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Des rencontres de proximite : le prendre soin de soi des intervenants au coeur de l'intervention solidaire pour joindre les jeunes en marge. Deuxieme partie.

Taking care of outreach workers who intervene with marginal youths. Part 2

Je me nomme Diane Aubin (1). Avec mes partenaires de notre equipe de proximite, nous vous convions a ce deuxieme rendez-vous suite a notre reflexion elaboree dans le precedent numero de Sante mentale au Quebec (Aubin et al., 2011). Apres avoir evoque les defis et les avantages du travail de proximite aupres de la population de jeunes adultes marginalises ou en situation de grande precarite, nous vous proposions de completer notre reflexion en abordant dans ce deuxieme texte, la question du soutien aux intervenants qui vont a la rencontre de cette population vulnerable. Un aspect incontournable du travail de proximite, car si << aller vers >> est une demarche sous-entendue dans le terme proximite propre aux missions humanitaires, cette demarche presente des avantages indeniables lorsqu'il s'agit de joindre une population qui ne peut acheminer ou porter elle-meme une demande d'aide. Se rapprocher ou << etre proche >> genere un impact qu'on pourrait etre tentes de passer sous silence. Nous nous y sommes interesses, puisque nous y sommes nous-memes confrontes quotidiennement, directement ou par personne interposee.

Dans un deuxieme temps, nous partageons le resultat de reflexions tres personnelles en reponse a la question : Sommes-nous des intervenants marginaux? Des points de vue subjectifs, qui mettent en lumiere certaines caracteristiques de notre parcours personnel ou professionnel, des valeurs sous-jacentes a notre conception de la marginalite et de notre role professionnel. Une qualite de rapport a l'autre et a soi dont decoule certainement un positionnement particulier dans notre maniere de concevoir l'intervention. Nous vous souhaitons une bonne lecture et le gout, peut-etre, de vous poser la meme question!

Soutenir les intervenants en soulageant leur propre souffrance

La clinique de la precarite concerne tout autant les intervenants que les personnes a qui l'on tend la main. En effet, les diverses manifestations de la souffrance des jeunes qui nous interpellent, combinees au decalage de leurs attitudes et comportements par rapport a la norme, vehiculent une charge affective qui invite les intervenants a puiser dans leur profonde humanite. Ceux-ci sont alors rapidement confrontes a leurs propres limites. Ajoutes a cela les prejuges, l'incomprehension et les limites du reseau, tout autant que la detresse des jeunes, qui nous poussent regulierement dans nos derniers retranchements et participent de notre propre souffrance (Aubin, 2006).

Les intervenants qui s'interessent aux populations marginales ou demunies sont souvent percus comme des etres d'exception ou particulierement devoues. Cependant, ils ne sont pas a l'abri, comme les professionnels qui les soutiennent, des impacts relies a la traumatisation vicariante (Perreault, 2006). Heureusement, des espaces de parole et des lieux d'echange ont ete crees afin de leur permettre d'elaborer ce que leur travail leur fait vivre, afin de preserver leur capacite de penser et leur equilibre.

Outre le soutien que ces intervenants peuvent obtenir sur une base individuelle ou d'equipe dans leur milieu respectif d'intervention, l'organisme Medecins du monde prenait l'heureuse initiative il y a quelques annees de mettre sur pied un soutien adapte et confidentiel. Pierre Letourneau, psychologue, present depuis le debut de la constitution de notre equipe il y a plus de huit ans, nous en parle.

P. L. : Une multitude d'organismes ont developpe une mission commune en meme temps qu'une certaine appartenance, par le biais de regroupements tel que le RAPSIM (Reseau d'aide aux personnes seules et itinerantes de Montreal) pour ne nommer que celui-la. Grace a ces regroupements, une preoccupation pour le bien-etre psychologique des intervenants a emerge et suite a une demande du milieu, le volet soutien psychologique du projet Montreal de Medecins du Monde (2) a ete mis en place.

Le travail de proximite consiste a aller vers les personnes desaffiliees, les reinvestir pourrait-on dire, pour qu'elles se reinvestissent ellesmemes. En parallele, aller vers les intervenants pour leur offrir un soutien, les aider a aider, representait une demarche essentielle. L'offre de soutien psychologique de Medecins du monde aux organismes oeuvrant en itinerance comporte deux volets :

--Le service de soutien individuel sous forme P.A.E. Des psychologues sont disponibles pour rencontrer les intervenants qui le demandent, dans un lieu different du milieu d'intervention.

--Le service de soutien clinique de groupe dans une approche de proximite est offert par moi-meme : aller dans les organisations, comprendre la mission, le cadre des organismes, instaurer parfois des periodes d'observation pour bien comprendre la position et le vecu des intervenants, pour ensuite animer des rencontres de groupe sur le terrain des organisations.

Ne devons-nous pas aller vers les personnes en grande desaffiliation pour offrir un echange, creer du lien, instaurer du soin et grace a cette proximite, favoriser un apprivoisement et une possible emergence du << prendre soin de soi >>? Ce processus est en fait le meme pour les intervenants. Nous savons que dans toute relation d'aide, il est important de se reconnaitre en partie dans l'autre (aide). Je parlerais, en ce sens, d'un jeu d'identification reciproque, jeu qui demande la proximite emotive mais egalement physique--la proximite physique qui soutient et alimente la proximite emotive. En meme temps, pour ne pas tomber dans la sur-identification, il importe de proposer un espace et une rencontre avec un tiers, en l'occurrence un espace de supervision qui favorise la reprise de perspective face aux situations rencontrees dans le travail d'intervention (Letourneau, 2010).

Dans les rencontres de groupe auxquelles je participe, j'observe l'elaboration d'un processus d'apprivoisement qui se tisse entre les intervenants et moi-meme ; une etape importante qui donne lieu a un jeu d'identification a partir duquel se deploie la preoccupation du << prendre soin de soi >> pour etre disponible a l'autre (aider a aider). En d'autres mots, il s'agit de proposer aux intervenants de reprendre contact avec leur monde interne et d'en tenir compte dans leur vie personnelle et professionnelle pour se degager de certains enjeux prives, afin de demeurer disponibles aux personnes aupres desquelles ils interviennent. Dans ce travail au plus pres, nous touchons egalement aux impacts du travail en premiere ligne avec des personnes desaffiliees ou en grande detresse emotive. Nous explorons des avenues pour prendre soin de soi et abordons les effets du processus de traumatisation vicariante, aussi appelee traumatisation secondaire, laquelle concerne les effets qu'ont sur nous intervenants, les interactions avec des personnes qui portent en elles des traumatismes (3).

Dans toute intervention et peut-etre de maniere encore plus urgente pour ce qui est de la clinique de la precarite, il importe de reprendre de la distance et de reinstaurer de la perspective face a la charge emotive vecue par les intervenants de premiere ligne. Cette demarche est favorisee par l'introduction d'un tiers exterieur, qui rejoint les intervenants sur leur lieu de travail et participe d'une quelconque facon a l'experience, en y apportant un regard plus objectif. Il s'agit d'offrir un espace de << ventilation >> (debriefing) avec la possibilite d'elaborer le vecu des intervenants dans leur action aupres des jeunes : des situations plus difficiles, des parcours de rue plus preoccupants ... Une approche au plus pres consiste en une invitation a partager ou a deposer ce materiel tout en proposant un accompagnement pour soutenir la personne dans sa reflexion.

Dans le travail de proximite aupres des jeunes desaffilies, l'ambivalence a porter une demande d'aide se retrouve egalement du cote des intervenants qui paraissent ambivalents a demander ou a prendre la parole au cours de nos entretiens. Effet d'identification aux jeunes ou ressemblance? Ambivalence a prendre la parole a propos des souffrances qu'ils portent? Crainte d'ouvrir la porte a du materiel qui risquerait de les perturber mais qui en fait, les affecte et dont ils se defendent ? Je dois alors travailler a faire surgir une demande, provoquer une rencontre avant toute chose--de par ma presence dans leur lieu d'intervention. Je suis convie aussi a temoigner de mes propres mouvements contre-transferentiels deja ressentis pour aider les intervenants a reconnaitre les leurs. Par ailleurs, grace a ma connaissance du reseau, je deviens porteur de certaines informations au sujet des ressources. Grace a la distance ou a la perspective associee a mon role, je peux proposer des references et suggerer des pistes d'intervention en fonction des particularites des situations presentees. Je deviens alors, en partie, un representant de la communaute de soins et peux ainsi rappeler aux intervenants la pertinence d'utiliser telle ou telle ressource pour une personne en difficulte.

Au depart, plusieurs intervenants questionnaient d'ailleurs la duree de mon implication : << T'es la pour combien de temps? >> Sans compter l'incontournable mise a l'epreuve (testing) des intervenants qui se font eux aussi mettre a l'epreuve tous les jours par les personnes desaffiliees--des personnes qui ont du mal a faire confiance, etant donne leur parcours de vie. A travers tout cela, une veritable quete de sens, j'y trouve mon compte dans des rencontres passionnantes avec les intervenants, des personnes tres creatives, avec leurs propres zones d'ombre, qui se sont bricolees un << etre au monde >> pour evoluer aupres de personnes qui portent des traumatismes. Ils me renvoient a mes propres fragilites, me nourrissent egalement sur ce qu'est, a la base, notre condition humaine, sans tous les artifices que nous utilisons au quotidien pour vivre ou survivre. Comme le disait Mario Poirier, il est d'abord question, non de << houseless >> mais de << homeless >>, d'un manque d'assises pour cette << ame humaine >>. Notre mission sera d'offrir une possibilite bien partielle de reparer cette blessure par une presence, offre de lien dans la permanence, cette assise necessaire a toute demarche de re-affiliation. Il me semble important de rester humble et de garder une ouverture a ce que les intervenants peuvent m'apporter de leur comprehension de leur monde et de celui des personnes qu'ils rencontrent. Cela n'est possible qu'apres une periode prealable d'apprivoisement. Offrir du lien, une possibilite de rencontre, favoriser dans la mesure du possible l'interiorisation d'un objet stable en eux, et ce, sans aucune garantie de pouvoir mesurer les effets de ma propre implication. Comment garder le cap? C'est ici que la presence et les echanges avec des al collegues psys ou cliniciens, dans les rencontres de proximite et autres occasions d'echange, constituent un lieu privilegie et favorable a l'elaboration de ce qui se deploie dans mes rencontres avec les intervenants.

Sommes-nous des intervenants marginaux?

La question de savoir si nous sommes nous-memes marginaux semble se poser d'emblee, du fait que les populations marginalisees engendrent des inquietudes, des difficultes particulieres, voire des cassetetes pas toujours envisages d'un bon oeil par les organisations et institutions, ou meme l'ensemble des citoyens. Probablement pourrait-on penser, a cause d'une crainte--legitime ou non, des repercussions reliees a leur situation psychosociale marquee par les manques, les exces ou les deviations par rapport a la norme : abus de substances ou autres prises de risques, pauvrete, itinerance, misere, tous des phenomenes dont les interrelations complexes perturbent notre confort voire notre equilibre si on s'en approche (Aubin, 2002, 2005, 2006, 2009). L'etre humain n'a-t-il pas comme premier reflexe de fuir ou mettre a distance ce qui le renvoie au pire, a sa propre vulnerabilite, a son impuissance ou a ses peurs : de la folie, de la maladie, de la pauvrete, de la solitude, du chaos, pour ne nommer que celles-la?

Par ailleurs, ce n'est pas un secret pour qui devient un intervenant ou un soignant que les enjeux personnels, conscients ou non, puissent contribuer a nous orienter vers telle ou telle population ou clientele. En effet, ce que nous sommes en tant qu'individu ou citoyen participe ainsi, a des degres divers, a l'orientation de notre sensibilite et au developpement de notre interet pour telle ou telle problematique. Il ressort de notre reflexion et de nos observations que les intervenants qui ont developpe une sensibilite particuliere aux inegalites sociales, une ouverture a la difference ou encore une curiosite artistique, pourraient peut-etre mieux tolerer ou composer avec l'inconfort ressenti au contact des populations marginalisees, en plus d'etre interesses a creer des alliances. Outre ces qualites et differences de personnalite, l'empathie ou encore une forte capacite de s'identifier et de comprendre le point de vue de l'autre, jumelee a la reflexion critique (capacite de prendre une distance et de remettre en question) apparaissent comme des habiletes a exploiter et a entretenir. Sans vouloir generaliser notre conclusion, elle nous est apparue tout de meme pertinente a partager.

Vous conviendrez peut-etre qu'il n'est pas rare que les intervenants qui accompagnent les populations tres demunies ou souffrantes preservent leur equilibre par le recours a une activite artistique ou encore, par l'investissement de champs d'interets qui permettent d'entretenir leur ouverture ou leur esprit critique. Ils stimulent ainsi leur propre creativite et cultivent leurs capacites de contemplation et de reflexion, puisant dans la litterature, l'ecriture, la philosophie, la photographie, le jardinage, le theatre, la musique ou le yoga--parmi d'autres activites ou interets, une energie qui leur permettra a la fois de se restaurer et de renouveler leur disponibilite a l'autre. Nous considerons-nous vraiment marginaux parmi nos pairs, ou sommes-nous consideres comme tels? Nous nous le sommes demande.

D. A.: Lorsque j'ai invite mes collegues et partenaires a se poser la question de maniere spontanee et individuelle dans un premier temps afin de ne pas influencer nos reponses, je me doutais bien que certains points communs surgiraient. Nous vous les partageons en vous invitant a etre attentifs aux themes qui ont resurgi, plus ou moins communs a tous, telle une mosaique constituee de formes et de couleurs : sentiment subjectif et regard des pairs, prejuges, positionnement par rapport a l'espace et le temps, le rapport a la justice et la citoyennete, vision de l'intervention, conception de son role professionnel, parmi d'autres aspects evoques.

Pour commencer: le point du vue de Pierre qui vient completer aussi ce qu'il a evoque plus haut en rapport avec sa fonction au sein de Medecins du monde et son role aupres des organismes qui vont a la rencontre des populations en situation de grande precarite. Nous joindrons ensuite nos reflexions a la sienne.

Pierre : Est-ce que je me sens marginal? Peut-etre, je me sens different certes. Etant donne mon parcours professionnel anterieur (psychologue en psychiatrie), certains de mes pairs ont fortement reagi au fait que je n'ai pas d'espace a moi pour recevoir les gens, pas de lieu physique fixe, une assise habituelle pour les therapeutes. Je soutiens les equipes de travail sur leur lieu de travail. Je n'ai pas cet espace, ce lieu apprivoise, qui puisse me servir d'assise, de contenant aux angoisses qui sont exprimees dans le cadre des rencontres. C'est pourtant un enjeu important dans le travail avec les personnes SDF (sans domicile fixe). Le travail de proximite demande d'aller vers l'autre (les autres) ; des lors, les fonctions symboliques portees normalement par le lieu physique doivent etre elaborees autrement. En cela, je me sens different de plusieurs de mes pairs, toujours sur le terrain de l'autre, toujours a me deplacer d'un endroit a l'autre, a tenter de developper une forme d'appartenance a tous ces espaces que je visite autant qu'aux personnes que j'y rencontre. Tout cela influence ma facon d'etre, de m'exprimer et d'accueillir. Je travaille avec des intervenants qui eux, travaillent avec des personnes SDF--sans un lieu fixe auquel ils puissent s'ancrer; une condition qui renvoie sans doute a l'absence, chez ces personnes desaffiliees, d'un objet stable en eux, ou dit autrement, a la precarite des objets internes au plan psychique. Qu'est-ce que je fais donc dans cette galere? Ma proposition: aller vers, aller chez l'autre et participer par mon ecoute, ma presence, mon interet, ma parole, a la stabilisation d'un objet chez les intervenants pour qu'ils puissent a leur tour, a travers la rencontre humaine, offrir cette proposition aux personnes desaffiliees.

Les reperes de stabilite et de regularite, de meme que la duree de ma presence dans les organismes revetent alors une grande importance : offrir aux intervenants ce qu'ils cherchent a offrir aux personnes desaffiliees. Le travail de proximite aupres des intervenants fait donc appel aux memes processus que le travail entrepris envers les personnes de la rue : flexibilite, souplesse, authenticite, accessibilite, humilite (les intervenants m'apprennent enormement) et eventuellement une certaine complicite, produit d'une phase d'apprivoisement. Cependant, cette facon de faire demande de rester a l'affut des nouvelles ressources et des approches d'intervention. C'est ici que les rencontres de proximite revelent une autre de leurs fonctions, justifiant d'autant leur pertinence.

Amal : Je crois que l'interet d'aider ces clienteles en marge, stigmatisee meme dans notre systeme de sante est probablement en soi un peu marginal. C'est probablement une facon de signifier mon desaccord avec la facon dont notre societe stigmatise, marginalise les jeunes aux prises avec un probleme de sante mentale qui peut les mener vers l'itinerance, la toxicomanie. Mon positionnement rend probablement compte de ma propre reponse a un sentiment d'injustice. Il s'agit pour moi de l'exprimer constructivement et de reparer un peu, plutot que de choisir la rebellion. Dans ma facon de percevoir ces jeunes et d'intervenir aupres d'eux, je crois comprendre que certains al collegues me considerent parfois un peu marginale, sans que cela soit exprime de maniere pejorative. Ils semblent se demander: <<Pourquoi tant d'energie pour une clientele pour laquelle le pessimisme therapeutique est la norme plutot que l'exception? >> Je suis tellement fiere quand nos jeunes, apres quelque temps, s'en sortent et les font mentir ! Une preuve de plus, me dis-je, qu'il faut changer les mentalites, les facons de faire afin de leur donner une chance (Abdel-Baki, 2006). Je ressens toutefois une ouverture de la part de mes pairs et collegues de travail a cette vision plus optimiste. Je crois aussi que tous ceux qui travaillent aupres de cette population detiennent certaines caracteristiques et particularites : ouverture a l'alterite et a la difference, tolerance a l'etrangete, grande capacite d'empathie, beaucoup d'energie, de patience et de perseverance, un grand optimisme et un potentiel de resilience. C'est cela que nous transmettons et qui fait partie des elements therapeutiques.

Candice : Il m'arrive de me sentir marginale, du fait meme de travailler dans un centre de jour et un abri de nuit (le Bunker), lieux de vie frequentes par des jeunes de la rue, desaffilies, en situation de rupture ou de crise. Le cadre dans lequel je travaille est constamment a penser; outil facilitateur, il represente aussi un defi et donne toujours matiere a penser. Notre pratique suscite une reflexion constante sur la question de la demande puisque nous rencontrons des personnes qui la portent tres peu. De plus, au-dela des exigences de la mise en pratique d'une clinique plus classique (processus d'evaluation, soutien et suivi psychotherapeutique), travailler dans un centre de jour nous amene a interroger constamment l'accessibilite aux services. De plus, notre responsabilite est interpellee de maniere aigue par la condition de jeunes qui se mettent a risque frequemment. Evaluer les risques et le degre d'urgence, referer aux ressources susceptibles de mieux repondre a certains besoins, elaborer un travail d'education et de prevention, explorer le reseau social ou instaurer un filet de securite pour le jeune a risque. Les allers et retours dans le centre de jour, de meme que les temps de presence au Bunker (permanence de soir) s'inscrivent dans une approche terrain (outreach) qui permet d'entrer en contact avec des jeunes dans un contexte informel, d'echanger avec eux lorsqu'ils nous interpellent ou quand un intervenant nous introduit a eux : discuter de notre role, de leurs representations du role du psychologue, de la sante mentale ou d'autres preoccupations du moment. Cette pratique suscite reellement chez moi, et chez les jeunes aussi parfois, des representations tres marginales de mon identite professionnelle.

Danielle : On ne m'a jamais dit a propos de mon travail que j'etais marginale mais j'ai ete souvent temoin de reactions oo les patients disaient que j'etais differente des autres psys ou intervenants qu'ils avaient consultes. C'etait toujours en lien avec une qualite d'ecoute, respectueuse de leur singularite ; dans le sens oo mon objectif n'est pas de les faire adherer a une norme sociale. Il s'agit d'une facon de me positionner subjectivement dans le cadre du travail que je propose : creer, inventer avec chacun, un cadre qui n'est jamais construit d'avance (Monast, 2010). Les jeunes sont aussi tres sensibles a la disponibilite que je leur offre en fonction de leurs demandes et de leur rythme. J'ai toujours pense que mon interet professionnel pour cette clientele marginale et marginalisee est en lien avec mon histoire personnelle laquelle se distingue par une ouverture a l'alterite. Sensibilisee et interessee tres tot dans ma vie par l'Autre, le politique et la question du lien social, j'ai oriente mon parcours academique vers la question de la connaissance et la comprehension de la pensee (etudes en philosophie), puis la psychologie clinique et la psychanalyse. Enfin, mon travail clinique en debut de carriere avec les adolescents et les jeunes adultes m'a permis de mieux comprendre comment les jeunes mettent au jour les impasses et les contradictions de la societe actuelle. C'est pourquoi, je crois qu'il faut etre creatif avec eux, un peu philosophe aussi, et surtout ne pas se positionner comme quelqu'un qui sait, mais presenter une ouverture a decouvrir, accepter que l'autre puisse nous enseigner quelque chose sur lui. Aujourd'hui, je pense que nous sommes privilegies de travailler avec ces jeunes marginaux et marginalises car ce sont eux qui nous apprennent beaucoup sur la psyche et sur les failles de notre vivre ensemble. Enfin, ce qui m'interesse c'est l'alterite chez l'autre, en soi, et ce qui se construit avec le sujet dans un lien si singulier que l'on appelle le transfert. Cet aspect est une dimension importante qui permet de donner au sens a mon travail avec les jeunes.

Caroline : J'ai integre le groupe de proximite lors de mon internat en psychologie sous la supervision de Danielle Monast, a la Clinique des jeunes de la rue du CSSS Jeanne-Mance. Je suis toujours impliquee dans ces rencontres a titre de doctorante affiliee au GRIJA, Groupe de recherche sur l'inscription sociale et identitaire des jeunes adultes de l'UQAM. Dans le contexte de la recherche, nous pourrions parler aussi de marginalite. En effet, il n'est pas rare que mon sujet de recherche (Baret, 2009) et surtout ma population d'etude, les jeunes de la rue, etonnent voire derangent. Cela suscite parfois un discours pejoratif et simpliste sur ces jeunes dont on ne comprend pas bien les problematiques ni ne concoit la complexite de leur situation au premier abord. J'ai decouvert moi-meme, lors de mon premier sejour a Montreal en 2006, ces jeunes a l'allure marginale que je croisais dans le centre-ville, sur la rue Sainte-Catherine oo se cotoient touristes, gens d'affaires et itinerants. Ayant habite sept ans a Paris pour mes etudes, j'avais pris la malheureuse habitude de croiser sans plus les voir, les clochards parisiens, souvent des hommes ages d'une cinquantaine d'annees, alcooliques pour la plupart. Deja, ce phenomene m'interrogeait et me derangeait a un niveau moral: << Peut-on passer a cote d'un homme allonge sur une plaque d'aeration sans savoir s'il dort ou s'il est mort?>> Cette representation de l'humanite nous confronte a des angoisses existentielles, cela expliquerait nos mecanismes de defense de mise a distance, d'evitement voire de rejet des itinerants (Poirier et al., 2000). Pour ma part, je me rassurais par le fait que << tout me distinguait d'eux >> : nous n'etions pas de la meme generation, pas du meme sexe, et nous n'avions visiblement pas les memes usages de l'alcool. A mon arrivee a Montreal, face a ces jeunes hommes et jeunes femmes qui quetent dans la rue, je me souviens de la stupeur et du desir de comprendre qui m'occupaient et qui me preoccupent toujours : comment font-ils pour vivre dans la rue, comment en sont-ils arrives la, qui sont-ils, que cherchentils? En definitive, je m'interrogeais sur leur etrangete et leur similitude avec moi : << Faisons-nous partie de la meme jeunesse? >> Ma recherche doctorale me permet de mettre a profit ma curiosite et mon empathie pour ces jeunes, de chercher a comprendre leur trajectoire de vie et leur inscription marginale dans la societe quebecoise, de leur reconnaitre partie prenante de la communaute des humains. J'ai l'idee que ce que nous comprenons mieux peut etre transmis a d'autres, qu'ils s'agissent de << passants >> incredules, d'intervenants sur le terrain ou des jeunes eux-memes. Car si << l'individu est le produit d'une histoire dont il cherche a devenir le sujet >> (Gaulejac, 1999), il a besoin de mieux se connaitre et de se comprendre. Il a egalement besoin d'un autre qui puisse ecouter son histoire et lui permettre petit a petit de se la reapproprier.

Diane : Suis-je marginale? Oui et non a la fois, singuliere peutetre. Mon parcours peut paraitre atypique, mais il n'est pas exceptionnel. Ma formation en art dramatique m'a certainement aidee a entrer en resonance, sans trop souffrir d'abattement ou d'effondrement, avec le vecu souvent tragique de ces jeunes en rupture. Plus precisement, la formation au jeu d'acteur qui prepare le corps et l'esprit a l'exercice de la representation d'un conflit (rappelons qu'il n'y a pas de theatre sans conflit) m'a permis de developper mon registre d'identification, ainsi qu'une souplesse emotionnelle ou une capacite de contenir et de transformer les donnees de la << scene conflictuelle >> qui m'est presentee. Un desir de communiquer et de representer, ajoute a celui d'analyser pour comprendre--entendu ici dans le sens de faire du sens, se combinent pour faire la psychologue que je suis devenue, probablement aussi proche de l'ethologie que de la psychologie. Une intervenante habitee par la curiosite et l'espoir de trouver, qui accepte de se laisser d'abord habitee par les donnees qui parviennent a ses sens pour les transformer: observation, empathie, transfert, contretransfert, analyse, reflexion, transmission ... Il est permis de penser que l'exploration d'une activite artistique puisse permettre aussi de considerer avec moins d'angoisse les tensions inherentes a la condition humaine de meme que l'incertitude qui accompagne les situations auxquelles nous sommes regulierement confrontes ; de laisser place a l'imprevisible--une donnee essentielle de toute creation.

Axel: Resident permanent depuis juillet 2011, je decouvre toute la richesse de la culture quebecoise. Comme plusieurs, je passe au travail une grande partie de mon temps de semaine. Les personnes que je rencontre sont ces jeunes adolescents ou adultes en situation precaire. Ah bon ... ils sont marginaux? Je les trouve plutot creatifs et dans le lien comme personne ne sait etre authentique, vrais dans une relation denuee de convention. La nature et la condition humaine a l'etat brut. Un tableau de Francis Bacon insoutenable a regarder et si chatoyant par ses couleurs, et encore, le peintre a deja exerce le filtre du media pictural. Passionnant, perturbant, destabilisant : pas de chichis je mets en acte la vie! Mise en acte constante avec ce que cela apporte de difficultes que nous nommons ethiques? Chaque prise de contact souleve la legitimite du statut social de psychologue, medecin, intervenant, la legitimite de notre representation du soin. Au dela de toutes conventions, savoirs, normes ou connaissances, ces jeunes questionnent par leurs symptomes la legitimite de la confiance dans la relation ; telle une page oo serait ecrit l'ensemble de leur vecu relationnel, mais dont les intemperies auraient efface en partie des lettres, des mots, des instants. L'histoire relationnelle est usee, la confiance s'efface avec les mots, et pour combler l'absence de sens relationnel, s'ecrivent alors sur le texte use les symptomes. Des lors, la degradation, voire la deterioration physique et mentale liee a la precarite est-elle un symptome moins noble de la souffrance humaine qu'une symptomatologie plus classique, plus normative? Ces jeunes mettent en acte leur intelligence, et leur reflexion actee est une facon de vivre le monde, la relation, parfois au peril de leur vie. Il y a une humilite chez ses jeunes qui donnent plus de vrai d'eux-memes qu'ils n'en recoivent, et la necessite pour le professionnel de passer du soin au << prendre soin de la relation >> par l'espace transitionnel de la verbalisation. Sommes-nous prets a verbaliser les questionnements et interrogations que ces jeunes generent en acte relationnel sur la societe, la norme, leur vie, leur mort, notre condition humaine?

Christiane : Ce que je ne suis certainement pas : missionnaire--je n'ai pas la vocation! Je ne suis pas non plus une bonne amie qui prend des cafes avec les personnes aupres desquelles elle intervient. Je ne suis pas une sauveuse, je ne suis pas la sous-traitante de ceux qui n'ont plus d'espoir face aux personnes qui vivent en situation d'itinerance, qui ont des problemes de sante mentale et des demeles avec la justice. Tout au long de ma pratique, j'ai tente d'intervenir afin de faire du sens, plutot que du temps ... J'ai observe maintes fois que lorsque l'on est bien centre et en resonance avec soi-meme, l'on cesse de travailler sur l'autre, d'avoir des projets pour lui, de vouloir le changer, d'imposer ses propres attentes ou d'induire ses propres objectifs. Plutot que de partir de ce que l'autre n'a pas, reconnaitre ce qu'il a et l'accompagner dans une legitime quete de sens. L'aider a se mobiliser a partir de ses propres capacites de citoyen a part entiere, qui peut exercer un role, apporter une contribution a la societe, exercer un pouvoir et donner une direction a sa vie a la mesure de ses moyens. Surtout, ne pas le priver de prendre sa place et cesser d'evaluer sa performance, de le comparer a une norme standardisee. Etre disponible, l'accompagner au travers de ses choix, lui refleter les forces qu'il possede pour faire face aux obstacles qui se dressent entre lui et ses reves. Se tenir simplement la, dans une attitude d'accueil et d'ouverture, evitant de juger meme lorsqu'on se sent malmene. Etre la memoire et le temoin de ses accomplissements, utiliser notre creativite pour faire route avec lui au rythme de son pas. Etre : ni devant, ni derriere, mais a ses cotes, alors que la tendance consiste peut-etre trop souvent a trouver des solutions pour regler les difficultes de l'autre, pour ne plus qu'il souffre et fasse ainsi echo a notre propre souffrance. Eviter de l'ecraser de sa position d'expert, refuser le pouvoir dont il nous investit en restant passif, exigeant de nous les solutions. Reconnaitre que c'est lui l'expert de sa vie ! Faire l'inventaire et la mise en commun du contenu de nos coffres a outils respectifs, pour reflechir ensemble. Cultiver et proteger la flamme du savoir etre, accepter modestement et humblement l'impuissance, sans toutefois perdre espoir dans la personne qui se tient devant nous et dans notre societe. S'ouvrir et changer l'angle de notre regard, reconnaitre la personne dans sa globalite et son unicite, celle-la meme qui avait ete exclue et stigmatisee, amnesique et auto exclue, pour cause du manque de memoire quant a ses propres forces. Mais comment renouveler a chaque intervention la flamme initiale qui nous a fait choisir une carriere de personne aidante, sans se bruler? Comment souffler sur les braises sans toutefois risquer l'auto combustion? Accepter aussi de vaciller pour mieux retrouver son equilibre. Devenir familier avec sa propre fragilite, afin d'y puiser de la force et de la souplesse. Se donner le droit de faire de la place a ce que l'on vit. Reinventer, avec la personne aidee, notre maniere de penser et d'agir a travers ce lien de confidence qu'elle tisse avec nous. Durant toutes ces annees d'intervention, j'ai realise l'importance de ne pas exiger de l'aide plus que l'aidant n'exige de lui-meme dans sa vie personnelle. Je me suis rappele que les criteres de normalite qui faconnent notre mode de vie sont avant tout le reflet de nos choix individuels. A titre d'intervenante puis coordonnatrice clinique a Diogene, au niveau de mon implication dans notre groupe de proximite de meme que dans toutes mes al collaborations, j'essaie encore d'ebranler nos certitudes, de nous amener a reflechir sur notre pratique, sur l'impact de nos interventions et notre responsabilite vis-a vis les personnes, jeunes ou plus agees, qui utilisent nos services ; avec l'espoir de toujours faire battre la vie plus fort que la souffrance. Car le risque de perdre de vue la personne pour ne voir qu'un cas, un diagnostic, des difficultes, des dysfonctions ou des limites est toujours la. Suis-je marginale? A vous de juger!

Conclusion

Tout pres de soi ou par le biais des media, la precarite s'ingere tel un facteur de plus en plus commun a nos societes, associe a des situations personnelles, sociales et politiques, et ce partout dans le monde. Elle affecte la securite d'emploi, les relations familiales et de couple, les sentiments de confort et de protection, voire le desir de transmission et le sentiment de continuite. La precarite contribue a ebranler notre vision de la continuite et de la stabilite dans le temps, elle alimente nos angoisses et notre stress. Quand elle s'associe a d'autres phenomenes, tel que l'abus ou la dependance aux substances, elle forme alors un puissant cocktail qui affecte inevitablement le rapport a soi et a l'autre. La precarite n'est pas un phenomene marginal, mais peut-etre le fait de s'y interesser et de tendre la main a ceux et celles qui en subissent le plus les consequences.

L'intervention aupres des personnes desaffiliees ou marginalisees implique d'etre un temoin, par proximite, de leur souffrance et de la precarite dans laquelle elles survivent. Ce positionnement implique aussi d'observer et d'eprouver, par proximite, l'effet du jugement et du regard d'autrui a leur egard, de saisir aussi ce qui fait desesperer et ce qui peut aider a nourrir l'espoir. Le travail de proximite s'inscrit d'abord dans le temps de l'apprivoisement fait de mouvements de reconnaissance, d'essais, de rapprochements et de mises a distance dans des lieux d'appartenance et des aires d'errance. Le travail de proximite est tisse de patience, de perseverance, d'espoir et d'humilite, atouts essentiels pour la restauration d'une humanite mise a mal. Il est garant de la transmission de la confiance, la oo le lien souffre d'avoir ete trop abime. Aller a la rencontre des personnes en situation de grande precarite, c'est une facon de repondre a un appel lance a l'humanite tout entiere, la oo la souffrance, la misere et la precarite viennent a bout des ressources de l'individu. N'est-ce pas de notre devoir de secourir dont il s'agit ici?

Mais aller a la rencontre des personnes en situation de grande precarite, c'est prendre le risque de destabiliser sa propre zone de confort, c'est accepter aussi de se positionner de maniere humble et authentique au sein d'une toile tissee par la solidarite et la cooperation. C'est accepter de composer avec l'ambivalence, les tensions, l'exces, les limites, le risque et l'incertitude. C'est travailler patiemment a tisser des liens, des alliances et des filets de securite. C'est aussi porter la demande la oo les conditions de survie ne permettent pas qu'elle s'articule. Ponctue de face a face avec l'extreme vulnerabilite, le travail de proximite n'implique pas que le bien-etre des personnes en situation de grande precarite, il concerne aussi le notre, celui des intervenants, celui d'une societe tout entiere preoccupee par les plus demunis. C'est un travail qui nous invite tot ou tard a reinterroger le sens de nos valeurs et de nos actions sous l'angle de l'equite et de la justice.

Pour toutes ces raisons, il nous apparaitrait difficile et reducteur de s'accrocher a un seul cadre de reference, sous peine de s'enfermer dans une vision sectaire, avec ce que cela pourrait comporter de derives et de dangers, dans un environnement marque par des realites individuelles et sociales de plus en plus complexes. Le travail de proximite se construit plutot sur une ethique de responsabilite sociale qui requiert de s'engager personnellement, et c'est en cela justement qu'il peut etre creatif. Il y a certainement la matiere pour la recherche ou l'approfondissement d'une reflexion sur les rapports qu'entretiennent les divers intervenants avec la justice et l'ethique, l'espace et le temps, voire le politique.

La reflexion au sujet de la question de notre propre marginalite--ressentie, reelle ou percue--a permis d'esquisser sous un angle particulier les questions de sens et de valeurs, de legitimite, de reconnaissance et de credibilite. Certains facteurs alimenteraient encore dans le regard d'autrui ou de nos pairs, voire a nos propres yeux, des representations qui accentuent notre presumee marginalite : la population qui nous interesse, les prejuges associes aux craintes qu'elle suscite, les caracteristiques de notre cadre d'intervention ou de notre structure de travail, l'importance que nous attachons a l'apprivoisement, a la creation de l'alliance, a la restauration du lien ainsi qu'au travail en reseau et au partenariat ... C'est peut-etre mal saisir alors la singularite d'une position qui remet a l'avant-plan une approche fondamentalement humaniste et une certaine qualite d'hospitalite. Aller vers l'autre, c'est rencontrer la difference, l'alterite, autant que la part d'ombre, de vulnerabilite et de souffrance en soi. Intervenir ou non, traiter ou soigner, mais ne pas esquiver l'essentiel : les rencontres et les echanges qui permettent d'apprendre de l'autre pour tisser de la solidarite et de l'espoir, de redessiner les espaces et le temps gruges par la precarite et ses consequences.

Notes

1. Je travaille au centre de jour de l'organisme << Dans la rue >> qui offrent des services a la population des jeunes de la rue, en marge, sans abri ou en situation de grande precarite : une cafeteria, des ateliers d'art, de musique et d'informatique, une ecole alternative (Emmett-Johns), une infirmerie, un service a la famille, un service de consultation et d'ecoute psychotherapeutique, des programmes d'insertion et d'integration au travail, un service de mentorat, des sorties culturelles et sportives, sejours de rupture, yoga, psychodrame, activites de partenariat, etc. (www.danslarue.org)

2. www.medecinsdumonde.ca/site/pdf/memoire.doc

3. Dans un document publie par Sante canada en 2001 et intitule Solutions recommandees pour les personnes luttant contre la violence, Jan I. Richardson cite le personnel du Traumatic Stress Institute/Center for Adult & Adolescent Psychotherapy et quelques auteurs qui definissent le traumatisme vicariant (p. 6-7). Ainsi, le traumatisme vicariant pourrait representer d'une part << les changements cumulatifs qui surviennent chez le travailleur qui intervient aupres de survivants d'incidents traumatiques >> (Saakvitne et Pearlman, 1996), et d'autre part << des changements profonds subis par le therapeute ou le travailleur qui etablit des rapports d'empathie avec les survivants de traumatismes et est expose a leurs experiences>> (McCann et Pearlman, 1990, Pearlman et MacIan, 1995). De plus, << du fait qu'il est expose a la realite de la cruaute d'etres humains envers d'autres etres humains et qu'il participe inevitablement a la reconstitution d'evenements traumatiques dans le cadre de la relation therapeutique, le therapeute devient vulnerable, de par son empathie, aux effets emotionnels et spirituels du traumatisme vicariant. Ces effets sont cumulatifs et permanents, et ils se repercutent sur la vie tant professionnelle que personnelle du therapeute>> (Figley, 1995).

References

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Pour citer cet article, utiliser l'information suivante :

URI: http://id.erudit.org/iderudit/1012641ar

DOI: 10.7202/1012641ar

Note : les regles d'ecriture des references bibliographiques peuvent varier selon les differents domaines du savoir.

Diane Aubin Amal Abdel-Baki Caroline Baret Christiane Cadieux Axel Glaize Terri Hill David Lafortune Pierre Letourneau Danielle Monast Candice Tiberghien*

* Diane Aubin, M. Ps., psychologue et conseillere clinique, psychodramatiste en formation, Dans la rue; Amal Abdel-Baki, M.D., FRCPC, M. Sc., Clinique JAP, CHUM-HND, chef du programme des troubles psychotiques du CHUM, professeur agregee de clinique, Faculte de Medecine, Universite de Montreal, chercheur investigateur, Centre de recherche du CHUM ; Caroline Baret, etudiante au doctorat en psychologie, Universite du Quebec a Montreal, Groupe de recherche sur l'inscription sociale et identitaire des jeunes adultes ; Christiane Cadieux, coordonnatrice clinique, Diogene; Axel Glaize, psychologue et conseiller clinique, Dans la rue ; Terri Hill, infirmiere, Dans la rue ; David Lafortune, candidat Ph.D., psychologue, Universite du Quebec a Montreal, Institut Douglas-McGill ; Pierre Letourneau, psychologue, responsable du support psychologique de groupe, Projet Montreal de Medecins du monde ; Danielle Monast, psychologue clinicienne, Clinique des Jeunes de la rue, CSSS Jeanne-Mance ; Candice Tiberghien, psychologue et conseillere clinique, Dans la rue.
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Author:Aubin, Diane; Abdel-Baki, Amal; Baret, Caroline; Cadieux, Christiane; Glaize, Axel; Hill, Terri; Laf
Publication:Sante Mentale au Quebec
Date:Mar 22, 2012
Words:7551
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