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Categorie socioprofessionnelle, identite, engagement social et usage des medias. Analyse d'une dynamique complexe.

IL Y A ENVIRON UNE DECENNIE, la reflexion sur Internet donnait cours a deux visions radicalement opposees, l'une optimiste, annonciatrice d'un surcroit d'egalite et d'une intensification de la communication entre les humains (Durand et Scardigli 1997; Gates, Myhryold, et Rinearson 1995; Kollock et Smith 1999; Levy 1998; Negroponte 1995; Sfez 1999), l'autre pessimiste, predisant une accentuation de l'inegalite humaine et une evolution vers l'isolement social (Barber 1999; Breton 2000; Jaureguiberry 2000; Jonas 1990; Joy 2000; Ramonet 1999; Wolton 2000). Depuis, les propos sont beaucoup plus nuances, contraints qu'ils sont par la complexe realite de l'imposant developpement du media.

Les specialistes des sciences sociales ont aborde Internet comme ils ont approche les autres medias de masse quand ils sont apparus; ils ont peint des images obscures (Horkheimer et Adorno [1947] 1974) et offert des perspectives agreables (Lazarsfeld, Berelson, et Gaudet 1944). Malgre cette dualite, la logique de classe a communement eu la preseance dans les modelisations, autant dans la logique d'influence que dans l'analyse de l'usage des medias: les puissants recourent aux medias et agissent sur les demunis; les moins bien nantis disposent de moins de medias, s'exposent a des contenus plus pauvres et sont plus vulnerables face aux informations qui circulent. L'essentiel de ces discours est bien synthetise dans un ouvrage d'Eric Maigret (2003), livre qui invite finalement a des interpretations plus nuancees aussi bien de l'impact des medias que de la relation que les destinataires des messages entretiennent avec ces medias.

Internet est une belle illustration de ce mouvement qui va de propos craintifs et categoriques vers des analyses prudentes et moderees, dont les modelisations passent progressivement d'unilaterales a dialectiques. L'une des premieres questions relatives a l'evolution d'Internet dans les societes contemporaines qui ont interesse les specialistes des sciences sociales est celle de l'acces au media. Se sont rapidement imposes des concepts comme << clivage technologique >> ou << fosse numerique >> (digital ditch ou divide), vocabulaire qui depeignait une situation d'inegalite entre les classes sociales, les sexes et les ethnies (Chen et Wellman 2003; Crow et Longford 2000; Fong et al. 2001; Kim 2003; Orbicum 2003; Reddick, Boucher, et Groseilliers 2000; United States 2002). Parmi les facteurs de discrimination, le revenu, l'instruction et la profession (1) jouaient un role preponderant. La profession, notamment, se revele comme l'un des principaux indicateurs dans une longue tradition marxiste qui va jusqu'a Pierre Bourdieu (1979)--pour qui le capital economique et le capital culturel sont fortement correles a la profession, a celle des parents notamment--et Louis Chauvel (2001), par exemple.

Dans les travaux recents, on trouve encore les traces de cette approche dont l'objectif est de mettre en evidence les causes et les effets d'une discrimination (Fairlie 2004; Horrigan, Stolp, et Wilson 2006; Le Guel, Pe'nard, et Suire 2005). Mais la categorie socioprofessionnelle occupe de plus en plus d'espace analytique et les recherches consistent moins a scruter les effets d'une discrimination qu'a examiner la maniere dont Internet definit un secteur d'emploi. Glenn Franklin Chappell (2007) se penche sur les elements qui freinent l'usage d'Internet chez les agriculteurs de Virginie et decouvre que plus les producteurs agricoles emploient Internet, plus est faible la perception des obstacles (barriers), comme si au-dela de la logique des determinants sociologiques s'imposait bien simplement le fait de s'approprier le media. Une enquete revele que la majorite des avocats du Ghana estiment que l'usage d'Internet accroit leur productivite, facilite leurs communications avec les autres de meme que leurs quetes d'informations (Hinson et al. 2007). Une recherche montre que, parmi les professionnels des technologies de l'information, la taille de l'entreprise, le nombre d'annees pendant lesquelles la personne a utilise Internet, l'age et la particularite de la categorie socioprofessionnelle influent sur la probabilite qu'on abuse d'Internet sur les lieux de travail (Seymour, Nadasen, et Raitt 2007). Des chercheurs mettent en evidence que, pour la majorite des infirmieres, le recours a l'information electronique sur la sante est important et que ce recours est limite par le manque de formation (Edirippulige et al. 2006). Chrystie R. Hill (2005) indique comment la profession de bibliothecaire est de plus en plus liee a l'aptitude a employer Internet. D'autres chercheurs trouvent que les personnes qui sont responsables d'instruire les populations en matiere de sante tendent a utiliser Internet et que la majorite d'entre elles ont acces a Internet aussi bien au domicile que sur les lieux du travail (McCormack Brown, Ellery, et Perlmutter 2004). John D. Blum (2003) signale que la relation entre le medecin et son patient est transformee par Internet et l'auteur s'interroge sur les consequences legales de cette evolution. Lesley Meall (2003) note que les firmes de comptabilite peuvent optimiser leur service a la clientele grace a Internet.

On le remarque aisement, ces etudes ont pour objet le rapport qu'entretient avec Internet un professionnel donne et elles montrent que le media agir sur le professionnel en meme temps que le professionnel agit sur le media. Elles aboutissent donc au constat d'une dialectique entre une population et les medias dont elle fait usage, conclusion qui se veut un des plus importants aboutissements de la sociologie de la communication, a laquelle on parvient quand on analyse finement le rapport entre l'humain et les medias auxquels il s'expose: la radio, le televiseur, les journaux et les magazines, les livres, les enregistrements audio ou andio-visuels, et le media des medias, Internet (Girard et Laflamme 2008). Ce constat ne correspond pas a un naif decret d'egalite entre les populations; mais il rappelle que si inegalitaire que soit l'usage des medias, les relations entre les populations et leurs medias ne sont pas unilaterales, de telle sorte qu'un media pourrait definir un collectif sans que celui-ci puisse agir sur lui ou que ce collectif pourrait recourir a un media sans en subir l'influence.

Dans les societes postindustrielles hautement mediatisees, ou la concurrence des medias est forte (2), on assiste a un double mouvement d'homogeneisation et de differenciation des idees. D'un cote, des opinions, des sentiments sont de plus en plus repandus, vehicules qu'ils sont par des ensembles d'individus de plus en plus grands; ce phenomene est attribuable, entre autres, a l'etendue des populations qui peuvent etre exposees a un meme contenu mediatique. D'un autre cote, la pluralisation des sources d'information rend possible une exposition de plus en plus individualisable et des constructions ideelles de plus en plus particularisables (Gervais 2006; Laflamme et Reguigui 2003). On peut se demander dans quelle mesure un facteur aussi determinant de la position sociale que la categorie socio-professionnelle intervient dans cette double evolution des societes postindustrielles.

Cette question sur la double tendance a l'homogeneisation et a la differenciation croise ici une interrogation sur l'inegalite des usages des medias en fonction du niveau professionnel et une autre sur le rapport entre le type de travail et cet usage. Etant donne qu'il y a des inegalites entre les diverses categories socio-professionnelles qui sont exercees au sein d'une population, on devrait observer, au sein d'une communaute dans une societe fortement mediatisee, une certaine variation des usages. Cette inegalite, cependant, ne devrait pas etre absolue puisque le fait de l'homogeneite, dans les societes postindustrielles, devrait renvoyer a quelques ressemblances entre les categories socioprofessionnelles. Comme la profession semble determiner l'usage du media et le media lui-meme influer sur la profession, on devrait noter des differences en fonction du metier qu'on exerce, des variations qui correspondent a une inegalite sociale, certes, mais aussi a des differences qualitatives plutot horizontales que verticales. Une simple analyse du rapport aux medias en fonction du secteur et du niveau professionnels peut permettre de repondre a des questions sur l'inegalite sociale et sur les modes d'usage. Mais, a en rester la, on ne fait que confirmer ou non l'hypothese de l'inegalite ou celle de l'interrelation. Nous proposons d'etendre cette analyse a deux autres registres de variables, celui de l'identite sociale et celui de l'engagement social; ces deux autres ensembles d'observations, combines aux precedents, devraient permettre de mieux apprehender l'incidence des medias sur les professions, et, inversement, de faire valoir non seulement l'importance des logiques dialectiques, mais aussi la necessite de conjoindre les donnees pour saisir le fait de la complexite des phenomenes. Le rapport aux medias ne repond pas seulement a une theorie de l'inegalite sociale; dans le meme esprit, si les medias ont une incidence sur les attitudes et sur les comportements sociaux, en meme temps, l'usage qu'on en fait est correle a l'activite sociale de maniere generale. Puisque les medias rendent possibles aussi bien une homogeneisation qu'une differenciation, en fonction de la categorie socioprofessionnelle, on devrait observer des formes sociales d'identite aussi bien semblables que dissemblables de meme que des engagements sociaux qui, parfois, correspondent au metier qu'on exerce, parfois non. Il est assurement important de verifier ces hypotheses, mais, si elles sont validees, il est aussi essentiel de dessiner les configurations auxquelles elles renvoient, c'est-a-dire de montrer comment cette similarite et cette dissimilitude prennent forme, par exemple a travers d'autres dimensions de la socialite.

La source des donnees

Une enquete par questionnaire a ete menee en 2007 dans le Nord-Ouest de l'Ontario et ses resultats peuvent permettre de repondre aux questions qui sont ici posees et de verifier les hypotheses qui sont soulevees. Pour developper le questionnaire, les chercheurs se sont inspires des instruments qui ont ete utilises dans les etudes de Netville (Hampton et Wellman 2003) et de la Catalogne (Castells et Tubella 2007), de meme que d'un questionnaire qui a servi dans le Nord-Est de la province ontarienne (3). Cet instrument de collecte de donnees pose bon nombre de questions et offre plusieurs enonces qui permettent d'obtenir de l'information sur l'usage des medias et, dans un autre ordre d'idees, sur l'identite ou sur les engagements sociaux.

La collecte a pris principalement deux voies. D'abord, le Conseil scolaire du district catholique des Aurores Boreales a distribue le questionnaire dans toutes les classes francophones de la 6e a la 12e annee. Les eleves ont rempli les questionnaires dans les salles de classe. Les ecoles francophones de la region qui ne sont pas sous la gouverne de ce Conseil ont pareillement collabore a l'enquete et ces autres eleves ont, eux aussi, repondu au questionnaire en salle de classe. Ensuite, les eleves ont apporte des questionnaires a la maison et ont demande a leurs parents et a d'autres adultes de les remplir. Afin d'accroitre le nombre de questionnaires, on a recouru a divers types d'incitatifs aupres des eleves. L'Association des francophones du Nord-Ouest de l'Ontario a, par ailleurs, distribue les questionnaires dans l'ensemble des organismes qu'elle regroupe; d'autres adultes se sont alors ajoutes a l'ensemble (4).

L'echantillon des eleves represente la presque totalite des jeunes de la region qui s'instruisent dans les ecoles de langue francaise entre les niveaux 6 et 12. C'est sur les repondants qui ne sont pas des eleves cependant que porteront les analyses et, parmi eux, chez ceux qui sont a l'emploi a plein temps. Ces 271 adultes ne constituent pas un echantillon probabiliste au sens strict, ce qui transparait notamment dans une surrepresentation des femmes (76 %); la majorite d'entre eux toutefois sont greffes a l'echantillon probabiliste areolaire qu'est celui des etudiants. Il faudrait donc analyser les donnees que nous avons obtenues avec une certaine prudence si les inferences avaient d'autres buts que de comparer les categories socioprofessionnelles (5).

Profil de l'echantillon

L'echantillon d'adultes sur lequel nous effectuons les analyses est age en moyenne de 43,38 ans (s = 12,56); 13,2 % d'entre eux ont moins de 30 ans, 42,7 % ont entre 30 et 44 ans, 30,1%, entre 45 et 54 ans et 14,0 %, ont plus de 54 ans. La plupart des individus (74,5 %) sont en couple, maries ou conjoints de fait; les autres se declarent celibataires (13,2 %), separes ou divorces (8,4 %), veufs (3,1 %) ou autres (0,8 %). La proportion des adultes qui n'ont pas termine l'ecole secondaire est de 15,0 %; 24,0 % de l'ensemble detiennent un diplome d'etudes collegiales et 28,5 %, un diplome d'etudes universitaires; les autres ou bien ont mis un terme a leurs etudes apres avoir obtenu le diplome de niveau secondaire (19,2 %), ou bien ont suivi quelques cours au college ou a l'universite, mais sans acquerir de diplome (13,3 %). La grande majorite des personnes est a l'emploi: 65,4 % a temps plein, 16,3 % a temps partiel, 2,3 % sur une base occasionnelle; les autres sont retraitees (8,0 %), chomeuses (1,1 %), etudiantes (2,9 %), menageres (3,1 %) ou pensionnees pour accident de travail (0,9 %). Les individus ont occupe en moyenne 10,16 ans (s = 9,05) l'emploi qu'ils declarent dans le questionnaire. A la question << quel travail exercez-vous ? >>, on obtient 228 formes de reponses brutes. En utilisant la classification type des professions de Statistique Canada, et en recourant a ses categories du deuxieme niveau, la classification a trois chiffres, nous obtenons 45 regroupements. On peut classer les professions en leur affectant une valeur cardinale qui tient compte de l'instruction et du revenu moyens pour chacune d'elles; on peut ensuite ramener cette echelle tres etendue a cinq niveaux pour la rendre plus facile a interpreter; 32,1 % des repondants occupent alors un emploi de niveau inferieur, 23,8 %, de niveau moyen-inferieur, 13,1 % de niveau moyen, 26,9 % de niveau moyen-superieur et 4,1 % de niveau superieur. L'echantillon pour ces classifications relatives au travail devient legerement inferieur a 300, les retraites, chomeurs, etudiants et accidentes etant retires de l'ensemble. Le revenu annuel personnel median se situe entre 20 000 et 39 999 $.

Analyses

Pour apporter quelques reponses aux questions que pose la problematique, il nous semble utile de verifier si l'on observe des variations en fonction du type et du niveau de travail. Pour ce qui est du niveau, il nous apparait opportun de retenir la hierarchie qui va d'inferieur a superieur, laquelle prend en consideration aussi bien l'instruction que le revenu qui sont lies a la profession. En ce qui concerne le type, une classification de 45 regroupements apparait peu operationnelle; un ensemble aussi etendu, si informatif soit-il, rend difficiles les comparaisons. En nous inspirant de la classification nationale des professions pour statistiques de 2001 (CNP-S 2001 dans les enquetes de Statistique Canada) et en prenant en consideration notre distribution initiale, nous avons reduit a 8 l'ensemble des professions (voir Tableau 1).

Nous nous interesserons d'abord a l'usage des medias autres qu'Internet puis a l'usage d'Internet. Nous nous pencherons ensuite sur ce qui caracterise l'identite et sur ce qui definit l'engagement social. Enfin, nous discuterons du lien entre les usages mediatiques, l'identite et l'engagement social.

LES VARIATIONS SELON LA CATEGORIE SOCIOPROFESSIONNELLE

L'USAGE DES MEDIAS

Pour examiner l'usage des medias, il semble opportun de distinguer Internet des medias autres a cause de la pluralite des facettes que presente Internet.

L'usage de medias autres qu 'Internet

Pour mesurer l'usage des medias autres qu'Internet, le questionnaire propose les enonces suivants: << je lis des journaux imprimes >>, << je lis des revues ou des magazines imprimes >>, << je lis des ouvrages litteraires >>, << j'ecoute de la musique a domicile >>, << j'ecoute la radio >>, << je regarde la television (a l'exclusion des enregistrements video: VHS, DVD ...) >>, << je regarde des enregistrements video (VHS, DVD ...) >> et << j'utilise un ordinateur pour jouer >>. Ces enonces sont associes a une echelle qui va de << 1 >>, << jamais >>, a << 6 >>, << tres souvent >>. Ces echelles de Likert font des enonces des variables cardinales pour lesquelles on peut calculer des moyennes. On peut alors comparer des moyennes pour les secteurs et les niveaux professionnels et effectuer pour chacun d'eux une analyse de variance a 2 facteurs. Parmi les 16 tests d'hypothese qu'on peut ainsi effectuer en fonction de chacun des facteurs, il n'y en a que deux qui sont positifs. Le premier a trait a la lecture des journaux imprimes; il revele que la moyenne pour les professions de niveau inferieur (4,09) est un peu plus faible que celles des autres niveaux (lesquelles vont de 4,22 pour les postes de niveau moyen-inferieur a 4,58 pour ceux qui sont de niveau moyen). Le second se rapporte a la lecture d'ouvrages litteraires, ou ce sont les enseignants (4,89) et les personnes qui ont soin des enfants et qui s'adonnent aux travaux domestiques (4,65) qui presentent les moyennes les plus elevees, puis les ouvriers (2,66) et les individus qui travaillent dans la vente (2,96) pour lesquels les moyennes sont les plus faibles. Ailleurs, les tests veulent que les moyennes soient considerees comme egales. Ces analyses ne confirment que tres partiellement l'hypothese d'une correlation entre la profession et l'usage des medias.

L'usage d'Internet

Le questionnaire comporte 33 enonces qui ont trait a divers usage d'Internet et qui sont pertinents pour notre analyse. A tous ces enonces est juxtaposee une echelle a 6 niveaux dont les valeurs vont de << 1 >>, << jamais >>, a << 6 >>, << tres souvent >>. Pour chacun d'eux, on peut donc calculer une moyenne. On peut aussi effectuer des comparaisons de moyennes pour divers groupes et reprendre, notamment, les deux types de codification du travail.

En jetant un coup d'oeil aux analyses de variance qui sont ainsi produites, c'est la faiblesse des variances expliquees qui se manifeste. La plus elevee d'entre elles est de 0,12; plusieurs sont inferieures a 0,01. S'il s'agit du niveau de la profession, la variance expliquee atteint la valeur de 0,07 pour 5 usages; quatre de ces usages sont directement lies au travail: << j'utilise Internet sur les lieux de mon travail >>, << j'utilise le courriel pour communiquer avec des membres associes avec mes affaires >>, << j'envoie des messages electroniques dans le cadre de mon travail >> et << je recois des messages electroniques dans le cadre de mon travail >> ; le cinquieme est plus ou moins attache au niveau professionnel: << j'utilise Internet pour trouver des informations sur la bourse et les finances >>. S'il s'agit du secteur de la profession, la variance expliquee est d'au moins 0,07 dans six cas; deux d'entre eux ont manifestement trait au travail: << j'utilise Internet sur les lieux de mon travail >> et << j'utilise Internet dans le cadre de mon travail >>. Une autre proposition, << j'utilise Internet pour trouver des informations sur la sante >>, distingue des autres les emplois lies aux sciences naturelles et a la sante, puis ceux qui se rapportent aux soins des enfants ou aux travaux domestiques; une autre encore, << j'utilise Internet pour effectuer des recherches, un peu comme j'utiliserais une encyclopedie >>, met en evidence d'abord les enseignants puis les travailleurs des sciences naturelles et de la sante et les personnes qui ont soin des enfants ou qui effectuent des travaux domestiques; dans ces deux cas, le lien avec la profession n'est pas anodin. Les deux autres enonces ont peu a voir avec le metier qui est exerce: << j'utilise Internet pour effectuer des operations bancaires >> et << j'utilise Internet pour des fins de telephonie >>. Le secteur professionnel et le niveau professionnel determinent peu la variation des usages d'Internet, mais il semble que le metier qui est exerce ait parfois a voir avec l'utilisation qui en est faite. Cela signifie qu'on recourt a Internet en grande partie en fonction d'une logique qui deborde le cadre de la profession ou de ce qui est associe a la hierarchie des travailleurs, mais que le metier exerce peut, dans certains cas, commander un usage intensifie.

Ce qui se revele ensuite, c'est que la majorite des tests d'hypothese sont negatifs: 27 en fonction du secteur du travail et 27 encore d'apres le niveau de la profession, sur 33 chaque fois. Dans le cas de la serie qui se rapporte au secteur du travail, les enonces sont ceux pour lesquels la variance expliquee etait d'au moins 0,07. Les tests qui marquent des differences inferables en fonction du niveau professionnel sont aussi ceux dont on a vu qu'ils presentaient une variance expliquee d'au moins 0,07. Il faut leur ajouter l'enonce suivant: << j'utilise Internet dans le cadre de mon travail >>, ce qui nous renvoie aux remarques qui ont deja ete formulees. Dans la majorite des cas, il n'y a pas de differences de moyennes qui permettent d'affirmer que les travailleurs des niveaux superieurs utilisent plus Internet que les autres; quand le niveau professionnel est determinant, meme dans une faible mesure, les moyennes sont plus faibles pour les emplois de niveau inferieur; mais elles ne sont pas toujours plus elevees pour les professions de niveau superieur: pour l'enonce << j'utilise Internet pour trouver des informations sur la bourse et les finances >>, la moyenne pour les personnes qui occupent des emplois de niveau moyen est de 2,97 et elle est de 2,83 pour celles qui ont des postes de niveau superieur. De la meme maniere, les ouvriers ne sont pas toujours ceux pour lesquels la moyenne est la plus basse, pas plus que les individus qui ont des fonctions administratives ont toujours les moyennes les plus elevees; on note bien une tendance qui veut que les ouvriers et les travailleurs de la vente aient des moyennes plus faibles que les autres, mais il s'agit d'une tendance qui presente plusieurs exceptions et pour laquelle, de toute facon, les tests d'hypothese interdisent le plus souvent de declarer qu'il y a inegalite de moyennes.

Il y a des enonces pour lesquels les moyennes sont faibles pour tous les groupes qui sont compares: << j'utilise Internet ailleurs qu'au travail et a la maison >>, << j'utilise Internet pour preparer des voyages >>, << j'utilise Internet pour ecouter la radio >>, << j'utilise Internet pour lire des journaux >>, << j'utilise Internet pour visionner des video-clips >>, << j'utilise Internet pour trouver, telecharger ou ecouter des emissions ou des films >>, << j'utilise Internet pour clavarder ("chat") >>, << j'utilise Internet pour intervenir dans des forums de discussion >>, << j'utilise Internet pour decouvrir de nouvelles personnes >>, << j'utilise Internet pour repondre a des petites annonces de rencontre ou pour des services de rencontre >>, << j'utilise Internet pour les jeux electroniques >>, << j'utilise Internet pour les informations sportives >>, << j'utilise Internet pour acceder a des sites erotiques >>, << j'utilise Internet pour trouver des informations sur la bourse et les finances >>. Il y en a d'autres pour lesquels les moyennes sont relativement elevees pour tous les groupes: << j'utilise Internet a la maison >>, << j'utilise le couriel (e-mail) pour communiquer avec des ami-e-s >>. Ce sont donc les usages qui sont plus determinants de la variation des moyennes que les facteurs. Et quand les moyennes sont plus elevees et qu'il y a une inegalite qu'on ne devrait pas considerer comme aleatoire, les professions ne se distinguent pas forcement par leur niveau: l'usage d'Internet a la maison ne privilegie pas les professions au sommet pas plus qu'on peut deduire des secteurs ou les individus sont les plus grands usagers que leurs postes sont privilegies au plan socio-economique.

ATTITUDES a L'EGARD D'INTERNET En poussant quelque peu l'analyse, on peut s'interroger sur l'attitude a l'egard d'Internet ou, plus generalement, de l'informatique, plutot que sur l'usage comme tel. Dans le questionnaire, on repere neuf propositions grace auxquelles il est possible d'evaluer cette attitude. A titre d'exemple, on peut lire: << je solutionne la plupart des problemes techniques que je rencontre quand j'utilise un ordinateur >>, << les ordinateurs me jouent des tours desagreables >>, << il est facile, pour moi, d'utiliser Internet >>, << je me sens souvent depasse-e par la logique Internet >>. Ces enonces peuvent etre traites comme des variables cardinales puisqu'ils sont tous attaches a une echelle de Likert, une echelle qui presente 6 niveaux ou << 1 >> signifie << pas du tout d'accord >> et << 6 >>, << tout a fait d'accord >>. On peut alors repeter les analyses de variance en fonction des deux facteurs, soit le secteur et le niveau de la profession. Si l'analyse compare les domaines professionnels, elle ne detecte qu'une seule difference de moyennes; elle se rapporte a la proposition << il m'arrive d'eprouver des difficultes avec la technologie informatique >> ; l'assentiment est plus marque dans les domaines (1) de la vente (4,19), (2) de l'administration et des finances (4,07) et (3) des soins aux enfants et des travaux domestiques (3,44); il est plus faible dans le domaine de la gestion et des services de bureau. Si l'analyse porte sur les niveaux professionnels, le nombre de tests negatifs est a nouveau imposant: 7 sur 9. Il faut declarer une inegalite de moyennes pour les enonces << je solutionne la plupart des problemes techniques que je rencontre quand j'utilise un ordinateur >> et << il est facile, pour moi, d'utiliser des logiciels de traitement de texte >>. Les professions de niveau inferieur montrent les moyennes les plus faibles: 2,82 et 3,69 respectivement; pour le premier enonce, la moyenne la plus elevee est celle du niveau moyen (3,97), viennent ensuite les niveaux moyen-inferieur (3,68), moyen-superieur (3,54) et superieur (3,17); pour le second, les moyennes des trois niveaux les plus elevees sont proches les unes des autres: 4,89, 4,83 et 4,68 respectivement pour moyen-superieur, superieur et moyen; la moyenne est de 4,07 pour le niveau moyen-inferieur. Si l'on promene son regard sur les moyennes afin se faire une idee de l'ensemble, on note qu'elles sont presque toujours superieures a trois, qu'elles sont souvent superieures a quatre, qu'elles depassent parfois cinq. Cela signifie que l'attitude est generalement positive; on n'a pas affaire a une assurance universelle, mais on observe que la confiance l'emporte sur la mefiance. Ces analyses montrent que, la plupart du temps, il n'y a pas de difference entre les professions, que ce soit en comparant les secteurs ou les niveaux, et que, quand difference il y a, elle n'est pas toujours a l'avantage des professions les plus prestigieuses.

L'IDENTITE, L'identite peut etre definie en fonction de plusieurs objets. Le questionnaire en propose 16. Il s'agit chaque fois d'enonces du genre << je m'identifie a ma famille >>, << je m'identifie a l'Ontario >> ou << je m'identifie au metier que j'exerce >>. Pour chacun d'eux, une echelle permet au repondant de prendre position en encerclant un chiffre de << 1 >> a << 6 >>, ces deux poles signifiant << pas du tout d'accord >> et << tout a fait d'accord >>. Des analyses de variance sont donc encore permises.

Le secteur de la profession a une faible incidence sur les moyennes. On observe trois tests sur seize ou la valeur de p est inferieure a 0,05; ces tests se rapportent a la francophonie du Nord-Ouest de l'Ontario, au sexe et a la religion. Les distributions ont ceci de commun que la moyenne pour les ouvriers est chaque fois faible alors que celle des personnes qui s'occupent des enfants ou qui effectuent des travaux domestiques est plutot forte. Il n'y a pas d'autre tendance notable. Trois autres tests sont tout pres du seuil de 0,05; ils se rapportent a l'Ontario francais, a l'Ontario et a une cause politique. Dans ces trois autres cas, la moyenne pour les emplois ouvriers et celle qui vaut pour les personnes qui s'occupent des enfants ou qui s'adonnent a des travaux domestiques se positionnent comme dans les cas precedents; on peut donc penser qu'en elevant la taille de l'echantillon on obtiendrait six tests positifs plutot que trois. Il y a donc un certain nombre d'objets d'identification qui varient en fonction de la profession. Il faut s'empresser toutefois de noter que les moyennes ne sont jamais radicalement differentes, que, donc, les groupes ne sont jamais composes de telle maniere qu'ils se distinguent tout a fait les uns des autres, et ce partage des symboliques est confirme par l'ensemble de tests negatifs.

Le niveau professionnel se veut un peu plus determinant que le secteur: 6 tests signalent des differences de moyennes et 4 autres se situent a la limite. Les objets des 6 tests ou p est plus petit que 0,05 sont (1) la famille, (2) le Nord-Ouest de l'Ontario, (3) l'Ontario, (4) l'organisme pour lequel on travaille, (5) la religion et (6) la ville ou le village ou l'on vit. Il y a une tendance manifeste: la moyenne la plus elevee est toujours celle des postes de niveau moyen; la plus faible est presque chaque fois celle des professions de niveau superieur--elle ne l'est pas seulement pour l'organisme pour lequel on travaille. Les 4 tests pour lesquels la valeur de p n'est que legerement audessus de 0,05 obligent a faire des constats identiques: les mesures de tendances centrales sont plus fortes pour les professions considerees comme etant de niveau moyen et plus faibles pour celles qui sont de niveau superieur; on peut donc concevoir a nouveau qu'une augmentation de l'echantillon accroitrait le nombre d'inegalites de moyennes dont on ne peut penser qu'elles sont produites par le hasard; les symboliques sont ici (1) la francophonie du Nord-Ouest de l'Ontario, (2) le Canada, (3) son sexe (le fait d'etre homme ou femme) et (4) une cause sociale. Il n'y a pas, peut-on affirmer une nouvelle fois, de difference qui fasse que les groupes n'ont rien en partage, mais le constat de la variation en fonction du niveau professionnel est indeniable.

Il y a des objets pour lesquels les moyennes sont normalement plus fortes et d'autres ou elles sont plus faibles. La famille represente la symbolique la plus aisement reconnue (les moyennes ne sont jamais inferieures a 5,00). Le Canada, le sexe, la francophonie, le metier qu'on exerce, l'organisme pour lequel on travaille et l'Ontario suscitent un fort assentiment. Le Quebec, une cause politique et une equipe sportive se revelent comme etant moins en adequation avec le sentiment d'identite des repondants.

L'ENGAGEMENT SOCIAL Six propositions permettent d'examiner l'implication sociale: (1) << je suis implique-e dans des organismes de developpement communautaire pour la francophonie du Nord-Ouest de l'Ontario >>, (2) << je suis implique-e dans des organismes de developpement communautaire >>, (3) << je suis implique-e dans des organismes d'animation communautaire pour les francophones du Nord-Ouest de l'Ontario >>, (4) << je suis implique-e dans des organismes d'animation communautaire >>, (5) << je fais du benevolat pour des organismes francophones du Nord-Ouest de l'Ontario >> et (6) << je fais du benevolat >>. L'echelle est la meme que pour les themes d'identification: << 1 >> equivaut a << pas du tout d'accord >> et << 6 >>, a << tout a fait d'accord >>. Qu'on effectue les comparaisons de moyennes d'apres le secteur ou le niveau de la profession, aucun test ne detecte d'inegalite. Les moyennes sont normalement faibles, ce qui traduit un engagement social plutot modere dans l'ensemble. A une exception pres, elles n'atteignent la valeur de 3 que pour le benevolat, dans une perspective etendue, c'est-a-dire non limitee a la francophonie.

USAGE DES MEDIAS, IDENTITEET ENGAGEMENT SOCIAL Apres avoir compare l'usage des medias, l'identite et l'implication sociale par reference a la categorie socioprofessionnelle, on peut se pencher sur les relations que tous les elements entretiennent entre eux (voir Tableau 2).

Les correlations des usages d'Internet sont toutes positives et presque toutes inferables. Cela revele que, dans l'ensemble, plus tel usage est frequent, plus l'est tel autre. Si, toutefois, cette tendance est reelle, elle n'est pas forte pour autant. Les correlations se situent le plus souvent entre 0,20 et 0,40. Certaines sont plus marquees: l'usage d'Internet a la maison est assez fortement correle avec le courriel qui est echange avec les amis (r = 0,68) ou avec les membres de la famille (r = 0,63); si Internet est utilise pour visionner des video-clips, il favorise un rapport a la musique (r = 0,54) ou a la radio (r = 0,52); si l'on emploie Internet pour effectuer des recherches, on y recourt aussi pour les nouvelles (r = 0,55). Certaines le sont moins: le clavardage et la preparation de voyages (r = 0,14), la frequentation des sites erotiques et la telephonie (r = 0,14), la decouverte de nouvelles personnes et les operations bancaires (r = 0,11).

Les correlations entre les divers usages des medias tendent a etre plus faibles. Il y a bien une association plutot forte entre la lecture des magazines et celle des journaux (r = 0,70) et entre l'exposition aux enregistrements video et a la television (r = 0,51), mais, ailleurs, les correlations depassent rarement la valeur de 0,25, et plusieurs, de surcroit, ne sont pas inferables.

Les correlations entre l'usage des medias autres qu'Internet et l'usage d'Internet sont plus aleatoires. La plupart d'entre elles sont non inferables.

Les variables relatives a l'identite inclinent a etre associees les unes aux autres. Aucune correlation n'est negative: plus on s'identifie a ceci, plus on tend a s'identifier a cela. Aucune ne presente un niveau de signification inferieur a 0,05; le phenomene est donc generalise. La plupart des correlations sont superieures a 0,30, si elles ne mettent pas en oeuvre une equipe sportive. L'une atteint la valeur de 0,80: l'identification a la francophonie du Nord-Ouest de l'Ontario et a l'Ontario francais (r = 0,81). Plusieurs se situent au-dessus de 0,70. Certaines constituent un reseau serre ou interviennent l'Ontario, le Nord-Ouest de l'Ontario et la francophonie--l'Ontario francais et la francophonie (r = 0,79), la francophonie du Nord-Ouest de l'Ontario avec la francophonie (r = 0,73), le Nord-Ouest de l'Ontario avec la francophonie du Nord-Ouest (r = 0,71), le Nord-Ouest de l'Ontario avec l'Ontario (r = 0,75) -; d'autres se situent dans un autre registre: le metier avec l'organisme pour lequel on travaille (r = 0,71), une cause politique avec une cause sociale (r = 0,72).

Les indices de l'engagement social sont assez fortement lies les uns aux autres: toutes les correlations sont positives, toutes sont inferables, toutes sont superieures a 0,38, la majorite d'entre elles etant superieures a 0,60. Plus, par consequent, on incline a s'impliquer dans ceci, plus on tend a le faire dans cela.

Il y a peu de correlations entre les usages d'Internet et les indicateurs de l'identite. La grande majorite des mesures d'association sont non inferables. Il en va pareillement des relations entre l'implication sociale et l'usage d'Internet.

Un peu plus de la moitie des mesures d'association entre l'usage des medias autres qu'Internet et les indicateurs d'identite ne sont pas significatives. Celles qui le sont ont trait a des relations tenues, toujours inferieures a 0,21.

Le lien entre l'exposition aux medias qui ne sont pas Internet et l'implication sociale est parfois inferable, parfois non. Il l'est constamment en vertu de la lecture des ouvrages litteraires, souvent de celle des journaux, parfois de celle des magazines. Les correlations sont par contre toutes inferieures a 0,20; mais il appert que la lecture, meme modestement, favorise l'implication sociale.

Implication sociale et identite vont dans le meme sens: 72 des 96 correlations sont significatives et toutes sont positives. Le fait de s'identifier a quelque objet favorise l'engagement. Mais cette convergence, bien que commune, est moderee: aucune correlation n'est superieure a 0,33.

Des positions historiques et sociales

Au point de depart de ce texte, nous avons rappele que les travaux qui ont porte sur Internet ont rapidement favorise une logique de discrimination dont l'un des principaux facteurs etait la categorie socioprofessionnelle. Cette logique etait simple: meilleur est le statut socio-economique, meilleur est l'usage (Chen et Wellman 2003; Crow et Longford 2000; Fong et al. 2001; Horrigan et al. 2006; Kim 2003; Le Guel et al. 2005; Orbicum 2003; Reddick et al. 2000). Nos analyses de variance ne confirment que tres partiellement cette position. Elles donnent beaucoup plus raison aux travaux qui notent une interaction d'Internet et de son utilisateur (Blum 2003; Chappell 2007; Edirippulige et al. 2006; Hill 2005; Hinson et al. 2007; McCormack Brown et al. 2004; Meall 2003; Seymour et al. 2007).

Toutes les donnees que nous avons examinees, tout ce travail empirique que nous avons fait imposent une theorisation nuancee ou la logique systemique l'emporte sur les modelisations lineaires. Le schema l'illustre bien. Engagement social, identite sociale et usage des medias constituent un ensemble aux elements intercorreles de facon positive. Leur ensemble est dialectiquement associe a la profession de meme que chacun des elements entretient des rapports directs avec la profession. Le tout n'est pas suffisant; il est dialectiquement lie a tout ce que cette analyse ne prend pas en consideration et qui ne peut pas ne pas influer (que l'on peut identifier comme << alter >>), comme des variables d'ordre geopolitique, des considerations psychologiques ou des facteurs historiques, ou encore des combinaisons empiriques auxquels l'imaginaire analytique n'a pas encore acces.

[ILLUSTRATION OMITTED]

Faire usage de medias, cela depend parfois de la profession, parfois non. On ne peut affirmer que, sur ce plan, on est d'autant plus favorise qu'on occupe une profession prestigieuse, comme le veulent les travaux de type bourdieusien (Bourdieu 1979). La logique est beaucoup plus complexe. On ne peut affirmer que, d'une facon generale, on recourt d'autant plus aux medias qu'on exerce un metier valorise: les contre-exemples, qu'il s'agisse des egalites de moyennes ou des variations contraires, sont plus nombreux que les illustrations de cette insistante these. Dans bien des cas, par ailleurs, les differences de moyennes pour l'usage d'Internet rappellent davantage l'importance du secteur professionnel (Blum 2003; Chappell 2007; Edirippulige et al. 2006; Hill 2005; Hinson et al. 2007; McCormack Brown et al. 2004; Meall 2003; Seymour et al. 2007) que celle de la hierarchie des professions. Internet se presente alors comme un outil. Mais, meme dans ces cas, les comparaisons ne permettent pas de conclure a une differenciation nette. I1 n'y a pas d'usage d'Internet qui soit reductible a un secteur ou a un niveau professionnel, ou meme qui le caracterise precisement.

On note plus de variations entre les niveaux professionnels pour ce qui est des symboliques identitaires que pour le rapport aux medias. Au sommet de la hierarchie, on tend moins a s'approprier les objets identitaires les plus communs que dans les niveaux inferieurs; paradoxalement, les ouvriers inclinent moins qu'on ne le fait dans les autres secteurs professionnels a se definir en fonction de symboliques--meme quand elles s'averent populaires. Jamais, cependant, les variations n'isolent de domaines ou de niveaux professionnels.

L'influence de la profession sur l'usage des medias est plutot faible. On trouve des variations, de ci, de la, en fonction du niveau; on trouve plus de non-variations. On sent bien que le domaine peut intervenir, mais souvent il nele fait pas. En fait, les medias instituent un rapport au monde qui transcende de plusieurs facons la profession ou qui s'en detache. Certains usages sont independants les uns des autres, certains sont fortement correles. S'approprier un media comme Internet, c'est souvent se donner acces a plusieurs de ses possibilites, parfois, c'est se confiner a des operations ou a des demarches limitees. Tous ces rapports sont une maniere de se donner acces au monde et cet acces au monde influe lui-meme sur les rapports dont il est une dimension. Ces rapports au monde sont des manieres de s'informer et de communiquer. Ils renvoient a une position sociale dans son caractere multidimensionnel, c'est pourquoi la profession se revele faiblement determinante. Par plusieurs aspects, on peut meme imaginer que le media definit davantage le rapport a l'information que la profession ellememe. Il etablit certainement quelque transcendance entre les professions, mais aussi entre les autres elements par lesquels une societe peut voir ses citoyens se definir. En meme temps, il sait repondre a des besoins informationnels specifiques. Ainsi il homogeneise et differencie. Une societe est toujours caracterisee, au moins partiellement, par un role des medias. Dans la mesure ou la societe est hautement mediatisee et que les medias comme les messages sont tous en concurrence, dans la mesure aussi ou les messages qu'une societe fait circuler sont peu reductibles a un media particulier, la reductibilite d'un media a une categorie sociale restreinte ne limite pas la circulation de l'information. Dans la mesure toutefois ou l'information est caracterisee par un media, une societe fortement mediatisee inclinera a etendre l'accessibilite de ce media pour assurer sa non-differenciation. Dans la mesure encore ou l'information circule socialement en fonction d'un media specifique, il est peu probable que ce media appartienne en propre a un groupe particulier de citoyens. Les modes de circulation de l'information appellent socialement des modes d'accessibilite aux medias. Dans les societes hautement mediatisees, toujours ou les medias et les messages sont en concurrence, le controle de la circulation de l'information, au plan systemique, est souvent plus menacant qu'une accessibilite ouverte aux medias et a leurs contenus. Les modes de circulation de l'information, par ailleurs, rendent possibles des usages particuliers parce que tout rapport a l'information ne peut pas etre a ce point etendu qu'il rende parfaitement uniforme une societe ni a ce point specifique qu'il rende impossible la non-differenciation. C'est pour cela qu'Internet n'appartient pas en propre aux professions du sommet, que, dans ces positions du sommet, on trouve des phenomenes aussi bien de particularisation que des similitudes avec les autres niveaux professionnels.

Si l'on aborde l'engagement social d'apres les professions, on ne peut que noter qu'il est dans l'ensemble modere. Si, toutefois, on examine cet engagement en lui-meme, on constate que, souvent, il s'autodeveloppe: s'impliquer socialement dans ceci, c'est aussi, a maints egards, le faire dans cela. L'identite favorise aussi cet engagement. L'intercorrelation n'est pas absolue, ni en nombre ni en degre, mais elle est nette. L'engagement social ou l'identification ne repond pas a une simple logique de profession, pas plus que nele fait l'usage des medias. Ils correspondent a une position sociale, non pas en tant que classe sociale, mais au sens de rapport a l'information, historiquement et socialement situe, ou la socialite et l'historicite ne sont pas reductibles a l'instruction ou au revenu, ni, par consequent, a la profession, ou au capital. Les societes hautement mediatisees pluralisent les rapports a l'information en meme temps qu'elles les homogeneisent. Ce faisant, elles pluralisent egalement les positions sociales, non pas en les fixant dans une structure, mais en leur permettant de se produire continument, historiquement et socialement, et donc de varier. C'est pourquoi on constate que peuvent s'autogenerer les engagements sociaux, que ces engagements peuvent etre associes a l'identite, que les engagements sociaux sont plus definis par eux-memes que par la profession qui n'en est qu'un aspect possible. Mais ces engagements sociaux et ces identites s'ils sont d'un rapport particulier a l'information, ils sont en meme temps d'une societe ou l'information rend possibles des symboliques communes. Les medias jouent ici un role global en tant qu'ils rendent possibles des rapports particuliers et des informations generalisables. C'est pourquoi les usages des medias ne sont pas fortement correles avec les engagements sociaux. Une position sociale suppose un rapport a l'information, c'est pourquoi on observe de faibles correlations; mais ces rapports sont moins caracterises par la correlation des usages que par la position elle-meme, laquelle constitue une constellation d'usages, une dialectique multiforme ou les informations sont produites entre les transmissions de contenus, la variation de ces transmissions et les syntheses qui sont realisees par des acteurs s'historicisant et se socialisant constamment. Les faibles correlations et leur etendue, de meme que l'absence de correlations dans certains cas sont la preuve du fait que tout est interactif, que le rapport a l'information, si essentiel soit-il a l'etre social, ne se produit que dans la pluralite, qu'il n'y a pas de facteur ultime de quoi que ce soit sous cet angle.

Conclusion

L'usage des medias depend partiellement du metier que la personne exerce. Certes, l'observation permet de reperer des manifestations de la theorie qui veut que le rapport aux medias soit calque sur la division de la societe en classes sociales, classes dont l'indicateur serait le niveau de la profession. Mais force est de constater que ces manifestations sont loin de pouvoir autoriser une theorie aussi simplificatrice. Le phenomene de l'usage des medias appelle une toute autre theorisation. C'est ce qu'a permis de reveler une analyse qui porte sur un echantillon de travailleurs francophones du Nord-Ouest de l'Ontario. Cette analyse, en outre, a montre que, chez ces travailleurs, les symboliques identitaires correspondaient peu a une division de la societe en professions, que ces symboliques renvoyaient a la possibilite, pour les acteurs sociaux, d'entretenir des rapports aux medias a la fois semblables et differents et que des positions sociales qui etaient ainsi rendues probables pouvaient surgir des engagements sociaux qui euxmemes contribuaient a une pluralisation et a une homogeneisation de la societe. D'autres travaux devront montrer si nos resultats sont attribuables au caractere non aleatoire de notre echantillon et a sa surrepresentation feminine.

En depit du fait de l'inegalite de la distribution de la richesse, les societes postindustrielles creent systematiquement de la similitude dans les rapports aux medias, dans la fabrication des identites et dans les engagements sociaux. Elles generent aussi de la dissimilitude, mais toute dissemblance ne s'aligne pas sur la seule distribution de la richesse, ni sur l'un de ses plus importants corollaires, la profession. I1 ne sert a rien au demeurant d'expliquer l'inegalite sociale a partir de la distribution de la richesse; la distribution de la richesse est un indice de l'inegalite sociale, non pas une cause. L'inegalite sociale represente un phenomene beaucoup plus complexe que ne peut le comprendre une theorie des classes sociales qui se donnerait pour indicateur le niveau de la profession.

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SIMON LAFLAMME

Universite Laurentienne

PASCAL ROGGERO

Universite Toulouse I

CHRIS SOUTHCOTT

Lakehead University

(1.) << Profession >> est le terme recommande par l'Office quebecois de la langue francaise. Le terme est defini comme etant << un travail determine, manuel ou intellectuel, effectue pour le compte d'un employeur ou pour son propre compte, et dont on peut tirer ses moyens d'existence >>. L'office precise: << Dans la langue administrative, profession est un terme generique usuel dont l'acception est plus large que le terme metier, souvent reserve au travail de l'ouvrier ou de l'artisan. [section] Le terme francais occupation designe une facon d'employer son temps et non une activite professionnelle. Son emploi au sens de << profession >> est un emprunt semantique a l'anglais qui ne vient combler aucune lacune lexicale en francais et dont l'usage cree un risque de substitution >>. Dans cet article, le concept de categorie socioprofessionnelle remplace parfois celui de profession, mais le terme profession est toujours compris dans son sens generique.

(2.) Faut-il expliquer que la concentration de la presse reduit la concurrence sans l'eliminer, que tous les facteurs de la liberte de parole ou de la diversite des points de vue ne sont pas la propriete des medias ? Faut-il rappeler que la concentration de la propriete des grands journaux a pour effet de favoriser la creation de journaux locaux?

(3.) On notera que la collecte de donnees dans le Nord-Est a eu lieu en 2004. A des fins de comparaison, le questionnaire qui a servi dans le Nord-Ouest a plusieurs similitudes avec celui du Nord-Est, notamment pour ce qui est des usages d'Internet. Les usages d'Internet y sont definis beaucoup plus par leur fin (effectuer des operations bancaires, trouver des informations culturelles, ecouter la radio) ou en fonction des conditions (dans le cadre des etudes, dans le cadre du travail) que d'apres le nom des sites qui sont visites. Il n'etait pas alors apparu important aux chercheurs de faire porter l'analyse sur la frequentation de sites en particulier, comme Google, ou Facebook, ou Yahoo ...

(4.) A titre d'information, la recherche avait pour but d'etablir la situation des francophones du Nord-Ouest de l'Ontario a l'egard des medias afin d'en faciliter le reseautage en fonction des nouvelles technologies. Les resultats ont ete transmis a la communaute dans une serie de groupes de discussion desquels doivent etre degagees des mesures concretes.

(5.) La variable sexe a, par ailleurs, ete utilisee dans toutes les analyses de variance et elle n'a jamais permis de reperer un effet d'interaction; nous n'avons pas rapporte ces resultats qui sont, de toutes facons, non significatifs.

La recherche sur laquelle repose cet article a ete rendue possible grace a une subvention du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH).

Simon Laflamme, Universite Laurentienne, Sudbury (Ontario) P3E 2C6 Canada. E-mail: slaflamme@ laurentian.ca
Tableau 1
Nombre et pourcentage d'individus dans l'echantillon
selon le secteur professionnel

Seeteur de la profession                               n      %

Administration et finance                             19     7,0
Gestion et services de bureau                         23     8,5
Sciences naturelles et sante                          27    10,0
Sciences sociales, droit et securite                  60    22,1
Enseignement                                          65    24,0
Vente                                                 29    10,7
Soins aux enfants et travaux domestiques              17     6,3
Emplois ouvriers                                      31    11,4
Total                                                 271   100,0

Tableau 2
Resume des caracteristiques
des divers ensembles d'elements intercorreles

elements intercorreles          Caracteristiques des correlations

--usages d'Internet             --positives et assez fortes
--usages des autres medias      --positives et assez faibles
--indicateurs d'identite        --positives et assez fortes
--indicateurs d'engagement      --positives et assez fortes
--Internet et autres medias     --positives et assez faibles
--Internet et identite          --positives et faibles
--autres medias et identite     --positives et faibles
--Internet et engagement        --positives et faibles
--autres medias et engagement   --positives et faibles
--engagement et identite        --positives et assez faibles
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Author:Laflamme, Simon; Roggero, Pascal; Southcott, Chris
Publication:Canadian Review of Sociology
Date:Aug 1, 2010
Words:9022
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