Printer Friendly

Cote d'Ivoire-AIP/ La route dans le projet de developpement d'Abidjan et de sa banlieue.

Il est surement plus facile de mesurer l'impact de la route sur le quotidien des populations vivant dans les zones rurales, la ou la route demeure le moyen de connexion privilegie entre ces localites et les grandes villes. Il est aussi aise de jauger l'effet d'une route A sur les populations urbaines ou periurbaines en quete de plus de mobilite, d'une diversite et d'une pluralite de moyens de transports.

L'adage populaire dit que A mais pas pour autant que toutes les routes peuvent mener au developpement. Il est donc juste d'affirmer que pour parvenir au developpement, il faut de bonnes routes. Dans la zone urbaine, la route peut etre des dessertes d'habitations, de zones commerciales, administratives, culturelles. L'etat de ces routes influe sur les activites des populations. Des cet instant, la construction A s'avere indispensable pour la ville.

Interview A

Kouakou Kobenan Victor, Ingenieur des travaux publics, a la direction generale des transports terrestres et de la circulation du ministere du Transport

Quelles sont les particularites A ?

Kobenan Victor : Une bonne route revetue doit assurer une fluidite suffisante afin d'eviter les problemes de circulation. Elle doit etre circulable en toute saison, assurer le confort et la securite des usagers. Enfin, elle doit etre amenagee de sorte a proteger les pietons et les vehicules en stationnement.

Aussi, de facon technique, la route doit avoir un bon drainage, pour l'evacuation des eaux et une bonne pente pour l'ecoulement des eaux de pluies.

Eclairez-nous sur les materiaux adequats pour la construction d'une route ?

Kobenan Victor : Les materiaux adequats de la construction d'une route font l'objet de specifications ou de recommandations precises notamment sur la stabilite mecanique appreciee par certaines mesures obtenues a partir d'essais en laboratoire. Pour la construction de la route, on distingue deux familles de materiaux. Il s'agit des materiaux naturels (tout venant) et des materiaux traites.

En ce qui concerne les materiaux naturels, ils sont constitues de sols fins et de materiaux granulaires (sables marins, graveleux lateritiques, graviers, concasses alluvionnaires). Ces materiaux sont souvent recoltes sur le lieu de construction de la route, afin d'eviter des frais supplementaires de transport de materiaux. La caracteristique mecanique principale de ces materiaux est qu'ils fluent (tassent) sous chargement. Les materiaux traites sont composes de ciment, de chaux, le bitume.

Quels sont les facteurs naturels, techniques, ou humains qui peuvent alterer la route ?

Kobenan Victor : La pluie ou les eaux stagnantes sur la chaussee sont les premiers facteurs naturels qui accelerent la degradation de la route. La variation de la teneur en eau influe sur la portance du sol et de la plateforme. On peut ajouter, la temperature elevee qui cree des problemes de deformation des enrobes et des fissurations des couches traitees au liant hydraulique.

Les facteurs techniques concernent le non-respect du dosage des materiaux, l'utilisation des materiaux de mauvaise qualite, ou de la mauvaise utilisation des materiaux. Une epaisseur insuffisante de couche de revetement, un affaissement cause par un mauvais compactage, et l'utilisation d'un liant non approprie, ou trop de liants sont parfois les facteurs techniques constates dans la construction de la route.

Les facteurs de degradation provenant des hommes sont beaucoup plus lies au deversement d'eaux usees sur la chaussee, a l'encombrement des ouvrages de drainages qui creent des eaux stagnantes sur la route. Il faut ajouter aussi les surcharges des vehicules qui endommagent les routes du fait de leurs poids inappropries.

Quel genre de route faut t-il pour Abidjan et sa banlieue ?

Kobenan Victor : De facon technique, les routes construites a Abidjan et sa banlieue doivent etre construites avec un traitement chimique des sols et des materiaux. Il s'agit de l'utilisation des produits appliques a nos routes, qui permet de les durcir et de les impermeabiliser. C'est une alternative pour lutter contre les reparations de surfaces localisees ou de points critiques sur les voies bitumees de desserte et a grande circulation.

Reportage/ L'impact de l'etat de la route dans le quotidien des populations au Plateau-Dokui, Port-Bouet et Sebia-Yao (Bingerville)

L'impraticabilite de route dans les villes influent sur la mobilite des populations occasionnant des retards dans les lieux de travail, d'enormes embouteillages et malheureusement des accidents dans lesquels des vies sont mises en danger. Des usagers sont confrontes a des depenses supplementaires dans le transport avec un surplus pour le ravitaillement en carburant et des frais additionnels pour l'entretien des vehicules confrontes a des rudes epreuves.

Pour Mme Yeo Simone qui habite au Plateau-Dokui, dans la commune d'Abobo et qui travaille au Plateau, elle est obligee de faire un detour vers l'ecole Adama Sanogo, car la route menant a son domicile en passant par la paroisse Sainte Monique est entierement endommagee. Les crevasses sur les routes sont par endroit comblees par des gravas mis pour les populations elles-memes.

Dame Yeo souligne qu'elle perd en moyen 15 a 20 minutes en faisant un detour du fait de l'impraticabilite de cette voie. En outre, le mauvais etat de la route a plus d'une fois occasionne des pannes de son vehicule. Heureusement des travaux de rehabilitation de cette voie sont en cours depuis le mois d'aout au grand bonheur de la population. Les gravas ont laisse place a une route non revetue bien A prete a recevoir ses couches de bitume, au moment ou nous effectuons ce reportage.

La route avant les travaux

Les travaux de rehabilitation en cours

Si pour les zones rurales, le mauvais etat des routes a une influence sur l'acheminement des denrees alimentaires, a la capitale, la durabilite de la route a un impact plus ou moins indirect. Ici, l'etat de la route entraine une hausse du prix de vente des denrees et une consequence sur la qualite des produits achemines sur les marches des vivriers a Abidjan. Les prix de revient sont toujours en croissance a cause de l'augmentation du cout du transport par les conducteurs qui evoquent le mauvais etat des routes.

Koffi Madeleine, au marche de Port-Bouet, raconte que le sac de gombo qu'elle prenait a Yaffo, dans la sous-prefecture d'Arrah, avait augmente de pres de 5000 F CFA en 2018, au moment ou elle etait obligee de faire un detour par Arrah, la route Kotobi-Abongoua-Akoupe, longue de 45 kilometres etant degradee en plus de l'effondrement du pont situe entre Yaffo et Abongoua quelques mois seulement apres sa livraison . A, souligne-t-elle.

Cette voie a ete refaite et ouverte a la circulation en fevrier 2019. "Depuis on effectue tout au plus trois heures de voyage Abidjan-Bongouanou, et nos marchandises sont plus fraiches et moins cheres", se rejouit Koffi Madeleine.

La voie non revetue menant a Sebia-Yao a une dizaine de kilometres de la banlieue Bingerville

Dans la banlieue, a Bingerville ou la metropole s'etend peu a peu, des quartiers, des cites, des programmes de construction s'etendent a perte de vue. Pour se rendre a Sebia-Yao, dans la commune de Bingerville, nous arpentons une voie non bitumee (non revetue) d'une dizaine de kilometres.

La voie est jonchee de crevasses et lissee a certains endroits par des niveleuses des promoteurs immobiliers. Nous sommes obliges d'avancer, vitres fermees a cause de l'epaisse poussiere qui envahit le vehicule. On a plus de chance, nous disent des habitants du village. Ils racontent un peu les peripeties des usagers durant les temps pluvieux.

En cette periode, les crevasses de la saison seche se transforment en de veritables baignoires de boue ou peuvent s'enfoncer les quelques vehicules qui empruntent cette route. Seules les vieilles voitures, peintes en blanc avec des rayures vertes et rouges demystifient le secret de cette voie. Elles se faufilent entre les nids de poules et autres crevasses avec aisance, pour le grand bonheur des habitants de cette banlieue.

Le tenancier d'un petit kiosque au bord de la route, Hamed, entend avec impatience, les premiers bulldozers qui ameneront le goudron par ici. A, conclu-t-il optimiste.

INTERVIEW: " De la qualite humaine et technique pour de bonnes routes dans le pays mais des defaillances dans l'execution des travaux"

N'Da Alexandre, Ingenieur des travaux publics, responsable d'un cabinet d'etude en voirie et reseaux divers (VRD)

Peut-on definir d'avance la durabilite d'une route ?

N'Da Alexandre: La durabilite d'une route peut se definir en amont durant la phase des etudes. Mais cette durabilite s'etablit reellement pendant sa conception ou intervient un element important, en occurrence le trafic (ndlr : le nombre de vehicules circulant sur une voie pendant une periode de temps).

Dans la phase de realisation de la voie, nous devons determiner le trafic a l'instant T et ensuite, nous pouvons nous projeter dans un horizon T+15, soit 15 ans la duree moyenne de vie des routes en Cote d'Ivoire. Pendant cette periode, la route doit pouvoir vivre.

Il faut donc faire des etudes prealables qui prennent en compte divers facteurs notamment le trafic lourd qui peut etre fait sur un troncon donne. En Cote d'Ivoire, depuis un certain temps, on a l'impression que les routes sont executees sans etudes en amont. C'est dommage parce que cela entraine la degradation acceleree de la route.

Il faut un entretien courant de cette route pour qu'elle atteigne sa duree de vie. Il ne faut pas attendre que la route soit entierement degradee pour la rehabiliter.

La qualite de la route differe-t-elle de l'usage qu'il en sera fait ?

N'Da Alexandre : La qualite de la route est fonction de son usage. Je prends le cas de la conception de l'autoroute qui sera differente de celle du boulevard Latrille ou d'une route qui mene a une cite. Ici, nous parlons de trafic, plus il est dense, plus le revetement est important. La qualite des materiaux, l'epaisseur des differentes structures de la chaussee de l'autoroute sont differentes de celle des autres routes.

Pouvez-vous nous faire part de quelques bonnes pratiques a adresser aux usagers pour assurer la durabilite de la route ?

N'Da Alexandre: Dans la conception de la route, il y a le facteur riverain qui est pris en compte, etant entendu qu'on construit la route pour les populations. Les populations doivent, a leur tour, prendre soin de cette route. Nous ne devons pas avoir des actes de vandalisme autour de la route. Nous observons a certain endroit que des routes deviennent des marches ou l'on installe des fourneaux par exemple. Ces actes participent a la degradation de la route.

Une bonne route coute-t-elle si chere, dans nos pays en voie de developpement que nous devons nous contenter de celles relativement moins couteuse ?

N'Da Alexandre: Une bonne route coute extremement chere, le bitumage d'une voie coute chere, c'est pour cela qu'il faut en prendre soin quand l'Etat fait des efforts. Cependant, est-ce parce qu'une route coute chere qu'il faut faire des routes de moindre qualite? Je dis non. Je souligne que dans nos pays, les routes qui sont faites sont de qualite. Il peut arriver que dans la mise en Auvre de ces routes, il peut y avoir des failles.

Neanmoins, nous avons de bons ingenieurs et techniciens qui sont aguerris dans la conception des routes. En Cote d'Ivoire, depuis les annees 80, le pere fondateur, Felix Houphouet-Boigny avait cette vision, raison pourquoi, l'institut polytechnique a ete cree pour former ces ingenieurs. En termes de qualite humaine et technique, nous avons les ressources et les moyens suivent, mais c'est dans la phase d'execution que par moment, il peut y avoir des defaillances.

C'est en cela que l'Etat, a travers le ministere des Equipements et de l'Entretien routier et avec l'Agence de gestion des routes (AGEROUTE) menent des sensibilisations aupres des promoteurs du secteur sur les dispositions pratiques dans la mise en Auvre des projets.

Les routes sont essentielles pour la mobilite des populations, pour le commerce, les affaires, le travail, les loisirs, pour relier les marches urbains et ruraux. A Abidjan, pour assurer la fluidite du trafic, le gouvernement a entrepris depuis 2010 des grands projets de construction et de rehabilitation d'infrastructures routieres. Selon l' AGEROUTE, plus de 80% du reseau bitume a depasse son esperance de vie.

A Abidjan, des projets de rehabilitation ou de construction de routes sont acheves pour certains quand d'autres sont en cours de realisation et augurent des facilitations dans la mobilite des populations, notamment avec l'echangeur de l'amitie a Treichville-Marcory, l'elargissement du boulevard de Marseille de Bietry (Marcory), la construction de pont des Cocody et du 4eme pont (Yopougon-Plateau).

La bonne route ouvre des horizons si elle est entretenue, mais mal entretenue, elle peut etre sources d'enclavement d'une localite, d'insecurite, de perte de l'economie, de pauvrete, de sous-developpement d'une population, d'une ville, d'un pays.
COPYRIGHT 2019 Knowledge Bylanes
No portion of this article can be reproduced without the express written permission from the copyright holder.
Copyright 2019 Gale, Cengage Learning. All rights reserved.

Article Details
Printer friendly Cite/link Email Feedback
Publication:Agence Ivoirienne de Presse (Abidjan, Ivory Coast)
Date:Aug 29, 2019
Words:2401
Previous Article:Cote d'Ivoire-AIP-Inter / Biodiversite : Des mesures importantes pour la protection d'especes menacees.
Next Article:Cote d'Ivoire-AIP/ Une cimenterie ouvre un nouveau depot a Bouake.

Terms of use | Privacy policy | Copyright © 2019 Farlex, Inc. | Feedback | For webmasters