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Cultural diversity in the United States.

Larry L. NAYLOR (dir.), Cultural Diversity in the United States. Westport et Londres, Greenwood Press, 1997, xiii + 380 p., ref., index.

Quelque chose d'extremement puissant traverse la reflexion contemporaine, une << chose >> en fait si puissante qu'elle semble par moments paralyser justement la reflexion, tout en operant un travail imposant de dissolution des categories de reference qui parvenaient jusqu'a tout recemment a nous faire reconnaitre la signification qui etait attachee a ces dernieres. Cette << chose >>, anonyme encore dans sa capacite a echapper elle-meme, semble-t-il, a une saisie par la reflexion, parvient neanmoins dans ce sens a se manifester dans toute sa << negativite >> -- et peut-etre seulement en elle, purrait-on rajouter. Tant et si bien que dans un ouvrage cense traiter de << culture(s) >>, c'est en fait a la dissolution du concept de culture que l'on est confronte.

L'ouvrage que dirige Larry L. Naylor, en abordant la question de la diversite culturelle aux Etats-Unis, etablit justement ce travail de dissolution sur le fond de ce qu'on appelait encore, il n'y a pas si longtemps, la << culture americaine >>. Or, l'impossibilite en apparence desormais reconnue de nommer cette << chose >>, a cause surtout des transformations qu'elle a subies depuis quelques decennies, conduit a chercher ailleurs la signification qu'elle possedait, quitte a montrer par la que nous sommes en presence de la pure dispersion d'une << chose >> qui n'a probablement au fond jamais existe que dans un fantasme mensonger (la culture nationale etats-unienne n'etant que le produit de la domination W ASP); quitte aussi a masquer par le fait meme que l'unite de ce mouvement appellerait, evidemment, a etre reconnue comme << quelque chose >> qui depasse visiblement l'ancienne reference par trop figee et la proliferation tres active des nouvelles. Dans l'ouvrage dirige par Naylor, on n'aura cependant droit qu'a la premiere moitie de cette reflexion, puisqu'il s'agit d'etre introduit << [to] the diversity of cultural groupings that make up the whole of the culture of the United States (American Culture) >> (p. ix), ces << groupements >> etant etablis soit sur la base d'une reconnaissance de leur caractere << ethnique >>, de leur caractere d' << interets specifiques >>, ou plus simplement de leurs caracteristiques tres localisees au sein de pratiques particulieres partagees empiriquement par un certain nombre de personnes.

En fait, trouveront donc place dans les trois dernieres parties de l'ouvrage des contributions qui s'efforcent de montrer la presence de << cultures ethniques >> (Irlandais-Americains, Mexicains-Americains, Philipino-Americains, Autochtones), de << groupements culturels >> (sur la base du << genre >>, de l'usage de drogues, de l'affiliation religieuse, de la surdite, et de l' << organisation des affaires >>), et enfin de << pratiques culturelles >> (comme les soins de sante, le travail social, l'education, le monde du travail, etc.). Cet apercu donne une idee de ce que l'on peut apparemment comprendre de la diversite culturelle, qui se presente ainsi comme la refraction des particularites, petites ou grandes, qui meublent l'univers social des Etats-Unis en erigeant des frontieres symboliques variables (et << adaptables >>) sur les plans pratique, social, politique, et ideologique. On pourrait a cet egard considerer que ce sont justement les grandes lignes des politiques du multiculturalisme, d'un cote, et d'une ethnologie empirique des pratiques sociales, de l'autre, qui parviennent en realite a rassembler sous une unite thematique l'ensemble des vingt-trois chapitres qui composent l'ouvrage. Et dans ce sens, on ne peut nier que l'on tire une importante somme d'informations des differentes contributions, et plus particulierement des << etudes de cas >> des trois dernieres parties mentionnees plus haut, qui apparaissent comme autant d'introductions a des problemes specifiques de la realite sociale etats-unienne actuelle. Mais quelque chose de plus profond, je l'ai dit, travaille le rassemblement de cette somme d'informations, pour lui donner sa coherence a la fois objective et negative.

C'est sur le plan proprement conceptuel qu'agit cette << chose >>. Les deux premieres parties de l'ouvrage sont precisement centrees sur l'exigence de reperer conceptuellement le(s) probleme(s) qui se pose(nt) aujourd'hui pour l'analyse de la culture et de ses transformations. Or, apres que Naylor propose que l'on percovie la culture dans les << groupements culturels >>, et meme dans certaines manifestations de << scenes culturelles >> ou la culture n'implique alors que peu de personnes, << perhaps even as few as two >> (p. 20), on prend la mesure de la facon negative par laquelle la culture est definie. En laissant en effet de cote toute la question du contexte social et historique qui peut nous conduire aujourd'hui a envisager les choses de cette facon, la culture peut ceder toute sa place << aux cultures >>. Cela suppose trois operations: 1) tenter de qualifier le mouvement d'ensemble des transformations culturelles en cours; 2) oublier egalement que l'experience culturelle se confirme dans le temps et l'espace essentiellement a travers sa reproduction et sa retransmission dans des formes symboliques partagees par des communautes; et surtout, 3) ne pas considerer que le probleme de la signification, dans l'analyse culturelle, procede toujours de la virtualite dialectique qui habite intrinsequement la signification symbolique. Des lors, les << cultures >> se reduisent finalement a n'etre que l'eparpillement de cette signification dans l'ensemble des replis des pratiques sociales.

Dans le chapitre a mon sens le plus stimulant de l'ouvrage, portant sur le concept de << race >> (chapitre 4: << Murky Minds, Many Muddles: the Concept of Race >>), Michael D. Lieber parvient a demontrer que ce n'est qu'a travers un processus d'abstraction, qui differencie justement cette categorie conceptuelle de ses manifestations empiriques, que l'on peut eviter de faire de la << race >> un principe de discrimination actif en premier lieu empiriquement -- au sein de prises de position ideologiques par exemple; en acceptant en d'autres mots que la << race >> est une construction conceptuelle ou categorique et non une << donnee >> empirique, on parvient a comprendre son utilite pour toute demarche analytique rigoureuse. On aurait vraiment souhaite que la meme rigueur s'applique au concept de culture a travers l'ensemble de l'ouvrage.

Jean-Francois Cote

Departement de sociologie

Universite du Quebec a Montreal

C.P. 8888, succursale Centre-ville

Montreal

Quebec H3C 3P8
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Publication:Anthropologie et Societes
Article Type:Book Review
Date:Jan 1, 1998
Words:969
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