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Essentiels, fiables et invisibles : les travailleurs agricoles migrants latino-americains au Quebec vus par la population locale.

Abstract

In the province of Quebec, the number of foreign temporary workers has increased by 40% between 2000 and 2010, with 30,307 entries in 2010. The foreign seasonal workers employed in the agricultural sector, most of them coming from Mexico and Guatemala, contribute towards this increase. The research on the situation in Quebec, and anywhere else in Canada and in other countries, show the precarious and vulnerable situation connected with the status of the temporary low skill worker. In this article, we analyse the standpoint of local communities on the migrant temporary farm workers in terms of social representations. We base our analysis on twenty interviews conducted in 2012, in a rural area close to Quebec City, with key actors belonging to one or the other of the following categories: municipal elected officials, business owners, service providers (public or private) and residents locally active as citizens. The results show that migrants are seen as vital and essential labour, as ideal workers of higher quality than other farm workers, and as an "invisible" population. The interviews indicate that the social construction of these migrants stem from a process of positive racialization, from cultural differentiation, as well as from social and spatial exclusion. We discuss the close relation between the programs' structure that manages the employment and the residence of these migrants, on the one hand, and on the other hand, how the local actors view those same migrants.

Resume

Au Quebec, le nombre de travailleurs etrangers temporaires a connu une croissance d'environ 40% de 2000 a 2010, avec 30 307 entrees en 2010. Les travailleurs etrangers saisonniers employes dans le secteur agricole, dont la plupart viennent du Mexique et du Guatemala, contribuent a cette augmentation. Les travaux de recherche portant sur la situation au Quebec, ailleurs au Canada et dans d'autres pays montrent la precarite et la vulnerabilite liees au statut de travailleur temporaire peu qualifie. Dans le present article, nous analysons le point de vue des communautes locales concernant les travailleurs migrants temporaires agricoles sous l'angle des representations sociales. L'analyse repose sur vingt entretiens menes en 2012, dans une region rurale situee pres de Quebec, aupres d'acteurs cles appartenant a l'une ou l'autre des categories suivantes : elus municipaux, proprietaires de commerce, prestataires de services (publics ou prives) et les residents actifs en tant que citoyens sur la scene locale. Les resultats montrent que les migrants sont percus comme une main-d'oeuvre indispensable et essentielle, comme des travailleurs ideaux et de qualite superieure aux autres travailleurs agricoles, et comme une population "invisible". Les entretiens revelent que la construction sociale de ces migrants releve d'un processus de racisation positive, de la differentiation culturelle ainsi que de l'exclusion sociale et spatiale. Nous montrons la relation etroite entre la structure des programmes qui regit l'emploi et le sejour de ces migrants, d'une part, et les facons dont les acteurs locaux se representent ces memes migrants, d'autre part.

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De nombreuses recherches montrent que, depuis les annees 1990, les pays du Nord sont de plus en plus favorables aux programmes de travailleurs migrants temporaires (Castles, 2006; Pellerin, 2008; Ruhs and Martin, 2008; Vertovec, 2006). Les avantages de tels programmes sont mis en avant non seulement par les gouvernements, mais aussi par les grandes organisations internationales (Piche, 2012). Cette tendance s'explique par la vision utilitariste des migrations comme une solution a court terme aux problemes du marche du travail, notamment dans certains secteurs d'emplois remuneres au salaire minimum et offrant des conditions de travail difficiles (Pellerin, 2011; Wickramasekara, 2011). En outre, ces programmes viseraient a empecher le developpement d'une main-d'oeuvre etrangere non documentee et du travail au noir tout en garantissant le depart des migrants a la fin de leur contrat de travail (Hahamovitch, 2003). Piche (2012) soutient que cette tendance constitue l'indice que s'instaure un regime migratoire a deux vitesses : l'immigration permanente, avec l'acces eventuel a la citoyennete, et la migration temporaire, souvent precaire et qui, dans le cas des travailleurs non qualifies, ne donne generalement pas acces a la residence permanente et aux droits qui y sont associes. Ce nouveau regime migratoire releve d'une gestion accrue des flux migratoires (migration management) qui fait des migrants une main-d'oeuvre flexible et disponible, repondant aux besoins ponctuels des employeurs. Cette vision utilitariste apaise les factions des pays du Nord peu favo-rables a la presence d'etrangers.

Le Canada fournit une illustration particulierement frappante de cette tendance politique. En effet, alors que ce pays en etait principalement un d'immigration permanente, le rapport entre travailleurs immigrants (permanents) et migrants (temporaires) augmente continuellement depuis les annees 2000. Le principe traditionnel de base de la politique migratoire canadienne--l'accueil de nouveaux residents permanents--a change (Helly, 2010). La croissance de la main-d'oeuvre etrangere temporaire au Canada et au Quebec a ete particulierement accentuee dans le secteur agricole. La recherche est unanime et montre comment les travailleurs migrants forment une main-d'oeuvre extremement precaire (Basok, 1999, 2002; Goldring, 2010; Hanley, 2008; Hennebry, 2010; Hennebry and McLaughlin, 2012; Preibisch, 2012). Dans le secteur agricole, l'embauche sur la base du sexe et de la nationalite ainsi que l'absence de mobilite sur le marche du travail, etant donne le lien fixe avec un employeur, sont deux elements de ces programmes qui ne respectent ni la Charte des droits et libertes de la personne du Quebec (Gayet, 2010) ni la Charte canadienne des droits et libertes (Preibisch, 2004). En depit de nombreuses critiques formulees dans des travaux de recherche effectues en Ontario (Basok, 2002; Hennebry, 2008, 2012; Preibisch, 2007, 2010), aucun changement structurel n'a ete apporte aux programmes, et les portes d'entree pour le travail et la residence temporaires se multiplient. Il semble donc que chercheurs, activistes, representants syndicaux et intervenants n'ont, jusqu'a ce jour, pas reussi a renverser une tendance lourde au Canada et au Quebec.

Un facteur non negligeable de cette situation est l'absence ou la faible mobilisation citoyenne autour de la question des travailleurs migrants temporaires. Dans ce contexte, nous etudions comment les residents et les acteurs-cles d'une region du Quebec recevant une concentration importante de travailleurs saisonniers agricoles les construisent socialement et voient la presence de ces derniers sur leur territoire. Alors que les tentatives de mobilisation se sont concentrees au niveau des gouvernements provinciaux et du federal, les municipalites et les populations locales pourraient etre d'importants acteurs de changement. Or, il importe a la fois de comprendre comment les acteurs locaux se representent les travailleurs migrants temporaires et de connaitre les experiences servant d'assises a ces representations. Bref, la contribution originale du present article est l'analyse de la construction ideologique de l'alterite du travailleur etranger agricole chez des residents ayant un role cle au sein de leur communaute.

TRAVAILLEURS MIGRANTS AU QUEBEC

Au Quebec et au Canada, depuis le debut des annees 2000, le nombre de travailleurs etrangers temporaires a augmente de maniere remarquable par rapport aux immigrants economiques admis en tant que residents permanents. Pour l'ensemble du Canada, les premiers surpassent les seconds depuis 2006; pour le Quebec, l'ecart diminue et est tres faible en 2011, avec 36 102 immigrants economiques contre 34 369 travailleurs temporaires admis (voir Fig. 1. Entrees annuelles d'immigrants economiques et de travailleurs etrangers). La main-d'oeuvre etrangere peu qualifiee--le groupe ayant connu la plus forte croissance (CIC, 2011)--occupe des emplois dans les services ou les secteurs manufacturiers et agricoles pour une duree limitee ou sur une base saisonniere.

Dans le secteur agricole, le Canada recrute des travailleurs etrangers depuis les annees 1940 (Satzewich, 1991). Le Programme des travailleurs agricoles saisonniers a ete cree en 1974, a la suite d'un accord intergouvememental signe avec le Mexique et quelques pays des Antilles. Au Canada, environ 23 000 personnes ont ete embauchees en 2010 par l'intermediaire de ce programme, dont environ 2 800 au Quebec. L'Ontario et la Colombie-Britannique sont les deux provinces qui recrutent le plus dans le cadre de cet accord'. Afin de diversifier l'offre de main-d'oeuvre etrangere, un nouveau programme federal a vu le jour en 2002 : le Projet pilote relatif aux professions exigeant un niveau reduit de formation. Selon cette initiative, les employeurs ont la possibilite d'effectuer eux-memes la selection de travailleurs etrangers sans etre encadres par un quelconque accord entre le Canada et le pays d'origine. Pour le secteur agricole, le recrutement s'effectue principalement au Guatemala et au Honduras. Au Quebec, la Fondation des entreprises en recrutement de main-d'oeuvre agricole etrangere (FERME) assure la gestion de ce programme, qui y a connu une croissance phenomenale depuis son entree en vigueur : le nombre de travailleurs etrangers recrutes par les employeurs quebecois est passe de 5 en 2002 a 3 305 en 2010. Ainsi, dans le domaine agricole, plus de 6 000 d'entre eux sont arrives au Quebec, en 2010, si l'on prend en compte les deux programmes precites. De plus, d'apres les donnees de FERME, pres de 4 000 autres travailleurs temporaires occupent des emplois dans ce secteur, pour un total de pres de 10 000 pour l'annee 2012 (2). Toujours d'apres FERME, le nombre d'entreprises quebecoises ayant recours a des travailleurs etrangers est passe de 76 a pres de 625 entre 1995 et 2011 (3).

STATUT TEMPORAIRE ET EXCLUSION

Les travaux de recherche sur les programmes de migrations temporaires destinees a combler des emplois peu qualifies sont unanimes : le caractere temporaire, circulaire ou saisonnier de cette migration est une strategie etatique d'exclusion particulierement efficace. Plutot que de mener a une faible insertion ou integration, l'octroi du statut de travailleur etranger temporaire produit, en fait, l'exclusion sociale, legale (citoyennete) et economique. A travers l'espace et le temps, les differents types de main-d'oeuvre etrangere (foreign labour) sont generalement "voulus mais non bienvenus" (wanted but not welcomed), ecrivait Zolberg en 1987. Pour lui, cette main-d'oeuvre represente l'alterite profonde, une alterite non desiree. La separation entre "force de travail" et "citoyen" au sens large du terme forme la base ideologique de la categorisation des travailleurs etrangers par rapport aux residents permanents. Dans la plupart des cas, le travailleur migrant temporaire demeure un non-resident, un non-citoyen et ne peut aspirer a aucun de ces statuts, et ce, independamment de sa contribution economique au pays ou de la duree de son sejour--consecutif ou cumule, dans le cas de migrations saisonnieres (4) (Piche, 2008).

L'augmentation recente des travailleurs migrants temporaires au Canada semble entrer en contradiction avec la representation dominante de la nation, basee sur des vagues d'immigration successives, le multiculturalisme et la diversite (Simmons, 2010). Au Quebec, toutefois, la question identitaire a cree un climat de scepticisme a l'egard d'une trop grande diversite, souvent jugee comme menacante pour la protection de l'identite nationale dans le contexte nord-americain (Labelle, 2005). Apres avoir analyse les debats parlementaires de 1969 a 1973, Sharma (2001) montre comment le gouvernement canadien a engendre la categorie de "travailleur migrant" en lui accordant une legitimite qui normalise le non-acces a des droits par ailleurs juges fondamentaux. Ainsi, le pouvoir normatif se concretise a l'occasion de la mise en oeuvre de programmes sanctionnes par l'Etat, mais qui, bien souvent, ne respectent pas certains droits juges fondamentaux dans les cadres juridiques nationaux ou provinciaux. La plupart des travaux portent d'ailleurs sur la vulnerabilite et la precarite produites par ces programmes eux-memes, qui creent une main-d'oeuvre captive n'ayant aucune mobilite sur le marche du travail pour deux raisons principales: le lien fixe avec un employeur et le fait que tous les parametres de la mobilite sont geres par les acteurs qui mettent les programmes en question en oeuvre. La constante menace d'etre expulse du pays ou exclu de ces programmes, sans possibilite de contester une telle decision, s'avere une veritable epee de Damocles suspendue au-dessus de la tete de chaque travailleur (Basok, 2002; Basok et al, 2012; Hennebry et McLaughlin, 2012; Preibisch, 2010).

Les employeurs sont souvent depeints comme les principaux maitres d'oeuvre des politiques migratoires menant a l'exclusion sociale et a la precarite des travailleurs. Dans le cas des travailleurs agricoles au Canada, Wall (1992) et Basok (1999) ont etudie les relations entre employes et employeurs; tous deux ont montre comment le paternalisme sert a maintenir une relation hierarchique qui empeche la revendication des droits. Les pouvoirs de l'employeur de congedier et de "rappeler" ou non un travailleur l'annee suivante constituent la pierre angulaire des rapports d'inegalites entre employes et employeurs, et l'un des principaux freins a la solidarite entre des travailleurs qui veulent proteger leur emploi en "plaisant" au patron. Dans de recentes critiques quant aux droits des travailleurs migrants temporaires, les employeurs sont juges les plus "gagnants" du "contrat" (Wickramasekara, 2011).

Bauder (2008) attribue aux medias un role important dans le consentement silencieux de la population canadienne au regard de l'exclusion des travailleurs migrants temporaires. Dans son analyse du discours des medias anglophones ontariens de 1997 a 2002, il identifie trois themes qui sous-tendent les representations relatives a ces travailleurs : 1) une main-d'oeuvre agricole necessaire; 2) un probleme social pour les communautes rurales; 3) des peres et des maris responsables dans leur pays d'origine. Ce discours reduit les migrants a une force de travail inassimilable et separee du reste de la societe. Leur problematisation comme menace pour l'ordre social et la securite justifie de les accueillir sur une base temporaire (5).

Si la plupart des travaux traitant des mecanismes d'exclusion sociale et economique de la main-d'oeuvre etrangere portent sur les migrants et leurs rapports tant avec les Etats qu'avec leurs employeurs, plus rares sont ceux qui s'attardent a l'analyse de cette exclusion a l'echelon des communautes locales ou vivent les migrants. Comment les residents et les migrants partagent-ils l'espace rural au sein duquel ils cohabitent? Quelle communication existe-t-il entre eux? Comment les residents percoivent-ils cette main-d'oeuvre etrangere qui habite temporairement sur leur territoire? Comment l'exclusion, en tant que processus social et spatial, estelle mise en oeuvre dans le quotidien des communautes d'<<accueil>> des migrants? Cette dimension de la relation entre statut temporaire et exclusion se situe pourtant a la base de la comprehension du consensus concernant les avantages des programmes de travailleurs migrants temporaires dans les pays <<importateurs>> de main-d'oeuvre.

Quelques chercheurs se sont attardes a ces questions dans les provinces situees a l'ouest du Quebec. Leurs travaux soulignent l'ignorance des populations locales quant aux conditions de travail et a la vie quotidienne des travailleurs migrants. Cecil et Ebanks (1992) font ce constat pour les travailleurs des Caraibes actifs en Ontario dans les annees 1980. Les etudes sur les interactions entre migrants et residents soulignent le peu de communication et de rencontres entre les deux groupes. Smart (1998) observe qu'en Alberta, dans les annees 1990, les interactions principales avaient lieu dans les allees et devant les caisses des supermarches; la presence des travailleurs etait connue mais peu <<sentie>> par les residents (known but not felt). Elle estime que la barriere de la langue et les longues heures de travail empechent les interactions sociales. Preibisch (2004) souligne quant a elle que l'exclusion sociale passe par l'isolement de travailleurs qui vivent et interagissent principalement entre eux, les residents evitant les lieux frequentes par les migrants. Elle observe toutefois une amorce de changement, en Ontario, avec la creation de certains liens personnels entre ces travailleurs et les residents mais surtout avec la presence d'organismes de defense des droits des travailleurs qui offrent des services aux migrants et contribuent ainsi a elargir le cercle des interactions de ceux-ci. Notre analyse s'inscrit dans la lignee de ces travaux, tout en explorant plus en profondeur la construction sociale des migrants temporaires dans le contexte d'une region agricole du Quebec. De plus, la collecte de donnees aupres d'acteurs cles tels que les elus municipaux et les prestataires de services apporte un nouvel eclairage. Au Quebec, seuls les excellents travaux de Mimeault et Simard (1999, 2001) analysent la situation des travailleurs agricoles dans une perspective d'exclusion legale et sociale. Leur recherche ne porte toutefois que sur les travailleurs immigrants, donc residant au Quebec.

METHODE

La presente analyse repose sur un corpus de vingt entretiens menes des mois de juin a aout 2012 dans une region du Quebec qui recoit un afflux important de travailleurs migrants dans le secteur agricole (6). Pendant la saison 2012, nous estimons que ces derniers representaient pres de 10 % de la population de la region etudiee (7). Les participants au projet de recherche etaient tous des acteurs cles au sein de cette region. Notre definition de Facteur cle renvoie a l'individu ayant un certain pouvoir local sur le plan politique, social ou economique. Notre echantillon inclut des intervenants du secteur public (sante et securite) ayant potentiellement des interactions privilegiees avec les travailleurs. Les vingt personnes ayant participe a notre etude appartenaient a l'une ou l'autre des categories suivantes : elus municipaux (maires et conseillers ou conseilleres), proprietaires de commerce, prestataires de services (publics ou prives) et citoyens actifs sur la scene locale (8). La majorite de nos participants avaient un membre de leur famille, un voisin ou un ami qui etait aussi un producteur agricole employant des travailleurs migrants; dans un cas, le participant etait lui-meme un employeur, en plus d'etre considere comme un acteur cle pour un autre poste qu'il occupait. Ces rencontres avec les producteurs agricoles constituent une source d'information et de formation des representations importante pour tous les residents. Les entretiens ont dure de 45 a 90 minutes et ont eu lieu a un endroit choisi par le participant (bureau, maison privee, commerce). Au total, seize entretiens ont ete enregistres integralement, alors que quatre autres ont fait l'objet de notes detaillees par la suite (etant donne le refus du participant d'etre enregistre ou la nature plus informelle de la rencontre).

Le guide d'entretien etait structure en trois parties a propos des migrants: 1) les changements dans l'agriculture et leur venue; 2) les effets de leur presence sur la communaute locale; 3) les programmes les concernant et leur statut). Le deuxieme theme etait le plus developpe; il incluait des questions touchant les repercussions de nature economique, sociale ou culturelle sur les localites d'accueil et la region. La derniere partie comportait des questions sur la connaissance des programmes, les perceptions du role des acteurs locaux a l'endroit des travailleurs migrants ainsi que l'opinion quant au statut et aux droits de ces travailleurs. Apres l'identification des themes ressortant des entretiens, les donnees ont ete codees a l'aide du logiciel d'analyse qualitative SONAL.

Dans l'ensemble, les participants ont bien recu le projet. En tant qu'experts, leaders et citoyens de leurs localites, ils etaient enthousiastes a l'idee que des chercheurs recoltent des donnees sur leurs connaissances, leurs opinions et leurs experiences en relation avec les travailleurs migrants. Le projet a ete mene peu de temps apres l'annonce de changements importants au regime de l'assurance-emploi du Canada (9). Les participants a nos entretiens etaient soucieux des consequences negatives que pouvait avoir cette reforme sur la capacite des employeurs a continuer d'embaucher autant d'employes migrants etrangers que les annees precedentes. Dans ce contexte, les participants se montraient d'autant plus favorables a une etude sur leurs opinions sur la question des travailleurs etrangers.

La region etudiee differe de celles a forte concentration de travailleurs migrants agricoles ou s'effectuent la plupart des travaux de recherche en Ontario. La region de Leamington par exemple, observee de pres par Basok (1999, 2002), recoit l'une des plus fortes concentrations de ces derniers dans le pays. Preibisch (2004) et Hennebry (2007) ont mene des etudes dans les regions de Niagara, de Bradford et de Simcoe, qui en acceptent aussi beaucoup. Au Quebec, les regions agricoles autour de Montreal (Saint-Remi et Saint-Eustache) en accueillent le plus grand nombre dans la province (10). Dans toutes ces localites de l'Ontario et du Quebec, la presence de lieux de rencontre, de commerces <<ethniques>> et de centres d'aide aux migrants (11) joue un role important dans le reseautage et l'acces a l'information. En revanche, dans la region etudiee, les travailleurs migrants connaissaient lors de notre enquete une situation d'isolement beaucoup plus aigue. Sans moyen de transport en commun leur permettant de quitter leurs lieux de travail (sauf le velo, pour de courtes distances), ils dependaient completement de celui mis a leur disposition par leur employeur. Un commercant itinerant ayant acces aux fermes leur vendait des cartes telephoniques et certains aliments proches de ceux qu'ils ont l'habitude de consommer dans leur pays (tortillas, denrees a base de farine de mais, etc.). Une fois par semaine, les employeurs les conduisaient dans une grande epicerie situee a vingt kilometres de la localite et accessible seulement par des autoroutes, pour qu'ils puissent y faire leurs courses. Dans la communaute, il n'existait aucun lieu de rassemblement public ou ces travailleurs auraient pu se rencontrer ou interagir avec les residents. Seuls des lieux exterieurs (terrain de soccer, terrains autour des eglises) permettaient une certaine interaction entre travailleurs de differentes fermes. Quelques lieux publics--dont des depanneurs, la caisse populaire et le centre de sante public--etaient frequentes a la fois par les travailleurs et les residents, mais rares etaient les echanges entre les deux groupes.

Une main-d'oeuvre indispensable

La notion d'indispensabilite du travailleur etranger pour la rentabilite de l'agriculture au Canada etait deja presente au moment de l'embauche des premiers immigrants dans ce secteur d'emploi, dans les annees 1940 (Satzewich, 1991). L'idee selon laquelle les travailleurs migrants representent une source de main-d'oeuvre necessaire, et meme indispensable, se retrouve dans tous les entretiens. Au cours de discussions sur l'histoire recente du secteur agricole dans la region, les participants estiment que les changements demographiques et sociaux ont considerablement reduit la disponibilite de la main-d'oeuvre agricole au Quebec. La logique demographique renvoie a la baisse de la fecondite ayant pratiquement elimine les enfants comme source de main-d'oeuvre pour les agriculteurs. Les grosses familles au sein desquelles tout le monde travaillait a la ferme sont choses du passe. De plus, les jeunes ne sont plus interesses par un travail physique, exterieur et harassant comme le travail agricole; ils preferent travailler dans des bureaux, a meilleur salaire.
   Ben, la main-d'oeuvre agricole a ete obligee de changer parce qu'il
   y a beaucoup moins de naissances, beaucoup moins de jeunes durant
   les vacances d'ete ... pis surtout a cause de la nouvelle
   production agricole, il y a des produits agricoles qui durent
   jusqu'au mois d'octobre, novembre. Moi, j'ai beaucoup travaille en
   milieu agricole, car je suis fils d'agriculteur. Il n'y avait pas
   autant de production, alors qu'aujourd'hui la production commence
   au mois de mai. On plante des fraises, pis ca va jusqu'en
   octobre.... Donc, ils [les producteurs] n'avaient pas le choix de
   demander des travailleurs agricoles etrangers.... Et les gens sont
   plus scolarises, ils ne sont pas interesses a travailler a dix,
   douze piastres de l'heure. C'est quand meme un travail tres
   difficile, l'agriculture dans les champs quand il pleut du matin au
   soir. Ce n'est pas notre mentalite, au Quebec, de travailler a la
   pluie, tandis que les gens qui viennent du Mexique et du Guatemala,
   peu importe les pays etrangers, pour eux, c'est normal.... Ils ont
   besoin de travailler a l'exterieur pour faire de l'argent.


Les participants considerent les changements intervenus dans l'industrie agricole de la region comme un autre facteur expliquant le besoin en main-d'oeuvre etrangere. Depuis quelques decennies, la region a connu une augmentation de la taille des exploitations agricoles, une diminution du nombre de fermes et une forte hausse de la production maraichere--laquelle demande un travail manuel intensif. L'allongement de la saison agricole a six mois par annee, la diversification des produits pour repondre a la demande des consommateurs et la necessite de fournir regulierement des fruits et legumes frais a de gros detaillants obligent les producteurs agricoles a un fort rendement, lequel necessite une main-d'oeuvre abondante et tres disponible pendant au moins la moitie de l'annee.
   Avant, il y avait beaucoup de fermes laitieres, de pommes de terre,
   des carottes, du navet, des choses semblables.... Mais, depuis dix
   ans, il se fait beaucoup plus de petites cultures. Donc, en faisant
   de l'horticulture beaucoup, t'as besoin de travailleurs. C'est
   manuel. Il y a beaucoup de choses faites manuellement. On a meme un
   agriculteur qui fait des patates douces. Fait que ca, c'est toute
   plante a'main [sic], c'est recolte a la main. Juste pour lui, a
   cette ferme-la, il a au-dessus de 80, 90 employes etrangers....
   C'est sur qu'ici, il n'y a pas cette main-d'oeuvre-la. Notre
   population, a'place d'augmenter, a'diminue.... [sic] On est des
   gens en vieillissement, la moyenne d'age est 45 ans.

   Aujourd'hui, il n'y a pas beaucoup d'acheteurs. Il y a trois
   grosses compagnies qui achetent les produits, pis les fermes ont
   ete obligees de grossir pour fournir cette demandela. On peut
   importer des fraises d'un peu partout dans le monde. Y'a des
   fraises de la Californie a l'annee, fait que le producteur
   quebecois a ete oblige de faire pareil.... Il faut produire pendant
   six mois pour rentabiliser....

   On est dans une economie mondiale, si on ne fait pas cela [grossir
   les fermes et engager des travailleurs etrangers], on va crever
   avec notre agriculture.... Aujourd'hui, il se produit beaucoup de
   choses, mais avec moins de producteurs....


Selon les acteurs locaux, l'indispensabilite de la main-d'oeuvre agricole resulte ainsi de processus sociodemographiques et economiques qui ont transforme le Quebec depuis les annees 1960. En fait, l'arrivee de la main-d'oeuvre etrangere est percue comme ayant litteralement sauve le secteur agricole d'un naufrage inevitable. Cette logique a cependant une limite, car peu de participants reconnaissent la contribution economique des migrants.

Des travailleurs de qualite superieure

Apres avoir explique le pourquoi de la necessite d'employer des travailleurs etrangers, les acteurs cles parlent avec abondance de l'excellence et de la superiorite de cette main-d'oeuvre. Les participants adoptent un discours de racisation positive (12) qui fait appel a des caracteristiques a la fois physiques et culturelles pour montrer a quel point cette main-d'oeuvre est <<apte>> au travail agricole.
   Ils sont plus faites (sic] pour la chaleur, parce que c'est dur
   dans le champ, en haut. Tu sais, des grosses journees chaudes, des
   30, 35, cela arrive souvent ici, en haut. Le Mexicain, ca ne le
   derange pas; ils sont moins grands. Cela y fait aussi, tu sais,
   pour ramasser.... Si tu mesures 5 pieds 1, ca aide, tu sais,
   toujours penche.... C'est plus dur pour un grand que pour un
   petit.... Puis, eux autres, ils viennent ici pour les sous; plus
   ils font d'heures, mieux c'est. C'est pas [sic] la meme mentalite.
   Gagner dix, douze piastres de l'heure, cela se trouve a etre
   beaucoup pour eux.... Pour nous, ce n'est pas beaucoup.... Ce n'est
   pas rentable.

   Je pense qu'ils ont pris des Mexicains et des Guatemalteques parce
   qu'ils ne sont pas tellement grands.... Ils font beaucoup de
   travail debout, eux.... Ils sont plies, pis c'est des gens qui
   mesurent a peu pres cinq pieds et quelques pouces.... Ils ne
   ramassent pas a genoux, les fraises, ils ramassent plies....
   Sarcler, c'est pareil, ils font cela debout! Si ils mesuraient six
   pieds, ils auraient des problemes.... Je pense qu'ils selectionnent
   sur la grandeur. Ce sont des gens costauds, capables. Ils ne sont
   pas gros, pas grands, mais ils sont tres en forme physiquement.


En plus d'etre physiquement <<adaptes>> au travail agricole manuel, les travailleurs migrants ont, d'apres les acteurs cles, une ethique du travail, une fiabilite et une regularite remarquables.
   L'avantage des ouvriers etrangers, c'est qu'ils viennent ici pour
   travailler, uniquement pour travailler.... Ils ne viennent pas pour
   s'amuser. Ils se levent tot le matin, ils s'habillent, peu importe
   les conditions meteo.... Ils ne resteront pas a rien faire. De
   toute facon, la journee serait trop longue. Ils s'ennuient
   tellement de leurs familles que le seul moyen, c'est de travailler
   fort. Les journees doivent etre moins longues quand on est tres
   occupe.

   Ils se motivent l'un l'autre. J'ai des amis sur la rive sud, a
   Saint-Lambert, a Saint-Nicolas; ils ont des travailleurs etrangers,
   Guatemalteques, Mexicains et autres, et il se cree a travers les
   equipes une sorte d'emulation : celui qui va travailler le plus,
   celui qui va mieux paraitre devant le patron.... Au bout de
   quelques semaines, on n'a plus besoin de les suivre, ils sont
   autonomes! Ils ont etabli des routines de travail.


Ce discours quant a la qualite superieure des travailleurs etrangers s'articule autour de comparaisons avec d'autres groupes de travailleurs agricoles qui, dans plusieurs fermes, cotoient regulierement les premiers. Ceux qui ont la plus mauvaise reputation sont les employes originaires du Quebec, qui <<sont meilleurs pour se pencher pour ramasser leur cheque du BS que pour ramasser des legumes ou des fruits>>, selon un participant. On les decrit en termes extremement negatifs et discriminatoires : ils sont paresseux, contestataires et irreguliers dans leur travail. Bref, le producteur ne peut pas compter sur eux et, pour cette raison, il prefere eviter de les embaucher.
   Ces gens-la [les Quebecois] ne sont pas fiables du tout. Ils
   disent: <<Ah! J'ai pris trop de biere hier, j'irai pas a'matin ...
   >> Alors, c'est pas fiable. Ce travail prend des gens qui sont
   fiables.... Ce que les travailleurs etrangers ont comme profil ...
   c'est qu'ils sont fiables, c'est sur. Je pense qu'ils sont tres
   apprecies des gens qui les engagent. Les employeurs font beaucoup
   d'efforts pour leur rendre la vie agreable. Mais nos gens qui
   viennent dire: <<Ils viennent prendre nos jobs>>, je ne suis pas
   capable de l'accepter.... La job, elle est la, il [le Quebecois] ne
   l'a pas prise.


Les refugies et immigrants du Vietnam ou du Cambodge, qui etaient une source de main-d'oeuvre importante dans les annees 1970 et 1980 (13), constituent le second groupe de reference. Pour les participants, cette main-d'oeuvre s'averait de bonne qualite et etait grandement appreciee pour sa loyaute mais, avec le temps, elle s'est integree au Quebec. Dans la logique de nos participants, l'integration sous-entend l'abandon de l'emploi agricole.
   Avant, on avait des Vietnamiens, des Cambodgiens--des boat people.
   Par la suite, des Kosovars, des Rwandais.... Ca, ce sont des gens
   qui veulent immigrer au Canada, mais leurs diplomes ne sont pas
   reconnus, ils ne parlent pas la langue. Si les gens sont le
   moindrement manuels et qu'ils ont une volonte de travailler, ils
   vont sur une ferme. Ils peuvent faire du travail manuel et gagner
   de l'argent.... Sauf que ces gens viennent avec la famille....

   Puis, quand ils deviennent citoyens canadiens ou quebecois, ils ne
   voudront plus faire la meme chose.... Quand tu es bien integre dans
   un endroit et que tu es scolarise, tu es porte a chercher des jobs
   plus rentables et moins durs que l'agriculture.... Le fait de
   s'integrer peut donner l'effet contraire.... La, les travailleurs
   saisonniers vivent ici quatre a six mois en moyenne, puis ils
   retournent dans leur pays apres.... Ils sont maries.... Je ne sais
   pas comment est faite la selection.... Peut-etre que pour ne pas
   avoir de trouble, ils emmenent des gens maries....


Les immigrants qui vivent pres de Quebec et qui se deplacent par leurs propres moyens pour venir travailler sur les fermes constituent le troisieme groupe de reference. Ils peuvent connaitre differentes situations: celle de resident permanent (devenu citoyen ou non) parlant peu le francais et sans emploi regulier (souvent des femmes ou des personnes agees), celle de demandeur du statut de refugie, celle de refugie en attente de son statut de resident permanent ou celle de resident non documente (par exemple, un touriste qui demeure sur le territoire au-dela de la date de validite de son visa) (14,15). Cette main-d'oeuvre sert souvent de complement dans les periodes de pointe et est jugee utile mais de qualite inferieure aux travailleurs migrants temporaires.
   Ces gens [les immigrants permanents et refugies] finissent toujours
   par quitter le secteur agricole. Les enfants font des etudes et
   volent de leurs ailes. Il y en a qui deviennent chauffeurs de
   taxi--ca, c'est frequent, chauffeur de taxi--, d'autres vont
   travailler comme cuisiniers, faire du menage de chambres ... car
   cela leur donne du travail a temps plein (a l'annee).


Contrairement a tous les autres salaries, l'ouvrier migrant saisonnier a l'avantage de ne pas avoir d'obligation autre que celle de travailler.
   Les travailleurs etrangers saisonniers maintiennent l'agriculture.
   Ca coute pas moins cher, mais c'est une bonne securite.... Il ne
   faut pas qu'ils aillent porter [sic] le bebe a 7 heures le matin,
   ils ne sont pas alles a la fete de leur enfant la veille et ils ont
   oublie de rentrer (au travail le matin). Peut-etre que dans leur
   pays, ca arrive, mais pas ici.


Un atout, juge indeniable, des travailleurs temporaires est leur disponibilite totale puisqu'ils vivent a la ferme; leur vie depend entierement de leur employeur, <<qui s'occupe de tout pour eux>>. Tous les autres travailleurs sont inferieurs, puisqu'ils ont une vie en dehors de la ferme, ce qui affaiblit leur utilite et leur fiabilite:
   Les travailleurs etrangers sont contraints a un endroit fixe [sic].
   Y peuvent pas aller veiller dans un bar le soir, personne va [sic]
   comprendre, personne parle en espagnol icitte. Mais le proprietaire
   qui l'a engage a le souci d'avoir des personnes qui parlent
   espagnol ou portugais et qui vont pouvoir communiquer avec eux,
   ensemble, et avec le proprietaire. Ca se limite a ca.... Lorsqu'ils
   vont a la banque, ils sont accompagnes; lorsqu'ils prennent leur
   vol de retour, il y a quelqu'un pour les assister. Ces personnes
   sont ceux qui les engagent. Les travailleurs ont une appartenance a
   cette personne-la, une fidelite, une confiance. Cela limite le
   cercle ou ils peuvent aller. Tandis que le Quebecois qui pourrait
   faire la job, il dit le matin : <<J'me leve pas et j'y va pas.>> Il
   n'a pas d'appartenance.


L'immobilite geographique engendree par le lien fixe avec un employeur justifie un discours qui infantilise les migrants. La relation paternaliste est consideree comme positive, assurant a la fois la protection des migrants et la productivite des fermes. Aux yeux des residents, les travailleurs sont bien soignes, bien traites et heureux dans leur travail <<car ils reviennent chaque annee>>.
   C'est comme des enfants. 11 faut les emmener a l'epicerie, a la
   banque, chercher leur carte d'assurance maladie; il faut les
   emmener a l'hopital s'ils sont malades.

   C'est le producteur qui prend la charge [des travailleurs]... mais
   ils [les producteurs] sont surveilles tout de meme. Si les
   travailleurs sont maltraites, il va y avoir une reaction assez
   rapide, de la part du gouvernement provincial, pour les droits de
   l'homme, car ici, au Canada, les droits de l'homme, touche pas a
   ca!

   Le producteur la-dedans, il a une grosse responsabilite; c'est lui
   qui est responsable de ce monde-la....

   Selon moi, ils ont tous les services quand ils sont ici. Ils ont
   tous les services, comme n'importe quel autre Quebecois.... Ils
   peuvent aller n'importe ou; s'ils sont blesses ou malades, ils
   seront traites << Al >>. Ils ont l'assurance maladie.... Ils sont
   vraiment bien traites.... Les producteurs s'occupent du transport,
   ils fournissent de petites autobus [sic]; les travailleurs
   s'organisent avec le producteur.


En somme, le discours sur la qualite des travailleurs fait reference a la structure meme des programmes: migration individuelle (sans les membres de la famille), logement a la ferme, lien fixe avec l'employeur et absence d'integration sociale. Ces conditions sont evoquees comme autant d'elements positifs permettant l'optimisation de la force de travail ainsi que la protection et le bien-etre des travailleurs.

Une population invisible

Le theme de l'invisibilite des travailleurs migrants se revele omnipresent dans les entretiens analyses. La notion d'invisibilite est mentionnee dans plusieurs autres recherches sur les migrations. Par exemple, Ambrosini presente la contradiction, en Italie, entre la reconnaissance de la contribution economique des travailleurs etrangers et l'invisibilite de ceux-ci, etant donne la faible tolerance a leur presence dont fait preuve la population italienne de naissance (Ambrosini, 2013). Coloma et al. (2012) parlent de <<spectrum d'invisibilite>> pour montrer comment les immigrants des Philippines arrives au Canada sont, quant a eux, hypervisibles, se trouvant etiquetes par l'Etat canadien apres la creation de la categorie <<minorite visible>>, et donc racises. L'hypervisibilite decoule egalement de stereotypes souvent reproduits et diffuses par les medias. Ces stereotypes menent frequemment a des constructions homogenes de groupes en fait tres diversifies. L'invisibilite des travailleurs migrants temporaires est aussi un theme dans les travaux qu'a menes Preibisch (2004) sur les travailleurs migrants agricoles de l'Ontario.

Nos participants parlent de l'invisibilite des migrants en termes positifs. Le sens donne a ce mot renvoie au fait qu'<<ils ne derangent pas>>. Les prestataires de services (sante et securite) etaient elogieux quant a l'invisibilite des travailleurs etrangers, qui ne perturbent que tres rarement l'ordre public et qui demandent peu de soins de sante. En revanche, certains proprietaires de commerce deplorent que l'afflux annuel important de nouveaux residents temporaires n'entraine pas une augmentation de leur clientele. L'invisibilite des travailleurs en tant que consommateurs dans les commerces locaux est en partie liee a la dependance de leur employeur, qui les transporte une fois par semaine sur d'autres lieux de consommation (une grande epicerie eloignee des commerces locaux, plus petits).

L'idee de migrants etant a la fois invisibles, car exclus de l'espace social et confines a des lieux en particulier, et hypervisibles, car racises en tant que groupe ayant des caracteristiques physiques et culturelles differentes des habitants du territoire, est exprimee a plusieurs reprises par la plupart des participants. On parle de gens discrets, effaces et hermetiques puisqu'ils <<sont entre eux>>. La barriere de la langue est constamment mentionnee pour expliquer l'impossibilite d'interagir.
   C'est un groupe qui est efface. Si on avait une maman avec deux
   petits enfants, on dirait : <<Ah ! regarde donc cela, dans un petit
   logement ici, a cote!>> Mais eux, ils sont tous regroupes. Ce sont
   tous des monsieurs,[sic] majoritairement. Ils n'ont pas de vie
   sociale autre que le groupe ensemble. C'est pour cela que, pour
   nous autres, ils ne sont pas visibles, si peu! A part a la caisse,
   a l'epicerie.... On va les croiser mais, visuellement, c'est
   toujours un groupe, jamais une famille.... Ce n'est pas social.
   Comme ils ne sont pas demonstratifs, c'est comme si ils n'etaient
   pas la; ils sont tellement discrets et effaces. Ce n'est pas
   quelque chose qui se parle, se discute. Les gens d'ici savent
   qu'ils sont la et qu'ils aident les producteurs, et ca s'arrete la.
   Cela n'importune personne.

   Ce sont des gens qui sont tres effaces, ah oui! Definitivement, on
   ne s'enfarge pas dans eux autres, ils sont tres discrets. J'aurais
   plus confiance en ces Guatemalteques et Mexicains que certains
   Quebecois... parce que ce sont des travailleurs, des gens qui
   veulent s'impliquer, et si ils reviennent a tous les ans, c'est
   parce qu'ils font l'affaire. Je n'ai pas peur d'eux autres du tout,
   du tout, du tout, et puis, ils sont vraiment discrets. Ils ont leur
   petit groupe ensemble, comme ils vont jouer au soccer, et leurs
   activites sont limitees a des petites fetes sur leur campus....
   Cela se limite a cela.... On les voit passer sur des tracteurs, de
   la machinerie. Je ne serais pas craintif que ces gens demeurent
   pres de chez-moi, je leur ferais confiance.


En somme, la metaphore des travailleurs comme <<elements du paysage>> resume bien le discours de la majorite de nos participants : Ils font partie... j'allais dire ... du paysage. On sait que l'ete, il y a des travailleurs etrangers... pis que, bon, l'ete, il y a des touristes, il y a des travailleurs etrangers aussi.

Toutefois, chez des participants non originaires de la localite, cette invisibilite peut creer un certain malaise et elle est meme qualifiee de <<rendez-vous manque>> par un resident. Un autre dit avec eloquence : <<On les voit, mais on ne les rencontre pas.>>

L'invisibilite existe aussi parce que les travailleurs migrants sont percus comme relevant exclusivement de la sphere privee, de l'employeur, et non de la societe. Quand on lui demande qui est responsable des travailleurs, un participant repond :
   Est-ce qu'ils repondent au besoin d'une societe ou d'un employeur?
   Ils repondent aux besoins d'un employeur, et non d'une societe....
   Des fraises, tu peux en avoir de l'Ontario, des Etats-Unis.... La
   main-d'oeuvre etrangere est la pour combler le besoin d'un
   entrepreneur particulier.... Ce sont des humains, mais c'est comme
   n'importe quelle autre entreprise. Est-ce que c'est a tout le monde
   autour de donner de l'aide a des employes d'une usine? ... Pour des
   travailleurs saisonniers, c'est clair, ils repondent a un besoin
   tres ponctuel d'une entreprise.


Les elus municipaux considerent tous les travailleurs migrants comme etant completement en dehors de leurs champs de competence et de responsabilite. Ils soulignent que ces derniers ne font jamais l'objet de discussions entre elus et residents, ni dans le cadre ni en dehors des seances des conseils municipaux (16). Un incident relate par quelques personnes temoigne bien de cette exteriorite par rapport aux travailleurs migrants saisonniers. Dans l'une des municipalites de la region, la compagnie de telephone a decide de demonter une cabine telephonique installee dans la rue. Or, celle-ci etait fort utilisee par un grand nombre de travailleurs etrangers pour communiquer avec leurs familles, car elle se situait a proximite d'une ferme. La perte de ce telephone public signifiait, pour les migrants des alentours, de devoir desormais parcourir plusieurs kilometres a bicyclette jusqu'a une autre cabine telephonique. Aucun elu, ni acteur cle n'a emis de commentaire ou d'opinion sur cette situation, et la disparition de cette cabine n'a suscite aucune reaction ou contestation de la population locale, ce qui temoigne du sentiment d'exteriorite et de non-responsabilite de la communaute envers les migrants.

En resume, l'invisibilite des travailleurs migrants est, d'une part, physique et geographique : etant donne leur <<appartenance>> territoriale a la ferme et a une entreprise privee, ils restent en dehors du champ de vision des residents. D'autre part, cette invisibilite est aussi sociale, puisque les acteurs cles ne se sentent pas concernes par leur presence ou leurs besoins. Paradoxalement, les migrants sont en meme temps hypervisibles parce que differents--de par leur <<couleur>>, leur langue et leur culture--et toujours entre eux, mais cette hypervisibilite n'est pas consideree comme menacante ou derangeante, vu quelle s'accompagne d'une grande discretion, voire d'un effacement.

Une situation <<gagnant-gagnant>> (win-win)

Depuis les annees 1990, les organismes internationaux ont avance des arguments positifs pour encourager la creation de programmes de migration circulaire et temporaire en mettant l'accent sur la formule <<trois fois gagnant>> (triple-win) que ces programmes garantiraient (Global Commission on International Migration, 2005; European Commission, 2009). En effet, les pays d'accueil pourraient remedier a un manque de main-d'ceuvre immediat et a moindre cout, les pays d'origine profiteraient des remises monetaires faites par les migrants a leurs familles et, enfin, ces derniers auraient acces a une source de revenu superieure a celles qui sont disponibles dans leur pays. Un discours tres semblable est exprime par les participants, tous les avantages de la venue des travailleurs migrants pour la localite se resumant a l'idee que <<tout le monde y gagne>>. Pour les participants a la recherche, les migrants formeraient un groupe de <<nouveaux riches>> une fois rentres au pays, apres leur saison de travail au Quebec. Les acteurs cles partagent l'avis que les conditions de travail sont bonnes et qu'il existe des mecanismes efficaces pour empecher les risques comme les abus.
   Une equipe de dix Mexicains depasse le rendement qu'une equipe de
   dix Quebecois.... Les Quebecois, on a d'autres preoccupations avant
   d'entrer au champ.... Mais eux autres [travailleurs migrants
   saisonniers], ils viennent ici pour travailler, ils sont plus
   productifs. Le matin, ils sont prets a la premiere heure, ils vont
   travailler jusqu'a 7 heures le soir s'il le faut.... Ce ne sont pas
   des gens qui remettent en question leurs conditions de travail....
   Ils ne sont pas fous non plus.... Ils ne se font pas harceler ou
   imposer des trucs impossibles. Ici, il y a une qualite de
   travail.... Ces gens-la ne vont pas au champ quand il y a des
   risques, alors que, si c'etait le cas.... Ici, le Ministere de
   l'agriculture surveille.... Le risque sanitaire est tres faible ;
   si ils se blessent, on les emmene a l'hopital.... C'est une
   protection qui leur donne un gage de securite, une securite morale
   et financier [sic]. C'est pas [sic] comme aux Etats-Unis ici, c'est
   beaucoup mieux! Le travailleur se dit : <<Si je fais une bonne
   saison ici, au Quebec, je vais revenir a la maison avec ma famille,
   pis on va en profiter.... On va mieux vivre...>> Cela leur apporte
   beaucoup.... L'autre affaire, c'est que ce n'est que saisonnier.
   Ils passent l'ete ici, mais ils retournent l'hiver labas, dans un
   pays oU il fait chaud.... Ce qu'ils ont recolte, ils vont pouvoir
   en profiter et envoyer leurs enfants a l'ecole, et ameliorer le
   sort de toute leur famille. J'pense que tout le monde est gagnant
   la-dedans....


Dans cet esprit, il n'est pas logique d'envisager d'accorder la residence permanente aux travailleurs temporaires. De plus, faire de ces migrants des residents permanents pourrait entrainer des consequences negatives pour la societe quebecoise.
   J'penserais pas [que l'on devrait accorder la residence permanente
   a ces travailleurs] parce que cela creerait l'effet contraire....
   Peut-etre qu'eux vont continuer a travailler sur la ferme, mais
   leur enfant.... Si ils viennent a l'ecole ici, s'ils sont instruits
   ici, ils vont devenir comme les notres, ils ne voudront plus
   travailler sur la ferme. A ce moment-la, cela depend combien
   d'immigrants ils [les gouvernements] veulent accepter, quelle sorte
   d'immigrants ils veulent accepter.... Tandis qu'un travailleur
   saisonnier, c'est tres different. Ici, on ne pourrait pas les
   accepter comme immigrants, ils n'auraient pas les moyens de se
   loger ici! Il faudrait qu'ils habitent en ville et cela fait des
   ghettos.... Quebec n'en garde pas beaucoup; ca va a Montreal parce
   que les immigrants, ca reste ensemble.


Pour les participants, les travailleurs etrangers sont des migrants ideaux, car ils repondent a un besoin en main-d'ceuvre sans reconfigurer l'ordre social, etant donne leur exclusion sociale, legale et spatiale.

CONCLUSION

L'analyse presentee montre comment la representation sociale des travailleurs migrants etrangers reflete une ideologie d'exclusion spatiale et sociale. D'abord, sur le plan de l'espace, bien qu'ils partagent un certain territoire avec les residents, leur vie se deroule dans un espace circonscrit, a l'abri des regards. Les logements eriges sur les fermes, situes loin des routes principales, ne font pas partie du paysage local. Les travailleurs etrangers, eux, sont surtout visibles dans les champs et, contrairement a leurs logements, ils <<font partie du paysage>>. Residents et travailleurs migrants saisonniers se rencontrent rarement et ne partagent que quelques lieux publics. Puis, sur le plan social, l'exclusion s'opere notamment par l'idee de l'appartenance exclusive du travailleur a la sphere de l'entreprise privee. L'image de travailleurs se deplacant en groupe de maniere discrete, a en devenir <<invisibles>>, evoque quant a elle un processus d'exclusion sociale base sur la differentiation culturelle (autre langue, autre <<couleur>>) et le genre (groupes d'hommes plutot que des familles). L'exclusion sociale est donc aussi liee a un discours qui presente les migrants comme des etres differents et donc impenetrables. L'invisibilite des migrants vue comme un attribut positif les rendant <<acceptables>> est egalement rapportee par Ambrosini (2013) au sujet des immigrants en Italie.

Les representations concernant les travailleurs migrants empechent la reconnaissance de la contribution de la main-d'ceuvre etrangere a la prosperite economique, non seulement des producteurs prives, mais aussi de la region et de ses habitants. Pour les participants, c'est exclusivement l'entreprenariat agricole et les pressions dans le contexte de la mondialisation qui creent le besoin de travailleurs etrangers. Dans cet esprit, le developpement agricole local et l'augmentation de la productivite <<grace>> aux travailleurs migrants ne sont pas consideres comme allant de pair. Les entretiens montrent comment la structure meme des programmes s'adressant aux travailleurs temporaires etrangers fournit le cadre des representations relatives a ces travailleurs et permet de legitimer le peu de place que leur fait la societe quebecoise. En realite, l'idee d'integration est jugee non pertinente, et meme non desirable, par les participants. Nos resultats donnent a croire que le succes ultime de ces programmes est d'amener les populations locales a devenir des acteurs qui s'approprient les <<avantages>> de l'exclusion au point de la mettre en ceuvre, d'y participer activement et de ne pas la remettre en question. Quant a la precarite, elle est egalement jugee non pertinente, les relations paternalistes entretenues par les employeurs etant considerees comme garantes de la protection des travailleurs qu'ils engagent. De plus, on croit que la surveillance du gouvernement provincial assurerait une protection, une securite et une equite exemplaires. La comparaison avec les travailleurs quebecois et immigrants qui travaillent souvent au noir et qui, eux, n'ont aucune protection, ni aucun droit fait des travailleurs migrants saisonniers un groupe percu comme etant particulierement bien protege et ayant de nombreux droits. Cette ideologie qui ressort de nos entretiens indique a quel point le fosse est profond entre chercheurs et defenseurs des droits de la personne, d'une part, et communautes locales, pour qui l'exclusion est gage de productivite economique, de preservation de l'homogeneite culturelle et de quietude sociale, d'autre part.

[FIGURE 1 OMITTED]

REMERCIEMENTS

Notre recherche a ete financee par une subvention du Fonds Agnes Coal Dark, de l'Universite Western Ontario (Faculte des sciences sociales). Nous remercions tous les intervenants qui ont participe aux entretiens, ainsi que Tanya Basok et Eugenie Pelletier, pour leur soutien pendant le deroulement de cette etude. Nous sommes reconnaissants envers Victor Piche et Sara Lara, pour leurs commentaires sur une version prealable, ainsi qu'envers les deux evaluateurs anonymes de la revue Etudes ethniques au Canada.

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NOTES

(1.) En 2010, dans le cadre du Programme des travailleurs agricoles saisonniers, la province de l'Ontario a recu 15 435 travailleurs etrangers et la Colombie-Britannique, 3 277. Sources : http://www.farmsontario.ca/pages.php?_ID=5 et http://www.welcomebc.ca/welcome_bc/media/Media-Gallery/docs/communities/All-TR-tables-for-WelcomeBC.pdf (20 mars 2013).

(2.) http://www.fermequebec.com/DATA/DOCUMENT/43l_fr~v~Nombre_de_travailleurs_par_region.pdf (4 avril 2013)

(3.) http://www.fermequebec.com/DATA/DOCUMENT/429_fr~v~Nombre_d_entreprises_participantes.pdf (20 mars 2013).

(4.) Pour Zolberg (1987), dans les democraties liberales, les principaux modes d'exclusion des politiques migratoires ne sont plus bases sur l'origine, l'ethnie, la race ou la classe sociale, mais bien sur les obstacles legaux a l'obtention de la residence permanente et de la citoyennete imposes a certains, et pas a d'autres. Perry (2012) soutient plutot que l'exclusion exceptionnelle des travailleurs etrangers, telle que menee par la politique canadienne du multiculturalisme represente avant tout une politique raciste, heritage du colonialisme.

(5.) Dans une autre analyse du contenu des journaux publies en Ontario, Inouye (2012) montre comment les travailleurs migrants agricoles et les travailleuses domestiques sont <<aimes de maniere conditionnelle>> (conditional love) : aussitot que les travailleurs expriment la moindre resistance ou objection a leur position, cet <<amour>> est absent des medias.

(6.) Ce projet faisait suite a un travail de terrain aupres des travailleurs migrants de cette localite effectue pendant l'ete 2011. Les chercheurs ont offert des cours de francais a une trentaine de travailleurs migrants et recolte des donnees ethnographiques sur leur experience pendant une periode de trois mois.

(7.) Cet estime est base sur des informations recueillies aupres des prestataires de services publics. Il n'existe aucune donnee officielle par region et par secteur d'emploi.

(8.) Afin de proteger l'identite des participants, nous ne fournissons ni le nombre exact d'individus dans chacune des categories ni le nom du lieu exact de notre travail de terrain.

(9.) Ces changements ont ete annonces en mai 2012 et mis en ceuvre a partir de janvier 2013.

(10.) Entre 2000 et 2010, la region metropolitaine de Montreal accueillait 71,1 % des travailleurs etrangers de la province, alors que la region de Quebec en recevait 7,1 % (St-Amour, 2012).

(11.) Les centres d'aide aux migrants sont parraines par le Syndicat des travailleurs unis de l'alimentation et du commerce (TUAC).

(12.) Nous utilisons le terme <<racisation>> plutot que <<racialisation>> (en anglais, racialization). <<Racisation>> est le terme recommande par Micheline Labelle (2006) dans son Lexique du racisme : etude sur les definitions operationnelles du racisme et des phenomenes connexes. Selon l'auteure, la racisation peut se manifester de maniere <<positive>>, dans le sens que <<les prejuges>> ne se resument pas a la negativite et a l'hostilite. Ils peuvent etre louangeurs. Mais ce caractere laudatif se revele finalement etre l'envers de la medaille de la negativite. Ex. : <<Les Noirs ont la danse ou le sport dans le sang>>. (Labelle, 2006, p. 16)

(13.) Voir Mimeault et Simard, 1999 et 2001.

(14.) Les travailleurs residents (Quebecois, immigrants ou refugies) sont payes a la piece plutot qu'a l'heure. Cette information nous vient du travail de terrain effectue en 2011 aupres de travailleurs migrants.

(15.) Les travailleurs agricoles autres que les travailleurs etrangers temporaires (tous les autres statuts) sont juges moins bien proteges que les migrants temporaires, sur lesquels plusieurs organismes etatiques veillent--dont la Commission des droits de la personne et de la jeunesse, la Commission de la sante et de la securite du travail ainsi que la Commission des normes du travail.

(16.) Le seul sujet discute en rapport avec les travailleurs migrants fut la reglementation en matiere de zonage pour les permis de construction de logements destines aux travailleurs temporaires.

DANIELE BELANGER est professeure titulaire au departement de geographie de l'Universite Laval. Jusqu'a decembre 2012, elle etait titulaire d'une chaire de recherche du Canada a l'Universite Western Ontario, au departement de sociologie. Ses projets de recherche actuels portent sur les migrants precaires dans les systemes migratoires des Ameriques et de l'Asie.

GUILLERMO CANDIZ est candidat au doctorat en geographie a l'Universite Laval. Son projet de these etudie la migration de transit de l'Amerique centrale au Mexique.
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Author:Belanger, Daniele; Candiz, Guillermo
Publication:Canadian Ethnic Studies Journal
Article Type:Report
Geographic Code:1CQUE
Date:Mar 22, 2014
Words:10018
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