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Escuela, sociedad y politica en la isla de Reunion. De una colonia francesa residual a una region europea ultraperiferica.

ECOLE, SOCIETE ET POLITIQUE A L'ILE DE LA REUNION, D'UNE COLONIE FRANCAISE DE PEUPLEMENT A UNE REGION EUROPEENNE ULTRAPERIPHERIQUE

School, society and policy on the island of Reunion. Residual of a French colony to a European outermost region

SI LES RAPPORTS ENTRE L'ECOLE ET LA SOCIETE sont loin d'etre nouveaux et alimentent une importante litterature scientifique, mediatique et polem, ique, avec la vague neoliberale qui a deferle sur le monde, jamais l'ecole n a ete autant a coeur du debat public. Renouvellement du questionnement scientifique sur l'approche des politiques scolaires, emergence de questions nouvelles, actualites politiques et economiques se conjuguent pour nous permettre de revisiter, dans une demarche sociohistorique, le developpement de l'Ecole a l'ile de La Reunion (1), colonie francaise jusqu'en 1946, puis departement francais d'outre-mer, et enfin, depuis, 1983, region europeenne ultraperipherique (2). En choisissant de nous interesser a l'Ecole a l'ile de La Reunion, societe nee de la volonte des puissances europeennes a disposer sous les tropiques des centres de production profitables a leur commerce et a leur developpement, nous allons la voir se construire et se developper dans un lien exigu, clos et sur des temps courts. Une demarche qui requiert des faits tant historiques que sociologiques et nous impose de penser l'ecole dans des contextes et temporalites oo la complexite est fortement present (3).

Notre travail, qui couvrira une periode de plus d'un siecle et demi, demarrera avec la retrocession de l'ile de La Reunion a la France, en 1815, apres l'echec des guerres napoleoniennes, pour s'achever en 1983, avec la transformation du departement francais en region ultraperipherique de l'Union Europeenne. Il comprendre trois parties: la premiere traitera des vifs debats qui opposent les autorites du royaume de France, de la colonie et la societe coloniale autour des politiques scolaires qu'il convient de mettre en oeuvre dans la colonie. Dans une deuxieme partie nous traiterons de l'appropriation a La Reunion du modele republicain avec la traduction educative au croisement d'une politique coloniale et educative dont il est necessaire de rappeler que l'une et l'autre sont portees en France par Jules Ferry. La derniere partie, enfin, aura pour cadre la transformation de La Reunion en departement francais d'outre-mer, dont il nous faudra tenter de comprendre son retentissement sur les questions scolaires.

I. Colonie servile et politique scolaire: contradiction, conflits

La Reunion a une histoire intimement liee au fait colonial (4). Sur une terre vierge, la France a cree de toutes pieces des structures economiques et sociales dependantes et peripheriques destinees a satisfaire les besoins de son economie. C'est la Compagnie des Indes orientales a qui a ete confie, par les autorites royales, l'exploitation de la colonie, qui impose aux colons la culture du cafe; c'est elle qui le commercialise et c'est toujours elle qui beneficie du monopole d'introduction des marchandises a Bourbon. Apres la faillite de la Compagnie des Indes, en 1764, l'ile Bourbon devient colonie du Royaume et se voit imposer de nouveaux cycles economiques, d'abord celui des vivres puis celui du sucre, apres la perte de SaintDomingue. Des les origines donc, l'economie de Bourbon est totalement excentree, presqu'entierement composee d'un seul secteur organise pour fournir a la fois des matieres premieres et des debouches a l'economie metropolitaine. Une economie dont l'esclavage est le moteur, avec des victimes embarquees de force a Madagascar, sur la cote orientale d'Afrique, aux Indes, et de facon plus residuelle en Afrique de l'Ouest, voire en Malaisie (5).

Ce recours a la population servile se fonde sur une argumentation ideologique, construite sur l'inferiorite biologique des populations de couleur, les limites de leurs besoins et leur adaptation aux conditions climatiques des tropiques. Mais, dans cette societe construite autour d'une structure duale, maitre/esclave, les colons vont devoir assumer des strategies contradictoires dont certaines vont profondement perturber l'agencement de la colonie. C'est ainsi que pour se menager une relative independance economique, les colons, specialisent certains de leurs esclaves dans des metiers artisanaux (6). Une strategie qui va contribuer a eliminer du processus economique les libres de couleur et egalement la population blanche pauvre et considerablement accroitre leur pauperisation suivant une pente dangereuse pour la survie meme du systeme esclavagiste (7). Un fosse va desormais se creuser entre grands proprietaires terriens, moyens et petits colons incapables de mobiliser les investissements necessaires a l'extension de leurs terrains et a la rationalisation des techniques de production. C'est donc une unite de production aux dimensions modestes qui caracterise la societe esclavagiste de Bourbon, tres eloignee du systeme de plantation des Grandes Antilles, du Sud des Etats-Unis et de certains territoires de l'Amerique latine. Autre caracteristique qui singularise Bourbon, c'est la situation de la population blanche, dont l'immense majorite est pauperisee, un phenomene sans equivalent dans l'histoire des colonisations europeennes (8).

C'est dans cette societe travaillee par des logiques contradictoires que la question de l'Ecole va se poser a la fin du XVIIIe siecle, a la conjonction de plusieurs elements: la guerre franco-anglaise dans l'Ocean Indien, l'emergence des libres de couleur en tant que groupe social, et le "choix" du sucre comme culture principale (9). Des le Traite de Paris (1815) et la retrocession de Bourbon i la France, qui est desormais, avec la perte de l'Isle de France, devenue colonie anglaise, la seule colonie francaise dans l'Ocean Indien, les politiques scolaires dans la colonie ne peuvent plus se satisfaire de leur caractere experimental et discontinu. Une perception nouvelle de l'Ecole s'impose autour des enjeux politiques, economiques et sociaux propres a la colonie. Tres tot, une serie de debats et de conflits apparaissent entre pouvoir central et societe coloniale, mais aussi i l'interieur de la societe coloniale, sur le dispositif qu'il convient d'arreter, sur les elements qu'il est necessaire de privilegier et sur la contribution i confier a l'education (10). Deux de ces conflits nous semblent particulierement significatifs. Le premier concerne toute la question de la determination sociale de l'acces a l'instruction: les formes scolaires a effectuer et leur agencement avec les rapports entre groupes sociaux qui structurent la societe bourbonnaise. Pour le pouvoir central, il ne s'agirait d'ouvrir dans la colonie que des ecoles elementaires et reservees aux seuls libres de couleur. D'emblee, les esclaves en sont exclus. Il n'y a pas de legislation officielle qui codifie l'interdiction pour l'esclave de beneficier de l'education mais elle est dans l'ordre des choses. Quant aux blancs pauvres, eux non plus ne sont pas concernes, alors qu'ils constituent l'immense majorite de la population blanche. De l'ecole, les autorites centrales attendent qu'elle accueille les libres de couleur mais en leur offrant une integration controlee avec la politique de segregation mise en place sous le Consulat et l'Empire et dont il s'agit d'assurer la perennite (11).

Quant a l'enseignement secondaire, il n'est pas question pour les autorites centrales de permettre son developpement dans la colonie. Une position qui, pour etre comprise, demande a etre rapportee aux controverses en France autour de la creation de colleges, des etablissements jouant un role essentiel dans la production et la reproduction de la bourgeoisie comme classe dominante (12). En effet, la Monarchie, qui fait tout en France pour contenir le developpement de ces etablissements, pouvait tres difficilement accepter d'en ouvrir un dans sa lointaine colonie de l'Ocean Indien. Mais ce processus de mobilite que cherchent a controler les autorites royales ne suffit pas pour rendre compte de leur opposition a l'ouverture, a Bourbon, d'un etablissement secondaire. En effet, plus grave que la mobilite redoutee, il y a pour les autorites le danger de voir se developper dans la colonie le fameux "esprit colon" pouvant deboucher sur l'autonomie de Bourbon. Mais les choix des autorites centrales rencontrent l'opposition de l'administration locale censee les mettre en oeuvre et surtout la vive contestation de la bourgeoisie bourbonnaise.

Pour l'administration locale, il semble difficile d'ouvrir des ecoles elementaires pour les seuls libres de couleur en laissant a la porte des blancs qui, bien que pauvres, sont blancs et jouissent dans la societe servile d'une superiorite legitimee comme naturelle. De plus, faire le choix des seules ecoles elementaires accueillant des pauvres--a fortiori de couleur--revenait a exclure en raison de la nature de la societe, des enfants dont les parents, bien que possedants, ne jouissaient pas de revenus suffisants pour aller etudier en France, a l'instar de ceux de la grande bourgeoisie (13). Mais, plus fondamentalement, pour la societe coloniale recourir a des etablissements metropolitains pour former son elite est a exclure. Pour le conseiller colonial Auguste Pajot, qui theorise cette position, envoyer la jeunesse de Bourbon se former en France, c'est l'eloigner de la "specificite creole", qui porterait fatalement atteinte a l'ordre colonial (14). L'obtention d'un college de plein exercice a Bourbon est pour la bourgeoisie coloniale une exigence sur laquelle elle n'entend pas transiger tant il y va de sa survie. C'est a travers ces contradictions et conflits que s'impose finalement la necessite d'accueillir dans les ecoles elementaires des blancs pauvres et que se trouvent realisees les conditions necessaires a l'implantation d'un college que la bourgeoisie locale arrache au pouvoir royal.

C'est a deux congregations enseignantes--les Freres des Ecoles chretiennes pour les garcons et les Soeurs de Saint-Joseph de Cluny pour les filles--que les autorites decident de confier l'enseignement elementaire. Les deux congregations ouvrent leurs premiers etablissements en 1817. Quant a l'etablissement secondaire, cree sur la base des Colleges royaux de France, il accueille ses premiers eleves en janvier 1819. Toutefois, il ne s'agit pas pour la societe esclavagiste d'attenuer les differences sociales et raciales mais de construire un systeme educatif adapte a ces differences et par la-meme les legitimer.

Un deuxieme moment important apparait alors. Il porte sur les modes pedagogiques et politiques qu'il convient de privilegier pour la culture scolaire des differentes clienteles sociales. Pour les enfants pauvres, l'enseignement doit offrir, hors du milieu familial oo on les extrait, un lieu qui doit les eloigner des mauvais exemples et aussi les entrainer a un travail discipline. Freres des Ecoles chretiennes et Soeurs de Saint-Joseph de Cluny sont tenus de fournir des connaissances elementaires a finalites utilitaires aux blancs pauvres et libres de couleur. Les rudiments scolaires a transmettre, les agents qui en ont la charge et les conditions de transmission constituent autant de donnees que la societe coloniale entend controler. A la veille de l'abolition de l'esclavage, alors que les jeunes esclaves n'ont toujours pas acces a la scolarisation, les mesures prises a la fin de la Monarchie de Juillet par les autorites royales pour preparer leur integration etant systematiquement detournees dans la colonie, a Bourbon compte 14 etablissement d'enseignement primaire, 7 pour les Freres des Ecoles chretiennes et autant pour les Soeurs (15). Ces etablissements accueillent un total de 2 863 eleves (Lucas, 2006). Mais c'est avec l'abolition de l'esclavage, qui fait acceder, en 1848, 60 000 esclaves au statut de citoyen, qu'on assiste a un veritable developpement de l'ecole elementaire dans la colonie. Comme naguere, avec les libres de couleur, il s'agit en effet desormais d'integrer les enfants des nouveaux citoyens. En son temps, la mise en place d'un premier reseau d'etablissements primaires avait fait apparaitre un ensemble complexe de variables qui avaient incite les autorites a faire le choix des congregations enseignantes. Pour l'essentiel, ce sont ces variables et leurs effets composes qui pousseront les autorites mises en place par la IIe Republique de faire des choix similaires. Pendant une quinzaine d'annees, les creations d'ecoles primaires vont se succeder dans l'ile a un rythme bien plus rapide que celui de la periode anterieure a l'abolition. De 1850 a 1865, les Freres ouvrent 13 ecoles dans la colonie. Entre 1852 et 1872, ce sont 12 ecoles et un pensionnat qui sont ouverts par les Soeurs de Saint-Joseph de Cluny (Lucas, 2006).

Du cote de l'enseignement secondaire c'est autour du College Royal que se focalisent les debats sur la formation de l'elite coloniale. Organiser sur place une culture d'excellence moderne mais surtout soucieuse de veiller a la perennisation d'un mode esclavagiste, telle est la mission que les notables confient au College Royal. Rien n'est donc trop ambitieux, politiquement et institutionnellement, ni trop exigeant, scientifiquement et pedagogiquement, ni trop dispendieux pour atteindre les objectifs dont la mission est confiee au College Royal. Une succession de textes, de mesures, de decisions va chercher a articuler culture scolaire a diffuser et positions sociales a reproduire. Mais il ne s'agit pas, a travers toutes ces dispositions, de constituer un systeme oo le College Royal, puis lycee apres 1848, viendrait prolonger ou parachever les ecoles elementaires. Les interets en jeu dans la diffusion de l'enseignement secondaire sont donc internes a la bourgeoisie blanche. En 1820, l'etablissement compte 25 eleves, ils seront 100 de plus en 1830 et 260 a la veille de l'abolition de l'esclavage (Lucas, 2006). Ce qui se joue au College Royal c'est l'apprentissage d'une maniere d'etre, la recherche d'un certain esprit, la sedimentation d'un moi colonial, autrement dit un "habitus" colonial dans un etablissement qui est la piece maitresse de la structure de domination propre a la societe coloniale.

2. Modele republicain, donnees coloniales, traduction scolaire

L'evenement de la IIIe Republique en France cree une donne nouvelle dont les effets se deploient dans de nombreux domaines. C'est ainsi que sur le plan politique, les Republicains qui accedent au pouvoir se lancent dans un plan d'expansion colonial qui connait un rythme particulierement intense sous les gouvernements de Jules Ferry (16). Comme le note Denise Bouche, "Des entreprises sont alors conduites simultanement sur tous les points oo la France avait d'anciens droits ou de vieilles ambitions" et un second empire colonial est ainsi constitue (17). Diffuser la civilisation est la raison avancee pour justifier l'expansion coloniale avec l'assimilation comme principe. Pour Rober Bastide, ce choix de l'assimilation, comme principe structurant, illustre ce qu'il appelle "le prejuge culturel" tres repandu chez les Francais: "Nous croyons que notre civilisation est sa culture sont superieures aux autres civilisations et aux autres cultures. Nous sommes toujours des missionnaires [...]" (18). Presente sur tous les territoires du domaine colonial francais, cette politique d'assimilation connaitra cependant des rythmes differents. Toutefois c'est a la Martinique, a la Guadeloupe, a la Guyane et a La Reunion, ces quatre colonies qui nous restent du premier empire, que la politique d'assimilation sera la plus intense.

Mais l'assimilation est egalement une demarche interne a la societe reunionnaise. Elle traverse toute son histoire et structure sous la IIIe Republique les debats autour de la Reforme coloniale, portes par la moyenne bourgeoisie (19). Alexandre de La Serve qui est, avec Francois de Mahy, le theoricien de ce mouvement, revendique: "l'assimilation complete de la colonie aux departements du continent pour ce qui concerne la magistrature, le clerge, l'instruction publique [...]" (20). Seules les institutions metropolitaines transportees a La Reunion permettraient la transformation de la colonie. Une analyse qui ne fait pas l'unanimite au sein de la moyenne bourgeoisie partagee entre les assimilationnistes et les partisans de l'autonomie de la colonie. Mais, le suffrage universel retabli, ce sont les assimilationnistes qui triomphent. Ils remportent les elections legislatives et senatoriales et font une entree en force dans les Conseils generaux et municipaux. Les nouveaux elus entendent donc faire de l'assimilation complete de la colonie aux departements metropolitains un grand chantier. Cette orientation politique va retentir sur l'Ecole et son organisation. Les Republicains sont en effet si convaincus de l'excellence de "leur" Ecole qu il ne fait aucun doute pour eux que cette transplantation dans les colonies ne peut etre que profitable a leurs populations. Une nouvelle organisation scolaire est alors recherchee, d'autant que le recours aux congregations enseignantes s'est fait sur un malentendu lourd de consequences.

C'est en effet sur la necessite de developper dans la colonie un enseignement civilisateur et moralisateur visant a acculturer une future main-d'oeuvre destinee a permettre le bon deroulement du projet colonial qui a incite les autorites a faire le choix des congregations enseignantes. L'appel aux congregations rentre donc dans un schema instruction/moralisation avec l'objectif de les instrumentaliser pour en faire des agents actifs d'une culture rudimentaire. Mais le projet des Freres est radicalement different. Il vise une integration active et l'espoir d'une mobilite. Un projet totalement incompatible avec celui de la societe coloniale. Les Freres subissent a partir de 1870 une offensive d'une extreme violence qui les obligera dans les decennies qui suivent a fermer la quasi-totalite de leurs ecoles (Lucas, 2006). La question de l'enseignement laique peut desormais prendre forme. L'enseignement laique, place sous la responsabilite du directeur de l'Interieur etait jusqu'alors peu developpe dans la colonie. Cette situation fait l'objet de nombreuses critiques et plusieurs mesures sont avancees pour chercher a la reorganiser. Elles trouvent dans la politique mise en oeuvre par les Republicains en France, mais egalement dans les politiques locales, les ressorts d'une impulsion nouvelle. L'unite d'enseignement entre la France et sa lointaine colonie est alors recherchee. C'est ainsi qu'un Vice-rectorat est cree le 2 mars 1880, relevant du ministere de l'Instruction Publique. Cette nouvelle structure est dirigee par un inspecteur d'Academie qui occupe le deuxieme rang de l'administration coloniale, apres le Gouverneur, relevant, lui du ministere des Colonies (21).

En 1881, sont creees sur le modele metropolitain une Ecole Normale et son Ecole Annexe. Ces mesures fournissent une reelle impulsion au developpement de l'enseignement laic. En 1874, la colonie, dont la population est de 182 876 habitants, compte 37 ecoles laiques dont 16 de garcons et accueillent au total 2 023 eleves. Sept ans plus tard, on releve 75 ecoles laiques, 41 de garcons et 34 de filles, pour une population scolaire de 14 136 eleves dont 6 763 garcons (Lucas, 2006). Mais cette reorganisation des services de l'Instruction Publique, desormais tres proche de celle en application dans un departement metropolitain, transforme totalement les rapports entre les differentes administrations mais surtout entre les differents pouvoirs dans la colonie. Une situation qui inquiete les elus locaux. N'ayant plus la mainmise sur le service de l'Instruction Publique, echouant a circonscrire les Vice-recteurs en poste, les elus de la colonie vont se dechainer contre la nouvelle organisation, qu'une partie d'entre eux avait pourtant reclamee. Une intense periode d'hostilite les oppose au pouvoir central. Le Vice-rectorat est finalement supprime en 1895, l'Ecole Normale en 1897 (22). Dans les annees qui suivent, c'est l'Ecole elementaire qui est attaquee. Les equipes municipales, le Conseil general et l'administration coloniale imposent, en arguant de la situation economique et budgetaire difficiles, des suppressions d'ecoles et de postes.

Si, en 1907, la colonie comptait dans les ecoles laiques 5 297 garcons et 4 713 filles accueillis par 122 instituteurs et 125 institutrices, en 1908, les effectifs seront respectivement de 5 025 et 4 448 pour 107 instituteurs et 120 institutrices. En 1914, les 127 ecoles laiques de la colonie accueillent 1i 321 enfants, plus de 3 000 de moins que la population scolarisee en 1881. Quant aux enseignants, ils sont 109 instituteurs et 116 institutrices, respectivement 13 et 9 de moins qu'en 1907. En 1921, les 100 instituteurs et 199 institutrices accueillent 12 939 eleves; 3 673 eleves etant scolarises chez les congreganistes (Lucas, 2006). Mais, selon les statistiques du Service d'Instruction Publique, 12 804 enfants ne recoivent aucune instruction. Theodore Gauthier, chef du Service d'Instruction Publique, avant plusieurs causes pour expliquer cette situation: "La misere qui ne permet pas de donner a certains enfants des vetements decents", le caractere montagneux de l'ile "oo 3 ou 4 kilometres sont un obstacle serieux qui eloigne de 1 Ecole, lorsqu ils comprennent des torrents encaisses qu'une forte pluie rend dangereux" mais aussi la faiblesse de l'offre scolaire "de nombreuses agglomerations de 75 ou 100 enfants sont depourvues de toute ecole" et enfin "l'indifference des parents" (23). En 1930, les 153 ecoles laiques de la colonie accueillent 18 639 eleves qui sont confies a 116 instituteurs et 256 institutrices (Lucas, 2006). Des eleves dont beaucoup frequentent l'ecole tres irregulierement et la quittent tres tot. Le paludisme et la misere des familles sont les deux principales causes d'absenteisme. Quant aux taux de reussite au certificat d'etudes primaires en 1930, il n'est que de 2,41%. Le Service d'Instruction Publique "a encore beaucoup a faire" concluait le chef de service, avant d'ajouter que "si les moyens d'y remedier sont aise a indiquer, il est plus malaise de les appliquer [tant] ils se resument a obtenir des municipalites et ensuite du Conseil general, les credits necessaires i: a) a la construction et a l'ouverture d'ecole nouvelle; b) au fonctionnement des oeuvres sociales qui interessent directement l'Ecole; c) a une lutte rationnelle et active contre le paludisme" (24).

Une situation qui n'evoluera guere dans les dernieres annees de la periode coloniale. Tout autre est la situation de l'enseignement secondaire dans la colonie. Differentes mesures sont prises a la fin de la decennie 1870 pour classer le lycee de la colonie dans la deuxieme categorie des lycees de France, puis pour realiser sur le plan du personnel, des programmes et des examens, l'assimilation de l'etablissement a ceux de la metropole. Qualifiee "d'arche sacree", le lycee mobilise une vigilance exacerbee et permanente de la societe coloniale. En 1905, le conseiller general A. Hugot, president de la commission du Budget, proteste contre le Gouverneur qui, lors de son discours d'ouverture, "a prononce une phrase" qui "semble reprocher a la colonie de faire beaucoup trop de depenses pour l'enseignement secondaire". Pour Hugot, "il est bon que l'on sache que le lycee est pour notre colonie un outil indispensable" (25). Mais sur le sens de cette necessite, il convient de s'entendre. En effet, il ne s'agit surtout pas d'ouvrir l'etablissement au plus grand nombre. Ainsi, les tentatives de certains chefs de service de permettre, au nom de "l'ideal republicain d'egalite", l'acces au lycee "aux eleves meritants des ecoles primaires et aux enfants des classes proletariennes" echouent (26). Il est vrai que cette situation n'est pas specifique a La Reunion. Dans ses travaux, Antoine Prost (1968) a en effet demontre qu'en France, "le malthusianisme de l'enseignement secondaire est une veritable politique de 1880 a 1930" (27). Il faut attendre 1930 pou voir les enfants des milieux populaires acceder au lycee grace a la loi des Finances du 16 avril permettant desormais la gratuite des classes du secondaire. Une loi dont l'application dans la colonie sera refusee par le Conseil general. De tous les lycees de France et des colonies, celui de La Reunion restera donc le seul etablissement a ne pas proposer un enseignement secondaire gratuit. De plus, aux determinations s'ajoutent les discriminations raciales pour aiguiller sur d'autres chemins que le lycee les eleves meritants de l'ecole primaire.

Si les differents chefs de service se felicitent que le lycee Leconte de Lisle "n'a jamais considere la couleur des eleves" en 1911 dans son rapport "sur le fonctionnement du lycee" Berget note que "l'element blanc domine encore la proportion d'au moins huit dixiemes" (28). Trente ans plus tard, Albert Ramassamy explique "qu'entre au lycee en 1941, il le quitte au bout d'une semaine", poursuivi par les vindictes de ses condisciples qui le surnomment "Massale" (29). Albert Ramassamy, comme de nombreux eleves de sa situation, fera le Cours normal pour commencer dans sa carriere comme instituteur au sortir de la colonie. Pour les autres eleves interdits de lycee, dont les parents etaient aises, ils pouvaient tenter leurs chances au Petit Seminaire de Cilaos, ou s'inscrire dans un etablissement secondaire de Madagascar dont le plus prestigieux est le college Saint-Michel, de Tananarive, dirige par les Jesuites.

Il s'agit donc au lycee Leconte de Lisle de former une elite pourvue d'un capital economique et racial en conformite avec les lignes de force de la societe coloniale. Cette elite est essentiellement masculine. Il a fallu en effet attendre 1913 pour assister a une premiere tentative de creation d'un enseignement secondaire feminin public dans la colonie. C'est le proviseur Adrien Berget qui fusionnera deux pensionnats laiques pour creer un nouvel etablissement proposant un enseignement primaire superieur et un cours secondaire (30). L'etablissement, qui prit le nom de college Juliette Dodu, apres de nombreuses polemiques, fermera ses portes l'annee suivante. En 1919, une seconde tentative eut lieu, cette fois avec succes. L'etablissement cree a l'initiative "du pensionnat Chauvet et par des professeurs attaches a la cause de l'enseignement feminin" prit a son tour en fevrier 1922 le nom de college Juliette Dodu (31). C'est au lycee Leconte de Lisle, etablissement auquel a ete rattache le college en 1934, que les jeunes filles doivent venir preparer leur baccalaureat. En 1935, le lycee accueille 578 eleves, dont 212 en classes elementaires, 21 381 eleves frequentant les autres etablissements publics de la colonie. Une decennie plus tard, les populations sont respectivement de 746, 223 et 26 166 (Lucas, 2006).

On voit donc que les mesures republicaines sur 1 Ecole n'ont pas, dans la colonie, la meme extension selon les secteurs, les categories d'enseignants, et les publics scolaires concernes. Notons egalement que sur toute la periode coloniale, l'Ecole connait a La Reunion un essor reel mais lent. Elle n'a pas a permettre a chacun de tenter sa chance mais bien au contraire de stabiliser l'ordre colonial par l'integration des populations successives qui font irruption sur la scene sociale. Elle cherche a imposer a tous, haute administration, personnel d'encadrement et d'enseignement, publics scolaires, des places et roles compatibles avec l'ordre colonial.

3. Transformations institutionnelles et nouvelles dynamiques scolaires

Avec la loi du 19 mars 1946, La Reunion passe du statut de colonie a celui de departement francais. Cette loi consacre le principe d'assimilation ne de la rencontre d'un mouvement interne a la societe creole, qui remonte loin dans le temps, et de l'universalisme francais (32).

Recourir a la departementalisation pour detruire la colonisation est une entreprise inedite dans l'histoire coloniale. Pour Aime Cesaire, rapporteur du projet de loi, la departementalisation est "un formidable raccourci historique". Elle doit permettre de "mettre fin au regime colonial, au regime des decrets, aux lois d'exception, a la discrimination, a la misere aussi des budgets etriques" (33). Il s'agit donc d'exporter outre-mer des institutions qui doivent fonctionner le plus fidelement, meme si les textes proclamant l'assimilation juridique contiennent leurs propres limites. L'applicabilite systematique des textes metropolitains devient la regle, mais l'edification departementale ne se fait pas sans difficultes ni reticence. Cette edification, qui s'opere dans une societe minee a 95% par le paludisme, par l'alcoolisme, dont la consommation par habitant est de plus de 5 litres par an, et par la sous-alimentation, va retentir sur la scolarisation (34).

Apres la transformation de la colonie en departement, le Service d'Instruction Publique devient Vice-Rectorat le 27 juin 1947. Il est confie a un inspecteur d'Academie. Hypolite Foucque, chef du Service d'Instruction Publique, devient le premier Vice-recteur du departement de La Reunion. La Reunion retrouve donc une administration qui s'etait fracassee au XIXe siecle sur un front colonial uni dans la defense de son ordre. Le nouveau Vice-Rectorat et ses services s'installent dans des conditions eprouvantes oo s'ajoutent a l'heritage colonial les degats causes par le cyclone de 1948, dont le bilan dans le domaine de l'education est particulierement lourd: 25 ecoles sont totalement detruites, 61 sont gravement sinistrees, 93 classes sont rayees de la carte (35).

Pour le Vice-Recteur Foucque, l'assimilation complete de l'Instruction Publique doit etre "une oeuvre progressive et d'assez longue haleine, qui exigera des assouplissements [...]" (36). Dans un premier temps, l'edification administrative repose pour une grande part sur les communes, elles-memes sans grands moyens. C'est ainsi que sur les 401 institutrices en poste en 1947, 116 sont des monitrices communales, des enseignantes prises en charge par les communes. La question des personnels enseignants -formation, recrutement, statut--est epineuse. Deux formules sont alors envisagees par les autorites: l'envoi d'institutrices et d'instituteurs en formation a Aix en Provence--il n'y a toujours pas d'Ecole Normale a La Reunion, depuis sa suppression en 1897--et le recrutement de jeunes metropolitains celibataires pour le premier cycle du secondaire. Dans les deux cas, les autorites ne font pas mystere de l'importance des modelisations recherchees, qui ne pourraient etre que profitables au jeune departement.

A partir des annees 1950, differents fonds et credits seront conjugues pour permettre a l'Education de se developper. Les constructions scolaires, en raison de l'etat des locaux existants et des creations necessaires, sont au cours de la decennie et de celles qui suivent une priorite absolue. Construire beaucoup, construire vite et si possible construire bien, est le premier souci des autorites. Dans de nombreuses communes et localites, on voit sortir de terre des dizaines et des dizaines d'ecoles. Le recrutement et la formation des enseignants constituent l'autre priorite des autorites. La creation d'une Ecole Normale est demandee. De nombreuses aides et mesures sont adoptees pour permettre le developpement de la scolarisation (37). On peut alors distinguer deux deferlantes scolaires:

--La premiere qui couvre la decennie 1950, profite quasi exclusivement a l'enseignement primaire. En 1948, 39 198 eleves frequentaient les ecoles elementaires publiques: ils sont 56 084 en 1958. Pendant la meme periode, le nombre de classes elementaires s'est eleve de 672 a 1 439 et celui des maitres de 704 a 1 631--tous statuts compris. Un accroissement quantitatif qui s'accompagne egalement de l'amelioration des conditions memes d'enseignement. Les eleves "qui sont litteralement entasses dans des ecoles trop rares, trop exigues et souvent trop laides" (38) sont desormais plus nombreux a etre accueillis dans des batiments neufs et des classes nouvelles. Avant la departementalisation, on comptait 35 classes primaires de plus de 100 eleves et 52 de 80 a 100; en 1958 elles ne sont plus respectivement que o et 4. Toutefois on compte encore 10 classes qui ont un effectif superieur a 60 eleves et 308 avec un effectif superieur a 40. Les cours complementaires connaissent egalement une extension importante. Ils sont 17 en 1948 et accueillent ~ 509 eleves. En 1958, le nombre d'etablissements est de 30 pour un effectif qui a ete multiplie par plus de 3,5. Du cote des ecoles maternelles la situation est differente. Si les effectifs scolarises sont passes sur la meme periode de 866 a 2 849 eleves et le nombre de classes de 8 a 55, ces etablissements "n'ont pas encore connu leur plein developpement" (39). Sur le plan qualitatif, La Reunion dispose, a nouveau, depuis le 1er septembre 1958, d'une Ecole Normale qui est annexee au lycee Leconte de Lisle dans l'attente de recevoir ses propres locaux. Trois nouvelles circonscriptions d'inspection primaire ont egalement ete creees. De nombreuses actions de formation sont dispensees a des maitres munis pour le plus grand nombre du seul Brevet Elementaire. La situation du secondaire est radicalement differente. En 1948, les deux lycees, Leconte de Lisle pour les garcons et Juliette Dodu pour les filles, fusionnent en un seul etablissement mais en gardant les deux sites. En 1948, ces deux etablissements scolarisent 857 eleves, puis 1 544 en 1958. Une augmentation considerable certes, mais un effectif derisoire rapporte a l'ensemble de la population scolaire. Seuls un ou deux eleves des cours complementaires peuvent donc esperer, sur concours, acceder en seconde au lycee. Pour les autres eleves des cours complementaires meritants et desirant poursuivre des etudes secondaires, il leur faut continuer a emprunter la direction de Madagascar. Quand a l'enseignement technique, il est encore peu developpe en 1958. L'ile ne compte que deux centres d'apprentissages mixtes, l'un a Saint-Denis et le second a Saint-Louis. Ce dernier etablissement est oriente essentiellement vers les metiers du batiment. Une enquete sur les retards scolaires dans le departement menee en 1958-59 par le service de sante scolaire fait apparaitre trois principales causes dans le primaire (40).

--La scolarisation tardive arrive en premiere position, mais en mettant en relation les pourcentages d'enfants tardivement scolarises et les annees de naissance correspondantes, on voit une amelioration sensible se produire, recoupant les creations d'etablissements et de classes effectuees a partir de 1952. L'absenteisme vient en deuxieme position, se concentrant dans de nombreuses classes sur les mois de mars et de decembre, les incidences du climat malmenant la resistance physique des eleves. Pour les auteurs du rapport, "il n'est pas douteux que les carences et les desequilibres alimentaires jouent ici un role considerable que la mediocrite extreme des cantines scolaires ne peut pretendre compenser" (41).

--"L'inertie" est la troisieme cause avancee. Elle est definie comme "liee a l'absence d'excitants intellectuels [...] dans ce departement isole aux debouches limites" (42).

Tirant un bilan de l'enseignement depuis la departementalisation, le Vice-recteur Cormary releve que "l'oeuvre de scolarisation integrale dans des conditions materielles normales est encore loin d'etre achevee". Le Vice-recteur poursuit en notant que "l'effort considerable accompli en matiere de constructions scolaires reste donc insuffisant et le gain des annees anterieures risque d'etre annihile par l'accroissement massif de la population scolarisable dans les annees a venir" (43).

La politique volontariste du regime gaulliste, avec l'avenement, en 1958, de la Ve Republique, amene la deuxieme deferlante. Si les ecoles elementaires continuent dans la decennie 1960 a beneficier d'une croissance tres elevee avec une augmentation annuelle moyenne des effectifs de plus de 4 000 eleves, ce sont au tour des cours complementaires, transformes en college d'enseignement general (CEG) en 1960, de connaitre une expansion considerable. Les effectifs passent de 5 420 eleves en 1958 a 6 738 en 1960 et a 8 909 deux ans plus tard. Une situation qui n'affecte pas dans le meme mouvement le second cycle du secondaire. Il existe "un desequilibre accentue" entre le premier et le second cycle. Une situation qualifiee de "preoccupante" par les Rapporteurs charges de la preparation du Ve Plan (44). Un desequilibre encore plus profond apparait a l'interieur meme du second cycle entre d'une part l'enseignement classique moderne et l'enseignement technique d'autre part. Pour les Rapporteurs: "la faiblesse des effectifs de l'enseignement technique est sans doute l'insuffisance la plus marquee de la situation scolaire [...]" (45).

A partir de 1964, un nouveau lycee s'ouvre au Tampon et peut enfin accueillir les eleves du sud du departement. En 1969, La Reunion compte alors 2 500 lyceens. En fait, durant toute cette periode, c'est le College Saint-Michel de Tananarive qui reste le principal recours pour les jeunes du sud de La Reunion desirant acceder au baccalaureat. A partir de 1971, le developpement du lycee du Tampon, puis la crise malgache vont entrainer la fermeture de cette filiere. Initiee sous la colonie, elle aura survecu 25 ans a la loi de departementalisation. De 1967, annee de la transformation des CEG en CES, a 1977, quand les CES deviennent des colleges, les effectifs accueillis sont passes de 17 700 eleves a 45 200, soit une hausse annuelle moyenne de 2 800 jeunes. Les transformations successives des cours complementaires, l'obligation scolaire jusqu'a 16 ans, le developpement d un reseau de colleges puis une ouverture laborieuse des lycees debouchent donc, dans le departement comme sur le plan national, a une organisation en degres et en cycles. En amont de toute cette organisation l'enseignement prescolaire reste embryonnaire tout au long du Ve Plan: "l'etroitesse des moyens de financement disponibles et le caractere absolument prioritaire des investissements a effectuer pour l'enseignement elementaire obligatoire obligent a limiter, durant toute la duree du Plan l'effort d'equipement a realiser au benefice de l'enseignement prescolaire" (46). Il convient, en matiere de classes de maternelles et enfantines, concluent les Rapporteurs au Plan, de "veiller seulement a eviter toute deterioration sensible du taux de scolarisation" (47). C'est donc a partir de 1973 que demarre veritablement la prescolarisation, 18 724 eleves sont accueillis cette annee la; quatre ans plus tard ils sont ... 26 566!

La croissance des effectifs reste importante dans la premiere partie des annees 1980. Mais il reste cependant beaucoup a faire. A la veille de transformations institutionnelles de plusieurs ordres, decentralisation, creation d'un rectorat, mise en place du statut de region ultraperipherique, seulement 39,4% des jeunes sortis de l'appareil scolaire ont accompli une scolarite complete de second cycle sanctionnee ou non par un diplome. Dans une etude publiee apres qu'il ait quitte ses fonctions, le dernier Vice-recteur en poste dans l'ile dresse "un constat de carence" du systeme educatif a La Reunion. Un constat, poursuit le Vice-recteur Boyer, qui "interpelle tous les partenaires du systeme educatif et leur fait obligation, a partir d'une analyse des donnees statistiques et de la connaissance des differents facteurs qui interferent dans le fonctionnement de "l'Ecole", de rechercher des mesures susceptibles d'induire une amelioration d'ensemble de l'efficacite de l'enseignement de ce departement" (48).

Il nous faut maintenant tenter de fournir quelques eclairages a ces realites et d'esquisser quelques questions qu'elles ne manquent pas de nous poser.

L'evolution de la scolarisation a La Reunion depuis 1946 n'est pas separable de celle de la departementalisation. S'il nous faut nommer d'un mot cette evolution, celui de "revolution" s'impose. Cette evolution renvoie a une chronologie longue qui s'enracine dans le projet d'assimilation dont la departementalisation est l'aboutissement. L'assimilation, c'est le droit commun, c'est-a-dire la fin de l'ordre colonial avec ses discriminations et exactions. C'est l'esperance de sortir d'une identite figee en elargissant le champ des possibles qu'autoriserait enfin le talent aux depens de la naissance et donc aussi de la couleur.

De la retrocession (1814) a la fin de la colonie (1946), il y a dans l'ile deux ordres scolaires. Le primaire, longtemps confie aux congreganistes puis aux laiques, est un ordre constamment soupconne et marque par un developpement chaotique. Il accueille les enfants de "la population flottante" et mene une petite minorite parmi les meilleurs au primaire superieur puis quelques elements d'exception au Cours normal. Quant aux enfants de la bourgeoisie, plutot blanche, ils entrent dans l'ordre scolaire par les petites classes du prestigieux lycee Leconte de Lisle. Contrairement a l'ordre primaire, ce systeme d'excellence fait l'objet d'un soutien qui ne baisse jamais la garde. Le cursus propose mene les lyceens au brevet de capacite colonial puis pour une bonne part d'entre eux vers des cycles universitaires qui demarreront, pour les moins fortunes, a l'Ecole de droit de la colonie, et pour les autres, plus aises, ou boursiers, en France.

S'agit-il la, mais sur un mode plus dramatique, des deux ordres qui organisent jusqu'a la Seconde Guerre mondiale le systeme francais d'enseignement? Repondre oui revient a, nous semble-t-il, nier la nature meme du fait colonial et la specificite de son enseignement. Quand en France l'organisation du systeme scolaire en ordres paralleles cede la place a un systeme de niveaux reposant sur une ecole unique (Prost, 1992), les reformes successives entreprises se deploient a La Reunion departement francais. On assiste alors a une systematisation de la scolarisation. At-elle participe a la democratisation de l'Ecole a La Reunion? Plus de 30 ans apres la loi de departementalisation et 13 ans apres la reforme Berthoin, etape importante dans une chronologie courte et nationale de l'histoire de l'Ecole, plusieurs enseignements peuvent etre etablis.

Si, avec le passage de la IVe a la Ve Republique, le climat politique se modifie avec un gouvernement qui entend faire oeuvre de volontarisme et d'efficacite dans le domaine de l'enseignement, le mouvement de fond qui va revolutionner le systeme educatif a La Reunion est anterieur a 1958. Une situation qui, pour etre comprise, demande a combiner, tant institutionnellement que politiquement, a l'echelon national que local, sur le plan des structures que des acteurs, plusieurs elements. De 1948 a 1958, on assiste sur le plan national a un essor majeur des cours complementaires. Ces etablissements sont "faciles" a creer: la decision est locale, les moyens a mobiliser ne sont pas tres eleves. Ils constituent pour les instituteurs une promotion et pour les eleves un espoir dans des etablissements qui sont a proximite de chez eux (Briand et Chapoulie, 1992, Prost, 2001). Un processus qui vaut pour La Reunion mais rendu aise par l'arrivee aux responsabilites, au sortir de la guerre, d'un personnel politique renouvele, majoritairement issus du CRADS, soucieux de reussir la departementalisation afin de sortir La Reunion de l'orniere coloniale (49). Differentes mesures sont prises, tant par le Conseil general que par les municipalites, concernant les locaux, les cantines scolaires, et meme la prise en charge financiere d'une partie des personnels: les monitrices communales. Participent egalement a cette dynamique le volontarisme de nombreux acteurs, membres ou non de l'institution educative. Le mouvement cooperatif, avec Marcel Le Guen, instituteur dans un village rural des hauts de l'ile, mais porte surtout par Roger Ueberschlag, inspecteur primaire, nomme dans le Sud de La Reunion, en 1955, avec le soutien du Vice-recteur Cormary et, hors institution, les Ecoles marron, sont significatifs de "l'esprit de l'epoque" (50). Au terme de la deuxieme deferlante, qui demanderait egalement a etre interrogee, toujours en croisant notamment histoire et sociologie des inegalites d'education dans leur enchevetrement national et local, on peut neanmoins faire remarquer que l'organisation scolaire s'est modifiee et que les barrieres entravant l'acces a une scolarisation complete ont ete supprimees.

C'est toute la societe qui est concernee par les phenomenes scolaires et les interrogations qu'ils suscitent, ce qui ne signifie nullement que leur comprehension soit aisee. Vraies pour le profane, qui a l'occasion ne manque pas de decouvrir qu'il a ete eleve, ces difficultes de comprehension touchent aussi bien les politiques que les agents de l'institution et les chercheurs. Des difficultes qui s'expliquent par la nature meme des faits scolaires et des demarches qu'elles requierent. En effet, tenter de comprendre les faits scolaires demande de les rapporter a des contextes larges pour interroger ensuite la maniere dont les phenomenes, alors etudies en situation, sont relies. Une posture qui pose des questions epistemologiques et methodologiques.

Des preoccupations qui ne sont pas specifiques a la situation reunionnaise mais qui sont constitutifs, ici et ailleurs, de toute veritable demarche de recherche. Toutefois, il est vrai que par l'intensite des phenomenes concernes, leur temporalite, leurs differentes vitesses d'effectuation, la nature socioculturelle de l'ile, les logiques contradictoires, et enfin la complexite des niveaux et systemes d'appartenance, La Reunion offre une situation ... peu banale!

S'interesser a l'Ecole oblige a reflechir sur les outils, les decoupages, les notions, et les demarches que nous convoquons, explicitement ou non, pour la comprendre et la questionner. Non pour l'exalter ou la vilipender sauf a changer de registre et a quitter le domaine scientifique.

S'interesser a l'Ecole c'est donc egalement questionner la societe oo elle prend forme et se developpe. Transformer une colonie en departement francais, ce n'est pas dissoudre les logiques, les tensions ou les contradictions de la societe. Il y a des rapports etroits entre Ecole et Societe, entre pedagogique et politique. De plus, comme l'Ecole est complexe et contrastee, elle ne produit pas d'effets univoques ni sous la colonie ni dans La Reunion, departement francais. En fait l'histoire de l'Ecole a La Reunion peut sans doute pretendre a une triple fonction. Elle enrichit l'histoire de l'Ecole en France. Elle apporte egalement une contribution importante a la connaissance des phenomenes de scolarisation. Elle temoigne enfin des Reunionnais eux-memes, donc de leurs aspirations, et de leurs choix.

Recepcion: 20 de septiembre de 2011. Envio a informantes: 22 de septiembre de 2011. Fecha de aceptacion definitiva: 15 de octubre de 2011 Biblid. [0212-0267 (2011) 30; 45-61]

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Raoul LUCAS

Universite de La Reunion

Correo-e: Raoul.lucas@wanadoo.ff

(1) Situee a 800 km a l'Est de Madagascar, l'ile de La Reunion (anciennement ile Bourbon) fait partie de l'archipel des Mascareignes, qui comprend l'ile Maurice (anciennement Isle de France) et l'ile Rodrigues. Tout au long de son histoire, l'ile Bourbon a change a plusieurs reprises de nom, pour prendre definitivement celui de La Reunion i partir de 1848. Nous n'utiliserons indifferemment dans cet article que deux de ses appellations: Bourbon/La Reunion. D'une superficie de 2 512 [km.sup.2,] l'ile Bourbon, qui est une ile vierge est occupee de facon permanente depuis 1663. Bourbon, comme la Guadeloupe, la Guyane et la Martinique appartient donc au premier empire colonial francais. Pour une premiere approche de l'histoire de La Reunion, se reporter a SCHERER, A.: La Reunion, Paris, PUF, 1992.

(2) C'est la loi du 19 mars 1946 qui transforme les "vieilles colonies" -la Martinique, la Guadeloupe, la Guyane et La Reunion--en departement francais. Ces departements deviennent en 1983 des regions ultraperipheriques de l'Union Europeenne, comme les iles espagnoles des Canaries et les iles portugaises des Acores et de Madere.

(3) Voir nos differents travaux et notamment: LUCAS, R.: "Le developpement de la scolarisation a La Reunion. Un cas d'ecole", in SI MOUSSA, A. (dir.): L'ecole a La Reunion, approches plurielles, Paris, Karthala, 2005. LucAs, R.: Bourbon a l'ecole, 1815-1946, Saint-Denis, Ocean Editions, 2006. LUCAS, R. et RADOJCIC, K. (dirs.): L'enseignement superieur dans les regions uhraperipheriques (Guadeloupe, Guyane, Martinique, La Reunion), Paris, Karthala, 2006.

(4) Voir notamment: PLUCHON, P.: Histoire de la colonisation francaise, t. I: Le premier empire colonial (des origines a nos jours), Paris, Fayard, 1991. BOUCHE, D.: Histoire de la colonisation francaise, t. 2, Flux et reflux (1815-1962), Paris, Fayard, 1991. LUCAS, R. et SERVIABLE, M.: Commandants et gouverneurs de l'ile de La Reunion, Saint-Denis, Ocean Editions, 2008.

(5) Sur toutes ces questions, les tres nombreux travaux d'Hubert GERBEAU sont irremplacables. Notamment: "Quelques aspects de la traite illegale des esclaves a l'ile Bourbon au XIXe siecle", in Actes de I'ADHIOI, Paris, Champion, 1979; "Les traces de l'esclavage dans la memoire collective des Mascareignes", in Slavery in South West Indian Ocean, Ile Maurice, Mahatma Gandhi Institute, 1987.

(6) Voir notamment: MAESTRI, E. (dir.): Esclavage et abolitions dans l'Ocean Indien, 1723-1860, Paris, L'Harmattan, 2002.

(7) Un libre de couleur est une personne de couleur nee libre ou qui a ete affranchie. Elle ne disposera pas jusqu'en 1835 de la plenitude des droits dont dispose un membre de la population blanche. C'est apres 1835 que, juridiquement, la categorie des libres de couleur va disparaitre, mais pas les prejuges dont ils etaient jusqu'alors victimes.

(8) Voir notamment: BOURQUIN, A.: Histoire des Petits-Blancs de La Reunion, Paris, Karthala, zoos.

(9) En 1735, l'Isle de France, colonie francaise depuis 1715, devient la metropole regionale des colonies francaises de l'Ocean Indien. Une situation qui dure jusqu'en 1810, annee oo les Anglais s'emparent des colonies francaises de l'Ocean Indien. En 1815, au terme de cette occupation, Bourbon est rendu a la France, alors que l'Isle de France devient colonie anglaise et prend desormais le nom d'ile Maurice. Les Anglais gardent egalement l'ile Rodrigues et l'archipel des Seychelles.

(10) Voir LUCAS, R.: 2006.

(11) Voir PRENTOUT, H.: L'Isle de France sous Decaen, 1803-1850, Paris, Hachette, 1901.

(12) Voir PETITAT, A.: Production de l'Ecole, production de la societe, Geneve, Droz, 1982.

(13) Voir LUCAS, R.: 2005 et 2006.

(14) Archives departementales, Proces verbal du Conseil colonial, seance du 9 decembre 1834.

(15) A la fin de la Monarchie de Juillet, le systeme servile est condamne mais c'est la IIe Republique qui abolira l'esclavage, par decret, le 27 avril 1848.

(16) Voir BOUCHE, D.: op. cit.

(17) Ibid., p. 51.

(18) BASTIDE, R.: Le proche et le lointain, Paris, Cujas, 1970, p. 25.

(19) Voir LUCAS, R. et SERVIABLE, M.: op. cit.

(20) Le Moniteur de La Reunion, II novembre 1870, 1PER/7.

(21) Voir LUCAS, R.: op. cit., 2006, pp. 285-310.

(22) Ibid. Elle est remplacee par un Cours normal.

(23) Archives Departementales de La Reunion, LIII-61.1.132, Rapport Gauthier.

(24) Ibid.

(25) Archives Departementales de La Reunion, Proces verbal du Conseil general, session 1905.

(26) Archives Departementales 4111-61.1.132, Rapport Berger.

(27) PROST, A.: Histoire de l'enseignement en France, Paris, Colin, 1968, p. 450.

(28) Rapport Berger, op. cit. En 1848, le College Royal qui devient lycee, prend le nom de Lycee de La Reunion pour devenir Lycee Imperial en 1853 et prendre definitivement le nom de Leconte de Lisle en 1897.

(29) RAMASSAMY, A.: La Reunion face a l'avenir, Saint-Denis, Cazal, 1972, p. 42. A Ramassamy est un Reunionnais d'origine indienne. Les Indiens sont venus a La Reunion comme travailleurs sous contrat, sur les proprietes sucrieres, au milieu du XIXe siecle. A la fin de leur contrat, de tres nombreux travailleurs indiens sont restes dans la colonie. Le "massale" est une epice tres utilisee dans la cuisine indienne. Instituteur, censeur, puis proviseur, A. Ramassainy occupera d'importantes fonctions syndicales avant d'etre elu senateur socialiste en 1984.

(30) Rapport Berger, op. cit.

(31) Rapport Gauthier, op. cit.

(32) Voir LUCAS et SERVIABLE (2008) et JACQUEMART, S.: La question departementale Outre-mer, Paris, PUE, 1983.

(33) JACQUEMART, S.: op. cit., p. 12.

(34) Voir Rapport de l'Inspecteur General Finance, document dactylographie, 1948.

(35) Voir LUCAS, R.: "L'enseignement a l'aube de la departementalisation", Economie de la Reunion, no. 42 (1989).

(36) Archives departementales: 4m-4H-133, Rapport du Vice-recteur Foucque.

(37) Voir Bulletin Departemental de l'Education. Annees 1951 et suivantes. Les statistiques qui suivent proviennent sauf mention express de ces Bulletins.

(38) Paul Demange, premier prefet du departement de La Reunion.

(39) CORVMARY, H.: "L'Ecole", Richesses de France, Special La Reunion, nO. 45 (1960).

(40) Service de sante scolaire et universitaire, Etude sur les retards scolaires a La Reunion, document dactylographie, 1959.

(41) Ibid., pp. 24 et suivantes.

(42) Ibid.

(43) CORMARY, H.: op. cit.

(44) Rapport general de la Commission centrale d'Outre-mer, Paris, Ministere de l'Outre-Mer, 1960, PP. 533 et suivantes.

(45) Ibid.

(46) Ibid.

(47) Ibid.

(48) BOYER, C.: "Une strategie pour ameliorer l'efficience du systeme educatif reunionnais", Cennadom, no. 72 (1984).

(49) Comite Republicain Democratique et Social, mouvement positionne a gauche de l'echiquier politique.

(50) Le qualificatif "marron" accole a une instance ou i une organisation signifie, dans le langage usuel a La Reunion, "hors de toute autorisation institutionnelle".
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Title Annotation:MONOGRAFIA
Author:Lucas, Raoul
Publication:Historia de la Educacion
Date:Jan 1, 2011
Words:10053
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