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El estancamiento de la guerra afgana: una perspectiva del realismo estructural.

L'impasse de la guerre afghane: Une perspective du realisme structurel

The Impasse of the Afghan War: A Perspective from Structural Realism

INTRODUCTION

L'Afghanistan est en conflit arme depuis plus de trois decennies, se trouvant a l'intersection des interets geostrategiques de plusieurs puissances, dont la Chine, la Russie et les Etats-Unis (Madrid, 2012). La violence n'est donc pas un phenomene nouveau pour ce pays enclave de l'Asie centrale. Nous pouvons situer le debut des hostilites vers la fin des annees 1970, plus precisement avec la chute du regime en 1978 et l'arrivee au pouvoir du Parti Democratique Populaire d'Afghanistan (Runion, 2007). La prise du gouvernement de Kabul par ce parti a entraine l'invasion du pays par l'Union sovietique, une occupation militaire qui dura jusqu'en 1989. Lorsque les troupes sovietiques perdent la guerre afghane et se retirent, l'Afghanistan plonge dans la guerre civile entre les differents groupes de mujahideens (1) qui revendiquent le pouvoir central. C'est l'un des episodes historiques les plus dechirants pour le peuple afghan puisque la violence a atteint des proportions extremes et les crimes demeurent toujours impunis. Un de ces groupes reussit pourtant a se demarquer et a consolider son pouvoir sur la quasi-totalite du territoire, soit les talibans qui, en 1996 prennent la ville de Kabul et instaure un regime politique strict. Meme si dans un premier temps, les afghan-e-s ont pu se rejouir de la fin de la guerre civile avec l'arrivee des talibans, la violence etait loin d'etre terminee: elle s'est plutot perpetuee et institutionnalisee sous leur regime (Gannon, 2005). C'est ainsi que, apres les attaques du 11 septembre 2001, les Etats-Unis sous l'egide de l'OTAN et avec l'appui militaire de leur allies, envahissent l'Afghanistan a la recherche des << terroristes >> d'Al-Qaeda ayant perpetre et organise les attentats ayant eu lieu en leur sol. Cette periode a ete beaucoup plus longue que prevue: debutant en 2001, elle s'est poursuivie jusqu'en 2014, annee oo les Etats-Unis ont commence a retirer leurs troupes du pays. Actuellement, la periode historique est donc consideree comme << post-guerre >>, bien que les opinions soient tres mitigees sur le sujet (Anctil, 2015).

Cet article porte donc sur la periode << post-2001 >>, c'est-a-dire sur les consequences de la politique etrangere des Etats-Unis en Afghanistan, en partant de la premisse que l'intervention militaire a ete justifiee dans le but d'amener un changement pour la securite nationale des Etats-Unis et de ses allies, mais aussi pour le peuple afghan au regard des droits de la personne, tout specialement pour la << liberation >> des femmes. C'est dans ce contexte, et a partir des questionnements qui surgissent sur la legitimite de la persistance des troupes etrangeres en Afghanistan, que le present article prend forme.

Si plusieurs chercheurs realistes comme Mearsheimer et Walt (2009) se sont opposes a la guerre en Irak, en s'appuyant notamment sur les postulats de Morgenthau en regard des problemes derivant de l'intervention militaire contre des milices revolutionnaires (1969, p. 28), la question afghane a ete beaucoup plus mitigee. De fait, contrairement au cas de l'Irak, les Etats-Unis ont joui d'un appui international important pour legitimer l'intervention et l'occupation militaire de l'Afghanistan en 2001 (Macleod, 2010a, p. 84): les attaques du 11 septembre ont fourni les raisons necessaires pour la premiere puissance mondiale dans sa << guerre contre le terrorisme >> qui a ete presentee comme une menace a sa securite nationale, mais aussi internationale.

Les raisons de l'engagement americain en sol afghan apparaissent a premiere vue, evidentes: l'attaque du 11 septembre etait une atteinte directe a l'hegemonie americaine et la reponse devait etre a la mesure de la << grandeur >> des Etats-Unis afin de preserver son statut international de premiere puissance. Ce qui est moins clair, c'est le maintien de la presence americaine en sol afghan apres plus de quinze ans et les liens de l'occupation avec l'interet national americain. Les Etats-Unis n'ont effectivement pas reussi a eliminer, ni meme diminuer, les actions des insurges; au contraire, la premiere puissance a du changer sa strategie et entreprendre des pourparlers de paix avec les talibans qui soulevent la question de la participation du Pakistan dans le processus (Mashal, 2016). De fait, le panorama s'est complexifie: les activites terroristes sont a la hausse au Moyen-Orient, la menace de Daesh pese sur l'Afghanistan, les pourparlers de paix avec les talibans n'aboutissent pas et, comme le President Obama l'a lui-meme souligne, les forces policieres et militaires afghanes ne sont toujours pas en mesure de faire face a l'instabilite et la violence (Obama, 2016; Chaudet, 2016). A cela s'ajoute les constantes violations aux droits fondamentaux en plus des milliers de victimes de la guerre: 104 000 personnes auraient perdu la vie depuis 2001, dont 31 000 civils selon le Watson Institute for International and Public Affairs (2016).

En ce sens, il apparait important de s'interroger sur la politique etrangere americaine a la lumiere des recents evenements sur le plan international a partir du point de vue du realisme structurel ou neorealisme (2), plus precisement en s'appuyant sur trois auteurs principaux de ce courant: Gilpin, Mearhseimer et Walt. En effet, est-il dans l'interet national americain de poursuivre l'occupation de l'Afghanistan? L'objectif de cet article est donc d'analyser l'occupation afghane par les troupes americaines et l'OTAN a la lumiere des postulats et concepts avances par les neorealistes afin de faire une critique de la persistance de l'intervention militaire et de ses effets negatifs sur l'interet national et la securite des Etats-Unis. Je defends donc la these selon laquelle l'actuelle politique etrangere americaine en Afghanistan va a l'encontre de son propre interet national et, par le fait meme, nuit considerablement aux pretentions d'hegemonie de la premiere puissance mondiale. Pour repondre a l'objectif, l'argumentation sera divisee en deux parties principales: (1) l'analyse de l'engagement des troupes en Afghanistan a la suite des attentats du 11 septembre 2001 et (2) la critique de la persistance des troupes dans ce pays a partir des postulats theoriques de Mearsheimer soutenant l'irrationalite de la poursuite de l'intervention militaire.

L'ENGAGEMENT DES TROUPES ETRANGERES EN AFGHANISTAN: LA DEFENSE DE L'INTERET NATIONAL ET DE L'HEGEMONIE AMERICAINE

Every nation, in every region, now has a decision to make. Either you are with us, or you are with the terrorists. From this day forward, any nation that continues to harbor or support terrorism will be regarded by the United States as a hostile regime.

George W. Bush, 2001

Les termes de George W. Bush etaient clairs aux lendemains de l'attaque du 11 septembre 2001: chaque Etat devait marquer sa place dans l'echiquier politique de la << guerre au terrorisme >> et la premiere facon de le demontrer etait d'appuyer l'offensive americaine sur les talibans. L'enjeu etait de taille: l'hegemonie militaire des Etats-Unis avait ete remise en cause a meme son propre territoire. Il fallait neutraliser la menace transnationale et asymetrique que representaient les acteurs terroristes, mais il fallait aussi assurer une paix regionale relative qui ne permettrait pas une proliferation plus grande d'une telle menace (Macleod, 2010b, p. 128). La position d'hegemon mondial des Etats-Unis lui conferait un avantage militaire mais aussi materiel et culturel pour justifier, devant la communaute internationale, l'intervention sous l'egide de l'OTAN avec la International Security and Assistance Force (ISAF) (Tripathi, 2014, p. 3). Dans cette partie, je presente donc les postulats realistes qui sous-tendent la rationalite de l'invasion de l'Afghanistan dans le contexte post-2001 a partir d'une conceptualisation de l'interet national et de l'hegemonie americaine.

Aux yeux des realistes, classiques ou neo, il demeure absolument clair que l'Etat est l'unite d'analyse des relations internationales comme le souligne Gilpin:

In the modern world, the principal conflict group has been the territorial state whose foremost manifestation today is the nation-state; the modern state has displaced earlier types of political identities, for example, tribes and empires, because it has been more efficient in organizing military power, managing economic affairs, and providing security; for these reasons, individuals have transferred their loyalty from other political entities to the state (1996, p. 7). La protection de l'entite politique est donc au cLur des preoccupations des puissances dans l'ordre international actuel. En ce sens, la protection contre les menaces exterieures asymetriques est fondamentale dans un systeme anarchique et depourvu d'autorite superieure a celle des gouvernements etatiques. Les attaques du 11 septembre 2011 ont bien demontre que les Etats << faillis (3) >> sont plus qu'un probleme humanitaire: ils representent un reel grand danger pour la securite nationale (Walt, 2001/02, p. 62).

La plupart des realistes, de quelque courant qu'ils soient, s'accordent pour considerer l'interet national comme etant << the highest priority ofthe state >>: ainsi, selon Gilpin, les elites qui gouvernent doivent prioriser la securite et la survie etatique afin d'eviter une perte d'independance ou l'atteinte a son integrite (1996, p.7). Si Morgenthau defendait l'interet national en termes de puissance (Batistella, 2009, p. 129; Macleod, 2010a, p. 68), Mearsheimer considere que la crainte et le desir de survivre amenent les Etats a prendre la decision de defendre de facon agressive leurs interets:

The basis of this fear is that in a world where states have the capability to offend against each other, and might have the motive to do so, any state bent on survival must be at least suspicious of other states and reluctant to trust them (1994/95, p. 11).

Ainsi, la premiere puissance mondiale doit assurer sa survie et son hegemonie. Pour les realistes offensifs, il est clair que les Etats doivent << gain as much power as possible and, if the circumstances are right, to pursue hegemony >> (Mearsheimer, 2006, p. 72). La volonte de maximiser la securite de par la nature meme du systeme devient une priorite pour garantir le statut hegemonique (p. 71). Donc, partant de la vision de Mearsheimer, il semble apparaitre que nous pouvons appliquer ses cinq premisses (pp. 73-74) a la decision des Etats-Unis, comme grande puissance, de pousser l'intervention internationale en 2001 contre le regime taliban. Il faut en premier lieu considerer que pour Mearsheimer (4) l'ordre international est fondamentalement anarchique (1), et donc, les Etats-Unis, a la suite des evenements du 11 septembre 2001 ne pouvaient pas compter sur une force superieure pouvant decider de l'intervention. Ainsi, comme les organisations sont l'extension des Etats et de leur puissance (Macleod, 2010a, p. 72), le soutien de l'OTAN etait strategique afin de maintenir la puissance hegemonique des Etats-Unis et renforcer son positionnement comme puissance occidentale dominante. Les Etats qui ont participe a la mission de l'ISAF suivent donc egalement cette premisse: eux-memes defendent leurs interets dans un monde anarchique (Walt, 2001/02) ce qui nous amene a la seconde premisse de Mearsheimer voulant que les Etats soient dotes de capacite militaire (2) d'intervenir en cas d'offensive ou a des fins preventives pour proteger leurs interets puisqu'ils ne sont jamais certains des intentions des autres Etats (3). En ce sens, les Etats-Unis devaient neutraliser la menace que representait le regime favorable aux talibans a Kabul afin d'eviter la menace asymetrique qui pesait contre la puissance, mais aussi pour assurer la survie de l'Etat (4) en lui-meme--la peur etant un facteur crucial dans la reaction agressive d'un Etat. Finalement, les Etats possedent une rationalite instrumentale et donc ils << think strategically about how to survive in the international system >> (Mearsheimer, 1994/95, pp. 10-11). Comme la puissance hegemonique americaine avait ete mise a mal, il s'averait primordial de contrer la menace asymetrique qui pouvait faire contrepoids a cette position mondiale. En effet, comme le reitere Mearsheimer, << States should maximize power, and their ultimate goal should be hegemony, because that is the best way to guarantee survival >> (2006, p. 75).

D'autre part, les neorealistes reaffirment que l'accent doit toujours etre mis sur l'Etat comme acteur unitaire des relations internationales. En effet, il est clair pour cette ecole de pensee que les insurges cherchent a reprendre le controle de l'Etat afghan comme les talibans eux-memes l'ont signifie au mois de decembre 2016: l'independance et le depart des forces d'occupation est pour eux, une condition sine qua non pour debuter les pourparlers de paix (Gul, 2016). En effet, en depit de la nature transnationale des organisations terroristes, il demeure evident que la fin ultime de la plupart de ces forces asymetriques est la structuration d'un Etat, ce qui confirme aussi l'argument de Gilpin voulant que << the state still holds a virtual monopoly over human loyalty >> (1996, p. 26). De meme, et comme c'est le cas pour l'Afghanistan, la plupart des reseaux terroristes recoivent leur financement par d'autres Etats qui, en ce sens, defendent leurs interets strategiques. Dans cette logique, l'Afghanistan represente un Etat << failli (5) >> (Walt, 2001/02, p. 62) qui ne repond pas aux imperatifs du systeme international et, dans le cas qui nous concerne, abrite des factions qui menacent l'integrite des Etats en fournissant un refuge aux << terroristes >> d'Al-Qaeda qui, a leur tour, posait un defi transnational a la securite nationale.

Le terrorisme international, et surtout le fondamentalisme religieux islamiste, est donc devenu le cheval de bataille des Etats-Unis afin d'eviter une autre attaque en sol americain. Il s'agit, en suivant les postulats de Gilpin, de comprendre l'intervention comme etant un calcul rationnel couts-benefices, autant du point de vue moral que materiel: l'Etat intervient puisque ses dirigeants font ces calculs et considere que la guerre est une reponse face a la menace de ses << interets vitaux >> (Macleod, 2010a, p. 75). En ce sens, la securisation de l'Etat afghan est devenue une priorite pour l'interet national americain, la survie de son Etat et le maintien de son statut de puissance hegemonique: l'invasion etait justifiee par << l'existence d'une menace clairement etablie contre les interets nationaux de l'Etat agresseur >> (p. 84). De plus, les Etats-Unis en 2001 etaient en position de pouvoir faire face a la menace que representait l'Afghanistan comme Etat << failli >>: bien que le 11 septembre avait cause beaucoup de victimes, la puissance materielle et economique n'etait toujours pas fondamentalement remise en cause et l'hegemon avait reussi a mobiliser l'interet international dans sa lutte contre le terrorisme, qui s'avere etre une menace reelle pour plusieurs pays et leur securite (Walt, 2001/02, p. 64).

Cependant, l'erosion de la strategie americaine et la longevite de la guerre afghane posent actuellement des defis differents pour l'ordre international et la politique etrangere americaine. Il devient donc important de reflechir sur l'efficacite et l'utilite rationnelle d'une telle strategie quinze ans apres l'invasion de l'Afghanistan par les forces de L'OTAN.

PERSISTANCES DE L'OCCUPATION: MEARSHEIMER ET L'IRRATIONALITE DE LA POLITIQUE ETRANGERE AMERICAINE DEPUIS 2009

En 1983, le Secretaire d'Etat americain Caspter Weinberger proposait six points pour delimiter l'engagement militaire des Etats-Unis hors de ses frontieres. Entres autres, il stipulait que les troupes americaines ne devraient pas etre engagees a l'etranger a moins que le gouvernement en place soit completement assure que leur deploiement assure les << interets vitaux >> des Etats-Unis, qu'il soit certain de gagner et que l'objectif militaire et strategique soit clair (Newland et Johnson, 2007). Mearsheimer argumente dans le meme sens en regard de l'actuelle situation de l'occupation militaire de l'Afghanistan. Ce dernier a largement ete influence par ses reflexions sur le Vietnam et sa propre experience dans l'armee americaine: il en est venu a la conclusion que les grandes puissances commettaient des erreurs tactiques en commencant des guerres dans des pays comme le Vietnam et l'Afghanistan (Schougen, 2012, p. 2). Dans cette section, je vise donc a critiquer la persistance de l'engagement militaire americain a partir du realisme offensif de Mearsheimer a travers l'operationnalisation des concepts suivants: securite nationale, hegemonie, interet national et rationalite.

Obama: le maintien des troupes en Afghanistan au nom de la securite nationale

Dans deux de ses discours, celui de 2009 et 2016, sur la question afghane, Obama reaffirme les postures de son predecesseur sur la securite nationale, insistant sur le caractere mondial de la menace. En 2009, il affirmait que << It is, instead, an international security challenge ofthe highest order >> compromettant ainsi la communaute internationale une fois de plus a la lutte contre le terrorisme, mais surtout, a appuyer la continuite de la mission en Afghanistan. Plutot que de se detacher completement des discours de Bush, Obama realise un deplacement de celui-ci vers la necessite de mener a terme les efforts deja investis dans le pays par la construction de la nation afghane. Ainsi, l'aide des Etats-Unis a l'amelioration de la securite dans le pays est presentee comme essentielle afin d'assurer egalement la securite nationale des Etats-Unis. Il reitere donc:

I've made it clear that I will not allow Afghanistan to be used as safe haven for terrorists to attack our nation again. That's why I constantly review our strategy with my national security team, including our commanders in Afghanistan (2009).

La redefinition de la strategie est donc plus un continuum avec la politique anterieure: la difference reside dans l'insistance sur la construction de la nation afghane, ce qui sera largement critique par les neorealistes comme Mearsheimer (2011) vu l'enorme defi que cela represente. Obama donnera un discours en 2016 dans la meme lignee:

And I strongly believe that it is in our national security interest--especially after all the blood and treasure we've invested in Afghanistan over the years --that we give our Afghan partners the very best opportunity to succeed.

Il tente donc par-la de justifier sa decision de maintenir les troupes americaines et de l'OTAN en Afghanistan en depit des nombreuses critiques a cet egard, incluant la plupart des theoriciens realistes qui s'opposent activement a la continuite de l'occupation du pays. L'interet national est repris dans le discours pour renforcer l'idee de la necessite de la presence des troupes en Afghanistan: les Etats-Unis ne peuvent pas echapper aux devoirs qui viennent avec le statut d'hegemon.

Bien qu'il avoue, lors de son discours de juillet 2016, que la situation politique en Afghanistan soit tres precaire, il devoile son intention de maintenir les forces de consolidation du regime du gouvernement en place. Il est question de maintenir 9800 soldats jusqu'au mois de decembre 2017 afin de former les forces afghanes et pour des operations contre le terrorisme (6800 sous le mandat de L'OTAN avec la mission Resolute Support et 3000 soldats americains avec l'operation Freedom Sentinel) (ecp, 2015, p. 33).

Si Obama a continue de legitimer la presence des troupes en Afghanistan, les realistes, et tout specialement les neorealistes, ont critique la politique etrangere americaine en ce sens face a l'instabilite croissante, la multiplication des groupuscules et les faibles progres democratiques du regime mine par la corruption a Kabul.

L'irrationalite de l'occupation militaire americaine et les perils pour l'interet national

Les realistes et neorealistes sont << motives en premier lieu par un desir d'apporter de l'ordre dans la conduite de la politique etrangere, surtout dans le cas des Etats-Unis >> (Macleod, 2010a, p. 68). Dans cet ordre d'idee, les guerres internationales dans lesquelles ce pays est implique demeurent un objet d'etude de predilection. La plupart des auteurs se positionnent donc dans l'opinion publique et prennent parti quant aux decisions administratives sur la paix et la guerre, comme c'est le cas de Mearsheimer qui a largement commente la situation afghane a partir de ses postulats du realisme offensif. Depuis 2009, il s'engage dans une importante critique sur la presence des troupes que la presente section vise a analyser.

Pour Mearsheimer, la guerre afghane avait l'air, au tout debut, d'une << good war >> pour reprendre les termes utilises dans son article pour Newsweek (2009): pour lui, la victoire initiale sur les talibans n'a ete qu'un mirage. D'une part, il est maintenant clair qu'en Afghanistan, les efforts ont ete tres couteux, le conflit tres long et les resultats de l'intervention de L'OTAN, peu tangibles (Jackson Jr., 2010). Le President Obama a lui-meme avoue que les forces de securite afghanes n'etaient pas en mesure de faire face aux menaces internes et externes des differentes factions d'insurges et plusieurs organismes des droits de la personne reaffirment la volatilite de la situation politique dans le pays (hrw, 2015; ecp, 2015). La securite s'est donc, au contraire, largement deterioree depuis 2006 et la menace talibane ne s'est pas du tout estompee, mais plutot complexifiee (Tripathi, 2014, pp. 4-5). Pour Mearsheimer, la source de ce probleme est simple: << a superpower can often topple a hostile regime with relative ease, but then it morphs into an occupying power without an exit strategy. And that usually generates an insurgency >> (2009).

D'autre part, les Etats-Unis sont maintenant engages sur plusieurs fronts directement ou indirectement, notamment en Syrie, tandis que les guerres d'Iraq et d'Afghanistan ont perturbe l'equilibre de puissance regionale permettant un terreau fertile pour des groupes comme Daesh (Mearsheimer, 2015). Les deux neorealistes Walt et Mearsheimer argumentent effectivement que:

Despite losing most of its original leaders, al Qaeda has metastasized across the region. The Arab world has fallen into turmoil--in good part due to the United States' decisions to effect regime change in Iraq and Libya and its modest efforts to do the same in Syria--and the Islamic State, or isis, has emerged out of the chaos (2016, p. 70).

Il est egalement question de voir les consequences nefastes pour l'economie americaine de maintenir la presence militaire en Afghanistan : plusieurs argumentent que la decision d'Obama ne peut etre soutenue financierement etant donne les multiples fronts sur lesquels se deploient les troupes americaines actuellement (Jones, 2010). Mearsheimer et Walt vont dans le meme sens lorsqu'ils soulignent les couts economiques et humains des guerres d'Afghanistan et d'Irak qui ont coute respectivement << $4 trillion and $6 trillion and killed nearly 7,000 U.S. soldiers and wounded more than 50,000. Veterans of these conflicts exhibit high rates of depression and suicide, yet the United States has little to show for their sacrifices >> (2016, p. 77).

De meme, l'engagement sur plusieurs fronts et l'insistance sur la presence des troupes en Afghanistan pourrait empecher les Etats-Unis de reellement contrer la montee en puissance possible d'un hegemon en Europe ou en Asie (Mearsheimer, 2015).

Dans cette logique, Mearsheimer ainsi que d'autres scientifiques realistes ont exprime leur opposition au maintien de troupes en territoire afghan dans une lettre adressee a Obama:

Today, we are concerned that the war in Afghanistan is growing increasingly detached from considerations oflength, cost, and consequences. Its rationale is becoming murkier and both domestic and international support for it is waning. Respectfully, we urge you to focus U.S. strategy more clearly on al Qaeda instead of expanding the mission into an ambitious experiment in state building (Smith, 2009a).

Comme le mentionne Cordesman (2016), il semble impossible de voir les forces de l'OTAN et des Etats-Unis << gagner >> contre les forces asymetriques et irregulieres afghanes: pour lui comme pour Mearsheimer, la voie militaire n'a visiblement pas fonctionne. Il souligne que les actions devraient etre menees sur une base civile et militaire, et non seulement a partir de la militarisation du territoire. Egalement, les analystes soutiennent que la menace pour les Etats-Unis s'est maintenant intensifiee a la frontiere pakistanaise qui representerait maintenant le danger le plus eminent pour ce pays en regard du terrorisme international. Tout comme Mearsheimer, Cordesman (2016) souligne que les << U.S. has many competing domestic needs and other strategic priorities >> et qu'actuellement, l'<< Afghanistan is simply not a critical item on the present U.S. political agenda >>.

Force est donc de constater que la strategie d'Obama en Afghanistan est trop ambitieuse: l'actuel objectif de forger un Etat moderne et compatible avec les interets americains oo les forces afghanes auraient le monopole du pouvoir est tres utopique en tenant compte du fait que le pays n'a jamais eu de telles caracteristiques (Smith, 2009a). En plus, le gouvernement de Karzai (6) s'est finalement avere corrompu et avec une tres faible influence en dehors de Kabul: les insurges ont reussi a se replier au Pakistan et se confondre avec la population civile (Mearsheimer, 2009).

Ainsi, comme Morgenthau, Mearsheimer considere que la lutte contre une guerilla obscure ne devrait pas entrer dans les priorites de securite nationale des Etats-Unis, pays qui ne devrait pas non plus devenir une force de pacification sur le long terme a travers l'occupation militaire. Les quinze annees de guerre en Afghanistan n'ont pas servi le peuple afghan plus que le peuple americain en ce que la menace terroriste ne s'est pas estompee: il est meme possible d'affirmer que les actions menees par les Etats-Unis ont contribue a augmenter le ressentiment face a la grande puissance et son hegemonie.

La politique etrangere des Etats-Unis ne tient donc actuellement pas compte de la relation couts-benefices et donc, n'est pas rationnellement pensee en termes de maximisation de la puissance. Au contraire, l'occupation afghane est en train de miner l'interet national des Etats-Unis, tout specifiquement sachant que la geographie du pays est propice a la guerilla et que les tactiques militaires employees depuis 2001 n'ont pas fonctionne et ne font que miner la force economique et militaire de l'hegemon (Mearsheimer, 2001).

Finalement, il est possible de comprendre que les postulats de Mearsheimer viennent reaffirmer un point crucial pour la theorie realiste: la necessite de penser << une politique des limites qui reconnait les dimensions destructives et productives de la politique, et qui maximise ses possibilites positives tout en minimisant son potentiel destructif >> (Michael Williams cite dans Macleod, 2010a, p. 78). Ainsi, selon Macleod, l'ethique de la responsabilite << doit etre le fondement moral de toute politique etrangere realiste >> (p. 84). Autrement, les Etats-Unis risquent de compromettre leur interet national, c'est-a-dire qu'ils sont face a ce que Kennedy a appele l'<< imperial overstretch >>, un concept qui renvoie aux dangers encourus lorsqu'il y a une surutilisation du pouvoir militaire par une grande puissance. Selon Kennedy, et cela fait echo aux postures de Mearsheimer, il faudra voir si les Etats-Unis releveront le defis de preserver une:

... reasonable balance between the nation's perceived defense requirements and the means it possesses to maintain those commitments; and whether as an intimately related point, it can preserve the technological and economic bases of its power from relative erosion in the face of the ever-shifting patterns of global production (1991, pp. 514-515).

Ainsi, selon le realisme structurel de Mearsheimer, l'insistance des Etats-Unis a rester en sol afghan est non seulement injustifiee en termes d'interet national, mais elle aussi contre-productive pour assurer la securite de l'Etat americain sur le long terme. Vue autrement, l'occupation actuelle de l'Afghanistan ne garantit en rien la securite nationale ni l'elimination de la menace terroriste a l'origine de l'invasion militaire. Les Etats-Unis devraient donc accepter la defaite et retirer ses troupes de l'Afghanistan (Mearsheimer, 2009).

CONCLUSIONS PRELIMINAIRES

If after 14 years of war the security of Afghanistan continues to deteriorate, and all gains are "fragile"and "reversible," then we must learn the painfully obvious truth: security cannot be coerced by force. It must be built upon trust that comes through peacemaking.

Lindsey Paris-Lopez, 2015

Mearsheimer et Walt reportaient qu'en avril 2016, un sondage realise aux Etats-Unis demontrait que les citoyen-ne-s americain-e-s remettaient en question la politique etrangere de leur pays: 57% affirmaient que << the United States should 'deal with its own problems and let others deal with theirs the best they can >> (2016, p. 70). Comme plusieurs realistes structurels, Mearsheimer et Walt remettent donc en cause la presence militaire des Etats-Unis en Afghanistan en argumentant que celle-ci est contraire aux interets nationaux de la premiere puissance mondiale. Pour eux, les Etats-Unis n'ont pas reussi a garantir la securite ni du peuple afghan ni du peuple americain. Ainsi, la persistance de la presence americaine et de l'OTAN en sol afghan n'a pas contribue a reaffirmer l'hegemonie des Etats-Unis; au contraire, comme argumente dans le present article, elle va a l'encontre de son interet national.

Cependant, comme argumente dans cet article et en depit du desaccord de l'opinion publique, certains auteurs reiterent la necessite de poursuivre les actions militaires en Afghanistan puisque ces dernieres peuvent contrecarrer ce qui serait fatal pour les interets nationaux americains et la securite mondiale (Smith, 2009b). De la meme maniere, Jones argumente ainsi qu'une victoire des talibans a Kabul pourrait aller a l'encontre des interets strategiques des Etats-Unis et signifierait << playing Russian roulette with U.S. security >> (Jones, 2009). Si le raisonnement est base sur une premisse interessante, c'est-a-dire les trois decennies de consolidation des talibans en terre pashtoune (Jones, 2010, pp. 331-332), il sous-estime la fragmentation et l'importance des autres groupes, ne tient pas compte des autres dimensions de la politique etrangere des Etats-Unis et n'evalue pas d'autres facteurs tres importants comme la porosite des frontieres et la croissante instabilite regionale.

En ce sens, et paradoxalement, il s'avere que les liberaux et conservateurs semblent beaucoup plus enclins a l'usage de la force militaire que les realistes eux-memes quand il est question des interets des Etats-Unis a l'etranger (Schougen, 2012). Plutot, les neorealistes Mearsheimer et Walt considerent que la defense des interets americains pourrait se materialiser avec la strategie du << offshore balancing (7) >> qui pousserait les Etats-Unis a mettre vraiment l'accent sur ce qui compte pour la preservation de sa puissance hegemonique: << preserving U.S. dominance in the Western Hemisphere and countering potential hegemons in Europe, Northeast Asia, and the Persian Gulf >> (2016, p. 71).

En effet, comme le mentionnent les neorealistes qui ont signe la carte pour appuyer la fin de l'intervention americaine, il y a tres peu de garanties de succes en Afghanistan et les ressources americaines sont compromises dans un conflit oo l'interet national n'est plus en jeu comme c'etait le cas en 2001. Pour les realistes structurels, il s'agit donc de reorienter la strategie politique americaine en faisant un effort pour appuyer les pourparlers avec les talibans moderes et recadrer les energies de la politique etrangere vers la reelle menace, Al-Qaeda et les autres groupes irreguliers affilies (Smith, 2009a).

En somme, dans cet article, j'ai voulu demontrer la these selon laquelle la persistance de l'occupation militaire en Afghanistan etait contraire a l'interet national americain, a la maximisation de sa puissance et a la securite nationale. Plutot, comme le soutient Mearsheimer (2001), l'objectif principal des Etats-Unis, pour defendre leur securite nationale, devrait etre de combattre les groupes insurges qui, selon l'auteur neorealiste, representent la reelle menace a la survie politique, culturelle et militaire de l'hegemon.

DOI: https://doi.org/10.18601/16577558.n26.07

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Recibido: 14 de enero de 2017 / Modificado: 14 de marzo de 2017 / Aceptado: 13 de abril de 2017

(1) En arabe, du point de vue litteraire, mujahid veut souligner la personne qui s'engage au nom du jihad. Le terme est ici utilise pour faire reference aux groupes islamistes afghans qui s'engagent dans la lutte politique radicale en legitimant leurs actions violentes sur la volonte divine. Comme le mentionne Ahmad, mujahideen est un << Arabic-Persian word referring to the people who believe they struggle for Islam and in the path of God >> (2013, p. 6).

(2) Dans cet article, j'utiliserai comme synonyme le realisme structurel et le neo-realisme puisque je me concentre essentiellement sur Mearsheimer et son realisme offensif tel que compris par Macleod (2010a).

(3) Walt identifie dans ce texte quatre exemples qui se referent aussi au contexte historique dans lequel il ecrit: la Somalie, le Sierra Leone, le Liberia, le Rwanda et l'Afghanistan (2001/02, p. 62).

(4) Il faut ici comprendre que, bien que les premisses de Mearsheimer expliquent la volonte offensive des Etats-Unis aux lendemains du 11 septembre 2001, l'application theorique de celles-ci ne signifie pas que Mearsheimer lui-meme ait ete d'accord avec l'intervention et l'occupation en Afghanistan. De fait, tres tot en novembre 2001, il s'oppose dans un texte du New York Times (2001) a l'approche militaire en regard de la question afghane. Il considere alors plutot que l'accent doit etre mis sur le combat de la force criminelle transnationale que represente Al-Qaeda.

(5) Je suis consciente des multiples debats existants sur les << Etats faillis >>: j'adopte ici la terminologie pour faire echo aux propos de Walt (2001/02).

(6) Hamid Karzai est nomme a la tete du gouvernement de transition en 2001 et posterieurement elu en 2004 jusqu'en 2014, date a laquelle sera elu le president actuel Ashraf Ghani.

(7) Mearsheimer et Walt (2016) comprennent le concept de << offshore balancing >> comme etant une possibilite pour les Etats-Unis de preserver leur statut d'hegemon sans pour autant devoir poursuivre une << grande strategie couteuse. Plus important encore, le << offshore balancing >> permet de maintenir les Etats-Unis plus securitaire sans pour autant perdre sa puissance: au contraire, il s'agit de reaffirmer son hegemonie dans l'hemisphere occidentale.

Priscyll Anctil Avoine, Doctoranda en Ciencia politica y Estudios feministas, Universite du Quebec a Montreal. Maestria en Estudios internacionales de paz, conflictos y desarrollo. Asistente de investigacion, Universite du Quebec a Montreal, Montreal (Canada). [priscyll.anctil@gmail.com].
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Title Annotation:AGENDA INTERNACIONAL
Author:Anctil Avoine, Priscyll
Publication:Observatorio de Analisis de los Sistemas Internacionales (OASIS)
Date:Jul 1, 2017
Words:6930
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