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Connaitre et comprendre le passe pour reflechir au devenir de la societe quebecoise. La contribution de Serge Gagnon a l'historiographie religieuse.

Abstract: This article explores the career of Serge Gagnon. It highlights the impact of his research on the field of religious history, and discusses the works and authors that inspired him. Basing his books on the qualitative analysis of a large body of documentation, Gagnon wrote in a lively and accessible style. He sought to reconstruct the history of pastoral care, of Catholic traditions and of the material living conditions experienced by Lower Canadian priests. Using a wide range of thoroughly analyzed examples, Gagnon showed how the clergy exercised its power. He also attempted to pinpoint the reasons why the communities he studied embraced the Church's message. Three major influences run through his works : the sociology of knowledge, French religious historiography and American sociologists critical of individualism and consumer society. The latter group echoed Gagnon's own anxiety about the contemporary Quebec lifestyle, which he contrasted to the Catholic customs that shaped the life of Lower Canadian communities.

Resume: Cet article vise a retracer le parcours de Serge Gagnon et a mettre en lumiere l'apport de ses recherches en histoire religieuse, ainsi que les oeuvres et les auteurs qui l'ont influence. Ses livres, ecrits dans un style vivant et accessible, cherchent a reconstituer l'histoire de la pastorale, des moeurs catholiques et des conditions de vie materielle des pretres au Bas-Canada a partir d'une analyse qualitative d'un large corpus documentaire. En se fondant sur de nombreux exemples analyses finement, Gagnon montre comment s'exerce le pouvoir du clerge et tente de cerner les raisons qui conduisent les populations a adherer au message de l'Eglise. Les ouvrages sont traverses par trois grandes influences: celle de la sociologie de la connaissance, celle de l'historiographie religieuse francaise et celle de sociologues americains critiques de l'individualisme et de la societe de consommation. Ces derniers font echo au regard inquiet que Gagnon pose sur le mode de vie du Quebec actuel en l'opposant au regime de moeurs catholique des communautes bas-canadiennes.

Serge Gagnon est l'auteur d'une ahondante production scientifique qui analyse l'histoire religieuse du Quebec avec un melange unique d'erudition, de rigueur et d'un souci constant de faire dialoguer passe et present. Au cours de sa carriere d'historien qui s'est poursuivie bien apres sa retraite du milieu universitaire, il a fait paraitre plusieurs articles, ainsi que sept livres consacres a la ritualite et a la gestion des sacrements, de meme qu'au travail et a la vie des pretres.

Ces livres constituent une contribution importante a l'historiographie quebecoise. En effet, les travaux de Serge Gagnon documentent et analysent avec de nombreux exemples les mceurs religieuses et la relation pastorale au XIXe siecle. Desireux de <<reconcilier les Quebecois avec leur passe>>, Gagnon a explore les rites autour de la mort et de la sexualite. Il a analyse la pastorale des sacrements de penitence et du mariage (2). De plus, et c'est la un autre de ses importants apports, son oeuvre realise une etude approfondie des conditions d'existence des pretres a la meme epoque. Sa prosoprographie du clerge seculier qui oeuvre dans les paroisses eclaire les contours de la vie materielle des cures et vicaires (3). Ces livres mettent bien en lumiere les enjeux entourant leur remuneration et analyse leurs rapports avec les paroissiens. Enfin, ils renseignent sur les representations que les Bas-Canadiens entretiennent a propos du presbytere et sur les attentes qu'ils nourrissent envers leurs occupants.

Le parcours d'un historien

Serge Gagnon a realise la majeure partie de ses publications en histoire religieuse entre les annees 1980 a 2013. Resumons son parcours, tel que lui-meme le presente dans son livre Destin clandestin (4). Ne en 1939 a Sainte-Agnes (maintenant La Malbaie) dans Charlevoix, Gagnon etudie a l'externat classique des Maristes, a La Malbaie, puis au college SainteAnne, a La Pocatiere. Il entreprend ensuite des etudes a l'Universite Laval ou il decroche, en 1963, une licence es lettres par cumul de certificats en histoire canadienne, en etudes anciennes, en ethnographie traditionnelle et en litterature. Il enseigne a son alma mater du Bas-du-Fleuve de 1963 a 1967. L'Universite d'Ottawa lui offre un poste de professeur en 1967. L'annee suivante, il obtient un diplome d'etudes superieures en histoire de l'Universite Laval, soit l'equivalent de la maitrise actuelle, avec un memoire (une these, disait-on a l'epoque) portant sur le college Sainte-Anne-de-la-Pocatiere (5). Tout en enseignant, il poursuit ses etudes doctorales, toujours a Laval, et soutient en 1974 sa these intitulee <<Ideologie et savoir historique : l'historiographie de la Nouvelle-France de Garneau a Groulx (1845-1915)>>. En 1976, il devient professeur a l'Universite du Quebec a Trois-Rivieres ou il travaille jusqu'a sa retraite en 1996.

Dans les annees qui suivent l'obtention de sa licence, Serge Gagnon multiplie les articles et les conferences devant divers publics. Il publie sa these de doctorat en 1978, soit quatre ans apres sa soutenance (6). L'etude s'interesse a une vaste question, la subjectivite des historiens, question qu'il avait deja abordee auparavant a travers notamment un article substantiel paru en 1973 dans la Revue d'histoire de l'Amerique francaise (7). Dans cet article et dans son livre sur les historiens du Quebec de 1840 a 1920, Gagnon met en lumiere l'historicite de l'histoire. Il adhere a la these relativiste voulant que l'historien epouse les idees, les prejuges, ainsi que les preoccupations de son temps et de son milieu d'appartenance. Comme le souligne Patrick Michel Noel, auteur d'une these de doctorat sur l'epistemologie historienne, Serge Gagnon fait oeuvre de precurseur dans l'historiographie quebecoise avec ces reflexions qui decrivent le chercheur en histoire comme un etre marque par son epoque (8). Dans sa these devenue livre, Gagnon s'interesse a la fonction sociale de l'histoire. Il rappelle que la connaissance historique n'est pas desincarnee et, pour en faire la demonstration, il analyse un large corpus, celui des etudes sur la Nouvelle-France produites entre 1845 et 1920. Paraphrasant Lucien Febvre, l'auteur cherche a comprendre comment l'historien organise le passe en fonction du present (9). La demarche historique, si rigoureuse et generatrice de nouvelles connaissances soit-elle, s'inscrit dans un contexte social qui influence le choix des objets de recherche, ainsi que les questions posees aux sources et qui oriente les approches, de meme que les methodes.

A la fin des annees 1970, de nouvelles preoccupations orientent les travaux de recherche de Serge Gagnon, dorenavant professeur a l'UQTR. C'est a cette epoque qu'au contact de son nouveau collegue Rene Hardy, il commence a explorer le champ du passe religieux. Son interet se deplace done de la sociologie de la connaissance historique vers l'histoire socioreligieuse et de ce qu'on appelle alors l'histoire des mentalites. En depit de cette reorientation de ses recherches, l'interet de Gagnon pour l'historiographie et pour l'epistemologie reste bien vivace. En temoigne, par exemple, sa participation au debat entourant la publication du livre de Ronald Rudin, Making History in Twenthieth Century Quebec (10).

Les premieres publications en histoire religieuse

Les travaux en histoire religieuse que Serge Gagnon publie apres 1980 sont le resultat de recherches commencees plusieurs annees en amont. A l'UQTR, il joint le Groupe de recherche en histoire de la Mauricie et codirige avec Rene Hardy un livre sur la predication des pretres qui parait en 1979 (11). Le titre, L'Eglise et le village au Quebec, rend hommage a Gabriel Le Bras, sociologue et juriste francais, auteur d'un livre eponyme (12). Fruit d'une recherche amorcee avec des etudiants dans le cadre d'un seminaire de 2e cycle, l'ouvrage presente trois etudes de cas signees par Andre Audet, Guy Trepanier et Carmen Rousseau qui visent a analyser les interventions des eures a la messe dominieale a travers les discours prononces au prone. Le livre s' articule autour de la these du controle social et met en evidence les efforts d'acculturation exprimes par toute une serie d'encouragements, d'avertissements, de remontrances et de condamnations enonces du haut de la chaire. En introduction, les auteurs affirment que le cure a exerce << une forme d'encadrement autoritaire que nous qualifions de clericalisme, c'est-adire cet abus de pouvoir assez peu apparente au message evangelique (13) >>. A l'epoque ou fleurissent, au Quebec et outre-Atlantique, les recherches sur la religion populaire, Gagnon et Hardy tentent aussi de qualifier la religion des Quebecois: celle-ci est <<melee de croyanees superstitieuses tres vivaces>>. On peut y voir <<un syncretisme entre les formules magiques d'origine pai'enne et un merveilleux chretien qui lui est superpose et qui enrichit de meme coup un folklore "non confessionnel" herite des siecles anterieurs a l'implantation du christianisme (14) >>.

Ce livre et ceux qui suivront dans les annees 1980 et 1990 optent pour une approche qualitative fondee sur l'analyse de sources manuscrites. Cependant, on l'oublie parfois, Serge Gagnon a aussi tate de l'histoire quantitative et serielle. Il a signe avec Louise Lebel, sa conjointe, un article sur l'origine sociale et geographique du clerge entre 1775 et 1840 (15). La methodologie employee dans cet article inspirera d'autres historiens et historiennes (16). De fait, cet article a tres bien traverse le temps. Il est le fruit d'une recherche amorcee au debut des annees 1970 grace a une subvention du Conseil des arts. Les auteurs qualifient de mythe l'idee voulant que le clerge quebecois ait, de tout temps, ete largement issu des milieux ruraux et de la paysannerie. lis font plutot la demonstration qu'en matiere de recrutement du clerge, une transformation s'opere dans les annees 1820 et 1830, transformation qui se traduit par le tarissement du bassin urbain, en premier lieu Montreal. Sur le plan social, vers la meme epoque, les couches superieures fournissent de moins en moins de candidats au sacerdoce. Entendons-nous bien : le clerge ne commence pas, a cette epoque, a recruter ses membres parmi la frange la plus indigente de la societe. Ce sont plutot les agriculteurs et les artisans les plus a l'aise qui fournissent l'Eglise en vocations sacerdotales.

Outre cet apport a une meilleure connaissance du profil sociologique du clerge du XIXe siecle, l'article de 1983 se clot par une mise en garde aux lecteurs: il faut se mefier de la <<quantofrenie>>, ce que le sociologue Pitirim Sorokin a defini comme Tabus de l'argumentation statistique et les fausses certitudes qu'il engendre. L'article appelle a ne pas sous-estimer les facteurs qu'une analyse quantitative ne peut permettre de cerner: le libre-arbitre des individus, l'influence des families, les aleas de la vie, etc. La table est ainsi mise pour les publications a venir qui, elles, sondent justement les multiples visages de la relation pastorale, du statut du clerge dans la societe bas-canadienne, de ses discours et de ses pratiques. Selon la formule qu'il reprendra regulierement, Gagnon veut alors retracer <<le destin d'Eros et de Thanatos au Bas-Canada>>. Pour mener cette enquete, il s'inspire des travaux de plusieurs historiens francais, specialistes de l'histoire religieuse et de l'histoire des mentalites, entre autres Jean Delumeau, Philippe Boutry, Jean-Louis Flandrin et Philippe Aries (17).

Le (nouveau) territoire de l'historien Gagnon

En 1987, Serge Gagnon publie Mourir hier et aujourd'hui, le premier ouvrage d'une trilogie consacree aux conceptions de la mort, de la culture sexuelle et de l'institution matrimoniale. Le sous-titre, De la mort chretienne dans la campagne quebecoise au XIXe siecle a la mort technicisee dans la cite sans Dieu, evoque une evolution, ou plutot un contraste, que l'auteur s'emploie a mettre en evidence dans son etude, en particulier dans le dernier chapitre ou l'historien prend les habits du philosophe et de l'essayiste. Ce contraste, c'est celui qui oppose la societe du XIXe siecle, ou l'on adhere largement a cette croyance en la resurrection des morts, a la societe de la fin du XXe siecle, ou la mort fait l'objet d'un intense commerce autour de toute une serie de services et ou la quete incessante de plaisir a annihile le sens de la souffrance et des privations. Si on compare ce livre et ceux qui suivront a L 'Eglise et le village, publie quelques annees plus tot, on est frappe par la difference du traitement. Mourir ne cherche pas a departager la part de superstitions dans les croyances des Bas-Canadiens. Il ne reprend pas, non plus, la these de l'acculturation et du controle social. L'ouvrage cherche plutot a montrer comment la mort est vecue dans les paroisses catholiques d'antan, non pas en s'interessant aux menees clericales pour controler les catholiques, mais en mettant plutot en lumiere la foi et les valeurs communes que les pretres et leurs paroissiens partagent. Dans Destin clandestin, Serge Gagnon fournit une explication sur cet apparent changement de posture. A l'epoque de l'etude sur les cahiers de prones, <<un desaccord fondamental me separait, explique-t-il, de mon collegue Rene Hardy. Pour moi, la religion etait et demeure autre chose qu'un moyen de controler, d'interdire et de justifier les privations de jouissance (18) >>.

L'intention de Mourir hier et aujourd'hui est d'eclairer le present en interrogeant le passe par le moyen d'une approche que Gagnon nomme <<theologie historique>>. Il s'agit, explique-t-il, en faisant siennes les reflexions de Jacques Le Goff, de considerer que <<toute representation de l'au-dela est une production imaginaire: Dieu, l'enfer, le paradis existent parce que Fon croit que de telles representations de l'esprit humain correspondent a des lieux et a des etres qui ont une existence << materielle >>, en dehors de l'esprit humain (19) >>. Ce meme dessein marque egalement les deux autres ouvrages de la trilogie. A l'instar des historiens francais dont il s'inspire, Serge Gagnon vise a rejoindre un large lectorat par un style vif, alerte et sans jargon.

Mourir et, dans une moindre mesure, Plaisir d'amour et crainte de Dieu, ainsi que Mariage etfamille au temps de Papineau, portent aussi l'influence de l'historien et sociologue Christopher Lasch, qui, dans son livre The Culture of Narcissism (20), analyse <<l'invasion de la societe par le moi>> et critique ce qu'il appelle <<la societe therapeutique>>. Pour Lasch, l'homme economique aurait cede le pas a l'homme psychologique, soumis aux psychiatres et autres experts et obsede par son bonheur intime. Gagnon reprend a son compte le requisitoire de Lasch contre l'individualisme competitif qui mene, considere-t-il, a une obsession narcissique de l'individu. Les deux autres ouvrages de sa trilogie, traitant de la confession et du mariage, s'inspirent egalement du best-seller Habits of the Heart: Individualism and Commitment in American Life (21). Fruit d'un collectif d'intellectuels reunis autour du sociologue des religions Robert N. Bellah, l'ouvrage met en lumiere, en se fondant sur quelque 200 entrevues menees aupres d'Americains de la classe moyenne, la montee de l'individualisme, ainsi que ses effets sur la vie intime et l'engagement communautaire. Gagnon retient notamment de Habits of the Heart les reflexions sur la culture therapeutique et la montee des psychotherapies.

Certains ont vu une rupture dans le parcours de Serge Gagnon qui passe de l'analyse de l'historiographie a la pratique d'une histoire religieuse bien singuliere--du moins chez les historiens quebecois--qui fait dialoguer le passe et le present (22). Je vois, pour ma part, quelques elements de continuite dans ce parcours. Certes, l'objet d'etudes auquel s'interesse Serge Gagnon change au tournantdes annees 1980, et, forcement, les sources qu'il mobilise pour apprehender le passe ne sont plus les memes. Toutefois, on peut aussi dire que les recherches de Gagnon sur l'histoire religieuse prolongent ses reflexions d'historiographe, reflexions qui font de l'histoire une philosophie publique et de l'historien, un etre de son temps engage par le devenir de la societe dans laquelle il vit.

En effet, les etudes en histoire religieuse de Serge Gagnon sont a la fois marquees par ses croyances et ses valeurs morales. A travers ses livres percent ainsi les preoccupations de l'historien du catholicisme--et aussi du catholique pratiquant--qui regarde la societe actuelle avec un brin d'anxiete. On a perdu, dit-il, le sens de la communaute qui caracterisait les societes d'hier. Individualistes, les hommes et les femmes d'aujourd'hui pensent davantage a la satisfaction de leurs sens et a l'obtention de plaisirs immediats. De ce point de vue, Gagnon aborde l'histoire avec le meme paradigme durant toute sa carriere. Coherent avec l'idee que de multiples influences conditionnent le travail de l'historien (23), il s'est explique a maintes reprises sur son parcours, et il l'a fait sans doute plus que tout autre historien quebecois de sa generation (24). Les pages d'ego-histoire qui jalonnent ses etudes et son autobiographie racontent l'historien derriere l'oeuvre. Elles revelent les inquietudes de l'intellectuel et, parfois, les coleres du citoyen face a divers enjeux societaux, par exemple le suicide, la denatalite, la fragilite des unions, la surconsommation ou l'endettement. Serge Gagnon a aussi fait etat des critiques qui lui ont ete adressees et des remises en question qu'elles ont suscitees chez lui. Il rapporte comment certaines rencontres et comment des charges d'enseignement ont contribue a orienter et a renouveler ses recherches.

Serge Gagnon ne redoute pas la polemique, bien que parfois la critique ou la replique de ses contradicteurs le pique ou l'offense, comme le revelent certains passages de Destin clandestin. Il en appelle, aussi, du role de l'historien dans la Cite : <<Qu'un livre d'histoire serve d'amorce a un debat sur le destin des peuples, les artisans de Clio devraient s'en rejouir plutot que de plisser le nez>>, ecrit-il dans l'avant-propos de Mariage et famille (25).

Par ailleurs--et c'est l'autre element qui me fait voir un caractere de continuite dans l'oeuvre de Serge Gagnon--l'histoire religieuse est loin d'etre absente des premieres recherches qu'il a realisees dans les annees 1960 et 1970. La these qu'il soumet pour l'obtention du diplome d'etudes superieures porte ainsi sur la communaute de pretres d'un college catholique. Dans cette etude, il met en lumiere le fonctionnement de cette microsociete, les difficultes economiques qu'eprouve l'institution, les tensions et les tiraillements que ces difficultes suscitent. Dans Le Quebec et ses historiens de 1840, il reflechit longuement au poids qu'a fait peser le clericalisme sur la production historienne quebecoise, et done, sur la societe quebecoise. Il s'interesse a l'hagiographie comme outil de promotion de l'Eglise et met en lumiere l'influence et le pouvoir des pretres. Ce dernier theme reste bien present dans sa trilogie sur le clerge bas-canadien et traverse son etude consacree a l'institution matrimoniale ou il denonce <<l'usage politico-social du christianisme (26)>> ayant conduit a l'asservissement des femmes et des ouvriers. Il souligne aussi <<les reflexes legalistes et antimodernistes>> de l'Eglise des annees 1840-1950.

En fait, ce qui a change avec le temps chez Serge Gagnon, c'est le regard qu'il porte sur cette societe du XIXe siecle. Bien qu'elle ne soit pas totalement absente de ses livres sur la mort, la confession, le mariage, les pretres ou l'argent, ce n'est pas (ce n'est plus, devrait-on dire) l'ideologie--et ce n'est pas non plus l'analyse et la critique du clericalisme, done du pouvoir des pretres--qui occupe Gagnon. Celui-ci reconnait, dans ses livres sur le passe religieux, que l'Eglise jouit d'un fort ascendant et que le clerge dispose d'importants pouvoirs dans les communautes. Son propos n'est cependant pas de condamner ce pouvoir, mais plutot de tenter de comprendre comment il s'exerce et de cerner les raisons qui conduisent les populations a adherer au message de l'Eglise. Aussi cherche-t-il a analyser les valeurs que les cures et leurs paroissiens partagent. Il scrute les rapports qu'ils entretiennent, au quotidien, a travers les moments forts et, aussi, a travers certains evenements ou certains scandales qui secouent la quietude des paroisses, par exemple les suicides, les concubinages ou les frasques de leurs desservants.

La << maniere >> Serge Gagnon

Comment Serge Gagnon aborde-t-il la societe bas-canadienne? Disons d'abord un mot sur les bornes chronologiques de ses etudes. Ses travaux d'histoire religieuse couvrent generalement la periode 1790 a 1850. Cependant, d'un livre a l'autre, le curseur se deplace legerement en amont ou en aval. Ainsi, dans son livre sur la mort, il pousse l'exploration jusque dans les annees 1880, alors qu'avec L'argent du cure, ses analyses s'achevent a la fin des annees 1830. C'est done le Bas-Canada, comme aire geographique et comme espace temporel qui retient son attention.

Malgre la diversite des sujets abordes, l'approche historique reste la meme. Elle repose sur l'exploitation et l'analyse qualitative d'un large corpus documentaire qu'il a constitue au fil du temps grace a une frequentation assidue des archives diocesaines: il a visite les eveches et archeveches de Quebec, Montreal, Trois-Rivieres, Nicolet, Saint-Hyacinthe, Saint-Jean, Saint-Jerome, Valleyfield et Sainte-Anne-de-la-Pocatiere. Son imposant fichier documentaire reunit la correspondance des eveques avec les cures, mais aussi bon nombre d'autres sources manuscrites et imprimees, entre autres les rapports annuels, les rapports de visite episcopale, les mandements, les lettres pastorales et les circulaires au clerge.

A partir de ces documents, Gagnon resume ce qu'enoncent le droit canon et le discours theologique et episcopal sur les themes qu'il etudie. En d'autres termes, il se demande comment se presente la norme. Par exemple, quel sens l'Eglise donne-t-elle au sacrement de la penitence et au sacrement du mariage? Quelle signification accorde-t-elle a la mort et quels sont les contours de l'intervention pastorale aupres des mourants? Quels sont les rituels? Comment traite-t-on ceux qui s'ecartent de la norme? Cette derniere connait-elle des changements dans le temps? Dans sa trilogie sur les pretres, il s'interroge sur les fondements economiques du pouvoir clerical dans les paroisses et sur les pourtours de sa vie materielle: quels sont les revenus des cures? Comment sont finances les presbyteres? Quelle part les paroissiens prennent-ils dans la decision de les construire et d'y investir d'importantes sommes?

Sur toutes ces questions, Gagnon explique ce que l'Eglise attend des paroissiens et ce que ceux-ci esperent de leurs cures. Il montre les differences, parfois subfiles, entre les attentes des uns et les attentes des autres. Il met en lumiere le role des cures qui, tantot, se montrent fermes envers un paroissien desobeissant a la norme, et qui, un autre tantot, plaident aupres de l'eveque la clemence pour l'un ou l'autre fidele. A petites touches, l'historien brosse un portrait tout en demi-teintes des paroisses du XIXe siecle. On y voit defiler les cures et les vicaires de l'epoque. Ses ouvrages, et tout particulierement Quand le Quebec manquait de pretres, documentent fort bien les effets de la penurie de pretres, effets qui se font sentir sur la charge pastorale, sur le type de services religieux offerts aux catholiques, sur les negociations qui prennent place, parfois, entre les fideles et le clerge en vue d'etablir une cure et de construire eglise et presbytere. Ses recherches montrent aussi les effets de ce manque de personnel sur les carrieres clericales. Comme le souligne Gagnon, les pretres du XIXe siecle, issus pour une majorite de la campagne, connaissent une ascension sociale rapide dans un contexte ou les ressources pastorales sont peu nombreuses. Plusieurs d'entre eux cumulent rapidement d'importantes charges dans les paroisses et tirent de leur cure un pecule interessant. L'historien met en relief la lourdeur de la tache et le caractere anxiogene qu'elle revet pour plusieurs d'entre eux. Il signale les scrupules qui hantent bon nombre de pretres, notamment les moins experimentes qui rencontrent dans les paroisses des fronts pionniers un univers culturel fort different des colleges-seminaires a l'ombre desquels ils ont passe leur enfance. Il s'interroge sur la maniere dont les pretres usent de leurs revenus. Dans L'argent du cure, il presente les multiples cas de figure de cet usage: certains mettent a profit leur fortune pour fonder une maison d'enseignement ou pour soutenir des oeuvres charitables; a leur mort, beaucoup transmettent a leurs familles la totalite ou une partie de leurs biens.

Regard sur la relation pastorale

A travers les livres de Serge Gagnon, on comprend mieux la structure de l'Eglise dans laquelle oeuvrent les pretres. Il s'agit d'une Eglise hierarchisee qui exerce une influence importante sur la vie des gens. Cependant, rappelle-t-il, cette influence n'est possible que parce que les paroissiens adherent au message de l'Eglise et parce qu'ils partagent une meme foi catholique. Ainsi, Serge Gagnon oppose le Quebec du passe, une societe ou la foi catholique exerce une influence profonde sur les moeurs, au Quebec d'aujourd'hui qui a pris ses distances vis-a-vis de la religion. <<Ma lecture, ecrit-il dans le chapitre 6 de Religion, morale et modernite, rejoignant la critique du moraliste Jacques Grand'Maison, j'ai percu autre chose qu'une religion alienante dans l'experience spirituelle des-generations disparues (27)>>. Il decortique les elements de l'ancienne theologie: la souffrance, intimement liee au sens du peche, est, dit-il, une epreuve inherente a la condition humaine. Cette souffrance a un sens, une signification redemptrice. Gagnon met done l'accent sur les valeurs et les ideaux communautaires qui guident les conduites individuelles: les Anciens, explique-t-il, renoncaient au plaisir sexuel et cherchaient a dominer leurs passions afin de proteger les femmes et les enfants. Ils etaient conscients des liens d'interdependance qui les unissaient. La morale de cette societe etait fondee sur des valeurs de solidarite.

Prenant ses distances avec la these du controle social, Gagnon cherche a comprendre comment s'exprime le sentiment de culpabilite. Il affirme que les habitants des paroisses d'antan avaient fortement interiorise le discours de l'Eglise; un discours qu'il reconnait volontiers culpabilisant. Dans la conception de l'epoque, la regulation sexuelle est le fondement de la coherence sociale. L'ideal chretien etant exigeant, l'aveu, au confessionnal, est, pour les catholiques d'antan, <<un mecanisme d'apaisement de la tension creee par la distance entre ideal et realite (28)>>.

Serge Gagnon met par ailleurs en lumiere les facteurs humains qui colorent la relation pastorale. L'eveque Plessis est par exemple depeint comme un prelat plutot magnanime et plusieurs cures partagent le meme trait. D'autres clercs sont, au contraire, presentes comme des etres irascibles ou inflexibles. Dans sa trilogie sur le clerge, Gagnon montre l'evolution des personnalites. Il met aussi en relief leur role sur le deroulement des carrieres. Par exemple, des pretres tardent a obtenir une promotion ou sont frequemment changes de cure parce qu'ils se brouillent avec tout le monde. A l'encontre d'une certaine memoire populaire qui depeint les pretres d'antan comme des gens hautains et autoritaires, peu attentifs a la realite de leurs paroissiens, Serge Gagnon met en relief la relative souplesse au confessionnal de la grande majorite d'entre eux, une souplesse guidee par l'experience et par la pratique (le mot relatif etant ici quand meme important: il ne faut pas juger cette souplesse a l'aune des standards d'aujourd'hui). Ainsi, Gagnon montre que le cheminement des pretres et leur pastorale evoluent avec le temps. Le contact avec les miseres humaines orientent et inflechissent les pratiques pastorales. Les cures sont, dit-il, volontiers misericordieux.

L'historien s'attarde aussi aux differentes composantes de la tache des cures et des vicaires de l'epoque: le catechisme, la predication, la confession. Sur cette derniere question, ses travaux revetent un caractere novateur dans l'historiographie quebecoise. Gagnon cherche en effet a rendre compte des differentes dimensions de la pratique des confesseurs en decrivant le deroulement du rituel: l'enseignement catechistique qui le precede, la procedure que doivent suivre les pretres et les penitents, le lieu physique du confessionnal, les temps forts de l'annee, les contraintes que fait peser sur les cures l'accomplissement de cette partie de leur ministere. Il demontre, exemples a l'appui, le sens du devoir d'une vaste majorite de pretres. Ses recherches sur le sacrement de penitence s'inspirent des etudes de Jean Delumeau, entre autres L'aveu et le pardon, de la magistrale these de Philippe Boutry et de plusieurs historiens francais membres du Groupe de la Bussiere, une association informelle de specialistes de l'histoire religieuse. L'historien trifluvien fait sienne leur conception de l'histoire des pratiques pastorales et de l'enseignement du clerge. Les remarques liminaires de Michel Sot en introduction de l'ouvrage Pratiques de la confession s'appliquent fort bien aux ouvrages de Serge Gagnon : << On ne peut reduire le projet clerical a une perspective de pouvoir et de controle social en soi (29)>>.

Dans Plaisir d'amour et, encore davantage dans Quand le Quebec manquait de pretres, Serge Gagnon met de l'avant les transformations qui marquent, sur le moyen terme, la pratique de la confession. Sans le dire explicitement, car ses livres comportent un appareil critique plutot leger et entrent assez peu en dialogue avec l'historiographie, ses recherches s'inscrivent dans tout le debat sur la situation de l'Eglise et de la pratique religieuse a la fin du XVIIP siecle et au debut du XIXe siecle. Son interpretation differe de celle de Louis Rousseau, qui voit dans l'apres-Conquete une periode marquee par l'indifference religieuse que viendront secouer Mgr Bourget, deuxieme eveque de Montreal, et Mgr Forbin-Janson, eveque de Nancy (30). Elle nuance aussi les travaux de Rene Hardy et les miens qui situent aux alentours de 1840 le passage au liguorisme et qui voient dans l'avenement de cette theologie morale les manifestations d'un renouveau pastoral profond visant a encourager la communion frequente (31). Gagnon situe en amont les prodromes du changement. Pour lui, les toutes premieres decennies du XIXe siecle sont marquees par une evolution importante: le discours religieux se transforme, la jeune generation de pretres formes a Quebec au debut du XIXe siecle et qui sont guides par l'eveque Plessis semble animee d'une nouvelle sollicitude. Plusieurs de ces pretres partagent un meme souci de ne pas eloigner le penitent des sacrements par une attitude trop rigide. Leur objectif ultime est l'amendement des pecheurs. <<Les cas de conscience se presentent avec infinite de nuances>>, explique Mgr Plessis a l'un d'eux (32).

Anime d'un indeniable souci pedagogique, Serge Gagnon explique avec une grande clarte certains concepts cles au cceur de la pratique sacramentelle: les dispenses et la compomende (ainsi que la conception de l'inceste qui fonde toute la gestion du systeme de parente et de l'endogamie familiale), l'admonition prenuptiale, les cas reserves, les delais de penitence, etc. Il passe en revue la longue liste des matieres sur lesquelles doit porter l'examen de conscience et les fautes qui en decoulent: peches d'amour, d'argent, d'orgueil ou de gourmandise, qui se declinent sous des formes mortelles ou venielles. A travers tous ces details et des descriptions qui rappellent la maniere de faire de Fanthropologic historique, l'ouvrage eclaire les codes de conduite censes guider les rapports entre les hommes et le rapport au divin.

En somme, par une analyse qualitative de la correspondance et de diverses autres sources produites par le clerge, Serge Gagnon a contribue a renouveler la comprehension du passe religieux du Bas-Canada. Son oeuvre, qui met en lumiere les valeurs morales et Faction des pretres, porte une triple influence: celle de la sociologie de la connaissance, celle de l'historiographie religieuse francaise et celle de sociologues americains critiques de l'individualisme et de la societe de consommation. La premiere l'a pousse a devoiler ses croyances et ses preoccupations et a raconter son parcours, ainsi que les influences qu'il a subies. La seconde lui a fourni les outils conceptuels et methodologiques pour interroger Faction pastorale et les conduites des paroissiens et pour cerner les evolutions marquant notamment la presence clericale sur le territoire, ainsi que divers actes de leur ministere, entre autres la pratique de la confession et l'apostolat aupres des mourants. La troisieme l'a enfin conduit a s'interroger sur les normes morales actuelles et a reflechir a la distance qui separe les valeurs du Quebec du XIXe siecle et celles qu'il associe au Quebec d'aujourd'hui. Ses livres suggerent aussi de nombreuses pistes de recherche. Ils incitent notamment a poursuivre sur le long terme l'etude des rites et de la pratique des sacrements pour faire le pont entre le XIXe siecle, qu'il a abondamment scrute, et la societe du tournant du XXF siecle sur laquelle il se penche quand il se fait essayiste. Ses travaux invitent aussi a poursuivre l'exploration de l'economie des paroisses et des rapports sociaux qui marquent le Quebec rural. Parce qu'elles repoussent les frontieres de la connaissance, mais aussi parce qu'elles nous font reflechir et parce qu'elles suscitent le debat, les recherches de Serge Gagnon portent en elles tous les traits d'une oeuvre historienne majeure.

Christine Hudon (1)

(1.) Christine Hudon est professeure titulaire au Departement d'histoire et vice-rectrice aux etudes a l'Universite de Sherbrooke. Elle est l'auteure de plusieurs etudes en histoire religieuse et en histoire de l'education.

(2.) Serge GAGNON, Mourir, hier et aujourd'hui: de la mort chretienne dans la campagne quebecoise au XIXe siecle a la mort technicisee dans la cite sans Dieu, Sainte-Foy, Presses de l'Universite Laval, 1987, 192 p.; Serge GAGNON, Plaisir d'amour et crainte de Dieu: sexualite et confession au Bas-Canada, Sainte-Foy, Presses de l'Universite Laval, 1990, 202 p.; Serge GAGNON, Mariage et famille au temps de Papineau, Sainte-Foy, Presses de l'Universite Laval, 1993; 300 p. A cette trilogie, on peut ajouter Serge GAGNON. Religion, moralite, modernite, Sainte-Foy, Presses de l'Universite Laval, 1999, 191 p.

(3.) Serge GAGNON, Quand le Quebec manquait de pretres. La charge pastorale au Bas-Canada, Sainte-Foy, Presses de l'Universite Laval, 2006, 414 p.; Serge GAGNON, L'argent du cure de campagne, Sainte-Foy, Presses de l'Universite Laval, 2010, 254 p.; Serge GAGNON, Families et presbyteres au Quebec, 1790-1830, Sainte-Foy, Presses de l'Universite Laval, 2013, 174 p.

(4.) Serge GAGNON, Destin clandestin: autobiographie intellectuelle, Quebec, Presses de l'Universite Laval, 2016, 428 p.

(5.) Serge GAGNON, <<Le College-de-Sainte-Anne au temps de l'abbe Francois Pilote: les conflits du personnel enseignant>>, these de D.E.S. (histoire), Quebec, Universite Laval, 1968, 156 p.

(6.) Serge GAGNON, Le Quebec et ses historiens de 1840 a 1920: la Nouvelle-France de Garneau a Groulx, Quebec, Presses de l'Universite Laval, 1978, 474 p.

(7.) Serge GAGNON, <<La nature et le role de l'historiographie : postulats pour une sociologie de la connaissance historique >>, Revue d'histoire de l'Amerique francaise, vol. 26, no 4 (mars 1973), p. 479-531.

(8.) Patrick Michel NOEL, <<Epistemologie, histoire et historiens: considerations conceptuelles, methodologiques et empiriques autour du discours que les historiens tiennent sur leur savoir>>, these de doctorat (histoire), Universite Laval, xv-385 p.

(9.) GAGNON, Le Quebec, p. 5.

(10.) Serge GAGNON, Le passe compose de Ouellet a Rudin, Montreal, VLB editeur, 1999, 190 p.

(11.) Serge GAGNON et Rene HARDY, L'Eglise et le village au Quebec 1850-1930. L 'enseignement des Cahiers de prones, textes de Andre Audet, Guy Trepanier et Carmen Rousseau, Montreal, Lemeac, 1979, 174 p.

(12.) Gabriel LE BRAS, L'Eglise et le village, Paris, Flammarion, 1976, 289 p. Ce livre posthume met en lumiere les liens d'interdependance qui unissent le village a l'eglise.

(13.) Ibid., p. 30.

(14.) Ibid., p. 31.

(15.) Serge GAGNON et Louise LEBEL-GAGNON, << Le milieu d'origine du clerge quebecois 1775-1840: mythes et realites>>, Revue d 'histoire de l 'Amerique francaise, vol. 37. no 3 (decembre 1983), p. 373-397.

(16.) Par exemple: Christine HUDON, Pretres et fideles dans le diocese de Saint-Hyacinthe. 1820-1875, Sillery, Septentrion, 1996, 469 p.

(17.) Entre autres Jean DELUMEAU, Le Peche et la peur: la culpabilisation en Occident XIIIe-XVIIIe siecles, Paris, Fayard, 1983, 741 p.; du meme auteur, L'Aveu et le pardon: les difficultes de la confession, XIIIe-XVIIIe siecle, Paris, Fayard, 1990, 194 p.; Philippe BOUTRY, Pretres et paroisses au pays du Cure d'Ars, Paris, Cerf, 1986, 706 p.; Jean-Louis FLANDRIN, Les Amours paysannes--Amour et sexualite dans les campagnes de l'ancienne France (XVIe-XIXe siecle), Paris, Gallimard-Julliard, 1975, 258 p.; Philippe ARIES, L'homme devant la mort, Paris, Editions du Seuil, 1977, 642 p.

(18.) GAGNON, Destin clandestin, p. 100.

(19.) GAGNON, Mourir, p. 6.

(20.) Christopher LASCH, The Culture of Narcissism. American Life in an Age of Diminishing Expectations, New York, Norton, 1978, 268 p.

(21.) Robert N. BELLAH, Habits of the Heart: Individualism and Commitment in American Life, New York, Harper and Row, 1986, 355 p.

(22.) Par exemple, Erie Bedard s'interroge sur le changement de paradigme qui marque l'oeuvre de Gagnon. Lettre citee dans GAGNON, Destin clandestin, p. 2.

(23.) Tel qu'il l'enonce en ouverture de son premier livre. GAGNON, Le Quebec, p. 1.

(24.) Par exemple Serge GAGNON, <<Le paradigme de la mort de Dieu dans les sciences humaines de la religion>>, Etudes d'histoire religieuse, vol. 71 (2005), p. 69-70; GAGNON, Le passe compose, << avant-propos >>, p. 9-15; GAGNON, Destin clandestin.

(25.) GAGNON, Mariage et famille, p. XI.

(26.) GAGNON, Mariage et famille, p. 276.

(27.) S. GAGNON, Religion, moralite, modernite, Quebec, Presses de l'Universite Laval, 1999, p. 132.

(28.) Ibid.

(29.) GROUPE DE LA BUSSIERE, Pratiques de la confession. Des peres du desert a Vatican II. Quinze etudes d'histoire, Paris, Cerf, 1983, p. 18.

(30.) Louis ROUSSEAU et Frank W. REMIGGI (dir.), Atlas historique des pratiques religieuses. Le Sud-Ouest du Quebec au XIXs siecle, Ottawa, Presses de l'Universite d'Ottawa, 1998, 235 p.

(31.) HUDON, Pretres et fideles; Rene HARDY, Controle social et mutation de la culture religieuse au Quebec, 1830-1930, Montreal, Boreal, 1999, 284 p. et Rene HARDY, <<Regards sur la construction de la culture catholique quebecoise au XIXe siecle>>, The Canadian Historical Review, vol 88, no 1 (March 2007), p. 7-40.

(32.) Cite dans GAGNON, Quand le Quebec, p. 337.
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Author:Hudon, Christine
Publication:Historical Studies
Article Type:Biography
Geographic Code:1CANA
Date:Jan 1, 2017
Words:6048
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