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Corpus dicitur quidquid videtur et tangitur: origines et enjeux d'une definition *.

RESUMEN: Definir le nom comme une partie du discours qui signifie soit un corps soit une << chose >> (corpus aut rem) parait etre une innovation de l'Ars Donati, a mettre en relation avec la Techne de Denys le Thrace, car toutes les artes qui derivent de l'enseignement de Sacerdos emploient les expressions res corporalis vs. res incorporalis, au lieu de corpus vs. res utilisee par Donatus. De plus, une seule tradition fait reference a la vue et au toucher pour caracteriser les corps, celle qui remonte a l'Ars Charisii, une grammaire romaine independante de l'Ars Donati, qui fait le lien entre etre corporel et etre sensible. A partir du VII siecle, la definition de l'Ars maior II 2 foumit aux commentateurs l'occasion de developper ce que Donat voulait dire par corpus aut rem, 'un corps ou une chose'. Pour clarifier sa definition, les commentateurs devront expliquer ce qu'est un corps et ce qu'est une chose, en s'inspirant plus ou moins de la definition de Charisius (ce qui peut etre vu et touche, ou ce qui peut etre vu ou touche), et aussi s'interroger sur un genre de nom tres particulier, celui des << choses a nora propre >>.

Palabras clave: appellatio, artes grammaticae, asomaton, corporalis, corps, corpus, Denys le Thrace, Donato, grammaire, incorporalis, nom commun, nom propre, Priscien, res, Techne, vocabulum.

Corpus dicitur quidquid videtur et tangitur: Origins and implications of a definition

ABSTRACT: Defining the noun as a part of speech meaning a body ora <<thing>> (corpus aut rem) appears to be an innovation of the Ars Donati, linked to the Techne written by Dionysius Thrax, since the artes being derivative of Sacerdos' all use the expressions res corporalis vs. res incorporalis, instead of corpus vs. res used by Donatus. Moreover, only one tradition refers to seeing and touching to caracterize the bodies; this is what is read for the first time in the Ars Charisiii, a Roman grammar independant from the Ars Donati, which assumes a link between being corporeal and being sensible. From the VIIth c., the definition of Ars maior II 2 provided the commentators with the opportunity to develop about what Donatus meant when saying corpus aut tem, <<a body ora thing>>. To clarify bis definition, commentators will have to explain what a body is and what a <<thing>> is, more or less borrowing from Charisius' definition (what can be seen and touched, or what can be seen or touched), as well as to investigate a very particular sort of nouns, <<things having a proper name>>.

Key words: appellatio, artes gramrnaticae, asomaton, corporalis, body, corpus, Dionysius Thrax, Donatus, grammar, incorporalis, common noun, proper noun, Priscian, res, Techne, vocabulum.

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A propos du terme corpus, on voit certains auteurs medievaux avancer cette definition, <<corpus dicitur quidquid videtur et tangitur>>, si evidente dans sa simplicite qu'elle est generalement annoncee par un mot comine enim, autem, vero, qui en souligne le caractere commun et installe. Caracterisant un corps par le fait qu'on peut le voir et le toucher, elle apparait meme si philosophique qu'elle tinir par se retrouver attribuee a Aristote (cf. n. 155). Cette definition n'ayant pourtant rien d'evident contrairement aux apparences, il nous a semble interessant d'en mettre en lumiere les sources et l'evolufion. On verra tout d'abord comment elle est tres progressivement mise au point, et dans quel contexte; puis comment elle est recue, comprise et remaniee du VII au IX siecle, et finalement abandonnee par les derniers grammairiens carolingiens; enfin on examinera differentes problematiques liees a cette definition, en particulier celle de la categorie des <<choses a nom propre>>, et celle de la definition restrictive ou extensive du terme res.

1. UN CROISEMENT ANTIQUE DE TRADITIONS

La definition protomedievale d'un corps comine ce qui peut etre apprehende par la vue et le toucher apparait fondee sur le croisement de plusieurs tradifions, grammaticale et philosophique en particulier, et elle se developpe a propos de la definifion du nora donnee dans les artes grammaticales romaines. La situation est cependant rendue complexe par le fait que trois passages s'y juxtaposent pour traiter du nom en rapport a la perception sensorielle. Le premier est constitue par la definition du nomen (1), qui ouvre la section consacree a cette partie du discours; le second prend place un peu plus loin, avec l'enumeration des differents types de noms, a commencer par les appellatifs (2); le troisieme, qui n'apparait pas dans toutes les grammaires, presente un peu plus loin les termes de nomen, appellatio, vocabulum (3), en leur donnant des acceptions dont on verra la variete. Il est a noter que ces passages tendent a se rapprocher plus ou moins tot, Dosithee integrant deja par exemple le traitement d'appellatio et vocabulum (3) dans la section consacree aux appellatifs (2).

1.1. La definition du nomen signifiant un corpus ou une res: une innovation de Donat ?

Ala racine des developpements medievaux sur la notion de 'corps', on rencontre l'Ars maior de Donat (ca 350) et sa definition du nomen comme une partie declinable du discours signifiant un corps ou une <<chose>> (corpus aut rem) de facon propre ou commune:
   Nomen est pars orationis cum casu corpus aut rem proprie
   communiterve significans. Proprie ut Roma Tiberis; communiter ut
   urbs flumen (1).


Donat pose ici des exemples illustrant partiellement sa definition: 'Rome' et 'Tibre' sont des noras propres, 'ville' et 'fleuve' des noms communs, et ces quatre substantifs ont pour point commun de ne designer que des objets concrets, materiels, physiques. On verra que cette illustration reduite de la definition fera l'objet de critiques et appellera des complements. Cette premiere definition du nom trouve un echo un peu plus loin dans l'enumeration des appellatifs, qui donne une autre batterie d'exemples ('homme', 'terre', 'mer' pour les appellatifs corporels, 'piete', 'justice', 'dignite' pour les incorporeis), dont on verra qu'ils figurent aussi dans les textes grammaticaux contemporains:
   Appellativorum nominum species multae sunt.... Alia enim sunt
   corporalia, ut homo terra mare, alia incorporalia, ut pietas
   iustitia dignitas (2).


La formule proposee par Donat, corpus aut rem, est cependant loin d'etre canonique dans les artes antiques. Le nomen y est au contraire defini comme la partie du discours qui signifie une chose (res), soit corporelle soit incorporelle (corporalis, incorporalis). Il est dans cette perspective interessant de comparer la definition de Donat a celle de Sacerdos. Si cette partie de son manuel ne nous est pas parvenue, on peut en revanche reconstituer son enseignement sur le nom par differentes grammaires qui en ont conserve des traces, celles qui descendent de ses eleves Palladius et Cominien (3). L'enseignement de Palladius nous est connu par les Instituta artium du Pseudo Probus, par les extraits d'Audax ainsi que par le Ps. Aemilius Asper. On trouve ainsi une premiere trace d'une bipartition res corporales vs. incorporales dans les Instituta artium du Pseudo Probus, manuel anterieur a l'Ars Donati, qui exploite la grammaire scolaire utilisee par Sacerdos au III siecle pour la premiere partie, et une recension abregee de Palladius, grammairien africain chretien actif a Rome vers 305, pour la seconde partie, celle qui nous interesse ici. Si la definition du nom est extremement breve (4), son etude des appellatifs propose une quadripartition originale, parfois bancale, qui distingue les noms selon qu'ils signifient (1) des res animales (les choses animees, qui regroupent les hommes et les animaux), (2) des res inanimales ('pierre', 'maison', 'bois'), (3) des res corporales ('terre', 'navire', 'mer', bref <<tout ce qui se trouve avoir un corps>>) ou (4) des res incorporales ('piete, 'iustice', 'douleur', <<qui sont incorporelles de l'avis des grammairiens>>, precise l'auteur):
   Sunt nomina, quae rem animalem significant, ut puta homo leo equs
   passer et cetera talia, quae animam habere reperiantur. Sunt
   nomina, quae rem inanimalem significant, ut puta lapis domus lignum
   et cetera talia, quae animam non habere reperiantur. Sunt nomina,
   quae rem corporalem significant, ut puta terra navis mare et cetera
   talia, quae corpus habere reperiantur. Sunt nomina, quae rem
   incorporalem significant ut puta pietas iustitia dolor et cetera
   talia, quae sunt incorporalia, ut grammatici putant (5).


Le cote redondant de la classification apparait au premier coup d'oeil: on ne voit pasce qui distingue les categories (2) et (3), car elles regroupent en fait le meme type de denominations, celles des objets inanimes physiques; cette repartition apparait issue de la fusion entre deux distinctions, celle des res corporales/incorporales et celle des res animales/inanimales, que l'on rencontrait, nous dit Diomede, chez Scaurus (IIe s. p. C.) sous les termes d'appellatio et vocabulum (cf. infra). On retiendra cependant que ce texte donne la toute premiere mention du fait que le classement des termes comme 'piete', 'justice', 'douleur' dans la categorie des incorporeis est une opinion de grammairiens; la remarque renvoie probablement a la doctrine des Stofciens, qui auraient verse, eux, ces termes dans les corporels (6). L'Ars du Ps. Aemilius Asper (V s.) presente une version interessante du meme passage par elimination de la redondance que nous avons evoquee, avec une tripartion res animales/inanimales/incorporales qui est presente dans la definition du nom comme dans l'enumeration des appellatifs:
   Nomen est pars orationis qua res quaeque appellatur, sive est
   animalis, ut homo Cato, sive inanimalis, ut arbor lapis, sive etiam
   incorporalis, ut perfidia clementia (7) ...
   Apellativorum alia animalia dicuntur, ut homo bos, alia inanimalia,
   ut arbor lapis, alia incorporalia, ut sapientia prudentia (8).


La distinction res corporales/incorporales est egalement presente dans les Excerpta de Scauri et Palladii libris d'Audax (Ve s.):
   Nomen est pars orationis cum casu significans rem corporalem ut
   homo, seu incorporalem ut pietas (9).


Dans les grammaires du groupe de Charisius (10), auteur d' une Ars independante de l'Ars Donati (ca 360), la definition alternative a celle de Donat prend tout son developpement; Charisius reprend et amplifie la grammaire composee par son maatre Cominien, eleve de Sacerdos (11). Son Ars grammatica definit le nom comme une partie declinable du discours, independante du temps, qui signifie une chose corporelle ou incorporelle (rem corporalem vel incorporalem) de facon propre ou commune:
   Nomen est pars orationis cum casu sine tempore significans rem
   corporalem aut incorporalem proprie communiterve, proprie, ut Roma
   Tiberis, communiter, ut urbs civitas flumen (12).


Comine chez Donat, ces notions sont reprises et developpees un peu plus loin dans l'enumeration des differents types d' appellatifs, et ce passage capital donne une des premieres attestations grammaticales de la definition desres corporales, les << choses corporelles >>, comme celles que l'on peut voir et toucher, par opposition aux incorporelles, qui echappent a la perception sensible et ne peuvent etre apprehendees que par l'intellect:
   Appellativa (nomina) autem quae generaliter communiterque dicuntur
   quaequae in duas species dividuntur, quarum altera significat res
   corporales, quae videri tangique possunt, ut est homo terra mare,
   altera incorporales, ut est pietas iustitia dignitas, quae
   intellectu tantummodo percipiuntur, verum neque videri nec tangi
   possunt (13).


On notera des son apparition la simplicite trompeuse de cette definition: distinguer d'un cote ce que l'on peut voir et toucher (la conjonction prenant son sens plein, comine l'indiquent les exemples choisis: 'homme', 'terre', 'roer') et de l'autre ce que l'on ne peut voir ni toucher rend inclassables des termes comme ventus par exemple. Cette faiblesse va donner lieu, on le verra, a des interpretations divergentes qui jouent sur l'enclitique --que, soit pour affirmer son sens fort soit au contraire pour l'affaiblir et le reduire a un vel. Mais en attendant cette periode, les autres artes du groupe Charisius, celles de Dosithee et Diomede, qui combine Charisius avec Donat ou sa source (14), donnent des formulations tres proches de celles de Charisius, oh l'on retrouve invariablement la definition des res corporales comme ce qui tombe sous les deux sens de la vue et du toucher:
   Nomen est pars orationis cum casu sine tempore rem corporalem aut
   incorporalem significans proprie communiterve, proprie ut Roma
   Tiberis, communiter ut civitas flumen.... Alia enim significant res
   corporales, quae videri tangique possunt, et a quibusdam vocabula
   appellantur, ut est homo arbor pecus, quae nos corporalia vocamus;
   alia quae a quibusdam appellationes dicuntur et sunt incorporalia,
   quae intellectu tantummodo percipiuntur, verum neque videri nec
   tangi possunt, ut est pietas iustitia decus dignitas facundia
   doctrina (15).

   Nomen quid est? Nomen est pars orationis cum casu sine tempore rem
   corporalem aut incorporalem proprie communiterve significans,
   proprie ut Roma Tiberis, communiter ut urbs flumen (16)....
   Appellativa nomina sunt quae generaliter communiterque dicuntur.
   Haec in duas species dividuntur, quarum altera significat res
   corporales, quae videri tangique possunt, ut homo arbor, altera
   incorporales, quae intellectu tantummodo percipiuntur, verum neque
   videri nec tangi possunt, ut est deus pietas iustitia dignitas
   sapientia doctrina facundia (17).


Les memes notions se retrouvent chez l'Anonymus Bobiensis (Ve s.), qui utilise la meme source que Charisius:
   Nomen est pars orationis cum casu sine tempore rem corpoream aut
   incorporalem significans proprie communiterve, proprie, ut Roma
   Tiberis, communiter, ut civitas flumen (18). ... Alia enim
   (appellativa) significant res corporales, quae videri tangique
   possunt, et a quibusdam vocabula appellantur, ut homo arbor pecus,
   alia quae a quibusdam appellationes dicuntur et sunt incorporalia,
   quae intellectu tantummodo percipiuntur, verum neque videri nec
   tangi possunt, ut est pietas iustitia (19).


Dans ces extraits, on voit les grammairiens substituer aux exemples habitueis des termes qui evoquent davantage la vie quotidienne, et en particulier des denominations de biens susceptibles de faire l'objet de transactions (pecus). Le parallelisme qui existe avec les definitions juridiques des differents types de biens (cf. infra 1.2) a probablement influence cette substitution d'exemples.

Etant donne que Charisius offre la premiere attestation de la vue et du toucher dans la definition des choses corporelles, il importe cependant de situer davantage cette position dans la tradition grammaticale, et de se demander si Charisius est reellement le premier a donner cette definition, ou si elle peut remonter a Cominien. Cette tache semble a premiere vue malaisee, etant donne que le passage correspondant de la grammaire de Marius Victorinus (20), qui utilise la meme recension scolaire de Cominien que Charisius (21), est perdu. I1 est cependant permis de penser que des definitions du type de celles de Sacerdos figuraient chez Marius Victorinus. Dans un passage de son De definitionibus, il contre en effet Ciceron (Topica 27, texte cite infra n. 56) en lui reprochant de ne considerer comme existantes que les choses pourvues d'un corps (ea quorum subest corpus) et non celles qui sont depourvues de substance corporelle, comme la piete, la vertu, la liberte: on voit que l'on retrouve la les exemples typiques des grammairiens, alors que Ciceron ne donnait dans le passage correspondant que des exemples de notions juridiques (22), mais pas la definition des corporels et des incorporels telle que la donne Charisius. On peut donc supposer que si toutes les grammaires qui definissent le nora comme une partie du discours signifiant des choses corporelles ou incorporelles le font du fait de leur relation avec Sacerdos, la mention de la vue et du toucher est en revanche une specificite de la branche Charisius.

Des grammaires independantes les unes des autres, mais qui remontent via Palladius et Cominien a l'enseignement de Sacerdos, recourent donc a la distinction res corporalis/incorporalis, la oh l'Ars Maior donne corpus et res, ce qui temoigne de l'isolement complet de Donat sur ce point de definition. La tradition grecque fournit en revanche un parallele significatif en donnant a cet endroit les termes de soma et pragma, comme dans la Techne de Denys le Thrace (23) ou chez Apollonius Dyscole (24). Pragma est un terme dont l'emploi en ce contexte souleve cependant beaucoup de questions (25). Dans la pensee stoicienne, il designe en effet l'action ou la passion exprimee a propos d'un corps, precisement en tant que celui-ci agit ou patit; il est ainsi amene a devenir l'equivalent du lekton, mis pour l'action ou la passion, le pragma signifie par le verbe. Les lekta sont en effet dans l'ontologie sto~cienne, face aux ti qui regroupe les somata, une des quatre composantes du me, ce qui est pense mais n'a pas d'existence par soi-meme. Aux corps s'opposent donc les incorporeis, le vide, le lieu, l'espace et les lekta, qui expriment les pragmata accomplis ou subis par les somata (26). L'influence de cette pensee se retrouve chez Denys le Thrace, qui definit le nom (onoma) comme une partie du discours pourvue de flexion et signifiant soit un soma (lithos) soit un pragma (paideia). Mais ses Scholies definissent le soma comme ce qui est accessible aux sens (aistheton), peut etre vu, entendu, touche, et le pragma comme un noeton, qui peut seulement etre pense, ce qu'elles illustrent par des exemples comme 'rhetorique', 'grammaire', 'philosophie', 'dieu', 'raison', operant ainsi un glissement du couple du couple soma/pragma au couple aistheton/noeton (ce qui est saisi par les sens / ce qui est pense). L'usage technique de la paire soma/pragma, propre aux grammairiens, apparak donc derive de sources stoiciennes, mais dans une optique tres differente de l'attitude ancienne des Stoiciens, chez lesquels sapientia serait par exemple un soma, sapit un pragma, et qui n' auraient pas fait de paideia un incorporel: pragma, anciennement 'action ou passion pensee', est ainsi devenu 'chose pensee (27)'.

Ceci amene donc a s'interroger sur l'equivalence res/pragma, qui n'apparait en effet pas clairement a premiere vue. Au depart, pragma et res ont en commun de designer une affaire a traiter judiciairement, mais res a pour sens predominant celui de bien materiel, richesse. Il est toutefois assez neutre et indetermine pour signifier toute sorte d' affaire a traiter oralement (en terminologie rhetorique (28)), et pour englober tout ce qui se percoit par les sens ou l'intellect ou ne se percoit meme pas du tout, comme en temoigne Augustin (29). Il est donc moins specifie que pragma dans la langue commune, ce qui n'empeche pas les grammairiens de l'employer regulierement pour rendre pragma, par exemple chez Priscien qui donne res partout oo Apollonius Dyscole a pragma (30). L'emploi de res pour pragma chez Charisius est egalement tres interessant, car le grammairien, qui enseigne a Constantinople, etablit explicitement l'equivalence entre les deux mots, et donne aussi [TEXTO IRREPRODUCIBLE EN ASCII] (pensee, objet de pensee) comme equivalent de res dans le meme type de contexte (31). Comine Charisius est un compilateur, son usage de res n'est pas univoque (de tres nombreuses occurrences opposent les etres animes, en particulier humains, aux choses --res, a propos d'adjectifs dont l'ablatif varie selon ce qu'ils designent32), mais dans la section des verbes pragma designe toujours l'action ou la passion signifiee par le verbe (33). On notera aussi qu'a partir du Ve s., des grammairiens comme Pocas (34), Priscien (35) et plus tard l'Ars Bernensis (36) (ca 750) retissent les liens qui unissent les incorporels (res incorporales) et les verbes, dans une perspective orthographique de classement des noms en fonction de leur origine verbale: ils font ainsi apparaitre que les incorporels des differentes declinaisons sont generalement des noms de processus, comme en temoignent tous les exemples evoques, oratio, ratio, actio, statio, hortatio, religio pour Phocas, risus, visus, tumultus, metus, luxus, sexus, portus, artus, arcus, lacus, vultus, cultus, iudicatus, monitus, habitus, auditus pour Priscien, puisque ces substantifs sont mentionnes comme derivant de verbes. La comparaison des definitions fournies par Charisius et Donat pour le nom mais aussi pour le verbe fait d'autre part appaitre une difference majeure, car Donat se rapproche de la Techne dans les definitions du nom et du verbe (37), alors que Charisius en differe dans ces deux sections (38). Le parallelisme entre la tradition grecque et les passages cites de l'Ars Maior conduit donc a s'interroger sur la facon dont s'ordonnent les artes romaines du IVe siecle par rapport aux donnees grecques. Sans rouvrir le dossier complexe de la datation de la Techne, et en admettant une datation mixte (II s. a.C. pour les chapitres 1-10, IIIe S. p.C. pour les chapitres 11-20 (39)), il apparait que Donat s'est volontairement ecarte du modele romain remontant a Sacerdos qui donnait res corporales vs. incorporales, pour en faire sous l'influence d'un modele grec le raccourci saisissant corpus vs. res (40).

La definition, seche et complexe, du nom comme partie du discours signifiant un corps ou une <<chose>>, corpus aut rem, apparait donc comme une innovation de Donat, et cette renovation de la grammaire a partir de paralleles grecs nouvellement disponibles est aussi a mettre en relation avec la reformulation systematique de la matiere grammaticale dans son Ars, qui ramasse sous des raccourcis tantot saisissants tantot elliptiques des developpements que le maatre reservait a l'oral (41). On peut une fois de plus se demander si la variante corpus aut rem constitue une <<formule reflechie (42)>> ou au contraire la <<fixation rigide et scolaire d'un savoir grammatical minimum, oo les problematiques originelles disparaissent sous la simplification des definitions elementaires (43)>>. On notera cependant que, prise a la lettre, la definition de Donat se revele beaucoup plus differente de celle des autres artes qu'il n'y paraissait, au sens oh le decoupage du reel est ici cense suivre d'autres traces: la oo les autres grammaires distinguent ce qui se percoit par les sens et ce qui se concoit par l'esprit, la partition passe ici entre substance et action. Mais le terme res, suppose dans cette perspective faire reference a la categorie de substantifs qui designent des processus, ce qui s'accorde d' ailleurs avec l'expression res gesta, ne semble jamais avoir ete pris en ce sens en domaine latin, tout comme la nuance initiale s'est effacee de la Techne sous l'influence de ses Scholies. Res y gagne en revanche l'acception de <<chose saisie par l'intellect>> (cf. infra 3.2), ce qui correspond aux definitions communes de res corporalis, mais eloigne l'Ars Donati de ses fondements stoiciens: de meme que l'education ne saurait etre un exemple d'incorporel stoicien, on voit bien que les exemples de vertus proposes par Donat (piete, justice, dignite) en illustration de la categorie incorporalia ne cadrent pas avec la conception stoicienne de l'incorporel, puisque les vertus sont au contraire des corps pour les Stoiciens (44). La reformulation donatienne a d' ailleurs pour corollaire un autre raccourci pedagogique plus ou moins heureux, car on a vu plus haut que Donat, dans son developpement sur les differentes especes du nom, proche pour le fond de celui des artes contemporaines, est conduit, par souci de brievete, a inventer les categories de <<noms corporels>> et <<noms incorporeis>>, meme si les termes ne sont pas encore prononces; ce sont ses commentateurs qui s'en chargeront.

Nous avons traite ensemble des deux premieres sections consacrees a la definition du nomen en relation avec la perception corporelle, mais on se souvient que la caracterisation d'une certaine categorie de noras comine designant des choses susceptibles d'etre vues et touchees se rencontre dans une troisieme section des artes romaines, heritee de la tradition stoicienne. Les Stoiciens avaient en effet introduit la distinction entre onoma et prosegoria, nom propre et nom commun, appellatif. Le transfert de cette terminologie en latin suscite des hesitations, deux verbes etant susceptibles de rendre l'idee d' 'appeler', appello et voco. Alors que Varron rendaitprosegoria par vocabulum (45), d' autres grammairiens, dont Palemon, proposaient aux IIe-Ier siecles les equivalences d'appellatio ou de vocabula, ce dont temoigne Quintilien, dans un passage oo il evoque les hesitations des grammairiens a faire du nom propre une sous-espece du nom commun ou une categorie a part:
   Alii tamen ex idoneis dumtaxat auctoribus octo partes secuti sunt,
   ut Aristarchus et aetate nostra Palaemon, qui vocabulum sive
   appellationem nomini subiecerunt tamquam speciem eius, at ii, qui
   aliud nomen, aliud vocabulum faciunt, novem (46).


Cependant l'hesitation terminologique entre appellatio et vocabulum ne fut manifestement pas comprise par tous, et certains, confrontes a une triade de termes, nomen, appellatio, vocabulum, l'interpreterent en tentant de retrouver des classifications qui auraient justifie une tripartition. Selon Diomede, Scaurus distinguait ainsi les noms propres (nomen), les noms d'objets animes (appellatio), et les noras d'objets inanimes (vocabulum (47)); d'autres, et cette fois c'est Quintilien qui le mentionne mais sans livrer de nom, pensaient que les vocabula etaient reserves aux corps (le mot est deja present chez Quintilien et probablement aussi dans les sources auxquelles il se refere) que l'on pouvait a la fois voir et toucher, les appellationes regroupant tous les autres noras communs, designant <<ce / un corps>> que l'on peut toucher sans le voir (ventus), voir sans le toucher (caelum), ni voir ni toucher (deus, virtus):
   Nihilominus fuerunt, qui ipsum adhuc vocabulum ab appellatione
   diducerent, ut esset vocabulum corpus visu tactuque manifestum
   'domus lectus', appellatio cui vel alterum desset vel utrumque
   'ventus caelum deus virtus (48)'.


Il y a toutefois une ambiguite fondamentale dans ce passage de l'Institution oratoire, selon que l'on choisit de comprendre le relatif cui comine un indefini ou comme renvoyant a corpus. Dans la premiere option, le corpus se definit strictement comme soumis a la vue et au toucher, et s'oppose a ce qui echappe partiellement ou totalement a la double perception; dans la seconde alternative, un corps peut etre soit saisissable par la vue et le toucher, soit echapper a un ou deux de ces modes de perception sensorielle. On peut alors voir dans ce passage des traces de doctrine stoicienne, hypothese que les exemples de virtus et deus dans ce contexte tendent a renforcer: etant donne qu'ils ont une action, ce sont des corps (cf. infra 1.2); d'autre part Lucrece soutenait avec Epicure que le vent etait un corps puisque l'on pouvait percevoir son effet (cf. infra 1.2). Quoi qu'il en soit, cette tripartition, avatar lointain de la distinction stoicienne entre nora propre et nom commun, ne subsiste pas, hormis chez Dosithee et l'Anonymus Bobiensis, dont les grammaires apparentees rappellent encore ces denominations (cf. textes cites supra 1.1). Charisius mentionne en effet seulement les termes appellatio et vocabulum comme deux equivalents deprosegoria, et si Donat rappelle encore la fameuse tripartition, il ne le fait que pour memoire avant de preciser qu'on ne parle plus maintenant que de nomina (Nomen unius hominis, appellatio multorum, vocabulum rerum est. Sed modo nomina generaliter dicimus (49)); Priscien, qui reprend encore cette triade, ne livre pas plus d'explications (Proprium est nominis substantiam et qualitatem significare; hoc habet etiam appellatio et vocabulum: ergo tria una pars est orationis>> (50)). On reviendra cependant plus loin sur les commentaires medievaux de ce passage, qui font ressurgir sous une autre forme la distinction corporel/incorporel dans le meme contexte (cf. infra 3.3).

1.2. La definition du corpus et des res corporales en reference a la perception: sources et paralleles

La definition du corporel en reference a la double perception de la vue et du toucher qui se developpe dans le monde romain apparait issue d'un melange complexe de sources philosophiques avec des notions juridiques; on verra en particulier comment la terminologie grecque et les modalites de sa transposition en latin ont influence la comprehension romaine de ce champ semantique. On a deja evoque le fait que dans la tradition stoicienne, tous les existants etaient des corps, caracterisables par leur capacite a agir ou patir (51) (corpus est quod aut efficiens est aut patiens); cette definition du corps n'est cependant pas la seule chez les Stoiciens, qui admettent aussi par exemple celle de la tridimensionnalite, la notion d'agir et de patir n'etant centrale chez eux que parce qu'elle leur permet de rejeter la theorie, admise par Platon et Aristote, selon laquelle des incorporeis peuvent avoir une efficacite causale (52). Mais le passage de cette notion dans le monde romain ne s'est pas fait sans probleme, peutetre en raison d'un probleme de traduction (53): rendre asomaton par incorporalis est risque, dans la mesure of J la notion d'incorporel est deja en place en latin, mais dans une toute autre perspective. Definir les res corporales comme ce qui peut etre touche releve en effet d'une tradition juridique bien etablie, attestee chez le jurisconsulte Gaius (IIe s. p.C.) qui distingue parmi les biens (res) ceux qui sont corporels et ceux qui sont incorporeis, les corporels etant ceux que l'on peut toucher, les incorporeis ceux que l'on ne peut pas toucher, categorie qui regroupe toutes sortes de droits>> (54). Le sens du toucher est ici seul evoque, ce qui est a rapprocher de la pratique de la remise de l'objet en vue de sa prise de possession, Gaius observant aussi que les res incorporales ne sont pas susceptibles de faire l'objet d'une tradition (55). La meme partition est deja attestee en amont chez Ciceron, qui distingue ce que l'on peut voir et toucher (quae cerni tangique possunt, avec une enumeration de biens materiels, oh l'on retrouve en particulier le betail, pecus) de ce que l'on ne peut toucher et montrer, mais que l'on peut voir par l'esprit (cerni tamen animo, avec une enumeration de notions juridiques (56)). La transposition de la notion d'asomaton en latin a donc probablement ete gauchie des l'origine par l'influence de la terminologie juridique (57).

La conception stoicienne du corporel, partagee par les Epicuriens, avait de plus ete reformulee par Lucrece dans une transposition au plan de la perception sensorielle, avec l'affirmation qu'aucune chose, a part un corps, ne peut toucher et etre touchee (58). La reaction epicurienne aux doctrines anterieures, platonicienne et stoicienne, ressuscite la theorie des particules de Democrite, qui se detachent des objets pour venir frapper les sens, et ainsi synthetisee par Lucrece, etablit fermement le lien entre corporeite et perception sensorielle (si le fait d'etre tangible fait qu'une chose est automatiquement un corps, il ne reste en effet pas de place pour des corps intangibles). Le propos de Lucrece est ici la demonstration de la corporeite par l'action produite sur les sens, mais sa formule sera lue de facon tres singuliere: ce qui frappera certains grammairiens tardifs, c'est que le fait que Lucrece dissocie la vue et le toucher, admettant, du fait de leur tangibilite, la corporeite de choses invisibles (59). La reaction neoplatonicienne a en effet pris le contrepied des conceptions anterieures du corps, aussi bien stoicienne qu'epicurienne, en reaffirmant le role de la vue et du toucher conjoints dans la definition d'un corps (60). Dans cette perspective, le role de Porphyre (([cruz]) 305) apparait comme non negligeable. La transposition platonicienne du stoicisme qu'il opere (61) conduit a voir leurs definitions des corporels et des incorporels non plus comme incompatibles mais comme miscibles, et ouvre la possibilite de <<deplacer le curseur>> entre ces deux poles definitionnels pour isoler soit un bloc de corps soit un bloc de <<non-corps>>, selon l'expression de Marius Victorinus (62), qui regroupent maintenant toutes les realites intelligibles et transcendantes. Traduit par Marius Victorinus, Porphyre inspire par exemple au ve s. Macrobe, dont le commentaire du Songe de Scipion demarque celui de Porphyre sur la Republique de Platon, et emprunte aussi a la vie de Pythagore par Porphyre, ainsi que peut-etre au commentaire du Timee par le meme (63); Macrobe y expose entre autres une bipartition des corps, en corps mathematiques (abstraits) et en corps <<physiques>> (concrets), ceux que l'on peut apprehender par les deux sens de la vue et du toucher (64).

Nous mentionnerons de plus pour memoire deux problemes importants en relation directe avec la question des corporels et des incorporels. Chez les philosophes, le probleme de la definition du corps est en effet aussi lie a celui de la vox, debat que nous ne developperons pas ici (65). La question est en effet de savoir si le son vocal est corporel ou incorporel (asomaton), selon un debat rappele dans un celebre passage des Nuits Attiques:
   Corpusne sit vox an asomaton, varias esse philosophorum sententias.
   Vetus atque perpetua quaestio inter nobilissimos philosophorum
   agitata est, corpusne sit vox an incorporeum. Hoc enim vocabulum
   quidam finxerunt proinde quod Graece dicitur asomaton. Corpus autem
   est, quod aut efficiens est aut patiens; id Graece definitur: to
   etoipoioun e paschon. Quam definitionem significare volens
   Lucretius poeta ita scripsit: <<tangere enim aut tangi nisi corpus
   nulla potest res>>. Alio quoque modo corpus esse Graeci dicunt to
   triche diastaton. Sed vocem Stoici corpus esse contendunt eamque
   esse dicunt ictum aera; Plato autem non esse vocem corpus putat:
   <<non enim percussus>> inquit <<aer, sed plaga ipsa atque
   percussio, id vox est>>. Democritus ac deinde Epicurus ex
   individuls corporibus vocem constare dicunt eamque, ut ipsis eorum
   verbis utar, rheuma atomon appellant (66).


Le vocabulaire des corporels et des incorporeis se retrouve aussi dans le commentaire de Boece sur Porphyre (Isagoge mineur), dans undes passages qui mettent en place la problematique des universaux (67): la question longuement exposee par Boece, parce qu'elle n'a pas ete assez traitee par Marius Victorinus a son avis, est de savoir si le resultat de la cogitatio collecta, l'operation de <<collecte mentale (68)>> qui degage des ressemblances essentielles a partir de choses singuliere, debouche sur des corporeis ou sur des incorporeis, <<incorporei>> etant ici explicitement pris au sens de <<ce qui ne se percoit que par l'esprit>> (quem sola mente intelligentiaque concipimus).

Cette definition d'un corps liee a la perception rejoint d'autre part celle que l'on rencontre dans la tradition patristique (69), qui definit un corps, mais un corps charnel, comme ce qui peut etre vu et touche, en reference a Lc 24, 39 (Palpate et videte quia spiritus carnem et ossa non habet sicut me videtis habere): ici l'association de la vue et du toucher implique en effet la presence d'un corps par opposition a un esprit. Ambroise de Milan fait meme explicitement le lien entre le palpare de la Vulgate et le tangere des grammairiens, a propos de la difference entre le corps terrestre et le corps glorieux (70). En contexte chretien, corpus se definit donc par rapport a spiritus ou a anima (cf. Sap 9, 15, corpus quod corrumpitur aggravat animam, et l'on se souvient que la Sagesse est d'ailleurs un ecrit alexandrin, date de 50-30 a.C.). L'opposition corpus/anima devient a partir de ces fondements scripturaires un lieu commun, argumente a l' aide de positions philosophiques antiques. Apres une premiere periode oo les influences stoiciennes et epicuriennes se font encore sentir (Tertullien soutient par exemple la corporeite de l'ame (71)), les ecrits de Porphyre inspirent sur certains aspects la doctrine augustinienne qui affirme l'incorporeite de l'ame (72), ce qui ne sera plus remis en question hormis par le groupe de Marseille, Cassien, Gennade, Fauste de Riez (73). Claudien Mamert polemique contre ce dernier, affirmant contre lui sa doctrine de l'ame incorporelle en s'inspirant aussi du De regressu animae de Porphyre, traduit par Marius Victorinus (74). On rencontre d'autres traces de polemique diffuse chez Arnobius Junior (([cruz]) ca 455), qui forge par derision de son adversaire Serapion une definition composite du corps, qui mele Lucrece (quicquid tangit et tangitur) et la Physique d'Aristote (et in aliquo loco continetur, Phys. [DELTA]1, 209a26-27), a propos du statut, corporel ou incorporel, de l'ame, question posee par Serapion (75). L'adoption de concepts philosophiques se heurte toutefois a certaines limites: les Peres refusent par exemple le principe de la descente-decheance des ames vers le monde materiel, et reaffirment continuellement l'unite du corps et de l'ame chez l'homme, qui recoit en plus, par un don gratuit de Dieu, l'Esprit, comme chez Irenee de Lyon, affirmant la dignite du corps et sa participation au salut.

Quand Cominien introduit les definitions des choses corporelles et incorporelles au detour de l'enumeration canonique des appellatifs, il recourt donc a des conceptions neoplatoniciennes recentes, qui se trouvent de plus coincider avec la vision chretienne du corps oppose a l'ame. On verra cependant plus loin (cf. 2.3) le poids que peseront ces definitions chretiennes du <<corps>>, qui se situent sur un autre plan, tout en utilisant un vocabulaire identique: a partir du moment oo le toucher et la vue associes ne servent plus qu'a distinguer le corps charnel de l'ame, c'est toute la problematique de la distinction des incorporels qui va se trouver faussee.

1.3. La mise en place du probleme a la fin de l'Antiquite

On a pu voir que dans les artes antiques jusqu' au IVe siecle ces differentes problematiques, nom propre vs. nom commun, corporel vs. incorporel, etaient traitees dans des passages separes, distants au moins de quelques lignes. La situation se complique en revanche quand les grammairiens commencent a rapprocher ces passages: en effet tant que la distinction corporel vs. incorporel en reste au niveau des appellatifs (par opposition aux noms propres), la confusion ne peut s'installer. Le probleme apparait quand les differents elements se telescopent par un effort de reformulation rationnelle d'une matiere heterogene. Consentius est le premier, dans la Narbonnaise du debut du w siecle, a combiner ces deux approches, ce qu'il fait en soulignant que les (choses) corporelles sont susceptibles d'etre signifiees soit de maniere propre, soit de maniere commune, mais qu' une partie des incorporelles, les dieux, peuvent aussi recevoir des noms propres, interpretation promise a un riche avenir (cf. infra 3.1). On notera aussi au passage que ce grammairien, qui utilise l'Ars Donati ou sa source (76), ne parle pas de corpus et de res, mais de (signifies) corporels ou incorporels:
   Nomen est pars orationis rem unam aliquam significans. Sed ea ipsa
   quae significantur vel corporalia sunt vel incorporalia. Corporalia
   vel communiter vel proprie significantur, communiter ut homo mons
   mare, proprie ut Cicero Caucasus Hadriaticum. Incorporalia sunt, ut
   pietas iustitia eloquentia, et haec exceptis deorum nominibus fere
   semper communiter significantur (77).


Le rapprochement devient plus net quand les commentateurs s'emparent du texte de l'Ars Donati pour l'eclairer. En tete de la longue lignee des commentateurs de Donat, Servius est le premier confronte au probleme: comment rendre compte de la formule corpus aut rem ? La solution de Servius, qui s'appuie sur des traditions anterieures et en particulier sur le Ps. Probus (78), consiste a rapprocher ce passage de celui oo Donat presente les differentes especes du nom, en tete desquelles il distingue les nomina corporalia et les nomina incorporalia, en empruntant de surcroit la definition des corporels et des incorporeis au groupe des grammaires de Charisius:
   Quod autem dixit corpus aut tem significare, hoc ipsius (sc.
   nominis) proprium est. Corporale autem nomen vel incorporale
   grammatici ita definierunt, ut corporale sit quidquid videtur et
   tangitur ut lapis, incorporale quod nec videtur nec tangitur ut
   pietas (79).


Le rapprochement est egalement visible dans d'autres debris de ce grand commentaire du ve siecle:
   Nomen aut corporale aut incorporale. Corporale est, quod videri et
   tangi potest, ut puta scamnum et alia: et videtur et tangitur et
   corporale est. Incorporale autem est, quod nec videtur nec
   tangitur, ut puta pietas iustitia dignitas. Sed philosophi aliter
   disputant (80).

   Adicit deinde 'corpus aut rem'. Corporalia et incorporalia dicunt
   grammatici. Videris, quid dicant philosophi vel oratores. Interim
   grammatici corporale dicunt quod videtur et tangitur, incorporale
   quod nec videtur nec tangitur (81).


La mention des <<philosophes qui raisonnent autrement>> est un echo de ce que soulignait deja Probus Iunior, et l'on peut se demander qui est vise ici, des Stoiciens comme chez ce grammairien anterieur a Donat, ou des Epicuriens, ou des deux. Les Stoiciens peuvent etre vises ici: Servius traduirait le glissement du sens de pragma d'action pensee a chose pensee, que les grammairiens revendiqueraient consciemment. Mais il est interessant de noter que l'on retrouve exactement les memes notions dans les commentaires serviens de l'epicurien Virgile (82), qu'il s'agisse du commentaire sur l'Eneide (<<Omne quod potest videri, corpus dicitur (6, 303)>>, <<PER ARTUS per elementa, quae membra sunt mundi: corporalia namque sunt, quippe quae possunt videri (6, 726)>> ou sur les Georgiques (a propos de Lucrece: <<ventura ... docet esse corporalem, non quod eum tenere vel cernere possumus, sed quod eius similis atque aquae effectus est, quam corporalem esse manifestum est [4, 219]>>). L'allusion a Lucrece est significative, surtout si l'on admet avec P. Courcelle que Servius a pu utiliser, pour composer son propre commentaire, des Quaestiones Vergilianae de Macrobe (83): le neoplatonisme et sa definition du corps en strict rapport avec la perception soit sensorielle (la vue et le toucher pour les corps physiques) soit intellectuelle (pour les corps mathematiques) apparait a premiere vue difficilement compatible avec la theorie atomiste d'une matiere discrete, oo des corpuscules echappent en permanence a la vision (84). On s'explique peut-etre mieux ainsi l'insistance de Servius a souligner a son tour la particularite des grammairiens qui definissent le corporel comme ce que l'on peut voir et toucher, et a les opposer a des <<philosophes>>, qui raisonnent autrement (85). Cette remarque passe ensuite chez Pompee, qui commente l'Ars Donati a l'aide du commentaire de Servius, et reprend de facon agressive la remarque assez neutre du Ps. Probus qui lui est transmise par Servius:
   Omnia nomina aut corpus significant aut rem. Corporalia dicuntur
   nomina quae videntur et tanguntur, incorporalia quae neque videri
   neque tangi possunt, secundum grammaticos. Quod autem dicant
   philosophi de istis rebus, quid ad nos? Corporalis dicitur res apud
   grammaticos quae videri potest et tangi, incorporalis quae nec
   videri nec tangi potest (86).


Pompee a aussi herite de Servius la reformulation malheureuse de l'expression donatienne de (nomina) corporalia et (nomina) incorporalia. L'expression prend ici toute son ampleur et aboutit a definir les <<noms corporels>> comme <<ceux que l'on voit et touche>>, et les <<noms incorporeis>> comme <<ceux que l'on peut ni voir ni toucher>>. Il y a la une confusion totale entre le niveau des signifiants et celui des signifies, que l'on ne retrouve pas chez Cledonius, qui utilise pourtant aussi a Constantinople le commentaire servien. Il propose au contraire une tripartition tres personnelle, dont on retrouvera des traces au Moyen Age car elle reflete deja le probleme d'interpretation du et: face aux choses corporelles, que l'on peut voir et toucher, il y a cette fois deux sortes d'incorporelles, celles que l'on ne peut a la fois voir et toucher (le ciel, le soleil, l'air), celles que l'on ne peut ni voir ni toucher (la piete, la justice, la dignite). Cledonius s'attache ici a preciser le commentaire servien, dont la definition d'un corps comme ce qui peut etre vu et touche lui parait tres ambigue. Pour ce faire, Cledonius est amene a consolider le bloc des <<corps>>, bien isoles par la conjonction requise des deux sens de la vue et du toucher, et precise la definition des incorporeis, qui accueillent ainsi explicitement pour la premiere fois tout ce qui n'est percu que par un sens, soit la vue soit le toucher, en plus de ce qui echappe a toute perception sensorielle:
   Nomen aut corporalem rem significat aut incorporalem. Corporalia
   sunt que et tanguntur et videntur, ut homo, terra, mate;
   incorporalia sunt que non tanguntur et videntur, ut caelum, sol,
   aer; alia que nec tanguntur nec videntur, ut pietas, iustitia,
   dignitas (87).


Au VIe siecle, avec Priscien, on voit se profiler la tentation d'etablir comme un tableau a double entree, <<distribuant les qualites propre et commune aux corps comine aux choses>>, ce que l'on retrouve a plusieurs reprises dans le chapitre du nom des Institutiones:
   Nomen est pars orationis, quae unicuique subiectorum corporum seu
   rerum communem vel propriam qualitatem distribuit (88).... Communem
   quidem corporum qualitatem demonstrat (sc. nomen), ut 'homo',
   propriam vero ut 'Virgilius', rerum autem communem, ut
   'disciplina', 'ars', propriam ut 'arithmetica Nicomachi',
   'grammatica Aristarchi (89)'.... Sunt enim quaedam corporalia in
   appellativis, ut 'homo', sunt etiam in propriis, ut 'Terentius',
   alia incorporalia in appellativis, ut 'virtus', in propriis, ut
   'Pudicitia (90)'.


On a en effet ici une seconde tentative, apres celle de Consentius (cf. supra), pour definir ce que peuvent etre desres pourvues de norns propres: il s'agit soit de dieux, comme la deesse Pudeur, que Priscien ernprunte a Tite-Live (91), soit d'oeuvres d'hommes celebres, comine l'arithmetique de Nicomaque ou la grammaire d'Aristarque. On verra plus loin tous les prolongements que les grammairiens du Haut Moyen Age donneront a ces deux interpretations divergentes (cf. infra 3.1). On peut cependant s'interroger sur l'exemple Pudicitia donne par Priscien, et se demander s'il s'agit d'une deesse ou peut-etre d'une vertu personnifiee, allegorisee. L'apparat des variantes sur ce passage de Priscien (GL II p. 59) montre en effet que les copistes ont beaucoup hesite, substituant a Pudicitia des lecons comme (1) 'virtus dea et pudicitia penelope', (2) 'pudicitia penelope', (3) 'virtus dea ut pudicitia penelope vel ipsa dea'. Ces flottements temoignent d'un rapprochement avec les exemples voisins de la 'grammaire d'Aristarque', la 'pudeur de Penelope' venant se substituer a (la deesse) Pudeur; certains copistes confortent cependant l'exemplification par des divinites paiennes, en recourant a la deesse Vertu (1 et 3) ou en precisant ensuite que Pudicitia est bien la deesse elle-meme (ipsa dea, 3). Cette interpretation nous semble etayee par le fait que Consentius n'admettait deja comme noms propres d'incorporels que les noms des dieux (cf. supra).

A la fin de l'Antiquite, les problematiques se sont rapprochees de facon significative, mais les grammairiens en restent encore theoriquement a definir les signifiants, et a se demander par exemple ce qu'est un (nom) corporel. A la suite des commentaires de Servius et Pompee, qui glissent, on l'a vu, vers un niveau intermediaire oo l'on ne sait plus tres bien ce qu'on definit, on va voir les grammairiens s'interroger directement sur les signifies, et se demander ce qu'est un corps.

2. LA DEFINITION DU CORPS EN REFERENCE A LA PERCEPTION (VIIe-IXe SIECLES)

2.1. Corpus dicitur quidquid tangitur et videtur

A partir du VIIe siecle, le passage de Donat, Mai. II 2 qui donne la definition du nom devient le lieu d'interrogation sur ce qu'est, non plus un (nom) corporel, mais un corps. Ce changement d'optique, qui porte a creuser la nature des elements de definition pour mieux cerner la nature du defini, apparait des l'Ars Ambrosiana de la premiere moitie du VIIe siecle:
   Corpus autem dicitur quidquid tangitur et videtur. Etsi utrumque
   simul non continuerit, per alterum corpus nominatur. Et hoc nomen
   conpositum esse dicunt, hoc est 'cordis pus'; aliter simplex, et de
   corruptibilitate dicitur. Res autem quicquid non videtur nec
   tangitur; res a verbo, ut alii, 'reor', quod mentis est; sed non
   omne corpus res esse potest (92).


La definition d'un corps liee a la perception visuelle et tactile est desormais bien en place et perdurera jusqu'a la mi-IXe siecle sous des formes a peine alterees. C'est ainsi qu'on la retrouve dans les grammaires de Julien de Tolede (93), Tatwine (corpus est quicquid tangi et videri potest, ut 'terra'), Smaragde (corpus vero dicitur quidquid videtur et tangitur) ou Erchanbert (corpus est quicquid tangi vel videri potest (94)). Il s'oppose ainsi a res, qui designe, par rapprochement etymologique avec reor, ce qui n'est saisi que par l'esprit.

2.2. Les classifications des noms: bipartition ou tripartition

Les grammairiens hesitent cependant entre la bipartition traditionnelle corporel vs. incorporei au profit de tripartitions nouvelles. L'Anglais Tatwine repartit ainsi les signifies du nom en trois categories, les corps, les corporels et les incorporeis. Pour ce grammairien, les corps rassemblent tout ce que l'on peut a la fois voir et toucher (tangi et videri), les corporels sont ce que l'on peut soit voir soit toucher (tangi et non videri vel videri et non tangi), les incorporeis ce que l'on ne peut ni voir ni toucher (nec tangi nec videri):
   Item onme quod nomine significatur corpus est aut corporale, vel
   incorporale: corpus est quicquid tangi et videri potest, ut
   'terra'; corporale quod tangi et non videri, ut 'ventus', vel
   videri et non tangi, ut 'caelum'; incorporale vero quod nec tangi
   nec videri valet, ut 'sapientia (95)'.


On retrouve cela un peu plus loin sous une forme tres proche, quand Tatwine distingue les noms qui signifient soit <<un corps soit une corporalite>> (vel corpus vel corporalitatem) et ceux qui signifient une incorporalite:
   Sunt autem alia vel corpus vel corporalitatem significantia, ut
   'terra', 'humus', 'ensis', 'caelum', 'ventus'. Alia
   incorporalitatem, ut 'pietas', 'iustitia', 'dignitas', 'doctrina':
   haec enim officia spiritus sunt, non corporis (96).


Ce que l'on retrouve en fait ici, c'est l'heritage de l'hesitation tres ancienne dans l'interpretation de la conj onction dans l'expression <<videri tangique>> ou <<videri et tangi>>, la question etant de savoir si elle devait etre prise de facon conjonctive ou disjonctive. On retrouve toujours dans ce contexte les exemples caracteristiques du ciel et du vent, qui posent le mieux la question de la perception sensorielle: le vent, qui est apprehende par le toucher mais pas par la vue, le ciel qui est apprehende par la vue mais pas par le toucher, sont-ils des corps ou faut-il reserver l'appellation de 'corps' a ce qui n'est connu que par ces deux sens conjoints ? On se souvient avoir vu cette question rapportee par Quintilien, ainsi que la difficulte d'interpretation qui pese sur ce passage; on l'a retrouvee aussi chez Cledonius, qui, precisant des definitions anciennes qui auraient pu faire une place a des corps soit visibles soit tangibles, distinguait les corporels, connus par les deux sens, et deux especes d'incorporels, ceux qui n'etaient apprehendes que par un sens et ceux qui n'etaient apprehendes par aucun sens. La question resurgit au Moyen Age dans l'Ars Ambrosiana, oo l'on a pu noter une certaine retenue dans cette toute premiere definition d'un corps comme ce qui peut etre vu et touche, car l'Ars precise bien que si les deux conditions de la vue et du toucher ne sont pas reunies, une seule suffit en fait; l'Ars Ambrosiana s'inscrivait ainsi en contradiction avec la plupart des partitions jusque la realisees, qui prenaient la conjonction au sens fort et rejetaient a la suite de Macrobe et Servius dans les incorporeis tout ce qui ne pouvait etre saisi par ces deux sens conjoints. Cette position trouve des prolongements au IXe siecle, comme chez Smaragde, qui disjoint la vue et le toucher, en mettant les visibilia et les palpabilia en balancement explicite avec deux autres categories bien distinctes, les animes et les inanimes:
   Corpus vero dicitur quidquid videtur et tangitur; animalia
   videlicet et inanimalia, oculis visibilia et tactu palpabilia
   pariter omnia generaliterque corpus vocantur (97).


C'est ce que l'on retrouve encore chez Erchanbert, a ceci pres qu'il a rompu avec la formule traditionnelle, remplacant et par vel, ce qui lui permet d'adapter la definition a la realite sensible:
   Diffinitio corporis substantialiter hoc modo fit: corpus est
   quicquid tangi vel videri potest. Sed hoc tfibus intellegitur
   modis: est enim corpus quod taro videri et tangi potest, ut terra;
   est aliud quod non videtur et tangi potest, ut ventus; quodlibet
   autem visui patet seda mortalibus tangi minime valet, ut caelum
   (98).


On notera au passage qu'un siecle plus tot Tatwine avait deja experimente cette substitution du et par aut dans un passage de sa grammaire qui developpe un point de sa doctrine. Basculant du cote du corpus pris au sens large tout ce qui peut etre saisi par un sens, toucher ou vue, Tatwine en distingue cette fois l'incorporel, qui ne peut etre ni vu ni touche, et le spirituel (spiritale) qui isole dans un degre supplementaire d'incorporalite Dieu, les creatures celestes, les ames, et toutes leurs actions en general:
   Corpus quidem est quicquid tangi aut videri potest, incorporale
   vero quod nec tangi nec videri valet, sed spiritale per se ipsum
   naturaliter est, ut deus et omnis caelestis creatura animarumque
   substantia et quicquid ab his in officio agitar spiritaliter (99).


Ces hesitations nouvelles dans la classification rappellent le remaniement opere par Cledonius mais elles en prennent en fait le contre-pied: la oo Cledonius isolait les corporels, saisis par la vue et le toucher, de deux sortes d'incorporels, saisis par un seul sens ou par aucun (cf. supra 1.3), les nouvelles partitions admettent l'existence de deux types de corporels, ceux qui sont percus par la vue et le toucher d'une part, ceux qui sont percus par la vue ou le toucher, pour isoler au contraire les incorporeis, qui echappent a toute perception. Ce reclassement, qui laisse penser que la definition est desormais ressentie comme contraignante, en ce qu'elle ne traduit pas de facon adequate le processus de la perception sensorielle, procede aussi de la partition des corporels et des incorporeis telle qu'elle est donnee par Isidore de Seville. Celui-ci, sans definir encore ce qu'est un corps, isolait deja les (noms) corporels qui sont soit vus soit touches (on retrouve une fois de plus la formulation hasardeuse de Pompee) comme 'ciel' ou 'terre' des (noms) incorporeis qui, manquant de corps, ne peuvent etre ni vus ni touches (100). On est ici bien avant la redecouverte du sensus communis aristotelicien expose dans le De anima, qui ne sera disponible qu' au XIIIe siecle, mais l'association neoplatonicienne des deux sens de la vue et du toucher se trouve contrebalancee par une reflexion issue de la perception intuitive, qui se traduira aussi, a la fin du IXe siecle, par l'extension de la perception corporelle aux cinq sens (cf. infra 2.3), ainsi que par l'influence de la pensee chretienne qui tend davantage a isoler le spirituel face a un corporel moins strictement defini qu'auparavant.

2.3. Le corps corruptible et le corps-prison

Dans le dernier tiers du IXe siecle, le paysage de ces commentaires grammaticaux change considerablement, et l'on voit s'imposer un tout autre type d'explication du mot corpus de l'Ars maior. Sedulius Scotus et Remi d'Auxerre en particulier dissertent sur la priorite a accorder, dans l'exposition de ce terme, aux explications tirees d'Isidore de Seville (101) ou aux etymologies apparentees a celles de Virgilius Maro (102). Les grammairiens hesitent en effet desormais entre deux explications, celle qui relie le corps a l'idee de la corruption et celle qui y voit la <<prison du coeur (103)>>:
   Sedulius: Corpus dicitur, ut quidam volunt, a corruptibilitate, eo
   quod corruptum perit; unde et derivari putant a verbo corrumpo.
   Sed, quod melius est, corpus dicitur quasi cordis pus, id est
   custodia, quod proprie pertinet ad nostra corpora (104).

   Remigius: Corpus dicitur a corruptibilitate eo quod corruptum
   pereat et inde dirivatur a verbo 'corrumpo, pis' ut quidam putant;
   sive, quod melius est, corpus dicitur quasi 'cordis pus' id est
   custodia cordis.... Pus quando indeclinabile est putredinem
   significat; quando vox declinatur custodiam significat sicut de
   quodam propheta legitur: positus est in pure, id est in custodia
   (105).


L'evolution qui consiste a ne plus expliquer le terme corpus que par son etymologie a ete preparee par l'Ars Ambrosiana, qui completait deja la definition de corpus par une reference a la corruption charnelle et, sous une forme embryonnaire, par un decoupage de corpus en cor + pus (106), et surtout par deux grammaires qui ont ete evoquees plus haut, celle d'Erchanbert et celle qui est attribuee a Raban Maur, qui introduisaient aussi ces etymologies du mot corpus, sans toutefois encore les placer en tete de la definition traditionnelle qui faisait reference a la perception:
   Est illud (sc. corpus) nomen compositum ex corrupto et integro, id
   est ex corde et pus, quod est custodia, sic enim dicitur corpus
   quasi cordis custodia; legitur aliis in pure positis id est in
   custodia, solus hic evasit (107).

   Pus aliquando corruptionem sanguinis, aliquando stagnum aquae,
   aliquando tumorem in corpore, aliquando custodiam significat. Inde
   dicitur corpus, ut quidam volunt, quasi cordis custodia, sed melius
   est ut corpus inde dicatur quia corrumpi potest (108).


Adherant a la nouvelle definition du corps, Remi d'Auxerre et Sedulius etendent la perception corporelle aux cinq sens enumeres indistinctement:
   Remigius: Nomen quid est ? Pars orationis cum casu corpus aut rem
   proprie communiterve significans. (...) Constructio talis: Nomen
   est pars orationis cum casu, significans corpus proprie
   communiterve, vel significans rem proprie communiterve. Corpus est
   quidquid ad V sensus corporis pertinet, videlicet quod videtur
   auditur odoratur gustatur vel tangitur; quidquid enim per quinque
   hos sentitur, corpus vocatur (109).

   Sedulius: Et sciendum est quia quidquid ad quinque sensus corporis
   pertinet ad visum scilicet et auditum gustum odoratum et tactum
   corpus vocatur (110).


Sedulius retrograde en revanche l'ancienne definition en reference a la perception dans le commentaire du passage sur les differentes sortes d'appellatifs, c'est-a-dire la oo elle se trouvait auparavant, et non plus en tete de la section du nom. L'auteur y definit les (noms) corporels comine ceux qui signifient des corps pour trois raisons: 1) parce qu' on peut les voir et les toucher (formulation qui evoque celle de Pompee), 2) parce qu'ils designent une res sur le mode de la corporeite, 3) parce qu'ils s'appliquent a des creatures corporelles:
   ALIA ENIM SUNT CORPORALIA. Corporalia dicuntur (id est corpus
   significantia) quia vel videntur vel tanguntur, ut caelum terra, et
   quia corporaliter tem demonstrant et corporalibus adhaerent
   creaturis.... Alia sunt appellativa incorporalia nomina, id est
   incorporalem rem significantia, id est quae incorporalem rem
   demonstrant, quia carent corpore, unde nec videri nec tangi possunt
   et incorporalibus adhaerent creaturis (111).


Le tournant qui s'observe dans ces dernieres grammaires carolingiennes revele plusieurs choses: tout d'abord le fait que ces commentaires de la definition donatienne lui font desormais perdre tout son sens, car Donat ne parlait pas seulement des corps biologiques humains, mais entendait au contraire corpus dans l'acception philosophique de ce qui tombe sous les sens; s'il n'est plus maintenant question que de ce qui se corrompt par l'effet du temps, voire de ce qui, comme le reconnait Sedulius, constitue une specificite de nos corps (humains) (la <<prison du coeur, de l'ame>>), l'opposition sensible vs. intelligible perd evidemment toute sa portee; ce tournant confirme aussi la coherence chronologique d'un groupe de grammairiens, Erchanbert, Raban ou pseudo-Raban, Sedulius, Remigius, de la seconde moitie du IXe siecle (112). Il souligne d'autre part l'entree en force du paradigme chretien dans les definitions grammaticales. Corpus fonctionne tres tot en opposition avec spiritus ou anima (113), mieux qu'avec res en tout cas (on se souvient a cet egard de la tripartition corpus/incorporale/spiritale de Tatwine), et il fait maintenant de surcroit partie de la famille de corruptio, corrumpo, une etymologie a mettre en relation avec Sap 9, 15 (corpus quod corrumpitur aggravat animam). C'est dans l'opposition avec anima et spiritus que survit en fait le mieux la definition du corps (charnel) comme susceptible d'une double perception, visuelle et tactile. Les theologiens ont en effet accueilli cette definition depuis un certain temps, comme en temoigne le enim significatif par lequel Eloi (eveque de Noyon) introduit cette definition au VIIe siecle, precisement entre 640, date de son elevation a l'episcopat, et 659, annee de sa mort:
   Vulneratos vos video, fratres mei, vulneratos vos video; et quod
   est deterius, non vulneribus corporum, sed vulneribus animarum.
   Animarum enim vulnera tanto sublimiora sunt et immedicabilia,
   quanto natura animae subtilior est corpore. Corpus enim videtur et
   tangitur, anima vero invisibilis est et impalpabilis (114).


Cette opposition fait echo a celle qui existe entre corpus et spiritus (cf. Lc 24, 39), a laquelle se refere par exemple Rathier de Verone pour soutenir l'incorporeite divine (115). C'est dans le meme type de contexte qu'apparait chez Candide de Treves, semble-t-il, le mot spiritalitas, qui designe un mode d'etre et fonctionne comine un doublet d'incorporalitas. Candide repond ici a une question: le Christ en tant qu'homme a-t-il pu voir Dieu de ses yeux corporels ? Non, repond Candide, car Dieu est plus incorporei encore que les anges, les ames et les esprits de tous genres (116). La definition du corps comine ce qui doit pouvoir etre vu et touche rencontre cependant des resistances, quand on tente de la transposer au plan de la doctrine eucharistique (117). Etant pose qu'un corps est visible et tangible, comment parler du corps eucharistique? On trouve ainsi chez Paschase Radbert une condamnation severe de ceux qui affirment, se montrant <<plus bavards que savants>>, qu'un corps se reduit a ce que l'on voit et touche (118); sa visee est en effet, dans cette lettre a Fredugard de Corbie, de preserver le corps spirituel eucharistique, contre les arguments developpes par Ratramne de Corbie dans son De corpore et sanguine Domini (119). Le vieil argument de la double perception, presente une fois de plus comme un argument d'evidence, ressurgit encore dans la polemique d'Alger de Liege contre Berenger, dans sa tentative de definition opposee d'un <<corps non corporel>>, le corps spirituel du Christ, et il le fait egalement en reference a la double perception visuelle et tactile (120).

3. QUESTIONS ANNEXES

3.1. La categorie des res proprie significatae: les dieux, les anges, la grammaire d'Aristarque et l'arithmetique de Nicomaque

Dans la lignee de Priscien, les grammairiens s'interrogent aussi sur la quatrieme categorie de noms, celles qui designent des choses pourvues de noms propres. On se souvient que Priscien avait contribue a cette reflexion en fournissant deux illustrations tres differentes de cette categorie, noms de dieux et oeuvres nommees d'apres leur auteur. La question est reprise du VIIe au IXe siecle, et recoit des reponses tres differentes, qui dependent etroitement des deux options ouvertes par Priscien. Un premier groupe de grammairiens, forme de l'auteur de l'Ars Ambrosiana, l'Anonymus ad Cuimnanum, Tatwine et Malsachanus, rangent dans la categorie des <<choses a nom propre>> les dieux des paiens, les anges des chretiens, ou les deux. L'Ars Ambrosiana, qui fait apparaitre cette possibilite pour la premiere fois dans le commentaire du Donat, le fait de facon tres interessante en confrontant explicitement (aliter ...) deux opinions differentes. La premiere, selon laquelle seuls les signifies corporels pouvaient recevoir des noms propres et communs, ne sera plus jamais mentionnee par la suite; la seconde introduit pour la premiere fois l'idee que les res peuvent etre signifiees de facon commune et plus rarement de facon propre:
   Item 'significans' corpus proprie communiterve', rem autem
   communiter. Aliter: Et res utrumque continet, licet raro, ut sunt
   deorum et angelorum nomina (121).


La question est aussi posee tres clairement par l'Anonymus ad Cuimnanum, grammaire irlandaise de la seconde moitie du VIIe siecle, qui fournit dans cette section un expose tres long sur les corps, leur definition, leurs subdivisions, etc., et la formulation meme du passage montre a quel point la question etait deja debattue:
   Sed item nondum sumus liberati a questione volentes respondere
   obiecientibus causantibusque, utrum propria semper rebus
   corporalibus tantum esse possunt secundum exempla quae Donati
   profert et aliorum regula, an et incoporalibus. Respondendum est
   propria quidem corporibus fieri debere et appellativa, ut est
   'Roma', 'Tiberis', 'Cicero', 'Caucassus', 'Adriaticum', id est
   'URBS', 'FLUMEN', 'philosophus', 'mons', 'mare', id est proprie et
   commoniter. Incorporalia autem commoniter fere tantum, id est
   appellative, proferri possunt, ut 'iustitia', 'pietas',
   'eloquentia' et reliqua. Et haec, exceptis deorum nominibus, fere
   semper commoniter significantur; gentiles enim deos, propriis quos
   vocant, spiritales esse opinantur, ut 'Saturnus' et 'Iovis' et
   'Ulcanus' et reliqua. Cum Christianis autem 'Michael', 'Gabrihel',
   'Urihel', 'Raphel' et reliqua angelorum nomina, qui quamvis proprie
   in caelo non vocantur, nos tamen per officia eorum nobis cognita
   propriis hiis nominibus eos censemus in terra (122).


Il est donc admis que les choses, contrairement aux corps, sont presque toujours signifiees de maniere commune, a quelques exceptions pres, les noras des dieux (des Gentils), et ceux des anges. L'apparition tres precoce des anges dans ce contexte est d'ailleurs interessante a plus d'un titre car elle reflete davantage la position de Gregoire le Grand, tenant comme le Pseudo Denys de la spiritualite absolue des anges, que les opinions fluctuantes des premiers Peres, qui se prononcaient plutot pour une forme de corporeite subtile des anges (123); c'est aussi la position isidorienne que l'on retrouve ici, qui consistait a distinguer, comine Augustin, la nature spirituelle de l'ange de sa fonction, qui lui faisait assumer temporairement une forme de corps (124). Le grammairien anglais Tatwine (([dagger]) 734) ne donne en revanche comme exemple que les noras des dieux:
   Quicquid autem corporale est vel corpus proprie sive communiter
   significatur: proprie ut 'Roma', 'Tiberis', 'Cicero', qui uni urbi,
   flumini, homini pertinet, communiter ut 'urbs', 'flumen', 'homo',
   quia de omnibus urbibus, fluminibus, hominibus dici potest;
   incorporale vero, ut 'pietas', 'iustitia', 'eloquentia'--et hoc
   exceptis deorum nominibus --fere semper communiter significatur
   (125),


tandis que Malsachanus (ca 850) ne donne au contraire que l'exemple des anges:
   Donams dicit: Nomen quid est? Pars orationis cum casu corpus aut
   rem proprie communiterve significans. Non necesse est autem, ut
   nomen ista V contineat, sed III de istis. Nam ut habeat casum cum
   corpore proprio saepe necesse est, ut 'Rocorpore appellativo, ut
   'civitas'; item cum te semper appellativa, ut 'pietas' (extra pauca
   nomina angelorum quae propria sunt, ut 'Michahel' et cetera (126)).


Un second groupe de grammairiens, contemporains des autres (Donatus Ortigraphus, Ars Laureshamensis), reprend en revanche l'illustration par la Grammaire d'Aristarque et l'Arithmetique de Nicomaque:
   Donatus Ortigraphus: Et commonem quidem corporum qualitatem
   demonstrat ut 'homo', propriam vero ut 'Virgilius', rerum autem
   communem ut 'disciplina', 'ars', propriam ut 'arithmetica
   Nicomachi', 'grammatica Afistarchi (127)'. Ars Laureshamensis: Rem
   propriam significat, ut grammatica Aristarchi, arithmetica
   Nicomachi (128).


Enfin un troisieme groupe, forme par Muridac, Erchanbert, Raban et Sedulius Scotus, synthetisent cet ensemble de considerations, et donnent a leur tour des reponses vafiees, qui incluent les deux types d'exemples fournis par Priscien. Muridac introduit cette section de son commentaire en se demandant pourquoi Donat ne donne pas d'exemple pour les res alors qu'il en donne pour les corps. La reponse fournie est que Donat, dans son souci de brievete, laisse a ses commentateurs le soin d'eclairer et de completer son texte, ce que fait Muridac en inserant conjointement les deux types d'exemples de Priscien:
   Quare non dedit exemplum de te sicut dedit de corpore? Brevitatem
   sequens, ut praedictum est, praetermisit nobisque inquirendum
   reliquit. Vel certa quia in praedictis ista comprehendit. Nos tamen
   possumus exempla proferre: proprium est ut Michael, appellativum ut
   angelus. Inveniuntur tamen et appellativa ob nimian frequentationem
   in propria versa, ut grammatica Aristarchi et arithmetica Nicomachi
   (129).


Erchanbert conteste en revanche l'illustration de la categorie res proprie significam par les noras des anges et des dieux, et ne mentionne cette position que pour la dementir:
   ... res proprie ... sicut dicimus Arithmetica Nicomachi, Grammatica
   Aristarchi; additio nominum istorum nulli alii nisi ipsis tantum
   auctoribus has artes concedit. Alii dicunt rem esse propriam
   angelorum sive deorum nomina; sed illud non adeo firmum (130).


Raban, ou le Ps. Raban, donne un apercu tres complet de cette question, et enumere trois positions soutenues a son epoque. La premiere et la seconde sont inspirees des deux possibilites ouvertes par Priscien, la troisieme, que nous n'avons pas rencontree jusque la, derive de la seconde (les noms des anges), pour ramener ceux-ci parmi les <<choses a nom commun>> et reserver la categorie <<chose a nom propre>> a Dieu, ce qui constitue une sorte de retour a l'une des positions de Priscien, et surtout un singulier echo de la position origenienne selon laquelle Dieu seul est incorporel (131):
   Res propria est, ut Priscianus dicit, ars, ad quemlibet auctorem
   specialiter pertinens, ut est Arithmetica Nicomachi, Grammatica
   Aristarchi. Res vero communis ut diciplina, ars. Alii dicunt rem
   esse propriam, ut sunt nomina Angelorum Michael, Gabriel, etc.;
   communem autem, nomina virtutum, ut pietas, prudentia et rel.
   Nonnulli hoc modo affirmare non dubitant: res propria Deus,
   communis autem angelus (132).


Sedulius Scotus donne quant a lui les deux types d'exemple, mais de facon assez confuse: il n'evoque par exemple dans son commentaire du Donat mineur que l'illustration par les oeuvres celebres:
   Res propria est ut grammatica Aristarchi, arithmetica Nicomachi,
   res universalis est grammatica arithmetica (133).


Son commentaire du Donat majeur fournit en revanche une batterie d'exemples differents, a la coherence problematique. S'il est clair que Sedulius demarque ici la formulation de la question chez Muridac, les exemples qu'il donne doivent alors etre compris de la facon suivante, sur le modele de la grammatica Donati (oo l'on reconnait un calque de la grammatica Aristarchi): 'iustitia, pietas Michahel', 'arithmetica <Nicomachi>'. L'exemple de 'lajustice, la piete de Michael' apparaissent ici comme des echos de la 'pudeur de Penelope', variante proposee, on s'en souvient, par certains copistes des Institutions de Priscien:
   Queritur autem cur non dederit exemplum de re sicut de corpore. Sed
   hoc fecit brevitati studens. Nos tamen possumus inde exemplum dare:
   rem proprie significat nomen sicut grammatica Donati quia hoc nomen
   unius tantum est artis. Item rem proprie ut iustitia pietas
   Michahel arithmetica. Haec enim incorporalia sunt et invisibilia
   (134).


On retrouve la meme incoherence doctrinale dans les commentaires du Donat mineur et du Donat majeur de Remi d'Auxerre, qui fournissent presque la meme explication aberrante de ce passage, distinguant des res proprie (significatae) comme iustitia, pietas, grammatica, dialectica, et des res communiter (significatae) comine virtus et ars, a ceci pres que l'exemple de l'archange Michael intervient dans le commentaire du Donat majeur:
   Donat mineur: Corpus proprie, ut Donatus Roma Tiberis. Communiter
   ut homo urbs flumen.... Vel significans rem proprie vel communiter:
   Rem proprie, ut iustitia pietas grammatica dialectica; communiter
   ut virtus ars (135).

   Corpus proprie ostendit, ut Roma Tiberis.... Communiter ostendit
   corpus cum dicit ut urbs flumen.... De re tacuit ut acueret sensum
   lectoris. Sed sciendum est quia res similiter duobus modis
   ostenditur: proprie, ut Michael, dialectica, grammatica, communiter
   ut angelus ars (136).


On mesure a quel point ces discussions sur la facon de remplir cette categorie enigmatique des <<choses a nom propre>> dependent de Priscien. Avant lui, Donat et ses commentateurs ne fournissaient pas d'illustration de cette eventualite, a l'exception de Consentius qui suggerait deja la piste des noms de dieux. Priscien, avec ses deux exemples, a en effet ouvert la voie a des speculations qui se trouvent amplifiees par les developpements concomitants de 1'angelologie.

3.2. Corpus et res: inclusion ou exclusion?

Si l'on reprend les definitions antiques de Donat et Charisius, on se rend compte aussi que, malgre la similitude de facade, corpus et res n'y etaient pas du tout dans les memes rapports. Chez Donat en effet, ils apparaissaient comme separes, puisqu'un nom signifie soit un corps soit une chose, et c'est cette partition que l'on retrouve encore dans les Institutions de Priscien; chez Charisius, corpus etait au contraire inclus dans res puisqu'un nom signifie soit une chose de corporelle soit une chose incorporelle, comme chez Lucrece qui affirmait qu'une res ne pouvait toucher et etre touchee a moins d'etre un corpus. I1 parait donc interessant de suivre les evolutions de ces schemas opposes.

Dans un passage tres significatif des Partitiones (ad Aen. 5, 1), posterieures a ses Institutions, Priscien confronte les definitions de Donat (corpus aut rem) et Apollonius (corporalium rerum vel incorporalium (137)): on peut comprendre cette phrase comme la preuve que l'assimilation corpus/res corporalis et res/res incorporalis est totale, puisqu' Apollonius, que Priscien connait, donne en realite soma et pragma (138); il nous semble qu'il faut plutot y lire la desapprobation de Priscien pour le rendu de pragma par res, car ce passage s'eclaire a la lecture d'un passage voisin des Partitiones (ad Aen. 3, 1, Postquam res Asiae ...), dans lequel Priscien explique que res dans l'acception stricte d'incorporel n'est qu'un mot de grammairien, et que le terme designe en realite aussi bien des choses corporelles qu'incorporelles, ce que prouve le vers de Virgile:
   Quamvis enim quidam grammatici incorporalia soleant res dicere,
   tamen vera ratione omnia quae sunt, sive corporalia sive
   incorporalia, res possunt nominari, sicut hic 'res Asiae' dixit pro
   'opes', et 'res publica' et 'res familiaris' et 'res uxoria (139)'.


Les grammairiens du Haut Moyen Age, tout en commentant Donat, ne le suivent plus sur le terrain d'une distinction absolue entre corpus et res. Influences par les autres artes dont ils disposaient, et en particulier celles du groupe de Charisius, ainsi que par Priscien, les grammairiens rejettent la distinction stricte entre corpus et res, et se prononcent plutot pour une inclusion de corpus dans res. L'Ars Ambrosiana parait etre le premier commentaire oo se profile cette remise en question, et son auteur anonyme fait remarquer que Donat aurait tout aussi bien pu se contenter de dire 'rem significans' (developpant ainsi l'inclusion posee plus haut de corpus dans res); il justifie la formule donatienne par le fait que la substance est plus comprehensible quand elle est distinguee (allusion au De definitionibus de Marius Victorinus (140)), ce qui revient a dite que la definition fournie par Donat est inexacte au plan logique mais commode:
   Res autem quicquid non videtur nec tangitur; res a verbo, ut alii,
   reor, quod mentis est; sed non omne corpus res esse potest. Item
   Donatum dicunt dividisse creaturas in duas partes; item potuit
   tantum dicere 'rem significans', sed notior est partis substantia
   cum sit divisa (141).


Un peu plus tard, l'Anonymus ad Cuimnanum pose clairement la question et repond que tout corps est une chose mais que toute chose n'est pas un corps, parce que res englobe le corporel et l'incorporel:
   Corpus aut tem an potest esse simile? Non. Nato omne, quod corpus,
   res esse et omne, quod res, non corpus potest (142).... De corpore
   dicto rerum sciamus gradus vel
   differentias, quae plures corporibus sunt, quippe dum res corporale
   et incorporale in se continet. Auctores autem ferunt rerum
   differentias esse sex, hoc est non viventia ut saxa, viventia ut
   arbores, mortalia ut pecora rationis expertia, mortalia
   rationabilia ut homines, inmortalia rationabilia ut angeli; sextus
   gradus, id est Deus, nam et ipse in rebus dici potest, ut alibi
   dicitur: Periet omnis res, quae est sub caelo, praeter Trinitatem
   (143).


On retrouve cette problematique a la mi VIIIe siecle dans l'Ars Bernensis, qui reaf-firme egalement que tout corps est une chose, mais qu'a l'inverse toute chose n'est pas un corps:
   Quid interest inter corpus et rem? Omne corpus potest res esse, ut
   dicitur caelum, terra, mate; quae videntur aut audiuntur aut
   tanguntur aut gustantur, corporalia sunt; sed non omnis res corpus
   est; illa utique, quae nec auditur nec tangitur sicut dicitur
   iustitia pietas et reliqua (144).


Il ne se trouve guere que Remi d'Auxerre et Sedulius Scotus pour defendre la position de Donat, et ils le font en prenant point par point le contre-pied de la critique de Priscien. Leur argument consiste a affirmer que res designe au sens strict les incorporeis, et Sedulius soutient meme que c'est par un abus de langage que le mot est utilise pour parler d'objets materiels, comme dans l'exemple virgilien Postquam res Asiae (Aen. 3, 1):
   Remigius: Res proprie incorporalis est, sed aliquando res pro
   corporali ponitur, sicut dicimus 'da mihi rem meam', et sicut
   Virgilius: Postquam res Asiae Priami que evertere gentem, / rem
   posuit pro regno (145).

   Sedulius: Res incorporalis est sed abusive etiam corporalia rem
   vocamus. Solemus enim dicere: 'da mihi rem meam' id est 'meum
   librum' vel 'vestimentum' sicut Virgilius: Postquam res Asiae,
   'res' posuit pro 'regno corporali (146)'.


Si la position de Sedulius nous semble marginale, et parait meme constituer une sorte de recul par rapport aux reflexions anterieures, il faut cependant souligner que cette tradition restera extremement vivante (147) et que les futures acceptions philosophique et metaphysique de res prennent vraisemblabement leur origine dans le rendu discutable de pragma par ce terme, qui fait de res, mis en relation avec reor des l'Ars Ambrosiana, une designation de tout ce qui n'est saisi que par l'intellect et non par les sens. On retrouve ces differentes positions resumees bien plus tard dans la glose du Graecismus (ici dans l'etat du XIVe siecle), qui cumule des gloses anterieures du meme manuel. Le commentateur y explique les vers XII 327-330 du traite d'Evrard de Bethune, selon lesquels res se dit des choses invisibles, parce que le mot vient de reor (on retrouve ici le rapprochement que proposait deja l'Ars Ambrosiana), et que les choses visibles se nomment des corps, etant donne que tout corps est une chose, du moins selon l'usage. Res apparait donc comme un terme ambigu, car Evrard cumule ici des positions contradictoires: d'apres son etymologie, il ne devrait s'appliquer qu'aux realites invisibles, mais l'usage fait que les corps font aussi partie des res:
   De non visibili debet tantummodo dici / Res, cum principium 'reor'
   huic sit pro 'puto' dictum, / Sed res visibiles potius fore corpora
   dices, / Omne tamen corpus res est, velut asserit usus (148).


Face a ces vers qui ne prennent pas parti dans un debat tres ancien mais se contentent de rappeler les elements de la question, le commentateur procede de meme, cumulant a son tour des opinions variees sans grand souci de coherence. 1) Res se dit au propre de ce qui ne se voit pas; 2) toute chose est un corps, mais tout corps n'est pas une chose; 3) res se dit au propre des intelligibles car le mot vient de reor (149); il arrive pourtant qu'il designe une chose corporelle, comme quand on dit 'donne-moi ma chose' en parlant d'un livre, si bien que Donat avait raison de distinguer strictement corpus et res --et l'on voit ici ressurgir 1'argument oppose par Sedulius Scotus a Priscien; 4) corpus signifie la <<prison du coeur>> ou bien ce qui est saisi par les sens corporels, comme la vue, le gout, etc.-- et l'on retrouve ici l'indifferenciation de la perception corporelle quant aux sens agissants; 5) le commentateur enumere les differents sens de res appuyes sur des exemples litteraires, logiques ou patristiques; 6) puis recapitule d'autres acceptions dans trois vers differentiels:

1) Differentia est inter corpus et rem quia [res proprie dicitur illud] conveniunt aliqualiter in significato, tamen differunt quia res proprie dicitur illud quod non videtur vel videri non potest, sicut grammatica, musica, sillogismus et tales intentiones, iustitia, benignitas, pietas.

2) Unde notandum est quod omne corpus est res, non tamen e converso, quia bonitas est res, non tamen est corpus.

3) Item notandum quod res proprie dicitur de rebus intelligibilibus et merito cum derivetur a reor, reris. Tamen quandoque ponitur pro re corporali, ut cum dicitur 'da mihi rem meam' id est 'librum meum' vel aliquid tale. Et propterea dicebat Donatus venerabilis grammaticus quod nomen significabat cum casu corpus aut rem proprie.

4) Et notandum est quod corpus dicitur de cor, dis et pus, id est custodia, vel dicitur corpus quidquid sensibus corporeis capitur, scilicet visu, gustu, etc. Item notandum quod omne corpus aut est proprium aut commune, proprium ut Roma, Tyberis, commune ut urbs, flumen.

5) Et nota quod res plura significat.

a. Quandoque enim significat rem incorporalem vel incorpoream, sicut grammatica, logica etc.

b. Quandoque significat figmentum ut: Chimera est res opinabilis,

c. Quandoque voluntatem (?), unde Oracius: Gaudeat et doleat, metuat, cupiat, vel quid ad rem.

d. Quandoque personam, unde Gregorius: Res que culpa caret in dampnum non vocat (verat cod.) vel ad dampnum vocari non convenit (150).

e. Quandoque veritatem ut cum dicitur 'ita est in re' idest verum est quod dicit.

f. Quandoque effectum vel factum, ut dicendo: Ex re modo habes.

g. Quandoque [corpus] largius accipitur et significat omne quod est sive non est.

6) Omnia autem significata istius nominis res in versibus istis continentur:
   Res incorporea cohitum figmentaque signat,
   Utile, personam, verum, possessio, facturo,
   Dividit et large denotat omne quod est vel non [est etc. (151)].


3.3. Vocabulum et appellatio

On voit curieusement ressurgir au IXe siecle, dans l'Ars Laureshamensis et presque dans les memes termes dans le commentaire de l'Ars maior de Sedulius Scotus, une distinction comparable a celle que mentionnait Quintilien, qui, on s'en souvient, regroupait sous le terme d'appellatio les noms d'incorporels et sous vocabulum les designations de corporels. Donat et Priscien ne rappelant plus ces termes que pour memoire, les grammairiens qui reactivent cette distinction pour y plaquer les notions de corporeis et d'incorporels le font en inversant les termes, si bien qu'appellatio s'applique cette fois aux noms de corporels et vocabulum aux incorporeis:
   Appellatio autem communis est similium rerum ut homo vir femina.
   Vocabulum vero est, quod res incorporeas significat, ut pietas
   diciplina ars (152). Appellatio autem communis est similium rerum
   ut homo vir femina, quae sunt nomina appellativa qualitatis.
   Vocabulum vero est, quod res incorporeas significat, ut pietas
   diciplina ars (153).


Le meme Sedulius Scotus donne cependant des definitions totalement differentes dans son commentaire de Priscien, et ces definitions sont celles que Diomede rapportait comine etant celle de Scaurus, l'appellatio s'appliquant aux etres doues de mouvement, le vocabulum etant reserve aux choses inanimees:
   Inter nomen et appellationem et vocabulum haec distantia secundum
   antiquiores fuit, quod nomen sit quo aut deus aut homo proprie
   significabatur, ut Iupiter Cicero, appellatio vero multorum, ut
   animal leo homo taurus, vocabulum rerum inanimalium, ut lapis arbor
   gemma (154).


L'adaptation par Donat de definitions empruntees a la tradition grammaticale grecque a donc eu plusieurs consequences, a commencer par la disjonction de corpus et res, alignes a la fois sur soma et pragma et sur les significations de res corporalis et res incorporalis. Res y gagne une nouvelle acception, et n'est plus cense designer que des choses incorporelles echappant a la percepUon. La definition des corporalia, fixee sur la double perception visuelle et tactile heritee du neoplatonisme, se transfere d'autre part, du fait des commentateurs, sur corpus.

Ces elements se maintiennent avec plus ou moins de succes: la disjonction artificielle de corpus et res, parce qu'elle est critiquee par Priscien, est remise en question par les commentateurs medievaux, mais connait un renouveau avec Sedulius Scotus a la fin du IXe siecle, tandis que la fixation de la definition du corps sur la double perception sensorielle recule nettement. Elle apparait en effet contrariee par deux phenomenes. Le premier est la difficulte de continuer a classer parmi les incorporeis tout ce qui n'est percu que par un sens, parce que le fondement philosophique de cette option n'est plus saisi; on a vu d'ailleurs que les exemples, a cet egard genants, du ciel et du vent revenaient constamment dans ce contexte. Le second est peut-etre la volonte, liee au contexte chretien, de preserver les incorporeis, assimiles aux realites spirituelles, dans une categorie a part; distinguer le spirituel du materiel conduit ici a isoler strictement le spirituel comine ce qui echappe aux sens, pour accueillir dans une vaste categorie indifferenciee tout ce qui est corporel. On a vu que cette remise en question se fait par l'interpretation forcee de la conjonction et/que, tantot traduite par des tripartitions, tantot transformee en un vel qui ne laisse plus de doute sur l'indifference des commentateurs quant aux partitions antiques du reel.

L'attitude des grammairiens et leurs hesitations sur le classement des corps et des choses temoignent aussi de l'influence tres forte de Priscien. C'est en le suivant qu'ils sont amenes a remettre en question la disjonction entre corpus et res, ainsi qu'a reflechir sur la categorie tres particuliere des <<choses a nom propre>>. Cette influence reflete aussi le va-et-vient qui existe entre ces grammaires antiques: c'est parce que Priscien critique et complete les definitions de Donat, que les commentateurs de celui-ci puisent dans ses Institutions pour eclairer et completer l'Ars maior.

Avec les derniers grammairiens carolingiens, 1'abandon de la definition du corps en reference a la double perception parait consacre, du moins dans les grammaires, car on a vu que la speculation theologique la reprenait a son compte, pour reflechir a contrario sur la nature du corps eucharistique. De fait les grammairiens ne reviennent p as a la definition de l'Ars maior telle qu'elle etait commentee dans le Haut Moyen Age (155), parce que les commentaires de l'Ars maior s'arretent avec le renouveau d'interet pour Priscien, mais il est vraisemblable que cette filiation se poursuit dans les commentaires du Donat mineur. Papias est un des premiers temoins de ce retour a la definition de Priscien (156), mais c'est alors la definition du nom telle qu'elle est proposee dans les Institutions (corpus vs. res) et non la definition altemative des Partitiones (res corporales vs. incorporales) que retrouvent les grammairiens. Le resultat est que l'on voit ressurgir dans les gloses sur Priscien la disjonction entre corpus et res (157), mais pas la double perception definissant les corps, qui a definitivement disparu sous l'influence de la pensee chretienne, oo l'union de la vue et du toucher ne sert plus qu'a distinguer le corps (charnel) de 1'ame.

L'exemple de corpus temoigne egalement de la diversite des influences qui s'exercent directement ou non sur le vocabulaire des grammairiens latins: la terminologie juridique, qui brouille les essais de transposition du vocabulaire philosophique grec; la tradition grammaticale grecque, qui incite Donat a proposer une nouvelle definition du nom; le paradigme chretien qui incite a isoler de preference le spirituel et bouscule les cadres de l'ancienne definition du corps. La proximite de l'Ars Donati et de la Techne souligne egalement la permanence des courants d'echange et d'emprunt entre les mondes hellenistique et latin, mais aussi le fait que l'Occident herite, au moins pour ce qui concerne ces definitions grammaticales majeures du nom et surtout du verbe, d'un stoicisme degrade.
ANNEXE: les exemples donnes par les grammaires (les numeros 1 et 2 de
la premiere colonne renvoient respectivement aux localisations
principales de ces exemples dans les grammaires: la definition du nom
et les differents genres d'appellatifs; ceux des deuxieme et troisieme
colonnes distinguent les exemples donnes pour les noms propres et pour
les noms communs).

                   corpus/res
                   corporalis

Ps. Probus         r. inanimalis lapis    r.
                   domus lignum           corporalis
                                          terra
                                          navis mare

Denys le Thrace    lithos

Donat 1            1. Roma Tiberis
                   2. urbs flumen

Donat 2            homo terra mare

Charisius 1        1. Roma Tiberis
                   2. urbs civitas
                   flumen

Charisius 2        homo terra mare

Dosithee 1         1. Roma Tiberis
                   2. civitas flumen

Dosithee 2         homo arbor pecus

Diomede 1          1. Roma Tiberis
                   2. urbs flumen

Diomede 2          homo arbor

Anonymus           1. Roma Tiberis
Bobiensis 1        2. civitas flumen

Anonymus           homo arbor pecus
Bobiensis 2

Ps. Aemilius       r. animalis            r.
Asper 1            homo                   inanimalis
                   Cato                   arbor
                                          lapis

Ps. Aemilius       animalia               inanimalia
Asper 2            homo bos               arbor
                                          lapis

Audax              homo

Consentius         1. homo mons mare
                   2. Cicero Caucasus
                   Hadriaticum

Servius a          lapis

Servius b          scamnum

Cledonius          homo terra mare

Priscien 1         1. homo

                   2. Virgilius

Priscien 2         1. homo
                   2. Terentius

Ars Ambrosiana     1. homo bonus
                   2. Roma Tiberis

Iulianus           homo terra mare
Toletanus

Anon. ad           1. Roma Tiberis
Cuimnanum          Cicero Caucassus
                   Adriaticum
                   2. philosophus mons
                   mare

Donatus            1. homo
Ortigraphus        2. Virgilus

Ars Bernensis      mare

Bonifatius         1. urbs flumen
                   mons // terra homo
                   mare
                   2. Roma Tiberis Sion

Tatwine a          corpus:                corporale:
                   terra                  ventus
                                          caelum

Tatwine b          corpus vel
                   corporalitas: terra
                   humus ensis caelum
                   ventus

Tatwine c          1. Roma Tiberis
                   Cicero
                   2. urbs flumen homo

Smaragdus          1. Michael Adam Eva
                   Abraham Isaias
                   Salomon Petrus
                   Augustinus Virgilius
                   Roma Tiberis
                   2. angelus homo
                   mulier patriarcha
                   propheta rex
                   apostolus docto
                   poeta civitas
                   fluvius

Malsachanus        1. Roma
                   2. civitas

Ars                1. Roma Tiberis
Laureshamensis     2. urbs flumen

Muridac 1          1. Roma Tiberis
                   2. urbs flumen

Muridac 2          homo terra

Erchanbert 1a      videtur et             non vide-    videtur
                   tangitur:              tur sed      nec
                   terra                  tangitur:    tangitur:
                                          ventus       caelum

Erchanbert 1b      1. Roma Tiberis
                   Virgilius
                   2. urbs flumen homo

Raban (?)

Raban (?)
secundum alios

Raban (?)
secundum alios

Sedulius Scotus    1. Roma Tiberis
in Don. mai. 1
                   2. urbs flumen

Sedulius Scotus    caelum terra--1.
in Don. mai. 2     homo 2. Terentius

Sedulius Scotus    1. Roma Tiberis
in Don. min. 1
                   2. urbs flumen

Remigius           1. Donatus Roma
Autissiodorensis   Tiberis.

                   2. homo urbs flumen.

                   res/res incorporalis

Ps. Probus         pietas iustitia dolor

Denys le Thrace    paideia

Donat 1

Donat 2            pietas iustitia dignitas

Charisius 1

Charisius 2        pietas iustitia dignitas

Dosithee 1

Dosithee 2         pietas iustitia decus
                   dignitas facundia doctrina
Diomede 1

Diomede 2          deus pietas iustitia
                   dignitas sapientia doctrina
                   facundia

Anonymus
Bobiensis 1

Anonymus           pietas iustitia
Bobiensis 2

Ps. Aemilius       perfidia clementia
Asper 1

Ps. Aemilius       sapientia prudentia
Asper 2

Audax              pietas

Consentius         pietas iustitia eloquentia

Servius a          pietas

Servius b          pietas iustitia dignitas

Cledonius          non videntur et               nec videntur nee
                   tanguntur:                    tanguntur:pietas
                   caelum sol aer                iustitia dignitas

Priscien 1         1. disciplina ars

                   2. arithmetica Nicomachi,
                   grammatica Aristarchi

Priscien 2         1. virtus
                   2. Pudicitia

Ars Ambrosiana     1. sermo bonus
                   2. (deorum et angelorum
                   nomina)

Iulianus           pietas iustitia dignitas
Toletanus

Anon. ad           1. iustitia pietas
Cuimnanum          eloquentia
                   2. Saturnus, lovis,
                   Ulcanus; Michael Gabrihel
                   Urihel Raphel

Donatus            1. disciplina ars
Ortigraphus        2. arithmetica Nicomachi,
                   grammatica Aristarchi

Ars Bernensis      iustitia dignitas angelus

Bonifatius         veritas iustitia pietas

Tatwine a          sapientia

Tatwine b          pietas iustitia dignitas
                   doctrina

Tatwine c          1. pietas iustitia
                   eloquentia
                   2. (deorum nomina)

Smaragdus          caritas gaudium pax
                   longanimitas bonitas
                   benignitas

Malsachanus        1. pietas
                   2. Michahel

Ars                1. arithmetica Nicomachi,
Laureshamensis     grammatica Aristarchi
                   2. pietas disciplina ars

Muridac 1          1. angelus
                   2. Michael // arithmetica
                   Nicomachi, grammatica
                   Aristarchi

Muridac 2          pietas iustitia dignitas

Erchanbert 1a      sapientia pietas aliarumque
                   virtutum (virtutem ed.)
                   vel vitiorum nomina

Erchanbert 1b      1. arithmetica Nicomachi,
                   grammatica Aristarchi;
                   secundum alios: angelorum
                   sive deorum nomina

Raban (?)          1. arithmetica Nicomachi,
                   grammatica Aristarchi
                   2. disciplina ars

Raban (?)          1. nomina angelorum
secundum alios     Michael, Gabriel, etc.
                   2. nomina virtutum ut
                   pietas prudentia etc.

Raban (?)          1. Deus
secundum alios     2. angelus

Sedulius Scotus    1. grammatica Donati;
in Don. mai. 1     iustitia pietas Michahel,
                   arithmetica <Nicomachi>

Sedulius Scotus    1. pietas dignitas
in Don. mai. 2     iustitia + virtus communis
                   2. Virtus dea, pudicitia
                   Penelope

Sedulius Scotus    1. arithmetica Nicomachi,
in Don. min. 1     grammatica Aristarchi
                   2. grammatica arithmetica

Remigius           1. iustitia pietas
Autissiodorensis   grammatica dialectica
                   2. virtus ars


Anne GRONDEUX

CNRS--UMR 7597

Fecha de aceptacion definitiva: junio 2004

* Je tiens a exprimer ma gratitude a Louis Holtz et Irene Rosier-Catach pour leurs relectures et leurs suggestions, ainsi qu'a Marianne Gueroult pour ses conseils bibliographiques. Pour de premiers elements sur le sujet, cf. B. LOFSTEDT, <<Miscellanea grammatica>>, Rivista di cultura classica e medioevale 23 (1981) p. 159-164, spec. p. 160. Cf. M.F. BUFFA, <<"Corpus" e "res" nella terminologia grammaticale latina>>, Studi e Ricerche dell'Istituto di Latino (Genova) 5 (1982) pp. 7-28.

(1) AELIUS DONATUS, Ars maior, ed. L. HOLTZ, Donat et la tradition de l'enseignement grammatical: etude sur l'Ars Donati et sa diffusion (IVeme-IXeme s.) et edition critique, Paris, 1981, II 2 p. 614, 2-3.

(2) Ibid. II 2p. 615, 1-2.

(3) Cf. R. HERZOG, Nouvelle histoire de la litterature latine, V. Restauration et renouveau: la litterature latine de 284 a 374 apres J.C., Turnhout, 1993, 522.4, 523.1. Sur Cominien, cf. J. TOLKIEHN, Cominianus. Beitrage zur romischen Literaturgeschichte, Leipzig, 1910.

(4) PROBUS, Instituta artium (GL IV) p. 51, 21: <<De nomine. Nomen est scilicet pars orationis>>. Probus enchaine ensuite sans transition sur les accidents du nora.

(5) Ibid. p. 119, 18-25.

(6) Cf. E. BREHIER, La theorie des incorporeis dans l'ancien stoicisme, Paris, [1962.sup.3], p. 7.

(7) Ps. AEMILIUS ASPER, Ars grammatica (GL V) p. 549, 22.

(8) Ibid. p. 549, 30.

(9) AUDAX, Excerpta de Scauri et Palladii libris (GL VII) p. 341, 9.

(10) L. HOLTZ, op. cit. p. 82.

(11) R. HERZOG, op. cit. 523.1.

(12) Flavius SOSIPATER CHARISIUS, Artis grammaticae libri V, ed. K. BARWICK, add. et corr. F. KUHNERT, Stuttgart, 1997, p. 193, l0 sq.

(13) Ibid. p. 193, 24 sq.

(14) L. HOLTZ, op. cit. p. 90-91.

(15) DOSITHEUS, Ars grammatica (GE VII) p. 389, 13-390, 1.

(16) DIOMEDES, Ars grammatica (GL I) p. 320, 11-13.

(17) Ibid. p. 322, 6-10.

(18) ANONYMUS BOBIENSIS, Excerpta Bobiensia (perperam Ex Charisii Arre grammatica excerpta dicta) (GL I) p. 533, 7.

(19) Ibid. p. 533, 23.

(20) Sur Marius VICTOR1NUS, cf. P. HADOT, Porphyre et Victorinus, Paris, 1968; id., Marius Victorinus: Recherches sur sa vie et ses oeuvres, Paris, 1971.

(21) R. HERZOG, op. cit. 564 pp. 392-93.

(22) Marius VICTOrINUS, De definitionibus, ed. Th. STANGL, Tulliana et Mario-Victoriniana, Munchen, 1888, p. 12, 12: << Esse enim dicit ea quorum subest corpus, ut curo definimus quid sit aqua, quid ignis; non autem esse illa intellegi voluit quibus nulla corporalis videtur esse substantia, ut sunt pietas virtus libertas >>. Cf. P. HADOT, Marius Victorinus ..., op. cit. pp. 167-68.

(23) Cf. Dionysius THRAX, Techne, ed. J. LALLOT, La grammaire de Denys le Thrace, Paris, 1989, 12 (pp. 50-51): <<Le nom est une partie de phrase casuelle designant un corps ou une action, un corps par exemple 'pierre' ([TEXTO IRREPRODUCIBLE EN ASCII]), une action par exemple 'education' [TEXTO IRREPRODUCIBLE EN ASCII]), qui s'emploie avec (valeur) commune ou particuliere, commune par exemple 'homme', 'cheval', particuliere par exemple 'Socrate' >> ([TEXTO IRREPRODUCIBLE EN ASCII]. Cf. M.E BUFFA, << Corpus >> e << res >> nella terminologia grammaticale latina >>, art. cit. Sur la Techne, cf. outre J. LALLOT cite supra, V. LAW--I. SLUITER, Dionysius Thrax and the Techne Grammatike, Munster, 1995 (The Henry Sweet Society Studies in the History of Linguistics 1); V. LAW, The History of Linguistics in Europe from Plato to 1600, Cambridge, 2003, p. 55-59, pour l'etat de la question concernant l'attribution et la datation de la Techne.

(24) Le passage est connu par une scholie de la Techne, cf. J. LALLOT, op. cit. p. 128.

(25) Cf. G. NUCrtELMANS, Theories of the Proposition. Ancient and medieval conceptions of the bearers of truth and falsity, Amsterdam-London, 1973 p. 45 sq.; A. LUHTALA, On the origin of syntactical description in Stoic logic, Helsinki, 1997, p. 110 sq.

(26) G. NUCHELMANS, op. cit. p. 47-55. M.L. COLISH, The Stoic Tradition from Antiquity to the Early Middle Ages. I. Stoicism in Classical Latin Literature, Leiden, 1985, pp. 22-27.

(27) G. NUCHELMANS p. 65-67, et Scholies citees ibid. (ed. A. HILGARD, GG 13, Leipzig, 1901, pp. 360, 5; 524, 8; 572, 14).

(28) A. ERNOUT-E. MEILLET, Dictionnaire etymologique de la langue latine, Paris, 1959, p. 571. Quintilien donne deja (Inst. Or. 3, 6, 28) l'equivalence << 'res', id est pragmata >>, cf. ThLL X 2, 7 col. 1119, 56 sq.

(29) Augustinus HIPPONEYSlS, De magistro, ed. K.D. SAUR, Turnhout, 1970 (CCSL 29, p. 157-203) 4, 8, 75 sq.: << Haec vero audibilia quidem signa sunt non tamen signorum, sed rerum partim visibilium sicut est Romulus, Roma, fluvius, partim intellegibilium sicut est virtus >>. Cf. aussi De dialectica ed. B. DARREL JACKSON--J. PINBORG, 1975, 5 p. 7, 6: << Res est quicquid vel sentitur vel intellegitur vel latet >>.

(30) G. NUCHELMANS, O1). cit. p. 48.

(31) CHARISIUS, Artis grammaticae libri V, ed. cit. p. 46, 18: << Corrumpuntur haec tria: spes [TEXTO IRREPRODUCIBLE EN ASCII] spei, res [TEXTO IRREPRODUCIBLE EN ASCII] >>; rei, fides [TEXTO IRREPRODUCIBLE EN ASCII] fidei >>; ibid. p. 460, 22: << Haec res [TEXTO IRREPRODUCIBLE EN ASCII] >>.

(32) Ibid. p. 168, 29: << Humile de homine aliquo ... humile ablativo si res est >>; ibid. p. 169, 26-29; 181, 5-7; 185, 22-24.

(33) Ibid. p. 209, 24: << Verbum est pars orationis administrationem rei significans cum tempore et persona numerisque carens casu >>; p. 212, 18: << Quaedam vero sine persona tantum tem per tempora ostendunt, ut curritur currebatur curretur >>; p. 214, 7: << Tempus est diuturnitatis spatium aut ipsius spatii intervallum aut rei administrativa mora >>. Res intervient aussi dans les definitions du participe qui signifie soit une res perfecta (participe passe) soit une res imperfecta (participe present, ibid. p. 231, 12), et des verbes inchoatifs << quae rem modo inchoatam et futuram significant >> (ibid. p. 329, 23).

(34) PHOCAS, Ars de nomine et verbo (GL V) p. 413, 10: << Rem autem incorporalem significantia pleraque a verbis transferuntur et sunt generis feminini, ut haec oratio ratio actio statio hortatio religio >>.

(35) Priscianus, lnstitutio de nomine etpronomine et verbo (GL III) p. 444, 26: << In us correptam desinentia s vel t vel x antecedentibus, si sint rerum incorporalium vocabula, masculina sunt et quartae declinationis, ut hic risus huius risus, hic visus huius visus, tumultus, metus, luxus, sexus >>, Ibid. p. 444, 36: << Similiter quartae sunt declinationis quae per syncopam a supra dictis incorporalibus proferuntur, ut portatus portus, artatus artus, arcitus a verbo arceo arcus, laqueatus lacus, vultus quoque ipsa res esse videtur a verbo volo, quomodo a colo cultus >>, Ibid. p. 445, 4: "Alia vero omnis supra dictae terminationis nomina masculina secundae declinationis sunt, ut hic bonus huius boni, Homerus, ventus, venti, quamvis videatur hoc quoque simile esse incorporali quod a venio verbo nascitur, a quo compositum adventus". Ibid. p. 456, 29: << Rerum quoque incorporalium vocabula plerumque praeteriti temporis participiis similia inveniuntur, sed quartae declinationis, ut iudicatus monitus habitus auditus >>. Priscianus, lnstitutiones grammaticae (GL II) 4, 8 p. 121, 20: << Feminina vero plurima derivativa inveniuntur modo in 'io' modo in 'go' modo in 'do' desinentia, et paene omnia rerum sunt incorporalium >>.

(36) Ars Bernensis (GL VIII) p. 69, 17: << Haec ergo omnia nomina dirivativa supra dicta, quae diximus in tia, in sio, in tio, in tudo, in tas, rerum incorporalium sunt vocabula et feminina sunt >>; ibid. p. 83, 2: << Et ita in vocabulis refuto incorporalium dicendum hoc iustitia, hoc dignitas, et in corporalibus hoc terra, hoc paries, sed hoc consuetudo rebrobat et alia nomina masculino generi dedit, ut hic paries et hic portus, hic ager; alia feminino generi, ut haec terra, haec domus, haec iustitia, haec dignitas; alia vero nomina neutro dedit, ut hoc lignum, hoc oppidum, ut suavitas aurium elegeret >>; ibid. p. 95, 24: << Item ab adiectis incorporalium rerum orta vocabula, ut haec iustitia doctrina clementia providentia et cetera >>; ibid. p. 129, 2: << Excipitur ventns venti, quamvis videatur hoc nomen simile esse incorporali quod a venio verbo nascitur, ex quo conpositum adventus adventi >>.

(37) DONATUS, Ars Maior, ed. cit. II 12 p. 632, 5-6: <<Verbum est pars orationis cum tempore et persona sine casu aut agere aliquid aut pati aut neutrum significans>>, cf. Dionysius THRAX, Techne, ed. cit. 13 (pp. 56-57): <<Le verbe un mot non casuel, qui admet temps, personnes et nombres, et qui exprime l'actif ou le passif.>> ([TEXTO IRREPRODUCIBLE EN ASCII]). La precision aut neutrum, qui fait sortir la definition du cadre stoicien oo un corps etait soit agissant soit subissant, evoque cependant les Scholies de la Techne, par exemple CHOEROBOSCOS (II p. 3, 22: [TEXTO IRREPRODUCIBLE EN ASCII]), cf. J. LALLOT, op. cit. p. 162.

(38) Cf. textes cites supra.

(39) Cf. J. LALLOT, op. cit. p. 19-31.

(40) Sur les phenomenes d'emprunt des grammairiens latins a la tradition grecque, cf. V. LAW, op. cit. p. 65.

(41) Cf. L. HOLTZ, op. cit. p. 80. Voir pour un autre exemple caracteristique, et tout aussi lourd de consequences, le traitement restrictif de la synecdoque, A. GRONDEUX, <<Materiaux pour une histoire de l'acception syntaxique de la synecdoque>>, Histoire Epistemologie Langage 24 (2002) p. 124.

(42) L. HOLTZ, op. cit. p. 211; cf. aussi sur la reecriture par Donat des definitions et le soin dans le choix des formules, ibid. p. 95.

(43) Cf. M. BARATIN, <<Donat>>, Corpus representatif des grammaires et des traditions linguistiques, ed. B. Colombat, 1: Histoire Epistemologie Langage Hors-Serie 2 (1998), p. 41.

(44) Cf. E. BREHIER, op. cit., p. 7.

(45) VARRO, De lingua latina, ed. G. GOETZ - F. SCHOELL, Leipzig, 1910, 8, 23, 45: <<Appellandi partes sunt quattuor, e quis dicta a quibusdam provocabula, quae sunt ut quis, quae; vocabula ut scutum, ut gladium; nomina ut Romulus, Remus; pronomina ut hic, haec>>. Cf. L. HOLTZ, op. cit. p. 127.

(46) M. FABIUS QUINTILIANUS, Institutio oratoria, ed. J. COUSIN, Paris, 1975, 1, 4, 20 p. 25, 12 sq.

(47) DIOMEDES, Ars grammatica, ed. cit. 1 p. 320, 14 sq: <<Sed ex hac definitione Scaurus dissentit: separat enim a nomine appellationem et vocabulum. Et est horum trina definitio talis: nomen est quo deus aut homo propria dumtaxat discriminatione enuntiatur, curo dicitur ille Iupiter, hic Apollo, item Cato iste, hic Brutus. Appellatio quoque est communis similium rerum enuntiatio specie nominis, ut homo vir femina mancipium leo taurus.... Item vocabulum est quo res inanimales vocis significatione specie nominis enuntiamus, ut arbor lapis toga et his similia>>.

(48) M. FABIUS QUINTILIANUS, Institutio oratoria, ed. cit., 1, 4, 20, p. 25, 17 sq.

(49) DONATUS, Ars maior, ed. cit., II 2 pp. (373, 5).

(50) PRISCIEN, Institutiones grammaticae II 18 (GL II) pp. 55, 6-7.

(51) Cf. E. BREHIER, Histoire de la philosophie. I. Antiquite et Moyen Age, Paris, 1989 (5), p. 274; F. ILDEFONSE, La naissance de la grammaire dans l'Antiquite grecque, Paris, 1997, p. 137 sq.; I. SLUITER, Ancient Grammar in Context. Contributions to the Study of Ancient Linguistic Thought, Amsterdam, 1990.

(52) Cf. A. LUHTALA, On the origin of syntactical description in Stoic logic, Helsinki, 1997, pp. 81-82; D.E. HAHM, The Origins of Stoic cosmology, Colombus, Ohio State University Press, 1977, cite ibid. Cf. aussi pour une nuance de la vision stoicienne (en particulier sur le statut de quasi existence accorde aux predicats et aux notions, par conservation d'une part platonicienne), V. GOLDSCHMIDT, Le systeme stoicien et l'idee de temps, Paris, 1953, p. 18, cite par P. HADOT, Porphyre et Victorinus, op. cit. p. 487 n. 3.

(53) Cf. pour un autre exemple de probleme de traduction des concepts de la philosophie grecque en latin, W. BEIERWALTES, Platonismus im Christentum, Frankfurt a. M., 1998, spec. p. 25sq. (<<Trinitarisches Denken: substantia und subsistentia bei Marius Victorinus>>).

(54) GAIUS, Institutiones, ed. E. SECKEL--B. KUEBLER, Leipzig, 1935, 2, 12-14: <<Quaedam preterea res corporales sunt, quaedam incoporales. Corporales hae sunt, quae tangi possunt, velut fundus, homo, vestis, aurum, argentum et denique aliae res innumerabiles. Incorporales sunt quae tangi non possunt, qualia sunt ea, quae in Jure consistunt, sicut hereditas, ususfructus, obligationes quoquo modo contractae>>.

(55) Ibid. 2, 28.

(56) CICERO, Topica, ed. W. FRIEDRICH, Leipzig, 1907, 26-27: <<Et primum de ipsa definitione dicatur. Definitio est oratio quae id quod definitur explicat quid sit. Definitionum autem duo genera prima: unum earum rerum quae sunt, alterum earum quae intelleguntur. Esse ea dico quae cerni tangique possunt, ut fundum aedes, parietem stillicidium, mancipium pecudem, supellectilem penus et cetera; quo ex genere quaedam interdum vobis definienda sunt. Non esse rursus ea dico quae tangi demonstrarive non possunt, cerni tamen animo atque intellegi possunt, ut si usus capionem, si tutelam, si gentem, si agnationem definias, quarum rerum nullum subest corpus, est tamen quaedam conformatio insignita et impressa intellegentia, quam notionem voco. Ea saepe in argumentando definitione explicanda est>>.

(57) Pour d'autres exemples de coincidences avec la terminologie juridico-politique, on notera que l'expression administratio rei employee par Charisius dans sa definition du verbe renvoie tres probablement aussi a l'expression figee administratio rei publicae, cf. ThLL I col. 729, 66-80 (s.v. administratio).

(58) LUCRECE, De rerum natura, ed. J. MARTIN, Leipzig, 1969, 1,304: <<Tangere enim et tangi, nisi corpus, nulla potest res>>.

(59) Fragmenta Bobiensia ad grammaticam pertinentia (De arte grammatica Sergii et de littera, de accentibus, de propriis nominibus, de nomine; GL Vil p. 537-44) p. 544, 43: <<Epicurei definiunt quidquid visu aut tactu subiacet, hoc corpus esse, unde et umbras corpora esse dicunt (ibid. 303)>>.

(60) On se souvient en effet que le Demiurge de Platon a cree le monde a partir de deux elements principaux, le feu, qui permet la vue, la terre qui permet le toucher solide; ces elements ont ete lies par deux elements annexes, l'air et l'eau, la presence de ces deux elements etant rendue necessaire par le passage a trois dimensions (Tim. 32). La primaute des deux sens de la vue et du toucher, et surtout de ces deux sens associes, est donc intimement liee a l'oeuvre du Demiurge maniant les deux elements fondamentaux, qui fait qu'un corps doit a la fois avoir une limitation spatiale et etre tangible. Voir en particulier dans la traduction ciceronienne du Timee la reference aux deux sens de la vue et du toucher: Ciceron, Timaei Platonici versionisfragmenta, ed. R. GIOMINI, Leipzig, 1975, 13 p. 186: <<Corporeum autem et aspectabile idemque tractabile omne necesse est esse quod natum est. Nihil porto igni vacuum aspici ac videri potest, nec vero tangi, quod careat solido, solidum autem nihil, quod terrae sit expers>>; le Commentaire du Timee par Chalcidius, Timaeus a Calcidio translatus commentarioque instructus, ed. J.H. WASZINK et P. J. JENSEN, Leyde, 1961 (Plato Latinus IV), comm. 8: <<Perfecta porro corpora sunt solida, quae ex tribus constant: longitudine latitudine crassitudine; ibim. coram. 104: <<Tria enim hec intervalla corpus absolvunt, longitudo, latitudo, soliditas>>; Chalcidius propose d'autre part une tripartition des corps, entre les corps mathematiques (une sphere, un cube), les corps issus d'une fabrication (un bateau, une statue) et les corps <<naturels>>, qui ont pour specificite de puiser la source de leur mouvement en eux-memes, c'est-a-dire les corps vivants, ibid. coram. 222: <<Corpora partim dicuntur mathematica ut sphaera et cubus, partim artificiosa ut navis et statua, pleraque naturalia, quae motus originem intra se habent, vita scilicet utentia>>.

(61) Cf. P. HADOT, Porphyre et Victorinus, op. cit. p. 485 sq.

(62) Marius Victorinus (Candidus), De generatione divina, ed. P. HENRY--P. HADOT, 1971 (CSEL 83, 1) 11, 12.

(63) P. COURCELLE, Les lettres grecques en Occident de Macrobe a Cassiodore, Paris, 1948, pp. 24-25.

(64) MACROBE, Commentarii in Ciceronis somnium Scipionis, ed. M. ARMISEN-MARCHETTI, Paris, 2001, 1, 6, 29: <<Divini decoris ... ratio postulabat talem fieri mundum qui et visum pateretur et tactum. Constabat autem neque videri aliquid posse sine ignis beneficio neque tangi sine solido et solidum nihil esse sine terra>>; ibid. 1, 6, 35: <<Omnia corpora aut mathematica sunt alumna geometriae aut talia que visum tactumque patiantur>>; ibid. 1, 6, 36: <<Nec non omnium corporum tres sunt dimensiones, longitudo, latitudo, profunditas>>. Dans ce passage du commentaire, Macrobe expose en meme temps les vertus du 3 et du 4, et mentionne les capacites commune de ces deux nombres, et en particulier ici celle de produire des corps, aussi bien intelligibles que sensibles (cf. n. 119 p. 150 de l'edition citee).

(65) Sur ce passage d'Aulu Gelle, cf. A. GARCEA, <<Gellio et la dialettica>>, Acc. Sc. Torino. Memorie Sc. Mor. 24 (2000) p. 132. Sur la nature de la vox et les prolongements medievaux de cette question, cf. M.L. COLISH, op. cit. pp. 325-26; Ch. BURNETT, <<Sound and its perception in the Middle Ages>>, The Second Sense. Studies in hearing and musical judgement from Antiquity to the seventeenth century, London, 1991, pp. 43-69; I. ROSIER, <<Le commentaire des Glosulae et des Glosae de Guillaume de Conches sur le chapitre De Voce des lnstitutiones Grammaticae de Priscien>>, CIMAGL 63 (1993) pp. 115-144.

(66) AULU GELLE, Noctes Atticae, ed. R. MARACHE, Paris, 1967-78, 5, 15. Voir en particulier la traduction de M. BARATIN--F. DESBORDES, L'analyse linguistique dans l'Antiquite classique. L Les theories, Paris, 1981, p. 115-116: <<Vieille question, jamais tranchee quoique fort debattue chez les plus fameux philosophes: la voix est-elle un corps ou un 'incorporel' (c'est le mor qu'on a forge pour correspondre au grec asomaton [incorporel] ? Est corps ce qui est agent ou patient--voir la definition grecque>>: <<ce qui agit ou subit>>, definition a laquelle fait allusion le poete Lucrece quand il ecrit: <<Car toucher ou etre touche, aucune chose n'en est capable a moins d'etre un corps>>. Les Grecs ont aussi un autre definition du corps: <<ce qui s'etend dans trois dimensions>>. Malgre cela, les Stoiciens pretendent que la voix est un corps: pour eux la voix n'est autre que l'air mis en mouvement par un choc. Platon, de son cote, estime que la voix n'est pas un corps: il dit en effet: <<Ce n'est pas l'air mis en branle, mais le choc lui-meme, l'ebranlement, qui constitue la voix>>. Democrite, et Epicure a sa suite, disent que la voix est constituee de corps indivisibles, <<que c'est un courant d'atomes, pour reprendre leurs termes>>. Le debat est aussi rappele par Audax, Excerpta de Scauri et Palladii libris (GL VII, p. 323, 11).

(67) BOETHIUS, In Porphyrii Isagogen commentorum editio prima, ed. S. BRANDT, 1906 (CSEL 48) 1, 10: <<Dicit enim apud antiquos alta et magnifica quaestione disserta quae ipse nunc parce breviterque composuit. Quid autem de his a priscis philosophiae tractatoribus dissertum sit, breviter ipse tangit et praeterit. Tunc Fabius: Quid illud, inquit, est? Et ego: Hoc, inquam, quod ait se omnino praetermittere genera ipsa et species, utrum vere subsistant ah intellectu solo et mente teneantur, an corporalia ista sint an incorporalia, et utrum separata an ipsis sensibilibus iuncta. De his sese, quoniam altior esset disputatio, tacere promisit, nos antem adhibito moderationis freno mediocriter unumquodque tangamus. Eorum ergo quae se transire et praetermittere pollicetur, prima est quaestio, utrum genera ipsa et species vere sint an in solis intellectibus nuda inaniaque fingantur. Quae quaestio huiusmodi est. Quoniam hominum multiformis est animas, per sensuum qualitatem res sensibus subiectas intellegit et ex bis quadam speculatione concepta viam sibi ad incorporalia intellegenda praemunit, ut cum singulos homines videam, eos quoque me vidisse cognoscam et quia homines sint, me intellexisse profitear. Hinc igitur ducta intellegentia velut iam sensibilium cognitione roborata sublimiori sese intellectu considerationis extollit et iam speciem ipsam hominis, quae sub animali est posita, et singulos homines continere suspicatur et illud incorporeum intellegit cuius ante particulas corporales in singulis hominibus sentiendis et intellegendis assumpserat. Nam hominem quidem illum specialem, qui nos omnes intra sui nominis ambitum cohercet, non est dicere corporalem, quippe quem sola mente intellegentiaque concipimus>>. Cf. A. DE LIBERA, La querelle des universaux, Paris, Seuil, 1996, p. 128 sq.

(68) Cf. A. DE LIBERA, op. cit. p.129.

(69) Cf. DTC I col. 968-1041; Vocabulaire de Theologie Biblique, dir. X.L. DUFOUR, Paris, 1970, col. 21012; Dictionnaire critique de theologie, dir. J.Y. LACOSTE, Paris, 1998, pp. 26-33.

(70) AMBROSIUS MEDIOLANENSIS, Expositio evangelii secundum Lucam, ed. M. ADRIAEN, Turnhout, 1957 (CCSL 14) 10, 1599: <<Quod tangitur corpus est, quod palpatur corpus est; incorpore autem resurgimus; seminatur enim corpus animale, surgit corpus spifitale, sed illud subtilius, hoc crassius, utpote adhuc terrenae labis qualitate concretum>>. Cf. aussi DTC 3/2, col. 1887.

(71) Cf. DTC I col. 977, 986-87.

(72) Cf. J.L. VIEILLARD-BARON, <<Saint Augustin ou la rigueur du dualisme et le mepris du corps aux sources du christianisme>>, Autour de Descartes. Le probleme de l'ame et du dualisme, ed. J.L. VIEILLARD-BARON, Paris, 1991, pp. 59-73.

(73) Cf. DTC I col. 1004.

(74) P. COURCELLE, op. cit. p. 233. Claudianus Mamertus, De statu animae (ca 472), ed. A. ENGELBRECHT, Wien, 1885 (CSEL 11) 1, 6 (<<Quod cum omne incorporeum invisibile est, non autem omne corporeum visibile est>>) p. 42, 8 (en particulier pour le parallele avec la question de la vox, qui vient appuyer comme argument l'incoporeite de l'ame): <<Vox enim non videtur et corpus est>>. On voit ici les premisses de l'interpretation chretienne qui va tendre a isoler l'incorporel contre le corporel.

(75) ARNOBIUS IUNIOR, Conflictus curo Serapione, ed. K.D. DAUR, Turnhout, 1992 (CCSL 25A) 2, 5, 185: <<Arnobius dixit: Quicquid tangit et tangitur et in loco aliquo continetur, corpus esse non dubium est>>.

(76) L. HOLTZ, op. cit. pp. 82-84.

(77) CONSENTIUS, Ars grammatica (GL V) p. 338, 11-15.

(78) Cf. L. HOLTZ, op. cit. p. 99 n. 12.

(79) SERVIUS (Marius Servius Honoratus), Commentarius in artem Donati (GL IV pp. 403-448) p. 406, 2930. Le passage fait d'ailleurs double emploi avec celui qui traite des differentes especes d' appellatifs infra (p. 429, 15 sq.).: <<Sunt nomina corporalia, quae videmus et tangimus, ut terra lapis; sunt incorporalia, quae nec videmus nec tangimus, ut pietas iustitia>>.

(80) Primae expositiones Sergii de prioribus Donati grammatici urbis Romae (GL VIII) p. 143, 16-19.

(81) SERGIUS, Explanationes in Donatum (GLIV) p. 490, 10-13.

(82) Sur l'epicurisme de Virgile, cf. M.L. COLISH, op. cit. p. 227-28.

(83) P. COURCELLE, op. cit. p. 34-35.

(84) Cf. par exemple Servii grammatici qui feruntur in Vergilii carmina, 3/1, ed. G. THILO--H. HAGEN, Leipzig, 1887, 6, 31 p. 69: <<Epicurei vero, quos nunc sequitur (sc. Vergilius), nihil horum comprobant, sed dicunt duo esse rerum principia, corpus et inane. Omne enim quod est, aut continet aut continetur. Et corpus volunt esse atomos, id est quasdam minutissimas partes quae [tomen] id est sectionem non recipiunt, unde et atomi dictae sunt: quas Lucretius minutiores dixit esse illis corpusculis quae in infusis per fenestram radiis solis videmus; dicit enim illas nec visum posse recipere>>.

(85) Cf. aussi ibid. 2, 488 p. 294, 6: <<FERIT CLAMOR secundum philosophos [Servius auctus: physicos], qui dicunt vocem corpus esse: bene ergo 'ferit' [Servius auctus: nato et fluvius habet mugitum, res incorporalis]>>.

(86) POMPEIUS (Maurus), Commentum artis Donati (GL V) p. 137, 24-29.

(87) Cledonius, Ars grammatica (GL V) p. 34, 26.

(88) Priscien, lnstitutiones Grammaticae 2, 22 (GL II) p. 56, 29.

(89) Ibid. p. 57, 4.

(90) Ibid. 2, 26 (GL II) p. 59, 10.

(91) TITE LIVE, Ab urbe condita, ed. M. WEISSENBORN - M. MULLER, 1932, 10, 23, 5: <<Eo anno prodigia multa fuerunt, quorum averruncandorum causa supplicationes in biduum senatus decrevit; publice vinum ac tus praebitum; supplicatum iere frequentes viri feminaeque. Insignem supplicationem fecit certamen in sacello Pudicitiae Patriciae, quae in foro bovario est ad aedem rotundam Herculis, inter matronas ortum. Verginiam Auli filiam, patriciam plebeio nuptam, L. Volumnio consuli, matronae quod e patribus enupsisset sacris arcuerant. Brevis altercatio inde ex iracundia muliebri in contentionem animorum exarsit, curo se Verginia et patriciam et pudicam in Patriciae Pudicitiae templum ingressam, nt uni nuptam ad quem virgo deducta sit, nec se viri honorumve eius ac rerum gestarum paenitere vero gloriaretur. Facto deinde egregio magnifica verba adauxit. In uico Longo ubi habitabat, ex parte aedium quod satis esset loci modico sacello exclusit aramque ibi posuit et convocatis plebeiis matronis conquesta iniuriam patriciarum, <<hanc ego atam>> inquit <<Pudicitiae Plebeiae dedico; rosque horror ut, quod certamen virtutis viros in hac civitate tenet, hoc pudicitiae inter matronas sit detisque operam ut haec ara quam illa, si quid potest, sanctius et a castioribus coli dicatur.>> Eodem ferme ritu et haec ara quo illa antiquior culta est, ut nulla nisi spectatae pudicitiae matrona et quae uni viro nupta fuisset ius sacrificandi haberet; volgata dein religio a pollutis, nec matronis solum sed omnis ordinis feminis, postremo in oblivionem venit>>.

(92) B. LOFSTEDT, Ars Ambrosiana, Commentum anonymum in Donati partes maiores, Turnhout, 1982(CCSL 33C), p. 6, 2629.

(93) IULIANUS TOLETANUS, Ars grammatica, poetica, rhetorica (ed. M.A.H. MAESTRE YENES, 1973) 1, 1, 14 pp. 12, 67: <<Quare dixit: corpus aut rem ? Quia aut corporale erit ipsud nomen aut incorporale. Quid est corporale ? Quod videtur et tangitur, ut homo terra mate. Quid est incorporale ? Quod nec videtur nec tangitur, sed tantummodo in animo geritur, ut pietas iustitia dignitas>>.

(94) On trouvera les textes complets et leurs references infra.

(95) TATUINUS, Ars grammatica, ed. M. DE MARCO, Turnhout, 1968 (CCSL 133) 1 (de nomine), 25.

(96) Ibid. l, 93-95.

(97) SMARAGDUS, Liber in partibus Donati, ed. B. LOFSTEDT, L. HOLTZ, A. KIBRE, Turnhout, 1986 (CCCM 68), De qualitate nominis 1.67.

(98) W.V. CLAuSEN, Erchanberti Frisingensis tractatus superDonatum, Chicago, 1948 (UniversityofChicago), pp. 7, 15-20.

(99) TATUINUS, Ars grammatica, ed. cit. 1, 40.

(100) ISIDORUS HISPALENSIS, Etymologiarum sive Originum libri XX, ed. W.M. LINDSAY, Oxford, 1911, I 7, 3: <<Appellativa nomina inde vocantur, quia communia sunt et in multorum significatione consistunt. Haec in viginti octo species dividuntur, ex quibus corporalia dicta, quia vel videntur vel tanguntur, ut caelum, terra. Incorporalia, quia carent corpus, unde nec videri nec tangi possunt, ut veritas iustitia>>.

(101) ISIDORUS HISPALENSIS, Etymologiarum sive Originum libri XX, ed. cit. XI 1, 14: <<Corpus dictum eo quod corruptum perit>>; id., De differentiis verborum (PL 83) 116 col. 23A: <<Dictum autem corpus a corruptione, et caro a carendo, vela cadendo>>. Le point commun des definitions isidoriennes est de borner corpus a l'aspect biologique, que le mot derive de corruptio ou qu'il englobe caro, dans l'opposition animal/vegetal (cf. M.F. BUFFA, art. cit. p. 21).

(102) VIRGILIUS MARO, Epitomae, ed. G. POLARA, Virgilio Marone grammatico: epitomi ed epistole, Naples, 1979 (Nuovo Medioevo 9), Epit. 11, 3 p. 150, 72 sq.: <<Corpus a corruptibilitate naturae dicendum; sed hoc de homine, ceterum si omne quod visui patet corpus dicitur, requirendum est unde appellatur. Pus in Latinitate filosophica custodia dicitur sicut Originis ait possitis in pure fratribus ille solus evasit, hoc est in carcere; corpus ergo a corona circundandi eta custodia retinendi dicitur>>. Pour l'histoire de cette acception tres particuliere du mot pus, cf. A. GRONDEUX -- C. JEUDY, <<A propos de pus: sens medieval d'un mot antique>>, Archivum Latinitatis Medii Aevi 59 (2001) pp. 139-160.

(103) Sur cette notion tres ancienne, cf. E COURCELLE, <<Traditions platoniciennes et traditions chretiennes du corps-prison>>, REL 43 (1965) p. 406-42; C.J. DE VOGEL, <<The soma-sema Formula: its function in Plato and Plotinus compared to Christian Writers>>, Neoplatonism and early Christian thought essays in honour of A.H. Armstrong, ed. H.J. BLUMENTHAL--R.A. MARCUS, London, 1981, p. 79-95. Le theme du corps-prison est abondamment developpe par les Peres (cf. Augustin, Enarrationes in Psalmos, ed. E. DEKKERS -- J. FRAIPONT, Turnhout, 1956, CCSL 40, ps. 141, 18, 15 sq.; Prosper d'Aquitaine, Expositio in psalmos C-CL, ed. P. CALLEYS, Turnhout, 1972, CCSL 68A, ps. 141, 84) toujours a propos du Ps 141, 8 (educ de careere animam meam) et en citant Sap 9, 15 (corpus quod corrumpitur aggravat animam). On notera aussi la resonnance origenienne de l'assimilation ame/coeur, cf. Dictionnaire critique de theologie, op. cit. p. 29.

(104) SEDULIUS SCOTUS, In Donati artem maiorem (II 2), ed. B. LOFSTEDT, Turnhout, 1977 (CCCM 40B), p. 66, 7680.

(105) REMI D'AUXERRE, Commentaire de l'Ars Donati (Mai. II 2), ed. J.P. ELDER, <<The missing portions of the Commentum Einsidlense on Donatus' Ars grammatica>>, Harvard Studies in classical Philology 56-57 (194546) p. 146 (ms. Vatican, Reg. lat. 1560 f. 83v, 2184, 3).

(106) Sur les liens entre Virgilius Mato et l'Ars Ambrosiana, cf. L. HOLTZ, <<Les grammairiens hiberno-latins etaient-ils des Anglo-Saxons ?>>, Peritia 2 (1983) pp. 170-84 et spec. pp. 175-178.

(107) ERCHANBERT, Tractatus super Donatum (MaL II 2), ed. cit. p. 7, 218, 2.

(108) RABANUS MAURUS (?), Excerptio de arre grammatica Prisciani, PL 111 col. 673A.

(109) REMIGIUS AUTISSIODORENSIS, Commentum Einsidlense in Donati artem minorem (recensio brevis, ed. W. Fox, Leipzig, 1912) 16 p. 10.

(110) SEDULIUS SCOTUS, In Donati artem maiorem, ed. B. LOFSTEDT, Turnhout, 1977 (CCCM 40B) 2 p. 66. Cf. aussi ibid. 2 p. 97, 29: <<Corpus generale nomen est supra omnia corpora quae videntur vel supra omnia ad quinque sensus corporis pertinentia>>; et plus tard Pierre le Venerable, Contra Petrobrusianos, ed. J. FEARNS, Turnhout, 1968 (CCCM 10) p. 169, 4-6: <<Sunt enim corpora celestia et corpora terrestria, et quicquid visui, auditui, olfactui, gustui, tactui hic subiacet, corpus est>>.

(111) SEDULIUS SCOTUS, In Donati artem maiorem, ed. cit. II p. 77, 32-46.

(112) Voir la discussion a ce sujet dans A. GRONDEUX -- C. JEUDY, art. cit.

(113) Cf. ISIDORUS HISPALENSIS, De differentiis verborum (PL 83) 92 col. 83B: <<Anima est substantia incorporea, corpus est substantia visibilis>>; Etymologiarum sive Originum libri XX, ed. cit. VII 1, 29: <<Incorporeus autem vel incorporalis ideo dicitur Deus, ut spiritus credatur vel intelligatur esse, non corpus>>.

(114) ELIGIUS NOVIOMENSIS, Homiliae (PL 87) 9 col. 627A.

(115) RATHERIUS VERONENSIS, Contra reprehensores sermonis eiusdem, ed. E L.D. REID, Turnhout, 1976 (CCCM 46) 1 p. 93, 2-14: <<Non dicit Ratherius Veronensis episcopus, quod Deus Dei Filius, Dominus noster Iesus Christus, hoc est, incarnata pro nobis Dei Sapientia, non habeat caput, oculos, manus et pedes, ceteraque humani corporis membra, cum anima rationali Deo cum corpore plena, dum veraciter credat euro cum corpore et anima in celum ascendisse, quo numquam defuerat divinitate, et in edodem corpore, angelis docentibus, didicerit eum venturum ad iudicandos vivos et mortuos. Sed dicit Ratherius episcopus quod Deus, id est divinitatis substantia, non habet corpus, nec est corpus quod palpari possit et videri, quia Spiritus est Deus sicut dixit Dominus Iesus Christus, et Spiritus carnem et ossa non habet, sicut idem dicit in Evangelio Christus>>.

(116) CANDIDUS TREVERENSIS, Epistolae ad amicos, ed. E. DUMMLER, Berlin, 1895 (MGH, Epistolae IV) 39 p. 558, 13-15: <<Deus, sicut summus spiritus est, sic et summe incorporalis est. Hoc autem dico quia et angeli et animae et quicumque spiritus creati sunt, licet incorporales et dicantur et sint, eius tamen incorporalitatis et, ut ita dicam, spiritalitatis comparatione corporales quodammodo sunt>>; cite par A. SOLIGNAC, <<'Spiritualitas' au Moyen Age>>, ALMA 44/45 (1985) p. 189 (sous l'attribution a Candide de Fulda).

(117) Cf. H. DE LUBAC, Corpus mysticum, l'Eglise et l'Eucharistie au Moyen Age. Etude historique, Paris, 1949; J. DE MONTCLOS, Lanfranc et Berenger, la controverse eucharistique du XIe siecle, Louvain, 1971.

(118) RADBERT, Epistula ad Fredugardum, ed. B. PAULUS, Tumhout, 1969 (CCCM 16) p. 161, 515-21: <<Sed quidam loquacissimi magis quam docti ... dicunt nullum corpus esse quod non sit visibile et palpabile. Haec autem, inquiunt, quia mysteria sunt, videri nequeunt nec palpari, et ideo corpus non sunt. Et si corpus non sunt, in figura canais et sanguinis haec dicuntur et non in proprietate naturae camis Christi quae passa est in cruce et nata de Maria virgine>>.

(119) Cf. RATRAMNE DE CORBIE, De corpore et sanguine Domini (PL 121) 62 col. 152B-153A: <<Deus utique Christus; et corpus quod sumpsit de Maria Virgine, ... corpus utique verum fuit, id est quod visibile atque palpabile manebat. At vero corpus quod mysterium Dei dicitur, non est corporale, sed spirituale: quod si spirituale, iam non visibile neque palpabile. Hinc beatus Ambrosius subiungit: <<Corpus, inquiens, Christi, corpus est divini Spiritus>>. Divinus autem Spiritus nihil corporeum, nihil corruptibile, nihil palpabile quod sit, existit. At hoc corpus quod in Ecclesia celebratur, secundum visibilem speciem et corruptibile est et palpabile>>.

(120) ALGERUS LEODIENSIS, De Sacramentis (PL 180)col. 793B: <<Cumomnecorpussitvisibileetpalpabile, solum corpus Christi post resurrectionem mutata natura non substantia non est corporale, sed spirituale, invisibile>>.

(121) ArsAmbrosiana, ed. cit. 1. 53-54.

(122) ANONYMUS AD CUIMNANUM, Expossitio latinitatis, ed. B. BISCHOFF--B. LOFSTEDT, Turnhout, 1992 (CCSL 133D), p. 25, 85 sq.

(123) Cf. DTC 1/1 col. 1189-1271.

(124) Cf. ISIDORUS HISPALENSIS, Sententiae (PL 83) 1 col. 557A: <<Angeli corpora in quibus hominibus apparent de superno aere sumunt solidamque speciem ex coelesti elemento induunt, per quam humanis obtutibus manifestius demonstrentur>>; a rapprocher aussi de l'explication de Servius, Commentarii in Vergilii Aeneidos libros, ed. cit., ad 7, 416 p. 157, 7: <<MEMBRA EXUIT, bene 'exuit': nam dii cum volunt videri, induunt se corporibus propter mortalium oculos, nam incorporei sunt>>.

(125) TATUINUS, Ars grammatica, ed. cit. 1, 29.

(126) MALSACHANUS, Ars, ed. B. LOFSTEDT, Der hibernolateinische Grammatiker Malsachanus, Uppsala, 1965, p. 173, 16-22.

(127) DONATUS ORTIGRAPHUS, Ars grammatica, ed. J. CHITTENDEN, Turnhout, 1982 (CCCM 40D) De nomine, 1. 23.

(128) Ars Laureshamensis. Expositio in Donatum maiorem, ed. B. LOFSTEDT, Turnhout, 1977 (CCCM 40A) 2 pp. 10, 14.

(129) MURETHACH, In Donati artem maiorem, ed. L. HOLTZ, Turnhout, 1977 (CCCM 40) 2 p. 53.

(130) ERCHANBERT, Tractatus super Donatum, ed. cit. p. 8, 9-10.

(131) Cf. DTC 1/1 col. 1196; Dictionnaire critique de theologie, op. cit. p. 29.

(132) RABAN MAUR, Glossae verborum in Donatum maiorem (PL 111) col. 671A. Cf. aussi 1' Ars Bernensis (GL VIII) p. 67, 13: <<Incorporalia quare dicuntur? Quia carent corpore ut iustitia dignitas angelus>>.

(133) SEDULIUS SCOTUS, In Donati artem minorem, ed. B. LOFSTEDT, Turnhout, 1977 (CCCM 40C) p. 9, 39.

(134) SEDULIUS SCOTUS, In Donati artem maiorem, ed. cit. p. 67, 23-28.

(135) REMIGIUS AUTISSIODORENSIS, Commentum Einsidlense in Donati artem minorem (recensio brevis, ed. W. Fox, Leipzig, 1912) 16 p. 10.

(136) REMI D'AUXERRE, Commentaire de l'Ars Donati (Mai. II 2), ed. J. P. ELDER, ed. cit. p. 146.

(137) PRISCIEN, Partitiones (GL III) ad Aen. 5, 1 p. 480, 33: <<Quid est nomen? Secundum Donatum, pars orationis cum casu corpus aut rem proprie communiterve significans. Secundum Apollonium, pars orationis quae singularum corporalium rerum vel incorporalium sibi subiectarum qualitatem propriam vel communem manifestat>>. Sur l'attitude du Priscien des Partitiones a l'egard de Donat, cf. L. HOLTZ, op. cit. p. 243.

(138) Cf. M.F. BUFFA, art. cit. p. 24.

(139) PRISCIEN, Partitiones (GL III) ad Aen. 3, 1 p. 475, 13.

(140) MARIUS VICTORINUS, De definitionibus, ed. cit. p. 7-8.

(141) Ars Ambrosiana, Commentum anonymum in Donati partes maiores, ed. cit. De nomine 1. 30 sq.

(142) Anonymus ad Cuimnanum, Expossitio latinitatis, ed. cit. 3, 19.

(143) Ibid. 3, 43.

(144) Ars du tos. Bern, Burgerbibl. 522 (GL VIII) p. XLII-XLIII.

(145) REMIGIUS AUTISSIODORENSIS, Commentum Einsidlense in Donati artem minorem (recensio brevis, ed. W. Fox, Leipzig, 1912) 16 p. 11.

(146) SEDULIUS SCOTUS, In Donati artem maiorem, ed. cit. 2 p. 66.

(147) Cf. J. HAMESSE, <<Res chez les auteurs philosophiques des XIIe et XIIIe siecles ou le passage de la neutralite a la specificite>>, Res. IIIo Colloquio Internazionale del Lessico Intellettuale Europeo, a cura di M. Fattori e M. Bianchi, Roma, 1982, p. 91-104.

(148) EVRARD DE BETHUNE, Graecismus, ed. J. WROBEL, Vratislaviae, 1887, XII 327-330.

(149) Cf. Ars Ambrosiana, Commentum anonymum in Donati partes maiores, ed. cit. De nomine, 8: <<Nomen autem indicat rem incorporalem, ut superius diximus, nisi scripturam significat, et secundum naturam et traductionem verbi ase orientis actum mentis indicat>>; ibid. 1. 30: <<Res autem quicquid non videtur nec tangitur; res a verbo, ut alii, reor, quod mentis est; sed non omne corpus res esse potest>>.

(150) GREGORIUS MAGNUS, Registrum epistolarum, ed. D. NORGBERG, Turnhout, 1982 (CCSL 140A) 9, 105, 19: <<Rem quae culpa caret ad dampnum vocari non convenit>>.

(151) Ad Graec. XII 327-330, ms. Paris, BnF lat. 14746 f.117rb (XIVe s.).

(152) Ars Laureshamensis, Expositio in Donatum maiorem, ed. cit. 2 p. 12, 10.

(153) SEDULIUS SCOTUS, In Donati artem maiorem, ed. cit. 2 p. 71.

(154) SEDULIUS, In Priscianum, ed. B. LOFSTEDT, Turnhout, 1977 (CCCM 40C) p. 77, 100-104.

(155) Cf. cependant pour une exception notable les Sophismata Anonymi Avenionensis (debut du XIVe siecle), qui empruntent vraisemblablement cette definition a un antique commentaire de Donat, mais l'attribuent a Aristote; cf. A. GRONDEUX, <<Sophismata Anonymi Avenionensis>>, Cahiers de l'Institut du Moyen Age Grec et Latin de Copenhague 73 (2002) p. 50, 31: <<Item si dicas quod sit adverbium, contra: dicit Donatus, nomen est pars orationis curo casu, corpus etc., sed 'Massiliam' est corpus aliquid et significat corpus aliquid, quia dicit Aristotiles quod ea que possunt palpari et videri dicuntur esse corpora, et omne illud quod est corpus potest esse nomen vel quod potest videri>>.

(156) PAPIAS, Ars grammatica, ed. R. CERVANI, Papiae Ars grammatica, Bologna, 1998, p. 28: <<Nomen est pars orationis que unicuique subiectorum corporum seu rerum communem vel propriam qualitatem distribuit, ut homo / Virgilius, ars / arithmetica Nicomachi>>.

(157) Cf. GUILLAUME DE CONCHES, Glosae in Priscianum, ed. K.M. FREDBORG, <<Some Notes on the Grammar of William of Conches>>, CIMAGL 37 (1981) p. 36: <<Iterum substantia dividit in duo, in corpus et rem. Corpus vocat omne corporeum sive verum sive fictum [Guillaume pense ici a l'exemple de la Chimere, cf. ibid. p. 33], rem vero vocat incorpoream substantiam, quia retur, id est existimatur, non corporeo sensu percipitur>>. On notera que Guillaume de Conches recourt lui aussi a l'etymologie de res par reor, qui se lisait deja dans l'Ars Ambrosiana.
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Author:Grondeux, Anne
Publication:Voces
Article Type:Ensayo critico
Date:Jan 1, 2003
Words:21927
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