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Domination et servitude dans le Bresil rural contemporain: le <> rural migrant.

RESUME

Cet article se propose d'analyser le phenomene du <<travail esclave>> rural migrant apparu au Bresil depuis les annees soixante. Pour ce faire, il part du discours de travailleurs ruraux liberes d'une situation de <<travail esclave>> pour montrer les differents aspects qui caracterisent la relation de domination du <<travail esclave>> rural migrant (tromperie, dette economique et depersonnalisation). Il s'agira de penser, en la mettant en perspective avec d'autres formes traditionnelles de domination en milieu rural, la specificite et l'historicite du <<travail esclave>>. On montrera ensuite comment le <<travail esclave>> constitue un <<mode d'exploitation>> et une relation de servitude en termes d'exces de domination depassant la relation de dette economique et impliquant un rapport aux droits et a la citoyennete symbolique. Enfin, on elargira la reflexion au contexte global de l'economie capitaliste en montrant comment l'analyse du <<travail esclave>> rural migrant peut contribuer aux reflexions sur l'esclavage contemporain.

Mots cles : Martig, domination, servitude, droits, citoyennete, travailleurs rural migrant, capitalisme, esclavage contemporain

ABSTRACT

This paper aims to analyse the case of rural migrant <<enslaved labour>> which appeared in Brazil in the 1960's. Based on the discourses of rural workers liberated from a situation of <<enslaved labour>>, the article first presents the different aspects which characterize the relations of domination pertinent to rural migrant <<enslaved labour>>: deceit, economic debt and depersonalization. Then, the case of rural migrant <<enslaved labour>> is compared with traditional forms of domination in rural Brazil in order to contextualize the specificity and historicity of <<enslaved labour>>. The second part of this paper argues that <<enslaved labour>> constitute a <<mode of exploitation>> and a relationship of servitude, which includes excess of domination extending beyond the relationship of economic debt and implying the questions of rights and of symbolic citizenship. Finally, the reflection is broadened to the global context of the capitalist economy, showing how further analyzing rural migrant <<enslaved labour>> could contribute to the study on contemporary slavery.

Keywords: Martig, Domination, Servitude, Rights, Citizenship, Rural Migrant Workers, Capitalism, Contemporary Slavery

RESUMEN

Este articulo se propone analizar el fenomeno del <<trabajo esclavo>> rural migrante surgido en Brasil desde los anos sesenta. Para lograrlo, se parte del discurso de los trabajadores rurales liberados de una situacion de <<trabajo esclavo>>, con el fin de mostrar los diferentes aspectos que caracterizan a la relacion de dominacion del <<trabajo esclavo>> rural migrante (engano, deuda economica y despersonalizacion). Se trata de pensar la especificidad y la historicidad del <<trabajo esclavo>> poniendolo en perspectiva con respecto a otras formas tradicionales de dominacion en el medio rural. En seguida se muestra como el <<trabajo esclavo>> constituye un <<modo de explotacion>> y una relacion de servidumbre en tanto que exceso de dominacion que rebaza la relacion de deuda economica y que implica una relacion con los derechos y la ciudadania simbolica. Finalmente, se ampliara la reflexion al contexto global de la economia capitalista mostrando como el analisis del <<trabajo esclavo>> rural migrante puede contribuir a la reflexion sobre la esclavitud contemporanea.

Palabras clave : Martig, dominacion, servidumbre, derechos, ciudadania, trabajadores rurales migrantes, capitalismo, esclavitud contemporanea

Domination and Servitude in Contemporary Rural Brazil : Reflections on Rural Migrant <<Enslaved Labour>>

Dominacion y servidumbre en el Brasil rural contemporaneo : el <<trabajo esclavo>> rural migrante

Introduction

A partir des annees 1960, des journaux bresiliens rapportent des cas de travailleurs ruraux esclavagises ou transportes et vendus par dizaines (Esterci 1996:124). Dans les annees 1970, les premieres denonciations de cas de <<travail esclave>> sont formulees par l'Eglise catholique et sa Commission pastorale de la terre (CPT) pour qualifier des cas de travail rural non libre. Ces cas apparaissent principalement en Amazonie a la suite de l'ouverture de fronts agricoles subventionnes par l'Etat dans le cadre du plan de developpement agricole mis en place par la dictature militaire (Gomes 2012:73). Celui-ci subventionne des grandes exploitations en offrant notamment des avantages fiscaux a des entreprises colonisant et developpant la region amazonienne et qui ont recours a des travailleurs ruraux migrants, une tradition particulierement developpee dans le Nordeste. Les travailleurs ruraux y sont en elfet habitues a migrer quelques mois par an pour gagner leur vie dans des travaux agricoles divers : ramassage de noix, coupe de la canne a sucre, etc. Comme le souligne l'anthropologue Neide Esterci (1996), il existe dilferentes formes de <<travail esclave>>, touchant deux types de travailleurs ruraux: des travailleurs migrants de tradition et des travailleurs ruraux arpentant les routes des campagnes et denommes peoes. Je m'interesserai ici au cas touchant les travailleurs migrants, pour lequel j'utiliserai l'expression de <<travail esclave>> rural migrant. L'objectif etant de s'interroger a la fois sur ce que recouvre la categorie de <<travail esclave>> (1) et sur les enjeux qu'elle souleve quant aux formes de domination des populations rurales dans la societe bresilienne.

Aujourd'hui au Bresil, des cas d'exploitation qualifies de <<travail esclave>> sont recenses dans la majorite des Etats, sous forme rurale comme urbaine, dans des secteurs aussi varies que la construction civile, la confection (textile), la production de charbon, les travaux agricoles, etc. Depuis que le Bresil a officiellement reconnu en 1995 l'existence du <<travail esclave>>, le pays a lance deux plans nationaux successifs de lutte pour l'eradication de ce <<travail esclave>> et plus de 46 479 (2) personnes ont ete liberees entre 2012 et 2014 dans le cadre de mesures mises en place par l'Etat. La categorie de <<travail esclave>> s'est ainsi progressivement diffusee et etablie dans les discours autour de l'exploitation au travail a l'echelle nationale et s'est vue appliquee a une grande diversite de secteurs de production.

La majorite des ecrits sur le <<travail esclave>> rural (migrant) porte sur les enjeux autour de l'usage de la memoire de l'esclavage, et sa (non) pertinence pour qualifier une forme d'exploitation (Gomes 2008, 2012). Ces ecrits abordent le non respect des criteres definissant le travail comme <<analogue a l'esclavage>> dans le Code Penal bresilien (art. 149), le non respect des droits humains, ou encore l'immobilisation et la servitude pour dette (Geffray 1995; Figueira 2008; Figueira et al. 2011).

Dans une perspective d'anthropologie politique, l'objectif de cet article (3) est de se concentrer sur les differentes dimensions et la specificite de la domination du <<travail esclave>> au-dela des criteres juridico-legaux ou d'une reflexion en termes de respect des droits humains. Je me demanderai en quoi cette forme de domination peut ou non etre pensee en termes de servitude, d'asservissement et/ou d'esclavage au-dela d'un usage (metaphorique) de cette expression et des limites et enjeux d'un tel usage (Morice 2005; Paiva 2005; Gomes 2012). Je chercherai aussi a comprendre comment ce phenomene se perennise depuis tant d'annees malgre l'engagement des secteurs de la societe civile dans la lutte contre le <<travail esclave>> depuis 40 ans, et malgre la presentation du Bresil par l'ONU comme leader dans la lutte contre <<l'esclavage moderne>>. Pour cela, je partirai de l'experience et du discours des travailleurs ruraux liberes, pour mieux comprendre comment se construit la domination, et en quoi celle-ci se distingue, ou non, d'autres formes traditionnelles de domination en milieu rural bresilien.

En resume, afin de saisir au mieux les enjeux socioanthropologiques du <<travail esclave>>, plutot que de se demander si la notion est pertinente ou non au regard des critiques et normes juridiques et objectives, voire si elle est anachronique du point de vue de l'historien, cet article s'attachera a etudier les relations sociales constitutives de la domination et de la servitude que recouvre le <<travail esclave>> rural migrant.

Certains travaux critiques sur l'usage de cette notion s'engagent plus souvent sur une discussion autour des enjeux sociaux et symboliques dans une societe post-esclavagiste comme celle du Bresil--une reflexion par ailleurs necessaire--, mais sans pour autant s'attarder sur les dimensions et les composantes reelles de la servitude et sur l'experience qu'en font les travailleurs ruraux. Or, il me semble qu'une comprehension anthropologique du phenomene ne peut faire l'economie de cette dimension. C'est pourquoi cet article s'attachera a decrire et a analyser la servitude du <<travail esclave>> afin de contribuer, a partir du cas bresilien, a la reflexion globale autour des formes de domination et de servitude contemporaines qualifiees, a juste titre ou non, d'esclavage.

Methodologie

Cet article s'appuie sur des recherches postdoctorales effectuees au Bresil autour de la lutte sociale contre le <<travail esclave>>, au cours desquelles j'ai rencontre des travailleurs liberes (4) de situations de <<travail esclave>> ainsi que des membres d'un des acteurs principaux de la lutte contre ce <<travail esclave>> : l'Eglise catholique, a travers la CPT. Au cours de ces recherches, mes reflexions se sont organisees autour de trois axes : le recours aux revendications de dignite utilisees par la CPT et aux activites developpees en lien avec ces revendications en termes de performativite des droits (Martig 2016); les dimensions economiques et sociales de l'experience de la servitude abordees dans cet article; et enfin, les enjeux du recours a la memoire de l'esclavage pour qualifier un phenomene contemporain dans une societe post-esclavagiste (Martig 2015).

Ces recherches m'ont conduit a me rendre au Bresil pour rencontrer les acteurs de la CPT de l'Etat du Piaui engages dans la lutte contre le <<travail esclave>>, ainsi que le directeur de la campagne nationale de lutte contre le <<travail esclave>> lancee en 1997. J'ai egalement participe a des rencontres entre acteurs sociaux engages dans la lutte contre le <<travail esclave>> et contre le gouvernement dans les Etats de Minas Gerais et de Sao Paulo. Sur une information de la CPT de l'Etat du Para selon laquelle des travailleurs ruraux avaient ete liberes, la CPT du Piaui est allee a la rencontre de ces derniers. Elle les a accompagnes dans le processus de reclamation de leurs droits (5) et de demande d'une terre, dans le cadre de la reforme agraire, sous le motif d'exploitation sous le regime du <<travail esclave>>. La CPT a aussi organise avec eux des ateliers de conscientisation des droits pour des travailleurs ruraux enfuis et/ou liberes et aupres de travailleurs ruraux potentiellement exposes au <<travail esclave>>.

Au cours de ce processus d'accompagnement, les travailleurs ruraux en question se sont vus attribuer par l'INCRA (6) le premier assentamento pour cause d'exploitation sous forme de <<travail esclave>>: Nova Conquista (7). J'ai donc sejourne pendant trois mois au Bresil, au cours desquels j'ai realise et participe a des entretiens aupres des membres de la CPT qui ont mene ces actions aupres des travailleurs ruraux de Nova Conquista. Des entretiens ont egalement eu lieu avec des travailleurs ruraux eux-memes, afin de croiser les discours pour mieux saisir le processus de conscientisation des droits et son efficacite. Une vingtaine d'entretiens ont ete realises au total, dix pour les travailleurs ruraux qui ont accepte de revenir sur leur experience du <<travail esclave>>, et dix pour les membres de la CPT. Ces entretiens ont pris place lors de sejours au sein du local de la CPT a Teresina, capitale de l'Etat du Piaui, et d'un sejour a Nova Conquista. J'ai ete introduit a Nova Conquista par les membres de la CPT mais le sejour s'est realise sans leur presence.

C'est donc a partir de ces materiaux, et principalement des entretiens avec les travailleurs ruraux liberes, queje vais etudier ici le <<travail esclave>> rural migrant pour le saisir au regard de leur propre experience subjective. Cette experience est mise en perspective et recontextualisee par rapport aux differentes formes de domination et d'exploitation du milieu rural bresilien.

L'idee est de chercher a comprendre les ressorts et les logiques socioanthropologiques qui sous-tendent la relation de domination du <<travail esclave>>, tout en tentant de penser la specificite de cette forme de domination en milieu rural bresilien. Je reviendrai ainsi dans une premiere partie sur differents moments et aspects de l'experience du <<travail esclave>> en partant des differentes explications et descriptions des travailleurs ruraux liberes eux-memes. Les moments ou aspects decrits dans cette premiere partie permettront de mieux mettre en perspective l'experience dans son ensemble et de faire ressortir les specificites du <<travail esclave>> par rapport aux autres formes de domination du monde rural bresilien preexistantes ou contemporaines. J'aborderai en premier lieu la tromperie et l'endettement initial, puis en deuxieme lieu la fiction de la dette insolvable. Le troisieme aspect aborde concernera l'aspect coercitif, humiliant et deshumanisant des relations de travail. Ensuite, dans une deuxieme partie plus analytique, je reflechirai a comment les differents aspects et moments de l'experience du <<travail esclave>> se distinguent d'autres formes de domination caracteristiques des relations de travail du domaine rural bresilien, dans l'histoire tout comme aujourd'hui. Il s'agit de mieux montrer comment ces aspects et moments constituent une forme extreme de domination pouvant etre qualifiee de servitude, au-dela de la question de la dette. J'eviterai ainsi de rentrer directement, dans cet article, dans la question de la pertinence ou non de de la metaphore de l'esclavage, aspect que j'ai traite ailleurs (Martig 2015). Je souhaite ici inscrire le propos dans une demarche anthropologique inductive partant de l'experience de domination et du discours tenu sur elle par des travailleurs ruraux liberes, tout en la resituant dans le contexte social bresilien.

L'experience du <<travail esclave>> rural migrant

La tromperie et l'endettement originel: exploitation de la vulnerabilite economique des travailleurs ruraux

Les travailleurs ruraux (assentados (8)) de Nova Conquista proviennent tous de la region de la ville de Monsenhor Gil, situee a une soixantaine de kilometres de Teresina, la capitale de l'Etat du Piaui. Ils ont toujours travaille sept a huit mois par an de maniere saisonniere dans les grandes proprietes alentour pour gagner leur vie, migrant pendant les quatre a cinq mois de la saison seche: <<c'est une tradition de migrer pour Sao Paulo, pour le Para, pour n'importe oo>>. D'ailleurs, le fait d'avoir une terre pour la travailler est assimile dans les entrevues a une veritable liberation de la dependance historique aux grands proprietaires. De nombreuses personnes continuent a migrer meme apres l'experience de <<travail esclave>> et l'obtention d'une terre; la migration peut continuer pour une personne rencontree apres une seconde experience de <<travail esclave>>. Ces decisions se comprennent par la necessite materielle dans laquelle se trouvent les travailleurs ruraux; elle les met dans une situation de vulnerabilite economique extreme et d'absence de travail; cela les conduit a accepter de prendre sciemment des risques afin d'ameliorer leur situation: <<c'est la question du chomage quoi, on n'a pas de travail>> (Antonio Marcos); <<je crois que c'est la necessite vraiment qui nous conduit au travail esclave ...>> (Francisco Rodrigo) (9).

Cette forte vulnerabilite economique est exploitee par les recruteurs, ou gatos. Ils en jouent en promettant que les conditions de travail de la fazenda, oo ils proposent d'emmener les travailleurs ruraux, leur permettront de sortir de cette precarite. Le discours se veut seducteur, et c'est d'ailleurs de la que les recruteurs tirent leur surnom de gato ou <<chat>>: pour leur capacite a seduire les travailleurs ruraux. Mais ce jeu de seduction est bel et bien une tromperie. Elle se revele aux travailleurs ruraux des que ceux-ci entreprennent le voyage ou arrivent a destination. Tous les elements avantageux avec lesquels le gato a su jouer ne sont pas respectes; au contraire il va falloir payer pour pouvoir les acquerir, et ce, a un prix moyen superieur et impose par les intermediaires. Tout ce qui devait etre pris en charge par la fazenda se retrouve en fait etre payant, et a un prix exorbitant :

Il a promis qu'il y avait un logement, que la nourriture etait payee par la fazenda, le billet de voyage ... On a demande si c'etait declare, il nous a dit que oui : 600 reais mais payes a la production. Apres trois jours il est revenu avec des outils ... Il nous a vendu la toile plastique, les casseroles, les plats, tout a ete vendu.

Francisco Rodrigo

La faucille, la machette, les bottes ... tout la-bas nous devions tout payer. Il notait, sans qu'on sache le prix de rien ... La machette qui coutait 10 reais, elle passait a 60, 70 reais.

Lenilson

Si la tromperie est donc au fondement du recrutement des travailleurs ruraux, ce recrutement est sanctionne par la dette originelle reelle contractee par la majorite des travailleurs ruraux lors de leur enrolement dans leur village d'origine. En effet, en plus du prix du voyage qu'on leur demande de rembourser dans le cadre de la tromperie, une somme leur a ete proposee et a ete donnee a certains avant meme leur depart, pour subvenir aux besoins de leurs familles. Il s'agit d'une <<avance>> pour mieux les rendre redevables et concretiser leur assujettissement.

A l'image de cette avance et dette originelle, l'endettement et la dimension economique de la relation de domination jouent un role de premier plan dans l'assujettissement.

La fiction de la dette: domination et economie

La dette originelle etant imposee a travers la tromperie, toute la suite du sejour des travailleurs ruraux va etre rythmee par l'espoir et les efforts pour reussir a payer leur dette. Or, comme le rapportent dans les entretiens les travailleurs ruraux de Nova Conquista, meme apres plusieurs mois, la dette n'etait toujours pas remboursee, voire remboursable. Et ce, malgre le fait qu'ils travaillaient tous les jours, fins de semaine et jours feries compris, sans repos. Cette veritable <<pierre de Sisyphe>> s'explique par la creation, de la part des gatos et des contremaitres, d'un <<marche captif>> independant du marche libre exterieur. Elle s'explique aussi par le fait que la valeur de remuneration de la production des travailleurs ruraux est fixee de sorte qu'ils ne puissent pas rembourser leur dette, sauf dans de tres rares cas.

Dans Chroniques de la servitude en Amazonie bresilienne : essai sur l'exploitation paternaliste (1995), Christian Geffray decrit cette situation a partir du cas des collecteurs de caoutchouc, oo les travailleurs se retrouvent <<projetes et confines hors de la sphere marchande ordinaire>> (Gelfray 1995:24). Ainsi, tout comme dans le cas des seringueiros, dans le cas du <<travail esclave>>:

En verrouillant collectivement l'acces au marche de la population des clients, les patrons s'imposent aux yeux de leur clientele comme le vecteur unique, ombilical, de l'acces aux marchandises produites et vendues dans un autre monde.

Geffray 1995:25

Les entretiens montrent bien le paradoxe selon lequel les travailleurs sont conscients d'etre voles ou arnaques, mais acceptent dans une certaine mesure de jouer le jeu, comme si la dette etait <<indiscutable>>. Alors, si on ne parvient pas a la solder et que l'on ne veut pas disparaitre (mourir sur le lieu du travail), la seule issue est, comme le rapporte Geffray pour les seringueiros (ibid. : 30), la fuite, avec le risque d'etre poursuivi et abattu (10). L'objet du livre de comptes servant a marquer les dettes des travailleurs ruraux n'est en fait qu'une <<fiction comptable, qui est elle-meme la forme revetue par des transferts materiels et des liens sociaux plus profonds>> (ibid.: 32). Cette fiction de la dette, ou <<fiction marchande>> (ibid. : 48), que Neide Esterci (1996) qualifie <<d'immobilisation par la dette>>, participe a une certaine naturalisation des inegalites sociales decrite par Geffray pour les collecteurs de caoutchouc :

Les collecteurs eprouvent leur condition d'obliges comme une disposition presque naturelle : la oo les patrons s'erigent entre eux et le marche, au pole d'une substitution vitale a leurs yeux, et au-dela de la fiction d'une dette financiere. La dette verrouille, en la chiffrant, l'obligation des clients. [...] C'est un tour de vis supplementaire qui les rive d'autant plus fermement a leurs obligations, qui revetent un caractere strictement personnel.

Geffray 1995:33

Deux aspects de la description de Geffray me semblent importants a retenir en ce qu'ils permettent de penser la specificite du <<travail esclave>> rural migrant. Premierement, en parlant du <<caractere strictement personnel>>, Geffray fait ici reference au fait que les relations de domination entre seringueiros et patrons sont personnalisees. Elles lient les deux parties personnellement dans une relation inegale d'obligations reciproques oo la soumission est acceptee en echange d'une protection et d'une redistribution. Cette redistribution conduit a percevoir un patron qui redistribue comme un bon patron. Ces liens prennent la forme, bien connue en milieu rural bresilien, des relations de parrainage, oo les patrons sont, par exemple, les padrinhos et les fils des travailleurs les afilhados (11). Cette precision est importante, car elle introduit ici un aspect de la relation qui s'avere incontournable pour bien comprendre les rapports de domination en milieu rural bresilien: la <<domination personnelle>>. Elle permet ainsi, dans le meme temps, de mieux comprendre la specificite du <<travail esclave>> rural migrant. En effet, dans les cas des seringueiros rencontres dans les annees 1990 par Christian Geffray, l'isolement geographique complet de ces derniers jouait un role important dans la personnalisation des relations de domination. En revanche, dans le cas du travail migrant, comme par exemple les ramasseurs de noix ou castanheiros, on ne retrouve pas la personnalisation des relations de domination, et les travailleurs sont payes en argent et non pas en nature, comme c'est le cas des seringueiros. Cependant, Christian Geffray remarque que :

Le caractere saisonnier du travail ne met pas en cause la structure de fiction marchande, a laquelle collecteurs de caoutchouc et ramasseurs de noix se trouvent identiquement assujettis, mais il pese probablement sur le rapport de force presidant a l'imposition des prix par les patrons: le travail des castanheiros est comparativement mieux <<retribue>> que celui des seringueiros.

Geffray 1995:48

Dans le cas du <<travail esclave>>, il y a un isolement geographique et une coupure forcee avec le marche exterieur qui rendent les travailleurs <<captifs>> du marche local materialise par l'espace du barracao', c'est la que se vendent les produits et que se trouve le livre de comptes. Mais il n'y a pas pour autant de personnalisation des relations. A l'inverse, la coercition physique est une caracteristique qui permet de comprendre la dimension extreme de ce rapport de domination. Extreme dans le sens oo il combine differents aspects d'autres formes de domination mais oo il ne possede pas de regulation symbolique ni physique ...

Coercition physique et humiliation : domination et violence

Ce n'est pas de l'esclavage en effet, mais a certains egards c'est plus grave. Car les esclavagistes d'autrefois, qui achetaient leurs travailleurs sur le marche, etaient soucieux du bon fonctionnement et de la perennite des capacites productives de leurs acquisitions, ils avaient a coeur de les entretenir et de subvenir aux besoins elementaires de la descendance qui surgissait eventuellement, avec le temps, dans leur entourage.

Geffray 1995:63

Au-dela de la coercition resultant de l'isolement geographique, celle-ci s'exerce aussi par une violence physique exhibee a travers des armes et des formes d'humiliations repetees, vecues comme deshumanisantes. Les travailleurs decrivent notamment des pratiques de depersonnalisation basees sur le retrait du nom et les assimilant a leur Etat d'origine:

Quand on perd le nom, qui perd son nom d'origine. Je pense que, si quelqu'un le cherche, il ne le retrouve pas. Je pense que le changement de nom, de nous appeler seulement de Piaui, c'est parce que si quelqu'un nous cherche ... Ils changeaient le nom des gens pour que les familles ne les retrouvent pas.

Franciano

La premiere chose que vous perdez dans ce vieux monde quand on sort de sa terre natale, c'est votre nom d'origine parce qu'ici mon nom est Francisco, mais quand je sors d'ici pour le Para, ca devient Piaui, c'est seulement Piaui. Votre nom n'existe plus, la-bas il n'existe plus c'est seulement Piaui ... Donc le travail esclave commence deja ici, vous perdez votre nom d'origine.

Lenilson

La premiere chose qu'une personne perd c'est le nom, a partir de la le nom est Piaui pour un tas de personnes, Piaui par-ci, Piaui par-la ...

Francisco Rodrigo

Pour certains, cette pratique a meme pour but d'eviter de retrouver facilement des individus, comme si, par exemple, leurs familles les recherchaient. A cela s'ajoute du harcelement moral a travers certaines paroles qui sont restees gravees dans la tete des travailleurs. De la meme maniere, le port constant des armes par les contremaitres ou gatos participe d'un contexte de pression psychologique violente.

Les conditions <<degradantes>> ou humiliantes pour les travailleurs ruraux se donnent aussi a voir par les conditions materielles dans lesquelles les travailleurs sont loges et nourris:

Le logement etait bien degradant, une baraque pour 16 ... Tous dans des hamacs... L'eau qu'on buvait etait celle avec laquelle nous nous lavions aussi.

Joao Paulo

L'eau qu'on buvait c'etait la meme que celle que les animaux buvaient, celle avec laquelle on lavait le linge, les casseroles, se lavait ... Tout au meme endroit comme des animaux, avec le betail ... Il n'y avait pas de toilettes, rien...

Antonio Marcos

Apres nous avions su que la viande qu'on nous envoyait n'etait pas adequate aussi. C'est du betail qui etait mort apres avoir mange une herbe, et nous etions surpris parce qu'on nous envoyait un boeuf a manger ...

Flavio

Des usages de la categorie de <<travail esclave>> par les travailleurs ruraux

Comme cela a ete dit plus haut, l'usage de la categorie de <<travail esclave>> pour qualifier le travail rural non libre ne provient pas des travailleurs ruraux, mais de la CPT. Malgre une experience traumatisante et vecue comme deshumanisante, les entretiens avec les travailleurs ruraux liberes montrent qu'ils ne qualifient leur experience de <<travail esclave>> qu'apres que la CPT leur ait fait prendre conscience qu'il s'agissait d'une situation de <<travail esclave>>.

Personne ne savait ce qu'etait le travail esclave jusqu'a ce que la CPT fasse la reunion nous expliquant ce qu'etait le travail esclave ... Et c'est parce qu'elle nous l'a explique quand on est arrives ici qu'on a commence a penser que c'etait du travail esclave, on n'avait pas de moyen de savoir ... Avant on ne savait pas ce qu'etait le travail esclave mais apres qu'ils l'aient dit, des fois dans notre propre ville, on souffre de ca, on travaille pour un an ou un mois et au final on a droit a rien ... La-bas on ne recevait rien, on ne faisait que travailler ... Avec un revolver, un fusil et tout ... tout le temps ...

Antonio Marcos

Bon dans mon cas je pense que j'etais esclave vraiment parce que deja le gato nous a comme achetes avec l'argent qu'il a donne et nous sommes partis deja avec une dette, la fausse promesse qu'il a faite et les droits que nous n'avons pas eu la-bas. Nous avons eu tous nos droits nies, nous n'avions pas de logement adequat, la situation de travail qu'on avait c'est que pour des esclaves ...

Flavio

De cette facon je suis un esclave, parce que la oo les droits sont nies on n'est plus un etre humain, on est un etre humain mais brut, animal ...

Franciano

Le fait que la categorie n'ait pas emerge des travailleurs ruraux est a mon sens revelatrice de deux points : la difficulte a se saisir d'une categorie historiquement assimilee a une posture de victime et negative pour s'autoqualifier; et la normalisation des inegalites sociales au travail, liee a la constitution des travailleurs ruraux comme une population subalterne. Ce dernier point permet notamment de comprendre l'importance de la CPT comme mediateur entre les travailleurs ruraux et la societe bresilienne.

La grande difficulte des travailleurs migrants est d'assumer la realite. Je crois qu'on a honte de dire qu'on est alle faire un travail et qu'on a ete esclave a cause du prejuge de sortir dans la rue et que les gens disent : <<Regarde, voici l'esclave qui travaillait au Para>>.

Lenilson

A partir de la, il est interessant de remarquer comment les travailleurs ruraux s'approprient ensuite le discours de la CPT et la categorie de <<travail esclave>> pour repenser plus largement leurs situations de travail passees, celles de proches, ou encore d'autres situations contemporaines pour les denoncer grace a cette expression.

C'etait deja arrive a mon pere, j'etais petit mais je me rappelle que ca lui est arrive. C'est arrive dans l'Etat du Maranhao et il est arrive avec la meme histoire ... Le gato etait venu, c'etait un ami d'enfance ... Arrive sur place c'etait la meme chose.

Francisco Rodrigo

La-bas, la coupe de la canne c'est la meme chose, c'est le meme rythme que le travail esclave, la difference c'est le contremaitre qui menace. Il y a des gens qui disent que ce n'est pas du travail esclave, mais moi je dis que c'en est.

Francisco Rodrigo

Le travail esclave de la canne c'est que vous devez produire 4 tonnes par jour parce que pour qu'un etre humain produise 4 tonnes par jour il faut mettre beaucoup de force ... Ici les proprietaires terriens nous louent leurs terres, mais au final on travaille juste pour eux ... et apres j'ai commence a penser, apres que la CPT m'a ouvert les yeux j'ai regarde d'une facon, d'une autre et Dieu a commence a m'aider a faire la part des choses. Et la, je me suis dit, c'est aussi du travail esclave, c'est pas le meme travail esclave que ce qu'on faisait dans le Para mais c'est aussi du travail esclave parce qu'on produisait pour eux, on n'avait droit qu'a une petite chose.

Antonio Marcos

Avant je travaillais ici pour des fazendeiros comme un esclave, je faisais la culture pour les proprietaires, je divisais et je lui donnais la moitie ... aujourd'hui non, je n'abandonne cette terre pour rien parce que ce que je produis ici c'est a moi, c'est a moi je suis sorti du travail esclave et c'est pour ca queje dis que <<je suis libre>> ... Je ne regrette rien, je regrette juste de n'avoir pas appris les choses sur le travail esclave plus tot.

Flavio

Aujourd'hui, je me considere libre du travail esclave parce que tout ce que nous produisons est a nous. Si nous produisons peu c'est a nous, si nous produisons beaucoup c'est a nous. Je ne vis plus avec la meme obsession de courir le monde. Je me considere libre du travail esclave ...

Franciano

Cette reinterpretation de leurs experiences passees, ou d'autres situations contemporaines comme celles de la coupe de canne a sucre, est permise du fait de la distinction qui s'etablit entre l'esclavage passe et le <<travail esclave>> contemporain, notamment en assimilant la situation de <<travail esclave>> a la negation des droits.

Elle nous a donne des informations pour dire que le travail esclave contemporain aujourd'hui ce n'est plus l'esclavage d'avant oo les personnes etaient attachees aux pieds avec des cordes, les personnes qui se trainaient et le gars les battant, c'est comme le telephone, le travail esclave se modernise. Il se modernise et il devient toujours plus moderne pour dejouer les controles et ceux qui ne comprennent pas. On ne comprenait pas. Aujourd'hui on sait parce que la CPT nous a appris.

Lenilson

J'ai decouvert que le travail esclave c'est la personne qui nous retire nos droits, les puissants. J'ai compris apres que la CPT est venue faire une reunion. Aujourd'hui, je peux parler avec un collegue pour lui dire ce que c'est le travail esclave, ce que j'ai vecu, ce que j'ai vu.

Francisco Rodrigo

Apres avoir connu ca on a une idee de ce qu'est le travail esclave, a la fin on sait oo aller reclamer les droits du travailleur, sur ce point la CPT a beaucoup aide parce qu'on ne connaissait rien de ces questions du travail, du paiement ... on ne comprenait pas ...

Antonio Marcos

L'assimilation de la categorie <<travail esclave>> avec des situations de negation de droits fait ressortir un rapport au droit qui se traduit en termes d'ignorance et de sentiment de non legitimite a reclamer des droits dont les travailleurs ruraux sont pourtant formellement porteurs. Il s'agit d'un sentiment lie a la constitution sociohistorique des travailleurs ruraux comme une population subalterne (Martig 2014) et qui n'avait pas echappe a Geffray: <<Ils ne sont peutetre pas convaincus d'avoir pour eux le vrai droit>> (Geffray 1995:51).

En resume, l'usage et la comprehension des categories <<esclave>> et <<travail esclave>> par les travailleurs ruraux pour decrire leur experience permet de reveler la normalisation des formes d'exploitation en milieu rural et le lien de cette normalisation avec l'absence de conscience des droits dont sont porteurs les travailleurs ruraux.

Specificites du travail esclave comme forme de domination rurale au Bresil

Afin de mieux saisir les specificites du <<travail esclave>> rural migrant, il est necessaire de l'historiciser, ce qui permettra de comprendre ce qui le distingue d'autres formes traditionnelles de domination.

Parmi les anthropologues qui se sont interesses aux liens entre la servitude et la domination figure Gerard Althabe, qui a fait de cette question un des fils conducteurs de ses nombreuses recherches dans differentes societes. Ses travaux (12) permettent notamment, comme le rappelle Louis Moreau de Bellaing, de penser le rapport entre domination et servitude a partir de la question de la soumission. Moreau de Bellaing rappelle ainsi comment, selon Althabe, c'est <<l'exces de domination>> qui <<semble avoir transforme la vie sociale en servitude>>--une servitude, dans le cas des communautes malgaches etudiees, consideree comme loin d'etre volontaire au sens de La Boetie, mais, au contraire, comme <<une servitude subie, parce que de toute evidence, il est impossible de faire autrement, sauf a se revolter>> (Moreau de Bellaing 2005:161).

Penser la servitude au sens d'Althabe, en termes d'<<exces de domination>>, me semble pertinent pour penser le cas du <<travail esclave>> rural migrant bresilien, notamment pour le distinguer des autres formes de domination et de leurs formes de regulation diverses. En effet, la oo la domination est regulee symboliquement et a l'aide d'une economie morale a travers la domination personnelle et l'affiliation entre patrons et travailleurs--comme dans le cas des seringueiros de Geffray ou celui des moradores contemporains du Nordeste du Bresil--, le <<travail esclave>> rural migrant se caracterise par la depersonnalisation des travailleurs et une coercition physique violente. La oo Geffray decrit une certaine marge de manoeuvre des collecteurs de noix, due au fait qu'ils sont migrants et qu'il faut entretenir un potentiel retour, c'est l'impossibilite d'aller et de venir qui s'impose dans le cas du <<travail esclave>>. Les differentes formes de regulation de la domination dans d'autres formes du milieu rural sont donc absentes dans le cas du <<travail esclave>>, laissant litteralement libre cours a un <<exces de la domination>> au sens d'Althabe, et a une situation de servitude et d'enfermement dont la seule sortie possible reside dans la fuite (et le risque de mourir en s'enfuyant) ou la liberation. Or, pour Althabe, la transformation de la vie sociale en servitude, rappelle Moreau de Bellaing, passe concretement par:

La cloture de la vie sociale quotidienne, de telle sorte que, comme dans la feodalite europeenne ou comme dans l'oppression des femmes, on ne peut en sortir sans casser le systeme qui la produit ...

Moreau de Bellaing 2005:162

Cette cloture suppose differentes formes de soumission: une soumission imposee, par le biais des impots et de la fiscalite notamment; et une soumission subie, qui se manifeste par des attitudes d'humilite. Cette reflexion en termes de soumission nous permet de penser la servitude et l'asservissement en dehors des criteres juridico-legaux definis pour qualifier le <<travail esclave>>, et aussi d'elargir la reflexion au-dela de la dimension economique de l'asservissement travaillee par Geffray. Cela permet egalement de voir comment se construit socialement la domination en termes d'exces et de formes de soumission a la fois imposee et subie, comme le sont la fiction de la dette (insolvable) et les formes d'humiliation dans le cas du <<travail esclave>> rural migrant. Et ce, en approfondissant notamment la question du rapport au droit soulevee dans les discours des travailleurs ruraux.

Pour comprendre ce rapport au droit et ce qu'il nous revele sur le <<travail esclave>>, ainsi que les formes de domination en milieu rural, il faut se replacer dans un contexte social plus general lie aux modes de construction sociohistorique de la citoyennete bresilienne.

Droits, domination et citoyennete symbolique

Dans ses travaux, Geffray avait realise cet elargissement de la reflexion au contexte social bresilien dans son ensemble. En cherchant a comprendre comment <<les collecteurs acceptent [...] de soumettre leur travail, fort penible, a un regime d'extorsion si integral [...]>> (Geffray 1995:23-24), il a etendu sa reflexion sur le cas des seringueiros a ceux de travailleurs ruraux et a construit sa theorie du <<modele d'exploitation paternaliste>>. Yann Guillaud explique comment <<la collecte du caoutchouc sylvestre, oo le maitre prend la figure d'un pere pour assoir sa domination, en est l'exemple typique>> (Guillaud 2009:219). A partir de la, Geffray elargit sa reflexion aux ramasseurs de noix, au cas de populations indiennes exploitant le minerai d'or, puis, a la fin de l'ouvrage, a la politique au Bresil. Si son intuition est bonne, il semble que son modele soit errone a certains niveaux. Geffray part de l'Amazonie pour etendre ses reflexions et constituer un modele visant tout le pays, alors qu'en fait l'origine des pratiques d'exploitation rencontrees en Amazonie se situe dans la construction sociohistorique du pays et de la citoyennete au Bresil, comme le montrent des travaux classiques de la sociologie et de l'anthropologie rurale bresiliennes et bresiliannistes.

L'explication de Geffray en termes <<d'exploitation paternaliste>> peche en effet a mon sens a deux niveaux: elle fait l'impasse sur des travaux classiques portant justement sur la question des rapports de domination autour des relations de travail (Franco 1969; Queiroz 1973; Palmeira 1977; Prado Junior 1979; De Souza Martins 1981; etc.); et, deuxiemement, elle part en consequence de la projection par l'auteur d'une categorie europeenne pour decrire un phenomene deja decrit et qualifie dans la sociologie et l'anthropologie rurales bresiliennes, notamment a travers la <<domination personnelle>> (Franco). Cela empeche Geffray de voir la coexistence historique de relations de travail sous la forme de la domination personnelle et de l'esclavage formel. L'auteur situe plus sa pensee dans l'idee d'un heritage de pratiques esclavagistes (Geffray 1995:122). Une consideration qui a neanmoins l'avantage d'orienter la reflexion sur les liens entre esclavage/travail libre/travail non libre dans les societes capitalistes liberales.

Ainsi, l'auteur aurait pu faire des rapprochements avec d'autres travaux centraux de l'anthropologie et de la sociologie rurale bresiliennes un peu plus anciens, voire contemporains de ses recherches (Garcia 1993; Sygaud 1996). Il aurait vu que, contrairement a son affirmation, la litterature academique, bresilienne comme bresilianniste, depasse le simple constat de l'exploitation et introduit des elements qui manquent a l'auteur pour renforcer sa demonstration: la dimension morale de l'exploitation personnelle (Franco, Palmeira, Sygaud); la constitution sociohistorique de la population des travailleurs ruraux comme une population subalterne (Franco, Queiroz, Prado Junior, De Souza Martins); les liens avec la genese de la citoyennete au Bresil (Sales 1994); puis, posterieurement aux ecrits de Geffray, le sentiment d'inferiorite chez les pauvres au Bresil (Souza 2006), parmi lesquels les travailleurs ruraux (Martig 2014).

Decrivant la genese de la construction de la citoyennete bresilienne, Teresa Sales (1994) utilise le concept de <<citoyennete concedee>> pour evoquer la dependance des hommes libres et pauvres face aux faveurs et aux <<dons>> des seigneurs des terres a l'epoque de l'esclavage. Selon elle, il s'agit de l'expression premiere de la citoyennete bresilienne, dont l'influence se fait encore sentir dans les relations sociales contemporaines. Derriere le mecanisme de domination sociale impliquant des sentiments de loyaute et de fidelite a travers la domination personnelle, ce sont aussi l'exercice de la citoyennete et celui de l'acces (in)direct aux droits qui sont en jeu. Les premiers droits civils necessaires a la liberte individuelle--d'allee et venue, de justice, de droit a la propriete, de droit au travail--etaient des droits auxquels les travailleurs ruraux avaient acces en tant que dons du seigneur (ibid. : 30). Paradoxalement, la <<citoyennete concedee>> est donc liee a la non citoyennete de l'homme libre et pauvre qui depend des faveurs du seigneur territorial pour acceder aux droits elementaires de la citoyennete civile (ibid. : 26). Les reflexions de Sales sont d'un grand apport pour comprendre que la pauvrete au Bresil, comme celle du travailleur rural, n'est pas un etat simplement lie a la condition economique, mais aussi a une condition de soumission politique et sociale. Cela rejoint l'idee defendue par Celi Pinto (2008:56), selon laquelle les citoyens bresiliens se percoivent comme inegaux, ce qui n'est pas sans faire echo au rapport au droit evoque par les travailleurs ruraux dans leurs discours.

Les travailleurs ruraux, a l'instar des pauvres au Bresil, peuvent ainsi se percevoir comme inferieurs et illegitimes a reclamer des droits, ce qui va generer une certaine resignation face aux formes d'exploitation auxquelles ils peuvent etre assujettis. A partir d'une approche historiographique, Jesse Souza (2006) utilise l'expression de <<sous-citoyennete>> pour decrire le sentiment d'inferiorite present d'une maniere generale chez les pauvres au Bresil. Il la considere comme un habitus de citoyennete de seconde zone, ce que j'ai qualifie par ailleurs de <<vulnerabilite en termes d'estime de soi>>; elle resulte du pouvoir subalternant (13) des relations de domination en milieu rural.

Servitude, travail non libre et capitalisme

La perennisation de multiples formes de travail non libre et de servitude pour dettes, au Bresil comme ailleurs, questionne la nature des societes capitalistes liberales en ce qu'elle met en lumiere la coexistence de formes de travail libres et non libres, remettant ainsi en cause le mythe des societes liberales capitalistes comme haut lieu du travail libre.

A ce sujet, Tom Brass, suivi en cela de Yann Moulier-Boutang (2005: 1078), a montre de differentes manieres comment le travail non libre est compatible avec le capitalisme :

Le travail non libre n'est pas seulement compatible avec des forces de production relativement avancees mais il remplit aussi le meme role que la technologie dans le processus de lutte des classes: le capital les utilise tous les deux pour rendre moins cher, pour discipliner, ou pour remplacer du travail libre salarie.

Brass 1986:51 (14)

Developpant sa reflexion a partir des cas du Perou et de l'Inde, Tom Brass constate que :

C'est precisement quand les travailleurs ruraux commencent a exercer leur liberte de mouvement ou a negocier l'acces a des benefices comme de plus hauts salaires, de meilleures conditions de travail, des temps de travail plus courts, etc., dans le processus de constitution d'un marche libre du travail que le capital cherche a renverser le rapport de force en sa faveur en restreignant, une fois encore, la mobilite sociale des travailleurs.

Brass 1986:51 (15)

Brass (1986:56), comme Moulier-Boutang (2005) par la suite, affirme que l'existence de bonded labour pour des sans terres ne suggere pas tant une survivance <<precapitaliste>> ou quelque chose de plus recent qu'une forme introduite et entretenue par le capitalisme.

Il est interessant de voir comment ces observations s'appliquent au Bresil, oo paradoxalement, c'est au moment de l'introduction des droits sociaux a la campagne que les patrons ont rompu avec leurs fonctions redistributrices et que se sont developpees des relations de travail plus depersonnalisees (Sygaud 1996), sans que, pour autant, ne disparaissent des pratiques de surexploitation, de plus-value, ou des pratiques courantes d'appropriation, par exemple, d'une portion de la quantite de canne a sucre: une partie seulement va etre payee, l'autre <<disparaitra>> en faveur du patron. Comme l'a montre Jose de Souza Martins (1994), l'apparition du <<travail esclave>> sur le front amazonien est liee a l'introduction des droits sociaux a la campagne pendant une periode de mobilisation croissante dans les campagnes qui a eu pour consequence l'acceleration du coup d'Etat militaire. Cela illustre <<un changement dans le modele d'emploi>> qui s'inscrit, selon Brass (1986:60), dans une restructuration du capitalisme au sein duquel les formes les plus couteuses de travail libre ont ete remplacees par des formes moins couteuses, c'est-a-dire recevant des paiements moins chers, sans droits a des cotisations sociales salariales.

Cette reflexion sur la coexistence des formes de travail non libres et du salariat libre dans le capitalisme fait emerger deux elements importants pour comprendre les enjeux socioanthropologiques du <<travail esclave>> bresilien, et plus largement les debats autour de <<l'esclavage moderne>>: l'inscription de ces pratiques dans l'economie capitaliste globalisee, et le mythe de la pensee liberale qui associe les societes modernes et capitalistes a la liberte et l'esclavage aux societes precapitalistes. En effet, pour l'anthropologue Julia O'Connel Davidson:

La pensee liberale [est] basee sur le postulat que les societes modernes trouvent leurs dans un contrat social qui garantit au peuple une liberte politique et economique [...] ce qui permet de situer les arrangements politiques et economiques dans les democraties capitalistes, et de renvoyer formellement l'esclavage dans le monde traditionnel et pre/non capitaliste, construisant ainsi une opposition claire entre esclavage et liberte.

O'Connel Davidson 2010:245 (16)

La performativite de ce mythe se voit renforcee par la condamnation et l'abolition globale du statut officiel d'esclave, et elle rend d'autant plus difficile de penser aujourd'hui, c'est-a-dire en contexte global post-abolitionniste, au-dela des termes de <<trafic>> et de <<victimes>> denonces par les discours gouvernementaux ou d'institutions internationales principalement focalisees sur l'exploitation sexuelle (O'Connel Davidson 2010; Bunting et Quirk 2014). Pourtant, les situations dites <<d'esclavage>> et celles dites <<de servitude>> relevent de formes d'injustices inherentes aux limites des formes de democratie et au fonctionnement des capitalismes au sein d'une economie globalisee.

Conclusion

Comme j'ai essaye de le montrer, le <<travail esclave>> rural migrant constitue une forme de servitude specifique par rapports aux autres formes de domination du milieu rural bresilien qui se caracterise, comme l'a indique Geffray, par un mode d'exploitation d'un groupe par un autre, et par un exces de domination. L'exploitation des travailleurs ruraux est facilitee par leur vulnerabilite economique et en termes d'estime de soi. Mais c'est l'<<exces de domination>> au sens d'Althabe qui permet veritablement de parler de servitude et de soumission. Cet exces se caracterise par l'absence des modes de regulation symbolique et physique presents dans d'autres formes de domination. Ce a quoi s'ajoutent des pratiques d'humiliation et de depersonnalisation des travailleurs ruraux. Or, comme nous l'avons montre ici et deja aborde dans d'autres travaux, ces populations ont ete sociohistoriquement constituees comme des populations subalternes et percues comme des alter inegaux inferieurs a d'autres citoyens, en l'occurrence aux proprietaires terriens les exploitant. Ainsi, le <<travail esclave>> rural migrant au Bresil peut se comprendre a partir de l'etude des manieres dont les travailleurs ruraux sont percus et se percoivent comme des citoyens inferieurs, c'est-a-dire a partir de l'etude des frontieres symboliques entre des citoyens supposes etre egaux, ce qu'Avishai Margalit a appele la <<citoyennete symbolique>> (Margalit 2007:153), en plus de la precarite economique.

La societe bresilienne tolere l'ampleur des inegalites sociales touchant les travailleurs ruraux, inegalites parmi lesquelles se situe le <<travail esclave>>. Ce dernier s'explique par le processus sociohistorique de constitution de la citoyennete et du sentiment d'inegalite entre les citoyens bresiliens. La metaphore de l'esclavage dans l'expression <<travail esclave>> prend alors tout son sens. En effet, il s'agit d'un usage politique du passe (Gomes 2008:33), au potentiel explicatif et mobilisateur visant a redefinir les frontieres morales du tolerablc et de l'intolerable dans l'exploitation au travail dans la societe bresilienne; dans les cas denonces, il signifie le depassement du tolerable (Martig 2015).

La rhetorique du <<travail esclave>>, quand elle associe les travailleurs ruraux a des victimes, represente un risque reel de renforcement du statut subalterne des travailleurs ruraux dans la societe bresilienne en ce qu'elle nie leur agenceite. Cependant, il semble que le role de mediateur joue par la CPT aupres d'une population subalterne permet ici d'observer un processus de reappropriation et de re-subjectivation dans le sens oo les travailleurs ruraux se reaffirment comme des sujets de droit legitimes et denoncent la negation de leurs droits en situation de travail; et ce, au sujet de situations d'exces de domination, mais aussi plus largement quant a d'autres situations passees ou contemporaines, comme l'ont montre leur discours.

Si les discours et plans de lutte des gouvernements et des institutions internationales ont tendance a assimiler <<l'esclavage moderne>> avec des situations de migration et d'exploitation sexuelle, les chiffres de l'Organisation internationale du travail montrent que la majorite des personnes en situation <<d'esclavage moderne>> le sont dans leur propre pays. Un certain nombre de travaux existent en economie politique ou en sociologie du developpement, qui montrent les impacts de l'economie capitaliste globalisee au sein des pays oo le plus de cas d'esclavage moderne sont recenses. Cependant, encore tres peu de travaux analysent l'importance de la perception symbolique ou la construction de certains citoyens comme des populations subalternes dans la normalisation de leur exploitation sous des formes qualifiees d'esclavage moderne. Au regard du cas du <<travail esclave>> bresilien, il me semble que l'anthropologie a cependant un role important et complementaire aux approches sociologiques et d'economie politique a jouer pour que l'on puisse saisir la complexite des differentes dimensions (sociale, symbolique, economique) et echelles (nationale comme internationale) des formes contemporaines d'exploitation qualifiees d'esclavage.

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Alexis Martig

CELAT-Centre interuniversitaire d'etudes sur les lettres, les arts et les traditions

Departement de sociologie

Pavillon Charles-De Koninck

Universite Laval

Quebec (Quebec) G1V 0A6

Canada

alexis-jonathan.martig.1@ulaval.ca

(1.) Afin de garder a l'esprit que la presente reflexion s'interesse a ce que souleve l'usage de la categorie <<travail esclave>>, les guillemets seront conserves tout au long de l'article.

(2.) Voir Portal Brasil (2014).

(3.) Nous remercions tres sincerement le Fonds Gerard Dion de l'Universite Laval pour son financement postdoctoral, sans le soutien duquel les recherches sur lesquelles s'appuie cet article n'auraient pu etre menees a bien.

(4.) Dans le cas present, il s'agit d'une liberation <<indirecte>> oo les contremaitres ont libere les travailleurs juste avant l'arrivee de la police pour eviter d'etre pris en flagrant delit. Neanmoins, nous parlerons ici de <<liberation>>, du fait que les travailleurs ne se sont pas litteralement enfuis et que l'action de la police est intervenue a la suite d'une denonciation de leur part.

(5.) Il s'agit de demarches aupres du patron pour se faire payer le travail qui a ete effectue pendant l'exploitation sous forme de <<travail esclave>>.

(6.) L'Instituto nacional de colonizacao e da reforma agraria est l'organe federal responsable de la realisation de la reforme agraire dans les Etats de l'Union.

(7.) Assentamento designe l'ensemble des terres redistribuees aux travailleurs ruraux dans le cadre de la reforme agraire. Les travailleurs liberes lui ont ici donne le nom de Nova Conquista (Nouvelle Conquete).

(8.) Habitants de Y assentamento.

(9.) Toutes les citations sont extraites des notes de terrain prises entre le 1er et le 20 decembre 2013 a Nova Conquista et sont une traduction libre de l'auteur.

(10.) Notons que depuis le livre de Geffray, des groupes mobiles de controle de la police ont ete crees, ce qui a entraine des modifications dans les pratiques d'exploitation ainsi que dans les strategies des travailleurs ruraux : certains peoes se livrent consciemment a des gatos, pensant qu'ils pourront etre liberes sur denonciation, et les gatos et/ou patrons raccourcissent les periodes de retenue des travailleurs pour limiter les risques de controle.

(11.) Respectivement <<parrains>> et <<filleuls>>.

(12.) Voir par exemple Althabe (2002 [1969]). Voir aussi Traimond (2012).

(13.) Sur l'utilisation de ce terme, voir, entre autres, Martig (2016).

(14.) Traduction libre.

(15.) Traduction libre.

(16.) Traduction libre.

(17.) Voir la recension de l'ouvrage dans la section des comptes rendus thematiques du present numero.
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Author:Martig, Alexis
Publication:Anthropologie et Societes
Geographic Code:3BRAZ
Date:Jan 1, 2017
Words:9876
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