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Demographie de I'ile de Miquelon 1816-1850.

Introduction

Dans le cadre de la commemoration du 200e anniversaire de la reprise definitive de Saint-Pierre-et-Miquelon par la France en 1816, cet article s'interesse au profil demographique d'une societe de pecheurs francophones situee a proximite de la Peninsule de Burin a TerreNeuve durant la premiere moitie du 19e siecle, soit file de Miquelon, rattachee a l'archipel franfais incluant aussi file Saint-Pierre. II s'agit, on s'entend, d'un exercice de micro histoire visant a analyser les evenements demographiques de cette societe maritime appartenant toujours a la France apres 1763, et dont l'origine acadienne d'une bonne partie de sa population suscite un interet particulier pour l'historiographie acadienne coloniale.

Contrairement aux connaissances reques de fhistoriographie du regime franfais en Amerique du Nord, ce dernier ne s'arrete pas completement en 1763. Ainsi, des 1710, certains facteurs convergent pour creer une communaute acadienne distincte autour de la Baie Franfaise (Baie de Fundy) (2). Mais, a compter de 1763, et cela malgre les epreuves de la Deportation, la population acadienne de Miquelon est, elle aussi, distincte au sein de la diaspora francophone du Golfe du SaintLaurent et dans ses marges geographiques. Apres tout, cette population n'est-elle pas la seule sous autorite franfaise? Rappelons que l'importance de ces lies << nest pas liee directement a leur taille mais plutot a leur position geographique unique >> (3).

Tel quevoque par d'autres chercheurs au debut des annees 1980, la population de Saint-Pierre-et-Miquelon << meriterait une etude tres poussee, en particulier pour la fin du 18e siecle et les premieres annees du 19e siecle >> (4). Cet article souhaite ainsi repondre en partie a cette attente en l'inscrivant dans la mouvance de l'histoire atlantique. Les bilans historiographiques recents de Jerry Bannister et de Gregory Kennedy nous servent de balises fort utiles pour y arriver. Bannister nous invite d'abord a nous mefier des cadres d'analyse se moquant de l'histoire regionale et qui privilegient exclusivement les perspectives transnationales. Pour rendre justice a l'historiographie du Canada atlantique, cet historien suggere que la micro histoire serait une maniere deviter de donner toute la place a l'historiographie imperiale britannique ou encore a l'histoire nationale americaine (5). Kennedy, pour sa part, met lui aussi de l'avant la pertinence de << l'histoire regionale dans un contexte atlantique >>, qu'il qualifie de << cis-atlantique >>. Cette approche permet de mettre l'emphase << sur les actions des gens ordinaires tels les pecheurs, les colons, les engages...>> (6). II estime d'ailleurs que depuis 2005, un bon nombre de publications en histoire coloniale acadienne adoptent des perspectives atlantiques.

Selon Christian Fleury, l'histoire de Saint-Pierre-et-Miquelon semble prendre un tournant decisif suite au Traite de Vienne de 1815. Auparavant, c'est-a-dire depuis 1763, la possession de l'archipel n'est justifiable qu'a titre de << base saisonniere aux pecheurs franfais venant de metropole >>. Mais a compter de 1816, la stabilite politique permet enfin a la colonie d'assumer un plus grand role dans le developpement des peches frant^aises. Les habitants prennent un peu plus de place dans l'exportation de leur produit, et ce, au point d'outrepasser << le role de simple base saisonniere de peche a proximite des bancs que souhaitaient lui assigner les autorites franfaises >> (7). D'ailleurs, a compter des annees 1820, la peche a la morue sur certaines portions du French Shore de Terre-Neuve devient la chasse gardee des goelettes de l'archipel, de Port au Port jusqu'au Cap de Ray (8).

Mais a quoi ressemble Miquelon au lendemain de la reprise definitive de la colonie par la France en 1816? D'abord, la cote de Miquelon detient un avantage sur Saint-Pierre en ce qui a trait a la surface apte a faire secher la morue, appelee les graves. En contrepartie, les navires risquent de s'endommager en entrant dans la rade lors de mauvais temps (9). En 1816 entre 400 et 450 personnes, dont d'anciens habitants, arrivent a Miquelon accompagnes de fonctionnaires et de militaires. Mais nous verrons plus loin qu'un bon nombre d'entre eux repartent vers la France, file Saint-Pierre, les Iles-de-la-Madeleine, le Cap-Breton ou encore la cote de Terre-Neuve. Les chiffres enonces plus haut sont a peu pres fideles au bilan que dresse Franyois Leconte, enseigne de vaisseau pour la Marine a bord du Railleur, rattache a la station navale franyaise de Terre-Neuve (10).

Ces colons, tout comme lors des reoccupations precedentes, beneficient d'une aide gouvernementale de demarrage, incluant des provisions pour environ 18 mois et des materiaux de construction rudimentaires en attendant mieux (11). Quoique Lecomte estime la population permanente de Miquelon a 500 ou 600 personnes, il pense quelle augmente a 4000 et meme 5000 personnes durant la saison de peche dete (12). Mais ces chiffres sont trop modestes si l'on en croit les recherches d'Harold Innis et de Peter Neary. Le premier estime que la flotte de peche franyaise emploie un total d'environ 12 000 hommes en 1830, incluant ceux des bancs et de la peche cohere (13). Quant a Neary, il pense qu'au-dela de 9000 pecheurs s'activent le long de la frange de cote couverte par les traites franco-anglais (14).

Les habitants pechent en majorite le long des cotes dans des << warys >> (doris) pour certains ou dans des chaloupes pour d'autres. Plus robustes, ces dernieres permettent egalement de se rendre sur les bancs plus au large (15). Quelques habitants possedent meme des goelettes de 10 a 15 tonneaux, leur permettant de faire la peche un peu partout dans le Golfe du Saint-Laurent (16). De 1817 a 1819, la majorite des embarcations sont construites a Miquelon et les autres a SaintPierre. Par exemple, en 1823, sur 17 goelettes armees a Miquelon, huit proviennent des chantiers miquelonnais. Toutefois, en 1829, deux goelettes de Miquelon proviennent des Iles-de-la-Madeleine. Cette tradition de construction navale se maintient, puisqu'en 1833, 22 des 23 goelettes en operation sont de construction locale (17).

Analyse des matricules des habitants de Miquelon 1816-1849

Les deux sources d'archives privilegiees pour cette etude sont les matricules des habitants et les registres paroissiaux. Le depouillement de ces deux sources a permis den tirer de nombreuses donnees, mais a egalement fait ressortir certaines lacunes, surtout pour les matricules des habitants. C est ce qui explique que nous les abordons separement dans notre analyse, meme si, a l'occasion, surtout en notes de fin de document, nous referons le lecteur aux donnees de ces deux sources. Cela permet de completer ou de comparer certains resultats. Quoique la periode couverte par les registres paroissiaux de letat civil soit plus courte, les donnees en decoulant s'averent plus completes et done plus fiables.

Bertho explique que les << roles et registres matricules sont les documents de base qui doivent des lors permettre la levee des matelots pour le service sur les bateaux du roi en temps de guerre >> (18). Dans le cas de Miquelon, on park de cinq listes compilees sur des sequences de quelques annees, avec une tendance vers des laps de temps plus courts (19). Par exemple, le premier matricule setend sur une periode de six ans alors que le dernier se limite a deux ans. Le premier matricule (1816-22) se compose de trois listes; la premiere en est une de douze fonctionnaires, la deuxieme comprend les noms de 320 habitants arrives dejuin a octobre 1816 et la troisieme mentionne les naissances survenues entre le 1er octobre 1816 et le 25 juin 1822, soit 88 cas.Toutefois, nos propres calculs, effectues a partir des donnees des registres paroissiaux, donnent un total de 95 naissances, done sept de plus. Notons qu'il y a ici matiere a debat au sujet du nombre total d'habitants puisque Michel Poirier park plutot de 280 personnes au lieu de 320 (20).

Le deuxieme matricule (1823-28), lui, n'a que deux parties. La premiere est un recensement comportant des mises a jour occasionnelles sur la composition des families, mais pas pour les proprietes. La deuxieme partie, pour sa part, est un portrait de la population en 1826, avec une mise a jour reguliere jusqu'en 1827-28. On retrouve done les noms de famille, les prenoms, le lieu de naissance, le numero de departement franfais pour ceux et celles nes en France, ou encore mention de la province canadienne de naissance ou d'un autre pays si e'est le cas. Viennent ensuite la date de naissance et la profession ou occupation economique.

Quant au troisieme matricule (1842-45), il comporte des rajouts et des suppressions de 1843 a 1845 (21). Les informations qu'on y retrouve s'apparentent de pres a celles compilees dans les matricules precedents. Precisons cependant une information exclusive a ce matricule; on y trouve des appreciations d'un fonctionnaire appele charge de service. C est sensiblement le meme cursus de donnees apparaissant aux matricules de 1845-47 (22) et de 1848-49 (23).

Les fonctionnaires venus de France

Tel quevoque plus haut, file de Miquelon est administree par un certain nombre de fonctionnaires venant de France et dont la longueur des sejours peut varier. Ainsi, selon le matricule 1816-22, on compte une douzaine d'entre eux designes comme << administrateurs et autres entretenus >>, incluant un commissaire de 1re classe, un charge de service de file, deux chirurgiens de 3e classe, un chirurgien de 2e classe, sept soldats-ouvriers d'artillerie de Marine, un garfon-distributeur et un boulanger du roi. En 1823-28, ces fonctionnaires ne sont plus que neuf, dont cinq gendarmes, deux commis de Marine de lrc classe et un chirurgien de 2e classe. Deux de ces hommes, le commis de Marine Pierre Bouhet et le chirurgien Henry Fitzgerald, ont des families avec eux. Quoiqu'il n'y ait pas de categorie pour ces gens-la en 1842-45, ils reapparaissent en 1845-47 avec deux chirurgiens de Marine, trois gendarmes et deux gendarmes-chefs de poste. A eux s'ajoutent quatre ecclesiastiques. Finalement, en 1848-49 on denombre une quinzaine de personnes cumulant une fonction quelconque, soit dix civils et cinq ecclesiastiques (trois pretres et deux religieuses).

Estimation de la population totale

Dans cette section, il y aurait bien sur lieu d'effectuer de nombreux rapprochements avec les populations acadiennes, francaises et terre-neuviennes (24) vivant en contexte maritime. Par exemple, a titre comparatif avec un autre milieu insulaire francophone de l'Atlantique francais, file d'Ouessant, a l'entree de la Manche, compte 1950 habitants en 1772 (25). A l'entree meme du Golfe du Saint-Laurent durant la periode a letude, des Acadiens du Cap-Breton emigrent sur la cote ouest deTerre-Neuve et en 1849, une partie des Acadiens des Iles-dela-Madeleine arrivent a la baie Saint-Georges de Terre-Neuve. Ils suivent des contingents de 54 colons en 1830 et de 25 families en 1838 (26). On sait aussi qu'en 1773, huit families acadiennes en provenance de Miquelon arrivent aux lles-de-la-Madeleine, dont les Vigneau, Sire (Cyr), Leblanc, Bourg, Theriault et Hebert (27). En 1831, il y avait 1057 personnes aux Iles-de-la-Madeleine et a peine 250 habitants sur la Basse-Cote-Nord du Quebec (28).

Le tableau 1 montre une croissance constante du nombre de personnes apparaissant sur les matricules des habitants de Miquelon entre 1816 et 1849, puisqu'il passe de 403 a 591. Mais ces chiffres exigent une mise en contexte importante. En effet, etant donne le modele de compilation qu'offrent les listes matricules, on ne peut pas parler ici de veritables recensements. Il s'agit plutot de listes des personnes se trouvant sur le territoire de maniere constante ou non, durant une periode donnee. Afin de pallier a ces lacunes, du moins partiellement, nous avons privilegie un decompte individuel des noms apparaissant sur chaque matricule. Durant ces laps de temps, il y a done des gens qui naissent (29), qui meurent (30) ou qui partent (31). On note entre autres une chute importante du nombre de personnes sur place entre lepoque de la reoccupation (1816-22) et l'augmentation substantielle du milieu des annees 1840. Mais encore la, en raison des lacunes documentaires stipulees sur les matricules, nos resultats doivent etre abordes avec circonspection. D'abord, si Ton cherche a comprendre la chute du nombre de personnes sur place entre 1823 et 1845, deux facteurs peuvent l'expliquer. En premier lieu, entre 1816 et 1822, on enregistre 59 departs et 33 deces pour un total de 92 pertes, contre 88 a 95 naissances. En deuxieme lieu, pour les matricules 1823-28 et 1842-45, il y a plusieurs absences occasionnees par la perte de documents. Par exemple, pour le matricule 1842-45, on note que pour au moins cinq families, il y a absence des noms de plusieurs enfants. On peut toutefois presumer que ces derniers reapparaissent peut-etre sur les deux matricules suivants (1845-47 et 1848-49). Les departs peuvent s'expliquer par le transfert de fonctionnaires ou encore par la deception de colons s'attendant a mieux. Dans ses travaux, Michel Poirier presente des chiffres encore plus conservateurs que les notres. Ainsi, il estime qu'en 1817, sur un total de 453 arrivants, 173 sont a Saint-Pierre et 280 a Miquelon (32). Il estime egalement que de 1820 a 1848, la population de l'archipel passe de 800 a 2130, sans toutefois departager Saint-Pierre de Miquelon (33).

Suite a ces observations methodologiques, il est permis de conclure que nos chiffres relatifs a revaluation de la population totale de Miquelon demeurent incomplets. Il n'empeche que le nombre de personnes mentionnees entre le premier et le dernier matricule connait une hausse de 188 ou 32%. C'est une population coloniale en construction, ce qui peut expliquer un leger surplus d'hommes, puisque ces derniers constituent toujours un peu plus de 51% de la population (34). Cela expliquerait, du moins en partie, que l'age au manage soit plus eleve chez les hommes que chez les femmes. Les hommes doivent attendre plus longtemps pour trouver une conjointe et de plus, certains d'entre eux doivent parfois patienter avant de lancer leur propre unite de production et en meme temps envisager de fonder leur propre famille.

Si Ton s'interesse a dresser une pyramide d'ages a l'aide des donnees du premier matricule seulement (1816-22), Ton travaille avec un total de 303 mentions d'age au total, dont 176 pour les hommes et 126 pour les femmes (35). Par exemple, chez les 0 a 10 ans, on compte 67 personnes (22% du total) et le meme nombre chez les 11 a 20 ans (22%). Ceci signifie que 44% de ce groupe de 303 personnes est age de 0 a 20 ans, ce qui en fait une population plutot jeune. Finalement, chez les 51 ans et plus, soit 29 personnes, ce groupe constitue 9,5% du total.

Le tableau 2, pour sa part, demontre que cette population est tres majoritairement native de Miquelon, passant de 57% en 1816-22 a 78% en 1848-49. N'oublions pas qu'un bon nombre des naissances survenues en France proviennent de parents anciennement colons de Miquelon et qui retournent dans la colonie. Le lieu de naissance nest toutefois pas forcement mentionne pour toutes les personnes figurant sur les listes-matricules.

L'economie selon les malricules des habitants

En ce qui a trait aux occupations economiques des habitants entre 1823 et 1849, le tableau 3 confirme qu'au moins 85% des hommes pour lesquels on en mentionne une pratiquent la peche. A ce tableau peuvent s'ajouter les occupations de constructeurs de navires (deux constructeurs, en 1842-45 et 1848-49), pilotes, cultivateurs, negotiants ou encore calfats de navire. II ne faut pas non plus setonner que les possessions materielles des habitants se composent en bonne partie d'outils de production pour la peche. Egalement, le tableau 4 nous apprend que le nombre de maisons se chiffre a 64 en 1848-49 et on compte 86 jardins en 1823-28. Le nombre de graves lui, se maintient autour de la cinquantaine (36). C est la que se trouvent aussi les salines et chafauds. Finalement, le nombre d'embarcations se subdivise en six categories : les goelettes (37), les chaloupes, les warys, les canots, les barquettes et les pirogues. Mais les lacunes des sources empechent de statuer sur revolution reelle des possessions des habitants. A la limite, on peut toujours dire que le nombre de goelettes s'est maintenue entre 7 et 13 durant la periode a letude, contre 4 a 12 pour les chaloupes. Bien que le nombre de warys se soit eleve a 60 en 1823-28, on tombe dans l'inconnu par la suite. Ici et la surgissent d'autres types d'embarcations telles les canots (5 en 1823-28), les barquettes (13 en 1823-28) ou encore les pirogues, dont le nombre passe de 3 a 19 entre 1842 et 1849.

Rappelons que le matricule de 1823-28 est le seul presentant un decompte des animaux. Ainsi, sur un total de 310, on note 209 moutons (67% du total), 42 vaches (13%) et 31 veaux (10%). A cela s'ajoutent 5 taureaux, 5 boeufs, 14 chevres, 3 chevaux et un poulain (38). Deux autres phenomenes attirent notre attention pour les matricules de 1842-45,1845-47 et 1848-49. II s'agit d'abord du partage des biens et ensuite de la cohabitation parfois assez elargie (39). Le phenomene du partage des biens est plutot evident en ce qui a trait aux embarcations, puisque plusieurs d entre elles sont montees par au moins deux coproprietaires (40). Mais cette realite s'applique aussi a d'autres types de possessions, du moins pour le matricule de 1823-28. Tenons-nous-en a seulement quelques exemples revelateurs: Louis-Franqois Briand (II) partage un wary avec son beau-frere Benjamin Vigneau, la veuve Benoni Briand partage une maison, un jardin et une barquette avec son fils, Jacques-Pierre, Jean Durand detient la moitie dune goelette qui se trouve alors en France, Emmanuel Gautier loge chez son pere et possede une part dans une goelette, Joseph Vigneau possede la moitie dune goelette et de deux warys avec Pierre Petitpas, Joseph Rio detient la moitie des embarcations et des bestiaux de son beau-pere, Pierre Vigneau, et finalement, Etienne Vigneau loge chez son gendre Louis Poirier. 11 partage avec celui-ci la maison, des bestiaux et quelques batiments.

Profils de grandes families

Comme dans toute analyse demographique pour cette epoque, Ton se doit de se pencher sur le profil de certaines grandes families. Quelques-unes se demarquent; selon le matricule de 1823-28, le couple de Pierre Poirier et Jeanne Renee Ailo ont onze enfants, dont JeanPierre, 23 ans et pecheur, de meme que Louise, 20 ans, qui a epouse Pierre Coste. Quant a Josephine, 18 ans, elle est << en condition chez M. Bouhet >>, ce qui signifie sans doute quelle y travaille a titre de domestique (41). II semble cependant que le couple Poirier-Ailo ait les ressources pour soutenir cette famille nombreuse. D'abord, l'aspect alimentaire beneficie des recoltes de quatre jardins et du lait de deux vaches. Quant aux outils de production pour la peche, ils comprennent une grave, une saline, une chaloupe et deux warys. La ou la situation peut s'averer plus difficile est dans 1'apport en main-d'oeuvre. Effectivement, a l'exception de Jean-Pierre, les autres fils sont Abel et Eugene, ages respectivement de 10 et 9 ans seulement.

Sur cette meme liste de families nombreuses, on peut inclure le couple Etienne Coste et Catherine-Adelaide Anouet, qui ont dix enfants mais dont deux sont decedes en 1827, Zelia et Jean-Alfred. Ces derniers ne sont alors ages que de 14 et 2 ans respectivement. Etant donne qu'ils decedent tous deux a seulement six jours d'intervalle en septembre, on peut presumer qu'ils furent victimes dune maladie contagieuse (42). La subsistance alimentaire est ici en bonne partie fournie par trois jardins, quatre vaches et six moutons. Les outils de production, eux, comportent une saline, une chaloupe et deux warys. En termes de main-d'oeuvre, cette famille est mieux positionnee que le couple precedent puisqu'elle compte quatre fils deja qualifies de pecheurs : Francois-Alexandre, Leon, Edouard et Joseph. Cependant, etant donne que Francois-Alexandre (21 ans) vient tout juste de se marier (1827), il est probable qu'il finisse par creer sa propre unite de production. Notre troisieme famille, celle de Joseph Cormier et Jacquette Letouse, compte, elle aussi, dix enfants, mais incluant neuf garfons! Les six plus vieux sont ages de 8 a 19 ans, assurant ainsi un pool de main-d'oeuvre fort interessant pour operer une barquette et deux warys.

Sur le matricule de 1842-45, la famille la plus nombreuse est celle de Bonaventure Leloche et Jeanne-Angelique Iriard avec 14 enfants nes entre 1803 et 1843 et dont deux sont maries et un decede. L'aide pour l'entreprise de peche ne peut venir que de trois fils--Gratien (25 ans),Joseph-Rene (21 ans) et Alfred-Franfois (10 ans). Le sort a voulu que Jean-Alphonse decede a 20 ans. Toutefois, quatre autres garcons plus jeunes pourront eventuellement contribuer aux activites de peche. Quant au couple Alexandre Michel et Henriette Boudrot, leur famille de onze enfants se compose de sept fils, dont trois ages de 12 a 17 ans. Le rythme des naissances est d'un enfant aux deux ans de 1823 a 1843. Finalement, sur le matricule de 1845-47, ces deux memes families dominent encore le classement pour le nombre d'enfants avec chacune 12. Sur le matricule de 1848-49, le couple Michel-Boudrot se hisse en tete de liste avec 13 enfants dont neuf fils.

En jumelant les donnees des matricules et des registres paroissiaux, nous avons isole 22 couples ayant donne naissance a au moins sept enfants entre 1801 et 1849. Pour ces couples, la duree moyenne de la periode de procreation etait de 17 ans. Le nombre total de naissances atteint 213, ce qui represente 9,6 par couple en moyenne. Le taux de mortalite infantile (21) se situe a 0,9 par famille. On denote aussi cinq paires de jumeaux. Ainsi, de 1819 a 1845, le couple Bonaventure Leloche et Jeanne Angelique Iriard donne naissance a 17 enfants--un a tous les 17 mois en moyenne. La moyenne de temps d'attente entre deux naissances pour le groupe est toutefois de 20 mois environ. C est le meme qua Ouessant en France au XVIIIe siecle (43). Pour les sept principaux couples de cet echantillon de 22, voir le tableau 5.

Le veuvage

Le phenomene du veuvage a dernierement attire l'attention des chercheurs et cette recherche ne fait pas exception. Alain Cabantous est d'avis qu'en milieu maritime,<< les femmes tiennent un role fondamental dans le maintien de la cohesion familiale ou communautaire ... Elies sont des femmes de l'attente, mais plus encore celles de la solitude, du plus long veuvage ... II faut nourrir la famille, travailler sur les greves, pecher aux cordes, vendre le poisson, cultiver les champs >> (44). Selon le matricule de 1816-22 a Miquelon, le nombre de veuves se chiffre a onze, quoiqu'il demeure difficile de confirmer combien vivent en cohabitation. Leur age moyen est de 55 ans. Le nombre total de personnes en veuvage augmente a quinze selon le matricule de 1823-28, dont quatre veufs. Lage moyen du groupe atteint maintenant 59 ans avant de chuter a 51 ans sur le matricule de 1842-45. II y aura egalement quinze personnes en veuvage selon le matricule 1845-47.

Bien entendu, chaque situation de veuvage a sa propre histoire, bien qu'il soit possible den tirer des similitudes. Par exemple, selon le matricule de 1816-22, une grande tragedie frappe Anne Benoit, devenue veuve a 40 ans. D'un seul coup, le 3 juin 1821, elle perd son mari, Joseph Vigneau (44 ans), et ses trois fils, qui disparaissent lors dune sortie de peche en canot. Les fils, Alexandre, Edouard et Leon-Sebastien, sont respectivement ages de 15, 12 et 10 ans. Anne reste done seule avec ses deux lilies en bas age, Adele-Virginie (5 ans) et Eulalie (1 an). Une autre jeune veuve, Marie Sire (veuve Chiasson), 38 ans, abandonne Miquelon en octobre 1816 pour passer << sur les possessions anglaises >>, en compagnie de sa soeur Madeleine Diore (40 ans). Une deuxieme veuve decide de partir--Anne Hebert (veuve Boudrot), 51 ans, qui, en octobre 1823, passe en France en laissant sa propriety a Jean Coste (II).

En contrepartie, certaines veuves ecoulent des jours paisibles a la tete d'unites de production familiale plutot prosperes. Ainsi, Madeleine Hebert (veuve Coste), nee a Boston, est agee de 64 ans et proprietaire d'une maison, cultive trois jardins et exploite un etablissement de peche avec l'aide de ses quatre fils ages de 30 ans ou plus. A la maison, pour accomplir les taches domestiques et s'occuper des jardins, la veuve peut compter sur sa fille celibataire Madeleine (38 ans). Un scenario assez similaire est celui de Clarisse Poirier (veuve Francois Coste), nee a Nantes et agee de seulement 37 ans. Toutefois, contrairement aux cas precedents, elle se remarie en novembre 1845 avec Benjamin Coste, 53 ans. Le couple est alors en mesure de profiter de l'exploitation d'une grave et d'une goelette, la Marie Clarisse. Clarisse a donne naissance a neuf enfants durant son premier mariage, dont six fils. Selon le matricule 1848-49, trois de ces fils sont ages entre 16 et 18 ans et deux filles, Claire Adelaide (20 ans) et Rose-Angele (18 ans), sont en mesure d'assister leur mere.

Tout a l'oppose du scenario precedent, Agathe Blanchard (veuve Poirier), nee a Louisbourg, est agee de 82 ans! Elle loge chez son fils Jean Poirier, 56 ans, mais voila que ce dernier decede a Saint-Pierre en octobre 1824. Cette famille semble alors amorcer un douloureux processus de dislocation, puisqu'un autre fils, Hypolite (29 ans), est hospitalise a Saint-Pierre depuis un an et qu'Adolphe (19 ans) meurt a Codroy (Terre-Neuve) en mai 1828. Une petite-fille, Clarisse Poirier, semble bien netre agee que de 13 ou 14 ans lorsqu'elle epouse Alexandre F. Coste en 1827. En bout de ligne, Agathe se retrouve theoriquement seule avec son petit-fils Prudent, 11 ans, a moins que les deux soient accueillis par le couple de Clarisse et Alexandre. Finalement, du cote des veufs, Emmanuel Gautier peut se compter chanceux dans les circonstances. Ne a Port Louis en France, il est age de 46 ans au moment du deces de son epouse, Marguerite Mouton, en aout 1847, a l'age de 50 ans. Le couple a alors neuf enfants, dont un, Eugene, est decede en 1839 a lage de 15 ans. Mais la maisonnee compte toujours sur au moins quatre fils ages de 14 a 23 ans.

Fenetre sur les registres paroissiaux de Miquelon 1816-1830

Afin deviter toute confusion dans l'usage des deux sources exploitees dans ce travail (les matricules et les registres paroissiaux), nous avons estime plus prudent de ne pas les croiser, a l'exception de quelques references en notes de fin de document dans la section sur les matricules. Est-il utile de rappeler que depuis les annees 1960 au moins, les registres paroissiaux se veulent etre une source incontournable de l'histoire demographique et sociale. A compter de cette epoque, les donnees chiffrees ont pese de plus en plus lourd dans les parametres d'analyse de certains phenomenes historiographiques. C'est ainsi que la compilation des donnees provenant de la cueillette des actes de naissance, de mariages et de deces alimentent encore plusieurs recherches. Dans le cadre de cette recherche, les registres de Miquelon auxquels nous avons acces ne couvrent cependant que la periode 1816-1830.

Le nombre total des naissances se chiffre a 223, soit une moyenne de 15 par annee. Le nombre de filles est de 119 (53%) et de garfons, 104 (46%). II ne semble pas y avoir de tendances concentrees a certains moments de l'annee pour les naissances puisqu'on en enregistre 29 en mai, 27 en aout, 26 en septembre et 22 en decembre. Cependant, un signe indubitable du milieu maritime, 20% des naissances et baptemes se deroulent en l'absence du pere, parti en peche ou pour couper du bois a Terre-Neuve. Par exemple, en novembre 1820, Louise Genevieve Cormier donne naissance a des jumeaux alors que son mari, Francis Mouton, est sur la cote de Terre-Neuve. Mais le sort fait qu'un des deux enfants est deja mort au moment de sortir du sein de sa mere. Jeanne Vincent Laurent est plus chanceuse puisque ses jumeaux survivent tous les deux lors de leur naissance le 5 septembre 1830 mais ici aussi le pere, Louis-Franfois Briand, est en peche sur la goelette les Quatre Soeurs. Egalement, de mai a aout 1828, huit enfants de Miquelon naissent en l'absence du pere.

Pour les mariages, la periode 1816-1830 des registres paroissiaux de letat civil en mentionne 52, dont 34 (65%) ayant lieu entre octobre et janvier (45), periode creuse pour la peche. Les annees 1818 a 1820 rassemblent 27 unions, cest-a-dire 52% du total pour toute la periode. Lage au mariage est mentionne 50 fois du cote des hommes et 47 fois du cote des femmes. II se situe dans des moyennes de 30,2 ans pour les premiers et de 25 ans pour les deuxiemes (46). Certains actes de mariages nous informent sur des aspects d'histoires familiales parfois fort interessantes. Par exemple, il arrive frequemment qu'un ou les deux conjoints soient nes en France ou que leurs parents y soient decedes. Ainsi, le 5 janvier 1818, Louis Chariot epouse Julie-Marie Gaspard. Chariot, 40 ans, est ne a Versailles en 1777. A Miquelon, il est ouvrier d'artillerie de Marine et boulanger du roi. Sa nouvelle epouse, JulieMarie Gaspard, est veuve de Joseph Recto, marin noye sur le navire le Jeune Alexandre (La Rochelle) le 13 novembre 1816. Ce naufrage survint sur les cotes de Bayonne. Les pieces justificatives presentees au moment du mariage incluent des actes de naissance, le conge de reforme du premier bataillon de gendarmerie de reserve de Louis (5 aout 1815) et la permission ecrite de se marier qui lui est accordee par le commissaire de Marine et charge en chef du service de Miquelon (47). Toujours en 1818, au moment du mariage entre Bonaventure Loloche et Jeanne-Angelique Hiriard, cette derniere n'est agee que de 15 ans 8 mois et son mari de 25 ans. Elle est nee a Bordeaux et ses deux parents sont decedes, dont son pere, Bertrand, en octobre 1817. C'est done l'oncle maternel de la jeune epouse, Jerome Mouton, qui doit accorder son consentement. On peut presumer qu'il etait tuteur de la jeune fille durant l'annee setant ecoulee depuis le deces de son pere (48).

Une autre femme ayant perdu ses deux parents, cette fois a l'occasion dune catastrophe maritime, est Lucie Poirier (29 ans). Au moment de son union avec Jean Coste (38 ans et ne a La Rochelle), on apprend que les pere et mere de Lucie, Louis Poirier et Jeanne Dharoquie, moururent a huit ans d'intervalle. Louis decede lors d'un naufrage en 1808 et Jeanne meurt sur le navire du roi, la Balance, en mars 1816 (49). Encore en 1818, Joseph Vigneau a pratiquement 20 ans de plus que sa deuxieme epouse, Genevieve Rose Girardin, au moment de lepouser. Bien que Joseph soit ne a La Rochelle en 1768, ses pere et mere, de meme que sa premiere epouse, Charlotte Gautier, decedent tous trois au Port-Louis (50). L'histoire familiale derriere l'union entre Jacques Poirier (72 ans) et Rosalie Vigneau (48 ans) est toute aussi pleine de rebondissements tragiques. Poirier est << natif de l'Acadie, ancienne colonie frangaise de l'Amerique septentrionale >> et son pere Claude meurt a Miquelon juste avant la conquete anglaise de 1793. Sa mere, pour sa part, decede au Canada mais sans que Ton sache oil exactement. La premiere epouse de Jacques, Marguerite Bourgeois, disparait dans un naufrage sur la cote de Jersey durant la nuit du 21 au 22 mai 1816, possiblement sur un navire la ramenant a Miquelon pour la reoccupation definitive par la France. Quant a Rosalie Vigneau, son pere, Joseph, decede en Angleterre et sa mere a Bordeaux. A noter que Rosalie en est a son troisieme manage puisqu'elle avait deja ete veuve de Jean-Baptiste Petitpas et de Bertrand Briand (51).

Un autre Acadien d'origine, Jean Benoni Chiasson (26 ans), peut se vanter d'occuper une position plutot prestigieuse au moment de se marier en novembre 1819. Ne a Miquelon, il est devenu capitaine au long cours et commande alors sur le brick de commerce la Manotta, mouillee dans le barachois de Saint-Pierre. Ce navire appartient a un armateur de Port-Louis, monsieur Leflock. Pourtant, Jean Benoni a probablement vecu une partie de sa jeunesse a Quimper, puisque son pere, Joseph, y decede en 1810, et ensuite au Port-Louis, ou reside sa mere, Anne Vigneau. Le vecu de sa nouvelle epouse, Anne Josephine Labbe (18 ans), est egalement marque par la perte de ses parents, puisque son pere, Joseph, meurt en 1813, alors emprisonne a Plymouth en Angleterre, et sa mere, Charlotte Hebert, decede a Port-Louis en septembre 1807. Au moment du manage, Anne Josephine est<< domiciliee >> dans la maison de sa tante a Miquelon, la veuve de Jacques Vigneau (52).

Certaines unions laissent apprehender un depart de Miquelon pour lepouse ou, a tout le moins, des separations periodiques du mari. Par exemple, en septembre 1819, Barbe Marguerite Detchevery (29 ans) epouse Jean Jacques Francis Roustan (35 ans), ne a SaintNazaire. Ce dernier est maitre dequipage a bord de la gabare du roi 1'Expedition, alors en rade a Saint-Pierre. II est difficile a dire depuis combien de temps les nouveaux epoux se connaissent mais du cote des parents de lepouse, sans doute sont-ils satisfaits que leur fille ait enfin trouve preneur et, qui plus est, qu'il occupe une fonction fort respectable dans le contexte insulaire de Miquelon. Les occasions de promotion sociale y sont plutot limitees (53). Le meme jour, Angelique Giffard epouse, elle aussi, un homme en service, ou plutot en retraite militaire. II s'agit de Jean-Louis Marguerite Delvale, ex-ouvrier militaire en garnison a Saint-Pierre-et-Miquelon, natif du Fmistere, demeurant maintenant a Miquelon. Giffard (24 ans), elle, est nee dans une colonie anglaise et son pere, Jean, est forgeron a Miquelon (54).

Finalement, la composition familiale de bunion entre Alexis Floury et Apoline Dorothee Gautier est fort revelatrice de ce reseau de parentele transatlantique entre Miquelon et certains ports de France. Cette union renforcie egalement la notion voulant que Ton cherche parfois a conclure des unions a l'exterieur du monde des peches. Ainsi, Floury (34 ans) est officier marin natif d'llle-et-Vilaine, demeurant ordinairement a Saint-Servan et fils de feu Guillaume, negotiant de son vivant. II est probable que ce Floury a cree une impression favorable aupres de P. A. Vigneau et d'A. Gautier, tous deux officiers marins, << demeurant Ordinairement >> au Port-Louis et a Saint-Servan. Le premier est oncle maternel de F epouse et le deuxieme son oncle paternel. Le pere de la mariee, Joseph Gautier, est pecheur et a peut-etre vu une belle opportunity pour sa fille d'acceder a un mode de vie moins exigeant que la peche (55).

Finalement, le depouillement des actes de deces revele qu'il en survient 90 entre 1816 et 1830, dont 38 (42%) touchent des enfants de 0 a 10 ans. Au moins 29 (32%) decedent avant de franchir le cap de leur premiere annee (56). Qui plus est, a Ouessant entre 1734 et 1792 surviennent 2074 deces, soit une moyenne annuelle de 36. Ces chiffres s'apparentent a ceux de Miquelon, meme s'ils s'appliquent au siecle precedent pour Ouessant. A noter que 20% des mortalites masculines et 15% des deces feminins surviennent avant lage d'un an. Patricia Thornton est d'avis que la mortalite infantile semble plus elevee a Belle Isle que dans d'autres societes coloniales telles la Nouvelle-France et la Nouvelle-Angleterre. Quoique ces chiffres semblent plus eleves que ceux avances par l'historiographie, il n'en demeure pas moins qua la veille de la Conquete de la Nouvelle-France en 1760, << un enfant sur deux meurt avant d'avoir atteint lage d'un an >> (57). Pour revenir a Miquelon, chez les 15 a 50 ans, la force vive de travail, on rapporte 34 deces, soit 37% du total; 17 sont ages de 51 ans ou plus, soit 19%. Les accidents maritimes fauchent un bon nombre des victimes dans la tranche des 15 a 50 ans. Sans doute un pecheur-engage saisonnier, Bertrand Daguire (20 ans), natif de Saint-Jean-de-Luz, meurt alors qu'il est de lequipage de la chaloupe 1 'Elisa (58). II est fort possible que ce soit le meme scenario pour Louis Liard (18 ans), ne dans le Departement des Cotes-du-Nord, qui meurt dans la maison de l'habitant-pecheur Emmanuel Gautier en janvier 1827 (59). Chez les plus ages, Louis Geoffroy (50 ans) est natif de Genets, pres de Granville, et perd la vie au Grand Barachois de Miquelon. II semble alors faire partie d'un equipage de chaloupe avec Victor Martin (26 ans) et Franfois Lefrene (22 ans). Etant donne lage relativement avance de Geoffroy, il etait probablement maitre de chaloupe (60). Finalement, un jeune Acadien, Adolphe Poirier (23 ans), meurt aussi en peche a Codroy (Terre-Neuve). Il est ne a Nantes et complete lequipage de la chaloupe la Marie Catherine avec Leon Coste (25 ans), patron de l'embarcation, et Felix Lazard (21 ans) (61).

A cote de ces morts tragiques de jeunes hommes en mer se profilent des cas comme celui de l'habitant-cultivateur Jean Durand (65 ans) qui meurt sur sa ferme au Grand Barachois de Miquelon en fevrier 1829 (62).

Mais quelqueschanceuxetchanceusesviventjusquades agesplutot avances pour l'epoque. Ainsi, en 1830 surviennent quatre deces de personnes agees respectivement de 71,75,82 et 88 ans: Pierre Guyon, Anastasie Hebert, Genevieve Theriault et Agathe Blanchard. Cette derniere etait nee a Louisbourg, Hebert en Caroline et Theriault a la Baie Fracaise. Ces femmes auraient done pu toutes etre victimes de la Deportation de 1755-1763, puisque toutes sont nees entre 1742 et 1759! Si Ton souhaite camper ces donnees dans l'historiographie, on peut se referer aux recherches de Nadine Ouellette et al. Cette derniere demontre qu'en Suede <<l'age modal au deces aurait oscille autour de 72 ans pour les femmes et 69 ans pour les hommes ... entre 1751 et 1875 >> (63). Au Quebec ou en Nouvelle-France, cette meme chercheuse avance que les hommes maries vivent en moyenne jusqu'a 70,4 ans et les femmes jusqu'a 73 ans entre 1740 et 1754. Mais chez ces dernieres, l'esperance de vie grimpe a 76 ans entre 1785 et 1799, alors quelle se situe a 74 ans chez les hommes (64).

Conclusion

Bien que cette recherche ne dise pas tout sur la population de Miquelon durant la premiere moitie du 19e siecle, il est neanmoins possible den tirer certaines observations sommaires. Rappelons que 1 objectif de depart visait a dresser un bref profil demographique d'une societe de pecheurs francophones pratiquement rattachee a la Peninsule de Burin a Terre-Neuve. Qui plus est, l'approche de recherche en micro histoire semble toujours faire des emules dans l'historiographie recente du Canada atlantique. Sans doute la specificite fondamentale de cette population de Miquelon est qu'avec celle de Saint-Pierre, elle est la seule sous autorite franchise depuis leTraite de Paris de 1763. Et ce, en depit des evenements geopolitiques perturbateurs decoulant des guerres d'empires entre 1778 et 1815.

Cette periode de stabilite geopolitique debutant en 1816 permet done de solidifier les assises coloniales franfaises, a l'entree meme du Golfe du Saint-Laurent. Dans Foptique de compiler le plus de donnees possibles, ma recherche s'est appuyee sur deux sources incontournables pour lepoque : les matricules des habitants (1816-1849) et les registres paroissiaux de l'etat civil (1816-1830). Qu'en est-il de mes resultats? D'abord, globalement, le nombre total de personnes apparaissant sur les matricules passe de 403 a 591 entre 1816 et 1849. Quoique ces progres puissent sembler modestes, la mortalite en bas age, les noyades de plusieurs hommes en peche et Immigration constituent des facteurs nuisant a la croissance mais demeurent des caracteristiques demographiques partagees avec les voisins terre-neuviens. II serait d'ailleurs interessant de mener une etude comparative plus poussee avec les etablissements voisins de Burin et des communautes de la region de la baie de Fortune. De telles demarches permettraient peut-etre de constater que Miquelon a transite plus rapidement vers le statut detablissement de peche plus stable et reposant davantage sur la famille.

Egalement, la population est tres majoritairement native de Miquelon puisque de 57% en debut de periode, les natifs de l'ile representent 78% en 1849. Sans trop de surprise, au moins 85% de la population masculine est qualifiee d'habitants-pecheurs. Chaque unite de production familiale possede au moins une maison, une ou des embarcations, des infrastructures d'appretage de poisson sur sa grave, un ou plusieurs jardins et des animaux.

Au sein de ces families se manifeste de maniere fort apparente des concepts de cohabitation et de partage des infrastructures de peche et des moyens de subsistance. Comme dans plusieurs communautes maritimes, le nombre de veuves est plutot eleve en proportion de la population totale mais la grande majorite d'entre elles sen tirent plutot bien.

Fmalement, l'analyse d'un certain nombre de micro-donnees des registres paroissiaux de letat civil revele qu'entre 1816 et 1830, dans 20% des cas, le pere est absent en mer au moment de la naissance d'un de ses enfants. Egalement, mes observations d'un groupe de 22 couples constituant les families les plus nombreuses de Miquelon a lepoque revelent un rythme dune naissance a chaque 17 a 20 mois et une moyenne de 9,6 enfants par famille. Du cote de la mortalite infantile, mais ici pour la totalite des couples, 32% des enfants decedent avant d'avoir atteint lage d'un an. Egalement, les accidents maritimes fauchent un bon nombre de jeunes adultes dans la tranche des 15 a 50 ans.

II est a souhaiter que d'autres chercheurs s'interesseront a mener une analyse demographique de l'archipel pour la deuxieme moitie du XIXe siecle, et ce, en privilegiant aussi une approche micro historique. Cette approche s'avere realiste en vertu de la petite population habitant l'archipel et on en apprend ainsi davantage sur les parcours individuels des families et les choix qu'elles effectuent pour maintenir leurs activites de peche a flot!

Notes

(1) L'auteur desire remercier la revue Newfoundland and Labrador Studies et signaler le travail stimulant effectue par les trois evaluateurs anonymes.

(2) David R. Jones, << From Frontier to Borderland : The Acadian Community in a Comparative Context, 1605-1710 >>, Journal of the Royal Nova Scotia Historical Society, vol. 7,2004, p. 7.

(3) Marc-Albert Cormier, << Toponymie ancienne et origine des noms Saint-Pierre, Miquelon et Langlade >>, The Northern Mariner/Le Marin du nord, VII, no 1, janvier 1997, p. 31. Cet auteur explique d'ailleurs que Miquelon est << divisee en deux sections reliees par un cordon de galets ou se trouve le village de Miquelon >>. II retrace l'origine du nom de Miquelon sur les cartes historiques des 16' et 17' siecles.

(4) Jean Chapelot, Aliette Geistdoerfer, Eric Rieth, Les lies Saint-Pierre et Miquelon. Etude archeologique, historique et ethnographique, Tome I, Paris, Maison des Sciences de l'Homme, 1982, p. 117.

(5) Jerry Bannister, << Adantic Canada in an Adantic World? Northeastern North America in the long 18th Century >>, Acadiensis, XLIII, no. 2, Ete / Automne 2014, p. 4, 7 et 27.

(6) Gregory Kennedy, << L'Acadie prend sa place dans le monde adantique >>, Acadiensis, XLIII, no. 2, Ete / Automne 2014, p. 48.

(7) Christian Fleury, << Discontinuites et systemes spatiaux. La combinaison ile/frontiere a travers les exemples de Jersey, de SaintPierre et Miquelon et de Trinidad >>, these de doctorat, Universite de Caen, 2006, p. 204.

(8) Charles de La Morandiere, Histoire de la peche francaise de la morue dans l'Amerique septentrionale, des origines a 1789, Paris, G. P. Maisonneuve et Larose, 1962,Tome II, p. 1287. Cite dans Gary R. Buder, << L'Acadie et la France se rencontrent: le peuplement franco acadien de la baie Saint-Georges, Terre-Neuve >>, Newfoundland Studies, 10, 2, 1994, p. 199.

(9) Chapelot et al. Les lies Saint-Pierre et Miquelon, op. cit., p. 122.

(10) Ronald Rompkey (editeur), Les Frangais a Terre-Neuve; un lieu mythique, une culture fantome, Bordeaux, Presses universitaires de Bordeaux, 2009, p. 170.

(11) Rappelons que les Acadiens qui arrivent a Miquelon sont dans plusieurs cas des refugies de la Deportation de 1755-63. Mais pour quelques-uns, d'autres deplacements forces sont a venir entre 1778 et 1816. Sur la question des nombreuses peregrinations de ces refugies durant la Deportation, voir Ronnie-Gilles LeBlanc (sous la direction de), Du Grand Derangement a la Deportation. Nouvelles perspectives historiques, Moncton, Chaire detudes acadiennes, Universite de Moncton, Collection Mouvange, 2005. L'auteur cite entre autres six extraits des registres paroissiaux de Miquelon, relatant des parcours individuels de refugies ayant parcouru de tres longues distances avant d'aboutir a Miquelon.

(12) Rompkey (editeur), Les Frangais a Terre-Neuve, op. cit., p. 172.

(13) Harold A. Innis, The Cod Fisheries: The History of an International Economy, Toronto, University of Toronto Press, 1978, p. 218.

(14) Peter Neary, << The French and American Shore Questions as Factors in Newfoundland >>, in James Hiller and Peter Neary (Edited by), Newfoundland in the Nineteenth and Twentieth Centuries : Essays in Interpretation, Toronto, University of Toronto Press, 1980, p. 113.

(15) Chapelot et al. Les lies Saint-Pierre et Miquelon, op. cit., p. 136.

(16) Rompkey (editeur), Les Francais a Terre-Neuve, op. cit., p. 174.

(17) Chapelot et al. Les lies Saint-Pierre et Miquelon, op. cit., p. 157. En 1858 a Saint-Pierre, il y aurait six compagnies de peche. Peter Neary, << The French and American Shore Questions as Factors in Newfoundland History >> in James Hiller and Peter Neary (Edited by), Newfoundland in the Nineteenth and Twentieth Centuries, Toronto, University of Toronto Press, 1980, p. 97.

(18) C. Bertho, << Population maritime et population rurale en Bretagne au XVIIP siecle : l'exemple de la presqu'ile de Rhuys (lfre partie) >>, Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest, Tome 84, no. 2, 1977, p. 396.

(19) Les matricules retranscrits sont disponibles sur le site web de LARCHE, situe a Saint-Pierre et Miquelon. http://www.archemusee-et-archives.net.

(20) Michel Poirier, Les Acadiens aux iles Saint-Pierre et Miquelon 17581828, Moncton, Editions d'Acadie, 1984, p. 34. Peut-etre que Poirier se limite a compter les habitants veritablement demeures a Miquelon suite a la reprise de 1816.

(21) << Matricule des habitants de Miquelon 1842-1845 >>, http://www. arche-musee-et-archives.net.

(22) << Matricule des habitants de Miquelon 1845-1847 >>, http://www. arche-musee-et-archives.net.

(23) << Matricule des habitants de Miquelon 1848-1849 >>, http://www. arche-musee-et-archives.net.

(24) Bien que les hens entre la population de la cote de Terre-Neuve et cede de l'ile Saint-Pierre soient assez frequents a lepoque, d ne semble pas en etre de meme pour Miquelon. Le chercheur Christian Fleury estime qu'entre 1816 et 1889, surles 3215 mariages celebres a SaintPierre et Miquelon, 5,8% impliquent des conjoints originaires de Terre-Neuve (Fleury, op. cit., tableau 8, page 207). Cependant, trois matricides de Miquelon comportent certains cas revelant detroites relations franco-anglaises, mais sans specifier si edes impliquent des personnes de Terre-Neuve. Par exemple, on dira qu'Etienne Vigneau a << abandonne la colonie >> pour ader setablir << chez les Anglais >> en juidet 1818. Charles Vigneau l'avait precede en 1817. Dans le matricule 1848-49, on mentionne que Louis-Pierre Briand est << marie seulement selon la coutume anglaise >>, mais sans donner plus de detads. Mais on sait aussi que les Miquelonnais se rendent frequemment sur la cote de Terre-Neuve pour pecher ou pour couper du bois et il y a forcement des liens qui se tissent.

(25) Bernadette Malgorn, << La population d'Ouessant au XVIII' siecle. Etude demographique >>, Annales de Bretagne, Tome 80, no. 2, 1973, p. 298.

(26) Butler,<< L'Acadie et la France >>, op. cit., p. 180 et 189.

(27) Jean-Charles Fortin et Paul Larocque, Histoire des des de la Madeleine, IQRC, Quebec, Presses de l'Universite Laval, 2003, p. 83, 86, 95.

(28) Pierre Frenette (sous la direction de), Histoire de la Cote Nord, IQRC, Quebec, Presses de l'Universite Laval, 1996, p. 239.

(29) En ce qui a trait aux naissances, les registres paroissiaux de Miquelon pour la periode 1816-1830 revelent 649 baptemes, soit une moyenne de 34 par annee.

(30) Pour les deces, les registres paroissiaux parlent de 90 mais les matricides de seulement 55.

(31) En compliant toutes les mentions de departs de la colonie pour l'ensemble des matricides, on atteint un total de 84, soit 2,4 par annee en moyenne. Toutefois, tel que mentionne plus haut, la tres grande majorite, 55 (65%), surviennent lors de la phase initiale d'occupation entre 1816 et 1820.

(32) Poirier, op. cit., p. 34.

(33) Ibid., p. 173.

(34) A Terre-Neuve en 1805, il y a environ 40 femmes pour chaque tranche de 100 hommes et meme rendu en 1830, ces derniers dominent toujours avec une marge de 2 a 1. W. Gordon Handcock, Soe longe as there comes noe women. Origins of English Settlement in Newfoundland, Milton, Ontario, Global Heritage Press, 2009, p. 92. Dans un autre ordre d'idee, disons qu'a Belle-Ile-en-Mer en 1791, on denombre une cinquantaine de families acadiennes sur les << terres affeagees entre 1766 et 1768 >>. Jean-Pierre Moreau, << Nouvel eclairage sur les Acadiens a Belle-Ile-En-Mer a la fin du 18' siecle >>, CAIRNINFO 107-121 (PUR), p.1-2.

(35) Notons des maintenant que le deficit feminin constitue un phenomene plutot frequent en contexte de demarrage colonial. Aux lles-de-la-Madeleine en 1831, 55% de la population est agee de moins de 15 ans et les 2/3 de la population sont nes aux lies. L'influence culturelle de Miquelon est omnipresente puisque c'est le lieu d'origine d'environ la moitie des families francophones (Fortin et Larocque, op. cit., p. 95).

(36) Selon Poirier, en 1818 Miquelon offre 78 espaces de graves sur lesquelles se trouvent 48 maisons d'habitants. II y aurait done 61% des espaces occupes. Poirier, op. cit., p. 464.

(37) Aux lles-de-la-Madeleine vers le tournant du 19' siecle, les premieres goelettes s'ajoutant aux barques de peche jaugent de 20 a 40 tonneaux. II y en a une douzaine en operation en 1811 et 27 en 1830. Fortin et Larocque, Histoire des lies de la Madeleine, op. cit., p. 85, 91.

(38) A la baie Saint-Georges a Terre-Neuve, les Acadiens semblent s'en tirer assez bien en agriculture au debut des annees 1850. Chaque famille cultive en moyenne 8 a 10 arpents et garde 3 ou 4 vaches, 8 a 10 moutons, 2 ou 3 cochons, etc. John J. Mannion, << Settlers and Traders in Western Newfoundland >> in John J. Mannion (ed.), The Peopling of Newfoundland : Essays in Historical Geography, St. John's, Memorial University of Newfoundland, 1977, p. 234.

(39) Poirier note egalement que les Acadiens comptent souvent trois ou quatre generations vivant sous le meme toit a Miquelon; phenomene encore perceptible en 1828. Poirier, op. cit., p. 73. Patricia A. Thornton est d'avis que la peche, a l'oppose de l'agriculture, est une ressource commune avec peu de restriction d exploitation. En milieu colonial comme Terre-Neuve, il est de coutume pour plusieurs families nucleaires de travailler a titre d'unite economique. << Newfoundland's Frontier Demographic Experience : The World We Have Not Lost >>, Newfoundland Studies, 1, 2, 1985, p. 157.

(40) Cette situation se rapproche du systeme des parts ou de partage dune embarcation. Cela implique un partage des couts d'operation, des risques mais aussi des profits.

(41) II s'agit fort probablement de Pierre Bouhet, commis de lre classe a file de Miquelon depuis avril 1826. << Matricule des habitants de Miquelon 1823-1828 >>, http://www.arche-musee-et-archives.net.

(42) Thornton estime d'ailleurs que les communautes maritimes sont davantage vulnerables a l'importation de maladies contagieuses de l'exterieur que les etablissements de l'arriere-pays. Thornton, op. cit., p. 155.

(43) Malgorn, op. cit., p. 305.

(44) Alain Cabantous, << Sur quelques personnages du theatre maritime aux XVI? et XVII? siecles dans la France littorale du Nord-Ouest >>, Histoire, economie et societe, 1989, 8e annee, no. 1, p. 17.

(45) Ce constat se rapproche de celui d'Ouessant oil des pointes se manifestent en janvier, juillet et novembre. Malgorn, op. cit., p. 302. A Dieppe, 40% des mariages << parmi les gens de mer se celebrent en janvier et fevrier >>. Cabantous, op. cit., p. 16.

(46) Entre 1850 et 1879 a Belle Isle, l'age moyen au premier mariage est de 26 ans pour les hommes et de 22 pour les femmes. Thornton, op. cit., p. 153.

(47) 5 janvier 1818, Mariage entre Louis Chariot et Julie-Marie Gaspard. Bibliotheque et Archives Canada, dorenavant BAC, MG1-G1, vol. 413, bobine F599. Miquelon, paroisse Notre-Dame-des-Ardilliers, 1818, folios 17-29.

(48) 13 octobre 1818, Mariage entre Bonaventure Leloche et Jeanne-Angelique Hiriard. BAC, MG1-G1, vol. 413, bobine F599. Miquelon, folios 17-29. Mentionnons que les parents de Leloche sont egalement decedes et il est natif de Port-Louis au Morbihan.

(49) 30 octobre 1818, Mariage entre Jean Coste et Lucie Poirier. BAC, MG1-G1, vol. 413, bobine F599, folios 17-29.

(50) 8 decembre 1818, Mariage entre Joseph Vigneau et Genevieve Rose Girardin. BAC, MG1-G1, vol. 413, bobine F599, folios 17-29.

(51) 1 decembre 1819, Mariage entre Jacques Poirier et Rosalie Vigneau. BAC, MG1-G1, vol. 413, bobine F599, folios 30-51.

(52) 5 novembre 1819, Mariage entre Jean Benoni Chiasson et Anne Josephine Labbe. BAC, MG1-G1, vol. 413, bobine F599, folios 30-51.

(53) 27 septembre 1819, Mariage entre Jean-Frangois Roustan et Barbe Marguerite D'Etcheverry. BAC, MG1-G1, vol. 413, bobine F599, folios 30-51.

(54) 27 septembre 1819, Mariage entre Jean-Louis Marguerite Delvale et Angelique GifFard. BAC, MG1-G1, vol. 413, bobine F599, folios 30-51.

(55) 27 septembre 1819, Mariage entre Alexis Floury et Apoline Dorothee Gautier. BAC, MG1-G1, vol. 413, bobine F599, folios 30-51.

(56) Malgorn, op. cit., p. 305-306. Thornton, op. cit., p. 155. Dans la communaute acadienne de Port-Royal entre 1650 et 1755,25% des nouveau-nes n'atteignent pas Page adulte. Gisa Hynes, << Some Aspects of the Demography of Port Royal, 1650-1755 >>, Acadiensis, vol. Ill, no. 1, 1973, p. 3-17. C'est a peu pres le meme constat a Caraquet au Nouveau-Brunswick de la fin du 18' siecle jusque vers 1870, alors que pres de 24% des enfants ne vivent pas au-dela de 12 ans. Nicolas Landry, Une communaute acadienne en emergence. Caraquet (Nouveau-Brunswick) 1760-1860, Sudbury, Prise de parole, 2009, p. 67-70.

(57) Karine Pepin, << Mariage et alterite : les alliances mixtes chez la noblesse canadienne apres la Conquete (1760-1800) >>, Sherbrooke, memoire de maitrise, Universite de Sherbrooke, 2016, p. 67.

(58) 24 aout 1824, Deces de Bertrand Daguire. BAC, MG1-G1, vol. 413, bobine F599, folios 98-106v.

(59) 3 janvier 1827, Mort de Louis Liard. BAC, MG1-G1, vol. 413, bobine F599, folios 126-134v.

(60) 24 avril 1827, Deces de Louis Geoffroy. BAC, MG1-G1, vol. 413, bobine F599, folios 126-134.

(61) 22 juin 1828, Deces d'Adolphe Poirier. BAC, MG1-G1, vol. 413, bobine F599, folios 135-142v.

(62) 12 fevrier 1829, Deces de Jean Durand. BAC, MG1-G1, vol. 413, bobine F599, folios 143-151v.

(63) Nadine Ouellette et al. << La duree de vie la plus commune des adultes au XVIIL siecle : l'experience des Canadiens-Francais >>, Population, 2012/4-vol. 67, p. 683 a 709. http://www.cairn.info/revue-population-2012-4-page683.htm.

(64) Ibid., p. 698.

Caption: Fig. 1 Les iles Saint-Pierre et Miquelon. Source : Michel Poirier, Les Acadiens aux ilies Saint-Pierre et Miquelon, p. 18

Caption: Fig. 2 Plan de la Baie et de la partie habitee de I'ile de Miquelon en 1818. Source : Poirier, op.cit., p. 464
Tableau 1: Nombre de personnes apparaissant sur les
matricuies des habitants de Miquelon 1816-1849

Annees     Total

1816-22     403
1823-28     372
1842-45     370
1845-47     552
1848-49     591

Source : Matricuies des habitants de Miquelon 1816-1849

Tableau 2: Lieux de naissance des habitants de Miquelon 1816-1849

Annees     Miquelon     Canada       France     Total   E-Unis
                       Atlantique

1816-22    112 (57%)       6           79        197
1823-28    222 (61%)       33       141 (39%)    400      4
1842-45    257 (77%)       32       45 (13%)     334
1845-47    354 (76%)       35       74 (16%)     463
1848-49    431 (78%)       39       78 (14%)     548

Sources : Matricuies des habitants de Miquelon 1816-1 849

Tableau 3: Occupations economiques des habitants de
Miquelon 1823-1849

Occupations    1823-28    1842-45    1845-47    1848-49

pecheurs      105 (93%)   37 (80%)   73 (84%)   69 (84%)
commis            2                     1          2
boulangers        2                     2          2
aubergiste        1
menuisiers        1          1          6          2
forgerons         2          1          1          2
Mentions         113         46         87         82

Sources : Matricules des habitants de Miquelon 1823-1849

Tableau 4: Possessions materielles des habitants de
Miquelon 1823-1849

Possessions   1823-28   1842-45   1845-47   1848-49

maisons         53        16        60        64
jardins         86
graves          54        11        50        49
salines         24
chaffauds        5
goelettes       12         7        10        13
chaloupes       12         7         4         5

Sources : Matricules des habitants de Miquelon 1823-1849

Tableau 5: Les grandes families de Miquelon 1801-1849

Families            Periode   Annees   Enfants    Rythme     Deces

Leloche-Iriard      1819-45     26       17      1/17 mois     4
Michel-Mouton/      1823-49     26       14        1/19        0
  Boudreault
Gaspard/Vernon      1816-37     21       13        1/18        2
Briand/Cormier      1830-48     18       11        1/18        0
Briand/             1817-33     16       11        1/16        0
  Vincent-Laurent
Coste/Poirier       1827-48     21       11        1/21        1
Coste/Anouet        1807-25     18       11        1/18        3

Sources : Registres paroissiaux de Miquelon et matricules des
habitants de Miquelon
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Article Details
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Author:Landry, Nicolas
Publication:Newfoundland and Labrador Studies
Article Type:Critical essay
Geographic Code:1CNEW
Date:Sep 22, 2016
Words:9253
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