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De l'analogie auditive latente/O analogiji i teoriji etimona u hebrejskome biblijskom leksiku.

1. Liminaires

Pourquoi recourons-nous a telle ou telle forme pour designer telle realite ou tel concept? La fixation de ces denominations est-elle tout a fait arbitraire ou a--t--elle sa raison d'etre? Cette question delicate, qui n'a cesse d'alimenter la reflexion en Occident depuis l'Antiquite, est en fait loin d'etre univoque: elle contient au moins deux interrogations distinctes. La premiere porte sur les formes memes du langage: comment ces formes sont-elles apparues? Aux termes d'une loi ou d'une sorte de convention passee entre les hommes d'une epoque reculee? Ou bien se sont--elles progressivement imposees au fil des interactions entre nos lointains ancetres? La seconde a pour objet 1a nature meme du lien qui existe entre referent et signifiant: peut-on parler d'une maniere generale d'une ressemblance ou, tout au moins, d'une certaine convenance naturelle entre les formes linguistiques et l'objet a designer? Si la premiere interrogation ne trouve pas de reponse, ici et maintenant, la deuxieme concerne de pres l'objet de la presente etude: reveler le caractere mimophonique, analogique, des lexies de l'hebreu biblique, et cela a travers les mecanismes qui articulent l'organisation de son lexique.

2. Les onomatopees

Les onomatopees offrent incontestablement le meilleur exemple d'analogie entre forme et sens dans les langues. L'onomatopee <<pure>> est une interjection (1) qui donne un equivalent du bruit ou du son percu, mais son caractere nettement figuratif, expressif et emotionnel la rend apte a former des lexies, nombre de mots derives d'une onomatopee s'incorporant ainsi a la structure de la phrase au point de rendre meconnaissable leur origine. L'onomatopee <<pure>> mime dans l'ordre du son un element deja sonore. Mais rien n'empeche de se servir de sons pour imiter des realites d'un autre ordre, qu'elles relevent d'autres registres sensoriels ou de la vie morale et intellectuelle, etc. Toutefois, il faut accepter des le depart l'idee que l'onomatopee ne pretend pas offrir un double sonore parfait de ce qu'elle designe et que n'est, en effet, qu'une schematisation et une approximation. L'onomatopee ne peint que pour evoquer et non pas pour reproduire, elle repose sur ce que R. Lafont (2000: 80) appelle l'<<anamorphose>>: un systeme de transfert formel, d'une substance sonore ou inorganisee (un bruit naturel) ou autrement organisee (l'emission animale) a l'organisation phonologique humaine. C'est pourquoi il y a toujours une certaine part d'interpretation, de subjectivite donc, dans l'imitation linguistique des bruits et des sons.

Certes, dans les langues d'aujourd'hui, les onomatopees <<pures>> constituent un domaine minoritaire, voire marginal, se situant en dehors du systeme linguistique. Pourtant, on devrait se tenir a l'ecart de toute conclusion definitive sur l'origine et la nature du langage, eviter de statuer d'une maniere doxaique sur son arbitraire. Car, si la langue est aujourd'hui une pure forme, un systeme de relations dont les elements n'ont pas de validite independamment des relations d'equivalence et de contraste avec les autres, ou le sens des mots est differentiel et non pas referentiel, ne signifie pas qu'elle l'a toujours ete: a notre sens, la langue est devenue forme au cours de son evolution historique.

Les preuves apportees par Saussure meme en faveur du caractere non causal du signe (reprises d'une maniere repetitive par ses disciples) relevent essentiellement des rapports entre substance - forme du contenu et substance --forme de l'expression (precises ulterieurement par Hjelmslev): le principe de l'arbitraire du signe serait atteste par la segmentation semiologique propre a chaque langue et par la distribution differente des phonemes (2). L'arbitraire du signe linguistique depuis Saussure semble etre essentiellement fonde sur cette observation: la multitude de formes pour une meme unite de signification existant dans les langues. Mais cette variation (3) des onomatopees d'une langue a autre s'explique par le fait que chaque langue a ses propres <<habitudes articulatoires>> et n'exploite qu'une faible partie des possibilites offertes par l'appareil vocal humain, ce qui entraine une <<stylisation>> particuliere du materiau sonore offert par la <<realite>> selon les langues.

Quand on pose que la difference phonique entre craquer (francais) et braka (suedois) prouve qu'il n'y a aucun rapport entre le signifie et le signifiant, puisque pour un signifie unique on a deux signifiants tres differents, on commet l'erreur qui consiste a prendre le referent pour le signifie. Mais la, il est manifeste, comme en temoigne l'etymologie, que les objets sont nommes a partir de leurs caracteristiques, attributs (= semes lexicogeniques) qui varient en fonction de l'objet et de la pratique qu'on a de cet objet dans une culture donnee - par imitation articulatoire et phonique des signifiants <<traduisant>> les qualites de l'objet. Aucune arbitrarite dans ce processus: le signifie ressemble au referent, il en est le trait saillant retenu, et le signifiant le mime / peut le mimer. Par ailleurs, la diversite des decoupages effectues dans le monde reel par les langues humaines est souvent donnee comme preuve d'arbitraire, auquel cas on parle de l'arbitraire du signifie. Mais cet arbitraire est tres relatif, car il s'agit plutot d'une motivation fonctionnelle plutot que d'arbitraire, car le decoupage est en grande partie motive par notre systeme perceptuel et conceptuel.

Pierre Guiraud est parmi ceux qui ont apporte une contribution importante au dossier de la <<motivation onomatopeique>> (4) en invoquant des racines onomatopeiques qui seraient a la source de bon nombre de mots francais qui ne semblent rien avoir d'onomatopeique au premier abord (5). Selon lui, la notion d'onomatopee semble etre bien plus complexe qu'on ne le concevait. Sur ce point, nous adoptons la definition donnee par Guiraud, plus complete, integrant les multiples directions a explorer:

<<L'onomatopee est une analogie entre la forme phonique et la forme immediate ou metaphorique du concept signifie. Elle a donc des bases physiologiques et qui sont de trois types: acoustique, la ou les sons produisent un bruit; cinetique, la ou l'articulation reproduit un mouvement; visuelle, dans la mesure ou l'apparence du visage (levres, joues) est modifiee; ce qui comporte d'ailleurs des elements cinetiques.>> (1986: 125)

3. La theorie des matrices et des etymons (TME)

Pour repondre a la question de l'analogie auditive des formes lexicales que nous interrogeons, nous nous attacherons, dans un premier temps, a demeler l'echeveau des lois qui regissent la structure du lexique hebraique, ses niveaux de representation, tel qu'il est concu dans la theorie des matrices, des etymons et des radicaux.

Soit le paradigme suivant:
beten        ventre, entrailles, sein
berek        genou
egrop        poing
qebah        estomac
qobah        ventre
'abak Niph   se gonfler
marbeq       endroit ou l'on engraisse les bestiaux, engrais
gab          --dos
             --hauteur, haut lieu; monument
gap          --dos; sommet
             --corps, personne
kep          rocher, pointe de rocher
qomah        taille, stature, hauteur
tabbur       endroit enleve; milieu, centre (du corps, nombril)
gabah        --etre haut, eleve, grand
             --etre fier, s'enorgueillir
gobah        --hauteur
             --fierte, insolence
regeb        motte de terre
qubbah       tente, alcove
misgab       elevation, lieu eleve; forteresse
qoba'        casque
koba'        casque
galam        plier
kapap        plier, courber
kapal        replier, doubler
barak        --s'agenouiller
             --benir, louer
maqqebet     --le creux
kap          --le creux, la paume de la main
             --la main
             --la patte des animaux
             --plante du pied
             --la concavite de la hanche
             --un vase creux, une coupe ou cuillere
             --le creux de la fronde
geb          citerne, puits
gebe'        puits, fosse
qeber        tombeau, sepulcre
qabab        creuser, vouter
qabar Pi     enterrer plusieurs a la fois
qabar        enterrer
gummas       fosse
barekah      reservoir, piscine
qubba'at     vase qui sert de coupe, calice a boire--ou lie
Sappahat     cruche, coupe
miqwah       reservoir
maSrep       vaisseau qui sert a faire fendre, creuset
kapor        coupe ou bassin
gabia'       --coupe (de vin)
             --ornement en forme de coupe
buq          vider; depeupler
baqaq        vider, faire le vide, depeupler; depouiller, piller


On remarque en superficie quelques ressemblances d'ordre semantique et phonetique, suffisamment heteroclites pour ne pas constituer, a un premier abord, un champ associatif unique. Neanmoins, apres l'extraction des etymons de chacun des mots (bases radicales biconsonantiques, notees ici en gras), on s'apercoit que tous comportent une labiale (b, p, m) et une dorsale (k, g, q, s, f) et que bien de ces exemples presentent un <<air de famille>>, ont quelque chose a voir avec la notion de <<courbure>>. Les autres donnees, soumises a une simple analyse logico-semantique (en fait a de banals mecanismes de changement semantique) finissent par trouver une place a l'interieur du meme champ conceptuel. Cette ressemblance, a la fois formelle et semantique, nous indique qu'il existe une analogie entre la signification generale de <<courbure>> et la combinaison de traits {[+labial], [+dorsal]}, commune a toutes les bases biconsonantiques. La relation entre la notion de <<courbure>> et cette combinaison de traits est d'ordre iconique: l'invariant formel est mimetique dans la mesure ou il est le resultat de l'amalgame de deux proprietes articulatoires mettant en jeu des articulateurs mobiles et fixes, inferieures et superieures: forme arrondie des levres (lors de l'articulation d'une labiale) et la forme courbee de la langue (lors de l'articulation d'une dorsale) (6).

Le profil de la structure du lexique semitique dans le cadre de la theorie des matrices et des etymons s'organise essentiellement sur trois niveaux:

I. - Le niveau des matrices (jii): le niveau de l'emergence du pre-signe linguistique, ou une combinaison binaire de vecteurs de traits est assignee a un invariant notionnel et dont le rapport est maximalement motive. Les matrices decrivent un phenomene emergent, non universel peut-etre, mais globalement coherent dans le lexique semitique. Par ailleurs, nous avons defini la matrice comme etant un macrosigne ou presigne (ayant une composante presignifiante - la combinaison de traits phonetiques, et une composante presignifiee -- la representation iconique d'une emission sonore specifiee) qui integre de larges paradigmes de signes simples dans un meme champ notionnel/conceptuel.

II. - Le niveau des etymons (e): le niveau des signes linguistiques simples, biconsonantiques, actualisation en langue des structures matricielles invariantes. Leur charge mimophonique, plus ou moins manifeste, est conferee par la structure invariante meme.

III. - Le niveau des radicaux (R): le niveau des etymons extenses par divers elements crementiels developpant des formes lexicales plurisyllabiques, qui, conceptuellement et paradigmatiquement, sont regroupes dans des ensembles lexicaux plus ou moins etendus et dont l'element federateur est une matrice de traits. C'est le niveau ou la composante onomatopeique est susceptible d'etre effacee, ayant subi differents changements circonscrits dans un processus plus complexe de demotivation qui apparait dans la langue au cours de son evolution.

C'est une organisation formelle et conceptuelle du lexique hebraique que la TME propose, fondee sur deux principes essentiels: l'un concerne l'identification du lien lexicologique entre les mots (i.e. presence simultanee d'un invariant formel et d'une ressemblance conceptuelle), le deuxieme vise le rapport existant entre ces mots et le monde (i.e. presence d'une charge mimophonique qui suggere par les sequences articulatoires des mots certains aspects de la realite a designer). Ce qui revient a dire que les differentes relations qui s'etablissent autour du mot lexicologique en semitique supposent:

--des associations previsibles: des rapprochements morphologico--referentiels s'instituent soit autour du semantisme de l'etymon (radicaux, etymons developpes), soit autour de la notion generique degagee par la matrice denominative correspondante, ces rapports etant definis par la metonymie, la metaphore, etc.;

--des rapprochements iconiques, analogiques (par mediation du niveau matriciel), a priori, imprevisibles d'emblee, mais pas necessairement propres a une seule communaute linguistique.

La theorie lexicale que nous adoptons n'est pas seulement a meme de proposer un modele de lexicologie dynamique, mais aussi de dessiner les fondements d'une etymologie retrospective portant sur l'ensemble du domaine semitique (7). Bien entendu, pour peu que l'on etudie un mot sur une longue duree, on observe generalement un cumul d'une ou plusieurs evolutions phonetiques et d'une ou plusieurs evolutions semantiques: la forme et le sens d'un vocable est l'aboutissement de tout un processus diachronique.

La theorie des matrices et des etymons s'attache a tirer au clair les relations de sens que les mots entretiennent entre eux. Elle se propose aussi d'expliquer, d'offrir des pistes pour mieux comprendre par quels moyens les formes du langage acquierent leur signification et de conduire aussi loin que possible l'eclairage reciproque, des formes et des sens, sans se limiter aux cas etudies par la morphologie, ou ces relations sont perceptibles meme pour les contemporains.

Selon le type de mimophonie definie en fonction du seme lexicogenique primitif (8) (SLP), a l'instar de la distinction de Guiraud, nous pouvons distinguer entre:

-- matrices acoustiques qui traduisent un flux sonore, des effets sonores, expressifs, se rapportant en gros aux formations d'origine interjective, onomatopeique;

-- matrices cinetiques dont la forme signifiante transpose analogiquement, en termes d'imitation organique, articulatoire, un mouvement, physique, naturel;

--matrices visuelles qui supposent la projection d'une forme specifiee sur l'appareil articulatoire, en termes d'imitation organique (position des articulateurs mobile et/ou fixes, inferieurs et superieurs).

Tous les ensembles lexicaux decrits dans les pages qui suivent regroupent les donnees selon une double identite: formelle et notionnelle. Precisons que l'invariant formel--la matrice de trait--ne constitue pas une entite en soi: il ne fait qu'expliquer la raison pour laquelle la difference des phonemes, actualises dans un paradigme donne d'etymons, ne proscrit pas d'emblee la possibilite d'un sens commun. L'invariant formel nous evite aussi de poser des protophonemes ou des protoformes. Selon cette approche, les variations historiques des phonemes sont prises en compte: elles ne constituent plus un obstacle insurmontable a la decouverte d'un invariant federateur dans le systeme de la langue; cet invariant est lie a une valeur notionnelle recurrente, commune a des ensembles de lexemes. La communaute de sens sous-jacente se fonde sur des proprietes perceptibles au niveau de la combinaison de traits, qu'elles soient associees a la production phonatoire ou a la perception auditive de la realite acoustique.

Nous ne postulons pas l'existence d'une seule forme (racine, radical ou autre) lointaine en diachronie ayant une valeur intrinseque. Selon nous, le noyau semique le plus elementaire se trouve au niveau des traits phonetiques et non au niveau des phonemes, il reside essentiellement dans un trait phonetique ou dans une combinaison de vecteurs de traits, identifies a un geste articulatoire --ce qui fonde, dans le cadre de la TME, l'analogie entre phonation et sens. Ce sont d'ailleurs les structures invariantes qui nous permettent de chercher et de definir le principe causatif du rapport signifiant--referent.

La matrice est un macro-signe (ou pre-signe) dans la mesure ou il est question de l'association d'une composante pre-signifiante (traits phonetiques) et une composante pre-signifiee (notion, concept generique). La combinaison de traits est porteuse d'une notion abstraite et generale, difficile a rendre dans la traduction, puisqu'il s'agit, avant tout, d'un outil logique qui ne coincide pas avec les signifies des signes simples qui en sont l'actualisation effective. En d'autres termes, la matrice est le niveau ou les traits phonetiques ne rencontrent pas a proprement parler le sens (actualise, tombe sous les lois de la convenance sociale ...), le sens n'y est pas encore defini: il reste au niveau de la notion generale de ..., l'idee generale de.... Et, reciproquement, c'est aussi le niveau ou la notion n'est pas liee au son, au phoneme, mais au trait phonetique, qui, en tant que materiau necessaire a la constitution du signe linguistique (forme <<palpable>>) n'est pas manoeuvrable sans addition de matiere phonetique supplementaire. Les sons y apparaissent au titre de traducteurs d'une articulation evocatrice d'un objet refere.

Les matrices, au titre de macro-signes, sont maximalement motivees. Dans la mesure ou la correspondance isomorphique entre le macrosignifiant et le macrosignifie est commune a un grand nombre de mots, on ne peut imaginer qu'elle soit accidentelle et erratique. Le lien entre la forme matricielle signifiante et la realite extralinguistique y est apprehensible, il est plus ou moins patent.

Deux types de motivation se croisent a ce niveau:

--Une motivation secondaire, au niveau de la paradigmatisation: le lien reconnu est celui qui se met en place dans le rapport de la forme phonique a la signification <<fondamentale>> qu'il subsume. Pour les lexies appartenant a une matrice, cette motivation est double: etymologique--par l'appartenance a un meme modele lexicogenique (motivation relative, morphologique et/ou semantico-referentielle: dans ce cas, la creation d'un mot est derivation a partir d'un mot deja existant; de meme, un mot est motive par rapport au modele qui le derive)--en premiere articulation, et semiologique--en deuxieme articulation (d'un point de vue de l'invariant formel donc).

--Une motivation directe: il s'agit d'une motivation primaire, l'adequation des signes linguistiques avec leurs referents par le biais de l'expressivite mimophonique et organique.

On notera toutefois que la motivation primaire comporte des degres de <<lisibilite>>: elle est saillante pour la matrice , plus ou moins marquee pour les etymons (mediatisee par la matrice) et moins evidente, voire occultee, pour les derives lexicaux, morphologiques et semantiques (mediatises a la fois par la matrice et les etymons, bases lexicales primitives, ayant subi diverses transformations linguistiques). Pour ce dernier cas, il n'y a rien de surprenant puisque, on le sait bien, la motivation etymologique peut s'obscurcir au fil du temps, ce qui entraine un processus de demotivation au niveau du signe, processus inherent au systeme de la langue. Les formes lexicales issues d'une matrice possedent une valeur notionnelle et formelle invariante, valeur qui peut etre occultee des lors que les mots qui la vehiculent subissent une variation interne au systeme (chute consonantique ou vocalique, incrementation, infixation, metathese, etc.).

Le concept de <<matrice>> est un instrument logique. Il repose sur une observation somme toute banale: les mots qui ont quelque caractere formel commun ont en commun une certaine parente semantique, et inversement. Il implique l'existence de paradigmes d'etymons (reclassement semantique formel), integres dans des champs lexicaux, conceptuels (reclassement semantique conceptuel), definis par la relation existant entre le signifiant et le signifie des formes lexicales.

Reprenons l'exemple de la matrice [mu] {[labial], {dorsal]}, qui associe:

-- un paradigme d'etymons (elargis ou non): [epsilon]{b_q}, [epsilon]{k_m}, [epsilon]{g_b}, [epsilon]{b_t} ... qui, tout comme le paradigme (9) morphologique, concerne le controle du different par l'unite du mot.

-- un champ conceptuel , ou l'on retrouvera des concepts tels: <<coupe>>, <<tombe>>, <<gonfler>>, <<tente>>, <<plier>>, etc. (10)

4. Les matrices acoustiques

Pour ce type de matrices, c'est la sonorite des objets qui definit leur nomination, etant en mesure d'evoquer des domaines multiples qui caracteriseront differents aspects de l'entite mis en profil. Leur etude montre que le flux sonore presente une certaine variete, qu'il peut etre specifie de maintes facons, concernant tout autant de modes de nomination possibles. Leur charge mimophonique se fonde sur des binarites de vecteurs de traits phonetiques ou, plus exactement, sur les sensations proprioceptives (que l'on retrouve dans les semes lexicogeniques primitifs) propres a une combinaison binaire de vecteurs de traits.

En ce qui suit nous donnerons un apercu de ces matrices dans le lexique de l'hebreu biblique, en indiquant pour chacune:

--la specification de son invariance, formelle et notionnelle;

--la substance phonetique de la structure matricielle;

--l'organisation des concepts dans les reseaux semantiques qui definissent le champ conceptuel (11) recouvert par la matrice de denomination, qui renvoie, directement ou indirectement, a l'invariant notionnel de la structure matricielle.

La matrice [mu] {[+labialj, {+coronal]}

Traduit un flux sonore [-anime] / [-humain]: bruit sourd, fort, du contact entre des objets compacts; bruit d'un impact contondant.

Concepts generiques actualises par le paradigme matriciel: <<battre>>, <<porter un coup>>, <<frapper>>.

Cette matrice combine les traits [coronal] et [labial]. Les coronales de l'hebreu biblique sont au nombre de onze (t, d, s, z, s, s, f, s, l, n, r) et les labiales au nombre de trois (m, b, p). Parmi les labiales, on doit prendre en compte egalement le waw, qui peut resulter de la spirantisation d'un beth ou d'un mem.

Le champ conceptuel correspond dans ce cas de figure a l'expansion conceptuelle du scenario cognitif de l'acte de <<porter un coup>> / <<frapper>> / <<battre>>, qui suivra essentiellement les reperes suivants (12): l'acte meme; l'objet de realisation; modalites, manieres de realisation; point / la cible d'application; resultats / consequences de l'acte.
I. Battre, frapper, porter un coup

A. Sans objet specifie:

1. L'acte meme:

habat (13)             secouer, battre (par ex. pour faire tomber les
                         fruits)
tapap                  battre le tambourin

tapap Pu. (14)         battre, frapper
tapa'                  --frapper
                       --sonner d'un instrument
dapaq                  frapper, pousser, presser
dapaq Hithp. frapper

2. L'objet:

sebet / sebet          --baton (pour battre le cumin), verge
                       --sceptre
                       --pointe, plume
                       --dard

3. Modalites de realisation:

3.1 Le point d'application est soumis a une force plus grande et
prolongee de l'acte dont il est question. Le but en est de reduire le
volume, la quantite d'un ensemble d'objets:

           [right arrow] <<entasser>>
Sabar                  amasser (le ble), entasser (la terre)
Il s'agit la d'un point d'application, d'un objet qui n'est pas
solide [right arrow] <<press er>>

dapaq                  frapper, pousser, presser
purah                  pressoir--ou 'purah' le nom du vaisseau, de la
                        mesure

En ajoutant de l'intensite et de la force dans la realisation de
l'acte, ce qui peut produire soit la deformation, soit la
desintegration de l'objet-cible en plusieurs parties:

ramas                  fouler, ecraser, opprimer
napaS Pi.              briser, ecraser; disperser, disseminer
rapas                  fouler
bus                    fouler aux pieds, ecraser
ba'at                  fouler aux pieds, regimber, donner un coup de
                        pied

3.2 Diverses modalites de porter des coups qui touchent a la
stabilite de la cible--<<secouer>>, <<pousser>>, <<heurter>>:

habat                  secouer, battre (par ex. pour faire tomber les
                       fruits)
hadap                  --pousser, heurter; renverser
                       --repousser, detruire
                       --chasser

Par physification [right arrow]- <<pousser mentalement a ...>>, on
degage l'idee abstraite de:

nadab                  exciter, pousser qqn. a faire une chose

Les consequences immediates:

mut Hiph.              faire tomber
napal                  --tomber, etre etendu, gisant (a terre), etre
                        couche
                       --se jeter, descendre rapidement, se
                         precipiter, fondre sur qqn.;
                       camper, habiter
mut                    chanceler, trembler, etre ebranle

4. Consequences de l'acte de porter des coups

4.1 La destruction de l'unite du point d'application: <<briser>>,
<<ecraser>>
napaS                  briser; disperser, disseminer
napaS Pi.              briser, ecraser; disperser, disseminer
mappaS                 un instrument qui brise, qui tue
puS Pi.                briser, faire sauter en morceaux
puS Pilp.              briser

4.1.1 Cette chaine presente les consequences de l'acte specifie en
4.1, en focalisant la multiplicite des parties qui en resultent:
<<disperser>>

puS                    disperser, se repandre, abonder

4.1.2 Lorsque l'acte porte sur un corps liquide, <<briser>> c'est
<<dissoudre>>:

masah Hiph.            faire fondre, dissoudre; arroser
masas                  fondre, abattre, reduire en petit nombre--ou
                        fuir--ou mourir
para'                  rejeter, eviter, dissoudre

B. Porter un coup avec un objet tranchant:

1. L'acte se realise sur un objet solide, produisant deux ou plusieurs
parties: <<couper>> (> <<diviser>>, <<retrancher>>)

palah                  couper
sasap Pi.              couper en morceaux, decouper
baSa' Pi.              --couper, retrancher, arracher
                       --extorquer
                       --accomplir, achever
patat                  couper par morceaux
batar                  couper, diviser, morceler, decouper,
                        fragmenter
tarap                  dechirer, mettre en pieces
tarepah                ce qui est dechire; betail dechire par les
                        animaux sauvages; par ext. betail abattu

1.1 Il s'agit du meme acte applique a differentes cibles:

[right arrow] <<deffricher>>

bara' Pi.              --couper, abattre, defricher
                       --choisir
baSar                  --couper (des raisins), vendanger
[right arrow] <<tailler>>, <<sculpter>>
pasal                  tailler, sculpter

2. Il s'agit la de couper en frappant avec un objet tranchant en long
[right arrow] <<fendre>>

paras Hiph.            fendre
palah Pi.              fendre, couper

3. Des chaines 1. et 2., il apparait que l'acte de couper est une
operation qui consiste en ce qu'on enleve une partie appartenant a un
tout, ce qui peut etre specifie de plusieurs facons: <<enlever>>,
<<arracher>>, <<tirer>>, <<oter>>, <<extraire>>.

sapah                  enlever, oter; perdre, detruire
'asap                  --retirer, oter, faire disparaitre, tuer
sa'ap Pi.              depouiller, couper
baSa' Pi.              --couper, retrancher, arracher
                       --extorquer
                       --accomplir, achever

4. But / consequence: <<diviser>>.

batar Pi.              diviser par le milieu
paras                  diviser

4.1 Dans cette sous chaine, on ne considere ni la longueur ni la
quantite des parties qui en resultent, mais leur etat par rapport a
l'objet initial: elles en sont detachees, separees.

[right arrow] <<etre separe>>, <<faire une separation>>
              [right arrow] <<trier>> > <<distinguer>> >
               <<etre distingue>>

sapah Niph.            --se retirer
                       --etre detruit, perir
badal Niph.            --se separer, s'eloigner
                       --etre separe, distribue
badal Hiph.            --separer, faire une separation, arracher
                       --discerner
                       --separer, choisir; exclure

4.1.1 Il s'agit d'une application repetitive de l'acte de separer, ce
qui suppose l'idee de multiplicite des parties ainsi isolees

4.1.1.1--en tant que <<etat>>:

napaS                  briser; disperser, disseminer
puS                    disperser, se repandre, abonder
napal Hiph.            faire tomber, jeter, renverser, abattre,
                        disperser, faire mourir

4.1.1.2--en tant que <<quantite>>, ce qui degage la notion de
distribution, de compte:

bazar                  repandre, distribuer
badal Niph.            --se separer, s'eloigner
                       --etre separe, distribue

4.1.2 Cette chaine ajoute a 3.1 le causatif, d'ou l'idee
d'eloignement. Lorsque l'acte de diviser/separer se realise sur un
ensemble d'individus, cela permet de degager la notion abstraite
d'isolement, de solitude:

hadap                  --pousser, heurter; renverser
                       --repousser, detruire
                       --chasser

badal Hiph.            --separer, faire une separation, arracher
                       --discerner
                       --separer, choisir; exclure
badad                  etre seule, isole

Metaphoriquement, l'eloignement peut etre concu comme une forme de
rejet, de mepris:

ma'as                  mepriser, rejeter, dedaigner
para'                  rejeter, eviter, dissoudre

5. Consequences immediates de l'acte de couper et de ses derives:

bad                    --partie
badal                  morceau, partie
pelah                  ce qui est coupe d'un entier, morceau, moitie
sa'ip                  fente, creux, de rocher
pasil                  --les images taillees, sculptees, de bois,
                        metal ou pierre
                       --lieu d'ou l'on taille, tire, de la pierre;
                        carriere de pierre

C. Porter un coup avec un objet pointu

L'acte meme:

bataq Pi.              percer; abattre
[right arrow] <<enfoncer>>
tapa'                  enfoncer a force de frapper

2. L'objet

daraban                aiguillon

3. Acte specifie en fonction du point d'application

taba'                  - imprimer, graver
sapar                  - ecrire, inscrire

II. Cette chaine definit certaines causes potentielles des actes
vehicules dans I.: querelle, dispute, etc.

rub Hiph.              disputer, combattre, quereller
rib                    contester, disputer
maribah                dispute, querelle
kabas                  assujettir, vaincre; reduire

III. Consequences globales de I.:

1. Sur les humains: <<blesser>> > <<tuer>>

da'ab                  souffrir, languir, se consumer
tabah                  immoler, tuer le betail, tuer, abattre
matbeah                tuerie, massacre
zabah                  immoler, egorger, sacrifier

2. Sur des non humains: <<detruire>>
damah                  --cesser, s'arreter
                       --faire perir, detruire
batah                  devastation, ruine
'abad                  --se perdre, etre perdu; errer, s'egarer
                       --cesser d'etre, disparaitre, perir, pourrir

De l'idee de destruction, cette sous-chaine degage la notion de
<<achevement>>, de <<cesser d'etre>>:

baSa' Pi.              --couper, retrancher, arracher
                       --extorquer
                       --accomplir, achever
damah                  --cesser, s'arreter
                       --faire perir, detruire
'abad                  --se perdre, etre perdu; errer, s'egarer
                       --cesser d'etre, disparaitre, perir, pourrir

3. Il s'agit la des consequences des reseaux 1. et 2., concevables en
tant que cause:

ba'at Niph.            etre effraye, s'epouvanter
da'abah                angoisse, terreur, tristesse, peine


La matrice [??] {f+coronalj, [+dorsal]} (15)

Traduit un flux sonore [-anime] / [-humain]: bruit clair, aigu, de brisement, de rupture, de cassure, d'eclatement, etc.

Concepts generiques actualises dans le champ associatif developpe autour de cette matrice: <<briser>>, <<ecraser>>, <<couper>>, etc.

Cette matrice combine les traits [coronal] et [dorsal]. Les coronales sont au nombre de onze (t, d, s, z, s, s, t, s, l, n, r) et les dorsales au nombre de cinq (g, t , k, s, q). Le nombre des dorsales peut etre elargi a sept, si l'on considere que le aleph, comme le suggerait Cantineau (16), et le res (17) comportent le trait [+dorsal]. La combinaison de ces phonemes engendre les etymons matriciels de la matrice [mu]{[coronal], [dorsal]}.

Il s'agit de deux scenarios conceptuels: celui du concept de <<couper>> et de <<ecraser>> (que nous considerons comme prototypiques), dont la communaute sous--jacente de signification est explicitee par le macrosignifie de cette matrice.
I. Couper: il s'agit de l'acte meme, effectue sur un corps solide,
produisant un ou plusieurs morceaux:

kasah                  couper
gara'                  oter, diminuer; retrancher, couper; retirer
garar Pu.              etre scie
gazar                  --couper, diviser, enlever
                       --etre enleve
                       --decider, arreter
haSas                  couper, partager, diviser; etre divise
hatak                  couper, trancher; fig. decider
qaSaS Pi.              couper, briser, detacher
qaSah Pi.              couper, briser
qasas                  couper, abattre
haraS                  --couper, creuser, inciser (As. harasu)
                       --rendre pointu; remuer (la langue)
                       --se remuer, s'empresser
                       --trancher, decider

A.--avec un objet tranchant, en long [+/-profondeur]

A.1 L'objet meme: epee, scie, couteau, hache, lance

magerah                scie; au plur. haches ou cognees
sakin                  couteau
mahalap                couteau (As. halu)

A.2 La preparation de l'acte:
sahat                  --tuer, egorger
                       --rendre ductile, affiler (As. sahatu)

A.3 Les differents actes qui se rapportent a l'acte--holonyme
<<couper>>:

[right arrow] <<fendre>>

haSab / haSeb          creuser, tailler, fendre; frapper
mahaS                   fendre, briser, percer, blesser (As. mahasu
                        frapper; Ar. mahada frapper, battre, agiter
                        le lait)
qara'                  dechirer, fendre, ouvrir, arracher, couper;
                        calomnier

[right arrow] <<inciser>>

hatab                  --couper, abattre, tordre l'herbe
                       --inciser, rayer; varier les couleurs, broder
haraS                  --couper, creuser, inciser
                       --rendre pointu; remuer (la langue)
                       --trancher; decider

--Incisions plus profondes:

karah                  --creuser

[right arrow] <<tracer>>

hatat                  tracer (Ar. hatta)

A. 3.1 L'acte de <<couper>> s'opere a une extremite et c'est la
partie plus grande qui est prise en compte. Si cette action est
appliquee d'une maniere iterative (raccourcissements consecutifs),
c'est la multiplicite des parties ainsi obtenues qui est focalisee.

[right arrow] <<raccourcir>>, <<etre court, raccourci, abrege>> >
<<diminuer, devenir moindre>>

[right <<multiplier>>

qaSar                  --couper, moissonner; abreger, diminuer
                       --etre court, raccourci, abrege
qaSas                  couper, raccourcir
sagah                  grandir, croitre, augmenter
muSaq etrecissement

A.3.2 La specification du point d'application de l'acte de
<<couper>>: --couper differents objets, parties du corps, etc.:

hanaq Pi.              egorger, etrangler (Ar. hanaqa)
'aqar Pi.              couper les jarrets (a un animal), paralyser,
                        abattre
qarah                  raser, rendre chauve
gazaz                  tondre, couper
'aqar                  deraciner, arracher
mahSeb                 la taille (des pierres)

A.3.3 <<Couper>> est un acte qui suppose le fait de <<enlever une
partie appartenant a un tout>>:

garar                  --tirer, attirer, emporter
                       --attirer en haut, ruminer (les aliments)
hatah                  prendre, saisir (As. hatu <<detruire>>)

Cette operation peut se realiser dans le but

A.3.3.1--de casser l'unite d'un objet:

hatap                  enlever, saisir, arracher (Ar. hatifa; As.
                        tahtipu <<oppression>>)
gazal                  arracher, prendre de force; voler; opprimer
nasah                  --arracher; renverser (As. nasahu
                        <<extraire>>; Ar. nasaha)
                       --etre arrache, expulse

A.3.3.2--d'enlever des parties infimes:

qaSa' Hiph.            faire racler, couper
qaSah Hiph.            gratter, racler
marah                  frotter (Ar. maraha)

A.3.3.2.1 Cette operation a pour but / consequence
le fait de polir, lisser un
objet-cible - <<etre doux, poli>>:

maraq                  polir; frotter
halaq                  --partager, accorder, donner
                       --etre divise
                       --etre doux, poli (Ar. halaqa)

A.3.3.2.2 Dans cette sous-chaine, il s'agit d' <<enlever>> des
parties considerees comme inutiles ou mauvaises pour le tout, dans le
dessein de <<purifier>> > <<nettoyer>> > <<laver>>:

maraq                  frotter, polir, nettoyer, laver
maruqim                action de purifier, de lisser
duh Hiph.              --repousser, chasser
                       --laver, nettoyer (As. dihu)

A.4 En termes de but / consequence, <<couper>> c'est egalement
<<diviser>>, d'ou

A.4.1--l'idee de <<partager>> > <<accorder>>, <<donner>>

halaq                  --partager, accorder, donner
                       --etre divise
                       --etre doux, poli (Ar. halaqa)

A.4.2 --Cette chaine developpe l'idee de <<separer>>; il s'agit d'une
division qui, portant initialement sur un objet, peut se rapporter a
un groupe d'individus

A.4.2.1 En ajoutant le <<causatif>>, on degage les concepts de
<<repousser>> > <<eloigner>> > <<chasser>> > <<etre recule, retire>>.

zahah Niph.            s'ecarter, se separer (Ar. zahha <<pousser,
                        jeter dehors>>)
garas                  chasser, repudier, rejeter
'adar Niph.            manquer, etre omis, rester a l'ecart; etre
                        arrache, sarcle, fossoye (Ar. gadira)

A.4.2.2 Le concept de <<disperser>>, derive de celui de <<separer>>,
ajoute la multiplicite des parties isolees suite a l'acte de
<<couper>>, effectue sur un corps solide ou liquide

yaSaq                  --verser, repandre
                       --fondre
                       --couler, devenir dur
yaSuqah                fonte
zaraq                  jeter, verser, asperger

B La deuxieme direction de l'expansion conceptuelle de la notion de
<<couper>> se fait en considerant que cet acte se realise avec un
objet pointu:

B.1 --l'objet meme: dard, fleche; objet pointu, aigu.
heS                    dard, fleche, eclair, trait
haruS                  --ce qui est creux, fosse
                       --ce qui est aigu, ce qui coupe
                       --decision, jugement
'et                    stylus (Ar. gawt / gata)

B.2 On specifie l'action / le resultat:

qaras                  pincer, mordre

B.2.1 Par un geste qui suppose un effort superficiel: <<graver>>
qui peut developper les concepts de <<marquer>> et <<ecrire>>:

hatam                  cacheter, sceller, marquer (Ar. hatama).
harat                  graver (Ar. harata <<percer>>)
heret                  style, crayon
haSab Niph.            etre grave

B.2.2 Par un geste qui suppose un effort plus grand, l'objet pointu
sort du corps transperce:

halal                  creuser, percer, blesser (Ar. halla)
mahaS                  fendre, briser, percer, blesser (As. mahasu
                        <<frapper>>; Ar. mahada <<frapper, battre;
                        agiter le lait>>)
hatar                  briser, percer, creuser
nahat                  descendre, penetrer, faire impression

B.3 Ce point du scenario pose la representation de l'effet de l'acte
de <<percer>>: <<passer>>, <<traverser>> (sens concret ou abstrait).

Salah                  traverser, passer

B.4 On retrouve la les differentes manieres de percer un point
d'application specifie, sans que l'objet pointu traverse
integralement la cible, qui peut etre specifiee (la terre, etc.) ou
non:

raSas Hiph.            briser, enfoncer

II. Le concept de <<ecraser>>, suppose un scenario identique
(s'agissant toujours d'un acte en mesure de casser ou deformer
l'unite d'un objet donne), mais dont la focalisation portera sur la
multiplicite des effets qui en resultent:

A. Cette chaine comporte les notions de <<ecraser>>, <<presser>>,
<<fouler>>, dont la communaute de signification sous-jacente reside
dans le fait que, dans tous ces cas, l'unite de l'objet est
detruite:

daqaq                  --ecraser, broyer, reduire en poussiere
                       --etre ecrase

darak                  fouler, marcher sur qqch., presser, ecraser,
                       bander
raSas Pi.              briser, ecraser

Si l'on prend en compte les differents degres d'intensite dans la
realisation de l'acte:

[right arrow] <<casser>>, <<reduire en morceaux>>, <<briser>>

daka' Pi.              reduire en poussiere, briser, fouler aux
                       pieds; opprimer
katat                  --frapper, forger
                       --briser, casser
garas                  etre brise

hatat                  briser, etre brise; effrayer, avoir peur
raSas Pi.              briser, ecraser

[right arrow] <<moudre>>, <<piler>>, <<broyer>>, <<reduire en
poussiere>>

duk                    piler, broyer
daqaq                  --ecraser, broyer, reduire en poussiere
                       --etre ecrase

B. Cette chaine renvoie a l'idee d'ecraser un objet mais
sans detruire son unite, en modifiant uniquement sa forme
initiale:

raqa' Pi.              etendre une lame, l'amincir, l'aplatir
raqa' Pu.              etre aminci, reduit en lames

III. Diverses consequences des concepts qui apparaissent dans les
developpements des deux notions prototypiques, <<couper>> et
<<ecraser>>:

A.--consequences immediates: fragments, divers objets.

raS                    fragment, piece
qera'                  les parties, morceaux d'un habit dechire,
                        haillons
haluqah                division, repartition
qaSeh                  fin, extremite, bout, partie
qeSeb                  extremite
daq                    pulverise, fin, mince; leger; petit
mahaSit                --moitie, demi
                       --milieu
heleq                  --part, partage
                       --chose, pierre poli
mahillah               trou

B.--consequences globales: <<blesser>>, <<detruire>> > <<tuer>> >
<<perir>> > <<disparaitre>>.

halah Pi.              --etre faible, malade (As. halu)
                       --blesser, rendre malade
qaSah                  ruiner
qatal                  tuer, assassiner
raSah                  tuer, assassiner
qeres                  destruction ou destructeur

-consequences d'ordre physiologique:

hat                    --consterne
                       {--peur, terreur
hatat                  {terreur, angoisse (As. hattu <<terreur>>)}
mahittah               {terreur, destruction, ruine}
hathat                 terreur

IV. Ce dernier niveau du champ comporte des comprend des concepts
qui decrivent tout acte / objet cense produire des effets
comparables, immediats ou globaux:

haSab / haSeb          creuser, tailler, fendre; frapper
haSab Hiph.            frapper, briser
taqa'                  --frapper
                       --enfoncer a force de frapper

La matrice             [+coronal], [+pharyngal]
                       [-dorsal]


Traduit un flux sonore [+anime]: emission sonore inarticulee; bruit rauque, grave, etc.

Concepts actualises: <<bruit>>, <<cri>>, <<gemissement>>.

La matrice combine donc les consonnes comportant le traits [coronal], au nombre de onze (t, d, s, z, s, s, t, s, l, n, r), et les consonnes [pharyngal]/[-dorsal], au nombre de quatre (h, h, ', ').

Ce champ rassemble en particulier les meilleurs exemples d'icones acoustiques, de formes onomatopeiques, mais qui ne servent de base de derivation qu'a un nombre limite de vocables.
1. Il s'agit de bruits renvoyant a des emissions sonores naturelles:

sa'ar                  tempete, tourbillon
ra'am                  bruit, cris, tonnerre
ra'as                  bruit, tumulte, tremblement de terre
rea'                   cris, tumulte
sa'ar                  etre violemment agite par la tempete, mugir
                        (se dit de la mer et des hommes)
sa'ar Pi.              chasser, disperser (comme par la tempete)

2. Emissions sonores animales et/ou humaines:

nahar                  hennissement (Ar. nahara)
naham                  rugir, gemir
nahaq                  braire, gemir
dahar                  galoper, trotter, battre des pieds
'a'ar                  faire retentir, exciter (des cris)
na'ar                  crier, rugir
rea'                   cris, tumulte

2.1 On specifie dans cette chaine le contexte de la realisation de ce
qui est ou peut etre percu comme bruit grave, rauque: <<crier>>,
<<gemir>>.

'on                    peine, douleur, affliction, deuil
ra'am                  --retentir, faire du bruit
                       --etre bouleverse
ra'as                  trembler, etre ebranle, faire du bruit
ru' Hiph.              faire du bruit, crier, pousser des cris de
                        guerre, de joie, de plainte

za'aq                  crier (de douleur); invoquer, implorer

2.1.1 Il s'agit dans ce developpement de manifestations physiques
nommees par rapport aux effets qui supposent une attitude ou des
manifestations bruyantes:

za'am                  --etre irrite, etre en colere
                       --maudire
za'ap                  --etre irrite, etre en rage
                       --etre triste, abattu
haraq                  grincer les dents (de colere, de malice)
la'ag Niph.            balbutier

Consequences physiologiques (non sonores):

ze'ah                  sueur
yeza'                  sueur

3. Cette chaine precise des bruits engendres par un instrument donne:

ru' Hiph.              sonner de la trompette fortement


La matrice {[+consonantique], [+continu]}

Traduit une explosion de l'air, mouvement de l'air, emission d'un courant d'air.

Concepts generiques actualises: <<courant d'air>>, <<souffle>>, <<respiration>>.

Le caractere mimophonique de cette structure est confere par la presence du trait [+continu] qui suggere, par l'intermediaire des phonemes correspondants, un mouvement phonatoire continu, evident dans l'image synesthesique de /s/ ou de /h/, par exemple (18) (il s'agit ici d'une combinaison entre toute consonne et les consonnes continues, au nombre de six: s, s, s, s, h, h).

Le scenario recouvert par cette matrice integre tout ce qui se rapporte directement au mouvement de l'air (chez l'homme ou chez l'animal). Les objets y sont essentiellement nommes en fonction de l'emission, l'expulsion de l'air qui les accompagnent / caracterisent, et non tant en fonction de la sonorite inherente.
I. Mouvement de l'air

1. Cadre de manifestation: lieu, moment de realisation.

nesep                  crepuscule, soir, aurore
sapah                  levre, bouche; parole, langue
mappuah                soufflet (de forge)

2. <<Mouvement de l'air>> que l'on retrouve sous differents aspects
chez l'homme et dans la nature:

nasab                  souffler
nasab Hiph.            --faire souffler
                       --faire voler, chasser
habal                  --souffler
                       --etre vain comme un souffle qui passe; agir
                        vainement
puah                   souffler, respirer
mappah                 expiration
nasap                  souffler
nepes                  --souffle, haleine; (par extension) odeur,
                        parfum
                       --vie, principe de vie, ame
                       --ame, coeur; sentiment, desir, volonte; pensee
                       --etre anime, individu; cadavre
napas Niph.            reprendre haleine, respirer (apres le
                        travail), se reposer
nasam                  souffler, respirer--ou detruire, hapax (selon
                        nous, souffler sur qqch. au point de ...)

2.1 --Par analogie, on identifie <<souffle>>, <<respiration>> a
<<vie>>, concept qui en est l'holonyme:

ruah                   --souffle, haleine, respiration; colere; air,
                         vent
                       --principe de la vie, ame, vie; passion,
                        courage, volonte; esprit napah
                       --souffler
                       --rendre l'ame
napah Hiph.            faire rendre l'ame; (fig.) attrister,
                        chagriner, faire languir

Un transfert metaphorique s'opere entre le concept de <<souffler>> /
<<ame>> et les <<manifestations>>, les <<agitations>> de l'ame:
colere, peur. Cela sert de base de developpement conceptuel pour
divers sentiments, nommes en vertu de leur rapport avec une
respiration accentuee, saccadee, etc.:

hamah                  (de l'agitation de l'ame) etre frappe, touche
yaham                  etre chaud, se rechauffer; (fig.) etre en
                        colere
hum ou him             emouvoir, agiter, troubler
yapah Hitph.           gemir

2.2 Dans cette chaine on degage l'idee abstraite de <<soupirer apres
qqch. ou qqn.>>, <<desirer>> qui suppose l'acte de <<souffler>>:

sa'ap                  --aspirer, humer; soupirer apres une chose;
                        desirer vivement qqch.
                       --absorber, devorer, engloutir; detruire

3. --La representation des effets du mouvement de l'air dans la
nature:

3.1 Une relation de cause a effet s'instaure entre l'acte de
<<souffler>> et <<secher>>:

yabes                  etre ou devenir sec, aride; Pi. rendre sec,
                        dessecher
yabes                  sec, aride
yabbasah               le sec, la Terre
Sahfah                 secheresse
Sahihah                contree aride, seche

3.2 Cette sous-chaine specifie les objets qui peuvent etre entraines
par un mouvement d'air ou qui y concourent:

piah                   ce qui est facile a souffler; poussiere, cendre
rahat                  pelle (ce qui jette au vent)

4. Cette chaine comporte des concepts designant des sons, des bruits,
non articules, nommes par rapport a la production de souffle qui les
sous-tend, et non en tant que bruits proprement dits:

hemyah                 bruit, son
hamah                  murmurer, bourdonner, rugir
hum Hiph.              faire du bruit, se lamenter
Sapsep                 gazouiller, chuchoter
paSah                  eclater, faire entendre, pousser des cris de
                        joie
II. Diverses actualisations de I.:

1. Odeurs diverses: parfum, aromate, epices.

reyah                  odeur
Sahanah                puanteur
nihoah                 agrement, ce qui est agreable (odeur)
besem                  --baume, herbe odoriferante, aromate, epice
                       --parfum; cinnamome, cannelle aromatique

En ajoutant a <<sentir bon>> l'idee de factitivite, on developpe les
concepts de <<parfumer>>, <<embaumer>>:

hanat                  --rendre doux, aromatique
                       --embaumer
raqah                  composer, preparer un onguent, un parfum

2. Diverses odeurs desagreables:

ba'as                  sentir mauvais, corrompre
ba's                   mauvaise odeur, infection

--par extension de sens, on applique 4.2 a tout ce qui est
<<mauvais>> ou <<deplaisant>>:

bo'sah                 la mauvaise herbe, l'ivraie
ba'usim                mauvais raisins, lambruches
ba'as Niph.            (metaph.) se mettre en mauvaise odeur, se
                       faire hair; deshonorer
ba'as Hiph.            --gater l'odeur, faire sentir mauvais; rendre
                       odieux
                       --sentir mauvais, se corrompre, etre hai, etre
                       odieux


5. En guise de conclusion

Une etude systematique et progressive dans le cadre de TME du lexique hebraique, fondee sur un appareillage terminologique d'une grande abstraction, peut nous aider a devoiler l'iconicite linguistique d'un large pan du lexique, sans la necessite de remonter dans le temps, focalisant uniquement le lexique de la langue (qui nous est accessible) dans sa dimension panchronique. La theorie des matrices et des etymons, de par ses objectifs et les conclusions engendrees, s'inscrit dans le debat sur le conventionnalisme ou le naturalisme du langage humain. Mais nul cratylisme dans ce modele: uniquement la decouverte et la description d'un systeme abstrait d'invariance formelle et notionnelle, a travers les analyses effectuees sur une large base de donnees.

L'explication que l'on a pu avancer quant a l'iconicite auditive dans la langue a un moment donne peut vieillir de maniere spectaculaire, mais pas la reconnaissance du phenomene qui l'a motivee: certains modeles sont bases sur l'imitation de la phonation, d'autres ecoutent ce qui, dans les sons d'un mot, en rappelle le sens. Dans la recherche du rapport son--referent, on s'est focalise soit sur la production, soit sur la <<consommation>> du son. Mais la nouveaute sur le plan de la theorie vient du fait que la TME deplace la discussion depuis le niveau des structures palpables au niveau plus abstrait de la phonologie: le semantisme d'une forme lexicale donnee est soutenu non pas par les deux elements consonantiques, parties composantes d'une structure lexicale donnee, mais par certains de leurs traits phonetiques constitutifs.

Dans cet article avons concu l'iconicite--la motivation primaire--comme une caracteristique des signes linguistiques hebraiques qui conservent des proprietes naturellement perceptibles des objets auxquels ils renvoient, manifeste au niveau abstrait des pre-signes, la, ou le son n'a pas encore rencontre le sens. Les signes linguistiques repertories ici semblent etre configures a partir de processus mimetiques pre-linguistiques. Mais une fois entre en langue, ils auraient necessairement ete assujettis au mouvement interne de ce systeme au fur et a mesure de leur evolution. A la longue, les effets de changements internes auraient contribue a masquer les principes lexicogeniques qui presidaient le signe a son origine, en instaurant une dynamique qui va de la motivation a la demotivation et, par-la meme, a l'arbitraire. Cela est en mesure d'expliquer en grande partie pourquoi les signes des langues d'aujourd'hui nous semblent opaques, pourquoi le lien vocable--realite parait exempt de toute analogie, La maniere dont Fonagy resume les etapes de l'evolution du signe verbal est suggestive:

<<Au cours de l'evolution semiotique, on commence par renoncer a l'acte pour le reduire a sa reproduction gestuelle qui est reduite par la suite au mouvement des organes phonateurs. L'expression articulatoire et sonore, le signifiant qui est lie initialement a l'objet par la ressemblance, se detachent totalement de l'objet des qu'ils en deviennent le signe arbitraire. La pensee conceptuelle accroit la distance qui nous separe de l'objet, en intercalant entre le signe et l'objet une representation. Cette representation devient a son tour de moins en moins sensuelle, de plus en plus abstraite, donc retiree, detachee (de l'objet).>> (1983: 167)

L'invariant formel--la matrice de traits--nous evite de poser des protophonemes ou des protoformes, comme certains linguistes l'avaient essaye. Les variations historiques, geographiques, sociologiques des realisations des phonemes y sont prises en compte, nolens volens: les fluctuations, dans la pratique, si nombreuses, variees et confuses puissent-elles etre, ne constituent pas un obstacle insurmontable a la decouverte d'un invariant federateur dans le systeme linguistique (19). Cet invariant est dote d'une valeur notionnelle recurrente, commune a des ensembles de lexemes. La communaute de sens sous-jacente se fonde sur des proprietes perceptibles au niveau de la combinaison de traits, qu'elles soient associees a la production phonatoire ou a la perception auditive de la realite acoustique. Le fait meme qu'une telle structure invariante rassemble des mots issus de bases fort distinctes tend a confirmer sa pertinence isotopique propre et bouleverse en langue l'economie du langage, en deplacant la balance arbitraire--non arbitraire du cote de la motivation linguistique. Le rapport signifiant--signifie / referent est, pour notre part, bien que le temps ait considerablement brouille les formes lexicales, fondamentalement motive: la perception de l'objet reel dicterait une traduction phonatoire, ce qui revient a assimiler le rapport mental signifiant-signifie a un rapport exo-mental signifiant-referent.

L'absence de motivation ne saurait etre confondue avec le conventionnel: elle suppose non pas l'absence d'une analogie entre le signe et le referent qu'il designe, mais, selon nous, la perte de la charge mimophonique du signe, due a des processus de variation / evolution du systeme linguistique (developpements conceptuels, operations morphologiques et apophoniques, changements phonetiques, creation lexicale par analogie, etc.), en mesure d'occulter dans le temps les conditions de son emergence et de diminuer, dans le lexique, sa potentialite expressive, figurative.

Le principe de l'arbitraire du signe, tout a fait legitime lorsqu'il s'applique aux langues constituees, devient un postulat sujet a caution si on l'applique indument aux premieres formes prises par les langues humaines: il risque de rendre a tout jamais inexplicable l'emergence et le developpement du langage humain et d'occulter, de surcroit, des aspects linguistiques importants.

Selon la dialectique du blanc et du noir (20), la linguistique autonome, qui soulignait l'arbitraire des structures linguistiques par rapport au monde, condamnait toute forme de motivation exterieure. Cet article est essentiellement centre contre cette attitude tranchante en faveur du caractere fondamental et necessairement conventionnel du langage, comme si l'acceptation du principe de l'arbitraire du signe donnait a l'avance l'absolution a tout peche verbal, et par-la meme, scientifique. Souvent, il ne s'agit pas d'une simple refutation de la these onomatopeique (due a un choix, a des contraintes, limites methodologiques que toute theorie comporte), mais il s'agit de la negation la plus absolue du naturalisme en tant que l'un des traits possibles de la faculte du langage. Cependant, bien que l'evolution phonetique ait pu rendre les formes lexicales, pour une bonne part, de <<pures>> formes et qu'en consequence leur motivation se soit <<effacee>>, l'iconicite lexicale en hebreu biblique reste accessible a un niveau de representation abstraite: elle est saisissable, perceptible comme telle en profondeur, pas necessairement consciente ou ressentie en surface. Dans ce lexique, la mimophonie auditive est essentiellement implicite, elle est la representation d'une analogie latente.

UDK 811.411.16'02'373.611

Izvorni znanstveni clanak

Prihvaceno za tisak 05.03.2012.

Bibliographie selective

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Florin-Mihai Dat

Universite de Bourgogne

datmihai @yahoo.com

(1) L'onomatopee <<pure>> mime dans l'ordre du son un element deja sonore. Mais rien n'empeche de se servir de sons pour imiter des realites d'un autre ordre, qu'elles relevent d'autres registres sensoriels ou de la vie morale et intellectuelle, etc. Posant le probleme de cette maniere, on entre inevitablement dans le vaste domaine du symbolisme phonetique, qui a alimente une pleiade de reflexions sur les pouvoirs de suggestion des sonorites de la langue: ainsi, on a pu dire, par exemple, que le <<s>> etait souple et sinueux, tel le serpent, ou que, le <<l>> etait particulierement apte, dans sa fluidite, a peindre l'element liquide, etc.

(2) A cet egard, une voie censee renforcer la dimension arbitraire du signe linguistique serait de voir si l'arbitraire au niveau de la forme du contenu et au niveau de la forme de l'expression est reellement necessaire et inherent au fonctionnement d'un systeme linguistique. Or, logiquement, la forme du contenu ne nous semble ni necessaire ni arbitraire, car il est facile d'imaginer que toutes les langues pratiquent la meme forme du contenu. Pour ce qui est de la forme de l'expression, rien n'empecherait le fonctionnement du systeme linguistique au cas ou toutes les langues utiliseraient le meme inventaire de phonemes, les memes oppositions distinctives, les memes regles de distributions, etc. Elle ne nous parait pas, elle non plus, necessaire et inherente pour un systeme semiotique. Le fait qu'il existe des differences entre les langues est la consequence de certains facteurs extralinguistiques dont l'analyse ne concerne aucunement le principe semiotique fondamental, le mecanisme linguistique. En consequence, cela ne presuppose pas avec necessite une distinction forme --substance sur le plan de l'expression, ce qui, d'un point de vue strictement semiotique, revient a dire que la theorie glossemaliste du signe est parfaitement reductible a la theorie bipartite de Saussure, mais plus complexe.

(3) La ressemblance, quand ressemblance il y a dans des langues non apparentees, est expliquee alors par la contamination, l'emprunt ou le pur hasard. Mais on peut rencontrer aussi des coincidences d'origine cognitive--ce qui pose alors que l'origine de la ressemblance, constatable au plan lexical, ne serait pas (uniquement) linguistique.

(4) Le concept de <<motivation>> revet plusieurs sens dans la litterature du genre. Au centre de cet article se trouve ce qu'on appelle motivation absolue, primitive, directe, mimophonie ou anamorphose et notamment ce que R. Lafont (2000: 78) designe par icones auditives: <<On va avec elles du sonore recu au meme sonore donne a recevoir.>> (differents evenements sonores, emissions sonores humaines/animales, etc.).

(5) Plus recemment, dans la meme lignee mais dans le cadre d'une linguistique dite praxematique, Robert Lafont (2000) montre l'existence en latin classique d'un ensemble systemique de schemes dont les articulations phonologiques s'inspirent des formes de l'univers, un ensemble de structures qui assurerait une representation coherente du monde.

(6) Les formes naturelles [intersection] [union] et leurs diverses variantes sont rendues articulatoirement au travers d'un cinetisme qui suppose le groupement de la langue contre le palais.

(7) Si etymologie et naturalisme s'y entrecroisent, ceci ne doit guere surprendre, puisque --nous le savons bien, les premieres investigations etymologiques se sont en verite developpees dans le cadre des theories de l'iconicite originelle du langage qui pretendaient renouer les liens entre langage et realite.

(8) Le referent est nomme a partir de certaines caracteristiques intrinseques (attributs --semes lexicogeniques) et non pas <<comme tel>> puisque le mot epouse l'idee (un attribut saillant) de la chose et non la chose elle-meme, se trouvant a l'origine de la nomination du referent et, donc, a l'origine de la matrice meme. C'est bien ce seme qui en justifie la raison d'etre: d'un point de vue cognitif, nous dirions meme qu'il est la source causale et cognitive du macrosigne. Il constitue l'element qui marque l'analogie existant entre ce que suscite l'esprit (identification et extraction de l'attribut de l'objet a nommer) et ce que la combinaison de traits (la matrice) imprime au sens. Ce seme est primitif car il releve de la nomination en premiere instance. Il porte essentiellement sur des aspects acoustiques, visuels et cinetiques, susceptibles d'etre <<reproduits>> par les organes phonateurs, d'une maniere plus ou moins exacte.

(9) Le paradigme definit ce qui formellement est relativement different tout en restant un, a savoir la substituabilite--ou variabilite --semique dans le programme unitaire du mot.

(10) Paradigme et champ conceptuel sont des processus logiques de categorisation, quelles que soient par ailleurs les formes historiquement attestees des denominations effectivement deduites et des mondes cognitifs effectivement categorises. Notre but est de donner un apercu de son organisation, de montrer le bien-fonde de la prise en compte de tel ou tel concept et de son application au champ associatif, sans pretendre donc a une description chronologique ou <<psychologique>> des donnees.

(11) Dans la collecte des exemples et dans l'architecture de leurs reseaux semantico-conceptuels, l'accent est mis sur les aspects ayant affaire a la ressemblance, la similarite, la relation logique (comprehension, implication causale, etc.), le contraste ou la contiguite des formes lexicales. Le principal probleme consiste a identifier ces paradigmes, a definir les champs conceptuels correspondants. Dans nos analyses, le paradigme, rapport formel de signification (non un rapport semantique de conceptualisation), fournit au champ conceptuel un fondement formel, par consequent, moins aleatoire. Autrement dit, l'unite et la coherence de l'organisation reposeront sur le fait que ce qui est formellement derive, l'est aussi conceptuellement: cela ecarte en grande partie le caractere subjectif d'une demarche ou un role est accorde a l'intuition dans le classement des faits.

(12) Pour chaque chaine ou sous-chaine de developpement semantique nous ne donnerons que quelques exemples.

(13) Dans chaque forme lexicale exemplifiee, nous marquons en gras la base etymoniale primitive.

(14) Dans la presentation des exemples, nous allons faire usage des abreviations suivantes: Ar. (langue arabe), As. (langue assyrienne); pour les differentes formes verbales hebraiques --Hiph. (hiphil), Hithp. (hithpael), Niph. (niphil), Pi. (piel), Pilp. (pilpel), Pu. (pual); <<>>> signale une extension, developpement semantique; <<[right arrow]>> devient, correspond a.

(15) Pour une analyse plus detaillee de cette matrice voir Dat, 2002b.

(16) Cantineau (1950b: 82-122) pose que le aleph tendait a l'epoque biblique a avoir un statut de laryngale emphatique, opinion qui semble etre confirme par l'etude sur les compatibilites digrammatiques de Weil (1979: 296-301).

(17) Cf. le tableau de traits phonetiques de l'arabe propose par Chaker Zeroual (cf. Bohas, 2000: 18).

(18) Afin de dresser un champ formel et conceptuel aussi precis que possible, nous avons pris en compte toutes les lexies hebraiques qui comportent un son [+continu] et se referant, metaphoriquement ou metonymiquement, au mouvement de l'air, a une emission d'air.

(19) En effet, l'invariance se definit comme un principe general independant des facteurs d'ordre synchronique ou diachronique susceptibles de brouiller l'histoire d'une forme lexicale.

(20) M. Toussaint illustre bien cette verite quant aux polemiques sur la place occupee par l'iconicite dans le langage: <<Le concept d'arbitrarite du signe est sous-tendu par une conception simpliste de la non arbitrarite. Une non arbitrarite qui n'est pas omnipresente et inconditionnelle est une arbitrarite. Dans l'optique post-saussurienne actuelle tout se passe comme si, en effet, on n'imaginait pas qu'un phenomene essentiel puisse etre variable et localise.>> (1983: 36)
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Title Annotation:Znanstveni radovi
Author:Dat, Florin-Mihai
Publication:Suvremena Lingvistika
Date:Jul 1, 2012
Words:9197
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