Printer Friendly

Construction et representation de la masculinite et de la feminite en tant qu'identites dans l'oeuvre de Jacques Chessex.

Les debats autour de la problematique des genres constituent, aujourd'hui encore, un sujet de l'avant-scene litteraire, sociologique, economique et politique. Loin d'etre epuisees, les nombreuses questions posees par les etudes de genre a l'egard des rapports entre l'homme et la femme, suscitent autant de conclusions. La variete des perspectives disciplinaires et interdisciplinaires met en evidence la richesse d'un domaine de recherche qui se renouvelle a chaque epoque.

Un retour a l'origine du syntagme Gender Studies renvoie aux annees soixante-dix et aux universites americaines ou s'est developpe un mouvement qui visait a montrer les inegalites existantes entre les sexes dont etaient victimes les femmes. L'histoire des etudes de genre enregistre des recherches menees dans le cadre des Etudes Femmes qui se sont focalises exclusivement sur le sexe feminin, essayant de mettre en evidence le role de la femme dans le cadre de la societe; des analyses reunies sous la denomination Etudes Feministes qui avaient comme but de preciser et d'expliquer les moyens de discrimination de la femme; des recherches qui prennent contour lors des annees quatre-vingts et quatre-vingt-dix et qui, en distinguant entre sexe et genre, s'interessent au rapport entre les sexes dans le cadre de la societe sans privilegier un des deux. Dans le cadre de ce vaste domaine qui est celui des genres, plusieurs theories et concepts se sont developpes et ont marque l'evolution des recherches dans le champ des rapports homme--femme. Parmi les figures historiques des etudes de genre on rappelle Monique Wittig (ecrivaine francaise, adepte de la French Theory, laureate du prix Medicis en 1964 pour le roman L'Opoponax, figure celebre du mouvement lesbien en France), Clara Zetkin (femme politique allemande, fondatrice de la revue des femmes socialistes L'egalite, 1891), Pat Califia (representant du mouvement transgenre, auteur de plusieurs textes autobiographiques et theoriques), Simone de Beauvoir (auteur du Deuxieme sexe, essai philosophique paru en 1949) ou Pierre Bourdieu (sociologue francais, auteur de La domination masculine, 1998, livre qui represente une analyse des rapports sociaux entre les hommes et les femmes dont le but est de deceler les causes de la domination masculine sur la femme). Un clin d'oeil jete a l'evolution de l'histoire des Gender Studies nous donne la possibilite d'observer un mouvement qui va de l'importance accordee a l'homme a l'attention portee a la femme. Les siecles passes ont enregistre un mouvement de liberation de la part des femmes, une prise de conscience de leur condition et un besoin de gagner plusieurs droits par rapport a la tradition ancienne des societes patriarcales. Que l'on veuille ou non admettre, les etudes des genres sont plutot associees aux mouvements feministes qu'aux analyses concernant la masculinite. La tendance est de montrer que l'inegalite ancienne entre l'homme et la femme n'est pas fondee sur des arguments valides, et que la primaute masculine par rapport a l'element feminin n'est pas justifiee. Ce qui est a retenir est que la feminite et la masculinite ne sont pas des identites immobiles et singulieres. Elles representent le cumul d'une multiplicite des aspects qui varient selon les contextes historiques, culturels et sociaux et sont a jamais susceptibles de changements plus ou moins evidents dans la structure de surface, mais qui sont quand meme reperables en profondeur. La masculinite et la feminite sont deux notions identitaires qui se trouvent toujours en construction et en reconstruction l'une par rapport a l'autre, ce sont deux entites qui s'influencent reciproquement et qui ne sauraient se developper en dehors de cette complementarite:
   [...] la masculinite n'est pas une notion en soi: elle se definit
   par la nature des relations entre les hommes et les femmes et en
   rapport avec la notion <<en miroir>> de la feminite, qui, elle
   aussi, est en constante reconstruction. (1)


A retenir que ces deux notions, feminite--masculinite, sont en etroite relation avec d'autres notions qui appartiennent au champ de la differenciation sociale, notamment la race, l'ethnicite et la nationalite, ce qui fait que les combinaisons entre ces multiples aspects donnent naissance a beaucoup d'autres identites. Certes, la problematique de l'identite est encore plus vaste et plus difficile a ranger d'un cote ou de l'autre, car, en tant que concepts identitaires la masculinite et la feminite changent tout au long du parcours existentiel. Cependant, une delimitation conceptuelle, entre ces deux termes, s'impose. La masculinite est consideree etre l'ensemble des traits propres a l'homme, des caracteristiques qui ne sont pas necessairement associees au male de maniere exclusive mais qui sont predominantes chez lui. La plupart des etudes concernant la masculinite ont comme but de montrer que celle-ci est un produit social, construit par opposition a la feminite. Selon des auteurs tel Michael Messner (2) la masculinite est le produit final d'un apprentissage de facture sociale. Judith Butler (3) considere qu'il y a une performativite du genre sur laquelle repose cet apprentissage social tandis que Pierre Bourdieu (4) parle de l'existence d'un role predetermine des hommes et des femmes et d'une domination masculine qui tend a se perpetuer. De l'autre cote de la barricade, la feminite est censee representer l'ensemble des traits de facture biologique, psychologique ou comportementale propre a la femme. Ce qui est sur est le fait que les deux identites sexuelles recoivent de fortes influences de la part de l'environnement socioculturel et qu'on retrouve des traits de l'une d'elles dans l'ensemble des caracteristiques de l'autre. Il y a evidemment certains traits de caractere plus specifiques a l'homme et d'autres plus specifiques a la femme; on attribue par exemple la determination et le pouvoir physique a l'homme et la sensibilite ou l'amour a la femme. C'est peut-etre a cause de ces caracteristiques, qui se sont transformes parfois tres aisement en stereotypes, qu'est ne aussi le mythe de la superiorite masculine par rapport a la femme. Cette pretendue superiorite masculine represente d'ailleurs la cause primaire de tous les mouvements feministes enregistres le long des siecles et la cause de l'eclatement du feminisme au XX et XXI siecles.

En litterature, la representation de la masculinite et de la feminite en tant qu'identites constitue, depuis toujours, un des themes favoris. Tout le long de l'histoire de la litterature on enregistre de nombreux romans, nouvelles et recits, qui traitent du rapport entre les hommes et les femmes, meme s'il n'est pas exploite chaque fois de facon directe ou trop evidente. De l'epoque medievale ou l'on trouve Tristan et Iseult, en passant par les Mille et Une Nuit, par la periode des romans de Jane Austen ou par l'epoque du victorianisme ou voient le jour Jane Eyre, Wuthering Heights ou Vanity Fair, on arrive a l'epoque moderne de John Fowles, auteur de The Collector et de The Magus. Le cote francais et francophone enregistre lui aussi des productions remarquables portant sur la problematique des genres: Simone de Beauvoir ecrit Le Deuxieme sexe, Honore de Balzac dresse des portraits feminins dans Eugenie Grandet, Emile Zola depeint Gervaise dans L'Assommoir, Corinna Bille traite de l'incompletude feminine dans Juliette Eternelle et Georges Rodenbach depeint une facette peu connue de la masculinite dans Bruges-la-mort. Dans la plupart des oeuvres citees ci-dessus la perspective adoptee vise a traiter plutot de la condition de la femme qu'a insister sur l'image de l'homme. Entre la masculinite et la feminite les ecrivains ont souvent choisi d'exposer et d'analyser la derniere. Les femmes protagonistes souffrent a la suite des histoires d'amours qui finissent mal, elles sont trompees par leurs maris, menent une existence precaire ou sont obligees a accepter un destin qui leur est impose. De l'autre cote, les hommes representent l'incarnation de la force physique, psychique et comportementale et meme si parfois (tres rarement d'ailleurs) ils se voient vaincus par certaines circonstances defavorables ils acceptent la defaite avec dignite.

Dans le champ de la litterature suisse romande la problematique des genres s'est plutot orientee vers l'existence d'une ecriture feminine qui representerait le contrepoint d'une ecriture masculine. On peut aisement constater l'essor d'une subjectivite feminine reperable au niveau des oeuvres appartenant a des ecrivaines telles Monique Saint-Helier, Catherine Colomb, Alice Rivaz, Corinna Bille, Anne Lise Grobety, Yvette Z'Graggen ou Monique Laederack. Bien qu'initialement plusieurs figures feminines de la scene des lettres romandes aient dispute l'existence d'un concept tel <<ecriture feminine>>, ulterieurement on est arrives a attribuer ce syntagme a plusieurs ecrits appartenant a des ecrivaines romandes. Si Anne Cuneo affirme <<Je ne suis pas une <<ecrivaine>> je suis un individu (neutre) qui ecrit. [...] Ecriture feminine, c'est un non sens>>, (5) Agota Kristof pense que ce syntagme est discriminatoire: <<Je n'ai rien a dire sur l'ecriture feminine, je trouve cette expression stupide et discriminatoire>>. (6) Cependant, un regard attentif aux oeuvres des femmes ecrivains mentionnes ci-dessus nous mene a observer un certain etat d'esprit et une expression propre a cet etat, une vision feminine de l'ecriture et de la thematique des histoires racontees. Si Alice Rivaz peut etre consideree comme un precurseur du temps des femmes, c'est qu'elle denonce dans ses recits l'inegalite entre les hommes et les femmes, l'inferiorite du statut social de la femme, le manque de respect pour la femme dans le cadre du couple. C'est surtout dans La Paix des ruches, qu'on voit tous ces aspects reunis sous la forme d'une confession, celle de Jeanne Bornand, une femme qui prend conscience de son statut limite par rapport au pouvoir de l'homme. <<Ce qui est valorise, a l'extreme [...] dans La Paix de ruches, c'est ce par quoi la feminite se distingue. Face a la virilite obtuse de l'epoux selon la loi, celle qui dit Je, <<l'esclave>>, prend conscience d'elle-meme en cultivant sa dissemblance>>, (7) affirme Marcel Raymond dans la preface du roman. Jeanne Bornard reve de changer le monde et d'etablir un nouvel ordre des choses, en ce qui concerne le rapport homme-femme:
   Et surtout nous ne les ecouterions plus! Nous ne serions plus ce
   vase qui se fait vide pour mieux se remplir de ce qui est eux. Nous
   ne serions plus ces manieuses d'eponges sur le tableau noir de
   leurs fautes, nous ne serions plus ce choeur laudatif de servantes.
   (8)


D'Alice Rivaz on passe ensuite a Yvette Z'Graggen et a son roman Cornelia, a La Femme separee de Monique Laederach ou a Infiniment plus d'Anne-Lise Grobety. Si Cornelia est l'histoire d'une emancipation tardive et inaccoutumee, La Femme separee dresse le portrait d'Anne, une femme qui tout le long du roman essaie de vivre en accord avec elle-meme, tout en echappant aux dictas des normes et des conventions traditionnelles. La narratrice de Infiniment plus tente a son tour d'affirmer son identite feminine et mene une existence qui equivaut a une quete identitaire. On constate donc, a travers les ecrits des femmes auteurs mentionnes, l'existence d'un essai de reappropriation de l'identite feminine, longuement mise a l'ombre du modele masculin.

De l'autre cote, celui de l'ecriture masculine, les femmes des romans, nouvelles ou recits appartenant a des ecrivains tels Charles Ferdinand Ramuz, Etienne Barilier, ou Jacques Chessex mettent en evidence un changement de perspective a l'egard du rapport homme-femme et traduisent non seulement l'identite feminine mais aussi l'identite masculine. Si dans La beaute sur la terre Ramuz envisage la feminite en tant que sensibilite et beaute legere, par le biais de Juliette, une jeune orpheline qui arrive un jour chez son oncle, dans un village pres du lac Leman, c'est aussi pour mettre en evidence les consequences de la beaute feminine sur l'homme et les troubles que la femme peut provoquer au niveau de la conscience masculine: <<Laisse-lui la liberte, disait-on dans la salle a boire. Qu'est-ce que tu veux la faire travailler? Elle n'est pas faite pour ca. Laisse-lui la liberte, sans quoi tu risques de l'eteindre ... C'est comme les ailes des papillons: si tu les touches, elles deviennent grises ... Laisse-la courir.>> (9) Etienne Barilier dresse une double hypostase de la feminite dans son roman Un Veronese, ou l'on rencontre Anne et Anna, double visage de la beaute feminine, chacune representant le contrepoint de l'autre, et provoquant a l'homme qui s'est incarne ici en la personne de Theo, du desir et de l'indecision.

Chez l'ecrivain Jacques Chessex (1934-2009) la representation de la masculinite et de la feminite en tant qu'identites se realise par l'intermediaire d'une introspection au niveau spirituel et erotique. C'est surtout par le biais de l'erotisme, considere en tant que moyen de transgression des barrieres entre l'homme et la femme, modalite d'unification de ces deux identites, qu'on arrive a connaitre les caracteristiques propres a l'element feminin et a l'element masculin. Les hommes des romans, recits ou nouvelles de Chessex sont toujours en quete d'eux-memes. Ils cherchent a se definir et a donner un sens a leur existence. Ils entendent le faire par l'intermediaire de la femme. Les protagonistes de Chessex regardent la femme en tant que source de redemption et raison de decheance. Elle est a la fois ange et demon, ame et chair, objet de desir et ce qui le sauve de l'oubli et de la mort. L'homme de Chessex est fascine par la femme, au vrai sens du mot. S'il la quitte, c'est pour la retrouver. S'il la desillusionne, c'est pour lui demander pardon. S'il l'abandonne lors de sa jeunesse, c'est pour la reconquerir lors de l'age mur. Le pourquoi de l'attitude des protagonistes chessexiens vis-a-vis de la femme est a trouver dans la conception de l'ecrivain qui a affirme a plusieurs reprises, dans ses ecrits autobiographiques ou dans des interviews, ne pas pouvoir vivre ou ecrire sans une femme aupres de lui. (10) Pour Jacques Chessex la relation entre l'homme et la femme se traduit par une sorte d'inferiorite du premier membre par rapport au deuxieme. C'est-a-dire, la femme exerce sur l'homme un pouvoir ensorcele et tire sa puissance du secret qu'elle cache et que l'homme n'arrivera jamais a decouvrir. Reduit a un simple esclave a cause de l'existence de ce mystere feminin qu'il ne parvient pas a percevoir, l'homme deambule lors de son vivant, errant d'un coin du monde a un autre, fuyant les souvenirs du passe, essayant de s'evader du temps profane pour arriver a entrer dans le sacre. Mais c'est toujours par la femme que la spiritualite peut se montrer a lui. Il effectue donc des va-et-vient entre le passe et l'avenir, entre l'amour pour Dieu et la passion pour la femme et arrive finalement a entrer dans la mort, vu comme une sorte de fenetre qui donne vers l'au-dela. La difference fondamentale qui empeche les hommes et les femmes de se comprendre reside, selon Chessex, dans le fait que
   la femme est une totalite, [...] la femme est infiniment superieure
   a l'homme. L'homme n'est qu'une virgule dans l'eternite feminine.
   La femme est une totalite, a la fois plastique, psychologique,
   mentale, celle de la volonte, celle de l'affect, celle de
   l'expression. Il y a une telle superiorite de la femme, a tous
   egards, que l'homme, meme s'il ne s'en rend pas compte, en est
   profondement inquiet. (11)


L'identite masculine est construite autour des protagonistes qui ne connaissent pas la plenitude existentielle, des personnages masculins qui essaient tout le long de leur vie de trouver le veritable sens de leur existence. Chez Jacques Chessex l'element masculin se trouve en perpetuelle quete de lui-meme, toujours insatisfait de sa condition, toujours cherchant a depasser les limites imposees par le destin. Les hommes des ecrits de Chessex ne sont jamais a l'aise avec eux-memes, ils souffrent a la suite de leurs fautes, et supportent les consequences de leur impossibilite de maitriser l'element feminin. L'ecrivain explique le comportement de ses protagonistes masculins par l'existence du complexe oedipien qui les pousse inconsciemment vers des retrouvailles intimes avec la mere:
   La grande douleur de mes personnages, souvent, c'est a l'evidence
   d'avoir ete separes de leur mere, de la crypte maternelle, puis de
   retourner a la crypte, mais celle de la mort. Dans l'intervalle,
   ils vivent une vie marquee par cette separation, par le manque. Je
   crois que la femme reste pour l'homme cet extraordinaire lieu
   enfoui ou nait la vie, et ou, semble-t-il, tout aspire a faire
   retourner l'amant. L'homme de desir est fascine par la forme
   feminine qui est l'enveloppe de ce lieu premier et constamment
   magique, dont le mystere ne s'epuise pas, car c'est celui de
   l'origine. [...] Les personnages de mes livres [...] repondent a
   une sorte d'aimantation exercee sur eux par la femme. En meme
   temps, ils ont conscience de leur solitude, celle de la naissance
   et de la mort; ils savent que cette separation originelle est la
   cause premiere de la souffrance d'etre au monde. (12)


Chez Jacques Chessex l'identite masculine est une identite qui n'est pas du tout achevee de point de vue de sa structure. On a affaire a une identite qui ne cesse de se remodeler et de tracer de nouveaux chemins vers sa forme finale. Le paradoxe reside dans le fait que, cette forme finale ne sera jamais atteinte, les protagonistes de Chessex se trouvant dans un cercle vicieux d'ou ils ne peuvent pas sortir: plus ils desirent s'approprier de leur identite, la construire et la definir par rapport a l'identite feminine, plus ils se heurtent a l'impossibilite d'y aboutir. L'incapacite de l'homme vient de l'imperfection originelle dans laquelle il est jete: des sa naissance l'homme est voue a porter le fardeau d'une impuissance et d'une limitation qui constitueront les causes de ses troubles de conscience et de ses conflits interieurs. Tous les personnages masculins de Chessex tachent d'apprehender l'element feminin, avec un desir desespere de se sauver et de remplir le vide qu'ils ressentent exister entre eux et la femme:
   La femme est la premiere sphere du monde, c'est le centre du monde.
   Dans sa pauvrete l'homme essaie tout au plus de s'agripper, de
   s'ajuster a elle, mais a aucun moment de l'egaler. D'ou, sans
   doute, cette rage de dominer la femme que manifestent tant
   d'hommes. C'est ainsi qu'ils tentent d'echapper a leur sort de
   demunis, qu'ils ressentent comme une malediction. Quand on recourt
   a la force pour s'imposer, c'est que, precisement, il y a
   malediction. (13)


Les rapports que les hommes des ecrits de Chessex entretiennent avec les femmes se traduisent, en effet, par une certaine violence et une agressivite qui se voit surtout sur le plan sexuel, les protagonistes chessexiens sentant toujours le besoin de devorer la femme, chair et ame, dans une tentative ultime de l'englober dans leur univers masculin, de l'integrer a leur structure intime, de fusionner avec elle jusqu'a ce qu'ils deviennent une seule entite. Il y a chez Chessex un desir dechirant de posseder la femme aimee, mais c'est precisement a cause de ce desir violent et destructif que l'homme ne parvient pas a l'union supreme avec la femme. C'est de ce manque qu'il souffrira toute sa vie et ne trouvera repos que dans la mort. Chessex construit l'identite masculine autour de deux autres grands elements identitaires: l'element feminin et l'element divin. Ecartele entre ces deux poles existentiels, le male essayera de les faire coexister a l'interieur de lui-meme, de les faire emerger l'un de l'autre, de les unifier afin de construire une plenitude spirituelle et metaphysique. C'est pour cela que l'ecrivain suisse romand associe souvent dans ses livres l'erotisme et la divinite; il s'agit toujours du desir de l'element masculin de se lever au-dessus de sa condition, de depasser les limites existentielles dans lesquelles il se debat:
   L'erotisme suppose une disparition presque instantanee de soi-meme
   dans l'autre, par l'autre ou avec l'autre, ou a la faveur de
   l'autre [...]. Toujours est-il qu'a certains moments, cette
   disparition s'opere, et represente pour l'homme le defi de
   l'aneantissement. C'est peut-etre ce jeu qui fascine, entre la
   puissance du desir et la neantisation de la cause et de l'effet,
   par son accomplissement. (14)


On peut donc conclure en affirmant que chez Jacques Chessex l'element masculin est par definition nettement plus pauvre et plus desabuse que l'element feminin. L'identite masculine se definit toujours par rapport a l'identite feminine et ne peut pas etre consideree en dehors de celle-ci.

Jonas, le protagoniste du roman eponyme de Chessex est un ancien ecrivain et marchand de tableaux qui revient a Fribourg, sa ville d'origine, afin de pouvoir se reconcilier avec le passe. Il y rencontre Anne-Marie, sa bien-aimee et apprend l'existence et la mort de son fils. Tombe dans le piege de l'alcool, il erre pendant plusieurs jours dans les rues de la ville, tout comme le Jonas de la Bible a erre dans le ventre de la baleine--, jusqu'a ce qu'il decide de s'abandonner a l'amour et de recommencer a construire sa vie aupres de la femme aimee. Le rapport homme-femme se traduit dans ce roman par une superiorite de l'element feminin vis-a-vis de l'element masculin qui espere se sauver de la mort et de l'oubli par l'amour. Ce protagoniste de Chessex ne croit pas dans la redemption et le pardon divin, il ne croit pas pouvoir s'echapper au sentiment de culpabilite qu'il eprouve que s'il se tourne vers la femme. Celle-ci apparait ici comme la seule entite capable de rendre l'homme a lui-meme:
   Et je t'aime, Anne-Marie. Je t'ai toujours aimee, je t'ai associee
   a la Vierge des edifices consacres et des images saintes, je t'ai
   evoquee dans mes prieres muettes, je t'ai appelee, je t'ai
   rejointe, j'ai cru en toi. Oui, je t'aime AnneMarie, et tu me rends
   a moi-meme, qui me croyais prive de substance et de force. Par toi
   je suis jeune, en toi je suis rachete, ton coeur battra jusque dans
   ma mort. (15)


L'image de la femme aimee est associee a la Vierge et a la saintete; la femme est dans cette hypostase l'etre situe le plus proche de Dieu, et l'on pourrait croire qu'elle arrive meme a remplacer la divinite.

Mais il y a aussi d'autres hypostases de la feminite que l'ecrivain suisse romand illustre comme contrepoint de la masculinite. Dans Portrait des Vaudois, il dresse la typologie feminine de la societe vaudoise, et l'on constate un renversement des roles anciens des hommes et des femmes. La societe vaudoise depeinte dans ce livre semble remplacer le patriarcat par le matriarcat, et agenouille l'homme devant la femme. L'auteur fait l'eloge de l'element feminin qui s'avere toujours plus fort et plus puissant que l'element masculin:
   Pour les Vaudois, la femme c'est le gouvernement, le sergent, le
   colonel. [...] Dans tous le canton. Allez-y, vous verrez, la femme
   dirige et commande, la meule tourne, le patron cede ou laisse
   faire.--Elles sont plus coriaces que nous! Elles se tiennent, elles
   ont des rognes qui durent, elles font la gueule, elles nous
   menacent, elles se plaignent. (16)


La superiorite de la femme s'installe dans la conscience de l'homme et le suit tout le long de son existence, sans qu'il puisse se liberer de cette hegemonie. L'homme de Chessex accepte avec une sorte de resignation muette son inferiorite et sa pauvrete par rapport a la femme. C'est autour d'elle qu'il construit son parcours existentiel, c'est avec elle et en elle qu'il se perd et se retrouve. Le narrateur de Portrait des Vaudois avoue sincerement:
   Elles sont plus rapides que nous, plus tenaces, plus acharnees;
   tandis que les hommes ruminent, tournent autour du pot, s'usent la
   rage, ruminent encore et s'accommodent a la longue de cette
   autorite qui les libere apres tout de soucis, de details, de
   complications menageres dont ils ont horreur. Elles ont la ruse
   droite, eux la ruse plus nouee, plus reveuse, inventive mais lente,
   et comme leur prudence et leur langue, procedant par tatonnement,
   par interrogation indirecte, par maladresse subtile et drole (dont
   le ruse lui aussi s'amuse intimement, ses yeux le disent, et son
   air). (17)


La comparaison laisse entrevoir quand meme un certain partage des roles, une entente silencieuse qui fait que ce deux identites se completent reciproquement. Mais l'idee centrale est que dans le cadre de cette societe, c'est la femme qui gouverne, c'est autour d'elle que se construit la famille, c'est elle le noyau central de la vie. Les anciennes moeurs ont change et meme si l'ancien fond d'une societe plutot patriarcale demeure encore, le nouveau courant et les progres, la liberation des frontieres apportent un souffle different qui place la femme en tete de la societe et lui attribue des roles qu'elle n'a pas eus jusqu'ici:
   L'ancien fond demeure, mais la mode, la liberte, les metiers, la
   politique, la disparition des frontieres ont brouille les traits
   typiques, ont use les habitudes, casse les tabous, rendu caduques
   les conventions et meme les hypocrisies. (18)


Pour Chessex la femme est l'identite supreme autour de laquelle se construisent toutes les autres identites, y compris l'identite masculine. L'homme est des sa naissance inferieur a la femme, parce qu'il ne parvient pas a la comprendre, a s'approprier de cette identite differente par rapport a luimeme. Tous les personnages masculins de Chessex doivent vivre avec ce handicap par rapport a leur partenaire feminine ou par rapport a leur mere. Leur existence terrestre est un effort constant de retrouver l'union originelle avec la femme, union qu'ils ont perdue lors du peche commis par Adam. Leur tentative echoue chaque fois car le mystere qui les separe de la femme demeure inclassable et insaisissable. C'est a cause de ce manque qu'ils menent une existence fade et malheureuse, qu'ils ont le sens de leur incompletude et qu'ils finissent souvent par se suicider:
   [...] femme au centre du monde, seule preoccupation, seul souci,
   seul chant tenace et vivace au cours des annees dans les dedales.
   Qu'est-ce qui compte? Le sentiment poetique de la vie. Une femme le
   suscite aussitot. Vivre sans une femme est impossible; ce serait
   une agonie de chat ampute. [...] Une femme ainsi nourrit l'heure,
   porte l'existence et tout acte [...] C'est une absolue certitude:
   femme au milieu de toute vie. (19)


Toujours languissant d'amour pour une femme et pour Dieu, l'homme de Chessex ne peut pas se decider pour l'une de ces deux identites. Ecartele entre ces deux poles il vit de forts conflits interieurs. C'est le cas du Pasteur Burg, protagoniste du recit La Confession du Pasteur Burg qui decide de venger Dieu et de punir les habitants d'un petit village inconnu, en seduisant Genevieve, la fille d'une des figures les plus importantes de la communaute. L'image de la femme est construite cette fois-ci de facon poetique. Genevieve est une jeune innocente qui tombe amoureuse du pasteur sans connaitre ses desirs de vengeance. La femme ensorcelle de nouveau l'homme, car Genevieve reussit par sa douceur de changer les intentions du pasteur qui loin de se venger finit par tomber amoureux d'elle. L'element feminin apparait ici dans une double hypostase: la femme est a la fois objet de desir, element declencheur de passions voraces, source de peche et raison de decheance, ce qui mene l'homme vers la chute et element spirituel qui l'aide a trouver sa paix interieure et a se reconcilier avec soimeme:
   Je puis affirmer qu'au moins ni mon visage, ni mes gestes ne
   trahissaient la tristesse que je ressentais alors, ni le trouble ou
   me plongeaient ces rencontres avec Genevieve. Au catechisme, je ne
   voyais qu'elle. Mais j'etais le pasteur Burg. Je continuai a jouer
   mon role avec une affabilite egale et, bien que je me rendisse un
   compte exact des sentiments de plus en plus precis que j'eprouvais
   pour la jeune fille, je m'ingeniai a ne pas perdre de vue, un seul
   instant, ma mission de punition et de vengeance. (20)


Il faut noter cependant que la vision du Pasteur Burg concernant les femmes est assez sombre et qu'il voit en elles l'incarnation du mal et du peche. En les comparant a la Vierge il affirme avec degout:
   La chair brule les ames. J'avoue qu'il m'est arrive de hair Dieu
   d'avoir voulu que l'homme, pour le bien de l'espece, se salisse de
   tant d'obsessions et de hantises. La mere du Christ etait vierge.
   Les notres se sont roulees dans des flaques de sperme. Cette idee
   me laissait desempare. (21)


Cette fois-ci le rapport homme-femme se traduit par des accusations et du mepris de la part de l'homme vis-a-vis de la femme qui represente dans sa vision la source de la Faute originelle, la seule coupable de l'existence imparfaite dans laquelle est jete l'homme. La Femme est ici la pecheresse, la tentatrice, la corruptrice de l'homme, celle qui le mene a la debauche. Cette conception du Pasteur Burg change cependant lorsqu'il rencontre Genevieve qui incarne, selon les mots de Christine Arquembourg, la purete:
   Esquissee plutot que decrite, d'une grace et d'une fragilite
   presque celestes, elle incarne la purete qui s'oppose a la
   salissure, l'innocence originelle anterieure a la Faute,
   miraculeusement preservee et qui transparait dans la clarte du
   regard de Genevieve [...] (22)


Une autre hypostase, toujours poetique, mais qui laisse de cote l'image de la femme en tant que corruptrice de l'homme est a trouver dans la chronique Dans la buee de ses yeux, ou l'ecrivain dresse un portrait plutot idyllique de la femme. Myriam est un etre diaphane, doux et tendre qui apparait comme l'amour sincere et profond du narrateur. Les associations avec la saintete et la divinite reviennent encore une fois dans la description de la femme:
   Dieu l'a appelee Myriam. D'ou vient-elle avec ce nom? De Judee,
   sans doute, j'en suis beaucoup plus sur que des Grisons de sa mere,
   meme si je l'ai accompagnee a Poschiavo, dans sa famille, un
   automne de melezes d'or et d'eglises blanches, ou des bords du
   Leman de son pere absent. Myriam, la jeune fille au songe, et
   Marie, la mere du Christ, l'enfant-femme, la blessure, l'aspiration
   en plein ciel. (23)


Dans ce texte en prose la femme represente le seul rempart face au gouffre, face a l'absence et a la mort. L'homme (en la personne du narrateur) fait l'eloge de la sensibilite feminine qu'il percoit en tant qu'incarnation du mystere, projection de son desir de redemption et objet d'une quete identitaire qui va finalement s'achever par une defaite car l'homme ne parvient pas a remplir le vide qui existe entre lui et la femme. Ce texte contient une assez longue et precise description physique de la femme, description qui souligne la double signification de l'etre feminin dans l'economie de l'existence masculine: la femme est a la fois le salut de l'homme, son refuge contre la mort et la cause meme de sa chute: <<Le corps est gracile, juvenile, ses gestes sont souples, nerveux, son pas souvent oblique, comme d'un renard, ou d'une bete qui viendrait guetter ou surprendre. [...] La vivacite, la clarte dominent. Une sensualite visible et curieusement diffuse, comme parait se fondre aussi dans tout l'etre certaine inquietude que j'ai deja dite, ou distraction, parce qu'une part de nuit demeure dans la pensee, dans chaque geste, ou espece d'effroi a l'idee peut-etre de l'abandon [...].>> C'est par le corps que l'homme de Chessex tente de maitriser la femme et c'est le corps celui qui constituera la cause de sa decheance. L'erotisme est illustre de plusieurs facons (parfois d'une perspective idyllique, associee a l'amour, d'autrefois d'une perspective violente et agressive) mais il represente dans la vision de Chessex le lien qui unifie l'element masculin a l'element feminin et qui aide l'homme a transcender dans une dimension metaphysique, de vaincre la mort et l'oubli. Cependant, cette transcendance c'est plutot un ideal qu'un reve accompli. Chez Chessex il y a toujours un obstacle, un abime qui separe l'homme et la femme, separation qui se traduit par l'univers secret de la femme que l'homme ne parvient pas a comprendre, mystere qu'il ne reussit pas de saisir et qui le mene a la chute (suicide, crime, etc.) <<L'erotisme, avec toutes ses limites, continue cependant a etre la seule forme qui puisse donner a l'etre humain l'illusion du depassement et de l'oubli de sa condition terrestre. La femme est un abime sans fond dans lequel l'homme risque de se perdre. L'ambiguite de l'erotisme de l'ecrivain est la: il faut essayer d'incorporer la femme a soi, mais eviter de sombrer en elle>>, (24) affirme Anne Marie Jaton. Cette tentative d'incorporer la femme sans sombrer en elle echoue. L'homme demeure impuissant et ne peut que se resigner, en acceptant sa condition inferieure par rapport a la femme. Le renversement des roles constitue le principal noyau de la relation homme-femme chez Jacques Chessex. Manuel Sorge, un jeune ecrivain, protagoniste du recit Incarnata admet entretenir avec Ariane D., une femme ecrivain, un rapport de domination renversee: <<Les personnages des romans d'Ariane etaient de fausses libertines que les hommes domptaient et quittaient. Au contraire c'etait elle, Ariane, qui me domptait et m'assujettissait.>> (25) La fascination exercee par l'element feminin sur l'element masculin tient toujours l'avant-scene du recit: <<[...] j'etais force de reconnaitre que l'esprit d'Ariane--non, disons-le: son ame, exercait sur moi un rayonnement qui me guerissait de beaucoup d'erreurs.>> (26) La femme agit donc comme remede contre le sentiment de culpabilite que l'homme ressent et elle est envisagee par celui-ci comme la seule capable de guerir ses blessures existentielles.

Pour conclure on peut affirmer, sans risquer de se tromper, que chez Jacques Chessex la problematique des genres est illustree par le biais d'un rapport de forces renverse. C'est l'identite feminine qui determine la construction de l'identite masculine, c'est la femme celle qui est nettement superieure a l'homme, c'est la feminite qui definit la masculinite. Le male de Chessex est accable par la femelle. L'homme se considere en tant qu'identite humaine seulement en relation avec l'alterite feminine. L'obsession de l'element masculin est de s'approprier de la feminite qu'il considere salvatrice de son existence masculine. Il se trouve toujours a mi-chemin entre l'amour spirituel et l'amour corporel, entre l'amour pour la femme et l'amour pour Dieu, et represente l'identite qui est sans cesse en quete d'ellememe.

ACKNOWLEDGMENTS

*** Remerciements: On remercie le Programme Operationnel Sectoriel pour le Developpement des Ressources Humaines (projet: Etudes doctorales: portail vers une carriere d'excellence dans la recherche et la societe de la connaissance), code contrat: POSDRU/88/1.5/S/47646

BIBLIOGRAPHIE

Abidemi, Asiyanbola R. (2002), Masculinite et partage des roles au sein du menage a Ibadan, Nigeria in Genre et societes en Afrique: implications pour le developpement, sous la direction de Therese Locoh. Paris: Les cahiers de l'Ined.

Arquembourg, Christine (1996), Une lecture de La Confession du Pasteur Burg de Jacques Chessex. Lausanne: L'Age d'Homme.

Bourdieu, Pierre (1998), La domination masculine. Paris: Seuil.

Bridel, Genevieve (2002), Jacques Chessex. Transcendance et transgression. Lausanne: La Bibliotheque des arts.

Butler, Judith (2006), Trouble dans le genre. Le feminisme et la subversion de l'identite. Paris: La Decouverte.

Chessex, Jacques (1971), Carabas. Lausanne: Cahiers de la Renaissance Vaudoise.

--(1999), Incarnata. Paris: Grasset&Fasquelle.

--(1995), Dans la buee de ses yeux. Yvonand: Bernard Campiche.

--(1991), La Confession du Pasteur Burg. Lausanne: L'Age d'Homme.

--(1982), Portrait des Vaudois. Lausanne: Editions de l'Aire.

--(1987), Jonas, Paris: Grasset & Fasquelle.

Cossy, Valery (1999), <<Ecoutez je ne suis pas ce que vous croyez ...>> Subjectivite feminines dans la litterature de Suisse romande in Histoire de la litterature en Suisse romande, Tome IV, La litterature romande aujourd'hui, publiee sous la direction de Roger Francillon. Lausanne: Editions Payot Lausanne.

Jaton, Anne-Marie (2001), Jacques Chessex. La lumiere de l'obscur. Geneve: Editions Zoe.

Messner, Michael A. (2007), Out of Play. Critical Essays on Gender and Sport, (Part III, Masculinities: Class, Race, Sexualities). New York: State University of New York Press.

Ramuz, Charles Ferdinand (2011), La beaute sur la terre. Paris: Gallimard.

Rivaz, Alice (1984), La Paix des ruches. Lausanne: L'Age d'Homme. http://fr.wikipedia.org/wiki/F%C3%A9minit%C3%A9, article consulte le 13 juin 2011.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Masculinit%C3%A9, article consulte le 13 juin 2011.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Gender_studies, article consulte le 13 juin 2011.

OTILIA-CARMEN COJAN

Universite Alexandra loan Cuza, Iasi

otilia_bluish@yahoo.com

NOTES

(1.) Asiyanbola R. Abidemi (2002), Masculinite et partage des roles au sein du menage a Ibadan, Nigeria in Genre et societes en Afrique: implications pour le developpement, sous la direction de Therese Locoh, Les cahiers de l'Ined, Paris, p. 263.

(2.) Michael A. Messner (2007), Out of Play. Critical Essays on Gender and Sport, (Part III, Masculinities: Class, Race, Sexualities). New York: State University of New York Press.

(3.) Judith Butler, (2006), Trouble dans le genre. Le feminisme et la subversion de l'identite. Paris: La Decouverte.

(4.) Pierre Bourdieu (1998), La domination masculine. Paris: Seuil.

(5.) Anne Cuneo citee par Valery Cossy, (1999), <<Ecoutez je ne suis pas ce que vous croyez ...>> Subjectivite feminines dans la litterature de Suisse romande in Histoire de la litterature en Suisse romande, Tome IV, La litterature romande aujourd'hui, publiee sous la direction de Roger Francillon, Lausanne: Editions Payot Lausanne, 387.

(6.) Agota Kristof citee par Valery Cossy (1999), <<Ecoutez je ne suis pas ce que vous croyez ...>> Subjectivite feminines dans la litterature de Suisse romande in Histoire de la litterature en Suisse romande, Tome IV, La litterature romande aujourd'hui, publiee sous la direction de Roger Francillon, Lausanne: Editions Payot Lausanne, 387.

(7.) Alice Rivaz (1984), La Paix des ruches. Lausanne: L'Age d'Homme, 9.

(8.) Ibid, 109.

(9.) Charles Ferdinand Ramuz (2011), La beaute sur la terre. Paris: Gallimard, 57.

(10.) Voir Jacques Chessex (1971), Carabas. Lausanne: Cahiers de la Rennaissance Vaudoise, 140.

(11.) Genevieve Bridel (2002), Jacques Chessex. Transcendance et transgression. Lausanne: La Bibliotheque des arts, 88-89.

(12.) Ibid, 96-97.

(13.) Ibid, 90-91.

(14.) Ibid., 92-93.

(15.) Jacques Chessex, (1987), Jonas. Paris: Grasset & Fasquelle, 187-188.

(16.) Jacques Chessex, (1982), Portrait des Vaudois. Lausanne: Editions de l'Aire, 77.

(17.) Ibid, 78.

(18.) Ibid, 80.

(19.) Jacques Chessex (1971), Carabas. Lausanne: Cahiers de la Renaissance Vaudoise, 142.

(20.) Jacques Chessex (1991), La Confession du Pasteur Burg. Lausanne: L'Age d'Homme, 38-39.

(21.) Ibid, 53.

(22.) Christine Arquembourg (1996), Une lecture de La Confession du Pasteur Burg de Jacques Chessex. Lausanne: L'Age d'Homme, 82.

(23.) Jacques Chessex (1995), Dans la buee de ses yeux. Yvonand: Bernard Campiche, 35.

(24.) Anne Marie Jaton (2001), Jacques Chessex. La lumiere de l'obscur. Geneve: Editions Zoe, 130.

(25.) Jacques Chessex (1999), Incarnata. Paris: Grasset&Fasquelle, 80.

(26.) Ibid, 83.

Otilia-Carmen Cojan. J'ai ete admise en octobre 2009 au Doctorat a l'Universite de <<Al. I. Cuza>> Iaci, Faculte des Lettres. Je suis licenciee en Philologie Francaise et Anglaise, Didactique du francais et de l'anglais, Etudes en litterature, a cette meme universite (2007) et j'ai egalement acheve un Master en Etudes Francophones (2009) dans le cadre de ma faculte. Mon theme de travail tourne autour de l'oeuvre en prose de l'ecrivain Jacques Chessex et la problematique du regime des genres m'interesse car elle recouvre plusieurs textes appartenant a cet auteur. J'ai deja participe a plusieurs conferences sur le meme theme, un exemple plus recent en serait Representations de la feminite dans l'espace culturel francophone, l'Universite Dunarea de Jos, Galaji, Roumanie, 15-16 octobre 2010. Publication d'articles dont << La quete identitaire dans portrait des vaudois de Jacques Chessex>>, in Studii fi cercetari filologice, Seria limbi romanice, Nr. 7, Editura Universitatiidin Pitecti (2010).
COPYRIGHT 2014 Addleton Academic Publishers
No portion of this article can be reproduced without the express written permission from the copyright holder.
Copyright 2014 Gale, Cengage Learning. All rights reserved.

Article Details
Printer friendly Cite/link Email Feedback
Author:Cojan, Otilia-carmen
Publication:Journal of Research in Gender Studies
Article Type:Report
Geographic Code:4EUFR
Date:Jul 1, 2014
Words:6417
Previous Article:Specific patterns in the social perception and exploration of masculinity/femininity.
Next Article:Le socius et le masculin: elements de psychanalyse de l'originaire sociale.
Topics:

Terms of use | Privacy policy | Copyright © 2019 Farlex, Inc. | Feedback | For webmasters