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English and French Towns in Feudal Society: A Comparative Study.

Plus que son titre ne l'indique, l'ouvrage du professeur Hilton se veut la demonstration d'une problematique qui a longtemps hante les historiens marxistes et que lon pourrait formuler de la maniere suivante: comment peuton articuler le monde rural largement majoritaire du Moyen Age, avec ses categories sociales bien tranchees typiques du "feodalisme," avec celui des villes alors emergentes, ou les bourgeois sont a poser les premiers jalons de ce qui deviendra le capitalisme, la liberte des personnes et la democratie? La reponse pour l'auteur est claire: la ville medievale doit etre comprise comme faisant partie integrante du mode de production feodal; la considerer comme un corps etranger, en lutte contre le milieu seigneurial ambiant, constituerait donc un contresens.

Le professeur Hilton commence utilement sa demonstration par des definitions de la ville d'une part et du mode de production feodal, de l'autre. A la question: qu'est-ce qu'une ville? l'auteur avance qu'elle est d'abord le lieu d'une activite marchande permanente. Il en decoule que la plupart des habitants des villes, contrairement aux villageois, ne produisent pas directement ce qui est necessaire a leur subsistance, mais se consacrent a diverses activites artisanales et commerciales. On doit voir un indice supplementaire de la presence d'une ville dans l'existence d'une communaute jouissant des libertes fondamentales et exercant une certaine autorite dans des domaines vitaux pour ses activites. Mais, souligne l'auteur, cette derniere caracteristique n'est pas concomitante aux deux premieres, elle en est plutot la consequence. Une telle definition de la ville, centree pratiquement sur sa fonction economique specifique, m'apparait reductrice car elle a pour consequence de nous orienter principalement dans seule direction lorsqu'on se pose la delicate question de l'origine des villes medievales. A cet egard, la longue definition fournie par Robert Fossier (Enfance de l'Europe, Tome II, Paris, P.U.F, 1982, p. 980 et suiv.) m'apparait a la fois plus nuancee et plus riche.

La definition du feodalisme par l'auteur s'inscrit dans la tradition de l'historiographie marxiste. Beaucoup plus que cette structure juridique qui unit les seigneurs entre eux autour du fief, le feodalisme est presente par l'auteur comme une "formation sociale" ou une classe dominante, celle des proprietaires fonciers, consacre l'essentiel de son activite a transferer a son profit les surplus produits par les masses paysannes. Cette definition, en contradiction apparente du moins avec le projet principal de l'auteur, le conduit a insister longuement et a juste titre sur la "presence feodale dans les villes" (chapitre 2). Apres avoir rapidement compare le reseau des villes du haut Moyen Age en France et en Angleterre, l'auteur souligne a bon droit le role des cites episcopales dans le maintien d'une certaine vie urbaine et se plait a rechercher les traces des foires et marches qui ont contribue a consolider le reseau preexistant. Au terme de ce survol, il souscrit a la these selon laquelle le developpement des villes du haut Moyen Age pourrait bien avoir ete sous-estime par les chercheurs.

Apres avoir montre qu'il s'est cree un tres grand nombre de bourgs tant en France qu'en Angleterre du Xl au XIV siecle, le professeur Hilton tente de les replacer dans le circuit des echanges propre au mode de production feodal. Les paysans viennent y vendre leurs surplus agricoles; le numeraire qu'ils obtiennent en echange est globalement extorque par les proprietaires fonciers qui, a leur tour, l'investissent dans les produits du commerce au long cours. Ainsi, toutes les villes, meme les plus petites, trouvent place, par leur marche, dans le processus de perception de la rente feodale et appartiennent donc de plein droit au mode de production dominant. Loin d'etre nes d'un eventuel conflit entre les groupes sociaux en presence, les bourgs apparaissent a l'initiative des seigneurs, petits ou grands, qui ne manquent pas de trouver leur profit dans ces nouvelles concentrations humaines aux lucratives activites.

Dans son analyse des structures sociales des villes medievales l'auteur insiste surtout sur le groupe des artisans. En presentant leur mode d'organisation specifique, le metier, et la hierarchie qui l'anime, le professeur Hilton pose la question peut-etre un peu redondante de leur eventuelle incompatibilite avec le mode de production feodal (p. 65). L'auteur repond evidemment par la negative en demontrant que les idees recues que l'on a sur les metiers nous sont transmises par le prisme deformant des reglements de la toute fin du Moyen Age. Surtout, rappelle-t-il, suivant ainsi Philippe Wolff, il ne faut pas ignorer le fait qu'a l'origine, du moins en Languedoc, les metiers urbains ont ete soumis au pouvoir seigneurial, puis consulaire. Ce n'est que beaucoup plus tard qu'ils ont pu developper un sentiment identitaire plus vigoureux.

La composition sociale des classes urbaines dirigeantes apparait differente en Angleterre par rapport a ce qu'elle est en France et l'evolution dans les deux cas n'a pas eu lieu dans la meme direction. En France on trouve d'abord, avant le milieu du 13 siecle, une nette domination des chevaliers, egalement possesseurs fonciers, mais aussi des ministeriaux dont l'ascension sociale se poursuit. Quant aux marchands, il ne font leur apparition qu'au milieu du 13 siecle; ils occupent alors une certaine place sans qu'on les voit vraiment dominer. Deux siecles plus tard, un nouveau groupe social, celui des officiers royaux rompus aux etudes juridiques apparait de plus en plus massivement parmi les e1ites urbaines. En Angleterre, le mouvement est relativement different. Les marchands sont davantage en position de force depuis le 12 siecle. Apres s'etre subordonnes le groupe des artisans, les representants issus de la sphere commerciale ne perdront plus leur hegemonie. Cette duree du pouvoir marchand dans les villes anglaises permet a I'auteur de poser l'hypothese peut-etre fragile que ce phenomene ne serait pas etranger a la precocite du passage dans ce pays du feodalisme au capitalisme (p. 104).

Enfin, apres avoir montre les efforts de certains ideologues du Moyen Age pour presenter la societe comme un tout organique (metaphore du corps humain aux organes fonctionnels) dont la stabilite est voulue par Dieu, l'auteur s'interesse aux divers conflits sociaux qui ont secoue les villes medievales. A la vision traditionnelle des conjuratores des communes aux interets identiques qui s'opposent aux seigneurs feodaux, il apporte des retouches importantes. Il rappelle d'abord le role des seigneurs, petits et grands, dans l'apparition du corps politiques urbains. La ou l'auteur ne me semble pas voir la contradiction cependant c'est quand il decrit l'usage que font les seigneurs de la creation de communes: ces institutions apparaissent dans certains cas destinees a entraver le developpement de certaines strates du pouvoir seigneurial, notamment les plus basses (p. 133). Comment, dans ce contexte, voir les villes comme partie integrale du mode de production feodal? Pour leur role economique, la demonstration est claire, mais en ce qui concerne l'aspect politique, le raisonnement est moins probant. Quant aux pretendus interets communs des bourgeois des villes, l'auteur fait table rase de cette idee recue en soulignant les luttes frequentes qui ont oppose entre elles les diverses couches sociales urbaines. Au coeur de ces conflits, on trouve la volonte de controler le pouvoir municipal et de la la repartition du fardeau fiscal, que les ricbes, hier comme aujourd'hui ont ete accuses de vouloir eviter pour le passer aux autres.

Le livre du professeur Hilton est interessant et ce qui est plus rare, stimulant. Dans l'abondance actuelle de lourdes monographies, au ras du sol, il constitue une tentative fort bien documentee de repondre a l'importante question des origines de certaines structures essentielles du monde actuel.
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Article Details
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Author:Beaucage, Benoit
Publication:Canadian Journal of History
Article Type:Book Review
Date:Aug 1, 1993
Words:1232
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