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Craie.

Gracieusete de l'auteur

Pour le collectif Moncton-Sable Juin 1999.

Un PAUVRE TYPE est assis, presque recroqueville, audessous d'un cahier d'ecole pose sur une surface de travail. Il ne bouge pas, regarde dans le vide. Puis, au bout d'un certain temps, il porte a la bouce la mine du tout petit crayon qu'il tient entre ses doigts. Il mouille la mine sur sa langue, et s'applique a ecrire un mot. Il ecrit le mot Il, puis fait une pause, se redresse pour regarder le mot ecrit. Il se rapplique, en ecrit un autre, cette fois le mot etait. Il ecrit lentement, peniblement, comme s'il avait de la difficulte a former ses lettres. Il fait une autre pause, regarde ses mots ecrit, puis ramene le mini-crayon a sa bouche, mouille de nouveau la mine, se rapplique a ecrire. Il ecrit le mot une, prend un autre petit recul, mouillant encore une fois la mine de son crayon, et se rapplique. Il ecrit fois.

[ILLUSTRATION OMITTED]

S'amene la PETITE FILLE de bonne famille.

PETITE FILLE. Qu'est-ce que tu fais-la?

PAUVRE TYPE. (hesitant) J'ecris.

PETITE FILLE. Avec un petit crayon comme ca?

PAUVRE TYPE. Est-ce que c'est important, la grosseur du crayon?

PETITE FILLE. ca depend ... si tu veux ecrire longtemps ou pas. PAUVRE TYPE. Longtemps?

Il regarde la PETITE FILLE. Mouille de nouveau sa mine, s'applique a ecrire. Il ecrit le mot longtemps. Ensuite, comme au bout d'une grande concentration, il se redresse, regarde son ouvrage, commente :

PAUVRE TYPE. Longtemps. C'est un beau mot, longtemps. Le g juste avant le t ... quand on l'ecrit ... ca fait presque lever le coeur.

Il se rapplique, ecrit le mot longtemps une deuxieme fois. Prend un autre repos/recul.

PAUVRE TYPE. Oui. C'est ca. Ca fait monter le coeur.

Le PAUVRE TYPE remouille sa mine. Se remet a ecrire le mot longtemps. La petite fille le regarde. Il ecrit le mot longtemps deux autres fois, toujours en prenant le temps de s'ajuster et de mouiller sa mine chaque fois. La petite fille robserve patiemment, puis demande :

PETITE FILLE. Vas'tu juste ecrire ce mot-la?

PAUVRE TYPE. Longtemps? Oui. Longtemps, longtemps, longtemps, longtemps ...

PETITE FILLE. Jusqu'a la fin du cahier?

Il regarde son cahier, le touche de la main pour en jauger l'epaisseur. Puis il regarde son crayon. Une inquietude le gagne. Il regarde la PETITE FILLE., lui montre son crayon de plus pres.

PETITE FILLE. Es-tu pauvre?

PAUVRE TYPE. Pauvre?

Le visage du pauvre type s'illumine quelque peu.

PAUVRE TYPE. Ca aussi, c'est un beau mot.

Il passe encore une fois la mine de son crayon sur sa langue et s'applique a ecrire le mot pauvre. Puis il se releve, sans quitter des yeux ce qu'il a ecrit.

La PETITE FILLE se penche, regarde la feuille sur laquelle l'homme a ecrit.

PETITE FILLE. Est-ce que je peux lire tout fort?

Le PAUVRE TYPE regarde la PETITE FILLE, ne le lui interdit pas, ce qui est interprete comme un signe d'approbation. Il baisse la tete, regarde par terre dans le vide, pendant que la petite fille lit. PETITE FILLE. Il etait une fois longtemps longtemps longtemps longtemps longtemps pauvre ...

La PETITE FILLE pense a ce qu'elle vient de lire, mais n'arrive pas a decider si c'est bon ou pas, si elle aime ou pas. Elle fait legerement balancer sa tete d'un cote, puis de l'autre. Enfin de compte, elle sort un stylo de sa poche, le tend a l'homme.

PETITE FILLE. Tiens ... en tout cas.

PETITE FILLE s'en va. Le PAUVRE TYPE la regarde s'eloigner quelque peu, puis il ouvre un sac a ses pieds et laisse tomber le stylo dedans. Au son et/ou a l'oeil, l'on constate que ce sac est deja rempli de vieux crayons et de vieux stylos de toutes sortes.

Transition sonore : une sorte de bataille de rue, se terminant avec une sirene de police ...

Scene # 2

(Lynne--Une ecrivaine)

(Philip Andre--Son mari, inspecteur de police)

Une femme ecrivaine, dans son bureau de travail confortablement meuble. En fond de scene, des murs tapisses de livres. La piece comporte un bureau, un divan, une table a cafe, une fenetre, une lampe, etc. La femme est a moitie etendue sur le divan. Un miroir dans une main et une pincette dans l'autre, elle est absorbee a s'arracher quelques poils ici et la sur le visage.

La radio est allumee. Au bout d'un petit moment, la femme s'interrompt brievement pour eteindre la radio par telecommande. Elle prend une autre telecommande out allumer la television. (Il serait interessant de representer ces medias par des sons << caricaturaux >>.) La femme interrompt quelquefois sa session d'epilage pour zapper, avant deteindre carrement l'appareil. Puis elle va regarder un peu a la fenetre. Elle gratouille une plante, se decide a la rempoter, sort de scene et revient avec les outils necessaires et se met a l'ouvrage. Puis elle vient se rasseoir sur le divan. Ne sachant plus trop quoi faire, elle ramasse un magasine, le feuillette quelque peu et le rejette. Rien ne la satisfait. Elle tourne en rond.

En fin de compte, elle ramasse le telephone, signale un numero. (La conversation telephonique pourrait reproduire les sons << caricatutaux >> de la radio et de la television. Ces sons pourraient etre en accelere, afin de montrer que le temps est a la fois long et court, disloque, comme lorsque l'on est agite et que rien n'a l'air de correspondre a notre humeur.)

L'ECRIVAINE met fin a sa longue conversation, apres quoi elle se leve, va chercher une lime a ongle et s'applique a se limer un ongle en particulier,prenant tout le temps qu'il faut pour arriver a la perfection.

Apres cela, elle ne trouve vraiment plus rien d'autre a faire qu'aller s'asseoir a son bureau de travail. Elle s'applique, en soupirant, a ecrire son premier mot lorsque son mari, inspecteur de police, arrive en coup de vent.

LE MARI. Ah! chere, j'suis desole d'etre en retard. J'ai essaye de t'appeler mais la ligne etait toujours occupee.

L'ECRIVAINE.Ah! ... J'faisais une recherche sur Internet. Je n'ai pas arrete de la journee.

LE MARI. Ca avance au moins?

L'ECRIVAINE. Mmmoui ...

Le mari s'approche d'elle, tente de la cajoler, de l'embrasser, mais elle le repousse.

LE MARI. T'as l'air fatiguee. Peut-etre que tu devrais prendre un conge. On pourrait s'en aller en vacances, changer d'air. Ca nous ferait du bien. C'est bien beau la litterature, mais ...

L'ECRIVAINE. Ah! non. J'peux pas m'arreter maintenant, j'suis juste dans le noeud de l'histoire. J'risque de la perdre si je change d'air. Non, non, j'peux pas.

LE MARI est decu. L'ECRIVAINE essaye de le ramener un peu.

L'eCRIVAINE. Toi, ta journee?

LE MARI. Ah! C'est de plus en plus fou en ville. Un autre meurtre aujourd'hui. Un pauvre type. Des voyous l'ont battu a mort. Un sans abri, j'crois. Il avait seulement un sac, rempli de vieux crayons.

L'ECRIVAINE. (pensive) Humm ... Un autre ... cadavre de l'ecriture.

Scene # 3

(Amelie--en elle-meme)

(Lynne--en elle-meme)

(Philip Andre--en lui-meme)

AMELIE arrive la premiere sur la scene du meurtre evoque plus haut. Des rubans de securite jaunes delimitent un espace autour d'un cadavre dessine par terre. AMELIE regarde cela, trouve un morceau de craie reste par terre, se met a crayonner, lance une improvisation ecriture/craie. LYNNE et PHILIP ANDRE se rejoignent a elle dans cette improvisation, qui se passe surtout par terre et individuellement, pour ne pas compromettre latin de l'histoire. Au bout de cette improvisation, les trois acteurs prennent une pause. Ce qui va suivre montre que l'on a davantage affaire aux comediens comme ils sont dan << la vraie vie >> plutot qu'a des personnages.

Les trois aboutissent tour a tour pres d'une table et deux chaises. Une caisse de biere nouveau genre se trouve sur la table. Par terre il y a une glaciere.

PHILIP ANDRE. (secouant lapoussiere de craie) Ah! Une bonne biere. En voulez-vous une?

AMELIE. Froide?

PHILIP ANDRE ouvre la glaciere, touche les bouteilles.

PHILIP ANDRE. Bien froide. Quelle sorte?

AMELIE. Ah ... donne moi une << C >>.

PHILIP ANDRE fouille dans la glaciere, trouve une << C >>, la sort et se met a lire l'etiquette a voix haute.

PHILIP ANDRE. Caillois, Caldwell, Calvino, Camus, Capote, Cardoso, Carroll, Casanova, Cather, Celine, Cendrars, Cervantes, Cesaire, Chiasson, Chandler, Char, Chateaubriand, Chaucer, Chereau, Choukri, Cristie, Cioran, Claudel, Clavel, Cohen, Colette, Confucius, Conrad, Corneille, Cortazar, Courtine, Crane, Cruz et Czapski.

AMELIE. Qui?

PHILIP ANDRE. Czapski. (il epelle) C-z-a-p-s-k-i.

AMELIE. Connais pas.

LYNNE. Moi je prendrais une << S >>.

PHILIP ANDRE fouille dans la glaciere, trouve une << S >>, la sort, lit Fletiquette a haute voix.

PHILIP ANDRE. Saadaoui, Sackville-West, Sagan, Saint-Exupery, Saint-John Perse, Salinger, Salman Rushdie, Sand, Sarraute, Sartre, Savoie, Scepanovic, Scerbanenco, Schiller, Schnitzler, Schultz, Scorza, Seferis, Segalen, Segure, Seneque, Sevigne, Shakespear, Shaw, Shitao, Simenon, Simon, Singer, Soljenitsyne, Sollers, Sontag, Sophocle, Spengler, Stein, Steinbeck, Stendhal, Stetie, Stevenson, Strindberg, Strougatski, Suares, Supervielle, Suskind et Swift.

LYNNE. C'est drole qu'y ont pas mis Rushdie sous << R >>.

AMELIE. Ben non, c'est ca! Y l'cachent!

Les trois rient un peu.

PHILIP ANDRE. (en prennant une bouteille) Moi je prends une << L >>. Labiche, La Boetie, La Fontaine, Lagerkvist, Lamartine, Lawrence, Laxness, Leakey, LeBlanc, Lebouthillier, Leger, Leiris, Leskov, Lessing, Levi, Levin, Lewis, Lins, Locke, Lo-Johansson, London, Lopez, Lorenz, Loti, Luou Kouan-Tchong, Lovecraft, Lowry, Luca, LucieSmith et Lytoon.

AMELIE. Ouain! Y'ont pas manque leur coup cte fois-la : LeBlanc, Lebouthillier, Leger ...

Les trois rient encore un peu.

LYNNE. C'est pas croyable pareil ... que Moosehead ait pense de faire ca.

AMELIE. Ouoff! C'est juste un truc de marketing. Y'a du monde paye juste pour avoir des idees de meme.

PHILIP ANDRE. Ben, quand meme! Une caisse de 26, c'est par rien qu'une petite affaire. Faut toute qu'y changent la ligne de production pour ca, qu'y impriment des nouvelles bouteilles ... des nouvelles boites.

AMELIE. (peu convaincue) Mmouain ... j'crois ben.

LYNNE se leve, va regarder le travail d'ecriture qu'ils viennent de faire. Elle se promene, lit par terre.

LYNNE. J'aime cette phrase-la ... (la montre avec son pied). PHILIP ANDRE va la joindre.

PHILIP ANDRE. Moi j'amie pas tellement ca. C'est trop ecrit. Trop clair.

AMELIE va les joindre. Les trois regardent le texte par terre.

AMELIE. Ici, c'est moi qui a ecrit ca. C'est drole, je pensais pas que c'etait ca que je voulais dire.

PHILIP ANDRE. (a Amelie) Moi, j'ai aime quand t'as fait ... (il reproduit un movement d'improvisation, quand Amelie a ecrit, un peu furtivement, dans l'air du temps.) On dirait que t'avais le rythme d'appropriation parfait pour ta polyphonie enonciative.

AMELIE. C'est vrai que j'me sentais dans ma plenitude imaginaire juste a c'moment-la. J'pensais au roman que j'suis en train d'ecrire.

AMELIE refait le geste en question. Mais elle n'arrete pas d'ecrire. PHILIP ANDRE et LYNNE la suivent, lisent a voix haute ce qu'elle ecrit. L'extrait de roman est le suivant :

Un jour, Venerante demanda a Dieu :

--Dieu, renvoyez-moi sur terre. Voyez ces obeses qui ont encore faim, ces alcooliques qui ont toujours soif. Il faut faire quelque chose.

Malgre Son infinie bonte, Dieu en avait presque assez des demandes incessantes de Venerante. Et dans Son infinie sagesse, il se sentit plutot enclin, cette fois, a lui accorder Sa bienveillance. Il consulta donc la liste de maux affigeant des etres humains. Il did a Venerante :

--Et les cancereux?

--es cancereux?

--Oui, les cancereux. Il faut bien que quelqu'un s'en occupe.

Venerante ne broncha pas. Elle savait mieux que de mettre en doute les voies impenetrables du Seigneur.

Dieu ajouta :

--Et les musiciens, vous ne voyez pas qu'ils souffrent eux aussi Ecoutez-les ...

Venerante tendit une oreille vers la terre. En effet, elle entendit bien que les musiciens souffraient, mais elle ne se sentait pas appelee vers eux.

Pendant ce temps, Dieu observaVenerante. Il vit bien, dans Son infinie lucidite, qu'elle ne demordrait pas des obeses et des alcooliques. Et dans Son infinie compassion--car Dieu considerait qu'il avait deja beaucoup donne aux obeses et aux alcooliques--il decida de leur envoyer aussie Venerante.

--D'accord. Mais pour les obeses seulement. Ce ne sera pas facile, je te previens. Tu t'y reconnaitras a peine. Tu aura une ame, mais pas de corps comme tel. Mais tu feras ton chemin, et Je t'attendrai au bout de la route, car Dieu n'abondonne aucun des Siens.

Venerante tressaillit de joie d'avoir ete exhaucee enfin. Elle voulut remercier Dieu, mais dans sa grande humilite, elle ne fit que baisser la tete balbutier :

--Gloire a Dieu au plus haut des cieux et paix aux hommes qui L'aiment ... (ici Amelie hesite, puis rature les deux derniers mots et recrit) ... qu'Il aime.

Venerante Vienneau renaquit donc en mai 1963 a Queens, dans l'etat de NewYork, sous le nom de Weight Watchers.

A la fin, AMELIE est tournee vers les deux lecteurs qui achevent de prendre connaissance de son extrait de roman. Elle attend les commentaires de LYNNE et PHILIP ANDRE, qui, eux, restent plutot interloques devant ce texte.

LYNNE et PHILIP ANDRE ne se bousculent pas pour reagir. Ils cherchent quoi dire, relisent le texte dans l'air du temps. Amelie attend, un peu anxieuse. Enfin, se decidant a parler, a briser la glace, LYNNE et PHILIP ANDRE commencent en meme temps.

LYNNE et PHILIP ANDRE. Ben ...

PHILIP ANDRE. (quelque peu soulage, a Lynne) O.K. Vas-y toi.

LYNNE. Non, non! Tu peux y'aller ...

PHILIP ANDRE. (insiste en grimacant, a l'insu d'Amelie) Non, vas y la premiere. Tes remarques sont toujours justes ...

LYNNE. (prend un moment pour ramasser ses idees) Ben, j'allais dire ... c'est evident que t'essayes de donner corps a ta paratopie. C'est comme si t'es vraiment ancree dans une communaute aux impossibles contours. Je dirais qu'tu hesites entre ta position esthetique et ta vocation enonciative. C'est interessant.

AMELIE. (apres reflexion) Quand tu dis ancree, veux -tu dire ancree (elle epelle) a-n-c-r-e-e, our encree (elle epelle) e-n-c-r-e-e?

PHILIP ANDRE. Mm ... question interessante ...

LYNNE. Ben ... les deux, vraiment. Les deux s'appliquent.

Un moment passe. AMELIE absorbe le commentaire de LYNNE. Tout le monde reflechit un peu.

AMELIE. (a PHILIPANDRE) Toi, qu'est ce t'en penses?

PHILIP ANDRE. (d'abord un peu gauche, pas sur de lui) Ben, comme Lynne a dit ... y'a comme une duplicite enonciative dans ta paratopie ... comme une plenitude imaginaire et une poetique des restes ... des pouvoirs d'exces. (Puis, fier de sa trouvaille.) C'est ca! Des pouvoirs d'exces!

AMELIE. (apres reflexion) Comme ca, vous trouvez que le dit rejoint le dire?

LYNNE. Moi je dirais, oui.

PHILIP ANDRE. Absolument!

AMELIE regarde a nouveau tout ce qu'elle a ecrit dans l'air du temps. Elle est un peu rassuree.

AMELIE. Ah, ben ... c'est l'fun.

Scene #4

Cette scene reprend l'ambiance de la scene du bar dans Moncton-Sable. Eclairage rouge, meme musique, memes personnages, c'est-a-dire Lynne et Philip Andre.

[ILLUSTRATION OMITTED]

ELLE est assise a une table du bar, sirote un verre en griffonnant dans un petit cahier.

LUI arrive en douceur, se place a cote d'ELLE, la regarde discretement ecrire. Puis il tente une approche.

LUI. Mmm ... j'aime ta graphosphere.

ELLE ne lui porte presque pas d'attention. Prend une petite gorgee de son verre, continue a ecrire. LUI prend son temps avant de la relancer.

LUI. Pratiques-tu le discours indirect libre ou que tu piges dans le patrimoine de signes seduisants?

ELLE se tourne, lui jette un de ces regards. LUI profite de son attention.

LUI. Personellement, je prefere le style formulaire oral, a michemin entre l'hypolangue et l'hyperlangue. J'aime son effet de ruralite.

ELLE le trouve pretentieux et achalant.

ELLE. 'Garde, j'sais pas c'est quoi ton horizon d'attente, mais j'suis pas interessee.

Il ne lache pas pour autant, mais se rajuste, porte attention a son stylo.

LUI. Est-ce que je peux le voir? (Il lui enleve gentiment son stylo, l'examine, l'admire.) Mmmm ... c'est un beau dispositif d'enonciation. (Il lui redonne le stylo.)

Il se detend, regarde ici et la dans le bar. ELLE est deconcentree, s'en tient a siroter son verre dans l'espoir qu'il finisse par s'en aller.

LUI. En tout cas, y'a beaucoup d'actes de langage icitte a soir. Ca reveille mon rythme d'appropriation.

ELLE soupire, ne peut croire ce qu'elle entend.

LUI admire une femme qui passerait devant lui, puis commente en la regardant au loin.

LUI. Position esthetique interessante ...

ELLE en a assez, ramasse ses affaires rapidement mais discretement, s'en va.

LUI ne s'apercoit meme pas qu'il parle maintenant tout seul.

LUI.... Une chance que, de temps en temps, un evenement discursif traverse not' monde de choses et d'activites muettes. Ca secoue un peu, ca de-sta ... (se tourne vers la femme, qui n'est plus la) ... bi-lise.

Scene #5

(Amelie--Fille endurcie)

(Lynne--Fille douce)

Pour cette scene, les filles sont agees de 11-12 ans. Fille douce est seule en scene, revasse en se balancant les jambes sur un banc public. Elle fait jeune, l'innocence meme, ou presque. Arrive Fille endurcie, qui s'asseoit sur le meme banc que Fille douce. Fille endurcie fait plus agee que ses 11-12 ans, plus urbaine. Elle manipule une chaine en regardant alentour.

[ILLUSTRATION OMITTED]
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Author:Daigle, France
Publication:Theatre Research in Canada
Article Type:Play
Date:Mar 22, 2005
Words:2798
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