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Critique du positivisme et fictions d'un gai savoir dans Bouvard et Pecuchet.

Au chapitre III de Bouvard et Pecuchet, et plus precisement dans le passage consacre a la geologie, les deux protagonistes, situes sous une falaise, pourraient faire face a des risques d'eboulement. C'est alors qu'on voit Pecuchet inquieter outre mesure son compagnon en lui parlant de la fin du monde, une fin bien soudaine dans la theorie de Cuvier a laquelle il se refere. Quelques cailloux tombent, et Bouvard detale, malgre les cris de Pecuchet:
   [...] Bouvard se mit a marcher tellement vite qu'il fut bientot a cent pas
   de Pecuchet. Etant seul, l'idee d'un cataclysme le troubla. Il n'avait pas
   mange depuis le matin: ses tempes bourdonnaient. Tout a coup le sol, lui
   parut tressaillir,--et la falaise au-dessus de sa tete pencher par le
   sommet. A ce moment, une pluie de graviers, deroula d'en haut.

   Pecuchet l'apercut qui detalait avec violence, comprit sa terreur, cria, de
   loin: "--Arrete! Arrete! la periode n'est pas accomplie".

   Et pour le rattraper, il faisait des sauts enormes avec son baton de
   touriste, tout en vociferant: "La periode n'est pas accomplie! la periode
   n'est pas accomplie!"

   Bouvard, en demence, courait toujours. Le parapluie polybranches tomba, les
   pans de sa redingote s'envolaient, le havresac ballotait a son dos. C'etait
   comme une tortue avec des ailes qui aurait galope parmi les roches; une
   plus grosse le cacha. (Bouvard et Pecuchet, 152-153; C'est moi qui
   souligne. (1))


On sait que Flaubert raconte le projet de cet episode en detail dans des lettres de demandes de renseignement sur les decors de cette scene a Maupassant (2). Il y insiste notamment sur la symetrie entre l'hallucination de Bouvard et le vertige subsequent de Pecuchet, un vertige comique puisque c'est, d'apres un scenario, un "vertige sous Jet non pas sur] la Falaise" (3). Il faut noter aussi qu'une des lettres mentionnees ci-dessus nous apprend que Pecuchet se met a quatre pattes, donc dans la position d'un animal, pour grimper au raidillon de la falaise, ce qui n'est pas explicite dans le texte definitif.

Une odyssee renvoie a une autre, une province du savoir a une ile metaphorique: l'image improbable, chimerique, monstrueuse de la "tortue avec des ailes" est explicitee par un intertexte rabelaisien. (4) L'intertexte apparait deux fois chez Rabelais, au chapitre XXIII du Tiers Livre et surtout au chapitre XVII du Quart Livre, ou Pantagruel passe par les iles de Tohu et Bohu, soit par la genese de la Genese, la periode "vague et vide" de la Terre avant la Creation. La Genese chez Rabelais renvoie immediatement et parodiquement a une fin. Dans la narration, la fin est un recit de mort, celle de ce bon geant de stupidite, si flaubertien, qu'est Bringuenarilles, mort par indigestion de casseroles. Cette mort, avance Rabelais, surpasse en grotesque celle d'Eschyle, qui "par ruine feut tue et cheute d'une caquerolle de tortue, laquelle, d'entre les gryphes d'une aigle haulte en l'air tombant sus sa reste, luy fendit la cervelle" (5). Il n'est point besoin d'insister sur le rapport generique entre les deux entreprises odysseennes, celle de Flaubert et celle de Rabelais. On peut rappeler que Flaubert a ecrit sur Rabelais, et qu'on retrouve par exemple l'influence de ce dernier dans Les Funerailles du Docteur Mathurin. On peut penser que les opinions du jeune Flaubert sur Rabelais permettent d'eclairer prospectivement, et pas seulement sur les plans essentiels des images et de la lecture allegorique, l'entreprise burlesque de ce qu'il a appele "l'histoire de ces deux bonshommes qui copient une espece d'encyclopedie critique en farce" (6). Rappelons que la farce est un melange de plusieurs elements et que le mot apparait d'abord, au sens figure, dans le contexte theatral, avant de designer un tour plaisant, une bouffonnerie (1870) ou comme adjectif ce qui est comique en general. Ce glissement de sens est exploite ici de maniere feconde. Dans l'essai de Flaubert sur Rabelais, on trouve, avec ce melange particulier a la farce ou farcissure (au sens propre), des jalons qu'on retrouve dans Bouvard et Pecuchet, abondamment et circulairement farci de references a Rabelais: "revolte ouverte", "pamphlet moral", "la statue du grotesque", "a lui seul l'expression d'un siecle, d'une epoque" (180), "rire immense [qui domine l'oeuvre]" (182), oeuvre ou tout ce qui est respecte "est abattu de son piedestal" (183). Flaubert ecrit notamment, en exploitant le rapport d'analogie precedemment decrit: "le monde etait farce. Et ii l'a tourne en farce". En finissant ce petit essai, Flaubert proposait de "creuser" l'oeuvre de Rabelais dans sa totalite, et parlait du "tourbillon" de l'explosion des sciences au dix-neuvieme siecle pour le comparer a celui du seizieme siecle.

L'essai incite ainsi a approfondir la relation intertextuelle de ces deux oeuvres ouvertes qui s'attaquent a la cloture de la culture. Comme le voyage du Quart Livre, Bouvard et Pecuchet implique des listes, et la recherche d'un savoir impossible; chaque etude presuppose un but, chaque episode est teleologique, et l'unification fictionnelle de l'ensemble se fait sur l'apparence d'une presupposition de progres, au moins narratif, qui est immediatement mise en question, voilee, divertie par le grotesque de l'entreprise des protagonistes. Le progres affiche, exhibe, est vicie par le signifiant comique. Cela se produit notamment par l'integration de textes heteroclites, une farcissure en somme. Bouvard et Pecuchet manquent de se noyer dans le savoir comme Panurge, ou Ulysse, manquent de le faire dans les tempetes metaphoriques. C'est le fantasme d'un sens definitif qui est le veritable naufrage, le sens qui meurt, comme Bouvard ici s'imagine mourir (7). Et correlativement, la fiction produit le monstre de comique que devient ici Bouvard, hybride d'insecte et de tortue, veritable caricature a la Grandville d'un commis egare a la campagne, perdu devant la matiere et son pouvoir de destruction du sens. Les difformites qui ravalent Bouvard, domine par l'instinct, hante par la representation de la mort de l'espece, au rang de monstre, preparent les conditions d'un retour de l'animalite, de la nature, du geant, du Garcon, du role schizoide que joue le texte de Flaubert contre lui-meme. La matiere resiste a la bibliotheque des commis, et les envahit de ses ruses. C'est ce qui arrive a Pecuchet a la fin du passage sur la geologie, ou il change pour ainsi dire d'espece. Comme la preface monstrueuse du Sottisier devient roman, lieu des melanges et des farces, comme si tout cela, y compris Chavignolles, n'etait que le reve improbable de deux Parisiens fatigues, le personnage mue en bourdon, dans un habitat amenage par la fiction comme un locus amoenus pour le devenir-insecte:
   Une lisiere de mousse bordait un chemin creux, ombrage par les frenes dont
   les cimes legeres tremblaient. Des angeliques, des menthes, des lavandes
   exhalaient des senteurs chaudes, epicees; l'atmosphere etait lourde; et
   Pecuchet, dans une sorte d'abrutissement, revait aux existences
   innombrables eparses autour de lui, aux insectes qui bourdonnaient, aux
   sources cachees sous le gazon, a la seve des plantes, aux oiseaux dans
   leurs nids, au vent, aux nuages, a toute la Nature, sans chercher a
   decouvrir ses mysteres, seduit par sa force, perdu dans sa grandeur. (159;
   mes italiques)


Le sujet, dont la passivite est ici glosee par les participes passes, passe a l'objet, a un objet de connaissance nomme Pecuchet. Genre: commis, espece: bourdon, attribut: abrutissement, usage: personnage de fiction, section Litteraria: hypertrophiee, pour reprendre l'ordre des fiches de Linne. Selon leur correspondance, fort active a ce moment precis de la composition de l'oeuvre, on sait que c'est le topos, la "falaise normande en general" (lettre du 5 novembre 1877), et non pas, au grand dam de Maupassant, "la cote d'Etretat [qui est] trop speciale" (lettre du 7 novembre 1877), qui interesse Flaubert, la "peur [generale] de la fin du monde de Bouvard" plutot que son echo affaibli dans la "venette personnelle" de Pecuchet, la premiere etant d'abord de la "masse qui pend sur vous", alors que la seconde est de "l'abime beant en dessous" (lettre du 5 novembre 1877) (8). La connaissance est du general. Aller vers l'espece plutot que vers le specimen, voila le mouvement de celui que Maupassant decrivait comme un createur de types (9).

Dans ce meme chapitre, on passe de l'infiniment grand a l'infiniment petit, du macrocosme au microscosme, du cedre a l'hysope, du geant a l'insecte, selon une serie de paralleles rhetoriques. Reecriture de modeles donc, plutot que chant a cote de la parodie. Reecriture de modeles romantiques en particulier, et Pierre-Marc de Biasi rappelle justement que Flaubert avait relu toutes ses notes pour Bouvard et Pecuchet, ou se conjuguent aussi des souvenirs d'ecriture, une memoire interne de l'oeuvre qui surgit justement dans ce passage. Pecuchet existe aussi parce que le narrateur de Novembre a existe avant lui. C'est l'oeuvre qui parle dans le livre:
   Je suis descendu en courant au bord de la mer, a travers les terrains
   eboules que je sautais d'un pied sur; [...] j'aurais voulu m'absorber dans
   la lumiere du soleil et me perdre dans cette immensite d'azur [...] je me
   mis a marcher [...]. Comme la falaise s'avancait en cet endroit-la, toute
   la cote disparut et je ne vis plus rien que la mer [...]. Et je compris
   alors tout le bonheur de la creation et toute la joie que Dieu y a placee
   pour l'homme; la nature m'apparut belle comme une harmonie complete, que
   l'extase seule doit entendre; [...] je m'y sentis vivre heureux et grand,
   comme l'aigle qui regarde le soleil et monte dans ses rayons. (Novembre,
   256-257)

   Et, au milieu de tout, je restais sans mouvement [...] aussi inerte qu'une
   statue entouree d'un essaim de mouches, qui bourdonnent a ses oreilles et
   qui courent sur son marbre. (Novembre, 254)


Dans un texte qui n'a pas le grotesque de l'entreprise des commis et de leur comique de repetition, de situation et de caractere, une telle notation, d'ailleurs courante chez Flaubert, notamment dans ses recits de voyage, n'a plus rien de comique. C'est une experience mystique, provoquee par la contemplation et la meditation, que la perte de conscience de soi, que la seule conscience de Dieu, que l'extase qui fait le vide; une experience proprement romantique que Wordsworth a exprimee en ce vers celebre: "We see into the life of things". Mais, dans le systeme de sens croises a l'oeuvre dans Bouvard et Pecuchet, l'extase de Pecuchet au chapitre III peut etre rapprochee de celle (decrite au chapitre VIII) qui intervient cette fois-ci a cause de sa casquette et de ses syphilides, et a clairement un effet comique. Un ensemble de notes portant sur le mysticisme prepare ce chapitre, et comporte un folio oh apparait la phrase suivante: "Pecuchet [sic] tombe en extase, au milieu de la campagne" (10). La mise en rapport de ces deux descriptions d'extases renforce l'hypothese d'une farce composee de plusieurs ingredients, qui peuvent separement ne pas avoir un sens comique. Consideree isolement, la negativite par ou Pecuchet, dans son amour de la nature, est en termes schopenhaueriens dupe de son inconscient au profit de l'espece, conduirait plutot a un pessimisme tragique. Mais justement, c'est en unissant ces elements heteroclites que le livre prend sens, et sens comique. Cette question de methode est soulevee encore une fois dans les scenarios:
   METHODE

   N.B. Avoir soin que chaque ch. ne fasse pas un Ensemble isole, un tout en
   soi. il doit se trouver au milieu <d'une de deux autres idees. Autremt le
   lecteur s'attendra regulierement a une> leur nouvelle deception (11).


De la, on peut voir comment le livre-collage subvertit le projet encyclopedique de classification, embleme positiviste de la recherche du savoir. Yvan Leclerc (12) suggere le rapprochement avec le Cours de Philosophie positive et cite la fameuse lettre de Damas du 4 septembre 1850 ou Flaubert critique violemment d'une part le Discours sur l'esprit positif de 1844 (qu'il appelle Essai de philosophie positive), en parlant a son propos de "mines de comique immenses" et de "Californies de grotesques", annonce d'autre part le projet de Bouvard et Pecuchet, et parle enfin de "l'ineptie [qui] consiste a vouloir conclure" (13): autant de demarches qui sont en rapport etroit, dans une relation de genese les unes avec les autres.

Parlant de geologie, de fin et d'origine du monde, il faut remarquer que Bouvard et Pecuchet, dans l'etat fictif sinon dans l'etat theologique, font exactement l'inverse de ce que Comte, apres Kant, suggerait, a savoir que "[...] dans l'etat positif, l'esprit humain, reconnaissant l'impossibilite d'obtenir des notions absolues, renonce a chercher l'origine et la destination de l'univers, et a connaitre les causes intimes des phenomenes, pour s'attacher uniquement a decouvrir, par l'usage bien combine du raisonnement et de l'observation, leurs lois effectives, c'est-a-dire leurs relations invariables de succession et de similitude" (14). Dans cette perspective, Comte reconnait, prechant pour sa paroisse, l'importance nouvelle donnee aux applications pratiques et au role des ingenieurs: "Entre les savants proprement dits et les directeurs effectifs des travaux productifs, ii commence a se former de nos j ours une classe intermediaire, celle des ingenieurs, dont la destination speciale est d'organiser les relations de la theorie et de la pratique" (15). Or cette profession est critiquee dans cet episode du roman, puisque Bouvard et Pecuchet se font passer dans leurs expeditions pour des ingenieurs, assumant une identite fictive ... et, incidemment, romanesque, puisque cette mise en abyme postmoderne de leur statut du personnage fait tres balzaciennement concurrence a l'etat civil. En termes baudelairiens (16), en deca de la specularite joueuse qui releve du comique significatif, le comique absolu est ici dans le contraste exhibe entre theorie et pratique: faux ingenieurs, ils desorganisent justement les relations de la theorie et de la pratique suite a leur defaut constitutif de methode. Dans ce glissement mensonger, joue, force, dans une fonction qui n'est pas la leur, bascule aussi l'identite des copistes momentanement retraites. L'artificialite du sujet-personnage est exposee, et comme le dit tres bien Paul Bourget dans ses Essais de psychologie contemporaine, Flaubert emprunte aux physiologies du type de celles reunies dans les Francais peints par eux-memes. Ici comme dans la vignette physiologique de l'homme qui paie dans la premiere Education sentimentale (17), "[...] ses personnages sont des associations d'idees qui marchent". Il emploie ii est vrai, corrige aussitot Bourget, une "prose de sensations presque vivantes a peindre les images qui hantent un cerveau" (18).

Cependant, dans sa physiologie satirique de l'ingenieur, le passage profite, comme dans d'autres occurrences, de l'aveu de l'embarras comtien devant la question de methode soulevee par cette profession d'equilibriste, d'artiste de l'entre-deux, et se construit sur la defaite avouee du meme Comte, qui note "la difficulte de construire ces doctrines intermediaires", chaque art dependant, en dehors de la science qui lui correspond, de plusieurs autres sciences. Et le plan du roman reprend ici le mouvement des idees de Comte, qui ecrit: "[...] la veritable theorie de l'agriculture, pour me borner au cas le plus essentiel, exige une intime combinaison de connaissances physiologiques, chimiques, physiques et meme astronomiques et mathematiques: il en est de meme des beaux-arts" (19). Voila bien une esquisse de la composition des chapitres II et III. Il reste que partout dans ce roman, impitoyablement, la fiction insiste sur les difficultes du projet de classification tel que Comte le proposait, et sur l'impossibilite du projet romantico-positiviste que Michel Serres a defini, dans son introduction au Cours de Philosophie positive, comme une harmonie speculative (20).

Cette insistance, on peut en retrouver la trace dans les scenarios du chapitre sur la copie, ou on les copistes sont "embarrasses" par le classement de la copie et la classification des sciences (21). Cet embarras nait d'abord du fait que, contrairement a Comte, les "cloportes" enrolent dans leur projet non seulement les connaissances speculatives mais leurs applications. Mais meme si l'on mettait de cote la question de l'application, il resterait un malaise dans la tentative systematique de l'encyclopedisme francais au dix-neuvieme siecle, en ce qu'il est guette autant par la peur de l'heteroclite que par l'evolution des sciences, et cela au moins jusqu'a Littre et Larousse. C'est ce malaise que Comte exprime en les termes suivants: "Le but principal que l'on doit avoir en vue dans tout travail encyclopedique, c'est de disposer les sciences dans l'ordre de leur enchainement naturel, en suivant leur dependance mutuelle; de telle sorte qu'on puisse les exposer successivement, sans jamais etre entraine dans le moindre cercle vicieux. Or, c'est une condition qu'il me parait impossible d'accomplir d'une maniere tout a fait rigoureuse" (22). Pourquoi donc? Parce que les projets s'enferment dans une dialectique inconclusive ou la demarche dogmatique d'exposition du manuel se conjugue avec la demarche historiciste de l'archeologue des sciences, et cela quand il n'y pas, comme dans ce roman, une juxtaposition des deux demarches: la succession des epoques du recit, puis le contre-manuel du sottisier. On hesite entre le tableau et le recit. La solution serait-elle de se limiter a l'histoire? Non, car Comte butte alors sur le rationnel en ce qu'il a de reel, et ajoute qu'on ne peut connaitre "la veritable histoire de chaque science, c'est-a-dire la formation reelle des decouvertes dont elle se compose, qu'en etudiant, d'une maniere generale et directe, l'histoire de l'humanite", c'est-a-dire, pour ce qui nous concerne ici, en revenant, bien avant les Lumieres, a l'humanisme renaissant d'un Rabelais. De plus, dit Comte, le pretendu ordre historique d'exposition est hypothetique, car il considere chaque science comme isolee, ce qui est une opinion tres fausse des sciences (23). Meme en se limitant aux six sciences que Comte decrete fondamentales, on a selon lui 720 classifications possibles: la classification est toujours une probabilite, voire une approximation, jamais une certitude.

On comprend mieux dans ce contexte l'aversion de Flaubert pour les presupposes realistes et pour le positivo-naturalisme, tous deux fondes sur des entreprises de classification. Comme le dit Bourget, "Quand bien meme l'horreur du monde moderne ne l'eut pas precipite loin de toute tendance utilitaire, quand bien meme encore son pessimisme ne l'eut pas rendu rebelle a toute notion de progres, meme momentane, ses reflexions sur la methode des sciences l'eussent preserve des erreurs de la litterature demonstrative". Et Bourget de citer Flaubert: "L'art, a-t-il ecrit, ayant sa propre raison en luimeme, ne doit pas etre considere comme un moyen. Malgre tout le genie que l'on mettra dans le developpement de telle fable prise pour exemple, une autre fable pourra servir de preuve contraire, car les denouements ne sont pas des conclusions. D'un cas particulier il ne faut rien induire de general, et les gens qui se croient par la progressifs vont a l'encontre de la science moderne, laquelle exige qu'on amasse beaucoup de faits avant d'etablir une loi ..." (24).

C'est justement ce que Bouvard et Pecuchet ne font pas en geologie. Mais pourquoi, dira-t-on, terminer le chapitre sur les sciences avec la geologie en placant celle-ci dans une position strategique et emblematique? II me faut isoler un element souvent evoque par la critique flaubertienne: l'attrait romantique, chez Flaubert comme chez un Hugo, pour le dessous, le cache, voire les entrailles voilees de la terre, puissant reservoir d'images. Comme l'ecrit Flaubert,--et la metaphore archeologique peut s'analyser, comme on sait, en termes psychanalytiques (25)--" [il] y a des constructions souterraines a tout.--Ce n'est qu'une question de surface ou de profondeur. Sondez et vous trouverez" (Correspondance, II, 57). Pensons, parmi tant d'autres, a un passage qui mele la verticalite et la profondeur de l'implicite, du "dessous", a l'horizontalite superficielle d'un defaut de methode. Dans L'education sentimentale de 1845, Henry est condamne comme mauvais lecteur de livres d'histoire, car il est incapable du "travail de reconstruction" intellectuel ou se conjuguent memoire et imagination:
   Henry [...] n'etait en quete que des causes et des effets, mais il ne
   remontait pas assez haut dans les causes, il ne voyait pas assez loin dans
   les effets.

   Son pittoresque aussi etait tout exterieur et he s'etendait pas au dela des
   elements qui lui en avaient fourni l'occasion; il ne le sentait pas ou il
   ne l'avait point rencontre, ne le devinant jamais ou il ne l'avait pas lu;
   en effet, se hatant de fermer un livre des qu'il en etait arrive a la
   derniere page, il ne pouvait s'operer dans son esprit ce travail de
   reconstruction qui galvanise les morts, retablit les ruines et donne au
   passe une vie reelle,--elucubration solitaire, composee de science et
   d'inspiration, enfantement complexe des intelligences, oeuvre muette et
   feconde par laquelle l'histoire s'eleve au niveau de la philosophie et de
   l'art, puisqu'elle a besoin de l'experimentation analytique pour etre vraie
   et des combinaisons de la perspective pour le paraitre". (L'education
   sentimentale, version de 1845, 366-367)


Ainsi, les deux copistes, comme Henry, sont incapables d'operer cette genese feconde de l'ecriture dans la lecture. Et cela s'oppose, dans le recit, au fait que la geologie permet une proliferation d'images. Mais au dela de ces faits, et des besoins de transition, il semble que la redaction de ce chapitre procede d'un vide: en effet, Comte ecarte de sa classification la mineralogie, pourtant consideree comme une science (26). Il y voit une connaissance derivee; l'etude de la terre implique une connaissance prealable, dans l'ordre, de la physique, de la chimie, de l'astronomie et de la physiologie (27). Or le chapitre suit partiellement cet ordre, mais s'interesse justement de facon hypertrophiee, la comme ailleurs (l'art mnemonique, la physiognominie, etc.), aux savoirs derives, en apparence plus propres aux jeux de l'ecriture comique que les sciences fondamentales.

Ce serait donc en partie par son potentiel narratif que s'expliquerait l'insistance sur la geologie, et ici l'on voudrait paraphraser une formule d'un texte de Foucault qui ne porte d'ailleurs pas sur Flaubert: "le monstre [sur le plan du recit, dans cet episode] raconte, comme en caricature, la genese des differences, et le fossile [sur le plan du rapport de la discipline scientifique a l'archeologie du reel] rappelle, dans l'incertitude de ses ressemblances, les premiers entetements de l'identite" (28). Enfin, il y a une raison subsidiaire a cette insertion: la necessite d'introduire la notion de periode, comme metaphore du temps cyclique de l'encylopedie critique qu'est Bouvard et Pecuchet, dans l'economie du recit, dans, comme le dirait Serres, le recit-dictionnaire comme "espace global des transports metaphoriques" (29). Le contenu depose, comme un sediment, une forme du recit qui temoigne de son organisation primitive. Dans les scenarios du chapitre, Flaubert rature ainsi "periode" medicale en "phase" medicale (30). Une couche metaphorique disparait au profit d'un terme plus narratif, a mesure que la "preface" necessairement ouverte au Dictionnaire des idees recues s'epuise, gardant cependant toujours trace de son ouverture, en roman faustien.

Ce travail du negatif dans la "preface" trouve sans doute partiellement son modele dans l'existence d'une monstrueuse et monumentale preface hypertrophiee a laquelle le Comte du Discours [lui aussi prefaciel] sur l'esprit positif, aussi bien que son critique Flaubert, se referent tous deux: le Discours sur les revolutions de la surface du globe de Cuvier, plaisamment paru l'annee de la catastrophe militaire de la campagne de Russie (1812) et reedite plusieurs fois au dix-neuvieme siecle. Ce discours introduit aux quatre volumes des Ossements fossiles. Rappelons que cet essai, par exemple devant le phenomene des mammouths conserves, figes dans la glace, introduit l'idee d'une catastrophe soudaine pour resoudre le probleme, et l'idee de seuils de rupture entre plusieurs epoques geologiques successives (destructions puis creations repetees, ce qui n'est pas sans poser un probleme theologique). Cuvier defait ainsi la continuite harmonique et rassurante des Epoques de la nature de Buffon, ou chaque epoque est marquee par un phenomene particulier, est structuree par des repetitions constantes de mouvements quotidiens, est inscrite dans le mouvement cyclique du retour du meme. La notion de periode impliquait necessairement une idee de transition, mais non de violence dans cette transition. Buffon enumerait sept epoques (l'on etait dans la septieme), correspondant a des phases de refroidissement progressif de la terre. Aux periodes de transition succedent, avec Cuvier, et dans un contexte ou l'histoire tourne au mythe, le commencement absolu des revolutions qui peuvent faire disparaitre des especes.

On sait que Flaubert, en cela precurseur involontaire du mouvement decadent, s'est toujours interesse aux epoques de transition, comme il est apparent dans La Tentation de saint Antoine ou Herodias. Or, ces revolutions sont egalement presentes dans la successivite des episodes narratifs de Bouvard et Pecuchet, lorsqu'on passe d'une discipline a une autre. L'exemple du bahut dans ce meme chapitre a ete plusieurs fois releve. Flaubert est loin du projet harmonieux des debuts, tel qu'il se manifeste dans l'extrait de scenario suivant: "La transition des connaissances doit etre naturelle, une idee les conduit a une autre" (31). Et il en est conscient, tache de lier les echafaudages, de "multiplier les attaches et les suspensions" (32). On a beaucoup attaque Flaubert sur l'arbitraire de ses transitions, et il est vrai que le projet d'une transition naturelle, comme d'ailleurs d'une langue naturelle, est par definition impossible a atteindre. Mais dans une large mesure, le projet d'encyclopedie critique ne peut logiquement qu'exposer l'arbitraire des transitions entre les sciences en le redoublant dans l'arbitraire de la logique du recit.

Pourtant, il est vrai que des transitions existent, et j'en voudrais donner un bref exemple, au niveau symbolique des dessous de l'oeuvre, des entrailles si cheres a Flaubert. Je veux parler du subtext (ou sous-texte) (33) du bourdonnement, qui vient d'un jeu de mot sur la polysemie du nom propre et commun Bourdon/bourdon, designant a la fois un peintre mineur, un boulevard parisien assurement nauseabond par trente-trois degres et d'ailleurs peu flatteusement decrit par Laforgue dans La Revue blanche (34), un general, un insecte, mais aussi une bourde, du type de celle que font des copistes (35). Il y a la une genese et une generativite semantiques qui relient l'image de l'insecte a son origine textuelle. Dans le texte ou apparait l'image de la tortue ailee, les tempes de Bouvard, en proie a une hallucination, "bourdonnaient". Pecuchet en extase reve dans le texte precedemment cite aux insectes qui "bourdonnaient" (159). D'un reve a l'autre: sa voix, lorsqu'il debite le songe d'Athalie, se perd "dans une espece de bourdonnement. Elle etait monotone, et bien que forte, indistincte" (206). En revanche, lorsque le meme Pecuchet espionne Gorgu et Madame Castillon, il n'y a "pas un bourdonnement d'insecte" (262). Enfin, il y a la decouverte, le choc du reel, sous la forme d'une charogne canine, "sous le bourdonnement des mouches" (321). Dans toutes ces occurrences, le bourdon rappelle la bourde, l'erreur. Inseres dans les cercles du savoir ou ils reviennent cycliquement, des rappels contribuent a l'unite du recit, a sa memoire interne. Ainsi, dans ce recit flaubertien comme dans d'autres, "[un] discours tres lisible est en sous-main l'un des plus fous que l'on puisse imaginer: toute la petite monnaie logique est dans les interstices" (36). Le sous-texte, aidant a remplir les dessous du texte, cree un sens second et parallele a celui du fil narratif principal.

Equilibre dynamique, tension comique entre surface et profondeur. N'estce pas en definitive cette perspective, non pas seulement en surface mais en profondeur, qui constitue le mode de representation de l'existence des objets le plus approximatif des conditions du reel? Dans une lettre programmatique a Louise Colet, Flaubert a ecrit: "la litterature prendra de plus en plus les allures de la science; elle sera surtout exposante, ce qui ne veut pas dire didactique. Il faut faire des tableaux, montrer la nature telle qu'elle est, mais des tableaux complets, peindre le dessous et le dessus" (Correspondance, II, 298). Il faut donc revenir aux images, au probleme de representation en soi, au monde comme representation. Ici, la transition est facilitee par une condensation et un deplacement d'images comiques qui nous semblent d'une inquietante etrangete, celles de la tortue ailee ou du bourdon, mais cela n'etait pas forcement le cas au dix-neuvieme siecle, pour ceux qui, tel Baudelaire, feuilletaient les albums du caricaturiste Grandville. Flaubert a pu connaitre le fameux dessin intitule La Poursuite, que Grandville avait cree en 1843 pour son chef d'oeuvre, Un autre monde (Paris: Fournier, 1844), connu pour etre le premier livre illustre cree a partir d'images et non point d'un texte, et qui decrit un voyage fantaisiste stigmatisant la societe contemporaine. Le dessin satirique represente deux etres hybrides (un homme-cheval monte sur un gigantesque insecte, et une tortue-serpent) en pourchassant d'autres. Krackq, un des trois heros, qui observe cette scene, apprend par la suite que le cavalier est un ancien Centaure "charge par les enfants du pays de faire la chasse aux animaux rares, pour en orner le Jard-n des Plantes, ainsi nomme parce qu'il ne contient que des betes" (37).

Et effectivement les representations de Bouvard et Pecuchet sont familieres aux lecteurs de l'epoque, au point que ce pourrait bien etre le roman du dixneuvieme siecle comme type, du dix-neuvieme siecle en general, d'une image stereotypee et comiquement grossissante des obsessions de la periode, telles qu'on les repere chez Richepin ou Bourget, et ou les lecteurs se sont regardes comme dans un miroir deformant. Cela peut expliquer en partie que la reception de Bouvard et Pecuchet (en 1881) ait ete, comme celle de l'Education sentimentale, l'histoire d'un echec, et que son aspect comique ait ete mis en question. Le livre n'a pas rencontre son public. Le lecteur n'a peut-etre pas apprecie qu'on le deroute par un livre arrange de telle maniere qu'il "ne sache pas si on se fout de lui, oui ou non" (38). Il faut cependant insister sur le fait que le ton pessimiste du roman refletait les preoccupations de son epoque, aussi bien celles des petites revues de poesie des symbolistes a venir, que l'atmosphere des salons officiels. Comme dans le modele rabelaisien encense par le jeune Flaubert, le livre resumait une epoque. Les correspondances avec les preoccupations du mouvement decadent a ses debuts sont claires, ainsi dans cet extrait d'un poeme de Paul Bourget.
   Je suis un homme ne sur le tard d'une race, Et mon ame a la fois exasperee
   et lasse, Sur qui tous les a'ieux pesent etrangement, Mele le scepticisme
   et l'attendrissement; L'immense obscurite de l'univers m'accable Et
   j'eprouve, a sentir la vie inexplicable, Une amere pitie qui me fait mieux
   cherir Les etres delicats et beaux qui vont mourir. (Edel, Premiere
   partie,VIII, 4)


Peu avant la parution de Bouvard et Pecuchet, Elme Caro, philosophe spiritualiste et professeur en Sorbonne, avait publie en 1878 Le Pessimisme au XIXe siecle. II y discutait les ouvrages de Leopardi, Schopenhauer, Hartmann, Hegel, et Schelling, et l'influence bouddhiste qui menacait selon lui la philosophie en denoncant la connaissance comme illusion. Pour reprendre l'analyse de Pierre Reboul, il "discernait dans le pessimisme un idealisme frustre et le temoignage authentique d'un desir inassouvi d'infini" (39). Il diagnostiquait une fatigue collective temporaire, signe d'une depression du corps social apres 1870. Caro fut ridiculise sous le nom de Bellac dans le triomphe d'Edouard Pailleron au theatre, la piece en prose qui lui a valu l'Academie: Le Monde ou l'on s'ennuie (1881). Dans la scene d'exposition de cette meme piece, un personnage critique la bonne societe francaise en les termes suivants, "ce monde-la [...], c'est un hotel de Rambouillet en 1881: un monde ou l'on cause et oh l'on pose, ou le pedantisme tient lieu de science [...] ou l'on ne dit jamais ce que l'on pense, et ou l'on ne pense jamais ce que l'on dit [...] le monde ou l'on avale sa canne dans l'antichambre". Pailleron continue en exposant la fascination et l'horreur de la bonne societe francaise pour l'ennui. II observe: "ce peuple gai, au fond, se meprise de l'etre" (40). Flaubert etait mort a la tache depuis un an.

Impossible de conclure, certes; mais il n'est pas interdit de parler de la fin, en citant comme de bien entendu, la parole d'un sage. Lors d'une decade de Cerisy sur les notions de genese et de structure ou Maurice de Gandillac avait reuni, entre autres, Goldmann, Piaget, Derrida, Dessanti et Vernant, Ernst Bloch, qui s'etait interroge a l'ouverture du colloque sur la notion de finalite, parle de ce qu'il appelle, a propos du concept de systeme, de "la question de l'achevement". Pour lui, la realite est toujours interrompue et n'est "malheureusement pas systematique". Une systematisation totale serait "tromperie et idealisme. [...] la structure du systeme, c'est simplement la volonte de s'accoutumer a l'etonnement". Selon Bloch, le systeme interrompu, le systeme ouvert--tel est le seul moyen de s'accoutumer a l'etonnement, point de depart et moteur permanent de la philosophie. Et puisque le systeme risque de stopper l'etonnement, ii faut du systeme avec interruption, qui ait une proportion d'utopique, d'optativite. Ainsi "le systeme est moins reproduction, moins copie du reel", mais "une exigence imposee a la realite (41). Cette definition anachroniquement post-structuraliste convient fort bien a Bouvard et Pecuchet, systeme esthetiquement et cognitivement interrompu, et ou se manifeste--au dela de l'entrelacement festif des marges de l'encyclopedisme et du fictionnel, au dela de la tension savamment entretenue, comme dans l'art conceptuel contemporain, entre reproduction impossible et exigence utopique--une inaccoutumance pathologique et parodique des personnages a l'etonnement. La lecture du roman, comme dans une chambre obscure, renverse inlassablement cette inaccoutumance en disposition a la surprise, et genere chez le lecteur virtuel ua doute fecond sur la vanite de tous les systemes fermes qui saturent l'horizon des deux copistes.

(1.) L'edition de reference choisie pour Bouvard et Pecuchet est celle de Claudine Gothot-Mersch (Paris: Gallimard (Collection "Folio"), 1979). Sauf mention contraire, l'edition selectionnee pour les textes de jeunesse de Flaubert est celle de Bernard Masson: Gustave Flaubert, (Euvres completes, "L'integrale", 2 vols. (Paris: Seuil, 1964). Pour la Correspondance, sauf indication contraire, on se refere a l'edition de Jean Bruneau pour la Bibliotheque de la Pleiade (Paris: Gallimard, 1973-. Vols. I (1973), II (1980), III (1991) & IV (1998)).

(2.) Voir la Correspondance Flaubert-Maupassant, editee par Yvan Leclerc (Paris: Flammarion, 1993). Cet echange se situe aux pages 121-1:31.

(3.) Comme on le lit dans le ms ggl0, folio 64 in Bouvard et Pecuchet, edition critique par Alberto Cento, precedee des scenarios inedits (Napoli: Istituto Universitario Orientale; Paris: Nizet, 1964), p. 119.

(4.) Je dois ce renseignement a Michael Riffaterre.

(5.) Le Quart Livre, in (Euvres completes, Guy Demerson ed., `L'Integrale' (Paris: Seuil, 1973), p. 630.

(6.) Lettre a Madame Roger des Genettes, citee dans Bouvard et Pecuchet, in (Euvres completes (Paris: Conard, 1923), p. 399.

(7.) Cf. Jean Paris, Rabelais au futur (Paris: Seuil, 1970), pp. 217-244.

(8.) Voir la Correspondance Flaubert-Maupassant, editee par Yvan Leclerc (Paris: Flammarion, 1993), respectivement aux pages 128, 130 (pour la lettre du 7), et 128 de nouveau.

(9.) Dans l'un des scenarios, l'etude de la zoologie succede a celle de la geologie, et Flaubert repete trois fois dans un bref paragraphe les mots "question de l'espece" (ms g226, folio 21, reproduit dans Bouvard et Pecuchet, edition critique par Alberto Cento, precedee des scenarios inedits (Napoli: Istituto Universitario Orientale; Paris: Nizet, 1964)), p. 81.

(10.) Le folio en question (ms g226 folio 332) porte comme titre "Notes: viii. Mysticisme"; il a ete reproduit dans l'article de Claude Mouchard et de Jacques Neefs intitule "Vers le second volume: Bouvard et Pecuchet", in Raymonde Debray-Genette, ed., Flaubert a l'oeuvre (Paris: Seuil, 1980), p. 205. Cependant, il faut remarquer que dans un autre folio ou sont mentionnes "systeme diluvien" et "theorie du deluge", on trouve aussi cette serie: "nappes = etoiles/effet = amour de la Nature/un paysage dans la geologie" (ms gg 10, folio 71, recto, reproduit dans Bouvard et Pecuchet, edition critique par Alberto Cento, precedee des scenarios inedits (Napoli: Istituto Universitario Orientale; Paris: Nizet, 1964)), p. 208.

(11.) mss gg 10, folio 46, verso, reproduit dans Bouvard et Pecuchet, edition critique par Alberto Cento, precedee des scenarios inedits (Napoli: Istituto Universitario Orientale; Paris: Nizet, 1964), p. 169.

(12.) Yvan Leclerc, La Spirale et le monument. Essai sur Bouvard et Pecuchet de Gustave Flaubert (Paris: Sedes, 1988), p. 11.

(13.) Correspondance, I, p. 679.

(14.) Auguste Comte, Philosophie premiere, Cours de philosophie positive, Lecons 1 a 45, Presentation et notes par Michel Serres, Francois Dagognet, Allal Sinaceur (Paris: Hermann, 1975), Premiere Lecon, p. 21.

(15.) Id., Deuxieme Lecon, p. 47.

(16.) Charles Baudelaire, "De l'essence du rire et generalement du comique dans les arts plastiques", in Henri Lemaitre, ed., Curiosites esthetiques/L'Art romantique et autres oeuvres critiques de Baudelaire (Paris: Garnier, 1962), p. 254.

(17.) Cf. L'Education sentimentale, version de 1845, p. 310.

(18.) Paul Bourget, Essais de psychologie contemporaine (Paris: Alphonse Lemerre, 1895), p. 162.

(19.) Auguste Comte, Philosophie premiere, Cours de philosophie positive, Lecons 1 a 45, op. cit., Deuxieme Lecon, p. 47.

(20.) On pense en particulier a l'admiration que Comte a pour le systeme de Kepler, mais aussi a la notion de temps periodiques en astronomie, evoquee dans la Lecon 21 (Id., p. 346).

(21.) "Mais souvent ils sont embarrasses p. [classer] ranger le fait a sa place, et ils ont des cas de conscience. [L'embarras] <La difficulte augmente a mesure qu'ils avancent dans leur travail.-ils le continuent cependant" (ms gg10 folio 32, reproduit dans Claude Mouchard et Jacques Neefs, "Vers le second volume: Bouvard et Pecuchet", in Raymonde Debray-Genette, ed., Flaubert a l'oeuvre (Paris: Seuil, 1980), p. 212).

(22.) Auguste Comte, op. cit., Deuxieme Lecon, p. 50.

(23.) Id., p. 52-54.

(24.) Paul Bourget, Essais de psychologie contemporaine (Paris: Alphonse Lemerre, 1895), p. 159.

(25.) Voir Peter Brooks, "Constructions psychanalytiques et narratives", Poetique 61 (1985): 63-74.

(26.) Auguste Comte, op. cit., Deuxieme Lecon, p. 48.

(27.) Id., p. 49.

(28.) Cf. Michel Foucault, Les Mots et les cboses. Une arcbeologie des sciences humaines (Paris: Gallimard, 1966), p. 170.

(29.) Auguste Comte, op. cit., Introduction, p. 2.

(30.) Cf. Bouvard et Pecuchet, Edition critique par Alberto Cento, precedee des scenarios inedits (Paris/Napoli: Nizet/Istituto Universiario Orientale, 1964), p. 80: "Pendant la <periode> phase medicale [...]" (ms gg 10, folio 21).

(31.) Id., p. 243 (mss 227, folio 2, verso).

(32.) Id., p. 169 (ms gg 10, folio 46, verso).

(33.) Le terme de "subtext" a ete utilise en narratologie par Michael Riffaterre pour decrire le phenomene suivant: "[Subtexts] are mini-stories or vignettes describing a scene or even a stylistic sequence that, like a sustained metaphor, develops into an idiolect separate from the overall idiolect of the narrative in order to illustrate a point or describe a situation and bring out its significance. The subtext is like a unit of reading, but it differs from Barthes's lexies, in two respects. First, it does not depend on the reader's focus but, rather, it focuses the reader's attention. Second, it manifests itself repeatedly, its variants being more often than not spread at wide intervals throughout long narrative stretches, even overlapping other subtexts. It is nota theme or a motif, for these are born before the text, and hence means to other ends now appropriated to the needs of the narrative that is borrowing them from elsewhere. It is not an episode, although it may comment on one, for an episode is a link in the chain of events, while a subtext can be excised without unravelling the fabric of the narrative. If you summarize a novel, you need never mention the subtexts. Finally, and most importantly, they actualize structures identical or related with the structures that inform the significance of the whole work, thus either mirroring the text they are embedded in or exemplifying one of the cardinal rules of this particular fiction's idiolect" ("The Mind's Eye: Memory and Textuality", Romanic Review 79 (1988), p. 14).

(34.) Jules Laforgue decrit en detail dans la Revue blancbe le boulevard Bourdon. Son texte a ete reproduit dans Feuilles volantes (Paris: Editions Le Sycomore, 1981), pp. 39-41. Le roman, on le sait, debute sur ce boulevard.

(35.) Pour une etude approfondie de la notion de bourdonnement dans le roman, qu'il soit permis de referer a l'ouvrage de Lawrence Schehr, Flaubert and Sons. Readings of Flaubert, Zola and Proust (New York: Peter Lang, 1986), pp. 28-68. Dans l'article de Georges Kliebenstein intitule "L'encyclopedie minimale" (Poetique 88 (1991): 447-461), on apprend que le boulevard Bourdon qui allait de la Bastille au Jardin des Plantes, de l'autre cote de la Seine, avait ete baptise d'apres le colonel Bourdon, prematurement tue sur le champ de bataille sous Bonaparte, et non d'apres le peintre Sebastien Bourdon (1616-1671).

(36.) Roland Barthes, Le Plaisir du texte (Paris: Seuil, 1973), p. 18.

(37.) Cf. Catalogue de l'exposition "Grandville. Dessins originaux", 17 novembre 1986--2 mars 1987, Musee des Beaux-Arts de Nancy, Cabinet des dessins, 340-5. Ce dessin est reproduit dans Fantastic Illustrations of Grandville, 266 Illustrations from Un autre monde and Les Animaux, Introduction and Commentary by Stanley Appelbaum (New York: Dover Publications, 1974), p. 40.

(38.) Lettre de Damas du 4 septembre 1850. Correspondance, I, 679.

(39.) Pierre Reboul, Laforgue (Paris: Hatier, 1960), p. 25.

(40.) Edouard Pailleron, Le Monde ou l'on s'ennuie, in Joseph L. Borgerhoff, ed., Nineteenth Century French Plays (New York/London: D. Appleton-Century Company, 1931), p. 523.

(41.) Entretiens sur la notion de genese et de structure, sous la direction de Maurice de Gandillac, Lucien Goldmann et Jean Piaget (Paris: Mouton, 1965), pp. 199-200.
Christophe Ippolito
Dickinson College
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Title Annotation:text in French
Author:Ippolito, Christophe
Publication:The Romanic Review
Article Type:Critical Essay
Date:Jan 1, 2000
Words:6786
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