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Entre monde atlantique et Jeune Republique: Charles Mame et la librairie francaise a New York au debut du 19eme siecle.

Dans l'ete de 1815 Charles (1) Mame debarquait a New York apres une traversee d'un mois depuis les cotes francaises. Initie depuis sonjeune age au commerce de la librairie, fils d'imprimeur et d'editeur, imprimeur et editeur lui-meme, il venait avec des atouts professionnels certains et un objectif clair, du haut de ses 41 ans : ouvrir une librairie francaise a New York. Pour qui venait de Paris cette modeste cite--100 000 habitants, cinq fois moins que la capitale francaise--d'un Etat vieux de cinquante ans a peine devait au moins symboliser l'avenir, comme pour tous les migrants, sans que l'on sache si le projet de Charles Mame tenait de l'installation definitive ou de la tentative d'enrichissement rapide pour rentrer glorieusement au pays. Mais le libraire a echoue. Et de ce fait les traces de son passage sont des plus tenues : un nom dans des almanachs et un recensement fiscal, des annonces dans la presse concernant son affaire, un livre vendu par ses soins, voila tout ce qui reste d'une experience qu'il est meme difficile de dater avec precision. Pourtant cet eclat singulier dans une vie qui aurait pu demeurer confinee entre Paris, l'Anjou et la Touraine, comme celle des autres membres de la famille Mame, offre la possibilite d'eclairer un pan de l'histoire americaine.

Ma rencontre avec Charles Mame le New-Yorkais tient du hasard : engage dans le << projet Mame >> pour dresser l'histoire de cette maison catholique leader sur le marche de l'edition francophone pour lajeunesse durant pres de deux siecles, j'en avais explore les aspects canadiens, notamment l'exportation des fonds (2). Mais il apparut aussi qu'un des Mame, Charles-Mathieu donc, avait tente une aventure new-yorkaise sur laquelle personne ne savait rien. Il fallait donc se lancer sur la piste d'une experience presqu'invisible et inventer les manieres d'y parvenir. Au fil de l'enquete il devint evident que devider le mince fil Charles Mame menait a entrouvrir levaste chantier de l'histoire des Francais de New-York, et plus largement a entrer de plain-pied dans une histoire atlantique du debut du 19eme siecle. Charles Mame, si discret puisse-t-il sembler aux yeux de l'historien du debut du 21eme siecle, ouvre donc une porte privilegiee vers les mondes qu'il arpenta, a la maniere d'un Mardochee Naggiar dont on ne sait presque rien mais dont l'existence permet de tisser une histoire entre Tunis et Paris, entre Orient et Occident a la meme epoque (3).

Car Charles participe a la vie new-yorkaise a un moment charniere de l'histoire americaine que l'historiographie recente ne cesse de relire. Le sejour du libraire francais est a la jonction de deux champs des plus fertiles, a savoir l'histoire atlantique et celle de la Jeune Republique. Les deux domaines se chevauchent en ne se croisant que trop rarement, ce que l'analyse du cas Charles Mame permet, au travers de sa participation a une economie de la culture imprimee qui est au coeur des deux domaines en question mais de maniere trop souvent cloisonnee. Il n'est qu'a lire les titre des volumes 1 et 2 de la recente History of the Book in America : jusqu'aux annees 1780 l'histoire americaine du livre est coloniale et s'inscrit dans le monde atlantique, alors qu'entre 1790 et 1840 elle participerait des logiques nationales d'une Republique en expansion (4). Deux dossiers publies en 2010, respectivement par Early American Studies et le Journal of the Early Republic confirment cette perspective. Le premier, intitule "The Atlantic World of Print in the Age of Franklin" regroupe des articles utilisant le prisme de l'histoire atlantique, et dans les faits tres majoritairement anglo-britannique, pour discuter notamment de la materialite du livre colonial ; le second, << Political Writing and Literature 1800-1835 >>, croise approches litteraires et historiques pour scruter les formes d'une culture du livre et de l'imprime dans le cadre d'une scene politique bien pensee comme nationale (5).

C'est que l'histoire atlantique, toute riche qu'elle puisse etre par ailleurs, souffre de ses bornes chronologiques puisque dans les faits il s'agit avant tout d'une tentative de relecture de l'histoire coloniale jusqu'a son terme c'est-a-dire les revolutions independantistes, donc les annees 1780 aux Etats-Unis, 1820 pour le reste du continent. Tout se passe ensuite comme si la rupture du lien colonial (et donc pour que ce qui nous concerne ici la rupture, inexistante dans les faits, du commerce du livre entre metropole et colonie) entrainait la fin de la connexion entre les deux rives de l'ocean, une << desintegration (6) >> du modele, alors meme que la circulation des hommes, des biens et des idees ne cesse de croitre au 19eme siecle et que les modeles crees avant la Revolution servent encore bien apres (7). L'itineraire de Charles Mame permet de se poser la question de la permanence de cette liaison : peut-on y voir des elements de continuite, ou bien des changements dans la nature du lien interdisent-ils de prolonger l'histoire atlantique ? Autrement dit les reseaux personnels du libraire sont-ils encore ceux du 18eme siecle legerement retouches ou inaugurent-ils une nouvelle phase de la relation atlantique ? De meme le marche du livre qu'il veut animer est-il encore celui des Lumieres transatlantiques ou le reflet de nouveaux paradigmes culturels ?

De leurs cote, les historiens de la Jeune Republique ont abondamment travaille le champ de l'histoire de l'imprime pour construire une histoire eulturelle de la naissance de la nation, a la fois parce que le peuple americain serait ne d'un acces massif a l'imprime (livres et journaux) aux vertus unificatrices autant qu'educatives, et parce que la democratie, supposement caracteristique nationale, serait nee de cette diffusion de l'imprime qui aurait permis par capillarite une forme de premiere politisation populaire comme une diffusion massive des formes de ce protestantisme evangelique qui caracterisent la jeune nation (8). Jeffrey Pasley a ainsi montre que la presse, analysee pour elle-meme et non seulement comme source d'information, avait ete l'institution centrale du systeme politique americain au moins jusqu'a la Guerre de Secession, qu'elle constituait l'instance essentielle du debat et de la circulation des idees (9). Pauline Maier a recemment repris cette conception d'un peuple qui unanimement debat, lit et publie dans le processus de ratification de la Constitution (10). Le tableau doit etre nuance : d'abord parce que le << public >> americain est une fiction en ce sens qu'il est aussi eclate que l'est la societe (11), ensuite parce qu'il faut se mefier des mythes et cerner au plus pres la dite diffusion de l'imprime sans la tenir pour allant de soi dans une Republique mythifiee ou chacun aurait a coeur de participer a la vie de la cite ; Trisha Loughran est ainsi revenue sur la fameuse diffusion du Common Sense de Thomas Paine en montrant a quel point les chiffres de la circulation de l'opuscule etaient issus de la plume meme de l'auteur et que le phenomene Common Sense etait largement a relativiser (12).

Les principaux acteurs de cette histoire sont bien evidemment les professionnels de l'imprime: auteurs et journalistes, editeurs, imprimeurs, libraires ... Leur etude a beneficie ces dernieres annees d'avancees certaines, mais la ville de New York a ete jusqu'alors negligee, alors qu'elle devient dans les premieres annees du 19eme siecle la premiere des cites americaines. Cela tient autant a l'idee que les vieux centres comme Philadelphie l'emportent encore qu'a un effet de sources : les libraires new-yorkais, pour n'aborder ici que cette corporation puisqu'elle est celle de Charles Mame, n'ont laisse que tres peu d'archives pour la periode alors qu'un Mathew Carey a Philadelphie en a laisse d'impressionnantes masses (13), comme l'etonnant Francais Joseph de Nancrede a Boston (14) ou la Charleston Library Society dont les fonds permettent de lire la poursuite durant des decennies du commerce americano-britannique en matiere de livres (15). Le monde de la librairie new-yorkaise, et de maniere plus generale de l'imprime new-yorkais, demeure ainsi dans l'ombre. Comme demeure dans l'ombre le livre francais : les analyses de Catherine Hebert ne concernent que le marche philadelphien des annees 1790, a la fin desquelles elle discerne un epuisement, qu'il faut interroger en decalant la chronologie et en se tournant vers un autre pole (16).

C'est ce qu'il faut tenter de faire ici en ayant constamment deux fils directeurs lies en main : d'une part une interrogation sur la nature des migrations francaises et donc d'une << communaute >> francaise qu'il parait illusoire de vouloir rencontrer malgre le grand nombre de Francais a New York et d'autre part un questionnement sur la maniere dont l'histoire americaine doit etre en pennanence connectee a des horizons lointains. C'est-a-dire qu'il faut inserer Charles Mame dans des strategies migratoires qui incluent des perspectives de retour--surtout lorsqu'il s'agit comme ici aussi de strategies commerciales--et ne parviennent pas a definir un monde francais homogene tant elles semblent eclatees a tous points de vue ; et qu'il faut dans le meme temps comprendre ces courants migratoires comme participant d'une histoire atlantique des Etats-Unis. La Revolution ne fut pas la rupture que l'on voulut longtemps voir. Non seulement sa radicalite initiale fut vaincue et ses promesses longues a etre tenues (17), mais elle ne donna pas naissance a un ilot exceptionnel isole au-dela de l'ocean. Les Americains n'ont pas, loin de la, rompu avec l'Europe, ne serait-ce que parce qu'ils continuaient d'accueillir des Europeens. Mais le projet national americain lui-meme n'allait pas sans une certaine tension dans le face-a-face avec l'Europe, tout le long d'une phase que l'on pourrait sans doute poursuivre jusqu'a la Guerre de Secession. Il est salutaire de signaler avec Alan Taylor a quel point la Guerre de 1812 fut aussi une guerre civile a plusieurs niveaux, qui liait encore, et entre autres, des Britanniques non encore convaincus de l'avenir de la Jeune Republique et des Americains toujours imbus des valeurs heritees de leurs ancetres (18). Mais culturellement, economiquement, politiquement, l'effort de definition de soi que les Americains durent tot engager se poursuivit bien au-dela du Traite de Gand, qui a marque une etape de cette histoire (19) mais certainement pas son achevement. La relation au monde britannique demeure complexe, faite de fascination et de soif de reconnaissance d'un cote, de volonte de distinction et de creation d'une culture nationale de l'autre (20). Mais le dialogue avec l'ancienne metropole n'est pas la seule maniere pour les Etats-Unis de se constituer en nation dans son rapport a l'alterite, et c'est en elargissant le champ transatlantique par dela la seule dynamique americano-britannique que cette histoire peut etre pleinement reconstituee.

I. Une histoire de semaines

Il est necessaire, du fait de la rarete des sources, de commencer par un travail de detective sur la piste de Charles Mame et des raisons qui l'ont pousse a migrer. Surgira des lors la multiplicite des canaux qui lient la Franco et les Etats-Unis au-tour de 1815, et dono la nature polymorphe de cette histoire atlantique.

A quelle date Charles est-il arrive a New-York ? L'affaire est d'importance puisque le degre de finesse de la chronologie eclaire en fait les raisons du depart. Seule Nicole Felkay s'etait jusqu'a lors penchee sur la question. Les deux aines de la fratrie Mame, Charles et Louis, a qui leur pere Charles-Pierre avait cede son imprimerie d'Angers, avaient en 1807 fait le choix de s'installer a Paris. Leur commerce avait pris une certaine ampleur, et est demeure fameux pour la publication du pamphlet de Chateaubriand, de Buonaparte et des Bourbons, peu de temps avant la premiere chute de l'Aigle, ce qui situerait les Mame du cote des royalistes. Mais des 1813 les deux freres font faillite, et Charles semble laisser Louis gerer seul l'etablissement, sans laisser d'indices archivistiques sur son propre sort. Lorsque Louis doit de nouveau deposer le bilan le 15 decembre 1815, la situation devient confuse : il annonce d'abord partir pour les colonies (21), puis embarque pour l'Angleterre debut 1816 tout en faisant parvenir des caisses de livres a New York. Les deux freres ecrivent depuis New York a leurs creanciers le 20 mai (22), mais Louis ne laisse aucune trace aux Etats-Unis, tandis que l'epouse de Charles, Adele Cosnard-Desportes n'est presente qu'en une seule maigre occurrence tardive, en 1817 (23). Mais est-elle arrivee en meme temps que son mari, et quel role a-t-elle joue sur place ? Ces questions resteront sans reponse.

Cette histoire vue des sources francaises doit etre lue au regard de sources americaines qui ne donnent a voir que Charles Mame, libraire a New York, et non Louis. Deux elements permettent de revenir sur la date de cette traversee transatlantique. Dans The Columbian, d'une part, on trouve le 13 septembre une annonce datee du 5 du meme mois et indiquant ceei : << Just arrived from France, and for sale at C. Mame's bookstore, No 68 William Street a valuable collection of French books >>. L'annonce est reprise les jours suivants et prouve l'etablissement de Charles Mame comme libraire a New York plusieurs mois avant la faillite de decembre. D'autre part il subsiste un ouvrage, portant mention << imprime et vendu chez Joseph Desnoues, imprimeur me Murray no 7, et chez Mame, libraire, me William no 68 >>.

L'ouvrage en question, signe A. D. B. M., est une sorte d'ode a Napoleon de retour de l'ile d'Elbe et en route pour la reconquete de la France. Il est paru en France chez Alexis Eymeri en mai 1815 et a fait l'objet de trois reeditions rapides en France, avec quelques ajouts conjoncturels. Deux editions supplementaires en sont connues aux Etats-Unis. L'une, en anglais, est publiee par David Longworth, qui avance en preface que le livre qu'il offre au public est un moyen d'informer sur les << derniers evenements de France >>, connus seulement avec un decalage quasi mensuel en fonction de l'arrivee des navires. Le texte est repris de maniere assez fidele de la premiere edition francaise, si ce n'est la gravure initiale, qui est de production new-yorkaise (24). L'autre est donc une production des reseaux francais de New York : imprimee par Desnoues, vendu par Mame, elle est ornee d'une gravure de Thomas Gimbrede, qui avait migre en 1802 et qui deviendra professeur a West Point en 18192 (25).

Publier un tel ouvrage alors que Louis XVIII etait revenu sur le trone au lendemain de Waterloo, et surtout que la nouvelle en est connue a New York au debut du mois d'aout, quand la justification de sa publication est avant tout l'information du public new-yorkais, ne presentait aucun interet commercial. Il faut donc en deduire que le livre a ete diffuse au plus tard en juillet : la premiere edition francaise a donc passe l'ocean avec celerite, et l'edition locale en a ete achevee avec la meme vitesse. La consequence en est que Charles Mame est arrive a New York des juin ou juillet de 1815. L'hypothese la plus seduisante serait d'affirmer qu'il est meme parvenu sur les cotes americaines avec l'ouvrage dans ses bagages. Le fait serait etrange connaissant les opinions royalistes de l'homme, mais par ailleurs ce sont les raisons memes de son depart qui n'en apparaissent que plus opaques. A-t-il juste anticipe avec son frere la faillite de decembre ? A-t-il fuit le retour de Napoleon, lui qui avait edite Chateaubriand--auquel cas debuter dans la carriere americaine par un panegyrique napoleonomane revelerait un joli sens du paradoxe ? Ou a-t-il choisi la voie de la migration pour une raison personnelle qui nous echappe encore, en cette annee 1815 durant laquelle beaucoup, notamment a New York, esperent enfin, apres des annees de guerre, un retour a la normale, c'est-a-dire avant tout a la reprise de relations transatlantiques sans freins et prosperes ?

II. Pourquoi partir ?

L'avis du consul de France a New York, Gerard Cazeaux, peut etre ici eclairant. Sa situation est complexe : il a debarque a New York peu avant Charles Mame, le 2 mai, sur un navire americain en provenance du Havre et avec des nouvelles triomphantes du retour de Napoleon, qu'il represente dono outre-Atlantique (26). Mais peu de temps apres parvient l'information de la findes Cent-Jours, et Cazeaux sait des lors que son temps est compte--il est effectivement remplace en juin 1816 par Espinville--mais rivalise de zele royaliste et applique les consignes de fermete donnees par le ministere et transmises par la legation de Philadelphie. Et tout en niant << qu'il soit dans la possibilite d'aucun individu en exil a New York, d'ourdir la moindre trame contre la surete de la France et contre le repos du Roi >> et en arguant qu'il manque de moyens de surveillance, il tente de remplir sa tache et de << rassembler les noms, professions et motifs de voyage aux Etats-Unis de tous les Francais arrives a New York depuis le retour du roi >> (27). Le travail fut rude et couteux en soudoiement d'employes divers (28), mais Cazeaux estime en savoir assez pour tirer un bilan de son action le 30 mars 1816 :
      Joseph Buonaparte, l'ancien orateur du Conseil d'Etat Regnault
   de St Jean d'Angely, le general Clausel, le conventionnel regicide
   Lakanal et le general Grouchy sont, selon ma maniere de voir, les
   seuls personnages actuellement a New York dont les demarches, la
   conduite et les projets doivent exciter la surveillance de l'agent
   de S.M. en residence dans ce port. [....]

      Les autres Francais qui ont debarques a New York sont des
   avanturiers des marchands ou des speculateurs et comine tous les
   hommes a argent, ces individus font toujours cadrer leurs opinions
   politiques avec leurs interets pecuniaires (29).


Charles Mame, repere sans aucun doute par le consul etant donnee sa participation a la diffusion d'un ecrit bonapartiste, n'est pas juge dangereux, pas plus que Joseph Desnoues l'imprimeur de ce qui, sous la Restauration, etait un abominable brulot en faveur de l'usurpateur. Rien d'etonnant a cela si l'on sait que Desnoues est en fait egalement l'imprimeur du consulat, et que son nom orne donc tous les passeports signes par Cazeaux. Il faut croire alors que le consul a vu en Charles Mame, un de ces << hommes a argent >> qu'il importait peu de surveiller de pres et qui en l'occurrence ne regardait guere ce qu'il vendait du moment qu'il le vendait bien.

Charles serait donc venu pour affaires, strictement. Mais alors il devait au moins supputer qu'affaires il y avait a New York, que la ville offrait des chances de fortunes. Deux aspects semblent ici importants : quelle conscience pouvait avoir le libraire des occasions de fortune new-yorkaises, d'une part, et pourquoi ce milieu d'annee 1815 a-t-il semble le meilleur moment pour prendre le large, d'autre part ?

A la premiere question les reponses sont multiples. En effet il circule en France des representations des Etats-Unis depuis que ceux-ci ont proclame leur independance. L'Amerique est a la fois un paysage, un repertoire de figures pittoresques et une doublee idee, celle de la democratie et celle de la fortune, que ce soit par l'immigration, le commerce, ou la simple speculation sur les terres depuis les rivages europeens. Dans tous les cas, est fondamentale l'idee de jeunesse du nouveau pays : il en emane une sorte de fraicheur naturelle propre a toutes les experiences, a toutes les eclosions, et des possibilites infinies du fait de ce tres pregnant imaginaire desterres neuves a prendre (30).

Mais comment Charles, plus concretement, a-t-il pu entrer en contact avec ces Etats-Unis discursifs et constamment projetes ? Nous ne saurons rien, bien sur, de ses lectures, mais trois points de contact sont possibles : par la famille d'abord, par la librairie ensuite, et par un projet migratoire particulier enfin. En effet Armand Mame, jeune frere de Charles, avait epouse Elisabeth Thevenot, native de Saint-Domingue et qui fournissait un reseau antillais, avec de possibles connexions vers les Etats-Unis. De surcroit Louis Mame, avant de se faire libraire, avait a Angers jusqu'en 1808 oeuvre dans le commerce d'ardoises et de mouchoirs et possedait des interets dans des corsaires nantais (31) ; il etait de ce fait ouvert a l'aventure commerciale outre-mer. Mais plus generalement le monde de la librairie parisienne connaissait New York : Alexis Hocquet Caritat, qui a fait fortune a New York entre 1799 et 1804 dans le commerce du livre, notamment francais, est autour de 1810 a Paris, et repand cette idee que la richesse peut etre atteinte par ce biais (32). La librairie Bossange, elle, est en contact direct avec ses homologues new-yorkais. Martin Bossange, Bordelais installe a Paris en 1787, a quelque temps avant que Charles ne traverse l'ocean envoye son fils Hector representer la maison paternelle a New York, avant qu'il ne soit charge de tenir boutique a Montreal en 1815 (33). Bossange a par ailleurs de bonnes relations avec les milieux negociants newyorkais, en temoigne sa correspondance avec John La Farge (34).

Mais une autre piste est possible : Charles et Louis Mame ont ete charges par l'editeur Nicolle en septembre 1810 de l'impression de l'ouvrage de Mme de Stael, De l'Allemagne. Cela ne leur valut guere de succes, puisque la censure est intervenue, jugeant que le livre ne se repandait pas assez en compliments envers l'empereur, pour mettre les epreuves au pilon. Apres quoi Savary, ministre de l'Interieur, donna le choix a l'auteure : soit elle se cantonnait aux environs de Geneve, dans le departement du Leman, soit elle passait aux Etats-Unis. Il s'agissait en fait d'un projet migratoire auquel Mine de Stael avait fait quelque publicite depuis l'annee precedente, et qu'elle nourrira jusqu'en 1812, sans qu'il ne se realise, sans doute du fait d'une motivation somme toute bien peu ardente (35). Mais d'une part Charles Mame etait sans doute au fait du projet americain de l'ecrivain et d'autre part ce projet etait adosse a une implication de longue haleine de Mme de Stae1 dans les affaires de l'Etat de New York. Depuis le milieu des annees 1790, elle investissait massivement dans l'ouest de l'Etat, par l'entremise notamment de la firme Le Roy, Bayard & Evers et de James-Donatien Le Ray de Chaumont (36). C'est dans le chateau de ce dernier, a Chaumont-sur-Loire, que Mme de Stael passa l'ete de 1810.

Or Jacques-Donatien, le pere de James-Donatien, avait fonde en 1793 une entreprise de colonisation, Castorland, qui s'inscrivait dans un courant qui voyait en les Etats-Unis une echappatoire possible a la France revolutionnaire en developpant des formes utopiques de colonies francaises. Aucun projet n'a au de succes a moyen terme (37) et Castorland n'echappe pas a la regle. Lorsque Charles Mame songe a quitter la France, plus personne ne connait Castorland. Mais James-Donatien Le Ray de Chaumont n'a pas abandonne ses terres americaines, il a reconfigure l'ensemble : de Castorland il est passe a la Societe des Forges, et s'il est en France entre 1810 et 1816 c'est en grande partie pour refonder son affaire sur un nouveau pied. L'appel a la migration francaise fait encore partie du plan (38). Meme si celle-ci ne se concretise pas, Le Ray retourne bien sur ses proprietes newyorkaises en 1816, pour y accueillir ce que la region compre de refugies francais : Joseph Bonaparte et ses amis sejournent ainsi chez Le Ray, operant une jonction entre les colonies des annees 1790, celles des refugies de la Revolution, et celles de la fin des annees 1810, celles des refugies de la Restauration. Car autant Paris que New York bruissent alors des nouvelles operations dans lesquels se lancent les officiers de Napoleon en exil auxquels se greffent de multiples affairistes, vers le Texas ou le Territoire du Mississippi (39).

Il existe donc un flux permanent de projets et de migrants, qui meme tres tenu, genere une production discursive en France qui rend pensable l'experience migratoire vers l'Amerique, integree a une oeuvre collective ou realisee a l'echelle individuelle. Charles Mame, qui connait les reves de Mme de Stael comme les multiples projets qui circulent sans cesse, est de ces hommes qui se sont laisses seduire. De ce point de vue il peut etre rapproche d'un Honore Lannuier : ne en 1779, cet ebeniste installe a Paris choisit en 1803 de transporter son affaire a New York, ou son frere residait deja. Il devint alors un des importants fournisseurs des elites de la ville et de l'Etat, les Bayard, Van Rensselaer, Brinckerhoff, et bien sur l'incontournable James-Donatien Le Ray de Chaumont (40). New York representait bien une chance aux yeux d'un certain nombre de Francais, son dynamisme comme les reseaux que Charles pensait trouver la rendait preferable a d'autres destinations nord-americaines, Boston et Philadelphie en perte de vitesse relative, Montreal encore trop modeste. Mais quel New York?

III. New York, ete 1815

Comprendre la ville dans laquelle arrive Charles Mame durant l'ete 1815 implique d'entrecroiser plusieurs temporalites afin de saisir ce qui fait New York a ce moment-la, et durant les mois qui suivent durant lesquels le libraire y sejourne.

Sur le temps long, New York est avant tout une grande ville portuaire en pleine croissance et une metropole en transition, entre des logiques artisanales et corporatistes anciennes et l'emergence de nouvelles couches populaires. L'historiographie recente a curieusement neglige le premier aspect, et on connait mal, somme toute, a la fois la structure du commerce new-yorkais entre l'independance et 1815 et les elites qui le pratiquent, alors que la focale s'est nettement portee vers les mutations populaires (41).

De ce point de vue le port est bien un lieu populaire, lieu central de toutes les activites new-yorkaises. C'est la que debarque Charles, comme debarquent de l'Europe et des Ameriques les hommes, les marchandises, les nouvelles et les virus les plus divers. Le port est un maelstrom d'emotions, de bruits, d'odeurs, de mouvements, dans lequel l'imprimeur francais s'est trouve pris des son arrivee. Comme Francais, il est un dispensateur d'informations auxquelles la ville est attentive puisque les derniers soubresauts de l'Empire determinent aussi la marche du commerce transatlantique, et comme etranger, il est menacant puisque porteur potentiel de maladies. Car la mer est bien aussi dangereuse, c'est par la que la New York est menacee, et pas seulement militairement : c'est egalement le temps des epidemies que les navires apportent avec eux. Ainsi alors meme que Charles arrive, c'est la variole qui debarque egalement, venue des Antilles, alors que quelques mois plus tard, en juin 1816, des navires en provenance de Sete, Naples, Trieste, et d'autres ports mediterraneens declarent que la peste y sevit, et repandent une vague d'inquietude sur la ville (42).

Mais si epidemie il y a, c'est que la circulation reprend apres des annees tres perturbees par un double contexte guerrier : le blocus continental impose par Napoleon, et la guerre que se livrent Etats-Unis et Royaume-Uni entre 1812 et le debut de 1815. New York avait profite des guerres revolutionnaires, durant lesquels les grands ports francais avait oriente une part croissante de leurs echanges avec les Etats-Unis. La crise diplomatique de la findes annees 1790 entre les deux pays avait entraine une << douloureuse anxiete (43) >> devant la perspective d'une interruption des echanges et donc des demandes pressantes d'organisation de la defense de la ville. Pourtant le debut du regne napoleonien n'avait pas remis en cause la prosperite. Les quelques annees de contraction -- et non d'interruption complete -- entre 1810 et 1815, sont donc peniblement ressenties, et l'annee 1815 vient donc comme un soulagement pour les negociants new-yorkais en general et pour le commerce franco-americain en particulier (44). La guerre de 1812 avait en effet touche tres directement l'Etat de New York, devenu champ de bataille sur ses marges ouest et nord, et la ville avait pris peur, s'etait fortifiee, en meme temps que les activites portuaires etaient freinees (45).

Charles Mame debarque donc dans le port de New York une annee melee d'esperances que les troubles cessent et de craintes qu'ils ne le fassent jamais, au rythme de l'arrivee des nouvelles. Ainsi le 12 fevrier la paix de Gand est connue, et le 14 les echos de la victoire d'Andrew Jackson contre les Britannique a La Nouvelle-Orleans parviennent en ville. La fete l'emporte. Mais le 27 avril: << nouvelles stupefiantes de France : Bonaparte est de retour dans sa capitale (46) >>, et la peur revient. David Parish, marchand en lien avec le gotha new-yorkais et la famille Le Ray de Chaumont, ecrit ainsi a un de ses correspondants francais le 14 juillet 1815, alors meme Napoleon est deja vaincu mais que l'information n'a pas franchi l'ocean :
      Les evenements qui se sont passes en France, depuis le mois
   de mars, avec une celerite aussi affiigeante que peu attendue,
   ont fait changer de destination beaucoup d'expeditions qui se
   seraient faites a l'addresse de votre maison au Havre -- le danger
   d'une nouvelle guerre dont vous etes menace par la coalition
   m'a fait prendre le parti d'user de la plus grande prudence et de
   m'abstenir de prendre des engagements pour des avances (47).


Les trafics repartent pourtant et les cargaisons, parmi lesquelles les livres vendus par Charles Mame, passent l'Atlantique. Ainsi entre avril et juillet 1815 ce sont 13 navires qui parviennent a New York depuis des ports francais - Bordeaux (5), Nantes (4), La Rochelle (2) et Le Havre (2) -, navires d'ailleurs en majorite americains. Ils sont typiques du fructueux commerce triangulaire auquel New York se livre depuis la fin du 18eme siecle : la ville recoit les produits agricoles du Sud (coton, sucre) et les redistribue en Europe en echange de biens manufactures ou de vins qu'elle consomme et redistribue dans l'ensemble des Etats-Unis. Les echanges avec la France fonctionnent parfaitement sur ce modele. Le consul a New York produit ainsi pour le 3eme trimestre de 1816 un tableau fournissant toutes les donnees sur les navires francais ayant fait commerce avec la ville : ce sont 9 batiments venus de Rouen, du Havre, de Nantes, de Bordeaux, d'Oleron, de Bordeaux et de Saint-Domingue qui apportent, depuis la metropole des chapeaux, de l'horlogerie, des gants, des fleurs artificielles, des meubles, mais aussi du vin et des olives, et qui repartent des Etats-Unis charge de sucre, de tabac, d'indigo ou evidemment de coton, le nouveau produit roi pour les exportateurs americains (48). Les negociants francais, en quete de nouveaux circuits en ce debut de 19eme siecle, sont tentes de tirer profit du marche americain, comme Charles Mame. Le marche du livre demeure cependant tres discret, pour ne pas dire invisible dans les sources disponibles -- et souffre de la mise en place en avril 1816 de droits de douanes specifiques, diriges avant tout contre les editeurs britanniques et dont le dessein est de developper une industrie culturelle nationale, ce qui n'alla pas sans violente polemique sur le sens de cette demiere (49). Mais la correspondance des marchands americains revele que les espoirs sont souvent decus. John Willink signale par exemple en 1818 << le manque de gout dans cette ville pour les objets d'art & d'industrie qu'on nous envoit (50) >> de France, et nombre de caisses finissent avec difficultes aux encheres ; meme le vin francais ne trouve pas preneur :
   Les vins de chez vous ne jouissent ici que d'une triste reputation,
   dans le fait que nous ne croyons pas que l'on voudrait le boire du
   tout. La consommation doit se borner parmi les Francais qui se
   trouvent ici. Les Americains ne jurent que par le madeire (51).


John La Farge ne dit pas autre chose quand il envoie en octobre 1818 une lettre type a huit maisons francaises pour les prevenir de l'etat du marche : les produits francais -- ici des gants, des chales, du ruban, des montres ... sont trop chers, et le marche est sature (52). Le produit francais n'est de surcroit pas regarde necessairement avec envie, << tous les marchands & tailleurs de ce pays ayant un tres grand prejuge contre les draps francais qu'ils trouvent trop forts et trop etroits (53) >>. Si l'on ajoute a cela, tres rapidement, des conflits autour des tarifs douaniers (54), le tableau s'assombrit encore, et le grand commerce franco-americain ressemble a une chimere. Or Charles Mame est bien un importateur de biens francais a New York, il s'inscrit dans ce contexte delicat mais en diffusant un produit culturel bien particulier, le livre. Pour autant, il n'est qu'un petit importateur, et si ses caisses cotoient sur les navires en provenance de France celles des grandes maisons, lui-meme n'est pas de ce monde, et comprendre son insertion dans New York, c'est aussi se pencher sur un autre aspect de la ville.

Si l'on prete attention a la population modeste qui forme le grand nombre de la vie du port atlantique c'est un monde complexe qui se revele : mouvant, secoue de tensions, au fil du lent processus d'industrialisation il devait jouer un role majeur dans deux phenomenes capitaux, la democratisation -- par la prise de parole directe dans la rue -- et la transition entre une societe traditionnelle et une societe de classes generee par le capitalisme. Le passage de l'echoppe de l'atelier a l'usine a des effets destructurants mais ne joue pas sur le republicanisme profond de ces hommes, qui les mene a demander une democratisation generale, un respect des promesses de la Revolution (55). Dans tous les cas, les metiers du livre, en l'occurrence imprimeurs et typographes, devaient jouer un role moteur (56). Sans entrer ici dans un debat continu sur la nature exacte de ce que donnera le mouvement -une democratie jacksonienne pour le moins ambigue (57) -- il faut retenir que Charles Mame debarque bien dans une ville en mutation, et que de ce bouillonnement sortiront de nouveaux modeles, pour le meilleur et pour le pire. La question fondamentale ici est de savoir a quelle ville il s'integre, quel New York il a rencontre en arrivant : celles des marchands transatlantiques, celle des artisans menaces mais politiquement creatifs, celle de Francais nombreux mais dont il serait bien hasardeux d'affirmer qu'ils forment une communaute?

IV. Parmi les Francais de New York

Charles Mame s'est donc installe a New York pour y vendre des livres francais, en etant persuade qu'il y avait la un marche porteur. Il est loisible de penser que si le libraire entretenait de tels espoirs, c'est qu'il savait l'existence de Francais a New York en nombre suffisant pour alimenter son commerce. Mais qui sont ces Francais, et comment Charles Mame s'insere-t-il a des reseaux qui lui preexistent ?

Il faut partir ici de la figure de Joseph Desnoues. En effet si nous ne savons rien ou presque de Charles Mame de maniere directe, Desnoues est celui qui lui a ouvert les portes du monde du livre a New York, et les cercles frequentes par Desnoues sont sans doute ceux que Charles a frequente aussi. Or ces cercles sont de deux types : l'imprimeur Desnoues possede des reseaux, l'homme Desnoues egalement, mais ce ne sont pas les memes. L'homme est present dans les registres d'etat-civil du consulat de France en 1815, comme temoin de trois mariages :
Tableau 1. Joseph Desnoues temoin de mariages, New York 1815.

Maries et temoins      Date             Profession    Origine

Dominique Sextius      23 janvier 1815  Imprimeur     Pointe-a-Pitre
Buffardin                                libraire
Elisabeth Tissandier                                  Cap-Francais
Jean-Jacques La                         Negociant
 Bouisse
Jacques Vivalot                         courtier
Jacob Seixas                            negociant
Joseph Desnoues                         imprimeur
Claude Marin           22 juin 1815     Tourneur      Paris
Girardin                                 ferblantier
Jeanne Elisabeth                                      Cap-Francis
Oret
Jean-Baptiste                           Confiseur
 Braquet
Charles Picasse                         Menuisier
Victor Vaissiere                        Orfevre
Joseph Desnoues                         imprimeur
jean Cyr Durand        29 aout 1815     Boulanger     Pointe-a-Pitre
Loise Beguin                                          Pointe-a-Pitre
Mathieu Repos                           Negociant
Pierre Cotelier                         Marchand
Rodier                                   bijourtier
Jacques Hostin
Joselth Desnoues                        imprimeur

Source: Archives du Ministere des Affaires Etrangeres.
Centre des archives diplomatiques de Nantes. Etat Civil, New York,
2mi 1469


Il faut conclure de ces donnees que Desnoues participe avant tout d'une societe d'artisans et de commercants, ce qui semble naturel pour un imprimeur, et que Charles Mame, plutot que de connaitre les grands marchands francais, se joint a cette societe, qui par ailleurs n'est pas integree a son equivalent anglo-americain :la General Society of Mechanics and Tradesmen, corporation a vocation patriotique et mutualiste, ne compte alors aucun Francais parmi ses membres, qui sont surtout issus des plus vieilles familles de la ville et non des migrants recents -- ici des Antilles francaises, Desnoues etant lui selon toute vraisemblance originaire de la Guadeloupe (58). Charles, qui loge, apres avoir connu une premiere adresse sur Leonard Street (59), avec un horloger francais nomme Jules Guinaud sur Pearl Street (60), fait partie de ce monde francais de la boutique et de l'atelier, qui se juxtapose a la sphere anglo-americaine -- au moins en termes de sociabilite, sans prejuger ici, faute de sources, des relations de clientele. Charles connait de ce fait une forme de decheance : en 1810, en sus du grand appartement situe a l'etage de l'imprimerie parisienne, il avait acquis une belle propriete a Rueil (61), et le voila d'incertaine fortune a New York.

Si l'on elargit le cercle des frequentations a l'univers professionnel, le champ prend une autre ampleur : Desnoues, on le sait, est par exemple l'imprimeur du consulat ; mais il imprime aussi un journal anglophone, des ouvrages de toutes sortes, anglais comme francais, et surtout il participe au fonctionnement de l'Ecole economique. Cet etablissement, fonde en 1809 par Jean-Guillaume Hyde de Neuville avait vocation a accueillir des enfants de familles desheritees, c'est-a-dire surtout -- mais pas seulement -- les rejetons des familles refugiees de Saint-Domingue. Une poignee d'enseignants est recrutee parmi les Francais de New York, parmi lesquels Desnoues lui-meme, qui par ailleurs imprime les manuels scolaires necessaires dans les deux langues pratiquees dans l'ecole. L'etablissement, soutenu par le maire DeWitt Clinton, beneficie de fonds de la municipalite, et du reseau des elites antillaises de la ville. Hyde de Neuville rentre en France en 1814 (pour revenir en 1816 comme legat de France aux Etats-Unis) mais son ecole, sous d'autres formes, survit quelques annees (62).

C'est par cette ecole et Desnoues que Charles Mame peut varier ses contacts, qu'il entretient surtout au sein des communautes francaises. Le pluriel est ici de rigueur, tant la presence francaise a New York a en fait de multiples visages, et que la fragmentation sociale, politique ou geographique est de mise. Sans s'etendre ici sur les descendants des Huguenots, nombreux chez les grands marchands ou a la General Society of Mechanics and Tradesmen, il convient de rappeler que des milliers de refugies de Saint-Domingue ont aborde les cotes americaines des 1793 et que New York fit partie des destinations importantes (63). Mais la Guadeloupe ou la Martinique ont egalement fournit des contingents de migrants, encore moins connus que ceux de Saint-Domingue, et New York a vu affluer dans les memes annees des migrants economiques de metropole, de toutes sortes. Le consulat ne maitrise pas l'ensemble des Francais eclates dans la ville, et dont il est illusoire de chercher l'unite : quoi de commun entre Hyde de Neuville, Honore Lannuier, John La Farge, l'ancien esclave Pierre Toussant, arrive avec son maitre et devenu coiffeur philanthrope (64), ou cette vingtaine de natifs de France admis entre 1811 et 1813 a l'almshouse de New York (l'asile municipal) (65) et ces marins deserteurs de l'Eurydice qui se cachent en ville (66)?

La question qui se pose ici est celle de l'impact de l'annee 1815 sur ces groupes de Francais de New York : peut-on discerner une rupture dans l'histoire des courants migratoires, un etiolement de la presence francaise et donc subsequemment l'annonce de difficultes pour un Charles Mame qui table sur un marche francophone ? Il n'y a sans doute pas hemorragie, pas de retour massif des refugies et immigres de toutes sortes echanges contre quelques exiles bonapartistes. Il est frappant de constater que le consulat n'accorde que 45 passeports pour la France entre novembre 1815 et juin 1816, et que dans la plupart des cas il s'agit de voyages commerciaux, et non de flux migratoires de retour. Le 28 decembre 1819, le consul signe le passeport no 409 : en quatre annees, les mouvements ont ete des plus reduits (67).

C'est au sein de ces mondes francais que circule Charles, et qu'il tente d'imposer son commerce

V. Le livre francais a New York

John Willink semblait sous-entendre que le marche francais a New York etait trop restreint lorsqu'il refusait d'importer du vin au pretexte de la preference americaine pour le nectar de Madeire : il aurait fallu des lors << se borner >> au marche francais de la ville, ce qui lui semblait bien exigu. En est-il autant de tous les produits francais ? Le livre en cela pourrait a premiere vue se rapprocher du vin de Willink, car peut-on esperer toucher le public anglo-americain en vendant du livre francais, ou faut-il ne compter que sur ses compatriotes ? Cette question du livre etranger sur le marche americain n'est pas posee par l'historiographie, comme si le livre francais fonctionnait hors du champ de la culture de l'imprime tel que defini par les historiens, qui lie emergence de la dite culture et naissance d'une nation, d'une Republique de lecteurs en quelque sorte. La question est d'importance, a la fois parce qu'elle interroge les chances qu'avait Charles Mame sur le marche du livre, et parce qu'elle mene a une reflexion sur la circulation atlantique des objets livres et des modeles culturels qu'ils transportent en leurs pages.

La consultation des catalogues des principaux libraires anglo-americains --ou du-moins des catalogues conserves, ce qui neva pas de soi pout ce type de document -- revele bien que New York consomme du livre francais, meme si elle le fait en quantite reduite (68). Trois circuits se dessinent. Tout d'abord un circuit de livres d'ecoles, fait des manuels de langue, de dictionnaires et de livres de lecture, parmi lesquels le Telemaque de Fenelon l'emporte haut la main. Mais si ce sont des livres en francais, ce ne sont pas forcement des livres francais: ils peuvent venir de Londres, par exemple, ou de Boston ou Joseph de Nancrede avait invente le manuel de francais americain. Il existe ensuite un circuit du livre ancien, sur lequel on peut se procurer des ouvrages des annees 1760 aux annees 1790, classiques des Lumieres sous de luxueuses reliures. Et enfin il est possible d'en obtenir chez les libraires, dans des ventes publiques -- celle du Il fevrier 1812 concerne pres de 200 volumes en francais sur les 15000 volumes en vente -- ou encore a la New York Society Library, fondee en 1813 et aupres de laquelle les membres peuvent emprunter, pour ne prendre que quelques exemples, les oeuvres completes de Rousseau, Voltaire ou Montesquieu, ou encore l'entiere de l'Encyclopedie, signe encore une fois de la pregnance d'un certain modele francais, celui des Lumieres philosophiques plus que celui des tourments contemporains. C'est aussi que le circuit du livre a ete perturbe, comme l'ensemble des circuits commerciaux, par le long episode guerrier. Nicolas Gouin Dufief, un libraire francais de Philadelphie (ou les conditions de ce point de vue sont similaires) fournisseur de Jefferson, en temoigne : en novembre 1811 il s'excuse du prix de ses produits, du fait de << la difficulte que l'on eprouve a se procurer des livres francais (69) >>, alors qu'en mai 1816, enfin, alors que Charles Mame est a New York avec un stock neuf, il pense << faire un voyage en Europe pour assortir [s]on magasin des bons livres qui lui manquent dans tous les genres & dans les differentes langues (70) >>.

Cette ultime remarque de Dufief est fondamentale : le libraire ne sait que trop qu'il ne peut se cantonner a un seul produit et qu'il lui faut au contraire varier ses propositions pour toucher une clientele la plus large possible. Les libraires newyorkais proposent en fait leurs livres francais au milieu d'autres livres << etrangers >>, notamment espagnols et italiens, et ils completent habituellement leur fond par de la papeterie, erigeant la diversification en modele economique.

La librairie francaise a New York doit s'inscrire dans un tel modele. Hocquet Caritat en est souvent considere comme le premier representant, voire le seul. Son succes, reel bien que bref, eclipse les entreprises de ses compatriotes, nombreuses par ailleurs : Charles Mame n'est somme toute qu'un des nombreux libraires francais ayant tente leur chance a New York dans les premieres annees du 19eme siecle. Meme du temps d'Hocquet Caritat, la concurrence existait, en temoigne ce Callige qui en 1798 propose au 39 de William Street, a quelques pas de la future boutique Mame, un assortiment de cartes, plans, marines et livres francais annonce dans La Gazette francaise, organe a la vie trop courte mais extraordinaire fenetre sur la France new-yorkaise durant ses quelques annees d'existence (71).

Louis Alexis Hocquet de Caritat, bien connu depuis les travaux de George Raddin (72), etait ne en 1752 en Champagne. Passe aux Etats-Unis en 1792 pour affaires commerciales, il se trouve au coeur des troubles affaires diplomatiques d'Edmond Genet tandis, qu'en France son epouse le declare comme emigre. Rentre en France en 1795, il ne peut faire valoir ses droits et s'en retourne a New York en fevrier 1797. Il achete alors un fonds de librairie et developpe sa propre affaire, qu'il double d'une societe litteraire et bibliotheque. Les deux etablissements deviennent tres rapidement des piliers de la vie intellectuelle new-yorkaise, et non pas de ses communautes francaises. Certes Caritat diffuse de la production francaise, qu'il fait venir du Havre ou qu'il va chercher lui-meme (en 1802), mais le premier catalogue de sa bibliotheque en 1798 comprend 966 titres en anglais sur 1161 titres au total (73). Ses ouvrages francais sont une fois de plus ceux des Lumieres : Caritat veut faire de New York le phare intellectuel de l'Amerique du Nord, l'egal de Paris.

Mais des 1804, Caritat laisse son affaire a d'autres, qui la feront pericliter, pour rejoindre Paris d'ou il se lance dans des projets d'edition specifiquement destinees au marche americain, sans grand succes mais dont Charles Mame a pu avoir vent. En 1816, de nouveau New-yorkais, Caritat echoue a retrouver sa place sur un marche qui a evolue, et se heurte a des concurrents -- Isaac Riley, Mathew Carey -- qui ne tiennent pas a le voir ressurgir. Il n'en demeure pas moins qu'il fut la preuve pour beaucoup de la possibilite d'une reussite francaise dans la librairie.

Joseph Desnoues, dont la date d'installation a New York est inconnue, semble etre le seul Francais fortement implique dans la diffusion du livre entre le depart de Caritat et 1815. Cette annee-la arrive dono Mame. Son activite de libraire, si l'on excepte l'oeuvre napoleonophile vendue en 1815, est difficile a cemer. Les annonces inserees dans la presse en 1815 sont trop breves pour reveler quoi que ce soit (74), et il faut faire avec celles de fevrier 1816 -- apres quoi Mame ne laisse plus de traces. Voici ce que les New Yorkais peuvent donc lire :
   PAPIERS ET LIVRES FRANCAIS

   En provenance directe de Paris, un grand choix de livres francais,
   parmi lesquels les oeuvres de Buffon, Valmont, Bomare, Rousseau,
   Montesquieu, Mably, Raynal, Machiavel, Pallissot, Destouches, Colin
   D'harleville, Favart, Picard, Florian, Lebrun, Berquin, Bourdaloue,
   Fenelon, Mme de Stael, Mme de Genlis, les Campagnes de Bonaparte,
   et le dictionnaire francais de l'Academie, etc, etc, et les plus
   elegantes editions de Voltaire, Racine, Moliere, Boileau,
   Lafontaine, Bocace, etc, etc. toutes ces editions sont embellies
   par des planches oeuvres du celebre Moreau.

   45 boites de papier d'impression et d'ecriture, de differents
   format, a vendre par

   C. MAME

   68, William Street (75).


Charles vend bien de la papeterie en sus de son fond de librairie, mais il ne fait pas mention de livres autres que francais et semble avoir choisi de se cantonner a sa niche d'ouvrages << en provenance directe de Paris >>, le nom de la capitale de la France sonnant la comme un label. Les auteurs diffuses renforcent l'impression. Certes deux classiques italiens emergent, en traduction -- Boccace et Machiavel -- mais pour le reste, le libraire offre d'une part des classiques du Grand Siecle -- dans des editions illustrees a la fin du 18eme siecle par Jean-Michel Moreau -- les oeuvres des Lumieres que ses collegues americains sont aussi capables de distribuer, un Bourdaloue qui fait figure d'intrus, une pincee de naturalistes (Buffon, Valmont de Bomare), mais surtout des auteurs contemporains, de ceux qui font ou ont fait il y a peu l'actualite litteraire en France. Ce sont Berquin et ses ouvrages pour la jeunesse, Mines de Stael et de Genlis et leurs essais, et surtout une impressionnante serie d'auteurs dramatiques, ayant produit toutes sortes de drames, comedies ou livrets d'operas comiques : Jean-Francois Colin D'Harleville, Charles Palissot de Montenoy, Jean-Pierre Claris de Florian, Philippe Nericault Destouches, Pigault-Lebrun, Louis-Benoit Picard et Charles-Simon Favart.

Le defi etait de taille : importer d'une part des ouvrages que le public cultive new-yorkais trouvait deja sur le marche et d'autre part des ouvrages qui necessitaient un large public francophone capable de creer en son sein une audience pour la litterature de jeunesse ou le repertoire theatral -- Mame est-il alle jusqu'a rever que les pieces dont il distribuait les textes puissent meme etre representees a New York ? Non pas que l'importation dramatique soit rare, au contraire : c'est un des principaux enjeux culturel des premieres decennies du 19eme siecle, mais le point d'achoppement est la concurrence entre acteurs anglais et americains et la creation d'un theatre national (76). Le theatre en langue etrangere n'a pas de place dans ce contexte, et Charles peut etre compare a la musicienne Charlotte Le Pelletier : alors qu'un Victor Pellissier rencontrait un franc succes en americanisant sa musique (77), la Francaise choisissait de publier dans son Journal of Musick, a Baltimore, de l'opera francais en version originale, ce qui valut a sa revue une fin rapide (78). D'apres ce que l'on sait de l'itineraire du libraire, la strategie francophone s'est revelee hasardeuse, puisqu'apres l'ete 1816 sa trace se perd. Charles ne reapparait qu'en juin 1818 a Norfolk : au mieux il a donc tenu commerce sans doute un peu moins de deux ans avant de constater son echec.

Ce dernier se comprend mieux si la tentative Mame est inseree a un ensemble : Charles fait en effet partie d'un groupe de libraires francais qui tentent leur chance a partir de 1815, et leurs parcours eclairent en creux le sien comme ils eclairent les modalites de circulation et de diffusion d'une culture de l'imprime aux ressorts plus complexes qu'il est usuel de le penser, et que l'on observe ici comme expression d'une culture atlantique continuee dans la formation de la Jeune Republique, sans que puisse etre defini de moment de rupture clair au sens d'une prise d'autonomie americaine, d'un detachement de l'Europe pour construire un reel autre dans le Nouveau Monde. C'est en observant au plus proche les itineraires individuels que des reponses peuvent etre apportees.

Jean-Louis Fernagus de Gelone est une figure difficile a saisir. Jeune aristocrate, il est en 1802 deporte a Cayenne pour propos seditieux, avant de pouvoir rejoindre Philadelphie, sans doute en avril 1804. C'est dans cette ville qu'il s'etablit comme libraire, suffisamment puissant pour etre un fournisseur de Benjamin Smith Barton, medecin possesseur de la plus imposante bibliotheque de sciences naturelles de son temps (79), ou pour tenter de se faire connaitre jusqu'a New York par voie de presse. Il vend alors la production francaise, mais aussi espagnole, participant au mouvement d'emancipation nationale en eclosion dans les Ameriques iberiques (80).

Malgre son apparente reussite, il rentre en France sans doute en 1815 a la chute de Napoleon, et y publie un plaidoyer pro domo sous forme de lettres supposement redigees en Guyane entre 1802 et 1804 (81). L'experience francaise tourne court puisque des l'automne 1816 il est de retour aux Etats-Unis, mais cette foisci a New York (82). Ses premieres annonces sont grandiloquentes : il disposerait des meilleurs contacts a Paris comme a Londres et serait capable de fournir la production francaise, espagnole, latine et autre pour constituer un fond << superieur en qualite et en utilite a tout autre jamais importe aux Etats-Unis >>. Fernagus fait feu de tout bois depuis sa librairie d'Hanover Square, en se presentant comme << agent pour les Etats-Unis, le Canada, la Nouvelle-Orleans, l'Amerique espagnoles et les Isles >> et en mettant en vente, dans les faits, un fond d'une grande heterogeneite (83).

Ce fut un fiasco, et de mai 1817 a decembre 1818 Fernagus est absent de New York. Il passe sans doute ces longs mois en France, pour monter de nouvelles affaires, toujours en lien avec les Etats-Unis. Il public alors un manuel pour migrants, qu'il annonce comme le seul opuscule veridique sur le sujet, en avancant l'argument de sa connaissance de terrain et en en attendant de fructueuses retombees financieres (84), et surtout il installe au 5 quai Voltaire une officine destinee a la centralisation de livres venus de l'Europe entiere et qu'il expedierait aux Etats-Unis, via New York et Philadelphie, pour constituer ce qu'il appelait une Bibliotheque Nationale Americaine (85). L'echec fut la encore au rendez-vous et en decembre 1818 Fernagus est une fois de plus a la tete d'une librairie new-yorkaise, sur Broadway, avec un fonds a l'avenant, ou les bibles anglaises voisinent avec les classiques latins et francais (86). La variete de ses stocks aurait pu apporter, enfin, le succes, mais l'annee 1821 voit Fernagus, semble-t-il, a la tete d'une << ecole normale >> pour laquelle il voudrait reprendre le fil de sa premiere vie d'eleve ingenieur (87). Mais il s'agit la surtout d'un reve, et la trace new-yorkaise de Fernagus s'efface. L'aristocrate passionne par democratie americaine -- et en cela proche d'un Hyde de Neuville (88) -- avait echoue, passant davantage pour un aventurier que pour un solide entrepreneur.

Alors que Joseph Desnoues poursuivait sa fructueuse carriere d'imprimeur a New York, la ville voyait aussi s'installer des libraires francais a la fortune autrement plus assuree que celle de Fernagus de Gelone (89) -- et il faudrait ici ajouter que des negociants, comme Claude Fontaine (90), peuvent occasionnellement importer des livres au milieu d'autres marchandises. Jean Berard et Pierre Mondon sont de ceux qui s'imposent : ils furent en activite a New York de 1817 au milieu des annees 1850. Leurs debuts sont delicats, car il leur a fallu diversifier un maximum leur offre commerciale. Ainsi leur librairie de Maiden Lane annonce-t-elle aussi en 1818 la vente de la lotion miraculeuse du docteur Salvadori (91) ou organise-t-elle des cours de langue a destination des New-Yorkais amateurs du classicisme europeen : Casali, presente comme secretaire perpetuel de l'Academie des Belleslettres de Venise se propose en 1818 (92), et Dupuis-Delarue en fait de meme en 1825 (93). En 1819, la librairie offrait ceci :
   Mr ARTIGUENAVE

   Lectures et recitations francaises

   Mr Artiguenave informe respectueusement ses amis et le public en
   general qu'il donnera ses premieres lectures dramatiques et
   recitations dans la soiree du lundi 12 [avril 1819] suivant, a
   l'Hotel de Ville, a 7 heures precisement. Tickets et textes des
   recitations sont en vente chez Mrs Berard & Mondon, no 20 Maiden
   Lane, et a l'Hotel de Ville [...]

   Mr Artiguenave paraitra dans le costume approprie a chaque
   personnage (94).


Bien sur les livres ne sont pas oublies : ils sont d'abord francais, venus des meilleurs ateliers de reliure de Paris, et Berard et Mondon en sus de leur librairie ont cree une bibliotheque, sur le modele d'Hocquet Caritat (95). A partir du milieu des annees 1820, la position des deux associes sur le marche new-yorkais est assuree : ils sont les relais effectifs de nombreux editeurs scientifiques francais, et diffusent des ouvrages francais, espagnols et italiens ; ils ont atteint leur objectif et font office d'interface entre le marche francais et le marche americain. Ils sont notamment le pole d'ou est vendue la bibliotheque accumulee par Charles Lallemand, ancien promoteur du Champ d'Asyle (96).

Dans le meme registre, mais avec une duree de vie moins longue, Charles de Behr, associe a Frederic Kahl puis en solitaire, exemplifie egalement cette possibilite de succes, avec dans les annees 1820 une meme triple specialite francaise, espagnole et italienne (97), allant jusqu'a editer dans sa langue le poete cubain en exil Jose Maria Heredia (98). Correspondant d'editeurs medicaux francais, il lance ensuite un periodique avec Felix Astoin, sans doute en 1836 : Le Petit Courier des Dames or monthly journal of fashion (99). Et meme si dans les annees 1820 Thoisnier-Desplaces, en appliquant la meme strategie (100), semble s'essouffler rapidement, il n'en demeure pas moins que des maisons solides sont fondees.

Charles Mame, lui n'est pas parvenu a la stabilite, et ressemble plus a un Fernagus qu'au couple Berard et Mondon. Son echec est du a un mauvais positionnement sur le marche : on ne trouve dans son affaire aucune trace d'une diversification suffisante pour lancer solidement un commerce. Mais il est sans doute explicable aussi par le moment choisi pour lancer l'entreprise en question. Les librairies francaises qui fonctionnent bien precedent (Hocquet Caritat) ou suivent (Berard et Mondon, Charles de Behr) ces annees durant lesquelles Charles Mame a tente d'implante la sienne, comme si en l'occurrence son arrivee avait ete trop precoce, au sein d'un systeme encore trop fragile. Il lui aurait fallu supporter quelques annees de vaches maigres, la Panique de 1819, pour trouver le succes dans les annees 1820.

Au lieu de cela, Charles Mame a choisi de quitter New York pour Norfolk, en Virginie. La une communaute francaise existait depuis qu'en juillet 1793 l'amiral Cambis y avait debarque 844 refugies de Saint-Domingue, colons blancs, libres de couleurs et esclaves reunis (101). S'y etaient adjoints au debut des annees 1810 quelques marchands et capitaines de passage, qui renforcaient notamment les liens avec Bordeaux (102). Louis Decormis, un des refugies, possedait une boutique sur la place centrale de la ville, qu'il ceda a son fils d'octobre 1817 a avril 1818. Mais entre juin et juillet de 1818, elle est en fait tenue par Charles Mame, qui y vend du ble et de l'avoine pour les eleveurs locaux, avant qu'un certain William Maurice prenne la suite en aout et que Louis Decormis Jr ne fasse sont retour en octobre (103). A la suite de ce bref episode, Charles Mame, qui s'etait eloigne du monde du livre, rentre definitivement en France. Son frere Philippe Auguste avait en 1810 repris l'imprimerie et la librairie familiales a Angers et avait ete declare aliene en avril 1818. Le ler decembre de cette meme annee, Charles prend la moitie des parts de l'entreprise (104), et en quelques annees devient Imprimeur du Roi, la publication du pamphlet de Chateaubriand en 1815 valant certificat legitimiste.

Il faut conclure par un retour sur les termes qui ouvraient la reflexion : Atlantique et Republique. L'itineraire de Charles Mame, et, au-dela, l'histoire de la libraire francaise a New York dans les premieres decennies du 19eme siecle, doivent-ils etre integre a une histoire atlantique ou a celle de la Jeune Republique ? La reponse est dans la reconfiguration des deux champs par leur entrecroisement. Il faut prolonger l'histoire atlantique afin qu'elle ne se contente plus d'etre une histoire des empires, et il faut connecter l'histoire des annees de formation des Etats-Unis, entre in->> dependance et crise de la Secession, a de plus vastes espaces. De ce point de vue, Charles Mame est un pont utile jete entre le temps des revolutions et le temps des nations, entre 1789 et 1848 (voire 1865) (105). Car l'histoire entreprise ici montre que 1815 ne peut constituer une rupture, et que penser l'emergence de la democratie americaine telle qu'elle se forge dans la lutte entre les Democrates dessines par Martin Van Buren et Andrew Jackson, et les Whigs portes par Henry Clay, en en scrutant les lineaments sans les relier a circulation des hommes, des idees, des modeles a toutes les echelles mene a une vision partielle des problemes et a la perpetuation, meme implicite, de l'imaginaire exceptionnaliste americain. Si analyser la culture de l'imprime est bien un moyen d'observer la maniere de batir la Republique, il faudrait aussi interroger la maniere dont cette derniere ne se construit pas dans une autochtonie mythifiee mais bien dans le dialogue auquel prennent part ces migrants francais qui tentent de jeter des ponts de livres entre les deux rives de l'ocean, ponts dont New York constitue bien un pilier fondamental mais pas le seul. La reflexion pourrait etre elargie a La Nouvelle Orleans ou se joue aussi une bataille culturelle importante autour de la culture francaise, qu'elle soit juridique, politique (106) ou musicale (107) ou a Bardstown dans le Kentucky, foyer meconnu en ces annees 1810 d'une autre culture francaise, catholique celle-la, et ou se constitue au seminaire fonde par le sulpicien auvergnat Benoit-Joseph Flaget, premier eveque au-dela des Appalaches, une imposante bibliotheque (108) qui temoigne d'une circulation de l'imprime francais dans le premier Ouest. Lier Charles Mame a Mgr Flaget ou aux concertistes et libraires louisianais permettrait non seulement de repenser la presence francaise en Amerique mais de repenser les Etats-Unis d'alors a l'echelle continentale comme a l'echelle atlantique.

(1) Il se nomme en fait Charles-Mathieu, mais seul le premier prenom a passe l'ocean et sera retenu ici.

(2) Les recherches menees en vue de la redaction de cet article ont ete financees dans le cadre du projet ANR << Mame (1796-1975) : deux siecles d'edition pour la jeunesse >>.

(3) Lucette Valensi, Mardochee Naggiar. Enquete sur un inconnu, Paris, Stock, 2008. Valensi se reclame de la microhistoire, dans la lignee notamment de Carlo Ginzburg, Le fromage et les vers. L'univers d'un meunier du XVIe siecle, Paris, Aubier, 1980 [1976]. Un seul individu, exceptionnel dans son itineraire personnel, permet de comprendre la normalite de l'univers dans lequel il se meut ; mais l'analyse doit en passer par l'experimentation methodologique et litteraire, par la quete et l'assemblage d'indices epars. Pour un usage des itineraires individuels oublies dans le contexte americian, voir Alfred F. Young, Gary B. Nash et Ray Raphael, ed., Revolutionary Founders : Rebels, Radicais and Reformers in the Making of the Nation, New York, Knopf, 2010.

(4) David D. Hall et Hugh Amory ed., A History of the Book in America, Volume 1: The Colonial Book in the Atlantic World, Chapel Hill, University of North Carolina Press, 2007. Mary Kelley et Robert A. Gross, A History of the Book in America, Volume 2. An Extensive Republic: Print, Culture, and Society in the New Nation, 1790-1840, Chapel Hill, University of North Carolina Press, 2010.

(5) Early American Studies, Volume 8, Number l, Winter 2010; et Journal of the Early Republic, 30 (Summer 2010).

(6) Nicholas Canny et Philipp Morgan ed., The Oxford Handbook of the Atlantic World, 1450-1850 Londres, Oxford University Press, 2011.

(7) Jack P. Green, "Colonial History and National History: Reflections on a Continuing Problem", William and Mary Quarterly, Third Series, LXIV, 2 (April 2007), p. 235-250.

(8) Sur cet aspect religieux de l'histoire de l'imprime, Mark S. Schantz, << Religious Tracts, Evangelical Reform, and the Market Revolution in Antebellum America", Journal of the Early Republic 17, 3 (Autumn 1997), p. 425-466; David Paul Nord, Faith in Reading : Religious Publishing and the Birth of Mass Media in America, New York, Oxford University Press; Michael J. Paulus Jr., "Archibald Alexander and the Use of Books: Theological Education and the Print Culture", Journal of the Early Republic, 31 (Winter 2011), p. 639-669; Cynthia S. Hamilton, "Spreading the Word: The American Tract Society, The Dairyman's Daughter, and Mass Publishing", Book History, 14 (2011), p. 26-58.

(9) Jeffrey Pasley, 'The Tyranny of Printers': Newspaper Politics in the Early American Republic, Charlottesville, University of Virginia Press, 2001. Voir aussi Richard R. John, Spreading the News: The American Postal System from Franklin to Morse, Cambridge, Belknap, 1995 et Marcus Leonard Daniel, Scandal & Civility: Journalism and the Birth of American Democracy, New York, Oxford University Press, 2009.

(10) Pauline Maier, Ratification : The People Debate the Constitution, 1787-1788, New York, Simon & Schuster, 2010.

(11) Ronald Zboray, A Fictive People : Antebellum Economic Development and the American Read ing Public, New York, Oxford University Press, 1993.

(12) Trish Loughran, The Republic in Print: Print Culture in the Age of U.S. Nation-building, New York, Columbia University Press, 2007.

(13) James N. Green, Mathew Carey, Publisher and Patriot, Philadelphie, Library Company of Philadelphie, 1985; Rosalind Remer, Printers and Men of Capital: Philadelphia Book Publishers in the New Republic, Philadelphie, University of Pennsylvania Press, 2000; S. D. Simmel, << Sentimental Police Struggles for "Sound Policy and Economy': Amidst the Torpor of Philanthropy in Mathew Carey's Philadelphia >>, Early American Studies, Volume 3, Number 1 (Spring 2005), p. 164-226; Michael A. Carter, << 'Under the benign sun of toleration': Mathew Carey, the Douai Bible, and Catholic print culture, 1789-179 >>, Journal of the Early Republic, 27 (Fall 2007), p. 437-469. Sur Philadelphie et sa region voir aussi Rosalind Remer, << Preachers, Peddlers, and Publishers: Philadelphia's Backcountry Book Trade, 1800-1830 >>, Journal of the Early Republic, Volume 14 (Winter 1994), p. 497-522 et << A Scottish Printer in Late-Eighteenth-Century Philadelphia: Robert Simpson's Journey from Apprentice to Entrepreneur >>, The Pennsylvania Magazine of History and Biography, Vol. 121, No. 1/2 (Jan.- Apr.,1997), p. 3-25.

(14) Madeleine B. Stern, << Joseph de Nanerede, Franco-American Bookseller-Publisher, 1761-1841", The Papers of the Bibliographic Society of America. Volume 70, no 1, 1976, p. 1-88.

(15) James Raven, London Booksellers and American Customers: Transatlantic Literary Community and the Charleston Library Society, 1748-1811. Columbia, University of South Carolina Press, 2002.

(16) Catherine Hebert, << French Publications in Philadelphia in the Age of the French Revolution: A Bibliographical Essay >>, Pennsylvania History, Winter 1991, Vol. 58 Issue 1, p. 37-61. Hebert lie le livre francais a l'existence d'une communaute francaise dans << The French Element in Pennsylvania in the 1790s: The Francophone Immigrants' Impact >>, The Pennsylvania Magazine of History and Biography, Vol. 108, No. 4 (Oct., 1984), pp.451-469 et << Demise of the American Dream: The French Experience of American Life in the Age of the French Revolution >>, Histoire Sociale/Social History, November 1990, Vol. 23 Issue 46, p 219-248.

(17) Gary Nash, The Unknown American Revolution: The Unruly Birth of Democracy and the Struggle to Create America, New York, Penguin, 2005; Terry Bouton, Taming Democracy: 'The People', the Founders, and the Troubled Ending of the American Revolution, New York, Oxford University Press, 2007.

(18) Alan Taylor, The Civil War of 1812: American Citizens, British Subjects, Irish Rebels, & Indian Allies, New York, Knopf, 2010.

(19) Carl Edward Skeen, 1816: America Rising, Lexington, University of Kentucky Press, 2003.

(20) Lawrence Buell, << American Literary Emergence as a Postcolonial Phenomenon", American Literary History, 4, 3 (Autumn 1992), p. 411-442; Marshall Foletta, Coming to Terms with Democracy: Federalist Intellectuals and the Shaping of American Culture, Charlottesville, University Press of Virginia, 2001; Paul Giles, Transatlantic Insurrections: British Culture and the Formation of American Literature, Philadelphie, University of Pennsylvania Press, 2001; Elisa Tamarkin, Anglophilia: Deference, Devotion, and Antebellum America, Chicago, University of Chicago Press, 2008; Sam W. Haynes, Unfinished Revolution: The Early American Republic in a British World. Charlottesville, University Press of Virginia, 2010.

(21) Seule piste retenue par Nicole Felkay, << Les quatre faillites de Louis Mame >>, L'annee balzacienne, 1973, p. 146, et de la meme, Balzac et ses editeurs, 1822-1837. Essai sur la librairie romantique, Paris, Promodis, editions du Cercle de la Librairie, 1987, p. 141.

(22) Michel Manson, << Les Mame a Paris (1807-1837) : l'echec d'une strategie familiale de diversification >>, dans Cecile Boulaire, dir., Mame : deux siecles d'edition pour la jeunesse, Rennes-Tours, Presses Universitaires de Rennes-Presses Universitaires Francois-Rabelais, 2012, a paraitre.

(23) National Advocate, 5 avril 1817, p. 1.

(24) A.D.B.M., A year of the life of the Emperor Napoleon; or An historical account of all that happened from the 1st of 4pril, 1814, to the 20th of March, 1815, relative to His Majesty and the brave men who accompanied him; his departure from Fontainbleau, his embarkation and St. Rupheau near Frejus; his arrival at Porto-Ferrajo; his residence at the island of Elba; and his return to Paris. / Translated from the French of A.D.B. M ***** lieutenant of Grenadiers. New York, David Longworth, 1815.

(25) A.D.B.M., Une annee de la vie de l'empereur Napoleon, ou Precis historique de tout ce qui s'est passe depuis le ler: Avril 1814, jusqu 'au 20 Mars 1815, relatif a S.M. et aux braves qui l'ont accompagne; : son depart de Fontainebleau; son embarquement a Saint-Rapheau pres Frejus; son arrivee a Porto-Ferrajo; son sejour a l'ile d 'Elbe, et son retour a Paris. Par A.D.B. M***, lieutenant de Grenadiers. New-York, Imprime et vendu chez Joseph Desnoues, imprimeur, me Murray, no. 7, et chez Mame, libraire, no. 68, rue William., 1815. Sur Gimbrede voir David Karel, Dictionnaire des artistes de langue francaise en Amerique du Nord, Sainte-Foy, Presses de l'Universite Laval, 1992, p. 346-347.

(26) NYHS, records of the Tontine coffee house, serie V, volume 13.

(27) Archives du ministere des affaires etrangeres, centres des archives diplomatiques de Nantes (desormais AMAE, CADN), Legation et Consulat general de France aux Etats-Unis d'Amerique du Nord en residence a Philadelphie, carton 67, lettre de Cazeaux au legat general de France, 30 novembre 1815.

(28) Ibid., Lettre de Cazeaux a, 16 mars 1816.

(29) Ibid., lettre de Cazeaux a, 30 mars 1816.

(30) Gilbert Chinard, L'Amerique et le reve exotique dans la litterature francaise au XVIIeme et au XVIIIeme siecle. Paris, Hachette, 1913 ; Durand Echeverria, Mirage in the West : A history of the French image of American society to 1815. Princeton, Princeton University Press, 1956 ; Rene Remond, Les Etats-Unis devant l'opinion francaise, 1815-1852. Paris, A. Colin, 1962; Tangi Villerbu, La conquete de l'Ouest. Le recit francais de la nation americaine au 19eme siecle, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2007.

(31) Archives departementales du Maine-et-Loire, 6U1/1080, dossier de faillite de Louis Mame-Delaunay, notamment la verification des titres de creances, les scelles et l'etat de situation du failli

(32) George Gates Raddin, Jr., An Early New York Library of Fiction, with a Checklist of the Fiction in H. Caritat's Circulating Library, no[degrees] 1 City Hotel Broadway, New York, 1804, New York, the H. Wilson Company, 1940; Hocquet Caritat and the Early New York Literary Scene, Dover, The Dover Advance Press, 1953; The New York of Hocquet Caritat and his Associates, 1797-1817, Dover, The Dover Advance Press, 1953.

(33) Nicole Felkay, << La librairie Bossange >>, dans Claude Galarneau et Maurice Lemire, dir., Livre et lecture au Quebec (1800-1850), Quebec, Institut quebecois de recherche sur la culture, 1988.

(34) NYHS, John La Farge papers, letterbook aout 1818-novembre 1819. Les annees precedentes de la correspondance sont perdues mais tout laisse a penser que Bossange et La Farge n'ont pas attendu aout 1818 pour discuter affaires.

(35) Sur l'episode, outre l'ouvrage de Michel Winock, Madame de Stael, Paris, Fayard, 2010, et voir l'oeuvre plus ancienne de Ghislain de Diesbach, Madame de Stael, Paris, Perrin, 1983, p. 449-450.

(36) Richard. L. Hawkins, Madame de Stael and the United States, Cambridge, Harvard University Press, 1930

(37) Jocelyne Moreau-Zanelli, Gallipolis : histoire d'un reve americain au XVIIIeme siecle. Paris, L'Harmattan, 2000. Sur Castorland il n'existe qu'un mediocre ouvrage de synthese - Edith Pilcher, Castorland. French refugees in the Western Adirondacks, 1793-1814, Harrison (NY), Harbor Hill books, 1985 - mais l'edition recente d'une source fondamentale est tres utile: Simon Desjardins; Pierre Pharoux; John A. Gallucci ed., Castorland Journal. An Account of the Exploration and Settlement of New York State by French Emigres in the Years 1793 to 1797, Ithaca, Cornell University Press, 2010.

(38) NYHS, Castorland Mss, folder 2, James-Donatien Le Ray de Chaumont a Michel Guyot, 24 fevrier 1815.

(39) Rafe Blaufarb, Bonapartists in the Borderlands : French Exiles and Refugees on the Gulf Coast, 1815-1835, Tuscaloosa, University of Alabama Press, 2005; Eric Saugera, Reborn America: French Exiles and Refugees in the United States and the Vine and Olive Adventure, 1815-1865, Tuscaloosa, University of Alabama Press, 2011.

(40) Peter M. Kenny, Frances F. Bretter, Ulrich Leben, Honore Lannuier, Cabinetmaker from Paris: the Life and Work of a French Ebeniste in Federal New York, New York, Metropolitan Museum of Arts, 1998.

(41) Dans tous les cas, une analyse historique de New York doit debuter par Edwin G. Burrows et Mike Wallace, Gotham : A History of New York City to 1898, New York, Oxford University press, 1999, et ici les p. 265-648 qui couvrent les annees 1783-1843.

(42) New York City Municipal archives (desormais NYCMA), record of Board of Health, 17981819, seances d'aout a decembre 1815 et de juin 1816.

(43) Columbia University, Rare Books and Manuscripts collections, New York Chamber of Com merce Records, (MS 1440), Box 394, series VIII, seance du 12 mars 1798, memoire de la Chambre adresse au Congres. Sur la crise diplomatique, voir Marie-Jeanne Rossignol, Le ferment nationaliste. Aux origines de la politique exterieure des Etats-Unis 1789-1812, Belin, Paris, 1994.

(44) Le commerce new-yorkais et son lien a la France peuvent etre abordes par le biais de Robert Greenhalg Albion, The Rise of the Port of New York, 1815-1860 (1939), New York, Scribner, 1970; Cathy Matson, Merchants and Empire : Trading in Colonial New York, Baltimore, Johns Hopkins University, 1998; Jeanne Chase, << War on Trade and Trade on War: Stephen Jumel and New York Maritime Commerce (1793-1815) >>, Bulletin du Centre d'Histoire des Espaces Atlantiques, 1988, no 4, p. 111-161; Edouard Delobette, << 'Ces Messieurs du Havre'. Negociants, commissionnaires et armateurs de 1680 a 1830 >>, these, Universite de Caen, 2005, p. 986-1027 ; Sylvia Marzagalli, << Establishing Transatlantic Trade Networks in Time of War: Bordeaux and the United States, 1793-1815", Business History Review, Vol. 79, 4 (Winter 2005), p 811-844 et << La mise en place d'un reseau commercial et marchand : Bordeaux et les Etats-Unis a la fin du XVIIIe siecle >>, dans Damien Coulon, dir., Reseaux marchands et reseaux de commerce. Concepts recents, realites historiques du Moyen Age au XIXe siecle, Strasbourg, Presses universitaires de Strasbourg, 2010 ; Philippe Gardey, Negociants et marchands de Bordeaux. De la guerre d'Amerique a la Restauration (1780-1830), Paris, PUPS, 2009.

(45) John Latimer, 1812: War with America, Cambridge, Harvard University press, 2007; Alan Taylor, The Civil War of ... op. cit.

(46) NYHS, records of the Tontine coffee house, serie V, volume 13, journal 4, entree du 27 avril 1815.

(47) NYHS, David Parish letterbook, reel 2, Parish a Hettinguer, 14 juillet 1815.

(48) AMAE, CADN, Legation de France a Philadelphie, carton 67, etat des navires francais arrives a New York en juin, juillet, aout et septembre 1816.

(49) Merle Curti, The Growth of American Thought (1943), New Brunswick, Transaction publishers, 1982, p. 145.

(50) NYHS, John A. Willink letterbook 1817-1819, Willink a Cleeman & Co (Le Havre,), 15 octobre 1818.

(51) NYHS, John A. Willink letterbook 1817-1819, Willink a Louis Audier, Aubert and Co (Marseille), 24 juin 1818. Sur cette consommation de vin de Madeire, David Hancock, Oceans of wine: Madeira and the Emergence of American Trade and Taste, New Haven, Yale University Press, 2009.

(52) NYHS, John La Farge papers, letterbook, August 1818 to December 1819, La Farge a huit mai sons francaises, 15 octobre 1818.

(53) NYHS, John La Farge papers, letterbook, August 1818 to December 1819, La Farge a Maurice Lognon (Beauvais), 10 novembre 1818.

(54) Voir par exemple Columbia University, Rare Books and Manuscripts collections, New York Chamber of Commerce Records, (MS 1440), Box 395, series VIII, seance du 7 septembre 1819, memoire de la Chambre de commerce contre la politique tarifaire de la France.

(55) Ce fut une redecouverte des annees 1980. Sean Wilentz, Chants Democratic : New York City and the Rise of the American Working Class, 1788-1850, New York, Oxford University Press, 1984; Paul Gilje, The Road to Mobocracy: Popular Disorder in New York City, 1763-1834, Chapel Hill, University of North Carolina Press, 1987. Sean Wilentz a integre ce raisonnement dans sa synthese, Rise of American Democracy: Jefferson to Lincoln, New York, Norton, 2005. Le tournant culturel recent de cette histoire des couches populaire n'en a >>as remis en cause les fondements : Joshua R. GREENBERG, Advocating the Man: Masculinity, Organized Labor, and the Household in New York, 1800-1840, New York, Columbia University Press, 2008.

(56) Mark A. Lause, Some Degree of Power: from Hired Hand to Union Craftsman in the Preindustrial American Printing Trade, 1778-1815, Fayetteville, University of Arkansas Press, 1991.

(57) Voir les positions divergentes de Daniel Walker Howe, What hath God Wrought: The Transformation of America, 1815-1848, New York, Oxford University Press, 2007; David S. Reynolds, Waking Giant: America in the Age of Jackson, New York, Harper, 2008; et Gordon Wood, Empire of Liberty: A History of the Early Republic, 1789-1815, New York, Oxford University Press, 2009.

(58) General Society of Mechanics and Tradesmen archives, New York. Minutes, vol. 2, janvier 1803-decembre 1831, et Register of the GSMC from 1786.

(59) Longworth's American Almanac, New York register, and city directory; for the forty-first year of American independence, New York, David Longworth, juillet 1816. Se pose face a un tel objet le probleme de la date exacte de la collecte des informations imprimees.

(60) NYCMA, New York City Jury census, 1816, ward 2.

(61) Michel Manson, << Les Mame a Paris ... art.cit >>.

(62) Francoise Watel, Jean-Guillaume Hyde de Neuville. conspirateur et diplomate, Paris-Bern, Ministere des Affaires etrangeres-Peter Lang, 1998.

(63) Cette migration n'est pas encore assez connue, car les refugies de Saint-Domingue n'ont guere attire l'attention des historiens que lorsqu'ils se dirigeaient vers la Louisiane, voir par exemple Nathalie Dessens, From Saint-Domingue to New Orleans: Migration and Influences, Gainesville, University Press of Florida, 2007. Une tentative de prise en compre globale du phenomene dans Ashli White, Encountering the Revolution : Haiti and the Making of the Early Republic, Baltimore, Johns Hopkins University Press, 2010, mais en neglige completement les sources francaises telles que les archives consulaires francaises hormis sous de rares formes traduites. Il faut noter malgre tout un travail pionnier qui tente d'embrasser le phenomene dans sa globalite atlantique : R. Darrell Meadows, << Engineering exile : social networks and the French Atlantic community, 1789-1809 >>, French Historical Studies, 23, 1 (Winter 2000), p. 67-102.

(64) Arthur Jones, Pierre Toussaint. A Biography, New York, Doubleday, 2003.

(65) NYMA, Almshouse, Record of admission, discharge and death, 1811-1813.

(66) AMAE, CADN, consulat de France a New York, carton 24, Espinville a Hyde de Neuville, 28 juillet 1816.

(67) AMAE, CADN, consulat de France a New York, carton 109, registre des passeports.

(68) La plupart des catalogues de librairies utilises pour ce travail furent consultes a la bibliotheque de l'American Antiquarian Society, Worcester, Massachusetts. A Catalogue of books for sale by Collins & Co. printers, booksellers and stationers, No 189, Pearl Street, New-York; consisting of the last and most approved editions of books on history, biography, travels and voyages, poetry, theology, arts and science; and classical and school-books in Greek, Latin, French, and English; together with a list of stationery. New York, printed by Collins and Co, 1813; 1817. A catalogue of books; in medecine, surgery, anatomy, physiology, the veterinary art, chemistry, mineralogy, botany, and in other branches of natural history: for sale by Collins & Co. No 189, Pearl Street, New York, printers and importers of medical books to the New York College of Physicians and Surgeons, and to the New York Hospital; A Catalogue of books for sale by Collins & Co. printers, booksellers, and stationers. No 189, Pearl Street, New York: consisting of the last and most approved editions of books on history, biography, travels and voyage, poetry, theology, arts and sciences; and classical and school-books in Greek, Latin, French and English; together with a list of stationery. New York, printed by Collins and Co, 1817 ; Catalogue of books, the sale of which will commence at public auction, by David Dunham, 144 Pearl-street, on Tuesday evening, Feb. 11, 1812, and will be continued every Tuesday and Friday evening until the whole is disposed of Besides the books enumerated in the Catalogue, there will be sold a great variety of other books, in the various branches of literature. Catalogues of the specific sales of each evening can be had at the Auction Room on the day of the sale. New York, 181 ; A catalogue of American and European printed books for sale on the most reasonable terms, by. T. B. Jansen & Co. No 248 Pearl-Street, 5 doors cast of Burling Slip, New York, New York, printed by G. & R. Waite, for T. B. Jansen & Co, booksellers, March 1802; Catalogue of recent publications for sale by William Giley, No 92, Broadway, New York. New York, printed by J. Seymour, 49 John Street, 1819; Samuel Campbell's Catalogue of Books, for 1812. For sale at his store, No 124, Pearl Street, New-York; Catalogue of books, for sale at public auction ... : of all that stock of books in the store of A. H. Inskeep ... comprising a splendid collection of upwards of fifty thousand volumes of the best authors ... : New-York : Printed by Van Winkle & Wiley, 1815; A catalogue of the books belonging to the New York Society Library: together with the charter and by-laws of the same. New York : Printed by C.S. Van Winkle, 1813. New Books lately published and for sale by James Eastburn, corner of Broadway and Wall-Street, New York. To be had likewise of the agents of the Edinburgh and Quarterly Reviews. [1813]. A Catalogue of valuable and scarce books, many of them in splendid bindings, just received and for sale by Eastburn, Kirk and Co. at the Literary Rooms, New-York.

(69) Library of Congress, Thomas Jefferson papers, Nicolas Gouin Dufief a Thomas Jefferson, 28 novembre 1811. Acces en ligne.

(70) Ibid., 27 mai 1816.

(71) La Gazette francaise, no 286, 3 janvier 1798, p. 4.

(72) George Gates RADDIN, Jr., An Early New York library ... op. cit.; Hoequet Caritat and the Early New York ... op.cit.; The New York of Hocquet Caritat ... op.cit.

(73) Repository of useful and entertaining knowledge being a catalogue of H. Caritat's circulating library, New York, printed by William Davis and Co & Co, 1798.

(74) The Columbian, 5 septembre 1815, p. 3, 13 septembre 1815, p. 3, 15 septembre 1815, p. 3, 10 novembre 1815, p. 1.

(75) New York Evening Post, 9 et 12 fevrier 1816.

(76) Les enjeux sont bien synthetises par Sam W. HAYNES, Unifinished Revolution ... op.cit., p. 77-105

(77) Karl Kroeger, ed. Pelissier's Columbia Melodies: Music for New York and Philadelphia Theaters, Madison, A-R Editions, 1984.

(78) Elise K. Kirk, "'Charlotte Le Pelletier's Journal of Musick (1810): A New Look at French Culture in Early America", American Music. 29, 2 (Summer 2011), p. 203-228.

(79) Joseph Ewan, << One Professor's Chief Joy: A Catalog of Books Belonging to Benjamin Smith Barton >>, dans Randolph Shipley Klein, ed., Science and Society in Early America: Essays in Honor of Whitfield J. Bell, Jr, Philadelphie, American Philosophical Society, 1986, p. 312-313.

(80) New York Gazette & General Advertiser, 5 aout 1811, p. 4.

(81) Jean Louis Fernagus de Gelone, Relation de la deportation et de l'exil a Cayenne d'un jeune Francais sous le consulat de Buonaparte en 1802, Paris, Delaunay, Pelicier, Magimel, 1816.

(82) Il n'est pas possible d'affirmer avec certitude qu'il a completement abandonne son affaire de Philadelphie : Vovage du jeune Anacharsis en Grece, Paris, Desray, 1817, est par exemple annonce comine se vendant a Philadelphie chez Fernagus de Gelone.

(83) Catalogue of Latin, English, French, Spanish and Italian books, Map, &c, for sale by J. L. Fernagus de Gelone, agent for the United States, Canada, New Orleans, Spanish America and the Isles, no 113 Pearl Street, Hanover Square, New York, s.d.

(84) F. D. G., Manuel-guide des vovageurs aux Etats-Unis de l'Amerique du nord, oh l'on trove tous les renseignemens neecessaires et fondes sur des faits pour y commercer avec surete et profit, pour s 'y etablir avec avantage dans toutes sortes de situations; ouvrage dans lequel on combat quelques opinions erronees repandues en Europe sur ces pays; et ou l'on presente quelques idees simples et pratiques sur l 'etat politique actuel et l 'avenir probable de la Floride orientale, des iles sous le Vent, et de toutes les colonies ou anciens domaines de la couronne d'Espagne. Adresse particulierement aux commercans, aux agriculteurs, et aux personnes de toutes les professions et de tous les metiers sur le continent de l'Europe, Paris, Pillet, 1818

(85) NYHS, SY 1818 no 1, Broadside collection, American and English Agency for European books in all languages ...

(86) New York Evening Post, 14 decembre 1818, p. 3.

(87) New York Evening Post, 2 avril 1821, p. 3.

(88) Rene Remond, Les Etats-Unis devant l'opinion francaise, 1815-1852. Paris, A. Colin, 1962, vol. 2, p. 644.

(89) A register of Artists, engravers, booksellers, bookbinders, printers & publishers in New York City, 1821-1842, compiled by Sidney F. & Elizabeth Stege Huttner, New York, The Bibliographical Society of America, 1993.

(90) New York Gazette, 19 janvier 1815, p. 3.

(91) New York Evening Post, 20 mai 1817 p. 4 et 18 juin 1817, p. 4.

(92) New York Evening Post, 3 avril 1818, p. 4

(93) New York Daily Adverstiser, 27 janvier 1825, p. 4.

(94) The Mercantile Advertiser, 8 avril 1819, p.2.

(95) The Columbian, 26 mai 1817, p. 3.

(96) Catalogue des livres provenant de la bibliotheque du Lieutenant-General de Cavalerie Ch. Lallemand.: Cette bibliotheque, formee a tres grands frais, durant 15 ans d'exil, est composee principalement: 1. Des meilleurs ouvrages sur l 'art et la science militaire, dont quelques uns son rares et recherches. 2. Des principaux auteurs en litterature Franc, aise, science politique, philosophie, &c. &c. 3. D'ouvrages en langues entrangeres sur divers sujets; et enfin de quelques cartes du plus grand merite. / La vente en sera ouverte, de gre a gre, et a tres bas prix, le 25 Novembre 1830. Chez Berard & Mondon, libraries pour les langues etrangeres, Cortlandt-street no 3, New-York, ; Imprime par Jos. Desnoues, 23 Provost-St., 1831.

(97) Librairie de Behr et Kahl. : No. 1. Catalogue des livres francais. : Prix six cents. New-York: : 183 Broadway., 1828 ; Libreria di Behr e Kahl. No 3. Catalogo du libri italiani. Prezzo 6 cents. Nova Yorka, no 129 Broadway, 1825; Libreria de Behr y Kahl. No 2. Catalogo de libros espanoles y portugueses. Precios 6 cents. New York, no 129 Broadway, 1825.

(98) Jose Maria Heredia, Poesias, Nueva York, libreria de Behr y Kahl, 1825.

(99) The Family Magazine ; or monthly abstract of general knowledge, Cincinnati, 1836, p. 440; The New York Mirror, A weekly journal devoted to the Literature and Fine arts, 10 septembre 1836, p. 87; The New York Spectator, 2 mai 1836, p. 1

(100) Extrait du catalogue de la librairie francaise, espagnole et italienne, d'A. Thoisnier Desplaces, a Paris, rue de Seine no. 29, et a New-York, William-St. no. 105. New-York, imprime par Joseph Desnoues, Provost-Street, no. 23., 1825.

(101) James Sidbury, Ploughshares into Swords: Race, Rebellion, and Identity in Gabriel's Virginia, 1730-1810, New York, Cambridge University Press, 1997, p. 41; Jeremy D. Popkin, You Are All Free: The Haitian Revolution and the Abolition of Slavery, New York, Cambridge University Press, 2010, p. 293-294.

(102) Le fond d'actes notaries du consulat de France a Norfolk est tres lacunaire, et pour la periode 1811-1815 se trouve dans les archives new-yorkaises : NYHS, BV Norfolk, Va, Papers of the Vice Consulate of France at Norfolk, 1811-1815.

(103) Les annonces pour la boutique sont frequentes dans The American Beacon, journal de Norfolk, et permettent d'en retracer l'histoire. Charles Mame est indique a la tete de l'affaire dans les no suivants : 11 juin 1818, p. 1 ; 18 juin 1818, p. l ; 7 juillet 1818, p. 4 ; 9 juillet 1818 p. 1.

(104) Archives departementales du Maine-et-Loire, 81 T 10, dossier personnel Mame, << Renseignements sur l'affaire de Mr. Mame >>.

(105) L'insertion des Etats-Unis a l'histoire non seulement des << revolutions atlantiques >> mais du mouvement des nationalites est pensee par Thomas Bender, Nation among Nations : America's Place in World History, New York, Hill and Wang, 2006, Ian Tyrrell, Transnational Nation: United States History from a Global Perspective since 1789, New York, Palgrave Macmillan, 2007; Timothy Mason Roberts, Distant Revolutions : 1848 and the Challenge to American Exceptionalism, Charlottesville, University of Virginia Press, 2009 ; Rosemary Zagarri, << The Significance of the 'Global Turn' for the Early American Republic: Globalization in the Age of Nation-Building >>, Journal of the Early Republic, 31 (Spring 2011), p. 1-37; Douglas R. Egerton, << Rethinking Atlantic Historiography in a Postcolonial Era: the Civil War in a Global Perspective >>, Journal of the Civil War Era, vol. 1, no 1 (March 2011), p. 79-95.

(106) Peter Kastor, The Nation's Crucible: The Louisiana Purchase and the Creation of America, New Haven, Yale University Press, 2004.

(107) Ann Ostendorf, Sounds American: National Identity and the Music Cultures of the Lower Mississippi Valley, 1800-1860, Athens, University of Georgia Press, 2011.

(108) Pour l'essentiel elle est reconstituee, mais pas inventoriee, a l'Archdiocesan History Center de Louisville, mais certains ouvrages sont toujours entreposes dans les archives de l'archeveche de la ville.

Tangi Villerbu est maitre de conferences en histoire contemporaine a l'Universite de La Rochelle et membre du CRHIA (Centre de recherches en histoire international et atlantique). Il travaille sur l'histoire catholique de l'Ouest nord-americain et sur les migrations francaises vers les Etats-Unis et le Canada.
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Author:Villerbu, Tangi
Publication:Canadian Journal of History
Article Type:Report
Geographic Code:1U2NY
Date:Mar 22, 2012
Words:14599
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