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Cultures urbaines et activites physiques et sportives. La << sportification >> du parkour et du street golf comme mediation culturelle.

LES ACTIVITES PHYSIQUES ET SPORTIVES (APS), analysees en tant que phenomenes de societe a part entiere, mobilisent des usages du corps qui permettent de reperer des processus d'integrations mais aussi et surtout de differenciations sociales. Chercher a se differencier des autres est au coeur de l'emergence de nouvelles formes d'engagement dans les APS. Cet engagement se decline alors en formes ou pratiques differentielles comme en attestent la diversite des APS et leurs modalites de pratique aujourd'hui. Cette modification de l'espace sportif, reconstruit en permanence par des formes d'engagements pluriels, ne doit alors pas etre ignoree si l'on veut comprendre les evolutions contemporaines des cultures sportives. Ces nouvelles formes d'APS semblent marquer bien davantage des manieres d'etre, differentes, dans nos societes modernes, que des processus de transformations qui conduisent a une << difference culturelle >> (Wieviorka et Ohana 2001).

Qui plus est, une ressemblance culturelle propre aux nouvelles activites physiques et sportives urbaines peut etre relevee : la creation d'une urbanite ludique par la pratique sociale de l'espace urbain (Lefebvre 2000). Dans le cadre de cet article nous cherchons a analyser le mouvement de sportification engage par les communautes pratiquantes du parkour et du street golf (1). Fortement investies par le business sportif et ses logiques marketings, ces communautes alternatives sont en phase de pouvoir s'institutionnaliser et, comme le notent Rinehart et Sydnor (2003) a propos d'autres activites, de perdre leur impact alternatif quand la soif de reconnaissance se fait ressentir. Pourtant il semble necessaire de nuancer notre regard sur la maniere dont les pratiques qualifiees d'emergentes se transforment pour s'institutionnaliser ou au contraire luttent pour ne pas se conformer aux logiques sportives traditionnelles. Nous nous contenterons du premier aspect ici. Ainsi, nous observons un double jeu, entre << ombre >> et << lumiere >> ; jeu avec l'ombre dans la mesure ou quelques pratiques incarnent une forme de clandestinite urbaine (2) ; jeu avec la << lumiere >> quand d'autres aspirent a une reconnaissance publique et institutionnelle. C'est le cas du parkour et du street golf. En effet, nous assistons a une progressive << sportification >> de ces dernieres. Les pratiquants se federent avec la meme logique : etre visible aux yeux de tous--institutions sportives et urbaines, medias culturels, sponsors, evenements, etc.--pour acquerir la reconnaissance de leur pratique et de leurs pratiquants. Pour autant, il arrive que tous ne soient pas favorable a cette institutionnalisation comme peut l'illustrer la scission entre les modalites de pratique, et donc les logiques d'actions, valorisees par les << peres fondateurs >> du parkour.

Nous entamerons notre discussion par la presentation de la methodologie de recherche, realisee avec les outils de la sociologie qualititative (ethnographies, entretiens, materiaux ecrits, observations participantes). Cet article fera appel principalement a cette deuxieme forme de materiaux. Deux points viendront ensuite alimenter notre these. Tout d'abord, nous definirons le processus de sportification permettant a la pratique d'acquerir une reconnaissance institutionnelle entre autre. I1 y sera detaille les phases successives du processus pour le parkour et le street golf: l'acquisition d'une reconnaissance, la mise en place d'une federation de pratiques puis la reconnaissance institutionnelle. Enfin, nous tenterons de presenter succinctement les premiers effets de la sportification sur la logique et les modalites de pratiques : mise en spectacle, collaboration avec les media-culturels, reorganisation des communautes pratiquantes, etc. Mais avant toute chose il nous semble important de revenir sur les deux activites etudiees et notamment sur ce qui fonde a proprement parler leur ancrage dans la ville ; plus encore nous avancons l'idee que ces pratiques sont non seulement dans la ville, mais bien plus, elles s'en inspirent et deviennent des pratiques de la ville.

Des pratiques inscrites dans l'espace urbain

Bien qu'elles soient pratiquees en France depuis les annees 1990 et 2000, ces deux pratiques ne sont pas encore populaires aupres du grand public et n'ont fait l'objet d'aucune etude particuliere, si ce n'est dans le milieu anglophone. Il est donc necessaire de les definir brievement. En s'inscrivant au coeur des grandes villes, elles marquent les cultures urbaines de leurs empruntes respectives.

Inspire par la << methode naturelle >> ou l' << hebertisme >> de G. Hebert (1942)--methode d'entrainement du corps (3), le parkour est aujourd'hui une activite physique et sportive reproduisant certains exercices corporels sur les mobiliers urbains. L'objectif etant de deambuler librement a travers la ville pour y executer des mouvements gymniques et athletiques le tout en harmonie avec les architectures et l'environnement urbain. Les traceurs, nom que l'on attribue aux pratiquants, ont alors invente un ensemble de gestes techniques adaptes a l'environnement urbain. Le tableau suivant (Tableau 1) recence quelques figures pour le moins evocatrices de cette activite urbaine.

Le street golf illustre quant a lui parfaitement la transformation culturelle des APS contemporaines car il est une adaptation du golf traditionnel a l'environnement urbain. Axee sur la deambulation dans la ville, le jeu consiste a jouer sur le bitume avec une balle de type semi-rigide et des fers specifiques. Le mobilier urbain devient ainsi une cible sur laquelle les pratiquants se concentrent : poubelles, jardins publics, bancs publics, panneaux de signalisation, etc. L'espace de jeu est lui aussi inspire par l'environnement urbain, il n'est donc jamais fige, il se reinvente perpetuellement au hasard des deambulations urbaines. En d'autre terme le street golf, prenant parfois le nom d'urban golf ou encore de cross golf, est une mutation du golf traditionnel qui s'est orientee vers un des plus grands terrains de sport : la rue.

Methodologie

Il n'est ici pas question de revendiquer haut et fort une quelconque appartenance a l'anthropologie plus qu'a la sociologie, et inversement. En se penchant sur les pratiques sociales, tout autant que culturelle et ludiques en milieu urbain, notre projet est simple et complexe a la fois : etudier la societe contemporaine et ses innovations (sportives, culturelles), soit notre environnement immediat et quotidien, a partir d'outils pertinents pour acceder aux significations des acteurs. Ainsi, nous privilegions la denomination socio-anthropologique pour caracteriser notre enquete et montrer le processus de rapprochement que nous tentons entre l'observation et l'entretien. Nous avons donc etudie ces pratiques et ses acteurs sur trois annees a raison de contacts reguliers mais non continus. Cette immersion << flottante >> sur le terrain s'inscrit dans une problematique de recherche plus precise ou nous nous sommes interesses aux pratiques ludiques et sportives executees de maniere informelle sur les espaces urbains (Lebreton 2009). A partir d'observations participantes, de participations observantes, d'entretiens semi-directifs repetitifs (N = 10), de recits de pratiques (N = 5), le suivi de quelques communautes virtuelles (3 groupes de discussions (4)) et la recolte de materiaux divers (journaux, fanzines, tracts, sites internet, veilles documentaires, etc.), nous avons releve deux traits culturels qu'il est important de nuancer. Le droit a la ville, tout d'abord, caracterise le socle commun a ces cultures urbaines emergentes (Lebreton 2009). Cependant, ce socle revele aussi des trajectoires identitaires qui les differencient selon qu'elles acceptent ou non la massification et la sportification de leur pratique. Ce second trait sera discute ici. L'article traite du mode de communication mediatise a la fois par l'intermediaire de supports ecrits, oraux, visuels et virtuels. Le principe qui a guide la recension des mentions de ces pratiques dans la presse ou les medias audio-visuels a ete simple : reperer les articles de presses ecrits par les acteurs de la pratique dans un premier temps puis de les completer avec les articles journalistiques. Comment les deux types de discours participent-ils dans les representations emanant de ces modes de communication ? Nous avons egalement pratique une ethnographie de forums internet specialises ou des individus abolissent les frontieres geographiques pour se regrouper a l'interieur de groupes de discussions et echanger librement autour de themes precis : lieux de pratique, equipements, figures et mouvements corporels, philosophie de la pratique, etc. Ces donnees recoltees sur les forums participent aussi a la comprehension de leurs propres experiences, qu'elles soient reelles -le temps de la pratique- ou virtuelles -communaute online (Wilson et Atkinson 2005). Nous le savons, les espaces sociaux sur Internet sont aujourd'hui particulierement mobilises dans l'organisation et la communication de ces communautes.

Le processus de sportification est alors observe a la lumiere de cette mediation culturelle. La socialisation de ces groupes auto-organises bascule vers une publicisation de leurs performances et exploits de rue, ce qui suppose une reorganisation de ces groupes sociaux. Pour autant, est-ce que cela suppose une publicisation et une visibilite totale de leurs activites ? Pour repondre a cette interrogation, voyons comment le terrain ethnographie montre une ambiguite culturelle qui marque certaines de ces communautes de pratique. C'est le cas du parkour, comme nous le verrons, divise entre deux logiques d'actions : parkour vs free running. Les forums deviennent alors un lieu de discussion ouvert ou chacun expose sa conception et sa philosophie de la pratique. Les ethnographies deviennent alors une source de renseignements complementaires aux entretiens realises sur le terrain, in situ. Sur un meme espace, << virtuel >>, nous avons acces a differentes logiques de pratique qu'il est difficile de rencontrer simultanement sur le terrain in situ. L'ethnographie est un outil descriptif et analytique au service de l'anthropologie. Notre approche socio-anthropologique est alors heritee de la typologie anglo-saxonne qui regroupe dans un meme mot les termes d'ethnographie, d'ethnologie, et d'anthropologie, dont Bromberger dit que ce << sont les trois maillons d'une meme chaine, un << package >> dont les elements sont comme soudes entre eux >> (Bromberger 2004:116). Ce point methodologique est essentiel a nos yeux car il caracterise un projet precis : etudier l'homme dans la societe contemporaine et urbaine dans ses differentes expressions culturelles/ corporelles. Pour ce faire, nous avons eu recours a l'utilisation de methodes diverses et variees comme precise precedemment. L'objectif de cette methodologie consiste a analyser les significations que les individus attribuent a leurs comportements et y reperer les coherences ou bien les eventuelles contradictions entre un discours et une pratique. Voyons d'un peu plus pres comment le terrain ethnographie nous livre d'un peu plus pres la strategie de mediation culturelle adoptee pour etre visible aux yeux de tous.

La << sportification >> pour se conformer

La sportification, une definition necessaire

Plusieurs questions permettent de cerner l'etendue du probleme sociologique concernant ces terrains alternatifs. Quels mecanismes conduisent et contribuent a la << visibilite >> des activites ludosportives leur permettant ainsi de devenir des << sports >> ? Quelles sont les effets de cette transformation sur la pratique et les modalites de pratique ? En d'autres termes, comment certaines pratiques sociales sortent-elles ainsi de l'ombre pour s'exposer a la lumiere ?

Dans un premier temps, il est important de rappeler que ce processus de sportification se differencie du processus de sportivisation souvent presente comme une caracteristique des societes occidentales. La difference n'est pas seulement semantique. I1 ne s'agit pas ici de traiter de la massification des pratiques physiques, deja maintes fois analysee ou critiquee. Sous cette acception, c'est l'ensemble de la population qui se sportivise. Des lors, le sport peut etre compare a un << fait social total >> (Mauss 1923:274) car, mettant << en branle dans certains cas la totalite de la societe et de ses institutions >> (p. 274) il est porteur de significations, avec pour corollaires la necessite de donner du sens a ce qui se joue dans cet espace social particulier et la probabilite d'apparition de << conflits d'interpretations >> (Dumas 1999). On rencontre ainsi des situations dans lesquelles un phenomene peut etre explique de facon egalement convaincante, dans des langages tout a fait differents (Soule, Routier, et Corneloup 2009). Plus precisement, la sportification traite du processus de transformation d'une activite physique en un << sport >>, regule par un ensemble de regles et de normes, toutes legitimees par des institutions de tutelle (Elias et Dunning 1986). En ce sens, le sport est une institution avec une fonction sociale reconnue (Douglas 1999) et qui participe a une forme de pacification des moeurs (Elias et Dunning 1986) car regi, regle et regule par les institutions (5). Ici, nous analysons cette bascule d'activites initialement auto-organisees (street golf et parkour) vers un univers organisationnel specifique--le monde des sports, organisation caracteristique des sports modernes (6) (Guttmann 2006). Nous verrons alors comment s'organise la pratique et comment s'organisent les pratiquants aujourd'hui. Pour identifier clairement les etapes de ce processus, des traits structurants peuvent ainsi etre reperes (Guttmann 2006) : secularisme ; egalite des opportunites et des conditions d'affrontement ; specialisation des roles ; uniformisation des regles ; bureaucratisation de l'organisation ; quantification des performances ; quete du record.

Si le processus de sportification est fonction de ces criteres observables, ils ne sont pour autant pas tous effectifs aujourd'hui a propos des terrains investigues ici. En effet, ce processus est en cours. I1 est alors possible de distinguer des << degres de sportification >> (Bordes 2008, 2009) ou l'institutionnalisation n'est que la << phase ultime du processus >>. Il sera donc tres utile d'analyser de nouveau ces pratiques d'ici quelques annees et de voir comment elles se sont structurees et davantage sportifiees qu'elles nele sont aujourd'hui. Actuellement, trois phases peuvent etre observees : tout d'abord, une phase durant laquelle les pratiquants desirent et cherchent la reconnaissance des institutions ; on observe ensuite la creation et la mise en place d'une federation de pratiquants, regroupes sous une meme appellation ; enfin, derniere etape, la << reconnaissance institutionnelle des autorites de tutelle >> (Bordes 2009). Nous detaillerons ces trois etapes in fine.

Par consequent, la sportification decrit la transformation d'une pratique physique en un sport rationnalise (Von der Lippe 2001). Ce concept permet de comprendre comment des pratiques physiques emergentes peuvent, soit etre integrees progressivement au systeme des sports, soit rester en retrait--dans l'ombre, pour se differencier socialement en jouant la carte de la marginalite. La ville, comme terrain d'etude, offre ces deux illustrations.

Une communication sur l'espace public

La communication peut etre apprehendee comme un processus de transmission entre individus, groupes ou plus largement entre institutions. Elle est definie ici comme la strategie utilisee par les representants du parkour et du street golf pour acquerir une reconnaissance au sein de la sphere publique. Elle vise principalement a reduire l'etiquetage deviant (troubles a l'ordre public) qui est generalement applique a ces pratiques informelles et aux pratiquants :

<< Ce qui est sur, c'est que personne n'ajamais pu apprecier le parkour, et ce qu'importe le nom ou le pratiquant. C'est considere comme l'art du voleur ou de la racaille, les gens du commun ne nous aimeront jamais vraiment. On est tous classes parmi les "voyoux". Je trouve ca bete, mais bon, c'est vrai qu 'on peut etre louche, quand meme. >> (traceur urbain, 19 ans)

Comme nous avons pu le relever au cours de nos observations participantes, certains n'hesitent pas a pratiquer sur des lieux prives et s'exposent alors aux controles des forces de l'ordre. Le premier cas, issu de nos carnets ethnographiques, illustre une situation problematique. Le groupe avec qui nous deambulions se trouvait sur le toit d'un batiment en centre ville. Tres rapidement la police est intervenue pour nous interpeller. Nous avons appris a ce moment la que le voisinage les avait appele pensant qu'il s'agissait d'un cambriolage ! A noter que les traceurs s'etaient diriges en premier vers les forces de l'ordre afin de marquer l'absence de delit. Ils ne faisaient << que du sport >> pour reprendre leurs mots. Apres avoir procede a un controle d'identite et verifier l'absence d'infraction la police nous laissa repartir sans aucune poursuite. Le second cas fut davantage problematique. Le groupe avec qui nous nous trouvions etait en pleine ascension du toit d'une usine. Les gardiens ont immediatement appele le proprietaire qui tenait a porter plainte pour intrusion dans un lieu prive. Une procedure policiere fut alors lancee, sans suite. La majorite des interventions policieres concernent ainsi la violation de lieux prives. Pour autant, la pratique sur l'espace public pose aussi quelques problemes. Certaines municipalites prennent des arretes municipaux pour interdire la pratique du parkour sur les batiments publics. C'est le cas a Lisses notamment. Des panneaux de signalisation y ont ete ajoutes (ecoles, gymnase). En ce sens, la communication se rapporte a une forme de dialogue entrepris entre des pratiquants, originellement auto-organises, et les differents acteurs qui composent la sphere publique. La notion de publicite est alors centrale pour comprendre le processus de sportification. On comprend l'interet que les traceurs ont a enclencher le processus de sportification pour gommer l'etiquetage deviant decrit precedemment :

<< Avec la democratisation du parkour, les gens apprendront a connaitre et accepter ce nouveau sport, mais cela ne va pas se faire tout seul, je pense que chaque traceur doit y mettre du sien pour ameliorer l'image du parkour, le developper et faire connaitre notre passion autour de soi puis a plus grande echelle! >> (traceur urbain, 26 ans)

Les ethnographies realisees font alors etat d'une large diffusion des informations via divers outils de communication et d'informations : presses televisees, presses ecrites, sites internet, magazines specialises, etc. Qui plus est ce processus fonctionne a double sens : la publicite est a la fois une dimension constitutive de l'espace public et un principe de controle par les institutions (Habermas 1978). Des lors, le partenariat de plus en plus courant entre les associations pratiquantes, les partenaires financiers et les institutions illustre cette communication externe qui caracterise les pratiques corporelles a meme de se << sportifier >>.

En ce sens, la communication analysee ci-dessous ne correspond pas a une operation marchande au sens strict, mais plutot a une demarche de seduction reciproque : elle est un moyen pour les associations pratiquantes d'etre proches des representations et tendances actuelles tout autant qu'elle permet aux institutions federales de << recruter >> d'eventuels nouveaux licencies (7). D'une certaine maniere elle reflete une realite sociale a double sens. Les sports urbains et leur culture sont ici le pretexte, la prothese identitaire (Sacriste 2002), c'est-a-dire un << acte psycho-socioculturel, supports d'investissements, a travers lesquels les individus [ou les institutions] construisent leurs identites (...) sociales >> (Sacriste 2002:493). Ainsi, la communication telle que nous l'employons pour decrire le processus de sportification du street golf et du parkour, est un lieu d'exposition d'un mode de penser et d'agir des pratiquants. Bien entendu, ce << lieu >> doit etre visible sur la sphere publique, au risque de ne pas etre entendu par les institutions de tutelle : ministere de la culture, ministere de la sante et du sport, etc.

Interessons nous, maintenant, aux differentes phases du processus de sportification tel que nous les avons analyse pour le parkour et le street golf.

Les phases de la sportification du street golf du parkour

Acquerir une reconnaissance. La reconnaissance constitue la premiere etape essentielle pour acquerir une notoriete publique. Celle-ci est etroitement liee aux theories identitaires (Kaufmann 2004). En effet, etre reconnu par l'institution necessite de communiquer une certaine identite, elle-meme devant etre clairement definie pour etre reconnue et utilisee comme support de communication. Ce processus n'est pas lineaire mais recursif. Comme notion sociologique, la reconnaissance est une << etape intermediaire entre l'identite concrete et differenciee des individus et leur appartenance eventuelle a un ensemble culturel englobant >> (Larouche et Beauchemin 2003:60).

Les pratiquants du parkour ont entames ce processus par la redaction, entre autres, d'un communique de presse (29 Septembre 2008) intitule : << reconnaissance duparkour : vers un agrement ministeriel pour un sport populaire >>. Quinze annees ont passe apres que la pratique ait demarre en France et voyage dans un tres grand nombre de pays a l'etranger. Alors que la pratique est << fort bien connue d l'etranger et ce au detriment de son origine francaise >>, elle n'est << toujours pas organisee >> autour << d'un comite ou d'une federation >>. C'est la raison pour laquelle le processus a ete enclenche autour d'une proposition qui vise un agrement ministeriel. Conformement aux etapes decrites plus haut, la proposition de creer un comite sportif francais du parkour (CSFP) a donc ete transmise au Ministere de la Sante et des Sports (MSS) et au secretariat d'Etat charge des sports, de la Jeunesse et de la Vie associative. Des lors, il a fallu quantifier le nombre de pratiquants en France grace a un recensement effectue via Internet. La creation du comite a pour but d'organiser le parkour autour des institutions, des associations et des pratiquants. L'auto-organisation par les pratiquants eux-memes n'est donc plus d'actualite si l'on en croit la declaration effectuee par les representants associatifs. De plus, pour etendre sa toile, le CSFP propose encore de << former >> les nouveaux publics sensibles a cette pratique urbaine. D'une part, le public scolaire fait partie de cette offre de formation puisqu'une reflexion est menee, encore actuellement, pour integrer le parkour aux programmes de l'education physique et sportive (8). Neanmoins, et c'est sur ce point que le processus de sportification entre en jeu, pour faciliter son apprentissage, les modalites de pratique du parkour evoluent. Un seul exemple, tres significatif, suffira. Des exercices d'apprentissages sont proposes en milieu ferme dans des gymnases. L'ouverture a la ville et a ses architectures est ainsi supprimee des premiers apprentissages. L'environnement urbain est remplace par le gymnase << sportif >>. Le << droit a la ville >> s'estompe progressivement en meme temps que le cadre spatial se transforme. Lorsqu'il heurte le macadam, le gravier ou le beton, le corps ne reagit plus de la meme maniere que sur le materiel sportif (tapis de gymnastique, agres, etc.). Les techniques corporelles sont elles aussi modifiees. Le << saut de bras >> (saut sur un mur et reception avec les bras) ou le << passe muraille >> (franchissement d'un mur avec le pied comme prise d'appui) par exemple, ne s'executent plus au contact des surfaces urbaines. Ainsi, la mission educative est fortement mise en avant pour acquerir la reconnaissance qui leur manque. Bien entendu, le CSFP propose aussi de sensibiliser le grand public a partir d'evenements promotionnels entre autres, nous y reviendrons. Cette transformation ressemble trait pour trait a la transformation d'une escalade decalee, sport de pleine nature, ou se melaient a l'origine exploit et mode de vie, vers une escalade codifiee, reglementee et sportive qui, pour l'essentiel se pratique aujourd'hui sur des murs implantes dans des centres sportifs.

Le meme processus est a l'oeuvre pour le street golf. Les acteurs qui y participent cherchent a organiser les pratiquants au sein de structures communes. Pour ce faire des recensements ont egalement lieu pour quantifier le nombre de pratiquants et d'associations sur le territoire national. En effet, des associations de joueurs et des partenariats institutionnels voient le jour regulierement. Quand a la promotion evenementielle du street golf, nous verrons comment la logique marketing y est notamment developpee.

Pour resumer ce premier point, l'acquisition de la reconnaissance s'articule autour de trois notions cles. D'une part, il s'agit de reunir tous les acteurs de la pratique en une organisation, puis de proposer une formation qui soit coherente avec les statuts definis par le secretariat d'Etat charge des sports, de la Jeunesse et de la Vie associative. Enfin, la responsabilisation des acteurs est aussi primordiale. Cela fait echo au processus de hierarchisation des sports modernes ou les representants de la pratique sont << responsables >> de son evolution. Cela permettrait d'eviter une << commercialisation marginale >> (declaration effectuee par le comite de preparation a la ligue francaise et internationale de parkour) de leur activite par exemple et ainsi, engendree des << retombees economiques >> (dixit) importantes pour le developpement futur de l'activite qui se << sportifie >>. L'acquisition de la reconnaissance par les institutions se decline en trois points strategiques :

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Une federation de pratiques. Une deuxieme etape, s'observe : le developpement d'une federation de pratiques et de pratiquants. Cette etape est necessaire pour rassembler les pratiquants autour d'une identite commune. Cette identite se construit autour des cultures urbaines. Le parkour, par exemple, a integre la FNCU (federation nationale des cultures urbaines) pour y poursuivre son objectif : creer le comite sportif francais du parkour (CSFP). Grace a ce partenariat << elle pourra ainsi faciliter des accords avec les collectivites locales afin d'accompagner la mise en place des clubs sur le territoire national, d'initier des projets educatifs et sociaux et d'evaluer les besoins de structures et d'equipements >> (Communique de presse, 29/09/2008). Bien sur, ce phenomene n'est pas nouveau et les historiens du sport ont deja atteste d'autres processus de sportification. Ce qui fait la difference ici c'est qu'il est en marche devant nos yeux. Pour preuve, la marche amorcee il y a quelques annees maintenant a conduit a la creation toute recente (9) de la federation francaise des sports urbains (FFSU) a laquelle le parkour est affilie. Une nouvelle organisation est en cours, avec des responsables techniques et pedagogiques designes, des educateurs sportifs specialises dans l'encadrement des sports urbains, des formateurs, etc.

Le premier niveau organisationnel consiste dans le regroupement de clubs locaux, d'associations de pratiquants au sein d'une meme federation. La force de cette etape est de faire eclore, au grand jour, une variete de pratiquants jusque la sous-estimee et non comptabilisee. Rassemblee autour de comites sportifs, les traceurs s'organisent pour developper les << enjeux pedagogiques, culturels et sportifs, rassembler et federer toutes les energies des institutions nationales et territoriales, collectivites, associations, reseaux, acteurs, etudiants >> (idem). Cette phase suppose que la condition future, instituee, sera utile pour ameliorer davantage leur developpement sportif. Par exemple, en 2006, des pratiquants autoorganises se sont rassembles pour creer l'Association Grenobloise de Parkour. L'objectif est clair : se faire connaitre par des demonstrations (dans le cadre des << virades de l'espoir (10) >> par exemple), fournir des structures (espaces clos type gymnase) puis, organiser des rencontres nationales et internationales. Depuis peu, les chaines televisees leur consacrent regulierement des reportages diffuses a heure de grande ecoute sur les creneaux du midi et du debut de soiree (France Televisons, TF1, Canal +).

Le street-golf, quand a lui, n'en est pas encore a cette etape. Ses pratiquants commencent a se federer en associations locales qui proposent des initiations, des evenements et des competitions. De plus, leur affiliation a la FCNU n'est pas encere officielle meme si elle est mentionnee dans certaines regions de France.

L'amorce d'une organisation federale rime avec visibilite. Pour ces acteurs, la visibilite doit etre source de credibilite pour engager des actions territoriales et nationales de grande ampleur. Le souci d'encadrer les nouveaux pratiquants n'est d'ailleurs a ce titre pas surprenant. Bien entendu, cette etape accelere encere un peu plus l'uniformisation de la pratique. Au parkour, les entrainements en gymnase sont maintenant proposes dans une grande partie des associations recensees par les institutions. Qu'en sera-t-il des mouvements corporels et de leurs innovations une fois la maitrise de la technique apprise par << teus >> ? Faudrat-il retourner dans la rue, au contact du macadam, pour en decouvrir de nouvelles ?

La reconnaissance institutionnelle. Troisieme et derniere etape observee et analysee, la recennaissance par les institutions de tutelle. Elle est la voix par laquelle une activite physique devient sportive. En d'autres termes, elle permet de decrire la phase ofl le pouvoir est << accorde et delegue par agrement (...) d'etre en situation quasi monopolistique de reglementer, de gerer, de controler une pratique physique >> (Bordes 2009). Cette ultime phase consiste en une legitimation totale de la pratique en question. Le parkour, par exemple, se constitue actuellement en ligues nationales et internationales. Les premiers partenariats institutionnels s'etablissent entre la France et le Maroc pour monter des evenements internationaux (<< parkour day morocco >>). Sans l'appui des ministeres de tutelle, une telle collaboration n'aurait pu exister. Par sa gestion, la FCNU, comme federation de tutelle, assure cette mission. Le << quadrillage >> geographique--federation des associations nationales et internationales mais aussi corporel--demonstrations des techniques--(Bordes 2009) suit logiquement son cours.

Il faut bien comprendre que ce mouvement de sportification du parkour, et a une moindre echelle du street golf, s'inscrit dans une problematique contemporaine beaucoup plus large. Celle du developpement des << sports urbains >> : comment affilier toutes ces pratiques au sein d'une seule et meme association qui pourrait les representer au sein des institutions ? Au stade actuel, la federation francaise des sports urbains (FFSU)--seus l'egide de la FNCU--s'organise pour creer des federations regionales et des ligues. Le parkour et le street golf y sont inscrits. L'objectif etant de les rendre << visible >> pour dispenser, seus encadrement federal, des formations aux pratiquants mais aussi de << prendre des dispositions d'ordre technique permettant d'optimiser les relations administratives avec les affilies >> (FFSU). On comprend mieux ici comment la reconnaissance institutionnelle incite au monopole << de reglementer, gerer et de controler une pratique physique >> (Bordes 2009). Cette legitimation--au plan national--est une consequence de la delegation ministerielle lorsqu'elle est obtenue. Apres une declaration en prefecture et son officialisation dans le << Journal Officiel >>, la federation est ensuite composee d'un << bureau >> officiel--la bureaucratisation--qui va exercer son administration locale, regionale et nationale.

En resume, a l'issue de ces trois etapes menant a une sportification de la pratique physique, les sports urbains--ici--sont constitues de trois niveaux organisationnels :

--La FFSU a pour but de creer une union d'associations sportives. Sont concernees les associations et les societes a objet sportif pour y etre developper, organiser et controler, pour le bon developpement des sports urbains.

--Le comite national a pour but de reunir les representants licencies d'une association (comite national du parkour francais, etc.)

--La ligue regionale des sports urbains est une association signataire d'une convention avec la FFSU. Elle a pour objectif de rassembler les differentes associations regionales pour organiser et encadrer les sports urbains a l'echelon regional dans un premier temps.

Mais, quels effets et transformations cette sportification induit-elle sur l'activite ?

Les effets de la << sportification >>

Parkour et << free running >>, une difference culturelle ?

Le premier effet tient principalement dans la confrontation de deux logiques d'actions opposees dans la communaute des << traceurs >>. A notre sens, cela renforce encore davantage l'argument central qui concerne l'evolution generale de ces exemples de pratiques urbaines. Bien que la pratique soit generiquement appelee parkour ou << art du deplacement >>, une souscommunaute s'est creee a l'interieur de la communaute des traceurs. D. Belle et S. Foucan (11) se sont opposes sur la definition qu'il fallait donner a leur pratique. Alors que le nombre de pratiquants explosent en France, une difference culturelle se fait maintenant sentir entre les << primo arrivants >> et les << modernes >> ou neo-sportifs (Wieviorka et Ohana 2001). Certains se revendiquent du free running alors que d'autres, declarent appartenir au parkour--ou art du deplacement. Meme si les deux variantes ont en commun des similarites aesthetic, le parkour peut se definit par la recherche d'une efficacite a travers le mouvement et obeit par ailleurs a une logique de << rationalite >> (Guttman 2006). Pour appuyer cette remarque, il est interessant de noter que son fondateur, D. Belle, insiste sur l'objectif premier de la pratique :

<< Comprenez que cet art a ete cree par quelques soldats au Vietnam pour s'echapper ets 'enfuir. C'est cet esprit que j'aimerais conserver dans la pratique du parkour. Vous devez faire la difference entre ce qui est utile et ce qui ne releve pas d'une situation urgente. Ensuite, vous saurez ce qu'est le parkour et ce qui ne l'est pas. Donc si vous faites des acrobaties dans la rue sans autre but que de vous montrer, s'il vous plait ne dites pas que c'est du parkour ! L'acrobatie existait bien longtemps avant la creation du parkour. >> (Parkour Worldwide Association, 08/05/2005)

Un pratiquant rencontre au hasard des deambulations souleve encore l'opposition entre ces deux logiques internes (Parlebas 1999) de pratique :

<< Pour faire la difference, l'un se base sur l'esthetique, avec des acrobaties et l'autre sur un mouvement efficace sans acrobaties. >> (Pratiquant parkour)

De son cote le free running se definit comme la recherche de la liberte avant toute chose. S. Foucan et la << nouvelle >> conception qu'il vehicule se demarque ainsi de la precedente. Dans cette conception, les mobiliers urbains ne sont plus seulement des obstacles a franchir, mais des agres avec lesquels le corps va pouvoir jouer--dans une relation sensible et esthetique avec son environnement. Les discours des pratiquants surprennent au point de pouvoir etre compares, dans les finalites donnees a la pratique, a celles vantees par G. Hebert (1942), quelques 80 ans plus tot, de la methode naturelle. A defaut d'etre efficace, l'enchainement des mouvements corporels se veut acrobatique.

<< L'element le plus important est l'harmonie entre vous et l'obstacle, le mouvement doit etre elegant ... Si vous reussissez a passer elegamment au-dessus de la cloture, c'est magnifique, plutot que de dire j'ai simplement reussi a sauter. Quel est le but dans tout cela ? >> (Extrait du film Jump London, 2003)

Finalement, si l'on peut observer deux modes de deplacements dans la ville, parkour et free run, tous les deux ont en commun le meme mode d'apprentissage. Inspire a l'origine par la methode naturelle de G. Hebert, les methodes d'entrainement visent toutes a << retrouver les fonctions primaires du corps >> (pratiquant parkour). Neanmoins, il faut bien comprendre que l'effet produit par le debut de sportification du parkour a tres certainement contribue a cette scission identitaire qui n'est pas seulement anecdotique. Elle est revelatrice des differences culturelles qui amenent, d'une part, a la reconnaissance comme discipline sportive et d'autre part, un public a resiste a ces mutations internes.

Mais comme le precise un enquete, << il faut garder en tete le but premier qui est de se deplacer librement sans contraintes ... >>.

Pour bien comprendre cette scission identitaire, il est posible de synthetiser la << difference >> culturelle comme suivant :

[ILLUSTRATION OMITTED]

Il faut analyser encore les circuits promotionnels empruntes par chacun. Par exemple, alors que le parkour, suivant les traces de D. Belle, cherche a etre reconnu institutionnellement pour y trouver une meilleure organisation, le free run, sous l'impulsion de S. Foucan, poursuit sa recherche de liberte et d'independance. Le parkour s'organise, forme et sensibilise les pratiquants autour d'une organisation federale tandis que le free run revendique son auto-organisation. Et pourtant, la logique marketing est bien commune a ces deux conceptions.

Le parkour benefice de sponsors marchands dans le cadre de ses demonstrations et autres evenements promotionnels, sans oublier le soutien apporte par les institutions (ministere, mairie). En revanche, le free run est exclusivement porte par les operations commerciales de son fondateur, S. Foucan. Pour n'en citer que quelques uns : K-Swiss[c], Mercedes[c], Toyota[c] et Nike[c]. Il a d'ailleurs contribue a la creation du premier equipement specifique au free run, la chaussure << Ariake >> par K-Swiss[c]. Il participe encore a differents documentaires specialises (Jump London par exemple) et est aussi choregraphe sur quelques spectacles. La formation n'est pas non plus absente de sa promotion. Outre le developpement associatif, les clubs et autres ecoles labellisees pour le parkour, le free run se developpe sans la creation de ces memes << lieux formels >>. S. Foucan dispense sa << philosophie >> a travers l'organisation de conferences mondiales ou il sensibilise le public. La encore, la place laissee a l'auto-organisation et aux auto-apprentissages, si ce n'est sous le regard des pairs, est primordial pour son fondateur.

Une mise en << spectacle >>

Le plus evident et le plus visible des effets lie a la sportification du parkour et du street golf est leur mise en spectacle. Analysant les pratiques sportives autonomes, Adamkiewicz (1998) s'etait deja interesse aux aspects << spectacularisables >> des pratiques de glisse urbaine, alors en pleine phase de structuration. Si l'on regarde aujourd'hui ces memes pratiques, il semble que la mise en scene publique ait ete une etape necessaire dans le processus de reconnaissance. Il suffirait presque de regarder la consideration portee aux plus exposees d'entre elles aujourd'hui : roller, skateboard, basket de rue, etc. De nombreuses manifestations publiques, exhibitions, demonstrations, et autres initiations ont contribue a l'amenagement des espaces urbains (skatepark, rollerpark, playgrounds, etc.). Ce changement de cap dans la programmation des espaces sportifs en milieu urbain peut etre vu comme un aboutissement au processus de reconnaissance entame quelques annees plus tot. Ces pratiques sont maintenant encadrees par les institutions ou organisees sous le renfort de partenaires commerciaux et institutionnels. Ces espaces sportifs se differencient de deux manieres. D'une part, des lieux clos et fermes--salle de gym, fitness, skatepark par exemple--qui sont maintenant integres aux paysages urbains. D'autre part, des espaces temporaires--un evenement journalier ou nocturne par exemple--qui donnent l'occasion de se fondre egalement, le temps de l'exhibition, au decor urbain. Ces deux types de spectacles sportifs en milieu urbain sonnent l' << invocation de l'amusement, de l'exotisme et de l'aventure dans des environnements urbains >> preconcus (Gibson 2005).

Dans le cas du parkour et du street golf, la spectacularisation des evenements est a analyser de manieres differentes. En effet, les pratiques se donnent plutot a voir comme un << spectacle de rue >> (Harvey 1989) caracteristique d'une << explosion de mecontentement populaire >> (Gibson 2005). Cela signifie que le concept de spectacularisation pointe ici une forme de resistance urbaine spectaculaire et non plus seulement le spectacle de consommation (Debord 1971). Les corps acrobatiques et ludiques ainsi exposes sur les rues, les parcs et autres mobiliers, font figure de << performances culturelles qui percutent la vie urbaine de tous les jours >> (Gibson 2005) car leur emergence surprend. Nous avons montre par ailleurs que l'origine du phenomene--l'environnement urbain reste a decouvrir--conduit au double processus d'appropriation et de detournement (Lebreton 2009). C'est sans doute le point commun de toutes les pratiques subculturelles qui finissent, tot ou tard, par etre recuperees. Elles disent combattre << le spectacle >>--et l'offre culturelle dominante--alors qu'elles se << spectacularisent >> a leurs tours, notamment grace aux mediaculturels pour acceder aux ecrans publics. En ce sens, different-elles vraiment de la transformation observee par Vigarello (2002) marquant le passage des << jeux anciens aux shows modernes >> ? Probablement pas dans sa structure mais dans ses finalites actuelles. La spectacularisation ne vise pas la marchandisation de ces nouvelles pratiques mais leur mise en spectacle et leur reconnaissance par le grand public et les institutions de tutelle.

Une collaboration avec les media-culturels

Les medias et les A.P.S. peuvent etre lies de maniere reciproque (Coakley 2004), la commercialisation des sports dependant en partie de leur degre de mediatisation. Les medias peuvent ainsi intensifier et etendre le processus de commercialisation d'une A.P.S. tout autant que son processus de sportification. Le marche developpe par ces medias d'un autre genre--souvent autoproduits (Internet, fanzines, videos, broadcastings, etc.)--participe des lors dans l'authentification des pratiques culturelles et populaires (Wheaton et Beal 2003). D'autant plus lorsqu'il s'agit de pratiques situees en marge des circuits promotionnels traditionnels. L'exemple des X-Games aux EtatsUnis est criant. Sans l'appui de la chaine televisee americaine ESPN (12) depuis 1995, les << eXtremes games >>, qui regroupent des activites etiquetees autrefois de counterculture et de subculture, n'auraient jamais ete integres a la culture sportive de masse--mainstream (Rinehart 2000). Anciennement alternatives, ces pratiques sont aujourd'hui celebrees sur tous les ecrans televises du monde et rassemblent un public toujours plus large (13). Qui plus est l'importante mediatisation de ces activites (skateboard, surfboard, windsurf, BMX, snowboard, etc.) ne peut se faire sans sponsors specifiques : boissons gazeuses, bieres, produits de telecommunications, equipements sportifs, textiles, etc. Les activites qui y sont presentees sont aujourd'hui regroupees sous l'expression de << sport d'action >>. Dans cette << tradition inventee >> (Rinehart 2008) il est important de noter que l'appropriation des APS par les medias a participe a leur integration au systeme des sports et surtout en a accelere le processus. En effet, la mediatisation d'une activite semble aujourd'hui etre aussi une etape necessaire au << recrutement >> d'eventuels nouveaux licencies et donc une etape a la sportification.

Pour ce qui est du parkour et du street-golf, les medias culturels s'y interessant participent la aussi a sortir la pratique et ses pratiquants de l'ombre pour s'exposer a la lumiere, face a un public et une audience grandissante. Suite a une revue de presse approfondie et centree sur ces deux activites nous analysons comment elles se << montrent >> a l'exterieur du cercle des << traceurs >> et des golfeurs. Quelle strategie de communication est utilisee ? Il est frappant de voir a quel point leurs visibilites respectives sont dependantes de cela.

Prenons un exemple : le street golf s'expose a la fois par voix de presse (papier et televisee) mais aussi dans le cadre d'expositions thematiques situees au coeur de Paris. Une majeure partie de la communication est portee par un groupe associatif, le collectif du << 19eme trou >>. Nous avons recense pas moins de quarante et un articles journalistiques entre 2005 et 2008. Notons aussi, par exemple, un << pic >> de vingt-deux publications pour la seule annee 2007, contre trois en 2005, neuf en 2006 et douze en 2009. Les revues ciblees sont les suivantes :

--Freesport

--Le Parisien (5 fois)

--Le Monde

--Golf europeen

--Telerama

--Liberation

--L'Equipe feminine

--Le nouvel observateur

--Elle magazine

--Elle a Paris

--L'actu

--GQ

--Direct soir

--Choc Hebdo

--Sport premiere

--Courrier cadres

--Golf Magazine (2 fois)

--Sport eco (2 fois)

En parallele de la presse ecrite, le street-golf s'est vu offrir dix-sept vitrines televisees, toujours sur la meme periode. Encore une fois, c'est en 2007 que la pratique a ete exposee le plus (huit spots televises) sur les chaines televisees les plus regardees : Canal+, TF1, M6, France 2 (<< Stade 2 >>), France 3, Arte, Paris Premiere, Direct 8, etc. Utilisee plus rarement, des spots radios ont aussi ete diffuses pour des interviews de joueurs et des promotions d'evenements (quinze sur la meme periode) : Radio sport, Oui fm, NRJ, Ado fm, Radio sport Mx, RTL, France Inter, Radio France, Le mouv', Europe 1, etc. 2007 a encare ete la periode sur laquelle le plus d'emissions consacrees au street golf ont ete diffuses (neuf fois). L'annee 2007 figure ainsi comme une periode charniere dans l'entame du processus de reconnaissance. C'est a la suite de cela que les premieres organisations et les premiers partenariats se sont mis en place. La phase d'organisation a logiquement ete acceleree par la suite. De toutes ces coupures, les references au << macadam >>, a la rue et au << pave >> sont omnipresentes : << macadam swings >>, << macadam golfeurs >>, << macadam birdie >>, << sous les paves, le green >>, << quand le golf s'urbanise >>, << greens urbains >>, << la rue se transforme en terrain de golf >> pour n'en citer que quelques unes. L'appartenance urbaine est un vecteur identitaire tres fort, a la fois pour les pratiquants et l'image qu'ils vehiculent de leur pratique. Meme si la ressemblance au golf traditionnel est palpable sur certains aspects, la technique de jeu notamment, la culture de cette communaute s'en eloigne pourtant. Le street golf apparait alors comme une pratique << sous-culturelle >> du golf traditionnel, comme nous le precise le president de la federation francaise de golf (FFG) :

<< La FFG n'a pas de soutien officiel sur le sujet. Nous regardons avec un certain interet le developpement de cette pratique, mais nous ne voyons pas comment l'integrer d notre logique. Car cette discipline est differente de la notre et reste d la marge. Et puis, ce qui fait l'attrait du golf, c'est le respect d'une certaine tradition et de ses regles. Surtout, nous defendons un sport eco en contact direct avec la nature, ce qui est l'exact inverse du street golf >> (Interview dans Freesport, Mai 2008)

Et pourtant, la pratique s'integre de plus en plus aux cultures urbaines. Pour preuve, certains evenements sont parraines par le Ministere du Sport et de la Sante, notamment sous l'egide de la campagne politique de mobilite urbaine << bougez autrement (14) >>. Alors, si une resistance existe du cote de la federation legitime (FFG), les acteurs du street golf cherchent quant a eux a etre cooptes. Ces operations de communications (orales, ecrites et visuelles) sont les etapes necessaires au processus de reconnaissance entame par ces acteurs. La promotion de la pratique se fait aussi par l'organisation d'evenements publics. Des slogans comme << reinventer la rue >> ou << le golf dans ta ville >> se lisent sur les affiches promotionnelles. La communication visuelle est ainsi ciblee autour d'un << droit a la ville >> telle que nous l'avons defini ailleurs (Lebreton, 2009). Ces evenements sont de deux ordres : promotionnelle et competitif. La promotion est organisee autour de journees ou de soirees d'initiations et de demonstrations. Souvent organise par une association, l'evenement est generalement l'occasion pour une marque de communiquer : << this is street golf >>. On y retrouve des equipementiers, << Puma[R] >>, << Decathlon[R] >> ou << Ethnies[R] >> par exemple, pour promouvoir un << style >> bien defini, le << sportswear >> et le << streetwear >>, mais aussi des enseignes commerciales comme << Yahoo[R] >>, << SNCF[R] >>, << RATP[R] >> centree autour de themes plus generaux : les publics jeunes et jeunes adultes, la mobilite et les nouvelles technologies entres autres. L'aspect competitif n'est pas non plus exempt. Un << Pro tour master >> circule a travers les grandes metropoles (Paris (15), Lille, Rennes) depuis 2007.

Autre caracteristique, la commercialisation des equipements specialises suit egalement son cours. Il existe, aujourd'hui, environ quatre equipementiers principaux. << Nori21[R] >> tout d'abord, est une association de pratiquants qui produit, en parallele de l'activite associative, des textiles destines aux street golfeurs. Se definissant comme une << plateforme creative >>, l'association participe a entretenir la mode urbaine du moment. Il y a encore << Clunk[R] >>, << Mac Gregor[R] >> ou << Croque & golf[R] >>. Ils communiquent dans une meme direction, celle qui est centree autour de la promotion des cultures urbaines. Le street golf cherche a etre reconnue comme une pratique exclusivement urbaine et, par ailleurs, a perdre son etiquetage alternatif. En ciblant sa communication autour d'une logique marketing, la pratique va naturellement etre reappropriee de l'exterieur.

Les outils de communication mobilises pour la sportification du parkour sont similaires. Nous ne reviendrons pas sur l'impact majeur que le cinema a joue dans le processus de reconnaissance. Outre le classique << Yamakasi >> (Film de L. Besson, 2001), les scripts cinematographiques se regalent de ces performances urbaines : << Rush Hour >>, << Jump London >>, << Jump Britain >>, << Banlieue 13 >>, << Casino Royal >> et << K 20 The legend of the mask >> pour ne citer qu'eux. La phase d'organisation du parkour s'accelere notamment depuis son affiliation aux federations nationales des cultures urbaines (FNCU) qui met le << sport urbain >>--entres autres, sur le devant de la scene publique, nous en avons deja parle. La communication, que ce soit par voix de presse ou a la television, compte beaucoup egalement. Des articles dans le Figaro sport, << la ville pour terrain dejeu >> (25/09/2006), ou encare dans le nouvel observateur, << danse au-dessus de la cite >> (17-23/08/ 2006) vantent l'activite. Sans compter la participation televisee aux journaux televises (France Television, Canal plus, etc.). Bref, le processus de reconnaissance est en marche.

Cependant, il faut nuancer cette evolution. L'acquisition de la reconnaissance institutionnelle n'est pas partagee par la totalite de la communaute pratiquante. En effet, devant l'impact des media-culturels, un double discours s'installe. Son importance est bien evidemment majeure pour comprendre comment le processus de sportification est accepte par certains et refuse par d'autres. Il existe alors des tensions constitutives d'un milieu dont certains acteurs recherchent a s'organiser et a s'institutionnaliser pour toutes les raisons avancees precedemment, tant vis-a-vis d'associations et de federation sportives que vis-a-vis de sponsors. Cela fera l'objet de notre derniere partie consacree aux effets du processus au sein de la communaute pratiquante des traceurs. Le role de la communication et des medias est un vecteur de l'institutionnalisation en cours et un signe de la reconnaissance deja acquise dont certains pratiquants n'acceptent plus aujourd'hui.

Conclusion

Le vecteur integratif du street golf et du parkour illustre en partie les transformations sociales et culturelles en cours au sein des APS. L'exemple de la France n'est bien sur pas isole. Des communautes de traceurs s'organisent au niveau international (Asie, Amerique et Europe). Les grandes metropoles canadiennes sont aussi concernees par l'emergence de ces cultures urbaines et sportives, et tout particulierement Toronto (16). Nous avons pu relever quelques traits similaires a ceux decrits ici. Il semblerait que les communautes canadiennes cherchent tout d'abord a se recenser et a faire un etat des lieux des pratiquants sur le territoire Canadien. Les groupes de traceurs de l'Ontario se regroupent au sein d'une meme communaute geographique et virtuelle (<< a southern ontario parkour community >>) et disposent egalement d'expositions televisees (CBC Television, 2007 ; City TV Report, 2006, etc.). Pres de six cents traceurs sont ainsi recenses pour l'Ontario du sud par exemple (Figure 1). Voici les groupes officiellement recenses en Ontario (17) :

[FIGURE 1 OMITTED]

Ainsi, les deux groupes ethnographies nous montrent que le choix de la reconnaissance publique constitue un signe d'ouverture. En effet, nous observons une progressive sportification de ces activites autour d'une logique federale, alors qu'elles etaient initialement auto-organisees et donc en marge de toute institution. D'une certaine maniere, les pratiquants du parkour et du street golf situent leurs activites sur des poles culturels (sportifs et urbains) participant activement aux constructions identitaires contemporaines : qu'elles soient alors individuelles ou collectives. Les aspirations individuelles a l'autonomie et a la liberte ainsi que les aspirations collectives a la reconnaissance conduisant a des evolutions parfois significatives des activites (tant au niveau des modalites de pratique qu'au niveau de leur structuration). Par la presentation de ces deux activites, nous avons en effet voulu montrer que le mouvement d'institutionnalisation que represente ici la << sportification >> conduit a une reconfiguration des pratiques physiques elles-memes. Le cas du parkour de lui-meme. La question qu'il faudra se poser dorenavant concerne les effets a long terme de l'integration aux institutions sportives pour garantir ce qui fait l'identite des sports urbains : polymorphe, novateur, participatif, hedoniste et un tant soi peu contestataire. Comment se structurera desormais cette derniere dans ce triple mouvement d'integration (Dubet, 1994), de reflexivite et de recherche de plaisir ?

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FLORIAN LEBRETON

Universite Europeenne de Bretagne-Rennes II

GUILLAUME ROUTIER

Universite Europeenne de bretagne-Rennes II--STAPS

STEPHANE HEAS

Universite Europenne de bretagne-Rennes II--STAPS

DOMINIQUE BODIN

Universite Europeenne de bretagne-Rennes II--STAPS

(1.) Le parkour est une activite physique et sportive, melange de gymnastique et de course a travers les mobiliers urbains. Cette pratique a ete largement popularise avec la realisation du film << Yamakassi >> par Luc Besson en 2001. Le street golf quant a lui designe une activite derivee du golf et consistant a frapper une balle specifique en direction de trous ou de tout autre cible urbaine.

(2.) Nous avons analyses deux autres pratiques urbaines qui correspondent a ce cas de figure : speleologie urbaine et le BASE-jump urbain (saut en parachute a partir d'un point fixe : la Defense, Montparnasse, la Tour Eiffel par exemple).

(3.) L'entrainement preconise principalement de developper les actions motrices suivantes : la course, la marche, le saut, le grimper, le lever, la quadrupedie, le lancer, l'equilibre, la defense et la natation.

(4.) Parkour.net, parkour.com, parkourfrance.com, urbanfreeflow.com

(5.) Ce que P. Parlebas definit comme etant un "processus social, notamment institutionnel, et par extension le resultat de ce processus, par lequel une activite ludomotrice acquiert le statut de sport >> (Parlebas 1999:379).

(6.) Les sports modernes correspondent au modele sportif vehicule par l'Angleterre a partir du XiXeme siecle : extension du champ des competitions, codification des regles de jeu, institutionnalisation des pratiques et imposition d'un ordre exterieur aux groupes sportifs. Voir Elias, N., Dunning, E. (1994). Sport et civilisation. La violente moitrisee. Paris. Fayard.

(7.) Il est important de noter ici que cette reciprocite n'est pas systematique. En effet, il existe des cas ou l'institution peut refuser tout rapprochement avec telle ou telle activite dans une logique rationaliste de couts/benefices. Les investissements necessaires a l'integration etant superieurs aux retombees anticipees en nombre de licencies.

(8.) Comme nous l'evoquions, le nombre de pratiquants et le recrutement de nouveaux licencies semblent etre une condition necessaire a l'existence d'un comite ou d'une federation. Etre representatif d'une besoin, d'une demande, qui plus est grandissante, est en effet, indispensable pour exister et justifier cette existence.

(9.) La creation de la FFSU (Decembre 2009) fait suite aux "etats generaux du sport urbain" organise a Paris en decembre 2009 en partenariat avec la FCNU et le ministere de la sante et des sports.

(10.) C'est une journee nationale de mobilisation contre la mucoviscidose, maladie genetique.

(11.) Ils sont a l'origine de la creation duparkour en France.

(12.) Entertainment and Sports Programming Network.

(13.) Trois ans seulement apres leur creation, en 1998, les X-Games ont ete retransmis dans 198 pays et en 21 langues (Rinehart 2000).

(14.) www.bougezautrement.gouv.fr

(15.) Parcours de 9 trous a La Defense, Trocadero, Invalides et Bercy.

(16.) Voir Atkinson, M. 2009. << Parkour, Anarcho-Environmentalism, and Poiesis >>. Journal of Sport and Social Issues, vol. 33, n 2, 169-94.

(17.) http://www.pkto.ca/community.php

Florian Lebreton, Laboratoire d'Anthropologie et de Sociologie EA2241 (LAS-LARES), Universite Europeenne de Bretagne-Rennes II. E-mail: florian-lebreton@hotmail.fr
Tableau 1
De quelques figures specifiques du parkour

Nom de la figure          Description

<< saut de chat >>        appuie avec mains, sauter un obstacle en
                          passant les jambes entre les mains

<< saut de fond >>        se realise par une poussee vers davant dans
                          le vide necessit ant une reception sur les
                          pieds. Le franchissement s'acheve par une
                          roulade

<< saut de bras >>        base sur un saut, il s'agit ici se
                          receptionner avec les mains, les bras ou le
                          coude pour saisir le bord d'un mur

<< passe-muraille >>      technique de franchissement d'un mur d'une
                          hauteur assez importante: consiste a prendre
                          appui sur le mur avec un pied pour atteindre
                          une plus grande hauteur afin de saisir une
                          prise pour passer l'obstacle

<< saut de precision >>   c'est la maitrise de l'atterrissage, la
                          cible, un point fixe de petite taille, qui
                          necessite une evaluation fine du saut pour
                          atterrir precisement

<< tic-tac >>             technique de franchissement d'un petit
                          obstacle. En cou rant, placez un pied sur le
                          mur et l'employez comme equilibre pour se
                          propulser et franchir l'obstacle suivant

<< lacher >>              se lacher d'une hauteur en chute libre, pour
                          se receptionner sur les jambs ou rattraper
                          une autre prise

<< balancer >>            suspendu a l'aide des mains sur une barre,
                          lancer le corps d'avant en arriere afin de
                          se lacher pour rattraper une autre prise ou
                          executer une reception

<< wallflip >>            prendre appui avec un appel du pied sur un
                          mur, puffs faire un salto avant ou arriere a
                          360[degrees]

<< planche >>             technique pour monter sur un plan ou vous
                          tenez les bras au dessus de l'obstacle.
                          Placer les mains a hauteur de l'obstacle,
                          prendre appuie, puis elever le reste du
                          corps a la force des bras pour monter vers
                          le haut
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Author:Lebreton, Florian; Routier, Guillaume; Heas, Stephane; Bodin, Dominique
Publication:Canadian Review of Sociology
Geographic Code:4EUFR
Date:Aug 1, 2010
Words:9439
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