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Elie Stephenson: paroles de feu pour un "pays" nomme Guyane.

Elie Stephenson est une figure marquante de la vie culturelle guyanaise. Sa popularite en Guyane tient au fait que son oeuvre peut etre percue comme une forme de performance; en effet, si cet essai portera sur sa poesie, il convient de mentionner que Stephenson s'adresse a un public specifique qu'il connait, et duquel il est souvent connu. Ce public, il l'a rencontre tout d'abord en tant qu'acteur de theatre, avant de devenir luimeme auteur de pieces qui seront jouees par sa propre troupe. De plus, a partir de 1970 et comme pour completer ce contact en direct avec les Guyanais, Stephenson exploite ses talents musicaux et fonde avec quelques amis le groupe Les Neg'marrons. Comme on peut s'en douter, ce groupe vehicule a travers ses rythmes les preoccupations sociales, politiques et poetiques de ses membres. Ils sortiront un 45 tours en l'honneur de Leon G. Damas et se produiront egalement hors des frontieres guyanaises. Cette evocation de Damas nous amene presque logiquement a Stephenson poete, que l'on considere parfois comme le successeur du grand chantre de la negritude. Ce rapide profil de l'homme fait ressortir non seulement la polyvalence artistique, mais egalement une volonte determinee de faire coincider de tres pres le travail de creation individuel avec l'elaboration d'un edifice collectif.

Stephenson emblematise l'ecrivain engage, c'est un homme qui se met tout entier dans ses textes. Pour lui, paroles et actions participent d'une dialectique tres concrete, ainsi qu'il l'affirme lui-meme:
   Ecrire [...] signifie deux choses: participer et temoigner.
   Participer, c'est faire corps avec la vie, l'action collective, c'est
   egalement etre partie prenante dans la pratique sociale--au sens
   large--c'est-a-dire dans le devenir de la communaute. Temoigner,
   c'est decrire, s'interroger et interroger le groupe ou la
   collectivite, mais egalement prendre position et par la meme,
   affirmer son engagement physique, intellectuel et sentimental. (1)


Engagement de l'auteur donc, jusqu'a sa propre presence "physique" en Guyane a la suite de sa formation universitaire. Comme tout individu de Departement d'Outre-Mer (DOM) desirant entreprendre des etudes poussees, il quitte la Guyane en 1965 pour Paris. Il obtient son doctorat en economie, et cette fois contrairement a la norme des "Domiens" qualifies, il choisit de rentrer chez lui a Cayenne, ou il enseignera au lycee Eboue de 1970 a 1990. A ce moment-la, un tel choix exprime une resistance tout a fait consciente a la politique d'assimilation qui avait cours dans les Departements d'Outre-Mer. C'est en effet au cours de cette periode que la production et les exportations des DOM tomberent en chute libre; cette situation entraina un taux de chomage impressionnant sur place, et l'on mit sur pied des programmes (2) incitant les Domiens a se rendre en metropole. Richard Burton releve avec une pointe d'ironie qu'a cette epoque le principal produit d'exportation des DOM etait certainement ... les Domiens euxmemes! (3) Plutot que de briguer une carriere professionnelle lucrative en metropole ou en Afrique, Stephenson revient donc au pays. Il met alors en scene et en vers une farouche critique du phenomene d'exode qui selon lui, empeche la Guyane de se mettre debout en lui placant de confortables bequilles sous les aisselles.

En outre, comme le precise Biringanine Ndagano dans son introduction a La nouvelle legende de D'Chimbo suivi de Massak, (4) l'un des objectifs vises par les Neg' marrons est d'inviter "au retour des Guyanais au pays, allusion a tous ceux qui, apres leurs etudes, preferaient rester en France ou travailler dans l'administration en Afrique [...] c'est le theme de la chanson intitulee Vie frer." (5)

Le style litteraire de Stephenson est percutant, direct, enflamme. C'est une ecriture passionnee qui peut etre abordee a travers les diverses et puissantes images contenues dans la figure du feu; j'essaierai donc de demontrer comment les differentes manifestations de cet element agissent dans les textes. Cette etude ne visera toutefois pas a articuler une quelconque essence de la litterature guyanaise, rejoignant en cela l'attitude critique exprimee par Mireille Rosello au sujet de la litterature antillaise: "Il ne faut pas essayer de savoir ce qu'est la litterature antillaise, il faut se demander ce qu'elle fait, a quoi elle tend, a quoi elle s'oppose." (6) J'exposerai egalement la facon dont le faire de Stephenson s'apparente a la racine meme de ce mot--faber, forgeron--dans le sens ou le poete-forgeron travaille sa matiere au feu pour lui donner forme et identite, pour en "faire quelque chose," et ou, chez Stephenson, cette chose est un "pays" nomme Guyane.

La matiere que le poete travaille en priorite n'est autre que l'experience guyanaise. L'auteur va donc fabriquer ce "pays" qu'il presente a ses lecteurs dans un style avec lequel il les somme au grand jour de prendre part a la tache commencee par le poete dans l'obscurite de sa forge. La participation demandee releve egalement d'une sorte de deontologie de la connaissance, puisque les textes de Stephenson ne cessent de pointer vers la face cachee de l'histoire--notamment celle de l'esclavage--que l'auteur nous incite a revisiter. Mon commentaire se dirigera donc egalement du cote du hors-texte auquel ces poemes nous renvoient constamment. Ce hors-texte se situe principalement dans une approche critique de l'histoire et de la politique guyanaise, donnees largement meconnues du public non guyanais et pourtant indispensables a la lecture d'un auteur qui s'y engage aussi fermement que Stephenson.

Souffler sur la braise

L'oeuvre de Stephenson ne se contente pas de s'adresser a un public specifique: elle l'interpelle, l'aborde avec rudesse parfois, et surtout sans complaisance. Ainsi dans Feux sur la savane:
   Mon regard s'est eteint
   au tam-tam de la douleur
   c'est l'heure ou le fanal
   etincelle sur la crique
   le zobois dans les cuis
   fait trembler le destin
   et chante le tramail au vent de la nuit

   Fragments de grages
   fragments de tambours
   danses folles a l'entree
   des tenebres rebelles
   la savane
   se pavane
   a l'oree de mon reve
   le punch coule a grands flots
   dans ma gorge assechee
   il fait bon pres du fleuve
   il fait bon dans la brousse
   alors allumez
   les grands feux de boucane
   les grands feux de savane
   les grands feux d'amitie
   il fait noir dans la haine
   il fait noir au charnier

   Mon regard fait eclair
   au tam-tam de la guerre
   le fanal reanime
   mon souffle comprime
   et parle parle parle
   ma fureur de damne

   Fragments de grages
   fragments de tambours
   des formes sans chef
   livrees a la vie
   prodiguaient le symbole
   et noyaient l'impuissance
   bouillonnaient dans la seve
   et germaient sur la terre
   arrosees de sueur
   de sang et de larmes
   sarclez l'amertume
   ligotez le refus
   il fait bon pres du fleuve
   viva libertad
   dans la nuit
   toute rouge
   allumons les grands feux
   les grands feux de combat
   les grands feux d'amitie
   les grands feux de l'amour. (7)


Le ton reste imperatif et vehicule un sentiment d'urgence. (8) Ces injonctions sont dirigees vers un groupe qui s'identifie par defaut: si le poete somme cette collectivite d'"allumer" il declare implicitement que la situation presente est "eteinte" et de ce fait masque ou etouffe la boucane, la savane et l'amitie. Les deux premiers termes font reference a la Guyane rurale traditionnelle qui, effectivement, s'eteint progressivement. Mais avec elle disparait aussi une valeur qui relie les hommes entre eux par l'intermediaire d'un bien commun et d'une vision commune: faire fructifier la terre. Si un vers entier du poeme est consacre a signaler "il fait noir" il ne peut s'agir d'une plethore expressive, le genre poetique visant tout entier a l'economie discursive. Ce constat est destine a fournir une information jusque-la ignoree du destinataire, ce qui implique que cette collectivite est soit aveugle, soit tellement habituee a l'obscurite qu'elle est capable d'y vivre, en depit de la haine qui y regne ainsi que des morts qui s'y entassent. Mortsvivants certainement, que l'on retrouve a nouveau desincarnes et presents tout a la fois dans L'age:
   L'age ma soeur
   des oiseaux d'Or
   des mangues Rosas et des feuilles
   moussues aux levres de rosee
   L'age ma soeur
   du sable et de la vase
   des murs de coton
   lustres de plumes rouges et des arbres chantant
   aux etoiles du jour

   L'age ma soeur
   des enfants a gros ventre
   le nombril
   en bourgeon de fleurettes
   l'age bleu des fumees
   qui planent dans le ciel
   quand siffle l'agaman
   il y a tant de douleur
   de douleur repetee, caressee avec passion
   quand siffle l'agaman tout s'ecroule
   et s'evapore
   la chair s'eparpille la pensee se dechire
   on a mal, on a mal
   on ruisselle de tristesse.

   L'age ma soeur
   a la tete crepue
   de jupes camzas
   des shorts calimbes
   de pluies de flammes
   de soleil rigolant comme epis
   de mais.

   Cet age ma soeur
   qui se saoule la gueule
   a grands coups de tafia
   avec des hauts hoquets
   et des yeux larmoyants
   L'age ma soeur qui n'est plus
   de notre age. (CDS 25-26)


La voix du poeme prete corps a l'age, ou peut-etre adopte-t-elle la demarche inverse qui consiste a reduire ces corps a une notion temporelle abstraite qui passe, mais qui ne vit pas. Cette voix se veut detachee de ce qu'elle decrit. Elle se situe ailleurs et, de meme que dans le poeme precedent, elle a comme projet d'eclairer, lorsqu'elle s'adresse a "ma soeur." Il y a solidarite, fraternite, face a "cet age" que la voix analyse et decrit pour l'autre, comme pour lui indiquer clairement et sans hesitation qu'il est grand temps de passer a autre chose puisque le stade de l'autodestruction, de la victimisation et du manque d'articulation "n'est plus de notre age." La voix et la soeur se situent tout a la fois dans, et en dehors de "cet age," position inconfortable que le dernier vers vise a changer en choisissant la progression plutot que la regression. Ce tableau evoque aussi le dechirement de ceux et celles qui choisissent de continuer en laissant derriere eux "des yeux larmoyants" avec tout le poids de souffrance et de decheance qu'ils portent en eux. La voix devoile un "age" dependant, faible, et exhorte la soeur a sortir de la co-dependance, en acceptant d'entrer dans un autre age, celui de l'independance. Stephenson adopte un ton tranchant, sans merci, toujours a la poursuite des demons qui l'obsedent et qu'il fustige de ses traits aiguises de recueil en recueil. Telle la lachete de l'individu face a la cause commune, que l'on retrouve dans Jaillissements:
   Pour confondre l'avanie
   comme on redoute le couteau le sang le feu
   et le fusil
   le peuple joue a l'insomnie dans les carrefours
   d'alcools (9)


On retrouve l'alcool qui evoque la dependance et qui dans ce poeme se fait porteur de mauvaise foi: il excuse l'absence d'action. Si le peuple dort, c'est a cause de l'alcool et s'il dort, il ne peut agir. La logique du toxicomane se presente dans une dialectique biaisee de cause a effet, tout comme l'assistanat (10) qui maintient les Guyanais dans un etat de torpeur relativement confortable et justifie l'abandon des activites de production. De plus, si le mot "carrefour" renvoie au pantheon vaudou, il evoque egalement un endroit ou l'on choisit sa direction, son but, avant de s'engager. Dans cette optique, l'alcoolisme n'est pas la reponse inevitable a une situation deprimante, c'est un choix delibere.

Si Stephenson invective l'indolence et le non-engagement de ses compatriotes, ce n'est certainement pas par simple soulagement poeticocathartique. L'auteur cherche surtout a animer un espace collectif qui croupit dans une platitude de cendres: lorsque ses paroles soufflent ou tempetent, c'est dans l'espoir d'atteindre la braise qui couve sous la grisaille apparente. Car le message de l'artiste engage a toujours une destination au-dela du message lui-meme, ce qui le distingue entre autres de la poesie moderne ou postmoderne. La durete travaillee de Stephenson vise donc a trouver le mot, le timbre, le jet, capable de rallumer les feux apparemment eteints. C'est donc aux braises qu'il s'adresse, au risque de passer par l'insulte qui souleve la cendre. La perspective critique n'emane d'ailleurs pas toujours d'une position exterieure qui pourrait parfois etre ressentie comme superieure, dominante. Dans de nombreux passages, le poete utilise le "nous" et avoue se trouver lui-meme en etat de torpeur:
   Oh nous qui dormons
   d'un sommeil de cadavre
   les funerailles aussi ont besoin de tumulte
   debout les tambouyins! (CDS 21)


Face a une telle insistance de l'auteur a combattre la lethargie, le lecteur non guyanais ne peut manquer d'interroger la realite guyanaise qui a declenche une telle verve. Dans quelle mesure la politique de departementalisation (qui debute en 1946, date a laquelle la Guyane devient un Departement d'Outre-Mer) a-t-elle pu "endormir" la societe guyanaise? Serge Mam Lam Fouck demontre comment, en l'espace de deux decennies, l'administration francaise s'est etablie en Guyane au cours d'un processus que l'on peut qualifier de radical. Selon son analyse, la Guyane a bascule sans transition dans un systeme elabore ou le secteur tertiaire absorbe d'un seul coup un reservoir humain impressionnant. En France, ce meme secteur des services s'est developpe au cours de toute la periode de la modernite; l'administration francaise a evolue parallelement aux progres techniques et aux nouveaux modes de communication. Mais pour les Guyanais, il n'y eut point d'evolution: ils se retrouverent brusquement dotes d'un lourd systeme administratif auquel il fallut s'adapter en quelques annees. Ce changement du mode de vie et de l'equilibre social des Guyanais est percu comme une intrusion massive de l'ancien colonisateur qui, de facon deguisee, continue a ne pas laisser ce pays--devenu departement--se developper selon un modele qui lui serait propre. Les chiffres cites par Mam Lam Fouck sont eloquents:
   Dans la decennie 1950-1960, les traitements et salaires verses
   par les administrations et les entreprises publiques representent
   70 a 80% de la masse salariale du departement. (11)


L'intensite de la verve de Stephenson n'a donc d'egal que le gigantisme de l'adversaire qu'il interpelle. Si la litterature engagee possede un aspect objectif et meme concret, puisque le "faire" litteraire dont parlait Mireille Rosello se situe au coeur meme d'un espace visible et tangible qui releve du domaine public, il n'en demeure pas moins que Stephenson lui ajoute un fort element d'abstraction. Cette abstraction, c'est la creation d'un pays qui n'existe pas: un pays nomme Guyane.

Une litterature "de pays"

Un rapide coup d'oeil a la bibliographie d'Elie Stephenson fait immediatement apparaitre la preeminence des mots "terre" et "pays": Terres melees, Une fleche pour le pays a l'encan, Un rien de pays, sans mentionner les nombreux titres de poemes ou l'on retrouve ces deux mots. Lorsque le mot "pays" est pris au sens propre, il renvoie a l'image de nation. Or comme nous l'avons vu, la Guyane n'est pas une nation, ni meme un etat, mais un departement francais dit "d'Outre-Mer." La realite politique ne correspond donc pas a la realite poetique, et c'est bien la une composante majeure du "vouloir dire" de l'auteur que l'on ne peut passer sous silence, puisque ses textes forgent un veritable pays litteraire, une entite originale et non assimilable, que ce soit a la France ou aux Antilles.

Si l'aspect physique qui delimite une nation reste une donnee arbitraire, les lignes frontalieres n'etant souvent qu'une separation topographique assez abstraite, la composante culturelle quant a elle, correspond effectivement a une lente edification collective. Une nation possede une memoire collective, elle a ses heros, ses moments de gloire, de defaite, ses symboles, ses propres rituels, son imagerie populaire, autant d'elements culturels qui font de cet espace une entite collective unie, distincte de tout autre. Au cours de son oeuvre, Stephenson assemble meticuleusement les differents elements necessaires a l'edification d'un personnage principal coherent, qui a pour nom Guyane. Quitte a passer par l'excavation, comme l'illustre le poete dans son recueil intitule Comme des gouttes de sang: "j'aime ce peuple et ce pays avec un coeur d'archeologue." (12)

L'evocation de la memoire guyanaise passe par l'esclavage, sujet auquel notre auteur accorde une place de choix, tant dans sa poesie que dans son theatre. L'esclavage reste le grand denarre, non seulement des textes historiques de la nation francaise, mais egalement des descendants d'esclaves, alors qu'il constitue la base meme de l'etre au monde de la culture guyanaise:
   Viendra-t-il un Homme
   un seul!
   pour avoir--o mon peuple--
   de l'Histoire une virgule. (CDGS 15)


Le feu des mots de Stephenson eclaire dans un premier temps la poesie guyanaise elle-meme car, il faut bien le dire, celle-ci souffre egalement de non-existence dans le monde des lettres. Biringanine Ndagano et Monique Blerald-Ndagano remarquent judicieusement combien la specificite litteraire guyanaise se voit couramment absorbee par la terminologie generique "antillo-guyanaise." Les auteurs soulignent l'inadequation de l'amalgame de ces deux denominations:
   Elles englobent deux entites geographiquement eloignees: les Antilles
   dans la Caraibe d'une part, et la Guyane sur le grand continent
   sud-americain d'autre part. Ces deux entites n'ont pas forcement le
   meme itineraire historique, ni les memes aspirations, ni les memes
   realites geographiques, encore moins la meme "maturite" (ou
   developpement) economique, sociale, litteraire,
   demographique [...]. (13)


Cette indifferenciation litteraire n'est a mon avis pas du tout aleatoire: elle ne fait que confirmer le lien entre isolation socio-economique et isolation culturelle. De cette isolation decoule une meconnaissance contextuelle qui peut donner a la prose de Stephenson un aspect hermetique, car un ecrivain engage s'engage precisement dans quelque chose; tout comme le forgeron, il est proche de sa matiere et, il faut bien l'avouer, cette matiere reste inconnue de la plupart de ses lecteurs etrangers. Lorsque le poete evoque l'esclavage, il ne s'agit pas d'une notion globale mais d'un discours "d'archeologue," celui d'un poete chercheur qui invite le lecteur a s'engager lui aussi, non pas dans "l'esclavage" mais dans la specificite de l'experience d'un peuple et d'un lieu auxquels ses textes renvoient tres clairement.

Il convient donc de cerner de plus pres la matiere brute du poete: quelles furent les caracteristiques de l'esclavage en Guyane? Deux points s'imposent d'entree: la faiblesse du contingent d'esclaves et un "pays" hostile aux colons. En effet, la Guyane n'a jamais connu l'essor sucrier des Antilles, son contingent d'esclaves etant nettement moins eleve. Le roucou etait la culture la plus developpee des plantations guyanaises. Cette plante decouverte par les Amerindiens etait exportee sous forme de pate en Europe ou elle etait utilisee comme teinture. Le cacao, le coton et le cafe etaient egalement cultives, mais dans des proportions qui demandaient un nombre d'esclaves relativement peu eleve. Le probleme insoluble du peuplement d'esclaves en Guyane reste un sujet peu debattu dans le cadre de l'histoire des colonies. La faillite d'une colonie que l'on voulait prospere provient aussi d'une resistance surgie de la geographie guyanaise, en rien comparable aux autres colonies francaises. Les agents de la traite et les colons ont donc ete forces de reconnaitre que cette terre leur resistait, qu'ils ne parvenaient pas a la maitriser, a la peupler et a l'exploiter selon leur desir. La Guyane est egalement decentree, elle se situe en dehors des parcours "logiques" de la traite; de plus, cette immense region equatoriale voisine du Bresil n'est pas accessible a l'homme blanc. Tout lui resiste dans un tel environnement: le climat, la vegetation, les marais, le labyrinthe des voies d'eau, la complexite des deplacements en groupes, etc. Impossible donc de transformer les habitants de l'endroit--en l'occurrence les Amerindiens--en esclaves productifs, comme ce fut le cas dans les Antilles.

Comme le precise Serge Mam Lam Fouck, si les Francais n'ont pas asservi les peuples Amerindiens, ce n'est pas en raison d'un quelconque elan humanitaire, mais plutot par manque de maitrise d'un territoire qu'ils n'ont jamais vraiment conquis:
   En Guyane le colonisateur n'a eu d'autres choix que celui de la
   coexistence pacifique. Ainsi s'explique le traitement particulier
   qu'il reserva aux Amerindiens au cours des deux premiers
   siecles de la colonisation. (14)


Quant a l'Histoire, comment interpreter l'indifference dont l'accuse le poete? Le H majuscule de l'histoire evoque evidemment l'histoire officielle qui pourtant inclut l'histoire de l'esclavage en Guyane. Une telle assertion renvoie donc a nouveau a des donnees peripheriques ou contextuelles concernant la Guyane: de quel silence historique parle donc Stephenson? On s'apercoit egalement que "l'Homme" ignore par "l'Histoire" se trouve lui aussi inscrit avec un grand H dans le texte. Ce parallele typographique etablit ainsi une egalite: l'homme guyanais vaut bien l'histoire francaise, en depit de l'apparent dedain que celle-ci lui temoigne. Deux realites majuscules s'affrontent donc dans cette poesie, la realite historique et la realite des hommes. Stephenson attire notre attention sur la dimension humaine de l'histoire: qui l'ecrit et qui s'y trouve represente? Question apparemment naive; toutefois en poussant l'interrogation un peu plus loin, on se trouve confronte a une situation plus complexe: maintenant que des Guyanais comme Stephenson ont droit de parole nous allons enfin decouvrir le vrai visage de l'esclavage guyanais. Nous savons en effet que certains esclaves etaient alphabetises, il est donc plus que probable que des textes, des temoignages, des histoires et des legendes tirees de l'oralite ou imagines, aient ete ecrits. Et pourtant ... comme le releve Serge Mam Lam Fouck dans son Histoire generale de la Guyane francaise, nous ne connaissons pratiquement rien du quotidien personnel des esclaves guyanais: quels furent leurs reves? leur(s) religion(s)? leurs rituels prives? leur hierarchie au travail, chez eux? D'ou vient ce mutisme, cette absence d'histoires, de fables, de contes, de temoignages? L'histoire majuscule et l'homme guyanais avec un grand H--tel que le rehabilite le poete--pourraient bien partager tous deux une propension au mutisme face a la condition de l'esclave en Guyane, mais ceci pour des raisons tres differentes: chez les Guyanais, il s' agirait peut-etre d'un mecanisme de defense psychologique, et chez les Francais d'une manipulation habile qui substitue la figure du liberateur a celle de l'oppresseur.

Une explication possible du silence des premiers Guyanais lettres face a l'esclavage dont ils furent temoins peut se trouver dans la mise en place d'un mode de reaction psychologique qui tend a refouler les episodes dont l'evocation suscite une douleur ingerable. Ces mecanismes de defense mentale ont ete maintes fois observes chez des rescapes de guerres et d'atrocites en tout genre. Ce silence se poursuit en suite au cours des generations; il devient comparable a un secret familial dont on ne fait que soupconner les contours et que l'on ne questionne jamais, comme si une sorte de tabou l'entourait. Le souvenir de l'esclavage des ancetres est refoule comme une tare familiale ou collective; la memoire reste interiorisee, telle une ombre honteuse et humiliante qui doit rester dans l'obscurite. Ce phenomene d'interiorisation coupable d'appartenance a un groupe opprime et bafoue decoule directement de l'histoire qui a suivi, c'est-a-dire celle de la fin de l'esclavage des peuples colonises, terme plus approprie que celui de "liberation" puisque, pendant plusieurs generations, la conscience des descendants d'esclaves guyanais est restee prisonniere d'une "faute" qui n'etait pas la leur.

Comment, et dans quelles conditions cette sortie de l'esclavage s'estelle donc passee? Mis a part le marronnage qui constituait un danger de mort public et exemplaire, la seule facon possible d'echapper a la condition d'esclave, etait d'etre "promu" affranchi. Or, on constate que le systeme d'affranchissement a parfaitement fonctionne comme agent emulateur de sentiments racistes. Le metis, qui avait plus de chances d'obtenir l'affranchissement, s'affairait de toute son ingeniosite a renforcer son auto-blanchiment: en modifiant les manifestations negroides de son corps quand cela etait possible, en adoptant le code vestimentaire des blancs, leurs manieres, leur usage du francais, etc. C'etait le debut d'une dynamique qui persistera longtemps:
   Le Blanc tenait a distance le metis qui, lui, ne tenait pas a se
   rapprocher du Noir; quant a ce dernier, il aspirait a devenir blanc
   ou a tout le moins metis. La cascade de mepris descendait donc du
   haut en bas de la hierarchie sociale et raciale. Ce racisme colonial
   marquera durablement la societe guyanaise post-esclavagiste qui,
   jusqu'a ce jour, n'a que partiellement reussi a l'exclure des
   rapports entre personnes. (15)


Le pouvoir, la distinction, la finesse, le succes, l'intelligence etaient donc associes au blanc et tout ce qui s'en eloignait declenchait les jugements inverses. C'est ainsi que s'instaura la programmation des sentiments racistes dans la psyche humaine, en Guyane ainsi que dans les autres colonies francaises; inutile de preciser que son degre de longevite reste inconnu puisque de cela, nous ne sommes pas encore sortis.

Au niveau des descendants d'esclaves, le silence qui entoure cette periode peut donc etre interprete comme une resultante de l'interiorisation d'un systeme de valeur raciste, lentement et surement implante pendant la colonisation. La blessure persiste dans les vers de Stephenson, elle est rouge comme le feu et le sang: rarement absence ne brillat-elle si fort:
   je suis le rouge vif
   d'un siecle sans image (CDGS 84)


Quant aux anciens colonisateurs, de nombreuses evidences attestent que l'esclavage est loin d'avoir ete ignore dans les livres et la culture francaise: on conserve sa memoire par des monuments, des statues, des noms de rue et meme des fetes et des celebrations. Tout cela est bien reel et tangible, mais remarquons que l'esclavage cote francais n'est adresse qu'a travers l'abolition et la liberation. La France, terre de la revolution, de la liberte et de l'egalite n'a jamais regarde en face son passe d'oppresseur. Son attitude a ete de se poser en grande salvatrice tout en evitant de mentionner qu'elle ne faisait qu'abolir en 1848 un mal dont elle etait clairement responsable. Pas d'excuse ni de regret donc, dans l'elaboration du processus de "liberation" entrepris par les Francais, mais au contraire l'exacerbation du nationalisme francais: a l'abolition (1848), les colonises se voient octroyer la citoyennete francaise, cadeau d'identite tronquee qui tend a attirer l'autre vers soi. Il s'agit egalement d'un pacte silencieux dans lequel l'opprime accepte de se voir assimile a son "liberateur." Mam Lam Fouck voit dans ce processus la manifestation et l'implantation d'une nouvelle ideologie, celle de la reparation:
   L'ideologie de la reparation ordonne donc non seulement la liberation
   des victimes du "crime de lese humanite" qu'a ete l'esclavage
   colonial, mais aussi leur admission au sein de la nation comme
   membres a part entiere. Les anciens esclaves ont desormais le droit
   de cite: ils sont citoyens francais et la France est leur nouvelle
   patrie, celle qu'ils designeront du terme de "mere patrie," tout au
   long du siecle qui suit l'abolition. (16)


Comme on peut s'en apercevoir, les notions de "pays" de "nation" et de "patrie" se trouvent etre porteuses d'une immense charge emotionnelle, puisqu'elles sont en rapport direct d'une part avec le developpement de l'estime de soi individuel et collectif des Guyanais et d'autre part avec un profond sentiment d'injustice: une sorte de ressentiment face a un Etat qui ressemble plus a un etat des faits tronques, manipules par une ideologie eurocentriste. Il a fallu attendre les annees soixante environ, pour que se fasse enfin entendre une resistance active a l'egard de cette europeanisation forcee. C'est dans ce courant que s'inscrit l'oeuvre de Stephenson: son eloquence incendiaire affirme la presence des feux qui s'allument en Guyane, tout en denoncant l'obscurantisme dans lequel on essaie de tenir ce territoire. Le deploiement poetique de cette revolte est particulierement saisissant a la lecture de la version integrale du poeme intitule Point de rupture:
   Regarde pour ma trace
   hors des Livres et des Lois
   je suis le rouge vif
   d'un siecle sans image
   retourne pour jamais
   des iles d'ou tu viens
   la fresque de tes yeux
   est sage et je suis Fou

   Par la flamme par le cri
   grandisse la revolte
   au lieu-dit de l'amour
   (archipel de la faim, de la peur, de la honte)
   je suis l'astre sans chef
   du cosmos ordonne

   etale face a face
   mon coeur et ton visage
   tu verras miroiter
   ma double destinee. (CDGS 84)


Le feu fulgurant

Dans son analyse psychanalytique du feu, Gaston Bachelard en releve l'aspect guerrier. Il devient le symbole de la determination, de la marche en avant ainsi que de la defiance. Ce feu lance des traits, des fleches en direction d'un ennemi precis, objet de sa colere. Le premier recueil de poemes de Stephenson, paru chez Jean Oswald, est intitule Une fleche pour le pays a l'encan. (17) Ce titre exemplifie deux caracteristiques de l'ecriture de Stephenson. L'une, reliee au mot "pays" souligne une litterature d'appartenance et l'autre, vehiculee par le terme "encan," pointe vers l'expressivite combattante et provocatrice de l'auteur qui n'hesite pas a associer son territoire a une marchandise que l'on brade.

Dans Une fleche pour le pays a l'encan, le poete utilise effectivement la langue comme trait qu'il lance sur des cibles humaines; ces cibles prennent forme a travers les rythmes et les mots du poeme, pour devenir bien visibles aux yeux d'un lecteur touche a son tour par le feu fulgurant qui emane de ces paroles virulentes:
   Mais bien sur je vous connais
   villas de bourgeois [...] dodus
   avec vue sur esplanade. (UFP 7)


A nouveau le poete interpelle; dans ce poeme intitule Prelude a un retour, il utilise tout d'abord des formules orales courtes, directes, pour etablir le contact, ce "mais bien sur je vous connais" semble heler quelqu'un. Puis, designant comme sujet "villas" alors qu'en realite c'est aux habitants qu'il s'adresse, il choisit un mot proche de "vilain" qui exemplifie le nouveau riche europeen: la villa. "Bourgeois [...] dodus" offre ensuite un retour de sonorite consonantique proche en "b" et "d, d" qui evoque le babil de bebes et souligne egalement la dimension immature de la classe visee. Immaturite qui pourrait aussi se lire a travers la croissance trop rapide de tout un secteur et de toute une classe qui, sans savoir comment, se retrouve socialement "grandie" et se place au-dessus des agriculteurs, des commercants et des petits entrepreneurs. Le vers suivant "avec vue sur esplanade" contraste avec la simplicite du "mais bien sur" et des sons de bebe, pour adopter avec ironie une formule touristique "avec vue" et un mot "esplanade" dont la repetition vocalique en "a" pourrait evoquer une caricature du langage chatie de la bourgeoisie francaise qui tend a prononcer grassement les "a" en les transformant en "a." Ces jeux de langue se poursuivent, collant de pres aux enjeux culturels de la Guyane. Ainsi, ce Prelude a un retour fait-il echo a la negritude et a ses textes fondateurs, comme le celebre Cahier d'un retour au pays natal de Cesaire. Tout comme le groupe de Legitime defense, le poete prend la parole et affirme son etre au monde et au langage; il tourne en derision les imitateurs guyanais du modele francais et cherche a promouvoir son propre usage de la langue, ses histoires, ses contes et sa culture. Ainsi, a la fin du poeme, le "je" se regroupe et parle cette fois de lui-meme, de ses desirs et de l'objet de son combat:
   quand je voudrais faire
   tonner
   le debotte et le lerole
   lorsque je voudrais chanter
   le bonheur en mots creoles
   les tambours seront creves. (UFP 8)


Il y a un desir de langue, de musique (une note en bas de page informe le lecteur non averti que le debotte et le lerole sont des danses folkloriques), desir si fort, qu'il s'apparente au tonnerre, un tonnerre ouranien, immediatement suivi d'une trombe de desillusions. Contrairement a la negritude qui reclame ses racines africaines perdues, le poete revendique ses racines recouvertes, puisqu'il a connu sa "foret de vieux contes." Elle faisait partie integrante de son enfance ici meme, chez lui, en Guyane. Le temps de grandir, de devenir adulte, de partir etudier et, a la veille de son retour, il sait que "les bois verts ne seront plus" (UFP 7) remplaces peut-etre par "des jardins pour les metropolitains" (UFP 8).

La majeure partie des publications de Stephenson est parue dans les annees 70 a 90, periode de troubles sociaux considerables en Guyane. A l'image des paroles de l'auteur--par ailleurs militant dans le Mouvement National Guyanais (MNG)--de nombreux Guyanais n'acceptaient plus la domination exterieure. En effet a ce moment-la, la station spatiale de Kourou se met en place et contribue au bouleversement socio-economique mentionne plus haut. En outre, ce sont les annees qui ont vu le fameux projet du "Plan Vert" soulever l'espoir d'une relance de la production economique--notamment dans l'industrie du papier--avant de s'effondrer lamentablement dans un echec total. Un de plus pour la Guyane, dont le passe est deja lourdement charge d'echecs: tout d'abord ceux de l'administration penitentiaire, suivis du gachis de la politique agricole coloniale, sans parler d'une ruee vers l'or ratee et prestement escamotee.

Suite a toute une serie de desenchantements relatifs a l'ampleur envahissante de la politique de departementalisation, meme un homme comme Cesaire--pourtant lui-meme promoteur de cette politique--en viendra a lancer une formule qui parle d'elle-meme, celle de "genocide par substitution." Stephenson s'insurge contre l'abandon du travail de la terre qui representait tout un mode de vie, tot remplace par un changement complet d'activites base sur le modele europeen. II s'adresse cette fois a sa mere, qui pourrait etre la Guyane d'avant 1946:
   je me souviens a perdre coeur
   de la chaleur des feux de brousse
   quand on brulait les abattis
   a mi-septembre mi-octobre
   un feu sacre brulait ma tete
   brulait mes yeux brulait mon
   coeur. (UFP 10)


L'image de "feu sacre" prolonge le symbolisme du feu eclairant, un feu proche du savoir, qui effectivement "brule dans la tete" et peut-etre meme prend possession de cette tete. La bouche ou la plume possedee semble alors n'etre que la mediatrice des paroles que lui dicte le feu sacre. Ce qui jaillit de la poitrine de l'auteur, c'est une revolte intense qui depasse l'individu et se fait parole du peuple:
   Si je t'ecris ce soir
   maman
   c'est que ma blessure est a vif
   et trois siecles de castration
   se demenent dans ma poitrine
   le long martyr de notre peuple
   le viol cent fois
   renouvele
   du Droit de Vivre et d'etre Libre. (UFP 11)


Cette blessure est celle du guerrier; son adversaire est un monstre pervers, vieux de trois siecles. Le "je" fait donc figure de heros rebelle et vaincu, face a un ennemi qui appartient a un autre regne, un autre monde, Ce type de combat inegal ne peut s'engager sans l'impulsion d'une puissance "autre" comme le feu sacre. La voix de Stephenson prend parfois des accents prophetiques et donne la replique a l'appel d'une force exterieure grave, imperieuse:
   Maman
   il faut que je m'engage
   sur les chemins de
   LA LIBERTE
   je ne serai pas le plus fort
   je ne serai pas le plus faible
   un combattant parmi tant d'autres
   accomplissant son devoir. (UFP 11)


Le "je" repond donc a un imperatif deontologique: il doit s'engager, sa decision est claire. A nouveau, le feu fulgurant se manifeste, accompagne d'un element de sagesse qui situe le heros parmi les autres combattants, ce qui attenue les declarations quelque peu grandiloquentes qui precedent. Toutefois, le ton reste inspire et se dirige ensuite vers le tragique: "si la savane se defonce c'est que des mains m'auront frappe" (UFP II).

Le style du poeme fulgurant se trouve en equilibre tres instable entre le trait de genie inoubliable et la lourdeur lyrique. Si certains vers atteignent avec force le lecteur, d'autres en revanche vieillissent assez mal et laissent derriere eux un arriere-gout de militantisme moralisateur.

L'auteur ayant opte pour une ecriture engagee, il est clair que son oeuvre colle de pres a la situation dans laquelle elle s'inscrit; mais le temps passe, et avec lui cette coincidence etroite entre les paroles du poete et le contexte dans lequel le poeme est apparu. Stephenson est le temoin precieux de toute une epoque guyanaise qui semble avoir echappe aux lettres francophones. L'avenir dira si le feu de ses paroles parviendra a forger une oeuvre maitresse durable a partir de ce "Rien de pays" si cher a son auteur.

Notes

(1) Entretien paru dans Tele 7 jours Guyane, cite dans l'introduction de J.-M. Ndagano in La nouvelle legende de D'Chimbo suivi de Massak (Guyane: Ibis Rouge, 1996) 11.

(2) Notamment le Bureau pour le Developpement des Migrations des Departements d'Outre-Mer (BUMIDOM).

(3) Richard Burton, "The French West Indies a l'heure de l'Europe," French and West Indian: Martinique, Guadeloupe, and French Guiana Today (Charlottesville and London: University Press of Virginia, 1995).

(4) Elie Stephenson, La nouvelle legende de D'Chimbo suivi de Massak (Guyane: Ibis Rouge, 1996). (Les references ulterieures a ces deux pieces seront signalees dans le texte entre parentheses et abregees: LNLD et MK).

(5) Idem. Intro, 13.

(6) Mireille Rosello, Litterature et identite creole aux Antilles (Paris: Editions Karthala. 1992) 28.

(7) Elie Stephenson, Catacombes de Soleil (Paris: Editions Caribeennes, 1979) 13-14. (Les references ulterieures a cet ouvrage seront indiquees entre parentheses dans le texte et abregees: CDS).

(8) Le ton et le contexte des citations suivantes evoqueront sans nul doute chez le lecteur averti l'ouverture du fameux Cahier d'un retour au pays natal de Cesaire. Le but de cet article n'est pas d'etablir dans le detail la filiation litteraire, mais simplement de la signaler. Dans cette optique, il faut aussi savoir qu'en Guyane Stephenson est parfois percu comme "l'heritier" litteraire de son illustre compatriote Leon Gontran Damas.

(9) Elie Stephenson, Terres Melees. (Mee sur Seine: Editions Akpagnon. 1984) 10. (Les references ulterieures a cet ouvrage seront indiquees entre parentheses dans le texte et abregees: TM).

(10) Le langage courant confere une connotation pejorative aux substantifs "d'assiste" et "d'assistanat." Ces deux mots evoquent l'irresponsabilite civique dans la mesure ou l'individu se laisse prendre en charge par la collectivite plutot que d'y participer ou de s'y engager. Pour Stephenson, il ne s'agit pas de chomeurs, mais des Guyanais qui ont laisse tomber leurs terres ou leur commerce pour devenir fonctionnaires de l'etat (secteur tertiaire). Dans la perspective de l'auteur, ce changement de statut equivaut a un desengagement socio-politique.

(11) Serge Mam Lam Fouck, Histoire de la Guyane contemporaine 1940-1982: Les mutations economiques, sociales et politiques (Paris: Editions Caribeennes, 1992) 147.

(12) In Comme des gouttes de sang (Paris et Dakar: Presence Africaine, 1988) 13. (Les references ulterieures a cet ouvrage seront signalees dans le texte entre parentheses et abregees: CDGS).

(13) Biringanine Ndagano et Monique Blerald-Ndagano, Introduction a la litterature guyanaise (Guyane: CDDP, 1996) 7.

(14) Serge Mam Lam Fouck, Histoire Generale de la Guyane Francaise (Guyane: Ibis Rouge: 1996) 40.

(15) Idem, 174.

(16) Serge Mam Lam Fouck, L'esclavage en Guyane francaise: entre l'occultation et la revendication (Guyane: Ibis Rouge, Presses Universitaires Creoles, 1998) 25.

(17) Elie Stephenson, Une fleche pour le pays a l'encan (Paris: P.J. Oswald, 1975). (Les references ulterieures a cet ouvrage seront indiquees dans le texte entre parentheses et abregees: UFP).

Bibliographie

Bachelard, Gaston. Fragments d'une poetique du feu. Paris: PUF, 1988.

______. La psychanalyse du feu. Paris: Gallimard, 1938.

Burton, Richard. "The French West Indies a l'heure de l'Europe." French and West Indian: Martinique, Guadeloupe, and French Guiana Today. Charlottesville and London: University Press of Virginia, 1995.

Mam Lam Fouck, Serge. L'esclavage en Guyane francaise: entre l'occultation et la revendication. Guyane: Ibis Rouge, Presses Universitaires Creoles, 1998.

______. Histoire de la Guyane contemporaine 1940-1982: Les mutations economiques, sociales et politiques. Paris: Editions Caribeennes. 1992.

______. Histoire generale de la Guyane francaise. Guyane: Ed. Ibis Rouge, 1996.

Ndagano, Biringanine et Monique Blerald-Ndagano. Introduction a la litterature guyanaise. Guyane: CDDP Guyane, 1996.

Rosello, Mireille. Litterature et identite creole aux Antilles. Paris: Editions Karthala, 1992.

Stephenson, Elie. Catacombes de Soleil. Paris: Editions Caribeennes, 1979.

______. Comme des gouttes de sang. Paris et Dakar: Presence Africaine, 1988.

______. La nouvelle legende de D'Chimbo suivi de Massak. Guyane: Ibis Rouge, 1996.

______. Terres Melees. Mee sur Seine: Editions Akpagnon, 1984.

______. Une fleche pour le pays a l'encan. Paris: P.J. Oswald, 1975.

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Author:Favre, Isabelle
Publication:French Forum
Date:Mar 22, 2004
Words:6530
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