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Confessions : Malheur a moi, je suis une nuance : Nietzsche.

Eecrire: Plaisir, besoin, soif ? Que sais-je ? Eecrire : Accouchement, vomissement, hemorragie ? Que sais-je ? Eecrire : Defoulement, exorcisme, catharsis ? Que sais-je ? Eecrire : Alchimie, prophetie, divination ? Que sais-je ? Eecrire : Masturbation linguistique, snobisme litteraire, frime intellectuelle ? Que sais-je ? Eecrire : Est-ce tout cela et d'autres choses encore ? Est-ce tout cela ou autre chose ? Qu'importe ! Je dois t'avouer, cher lecteur, que je ne me suis jamais pose la question...Je m'excuse de te tutoyer sans ton consentement. Je l'ai fait spontanement comme Prevert tutoyant Barbara, lui disant : [beaucoup moins que] Et ne m'en veux pas si je te tutoie Je dis tu a tous ceux que j'aime Meme si je ne les connais pas [beaucoup plus grand que] Certes, je ne te connais pas, cher lecteur. Je t'aime tout de meme ; Tu es ma raison d'etre, mon oxygene. Sans toi, je meurs ! Un auteur sans lecteur est condamne a l'extinction, a l'oubli et au mutisme eternel.

Comment ne pas t'aimer, cher lecteur ? Qui que tu sois, oE que tu sois, quels que soient ton age, ton sexe, ton identite, ta religion, tes convictions politiques, ta philosophie, tes principes, la couleur de ta peau, tes reves, ton compte en banque, tes attentes, tes cauchemars, tes deceptions..., en me lisant, tu me fais vivre ! Je vis a tes depens. Je suis un parasite. Sans toi, je meurs, cher lecteur ! Baudelaire, ce poete admirable t'appelle [beaucoup moins que] - Hypocrite lecteur, - mon semblable, - mon frere ! [beaucoup plus grand que] Alors, puisque nous sommes freres et complices, laisse-moi me confesser, cher lecteur ! J'ai tant de choses a te dire, tant de secrets a te devoiler. Laisse-moi me mettre a nu et ecoute-moi sagement comme un enfant qui ecoute un conte merveilleux...Et si mon recit ne suscite chez toi aucun interet, tu peux froisser ce papier et le jeter dans la rue, sur le trottoir. Personne n'y pretera attention, personne ne te fera de remontrance. Ce ne sont pas nos oignons, c'est l'affaire de la municipalite. Si nous ne jetions plus de saletes dans la rue, elle deviendrait propre. Quelle horreur ! Que feraient alors les employes municipaux ? Ils chomeraient et seraient licencies ! Comment donc nourriraient-ils leur progeniture ? Ce n'est nullement par indifference ou incivisme que l'on jette des ordures sur le trottoir, c'est par solidarite avec les employes de la municipalite ! Oui, je m'egare, je radote, je passe du coq a l'ane. Je l'avoue : Je suis tres prolixe... Sois clement, cher lecteur, et accepte-moi comme je suis ou jette-moi tout entier ! Je suis a prendre ou a laisser et n'y peux rien...Au fait, je sais a present pourquoi j'ecris. La raison est aussi evidente qu'insignifiante : J'aime raconter des histoires, c'est tout ! Ce n'est pas sorcier. Des histoires imaginaires ou veridiques, droles ou moroses ; Cela depend de mon etat d'ame, de mon etat de sante, de mon etat d'esprit...En tout etat de cause, Je dois ecrire puisque je suis ecrivain de mon etat. Et lorsque j'ecris, je suis dans tous mes etats...De grace, accepte mes caprices d'auteur et lis-moi ! J'ai tellement besoin que tu me lises, cela me permet de rester en vie. Tu as le pouvoir de me rendre eternel. Meme si je te raconte des histoires a dormir debout, meme si mon sujet ne te dit bsolument rien, meme si mon style ne te branche pas, meme si mes idees ne t'interessent pas (d'ailleurs, je n'en ai pas), fais semblant, sois hypocrite, fais un effort, ne sois pas severe, un peu de complaisance quoi ! Tu sais cher lecteur, cette manie de raconter des histoires ne date pas d'hier. J'ai attrape cette maladie quand j'etais encore tout petit. Depuis ma tendre enfance, j'aimais raconter des histoires.

C'est probablement pour cette raison que je n'ai pas toujours les pieds sur terre, que j'ai tendance a bouder la realite et m'abriter dans mon univers fantasmagorique, dans ma bulle fantasmatique.

C'etait grace a ou a cause de ma mere que j'ai acquis cette aisance et ce don de conteur : A peine age de cinq ans, je l'accompagnais au Souk, chez les bouquinistes. Elle aimait les vieux livres d'Histoire.

Je trottais et trepignais d'impatience, attendant qu'elle finisse de lire un chapitre et me fasse le compte rendu de sa lecture. J'etais fascine par toutes ces batailles, ces guerres, ces conquetes, ces actes chevaleresques, ces civilisations d'antan. Les fabuleuses cites aux noms insolites, les paysages exotiques, les personnages legendaires grouillaient dans ma petite tete. Je faisais des voyages fabuleux et des aventures epoustouflantes. Je repetais les noms de ces personnages historiques a longueur de journee en revant : Haroun al-Rachid, Jeanne d'Arc, Cesar, Ibn Arabi, Belquis, Neron, Ibn Battuta, Caligula, Antar, Moise, Ibn khaldoune, Merlin l'Enchanteur, Ivan le terrible, Salomon, Cleopatre, Attila, Alexandre le Grand, Charlemagne, Nefertiti, Abla, Dalila, Tout Ankh Amon, Annibal... Ils me fascinaient, m'eblouissaient, m'effrayaient, m'intriguaient, me seduisaient, m'emouvaient, me subjuguaient et me donnaient, le tournis !... Je m'amusais a dessiner dans ma tete : Je prenais la force physique et la puissance de l'un, l'intelligence et la sagesse de l'autre, la beaute et la volupte de l'une et le pouvoir et la majeste de l'autre. Je melangeais le savoir, l'erudition et la philosophie de celui-ci avec la magie, la sorcellerie et les miracles de celui-la.

J'ajoutais l'arrogance, la cruaute et le despotisme des uns a la bonte, l'humilite et l'altruisme des autres...Je melangeais, petrissais, modelais pour creer l'etre parfait, complet, accompli, l'etre divin ; Le Surhomme ! Et cet etre, c'etait moi ! Je mettais mon armure, ma parure, ma couronne. Je prenais mon sceptre et m'installais sur mon trone. Je regnais sur mon empire imaginaire. Les etres et les choses se prosternaient. J'etais le maEtre du monde ! Ma mere eprouvait une joie incommensurable en me racontant ces recits historiques. Elle etait surtout fiere de prononcer ces noms magiques qui me faisaient tellement rever. Un seul nom la genait et l'embarrassait, elle n'arrivait jamais a le prononcer correctement.

Elle etait incapable de dire correctement en arabe [beaucoup moins que]Constantinople[beaucoup plus grand que] ; elle disait Constantantantiniya ! [beaucoup plus grand que] ; et nous nous tordions de rire ! Cependant, le livre le plus captivant, le plus ensorcelant, le plus magique n'etait autre que les Mille et Une Nuits.

Ce livre magnifique m'a rendu amoureux precoce de cette creature sublime et si differente de moi : La femme ! Elle y etait omnipresente : Intelligente, maligne, rusee, perspicace, courageuse, sage, philosophe, artiste, et surtout incroyablement belle, sensuelle, lascive, voluptueuse, ensorceleuse, fatale ! Les descriptions erotiques osees me brulaient et faisaient vibrer mon corps infantile de desir.

Ce n'est qu'apres, longtemps apres (pour ne pas paraphraser Brel) que je me suis rendu compte que la femme dans la realite nue n'a rien en commun avec la femme que je me suis construite dans ma tete, la femme de mes reves et de mes fantasmes, la femme parfaite, ideale ; la Femme des Mille et Une Nuits ! Je devorais gloutonnement le passage que je raconterais aux gamins du quartier. Le soir, ils m'entouraient. Un silence religieux tombait et je commencais mon recit avec la formule traditionnelle des conteurs professionnels [beaucoup moins que] Kane Ya Makane... [beaucoup plus grand que] Je m'efforcais de rendre mon histoire plus attrayante, plus captivante que possible en faisant des gestes, des mimiques et en changeant constamment le ton et le timbre de ma voix.

(A suivre)

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Publication:Al Bayane (Al Dar Al Bayda', Morocco)
Date:Aug 12, 2012
Words:1221
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