologie nationaliste--longtemps vehiculee par la litterature portoricaine, en particulier celle des annees 1930--centree sur les limites geographiques insulaires, sur l'espagnol comme ideal linguistique, sur les racines indigenes (les Indiens 'Taino' precolombiens) et africaines, sur le folklore paysan (la figure du 'Jibaro'). Ces elements seraient d'ailleurs toujours au cour des approches essentialistes neo-nationalistes qui percoivent la diaspora comme problematique, son contact avec la 'culture americaine' risquant de corrompre tout ideal de la 'porto ricanite' (Pabon 2002).

Duany montre au contraire que la diaspora a largement contribue a l'emergence et a l'entretien d'un sentiment d'appartenance collective, sentiment qui transcenderait les frontieres geographiques de Puerto Rico et s'etendrait a tous les Portoricains du continent. Considerant la vigueur des revendications et des attachements nationalistes et culturels exprimee par les migrants installes ou nes aux Etats-Unis, il soutient que Puerto Rico ne doit pas etre pense en termes de territoire ou de langue.

Duany defend l'idee que la nation portoricaine tient dans l'articulation continuellement negociee entre ses deux fragments ; cette nation doit etre concue d'apres ses dimensions hybride et translocale : " my basic argument is that the constant displacement of people--both to and from the Island--blurs the territorial, linguistic, and juridical boundaries of the Puerto Rican nation. More specifically, the mobile livelihoods of circular migrants defy fixed and static conceptions of cultural identity " (2002, 219).

Le sentiment d'appartenance historique et collective, s'exprimant par un fort nationalisme culturel qui domine face au nationalisme politique independantiste, (15) se retrouve alors tant chez les insulaires que dans les reseaux diasporiques : " national origin, cultural affiliation, and a subjective sense of belonging are becoming increasingly salient markers of Puerto Ricanness " (Duany 2003, 434). Ce sentiment d'appartenance est le produit des luttes, contradictions et revendications inscrites dans le dynamisme bipolaire qui caracterise la 'nation portoricaine' et la definit.

Parallelement a ces enjeux definitionnels 'internes', il faut rappeler que les Portoricains se distinguent des autres 'Latinos' (De Genova et Ramos-Zayas 2003) et, surtout, des Americains. Sur ce dernier point, Ramon Grosfoguel note que, contrairement aux autres communautes migrantes, les Portoricains ont toujours refuse la double appellation 'Puerto Rican American' (16); il estime que ce refus proviendrait de la discrimination exercee a leur encontre et de la marginalisation que ceux-ci subissent dans la societe americaine, non sans renforcer " a feeling of belonging to, and an idealization of, the imagined place of origin " (2003, 141).

Un tel renforcement du sentiment d'appartenance a un groupe stigmatise--racialement, economiquement et socialement (17)--n'est pas l'apanage des seuls migrants portoricains de premiere generation ; il se retrouve chez les individus des generations suivantes qui, bien que nes dans la metropole, ont souvent recours aux memes modalites d'identifi cation ethniques et/ou nationalistes que leurs aOnes pour definir leur place aux Etats-Unis. (18)

En meme temps, le refus d'une telle appellation--s'il traduit bien la volonte de perpetuer un sentiment d'appartenance collective au sein de la diaspora portoricaine--n'empeche pas une certaine acculturation de se produire. Les Portoricains eleves a New York sont en effet percus avec une certaine distance par les insulaires qui les qualifient de 'Nuyoricans'. L'emploi de ce neologisme, parfois revendique par les acteurs concernes, ainsi que le refus de se faire qualifier de 'Puerto Rican American', refletent finalement la constante oscillation entre assimilation et repli communautaire que peuvent connaitre les migrants dans un contexte transnational. (19)

Sur un plan identitaire, les Portoricains sont donc conduits a eriger une limite 'externe' a leur collectif en promouvant une continuite trans-generationnelle, tout en marquant une distance avec la nation qui les englobe. Autrement dit, ils tendent a se distinguer de ce qui les definit--du moins politiquement--car celui qui se considere comme un 'vrai' ou un 'pur' Portoricain aura toujours et d'abord la citoyennete americaine.

Dans cette perspective, les Portoricains vont d'autant plus volontiers recourir aux arguments essentialistes pour definir leur collectif historique qu'il n'est pas possible de devenir Portoricain, en se faisant 'naturaliser' par exemple. Comme il leur manque l'artifi ce politique de la nation, il n'est pas etonnant que le debat sur leur identite porte souvent sur leurs caracteristiques culturelles (l'heritage ethnique, les racines), sur leurs traits psychologiques communs (leur 'ame' ou 'esprit' collectif (20)), sur l'importance de la filiation et de la parente dans leur communaute.

Contrairement aux autres migrants caribeens ou latino-americains, les Portoricains doivent ainsi negocier et interpreter les differences internes a leur 'nation en mouvement' ('je suis insulaire', 'je suis natif de Puerto Rico', 'je suis Nuyorican') a partir d'un fondement commun ('nous partageons un contexte juridique, politique, economique et militaire avec les Americains'). Ce fondement, paradoxalement, leur sert a s'imaginer en une communaute distincte.

Ce paradoxe fait que les Portoricains, s'ils passent bel et bien d'un monde culturel a un autre en venant s'etablir aux Etats-Unis, ne savent pas necessairement si la frontiere qu'ils franchissent est 'interne' ou 'externe' a leur collectif. Cette frontiere revet un caractere indetermine, instable et reversible : les migrants, quand ils quittent l'ile ou y retournent, peuvent a chaque instant basculer de Puerto Rico aux Etats-Unis ou d'un fragment a l'autre de la 'nation portoricaine'. Ils peuvent d'ailleurs jouer avec l'ambiguite d'une telle frontiere qui se fabrique et se deplace en permanence. Neanmoins, cette ambiguite met les conceptions identitaires des Portoricains sous tension, car elle induit un double jeu concurrentiel, implicite ou explicite, pour definir une 'nation' scindee en deux, voire en de multiples fragments. (21)

Le rapatriement des defunts portoricains

Dans ce contexte migratoire particulier, la question de la mort peut accentuer l'ambiguite identitaire des Portoricains installes dans la metropole americaine, puisque le choix du lieu d'inhumation peut opposer differentes manieres de concevoir la nation portoricaine. Comment interpreter par exemple un rapatriement posthume, compte tenu de sa dimension a la fois transnationale et coloniale ? Celui-ci doit-il correspondre a l'achevement du cycle migratoire ? Signaler l'importance du territoire insulaire comme matrice de reference pour penser la nation ? Marquer la continuite d'une memoire familiale ? Avant de traiter plus precisement ces questions, il importe de fournir quelques informations sur le rapatriement des morts.

Dans la ville de New York, environ 60,000 deces sont declares chaque annee. Plus de 4,000 personnes decedees sont nees a Puerto Rico. Parmi ces dernieres, le pourcentage de rapatriements est legerement superieur a 14% (ce qui represente environ 500 a 600 transferts aeriens annuels). Par comparaison, ce taux est voisin de celui des defunts haitiens ou jamaicains, mais il reste beaucoup plus faible que celui des deux grands groupes hispanophones etablis plus recemment a New York, a savoir les Mexicains et les Dominicains (Tableau 1).

Si ces differences s'expliquent en fonction de l'anciennete de la communaute migrante dans la societe d'installation, elles doivent aussi etre interpretees selon chaque contexte geopolitique (comme le suggere par exemple la situation cubaine) ; la prise en compte d'autres facteurs, tels que le taux d'incineration--ce taux, particulierement eleve chez les Colombiens (55% des defunts), est en effet susceptible de modifi er le nombre de defunts rapatries--ou le degre de mobilite des migrants permettrait par ailleurs de nuancer les explications relatives au taux de rapatriements ; celui-ci, sans fournir d'indication sur le degre d'ambiguite identitaire ou les enjeux familiaux que peut soulever le choix du lieu d'inhumation, n'a donc ici qu'une valeur descriptive.

Concretement, quand un deces survient dans l'Etat de New York, il doit etre declare dans les 72 heures au registre du district ou la personne est decedee. Le certificat de deces, qui doit contenir le numero de securite sociale du defunt, est accompagne d'un rapport medical specifiant la cause du deces et des donnees relatives aux modes de disposition du corps. Des que ce certificat est complet, l'agent des pompes funebres--le 'funeral director'--en charge du defunt recoit un permis pour enterrer ce dernier ou le deplacer.

Lors d'un transport aerien, le mort voyage dans un container rigide et etanche, fourni par les entreprises de pompes funebres ou par les compagnies aeriennes. (23) Il est habille ou recouvert d'un linceul et il est identifie par une etiquette qui porte son nom. Sur l'ile, chaque cimetiere--pour autant que celui-ci soit specifi e sur le certificat de deces--est tenu d'accepter le corps, des lors qu'il est accompagne d'un permis d'enterrer.

Il est a relever que l'embaumement du corps n'est pas obligatoire. (24) A New York, les entreprises de pompes funebres ont cependant le droit d'exiger l'embaumement si la famille souhaite un 'viewing', c'est-a-dire le fait de garder le cercueil ouvert lors de la veillee funebre, qui dure generalement deux a trois jours. Cette pratique etant courante--notamment au sein des communautes latino-americaines--l'embaumement des morts semble aller de soi dans l'opinion publique, qui considere bien souvent cette pratique comme une obligation. Un agent funeraire de San Juan m'a precise que, a Puerto Rico, l'embaumement est requis si le corps ne peut pas etre enterre dans les 24 heures qui suivent le deces. Dans la loi toutefois, aucune mention n'est faite d'une telle obligation. (25)

L'embaumement des morts n'est pas non plus exige lorsqu'il s'agit de les transporter a l'interieur des Etats-Unis. Puerto Rico n'etant pas considere comme une destination internationale, les demarches administratives et les exigences relatives au deplacement du cadavre sont identiques a celles d'un transport interne. Le cercueil n'est pas necessaire ; toutefois, selon le directeur d'une entreprise de pompes funebres de Manhattan, les familles portoricaines prefereraient deja mettre en biere le defunt pour le transfert. (26)

Il faut rappeler par ailleurs que, dans leurs grandes lignes, les pratiques funeraires des professionnels qui prennent en charge le mort, le preparent, l'exposent et l'enterrent ne divergent pas entre l'ile et le continent, les entreprises de pompes funebres portoricaines appartenant generalement a de vastes consortiums americains. Ces derniers fournissent les produits de l'industrie funeraire--cercueils, urnes, vetements, ornements, effigies religieuses--tout en les adaptant au marche : certaines broderies, placees dans le cercueil, contiennent par exemple l'image d'un coq ou d'un cheval, deux symboles importants du folklore portoricain.

Les centres funeraires ou 'funeral homes' s'arrangent donc entre eux pour transporter le corps embaume. Accompagnant le cadavre qui voyage en cargo, (27) les endeuilles transitent ainsi, parfois dans le meme avion, d'un monde a l'autre, de New York a Puerto Rico (et vice versa en de plus rares occasions), tandis que les professionnels des pompes funebres et leur industrie assurent une certaine continuite en arriere-plan.

Ces demarches sont plus simples dans les cas oU le corps du defunt est incinere. L'entreprise de pompes funebres remet l'urne a l'ayant droit ; ce dernier transportera cette urne avec lui en bagage a main, puis la placera dans une tombe ou en dispersera les cendres a Puerto Rico. L'incineration permet surtout de diminuer les co-ts du rapatriement. Bien que le nombre de rapatriements des defunts incineres ne soit pas disponible, il est possible de relever que le taux d'incineration--qui suit l'augmentation generale de ces vingt dernieres annees aux Etats-Unis (Prothero 2001)--avoisine actuellement le 18% des Portoricains decedes a New York City. (28)

Retour posthume et configuration familiale

En 1993, le chanteur Hector Lavoe decedait a New York. Ne a Ponce, une ville situee au sud de Puerto Rico, il avait rejoint les Etats-Unis a l'age de dix-sept ans et y avait construit, des le debut des annees 1960, sa carriere musicale. Peu apres avoir ete enterre dans le Bronx, au cimetiere Saint Raymond, le corps de Lavoe est devenu un enjeu 'national'.

En effet, comme le signale Wilson Valentin-Escobar (2001), des lettres publiees dans le periodique portoricain El Nuevo Dia exhortaient le gouvernement insulaire a transferer la depouille du chanteur dans sa ville natale, meme si la volonte de ce dernier--comme l'a publiquement rappele sa sour Priscilla--etait de reposer aupres de son fils Hector Jr., mort a l'age de dix-sept ans et enterre dans le cimetiere precite.

L'argument principal avance pour justifi er le rapatriement de Lavoe centrait sur l'indefectibilite du lien qui unit les natifs a leur terre d'origine : " it is obvious that el coqui [petite grenouille, symbole de Puerto Rico] cannot rest in a land outside Borinquen [nom donne a l'ile par les Indiens Taino] " (in Valentin-Escobar 2001, 219). Cet argument fait correspondre le retour posthume a la fin du cycle migratoire ; il rappelle du meme coup aux membres de la diaspora ou se situe le cadre de reference de l'identite portoricaine.

Valentin-Escobar soutient que le choix du lieu d'inhumation de Lavoe et les controverses qui en ont resulte temoignent de l'importance accordee au territoire dans les discours sur le nationalisme portoricain. (29) Analysant le cortege funebre, l'enterrement et les divers modes de commemoration du chanteur, il estime que sa mort a ete l'occasion d'affirmer une identite transnationale et de partager une memoire collective qui s'etend au-dela des limites geographiques de Puerto Rico : " in the transnational circuit of resemanticized memories, Lavoes's corpse is not confined to its Bronx location but becomes an effigy that performs and surrogates overlapping and competing discourses of trans-Boricua memories, cultural histories, and Diaspo-Rican alterity " (2001, 224).

En enterrant Lavoe a New York--il faudrait plutot dire en n'enterrant pas Lavoe a Puerto Rico--il serait alors possible d'affirmer la dimension hybride, diasporique et deterritorialisee de la nation portoricaine. L'argument de Valentin-Escobar consiste a dire que la tombe de Lavoe n'est pas simplement a l'exterieur du pays, mais qu'elle devient l'un des sites eclates de cette nation en mouvement. En d'autres termes, inhumer Lavoe dans le Bronx serait une facon de contredire l'etroite association entre territoire et nation, association qui tend a situer la diaspora en dehors de l'histoire portoricaine ; ce serait encore une maniere de resister aux points de vue insulaires qui pretendent faire de Puerto Rico l'unique garant de l'authenticite identitaire des Portoricains. (30)

Cet exemple montre que le lieu d'inhumation peut etre interprete comme un repere du transnationalisme, repere dont l'importance est susceptible de grandir en fonction de la notoriete du defunt. En revanche, il ne faut pas en conclure que les motifs qui sous-tendent une decision de rapatrier un mort ou de l'enterrer dans la terre d'immigration resultent necessairement d'une argumentation de type nationaliste ou qu'ils se fondent sur un principe d'identite collective.

Les Portoricains que j'ai interviewes a New York n'ont, en effet, jamais mis en avant l'idee de nation pour legitimer leur volonte de se faire rapatrier (ou non). (31) Ce sont plutot les deux aspects suivants qui prevalent dans leurs justifi cations : 1. entretenir un sentiment nostalgique--voire idealise--de la terre de leur enfance ou de celle de leurs ancetres ; 2. vouloir reposer aupres d'un parent decede et inhume a Puerto Rico.

Sans detailler ici ces justifi cations, il convient de relever que le premier aspect est souvent evoque par les migrants natifs de Puerto Rico qui conservent d'excellents souvenirs de leur enfance passee dans l'ile ; ceux-ci entretiennent generalement de nombreux contacts avec les membres de leur famille restes au pays et y retournent frequemment. Un rapatriement posthume represente des lors pour eux une maniere de boucler leur parcours migratoire ; il offre parallelement l'occasion de perpetuer le lignage familial en reposant dans la terre de leurs ancetres.

Chez les Portoricains de deuxieme generation nes a New York, manifester le desir de se faire enterrer a Puerto Rico resulte plutot d'une quete identitaire, souvent marquee par l'incertitude et l'ambiguite en terme d'appartenance culturelle. L'idee du rapatriement viendrait par consequent nourrir un sentiment de completude chez ces individus qui aspirent a fi xer leur quete la oU ils estiment que celle-ci a debute.

Cette idee a ete particulierement bien exprimee par un artiste Portoricain, ne et eleve a Brooklyn, fils de migrants de premiere generation ayant ete rapatries ; independantiste convaincu, cet homme de cinquante ans motive son desir de retour posthume moins par conviction nationaliste que par la necessite d'enraciner et d'articuler son histoire de vie a l'endroit qui constitue le point de depart de la dispersion des migrants portoricains. Il hesiterait cependant a se faire rapatrier si sa mere n'etait pas enterree a Puerto Rico ; le cas echeant, il prefererait laisser le choix de son lieu d'inhumation a ses enfants, qui--comme lui d'ailleurs--ont toujours vecu a New York.

La volonte de se faire rapatrier doit des lors se comprendre dans une perspective plus temporelle que spatiale. Autrement dit, l'ancrage territorial posthume ne traduit pas une solidarite envers la nation portoricaine ; pour reprendre les termes de Benedict Anderson (1991), cet ancrage est constitutif d'une communaute imaginee non pas selon une perspective egalitaire et fraternelle entretenue par des individus qui ne se connaissent pas, mais selon une perspective dynastique et hierarchique relative a un systeme de parente. Concevoir son lieu d'inhumation a Puerto Rico--generalement associe a un 'paysage' ou a une 'terre'--est, en effet, le moyen par lequel la memoire familiale peut rendre plus substantielle la notion de 'racine' que les migrants avancent regulierement pour definir leur identite portoricaine.

Le choix de rapatrier un mort consiste par consequent a determiner si l'on doit l'enterrer aupres de ses parents, dans la lignee paternelle ou maternelle, avec son epoux ou ses enfants, car une continuite--physiquement parlant--ne peut etre etablie qu'avec certains morts. Cette continuite peut etre decidee a l'avance par la personne qui prevoit tous les arrangements et achete un lot pour sa future tombe ou etre negociee au sein de la famille en fonction du cout ainsi que des places disponibles dans les cimetieres. L'ancrage territorial designe donc les proches aupres desquels une personne souhaite reposer et les hierarchise par la meme occasion.

Il faut neanmoins preciser que la volonte de se faire rapatrier n'est pas toujours exprimee au sein de la famille, ni inscrite sous forme testamentaire. De nombreux Portoricains concedent d'ailleurs n'avoir jamais veritablement songe--dans une perspective non pas spirituelle mais physique--a leur propre avenir posthume, ni a celui de leurs proches. Ils ignorent souvent si un parent, un frere ou un enfant desire etre incinere ou inhume ; oU il souhaiterait reposer et avec qui. Ils ne prennent souvent connaissance des dispositions a prendre que peu avant la mort d'un membre de la famille et ne decouvrent les demarches funeraires a suivre--notamment celles decrites auparavant--qu'au moment d'organiser la prise en charge du cadavre.

A cette relative meconnaissance s'ajoute l'indifference de certains Portoricains a l'egard de leur lieu d'inhumation, (32) lesquels abandonnent alors la decision d'un possible rapatriement a leurs parents ou a leurs enfants. Celle-ci dependra, d'une part, des ressources financieres de la famille et, d'autre part, de l'age et de l'etendue des reseaux de parente du defunt.

Ces facteurs vont parfois a l'encontre de la volonte du defunt de se faire rapatrier car il est difficile d'executer une telle volonte sans avoir des parents pour organiser et financer le transport, pour preparer les deux veillees funebres qui se deroulent l'une au lieu du deces et l'autre au lieu d'inhumation. L'importance de la configuration familiale en matiere de rapatriement se reflete d'ailleurs tres bien dans les chiffres relatifs a l'age des defunts rapatries. Si, en chiffres absolus, les defunts portoricains rapatries sont generalement fges de cinquante ans et plus, il convient de remarquer que plus les personnes sont jeunes, plus le taux de rapatriements est eleve : il passe de 12% pour ceux de plus de soixante-quinze ans a 36.4% pour les defunts de moins de vingt-quatre ans (Tableau 2). (33)

Par ailleurs, les Portoricains de la diaspora qui souhaitent explicitement reposer a New York pour des motifs ideologiques et non pas familiaux restent rares. Parmi eux, le poete Miguel Pinero : celui-ci a voulu que ses cendres soient dispersees a Lower East Side pour revendiquer son identite de 'Nuyorican'. (34)

L'enjeu identitaire le plus important de la mort dans l'immigration reside par consequent dans l'imperatif suivant : devoir choisir entre les morts et les vivants. Face a la mort, les familles portoricaines cherchent a creer les bonnes conditions d'articulation de leur parentele. Cette articulation est toutefois delicate dans les contextes migratoires, car deux perspectives differentes se degagent lorsque l'on aborde la question du rapatriement des defunts : la premiere--plutot celle des personnes qui n'appartiennent pas au reseau social ou familial du mort--consisterait a l'interpreter a la lumiere des debats sur le nationalisme ; la seconde--celle des proches et de la famille--chercherait a redefinir la hierarchie familiale etablie par le lieu d'inhumation.

Si ces deux perspectives se retrouvent dans toute collectivite migrante endeuillee independamment de sa nationalite, il est finalement possible d'avancer l'idee que la concurrence entre elles s'accroit dans les contextes transnationaux a caractere colonial, car les notions de 'chez soi' et 'a l'etranger' doivent continuellement etre renegociees. C'est pourquoi, chez les Portoricains, construire une memoire familiale s'avere d'autant plus difficile qu'elle sous-tend deux formes d'interpretation du sentiment d'appartenance nationale.

Notes

(1) Dans une note documentaire qui recense cette litterature, Dubus et Braud estiment que, a ce stade, cette problematique de recherche s'est affirmee ; elle est entree " dans une phase ou les sujets d'etude se diversifi ent, se renouvellent et s'actualisent " (2001, 191).

(2) Jonker (1997) estime que le 90% des Turcs et le 70% des Grecs qui decedent a Berlin sont rapatries pour se faire enterrer dans leur pays natal. Par comparaison, les taux de rapatriements les plus eleves pour la ville de New York, entre les annees 2000 et 2002, concernent les communautes recemment implantees dans cette ville, les Mexicains (73%) et les Dominicains (54%) en l'occurrence (source : Bureau of Vital Statistics, New York City Department of Health and Mental Hygiene, voir infra Tableau 1).

(3) Dans un autre texte, Jonker (1996) evoque le recours--formellement interdit d'un point de vue religieux chez les musulmans--a la photographie et a la video pour documenter les funerailles des immigres turcs sur le sol allemand. Cette entorse a la coutume permet d'attester aupres des membres de la famille restes au pays que la ceremonie funebre s'est deroulee conformement aux usages ou que le corps a bel et bien ete enterre et non pas incinere.

(4) Arlene Davila rappelle que les termes 'Hispanic' et 'Latino' sont generalement utilises de facon interchangeable. Elle releve toutefois que, dans l'industrie publicitaire, " unlike 'Latino', which could be potentially applied to any person of Latin American origin, 'Hispanic' evokes Latin American populations' common origins in Spain. [...] 'Latino' also enjoys more widespread acceptance as a politically correct term in contrast to 'Hispanic', which is more evocative of Spanish conquest and colonization. " (2001, 16). Certains rapports offi ciels du recensement americain emploient aussi ces deux termes de maniere interchangeable (voir " The Hispanic Population in the United States : March 2002 ", <www.census.gov/prod/ 2003pubs/p20-545.pdf>).

(5) L'ile de Puerto Rico a ete une colonie espagnole jusqu'a son occupation par les Etats-Unis en 1898 ; elle est devenue un 'Commonwealth' ou 'Estado Libre Asociado' en 1952. Bien que ce statut lui permette d'elire son propre gouverneur et de legiferer sur les affaires locales, Puerto Rico demeure un territoire appartenant au gouvernement federal americain.

(6) Ce point est evoque tant par De Genova et Ramos Zayas (2003) que par Duffy Burnett et Marshall (2001) ; il est toutefois a noter--comme l'a fait Jose Lopez Baralt dans les annees 1930 deja--que la section 5 du 'Jones Act' autorisait les Portoricains, durant les six premiers mois suivant la mise en application de l'acte, a preserver leur ancien statut. Cette disposition aurait ete prise afin d'eviter que la citoyennete americaine n'apparaisse comme imposee aux insulaires. Moins de 300 individus ont ainsi conserve leur qualite de 'citoyen de Porto Rico [nom offi ciel anglicise, en vigueur jusqu'en 1932]', non sans devenir des etrangers dans leur propre pays (Baralt 1999, 234-235).

(7) Selon De Genova et Ramos Zayas, ce changement politique reflete la periode de decolonisation : " Whereas Puerto Rico had previously been officially designated an 'unincorporated territory' of the U.S., the Island's colonial condition would now be represented euphemistically as a 'commonwealth' of the U.S., with the official and disingenuous title of 'Free Associated State' (Estado Libre Asociado--ELA) " (2003, 9).

(8) Pour une lecture detaillee, historique et critique de l'organisation politique de la migration portoricaine, voir en particulier Duany (2002, 166-184). Pour une synthese de l'experience migratoire de la communaute portoricaine a New York, voir Boricuas in Gotham. Puerto Rican in the Making of Modern New York City, edite par Gabriel Haslip-Viera, Angelo Falcon et Felix Matos Rodriguez (2005).

(9) En ce qui concerne la question specifi que des rapatriements, il est a signaler l'existence du 'Puerto Rican Workers Provisional Insurance Fund'. Cree en 1953 par le Departement du Travail du Commonwealth de Puerto Rico, ce fonds propose une assurance de vie, maladie et perte de gain aux travailleurs saisonniers engages dans l'agriculture americaine. Cette assurance a la particularite de couvrir les frais de preparation et de rapatriement du corps a Puerto Rico en cas de deces ; des contrats ont ete signes en ce sens avec plusieurs agents de pompes funebres aux Etats-Unis et avec American Airlines afin de faciliter toutes les demarches relatives aux rapatriements.

(10) Il faut neanmoins preciser que le degre d'encouragement a la preservation d'une identite nationale reste etroitement lie a la politique insulaire ; en 1993 par exemple, le gouvernement pro-Etat americain de Pedro Rossello, ne souhaitant pas d'interference avec une autre juridiction 'americaine', a cesse de fournir toute prestation directe aux migrants. Les bureaux de la migration installes a New York ont des lors ete affilies a la 'Puerto Rican Federal Affairs Administration' (PRFAA), dont le siege est a Washington, pour devenir une institution de ressource, de coordination et de soutien a la communaute portoricaine.

(11) Ces chiffres sont tires de l'US Census Bureau, American Community Survey Profile 2002, estimation. A noter que la communaute portoricaine de New York City--comme la cubaine par ailleurs (-19% environ)--a enregistre un recul de sa population d'environ 6% entre 1990 et 2000, tandis que les plus fortes progressions s'observent chez les Mexicains, les Equatoriens, les Honduriens et les Dominicains (Source : Census 2000. The Latino Population and the Transformation of Metropolitan New York, document edite par The Center for Latin American, Caribbean, and Latino Studies et The Center for Urban Research, Graduate Center, City University of New York). Ces chiffres varient legerement selon les sources ; voir notamment Haslip-Viera et alii (2005).

(12) Ces chiffres correspondent a ceux du dernier recensement americain realise en 2000. Sur la base des estimations demographiques de 2003, Falcon (2004) releve que les individus de la diaspora s'identifiant comme Portoricains (3,855,608) sont desormais--et pour la premiere fois de l'histoire--plus nombreux que les Portoricains de l'ile (3,692,362, sur une population totale de 3,878,532).

(13) Cet aspect n'est de loin pas specifi que aux descendants de migrants portoricains. Dans Becoming New Yorkers. Ethnographies of the New Second Generation, edite par Kasinitz, Mollenkopf et Waters (2004), les auteurs montrent comment des individus de deuxieme generation (Coreens, Jamaicains, Russes, Dominicains, entre autres) construisent une identite fluctuante et hybride, en multipliant les echanges entre les differents groupes ethniques. Ces individus recourent generalement au terme 'americain' de deux manieres differentes : l'une pour se demarquer du monde culturel de leurs parents, l'autre pour referer aux 'native white americans' et s'en distancer.

(14) Ce sentiment d'appartenance est particulierement manifeste lors de la Puerto Rican Day Parade qui se deroule sur la cinquieme avenue de Manhattan depuis 1958. Chaque annee, cette manifestation attire plusieurs centaines de milliers de personnes qui--tant parmi les participants au defile que parmi les spectateurs--arborent les couleurs nationales, agitent le drapeau a l'etoile et affi chent leur fi erte d'etre Portoricain a travers des objets a l'effigie de Puerto Rico (T-shirts, casquettes, chaussures, bracelets, voire tatouages) et des slogans tels que 'Puerto Rico, mi orgullo' ou 'Yo soy Boricua [Portoricain]'.

(15) En novembre 2004, lors de l'election au gouvernorat de Puerto Rico, Ruben Berrios Martinez--candidat du parti independantiste portoricain--a obtenu 2.7% des voix, tandis que 48.4% est alle au Parti populaire democratique (Pro commonwealth) et 48.2%, au Nouveau parti progressiste (Pro Etat americain).

(16) Si l'usage du terme Puerto Rican Americans--et plus specifiquement Puerto Rican New Yorkers--n'est pas frequent, voire rejete, celui-ci apparait neanmoins dans plusieurs travaux academiques (par exemples Fitzpatrick 1971, Lapp 1991, Haslip-Viera et alii 2005).

(17) La communaute portoricaine est celle qui connait l'un des plus forts taux d'individus (environ 36%) vivant au-dessous du seuil de pauvrete a New York. Abondamment decrite et analysee sur un plan ethnographique--voir par exemple l'ouvrage, controverse, de Lewis (1965), et plus recemment celui de Bourgois (2003) ou de Brotherton et Barrios (2004)--la marginalisation economique et sociale persistante d'une partie de cette communaute, a l'origine de nombreux stereotypes negatifs, ne doit cependant pas occulter les importantes contributions des migrants portoricains au developpement de New York, ni le role pionner qu'ont joue ces derniers dans l'histoire de l'immigration latino-americaine de la ville.

(18) Pour une explication des enjeux raciaux, culturels, economiques et sociaux qui sous-tendent la definition des niveaux 'interne' et 'externe' de la collectivite portoricaine, se referer a l'ouvrage de Grosfoguel (2003), Colonial Subjects. Puerto Ricans in a Global Perspective.

(19) Dans une etude consacree a la perception des migrations de la Caraibe hispanophone (Puerto Rico, Cuba, Republique dominicaine) dans les productions culturelles et artistiques, Yolanda Martinez-San Miguel (2003) montre que les migrants etablis a New York, au carrefour de toutes les enclaves communautaires, produisent desormais une perspective non plus uniquement portoricaine, dominicaine ou cubaine, mais specifiquement caribeenne.

(20) Voir par exemple El Pais de Cuatro Pisos de Jose Luis Gonzalez (1989) ou Insularismo de Antonio Pedreira (2001).

(21) Un tel jeu identitaire n'est pas facile a maitriser, ni a interpreter. Cruz-Malave (2002), dans un article sur les figures du nomadisme et de la translocalite dans la litterature contemporaine des Portoricains etablis aux Etats-Unis, evoque par exemple la visite a Puerto Rico du poete Miguel Pinero, en 1974. Ce dernier, alors celebre, n'y aurait pas ete recu a la hauteur de ses esperances comme fils de migrant, mais comme 'New York Rican', 'Neo Rican' ou 'Nuyorican'. Pinero a ete surpris et decu par cet accueil qui marquait une distance interne (Portoricains versus diaspora) et non pas externe (Portoricains versus Americains) ; il ne s'attendait pas a franchir la frontiere de cette facon-la !

(22) Je tiens a remercier le Bureau of Vital Statistics de la ville de New York de m'avoir fourni ces donnees.

(23) Dans le Funerals Consumers' Last Rights, Editors of Consumer Reports, edite en 1977 par W.W. Norton and Company a New York, il est precise que l'une des compagnies aeriennes les plus importantes du pays a developpe un systeme pour faciliter le transport des morts : dans chaque bureau de la compagnie, il existe un 'Jim Wilson desk', nom de code pour ce service particulier. Ce code--toujours en usage et meme imprime sur le materiel ('airtray') qui protege le cercueil--signale au personnel la nature du transport. A noter qu'un service similaire est desormais propose par la plupart des compagnies aeriennes.

(24) L'embaumement est une technique chirurgicale qui permet de retarder considerablement la decomposition du cadavre ; celle-ci consiste a drainer le sang du defunt et a le remplacer par des produits chimiques a base de formol, injectes via la carotide dans les vaisseaux sanguins. Les organes sont transperces par une longue tige metallique introduite a la hauteur du nombril, afin d'aspirer tous les fluides et d'y introduire ensuite la solution chimique. Des soins cosmetiques sont aussi pratiques sur le visage du mort pour conserver--parfois pour reconstituer en cas d'accident--son apparence de vivant.

(25) La seule specification a ce sujet trouvee dans la legislation portoricaine concerne le transport des defunts hors de Puerto Rico. Le cas echeant, toute personne en charge du corps est supposee detenir, en sus du permis de transport, un 'certificat d'embaumement' (voir " Puerto Rico Code / Title 24 Health and Sanitation / Part IV Vital Statistics Registry / Chapter 85 Deaths / [section] 1109 ").

(26) Selon les arrangements que les agences de pompes funebres etablissent entre elles, la famille a parfois la possibilite de louer un cercueil a une compagnie new-yorkaise le temps de la veillee dans la ville du deces, tandis que le cercueil 'definitif' sera fourni par une agence portoricaine en vue des ceremonies funebres et de la mise en terre.

(27) Le tarif pour le transfert d'un mort par avion entre New York et Puerto Rico varie entre 500$ et 700$, en fonction du poids, parfois du volume, et de la compagnie aerienne.

(28) Ce taux est valable pour les annees 2000 a 2002 (source : Bureau of Vital Statistics, City of New York).

(29) Dans un ouvrage consacre a la vie politique des morts, Katherine Verdery a d'ailleurs montre que tout nationalisme s'inscrit dans une genealogie representee par une succession de personnages et de heros--politiciens, religieux, artistes--autour desquels vient s'articuler l'histoire d'une nation : " Nationalism is thus a kind of ancestor worship, a system of patrilineal kinship, in which national heroes occupy the place of clan elders in defining a nation as a noble lineage " (1999, 41). Selon Verdery, le rapatriement des morts au sein du territoire national sert differents interets politiques, comme reviser une genealogie dominante ou marquer le changement d'un regime.

(30) En juin 2002, soutenu par un comite conduit par sa fille Leslie, le corps de Lavoe, de son vrai nom Hector Juan Perez Martinez, a finalement ete rapatrie au cimetiere municipal de Ponce. Il repose desormais aux cotes de sa femme Nilda Puchy Roman et de leur fils (egalement rapatrie), dans une tombe qui porte l'epitaphe suivante : " Aqui, en tierra poncena, como fue su voluntad, descansan los restos de 'El Cantante de los Cantantes' [Ici, en terre de Ponce, conformement a sa volonte, reposent les restes du 'Chanteur des Chanteurs'] ".

(31) Ces interviews s'inscrivent dans le cadre d'une recherche de terrain--financee par le Fonds national suisse de la recherche scientifi que--sur les pratiques funeraires et les conceptions de la mort des migrants portoricains, a New York et a Puerto Rico. Elles ont ete realisees avec une quarantaine de Portoricains de premiere et deuxieme generations qui ont rapatrie l'un des membres de leur famille ou projettent eux-memes de se faire rapatrier en cas de deces.

(32) Il est a relever a ce propos que le facteur religieux n'influence pas la decision de rapatrier un mort a Puerto Rico. Contrairement aux prescriptions en vigueur dans certaines communautes migrantes musulmanes (Jonker 1996, 1997 ; Chaib 2001 ; Petit 2002), le lieu d'inhumation n'est pas considere comme pertinent d'un point de vue religieux, notamment dans les conceptions pentecotistes et evangeliques, partagees par une importante partie de la diaspora portoricaine de New York.

(33) Cette tendance se retrouve dans toutes les communautes migrantes mentionnees auparavant dans le Tableau 1. Elle est particulierement significative pour les migrants nes au Mexique : sur la ville de New York, entre les annees 2000 et 2002, le 88% des defunts fges de moins de quarante ans (qui representent le 53% des defunts de cette communaute !) ont ete rapatries. Inversement, le taux de defunts mexicains fges de plus de 40 ans (47%) rapatries durant la meme periode est de 36%.

(34) Voir le film biographique intitule Pinero, realise en 2001 par Leon Ichaso.

Ouvrages cites

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MARC A. BERTHOD

City University of New York
SCHEMA 1

Pourcentage des populations hispaniques ou 'latinos' aux USA
et a New York City pour l'annee 2000

USA

Mexicains 58.5%
Cubains 3.5%
Dominicains 2.2%
Portoricains 9.6%
Autres Hispaniques 26.2%

35.3 millions d'hispaniques
soit 12.5% de la population des USA

New York City

Mexicains 8.6%
Cubains 2.1%
Dominicains 24.7%
Portoricains 37.6%
Autres Hispaniques 27.0%

2.1 millions d'hispaniques
soit 26.9% de la population de NYC

Source: U.S. Census Bureau, Census 2000 (Summary File 1, Matrix PCT11
and PUMS)

Nota: Tabla derivada de grafico segmentado.

TABLEAU 1

Rapatriements des defunts residents a New York City par pays,
annees 2000 a 2002

 Lieu de naissance

Colombie 70 rapatries sur 639 defunts
 10.9%
Cuba 14 / 1,322
 1%
Republique 1,806 / 3,365
Dominicaine 53.7%
Haiti 194 / 1,653
 11.7%
Jamaique 480 / 2,916
 16.4%
Mexique 327 / 446
 73.3%
Puerto Rico 1,771 / 12,251
 14.4%

 Descendance

Colombie 69 rapatries sur 624 defunts
 11.5%
Cuba 12 / 1,279
 0.9%
Republique 1,803 / 3,382
Dominicaine 53.3%
Haiti 184 / 1,582
 11.6%
Jamaique 321 / 1,761
 18.2%
Mexique 329 / 473
 69.6%
Puerto Rico 1,829 / 14,051
 13%

Source: Bureau of Vital Statistics. New York City Department of Health
and Mental Hygiene (22)

TABLEAU 2

Nombre et pourcentage des defunts portoricains rapatries de
New York City par groupes d'age, annees 2000 a 2002

 [less than or equal to] 25-34 35-44
 24

 16
Puerto Rico rapatries
comme lieu sur 44 39 / 123 /
de naissance deces 150 600
 36.4% 26% 20.5%

 45-54 55-64 65-74

Puerto Rico 240 / 412 / 354 /
comme lieu 1,430 2,345 2,785
de naissance 16.8% 17.6% 12.7%

 Age
 75 + inconnu Total

Puerto Rico 581 / 6 / 1,771 /
comme lieu 4,830 67 12,251
de naissance 12% 8.9% 14.5%

Source: Bureau of Vital Statistics. New York City Department of Health
and Mental Hygiene
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Author:Berthod, Marc A.
Publication:Canadian Journal of Latin American and Caribbean Studies
Date:Jan 1, 2006
Words:8646
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