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De l'universalite des valeurs humaines.

Actualites Eecrit par Hajar El Alaoui*

[beaucoup moins que]Les territoires de Dieu[beaucoup plus grand que], Roman de AbdelhakNajib

L e roman de AbdelhakNajibs'intitule LES TERRITOIRES DE DIEU , un titre dans sa forme metaphorique, a resume en deux motsla multitude de peripeties qui se passent dans le recit tout enconservant leur portee allusive et symbolique d'une part, de l'autre, asuggere cette tension qui anime le texte par la juxtaposition de deux elements porteurs d'une bipolarite dichotomique: les territoires et dieu, le cree et le createur. Bien entendu on se rend compte de celaapres la lecture du roman, aide par une decortication minutieuse de tous les details physiques etde toutes les nuances emotionnelles des personnages qui portent ce roman, une tache que l'auteur a su mener a bien jusqu'au point final.

Les peripeties qui se passent a Hay Mohammadi a Casablanca, constituent une petite echelle temporelle,relatantune quarantaine de vie de l'auteur-narrateur dans les annees 70 du siecle passe. Abdelhak Najib porte en lui [beaucoup moins que]le temps et l'espace[beaucoup plus grand que] si bien quedans ce roman ou l'autobiographie et la fiction se melent, il va glaner dans sa vie, dans ses reves et ses fantasmes, dans ses meditations et ses blasphemes, dans ses temples et ses prieres amoureuses, de quoi aborder les grands questionnements d'un homme en devenir, a savoir, Qu'est-ce etre un homme? Qu'est-ce qu'un saint? Qu'est-ce que la mort? Qu'est-ce que l'amour?Qu'est-ce que la divinite?

Bien evidemment chaque questionnement porte un ensemble de petits fragments d'histoires, dont les peripeties sont, a premiere vue independantes, les unes des autres. Leurs faits ne s'inscrivent certes pas dans une linearite, ni dans une demarche litteraire qui obeit a un schema narratif classique, ils constituent, toutefois, un ensemble de micro recitsimbriques. Et la beaute du texte, reside dans la reussite de deux defis majeurs par l'auteur. D'un point de vue esthetique, il a su allier la demarchelitteraire du fragmentaire a l'unite du recit. D'un point de vue du contenu, il a reussi a inscrire les comportements, les reactions, les emotions d'un certain nombre de personnages qui peuplent cette [beaucoup moins que]colline[beaucoup plus grand que]a Hay Mohammadi, dans l'universalite des valeurs humaines a travers les questionnements ontologiques posees par l'auteur dans le texte.

Notons que la sensibilite de l'auteur, sa demarche esthetique et le contenu du recit, correspondent a la meme dynamique esthetique et philosophique des auteurs qui habitent en epigraphe ou entre les lignes, le recit. En effet, Rimbaud, Sade, Goethe, Lautreamont, Blake, ou les autresont ceci de commun : une assomption d'une etrangete et une sensibilite qui s'inscrit dans une demarche disloquante,une demarche qui s'eleve contre un conformisme, une esthetique, une philosophie, une spiritualite lineaire et totalisante. L'auteur, dans sa demarche inspiree de celle de ces auteurs, a voulu pour son roman, une [beaucoup moins que]somme des soustractions[beaucoup plus grand que], une multitude de fragments, [beaucoup moins que]des petites images disloquees[beaucoup plus grand que], des territoires ou religion, heresie, manipulation, profanation, us et coutumes imposants, conservatisme et transgressions, ou tous ces elements vont creer des situations a premiere vue heterogenes, parfois meme surrealistes mais qui savent cohabiter, creant malgre tout une homogeneite, car les liens sont sous terrains et dissimules certes, mais ils sont bien la.

Les TERRITOIRES DE DIEU raconte de bienrudes tribulations. Toutes ces disputes entre adultes et adultes, adultes et enfants, enfants et enfants, hommes et animaux, animaux et animaux, constituent une violence,bien qu'interiorisee par l'auteur, trouve toujours une issue pour se reveler a travers des visions semblable a celle-ci: [beaucoup moins que]je me suis vu dans un long couloir noir, au sol glissant (-) en train de ramper (-) craignant de tomber sur un reptile ou une bete feroce qui m'engloutirait vivant. (-) j'ai vu le quartier en feu, les femmes a poil et des hommes, toutes verges dehors, en train de leur courir derriere dans une orgie ensanglantee (-). Ce sont la, des visions qui expriment l'apre constat d'une evanescence du bien dansles territoires de Hay Mohammadi, mais aussi dans les territoires interieurs du narrateur. C'est ainsi qu'il invoque une autre vision en disant : [beaucoup moins que](-) J'ai vu le fqih de la mosquee Al Khair (le Bien), ivre mort, arrete par les flics (-)[beaucoup plus grand que]

Dans LES TERRITOIRES DE DIEU, le bien et le mal sont dans une lutte permanente, a l'instar de l'amour et de la haine, des croyances et des heresies, de la vie et de la mort. Toutes ces dichotomies,ajoutees a tous les propos oxymoriques, dans le texte: le Styx et le paradis, les litanies et le lyrisme coranique, l'amour et la mort, etc. enoncent une grande tension dans le recit de l'auteur et dans la vie du narrateur. Ce dernier est alle jusqu'a donner a cette tension une allusion chromatique en integrant une symbolique du rouge et du bleu. Le rouge du desir, de tension sexuelle, le rouge de la vive colere des yeux de l'auteur, ou celui de la terre qui cache le secret de la terre, par opposition au bleu, la [beaucoup moins que]marque de distinction[beaucoup plus grand que], celui du ciel, du septieme ciel dans son sens erotique, de l'affranchissement, [beaucoup moins que]le bleu de l'eau quand le visage de l'amour s'y reflete[beaucoup plus grand que] ou le bleu de dieu.

Dieu? Qu'en est-il de cette presence phenomenale, incommensurable, qui fait les deux parentheses de tout le recit et des quarante ans de vie du narrateur ? Si le roman comporte un ensemble de grands questionnements sur l'amour, la mort, les rapports humains, la revolte et bien d'autres themes de ce genre, celui sur dieu, n'en est pas un. Le narrateur, ce [beaucoup moins que]frere en dieu[beaucoup plus grand que], a arrete de se questionner a son propos des qu'il a compris, tres tot d'ailleurs, que c'est un dieu [beaucoup moins que]oisif, attentiste, demissionnaire, contemplant le desastre subliminal de la creation[beaucoup plus grand que].

Aussi, dieu est-il place, presque malgre lui, par le narrateur des la premiere page. Il est place dans la vie de chacun des personnages du roman, de celle de Brahim, de Ayoub, de Raouf et de tous les autres. Il est place dans leur moindre fait, dans la plus infime nuance de leurs emotions. Le narrateur ne le lache pas, il s'accroche a lui, a sa presence presque forcee, comme une moule s'accroche a son rocher. Il s'accroche a lui pour mieux le transgresser, pour etre son egal par la force de l'amour et puis le surpasser. Il s'accroche a lui pour mieux effacer son visage. Il s'accroche a lui pour pouvoir substituer son visage a celui de toutes les divinites qui ont ete plus clementes comme celle de son pere, de Malika, de Bach et de tous les autres. Il s'accroche parce que le narrateur et dieu, representent l'archetype meme de toutes les oppositions, de toutes les dichotomies et de tous les oxymores du roman.

Cependant des lors que la tension est a son paroxysme, unindeniable relachement s'ensuit, une delivrance par l'amour oupar la mort se realise. Deux issues qui s'entremelent et s'imbriquent, car la mort dans LES TERRITOIRES DE DIEU est tant de fois liee a l'erotisme. Les corps, dans les deux conditions (de mort ou de petite mort), en agonie ou en extase, aspirent a un etat d'apathie, a un etat d'elimination de tension.Un etatindispensable qui permet au narrateur depoursuivreson pelerinage dans ses sentiers interieurs, un besoin de relachement et de decontraction qu'il resume ainsi:[beaucoup moins que]mourir a moi-meme a mainte reprise pour essayer toutes les renaissances[beaucoup plus grand que].

Si dieu ne lui a ete d'aucun secours en depit de ses presences imposantes, c'est bien l'amour et le desir qui ont [beaucoup moins que]joue en sa faveur[beaucoup plus grand que]. L'amour dans la vie du narrateur est une sorte de mecanisme de defense intuitif, qu'il a compris de lui-meme et tres tot. Quand il nous rapporte ceci [beaucoup moins que]je n'ai jamais cesse d'aimer, pas un instant, pas l'ombre d'une seconde dans ma vie sans amour[beaucoup plus grand que], on comprend aussi que l'amour et la souffrance dans la vie du narrateur, sont les deux faces de la meme piece. Si [beaucoup moins que]L'amour va au-dela du temps et de la vie[beaucoup plus grand que], c'est qu'il defie la douleur qui se complait a maintenir les etres malmenes en vie, en pleine conscience de leur souffrance. Et s'il est bien des fois, vecu par le narrateur dans son aspect le plus mystique, ou les etreintes sont comparees a une priere et ou l'odeur est comparee a celle du temple religieux, c'est que le narrateur et dieu se croisent bel et bien, ils se croisent mais ne cohabitent jamais.

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Publication:Al Bayane (Al Dar Al Bayda', Morocco)
Date:Sep 20, 2015
Words:1481
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