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BREMOND ET LA << POESIE PURE >> : L'ENJEU MYSTIQUE D'UNE QUERELLE LITTERAIRE.

Henri Bremond (1865-1933) est surtout connu aujourd'hui comme l'auteur d'une monumentale Histoire litteraire du sentiment religieux en France, depuis la fin des guerres de Religion jusqu'a nos jours, laissee inachevee a sa mort, onze tomes ne traitant en realite que du dix-septieme siecle. Il en allait autrement dans les annees 1960 (avant la premiere reedition de cette Histoire ..., chez Armand Colin (2)), et meme au debut des annees 1980, malgre les travaux qui avaient accompagne le centenaire de sa naissance (dont un colloque a Cerisy en aout 1965, ou Michel de Certeau notamment avait donne une importante communication sur Henri Bremond << historien d'une absence (3) >>) - a en croire le temoignage d'Emile Goichot (1925-2003), auteur de l'ouvrage de reference sur notre auteur : Henri Bremond, historien du sentiment religieux. Genese et strategie d'une entreprise litteraire (1982) (4), tire de sa these soutenue en 1979. Dans un article publie en 1980, il ecrit en effet que l'episode de la poesie pure, dans les annees vingt, est le seul a cette date a avoir << fait l'objet de bons travaux universitaires >>, dont la these du Canadien francophone Clement Moisan (1933-2010), qu'il est permis de juger malgre tout (il est vrai apres les travaux de Goichot lui-meme) assez mediocre (5). << L'image communement recue que "l'importance litteraire de Bremond vient surtout du role qu'il a joue dans la querelle dite de la poesie pure" >>, ecrit encore Goichot citant l'un de ces travaux (6), tient du << malentendu >>, car c'est privilegier << la partie emergee de l'iceberg >>. Par enjeu mystique de la querelle, on entendra bien sur cette partie cachee, dont nous devons la connaissance largement a E. Goichot lui-meme, et le titre de la presente etude se veut un hommage a cet article que je viens de citer : << La poesie pure ou Emmaus ? L'enjeu d'une querelle litteraire >>, paru dans les Travaux de linguistique et de litterature (Strasbourg) (7). Le qualificatif precise aussi que cet enjeu a rapport a la mystique - au << mysticisme >>, objet principal des recherches de Bremond, et de son entreprise d'historien. Mais il ne faudrait pas oublier trop vite ce premier sens de mystikos : << cache >>, celui encore courant au dix-septieme siecle, lorsque Pascal par exemple parle du << sens mystique des Ecritures >>. Le discours sur la poesie pure et l'ensemble des ecrits qui ont suivi, dont surtout Priere et poesie, relevent de cet art d'ecrire entre les lignes dont Leo Strauss a fait la description dans La Persecution et l'art d'ecrire (8) : une ecriture sous contrainte, menacee par la censure. Et de ce point de vue rien n'est plus oppose a la << poesie pure >> que la << litterature pure >>, si l'on entend par la une forme d'art pour l'art, detachee des conflits et de toute forme d'engagement pour leur auteur - meme si, en l'occurrence, il ne s'agit pas principalement d'un engagement politique. Et puis il y a un sens second : c'est que cet enjeu << mystique >> cesserait de l'etre s'il suffisait de le porter au jour, de donner de ce qui est cache un equivalent dans le discours. Dans l'espace catholique, qui est celui ou Bremond se place en tant qu'historien (mais aussi sans doute en tant que theoricien et certainement en tant que personne, figure d'ecrivain catholique et meme - ce qui n'est pas tout a fait la meme chose - de pretre ecrivain (9)), ce serait un piege que d'analyser la mystique en terme de << tradition secrete >>, esoterique, faisant comme une Eglise dans l'Eglise, un corps separe et secret (10). La dialectique entre l'exoterique et l'esoterique serait plutot celle de la lettre et l'esprit, du corps et de l'ame - de l'ecriture et de l'experience.

Quel est ce contexte de la contrainte ? Bremond a quitte la Compagnie de Jesus en 1904, dans des conditions non elucidees, mais ou intervient certainement une suspicion a son egard - meme s'il est difficile de preciser dans quelle mesure elle portait sur ses ecrits (il etait alors chroniqueur litteraire des Etudes, la revue generaliste de la Compagnie; il lui arrivait d'ecrire dans d'autres revues, et parfois sous pseudonyme); il reste pretre, incardine dans le diocese d'Aix, sans attribution precise (et sans beaucoup de moyens : Bremond ecrivain court aussi le cachet). En 1907, il recoit un severe avertissement au sujet de ses publications sur le cardinal Newman (1801-1890), a l'oeuvre duquel il ne cessera neanmoins de se referer, en particulier pour la distinction entre << connaissance reelle >> et << connaissance notionnelle >>, qu'il a trouvee dans la Grammaire de l'assentiment, et dont il fait encore grand cas au sujet de la poesie pure. Cet avertissement restera secret.

En 1909, il est frappe d'une grave sanction disciplinaire : le suspens a divinis (interdiction d'exercer les sacrements), pour son attitude lors des funerailles de son ami George Tyrrell (11), ancien jesuite comme lui (converti du protestantisme), excommunie deux ans plus tot et defenseur infatigable des theses dites modernistes, notamment dans la grande presse de langue anglaise - l'Eglise ayant interdit toute ceremonie a defaut d'une << retractation >> du defunt. Bremond fut contraint a une soumission formelle tres etudiee. Il ne publia pas la << lettre fenelonienne >> qu'il avait annoncee au baron von Hugel - a thoroughly fenelonian letter (debita proportione) with the puzzling readiness and humility more difficult to swallow than lutherian revolt (12). Mais cette formulation merite que l'on s'y arrete. On peut d'abord y voir un souci tactique, face a un interlocuteur qui n'etait pas precisement conciliant (13). Mais, au-dela, elle est tout a fait saisissante par sa double entente : Bremond croit-il serieusement que la soumission ostentatoire de Fenelon ait ete << plus difficile a avaler >> que l'attitude schismatique de Luther ? Pour les jansenistes, peut-etre, et les ennemis de Fenelon, mais pour Rome ? N'avoue-t-il pas plutot son attachement a l'Eglise, son souci d'y demeurer et sa volonte, ou son espoir, d'une reforme de l'interieur ? La Reforme est la grande absente de l'Histoire du sentiment religieux .. . ,d'autant que la Contre-Reforme y tient au contraire une place considerable, et il y a la une sorte de point aveugle : jamais Bremond ne pense un dehors (et moins encore en dehors) de l'Eglise, y compris quand elle le persecute.

Cette affaire, qui a la difference de celle de 1907 connut une certaine publicite, est presque contemporaine de la redaction de l'Apologie pour Fenelon, qu'il est difficile de ne pas lire comme une defense de l'orthodoxie de Fenelon (contre les accusations de quietisme), d'ailleurs convaincante - mais d'abord publiee dans une revue phare du courant moderniste, les Annales de philosophie chretienne dirigees par le P. Laberthonniere (14). Et dans cette defense est serieusement debattue la question de la duplicite de Fenelon. Il faut bien comprendre qu'en regime de persecution, et partant dans le contexte moderniste, cette question devient obsessionnelle - duplicite de fait, avec l'usage oblige des pseudonymes, les strategies de dissimulation (le casTurmel par exemple) ; mais aussi duplicite de fond, comme Houtin en accusa Loisy (accusation que Bremond jugeait particulierement odieuse, et meme insupportable) (15). Bremond ecrit par exemple, au sujet de la soumission de Fenelon, et apres avoir lui-meme employe l'expression de << mensonge de soumission >> : << Un acte double, mais, juste ciel, vous auriez pu dire : quintuple. Qui a jamais vu un acte simple ou meme double ? En ces matieres tout est complique, la soumission de Fenelon comme la revolte de Luther (16)...>>

1907; 1909; troisieme temps fort de ce recit de la << persecution >> de Bremond : la mise a l'Index de sa Sainte Chantai, en 1913 (17). On sait que les motifs de la censure ne sont pas publies, ils ne sont donc pas connus de leurs victimes (alors que les historiens ont desormais acces aux archives, ce qui est une rupture qui merite d'etre meditee : l'institution a rompu elle-meme le secret qu'elle promettait a ceux qui la servaient). Fait remarquable, Bremond va integrer de tres larges passages de ce volume dans les premiers tomes de l'Histoire litteraire .. ., sans etre inquiete (18). Cela peut s'expliquer par des facteurs occasionnels : inattention de la censure et surtout relachement de la campagne anti-moderniste, avec le changement de pontificat et l'actualite chargee de la Premiere Guerre mondiale - les deux premiers tomes paraissent en 1916. Mais il y a aussi une << strategie >>, selon le mot de Goichot, qui a reussi.

Bremond a toujours ete attire par l'ecriture, il apparait a ses debuts comme un << litteraire >> un peu honteux, qui craint par exemple, face au serieux de ses amis Blondel, Loisy, von Hugel, de ceder, comme il l'ecrit a ce dernier en 1902, a << l'estheticisme qui a fait longtemps ma vie (19) >>. Tente un moment par la fiction, il choisit, semble-t-il sur le conseil de von Hugel, de s'orienter vers la biographie, c'est-a-dire le recit d'une vie, le rapport a une experience; et le style doit etre a meme de suivre et de rendre toutes les nuances de la grace, son cheminement inapercu dans les vies des saints. C'est precisement ce que la censure refuse, cette conception << psychologique >>, moderne, de l'hagiographie, en rupture avec le merveilleux (pour Bremond une autre maniere de raconter, adaptee a une autre epoque, la meme experience fondamentale), conception jugee trop << naturaliste >>, trop humaine - et, circonstance aggravante, servie par un talent d'ecrivain qui la rend seduisante et convaincante. Bremond va deplacer son entreprise de l'hagiographie a l'histoire de la spiritualite : il va changer de genre litteraire et c'est ce changement qui rend acceptable ce qui ne l'etait pas dans la visee << edifiante >> de l'hagiographie. La demarche annonce le discours sur la poesie pure : ce qui est juge suspect au sein du catholicisme parait, quand il s'agit d'une strategie de conquete (en l'occurrence, faire servir la discipline historique a l'etude de la religion), a la gloire de ce meme catholicisme. Y compris lorsque le propos est litteralement le meme.

Dans ce contexte delicat, il y a toute une zone intermediaire entre le public et le prive : correspondance, versions manuscrites successives, versions sur epreuves soumises a des lecteurs plus ou moins amis . . . qui permet a Bremond de tester ses positions, en les faisant varier selon les interlocuteurs. Il garde les lettres, les brouillons, et ces archives nous sont parvenues, d'abord conservees, par le soin de ses deux freres, au sein de la Compagnie de Jesus, puis deposees au departement des manuscrits de la Bibliotheque nationale de France. En outre, et c'est la une nouveaute par rapport au travail de Goichot, nous avons desormais acces aux archives romaines. Rappelons aussi que le passage au public se traduit dans son cas, de par sa position de clerc, par le nihil obstat et Yimprimatur : la discipline canonique fait qu'il ne peut rien publier sans autorisation - ce qui veut dire qu'une condamnation de ses ecrits compromet aussi ceux qui l'ont autorise (l'archeveque de Paris dans le cas de la Sainte Chantai). L'usage du secret dans la censure, et plus nettement encore lors du severe avertissement concernant son Newman, lui donne paradoxalement une forme de liberte, qui serait inconcevable a notre epoque de tyrannie des medias et de la << transparence >> : au moins jusqu'en 1909, Bremond n'est suspect qu'a ceux qui savent; il est un publiciste catholique.

Avant d'arriver a la chronique plus precise de la poesie pure, arretons-nous a un texte publie en 1908, a la frange assumee de la litterature : un essai sur Maurice Barres paru dans la Revue des deux mondes, puis comme introduction a un volume de << pages choisies >> de cet auteur chez l'editeur catholique Bloud, Vingt-Cinq Annees de vie litteraire - texte repris, non sans malice probablement, dans Pour le Romantisme, livre de combat concu par Bremond pour accompagner sa campagne de candidature a l'Academie francaise mais qui parut apres son election, en 1923. Cette anthologie barresienne connut un certain succes, notamment lors des remises de prix dans les ecoles catholiques, dont nous avons au moins deux temoignages : Montherlant et Aragon . . . Bremond s'y expliquait en passant sur << l'admiration et la sympathie d'un pretre pour un Barres >>. Il y ecrivait aussi : << Deux grands partis travaillent l'indivisible Eglise, elle-meme au-dessus des partis, et qui signerait sa decheance, le jour ou, par impossible, elle reserverait le monopole de sa defense a l'un ou l'autre de ces deux partis qui pretendent la representer >> ; ces deux partis, ce sont la liberte et la discipline, les << richesses mystiques >> et le dogme, la vie interieure et l'autorite - qu'il ne faut pas opposer, mais reunir (20). Ces pages, de defense de l'Eglise a tout prendre, sont ecrites en plein << tumulte >> antimoderniste, apres l'alerte du Newman, avant l'affaire Tyrrell, pendant l'excommunication de Loisy ... Et l'on y trouve exposee la strategie a mon sens constante de Bremond : il y a plusieurs demeures dans la maison du Pere; les proces en orthodoxie sont des exclusivismes, des pretentions exorbitantes d'un parti contre l'autre; opposer la mystique au dogme est ruineux pour l'Eglise elle-meme. Aussi aura-t-il souvent le souci de renverser la charge de la preuve : forcer ceux qui accusent les mystiques d'heresie a convaincre de leur propre orthodoxie (et montrer qu'elle est douteuse, ainsi des anti-quietistes : la chose est claire avec les jansenistes, meme si les Francais tendent a l'oublier; elle l'est aussi avec les gallicans, donc avec Bossuet ; etc.). Guerre perpetuelle de mouvement, ou Bremond change d'allies selon les positions a defendre (21).

Comment situer la querelle de la poesie pure, et plus largement l'interet de Bremond pour la question, ses prises de position publiques sur la poesie, dans la << strategie >> d'ensemble de son oeuvre ? Laissons d'abord parler la chronologie. Bremond a publie, de 1916 a 1922, les six premiers tomes de l'Histoire litteraire du sentiment religieux ... Le projet initial est deja transforme, puisqu'il en avait prevu douze au depart - mais seulement quatre pour le dix-septieme (quatre pour le dix-huitieme, quatre pour le dix-neuvieme). Ces six volumes forment bien un ensemble, et en un sens ils forment un tout : apres L'Humanisme devot et L'Invasion mystique, les quatre tomes de La Conquete mystique, qui detaillent les differentes << ecoles >> que Bremond a pu reperer, en quelque sorte cartographier sur le vaste continent qu'il a decouvert de la litterature spirituelle du << siecle des saints >> : << l'Ecole francaise >> (c'est-a-dire l'Oratoire et Saint-Sulpice, principalement), << l'Ecole de Port-Royal >>, << l'Ecole du Pere Lallemant >> c'est-a-dire une ecole jesuite; et un peu a part Marie de l'Incarnation (qui a transporte cette spiritualite au Quebec) puis la turba magna des minores. L'entreprise, qui n'a pas ete de tout repos, a desenclave l'histoire de la spiritualite des approches internes aux differentes traditions. Parmi les difficultes les plus serieuses, le conflit avec M. Letourneau, historien de Saint-Sulpice, tout occupe avec sa congregation a obtenir la canonisation de son fondateur M. Olier (les sulpiciens echoueront, a la difference des eudistes), soutien de poids de Bremond lors de la Sainte Chantai mais qui s'oppose ici a la publication de certaines pages (entrainant deux ans de retard dans la parution du tome III), sans craindre d'agiter a nouveau la menace romaine - un chapitre entier sur << les singularites de M. Olier >> que Bremond retira sur epreuves (22). Le volume sur les jesuites, malgre Y imprimatur du P. Cavallera, est gros des polemiques futures, qui eclateront apres la querelle de la poesie pure - or c'est deja la question de la priere qui est au centre.

Bremond marque donc une pause au terme de ces six volumes et la suite, qui ne reprendra qu'en 1928, aura un tour moins monographique, plus thematique. Visiblement il cherche une position qui le rende difficile a abattre - a l'universite de Strasbourg, peut-etre au College de France, et Barres justement le pousse a faire campagne academique. Il est elu le 19 avril 1923, au siege de Mgr Duchesne; mais Barres meurt (le 4 decembre, quasi quand parait Pour le Romantisme) avant sa reception sous la coupole, le 22 mai 1924. Bremond est choisi l'annee suivante pour representer l'Academie francaise a la seance publique des cinq Academies, occasion solennelle ou il prononce le discours sur la poesie pure (24 octobre 1925 ), suscitant un beau tumulte dans la presse, et notamment dans Le Temps, dont Bremond prendra vivement a partie le chroniqueur, Paul Souday, dans les Eclaircissements hebdomadaires qu'il donnera jusqu'en janvier aux Nouvelles litteraires. Quelques semaines plus tard (19 novembre), Paul Valery, auquel il avait emprunte l'expression de << poesie pure >>, est elu academicien au siege d'Anatole France. Bremond publie bientot en volume La Poesie pure avec ces Eclaircissements et, la meme annee 1926, l'important Priere et poesie. Deux ouvrages suivront chez le meme editeur, Grasset, en 1930 : Divertissements devant l'arche et Racine et Valery. Note sur l'initiation poetique.

Mais Bremond a repris le grand oeuvre : en 1928 paraissent les tomes VII et VIII de VHistoire litteraire . . . : La Metaphysique des saints, tentative, comme le titre l'indique, de synthese doctrinale, a partir des materiaux rassembles anterieurement (notamment parmi les ecrits de Francois de Sales et Berulle) mais aussi avec des materiaux neufs (ceux des dominicains Chardon et Piny). Parallelement s'engage une controverse tres vive sur les Exercices spirituels d'Ignace, la place de l'ascese et ce que Bremond appelle << philosophie de la priere >>, qui l'occupera jusqu'en 1930 (23). Suivront les tomes IX et X, centres davantage sur ce qu'on pourrait appeler les pratiques religieuses (a nouveau la priere), en 1931 et 1932. Puis, l'annee de la mort (1933), donne hativement a l'editeur, Le Proces des mystiques, tentative de mise en perspective centree sur le pur amour et la condamnation du quietisme. On le voit, cet << intermede academique >>, selon le mot de Goichot, s'insere dans une evolution de l'oeuvre majeure, qui passe, pourrait-on dire en termes anachroniques, d'une histoire des idees, ou des doctrines (meme si c'etait en un domaine considere comme marginal par les historiens du dogme), a une histoire des mentalites. La reflexion sur la poesie, rapprochee de la priere, semble participer de ce deplacement. A suivre toujours l'ecriture entre les lignes, Goichot en a apporte une confirmation eclatante en retrouvant et etudiant (24) la preface au premier volume de l'Histoire litteraire . . ., texte programmatique retire lui aussi sur epreuves (on en connait trois jeux, sous deux titres : << L'echelle mystique >> ou << Poesie, devotion, extase >>), apres avis de differents lecteurs (von Hugel, Monbrun, Blondel). Or ce texte est remploye dans Priere et poesie, dont il constitue meme la charpente (25). Ce qui est frappant, c'est non seulement que cette reprise se fait quasiment sans variante, mais aussi qu'elle passe inapercue meme au lecteur informe : comme si l'episode avait ete cree pour permettre ce reemploi... Et la encore, de meme que pour le passage de l'hagiographie a l'histoire litteraire, ce qui faisait probleme dans un certain contexte, ici celui d'une entreprise d'histoire de la spiritualite, devient acceptable dans un autre, la celui du debat litteraire : le discours sur la poesie pure est l'expression publique la plus radicale de ce que Bremond lui-meme appelait son << panmysticisme >>.

Goichot considere meme que Priere et poesie constitue le principal element d'un projet avorte (baptise Emmaiis, d'ou le titre de l'article qui a donne son point de depart a la presente contribution), selon Bremond << une vaste synthese pan-mystique, pan-poetique (26) >>, << volume de theorie >> ecrit-il encore : ainsi il y aurait derriere l'historien un theoricien, tres attache au rapprochement entre mystique et poesie; et ce theoricien aurait finalement prefere, en guise de << metaphysique >>, revenir aux << saints >>, c'est-a-dire aux spirituels du dix-septieme siecle, et leur donner la parole. La preface a Pour le Romantisme est claire en tout cas : << Certaines facons de decrier le romantisme me semblent mettre en peril, avec la poesie veritable, la religion elle-meme. Neo-classicisme, rationalisme, le premier ne mene-t-il pas au second, n'est-il pas une des formes du second ? >> L'ennemi est identifie, l'antiromantisme confine a l'antimysticisme. Et << au petit guignol de l'Academie >>, comme l'ecrira Thibaudet (27), il est le candidat anti-Action francaise. On guette son evocation de Mgr Duchesne, le prelat auquel il succede, auteur d'une Histoire ancienne de l'Eglise elle aussi mise a l'Index (en 1912, un an avant la Sainte Chantai) : Goichot (28) a repere cinq etats du discours de reception, la encore soumis a divers relecteurs et sensiblement amende, dans un contexte qui se revelait perilleux. Nous sommes au paroxysme de la crise entre Rome et Maurras (29) : l'episode se situe a mi-parcours entre l'election de Pie XI, en 1922, et sa decision de publier la condamnation pontificale de l'Action francaise, en 1926; entre l'election de Bremond et sa reception (1923-1924) circulent des rumeurs de mise a l'Index de Pour le Romantisme. D'autres, peut-etre plus serieuses, viseront La Metaphysique des saints - et Francisque Gay, directeur de la maison Bloud et Gay, fera valoir qu'en attaquant le livte on affaiblissait aussi son editeur, principal soutien de cette condamnation dans les milieux catholiques en France.

On a signale le role que Barres a joue dans cette election, lie a Bremond par une vieille amitie qui semble-t-il exasperait Maurras. Bremond aurait ete l'interlocuteur du dernier Barres, celui d'Un jardin sur l'Oronte, que les critiques de l'Action francaise (Massis, Gheon), au tout debut de l'annee 1923, avaient juge insuffisamment classique a leur gout . . . Lorsqu'il meurt subitement a la fin de cette meme annee, Bremond publie une longue necrologie dans le numero de Noel du Correspondant, ou il le declare plus chretien que Bloy (son << epaisse ferocite, un peu bete, un peu pharisaique >>) et s'en prend directement a Massis :
je suis chretien, j'ai passe ma vie a etudier les chretiens les plus
authentiques; et je puis dire, mais sans hesiter - laissant de cote
bien entendu l'adhesion formelle au dogme catholique, qui n'est pas ici
en question -, m'en tenant a comparer l'inspiration profonde,
consciente ou non, peu importe, qui anime les Jugements de M. Massis et
les oeuvres completes de Maurice Barres, je puis dire qu'entre l'un et
l'autre je n'hesite pas.


Cette posture clericale est typique de l'abbe, on la retrouve par exemple, et dans le meme contexte, lors de sa polemique avec Maritain (30). Mais remarquable est la formule du bien entendu : << laissant de cote l'adhesion formelle au dogme catholique >>, << l'inspiration profonde, consciente ou non, peu importe >> - provocations que l'Action francaise evidemment ne laissera pas passer.

Aussi sincere qu'il paraisse, l'annexionnisme de Bremond (Barres, Sainte-Beuve, Loisy meme, comme on va y revenir) peut irriter, on peut du moins lui trouver quelque chose de facile. Cela souleve un probleme qu'avait diagnostique tres tot (des 1895, a la lecture de ses proses d'art) un maitre du jeune Bremond, le P. Longhaye : << Le risque de confondre les plans et, en paraissant "baptiser" l'inspiration poetique, de "naturaliser" en fait le sentiment religieux (31). >> Il lui suffisait sans doute d'obliger le lecteur de poeme a conceder que l'experience poetique pouvait se prolonger en experience mystique (sans toujours y parvenir - que l'on songe seulement a Valery, dont pourtant il se reclamait). Mais c'etait risquer le reproche, du cote des catholiques intransigeants, de << pansurnaturalisme (32) >>. Il ne parait pas que Bremond ait ete decide a trancher. En ce sens il semble bien que << l'enjeu mystique >> de la querelle etait destine a le rester. Bremond se contentait de ne pas donner prise aux accusations (et c'etait deja beaucoup de peine), quitte a attaquer pour se defendre. Il s'en tenait a, si l'on peut dire, une orthodoxie negative, apophatique.

Un autre evenement, dans cette lecture << occulte >> de la querelle que nous proposons, est a signaler : la lecon inaugurale de Loisy dans son enseignement au College de France, en decembre 1923, sur le << mysticisme >>, dont le texte est repris en ouverture de la seconde edition de son livre La Religion, en 1924. Bremond et Loisy sont restes constamment lies, malgre l'excommunication -et la publication par Loisy, en 1936, de son petit livre George Tyrrell et Henri Bremond, revelant des elements de leur correspondance, sera saluee par les adversaires Action francaise de Bremond par un << je vous l'avais bien dit >>, relancant les accusations de duplicite a son encontre, sur lesquelles d'ailleurs Loisy s'explique avec beaucoup de precision. Dans une lettre a celui-ci datee du 10 avril 1924, Bremond salue ce texte : l'introduction a la deuxieme edition de La Religion, comme << un morceau capital >> et il evoque son << propre panmysticisme >>. Le 6 aout de l'annee suivante, il precisera :
je crois que nous sommes dans le vrai en faisant l'experience mystique
aussi large que possible, et conaturelle presque, sous une forme ou
sous une autre, a l'homme. L'experience poetique presente les memes
caracteres, et l'experience morale, comme vous l'avez admirablement
montre. (33)


Il y a la une sorte de repartition des taches : Loisy effectuant pour la morale, et Bremond pour la poesie, la meme demonsttation d'une unite de l'experience fondamentale; experience religieuse, qui se confond avec la nature de l'homme.

Reste que leur position divergeait sur un point, ce que Loisy appelle << l'officialite romaine >>. Au debut du dernier chapitre de son George Tyrrell et Henri Bremond : << une philosophie religieuse >>, il ecrit
que Bremond etait sincerement catholique, et que je decline pour
moi-meme la qualite de catholique romain. Bremond a voulu vivre et il
est mort dans la communion de l'Eglise romaine; j'ai ete declare
officiellement et je demeure, j'entends demeurer etranger a cette
communion. Mais du point de vue mystique ou nous elaborions ensemble
notre philosophie spirituelle l'etiquette confessionnelle ne comptait
pas. [...] Bremond et moi, franchement installes sur le terrain du
mysticisme, nous etions en mesure et en droit, nous avions meme le
devoir de nous mettre au-dessus de toutes les confessions, meme de
toutes les religions particulieres pour construire notre philosophie,
puisque c'etait une philosophie generale, et de n'enfermer pas cette
philosophie dans le cadre d'une theologie speciale, fut-ce la theologie
catholique d'aujourd'hui. (34)


Certes, la demarche a le merite de la coherence, mais il ne semble pas que Bremond soit jamais alle aussi loin. Il n'a pas propose non plus, sans doute, de formulation theologiquement acceptable de son << panmysticisme >> - mais cela lui importait-il vraiment, des lors qu'il considerait toute expression comme deficiente par rapport a une experience fondamentale ? Pour Bremond cet ecart irreductible de l'experience a ses formulations animait l'Eglise, portait le germe des reformes. Loisy en faisait au contraire le ressort d'une critique de l'institution. Aussi la publicite qu'il allait donner a leur accord << mystique >> minore une divergence qui sur un autre plan peut paraitre au contraire essentielle, quant aux formes publiques que cet accord pouvait prendre, pour mieux dire, quant a l'espace public qu'il pouvait informer : cette Eglise sans dehors que j'evoquais pour commencer, pour l'un ne pouvait plus etre l'Eglise, alors que pour l'autre elle ne pouvait etre autre chose. (35)

Nous atteignons ici le comble du versant << esoterique >> de l'ecriture bremondienne. Car c'est dans un petit livre ecrit par Bremond sous pseudonyme (Sylvain Leblanc) : Alfred Loisy. Un clerc qui n'a pas trahi (1931) - titre qui en dit bien l'orientation deliberement paradoxale -, que cette divergence s'est le mieux exprimee. Dans les dernieres pages, << Sylvain Leblanc >> opposait a << l'Eglise visible >> qui avait excommunie son ami une << Eglise invisible >> (celle de Mgr Mignot, l'archeveque d'Albi, selon lui << le moderniste par excellence >>, c'est-a-dire le reformiste, plus authentique << homme d'Eglise >> qu'un pape << borne et berne >>), se demandant si Loisy etait << bien sur de ne pas [lui] appartenir encore >>. Or ce dernier imposa d'ajouter une note : << au lieu de se laisser mettre avec Mignot et les modernistes fideles dans l"'ame de l'Eglise" >>, il se declarait << plutot dispose [...] a les loger avec lui dans l'ame superieure de l'humanite >> et predisait avec << la disparition de l'orthodoxie [...] celle du christianisme traditionnel, le meilleur de toutes les religions - et pas seulement du catholicisme - devant survivre dans la religion de l'humanite >>. Loisy a bien sur tenu secrete l'identite de Sylvain Leblanc (il faudra attendre Emile Poulat (36) pour que soit revele le veritable auteur de cette apologie), mais le passage que l'on vient de citer de George Tyrrell et Henri Bremond (1936) peut apparaitre comme la poursuite, par-dela la mort, de son dialogue avec l'abbe.

On le constate, la demarche << exoterique >> n'est pas en contradiction ici avec la demarche << esoterique >>. Il n'y a pas dissimulation au sens de duplicite : le secret est non a lever, ni a cacher, mais a partager. Le poeme, suivant la lecon de la << poesie pure >>, amorce en quelque sorte la propagation du mystere, de l'ineffable. Mais reconnaitre, comme Bremond l'avait ecrit a Loisy des [1919.sup.37], que << l'experience mystique n'est pas d'ordre intellectuel >>, c'est, a la limite, admettre aussi qu'elle est << vide de tout contenu doctrinal >> - elle est donc apte a en prendre plusieurs et en ce sens Loisy avait raison de remarquer qu'elle etait trans- ou supra-confessionnelle. Le << phenomene mystique >> caracterise << le phenomene religieux en soi >> que Loisy, s'appuyant a son tour sur Bremond, identifiera comme devouement, desinteressement, depassement de soi dans << l'amour pur >> - et moteur, a ses yeux, de toute vie sociale. Mais, on l'a dit, Bremond n'est pas alle jusque-la. Son combat est d'abord interne a l'Eglise. L'orthodoxie, ou plutot ce qu'il appelle orthodoxisme, dans une lettre a Loisy ou il commente les Deux Sources de Bergson (donc a la toute fin de sa vie), lui apparait comme un fixisme : le << christianisme statique >> de << tous les formalismes, pharisaismes, orthodoxismes (38) >>. Tous deux s'entendent pour reprocher a Bergson d'avoir donne de la mystique (l'element dynamique, vivant dans la religion) une representation trop etroitement subordonnee a la dogmatique catholique. Seulement Bremond entend au fond defendre l'Eglise contre elle-meme, au lieu que pour Loisy ... la messe est dite.

La querelle de la poesie pure constitue a la fois la principale occasion de la publicite du << panmysticisme >> de son auteur, comme on l'a deja note (meme s'il n'ose le terme qu'en prive), et celle de l'apologetique la plus franche : la poesie devient preparation a la vraie religion. Priere et poesie en tente une formulation irreprochable, par l'emprunt a Claudel de l'apologue d'Animus et Anima (39). Partant d'une quasi phenomenologie de << l'experience poetique >>, il ecrit de celle-ci qu'elle << est bien une ebauche de l'experience mystique, mais une ebauche qui, en l'appelant d'un cote, repousse de l'autre le pinceau qui l'acheverait >> : le poete nous engage a partager une experience dont il s'eloigne a mesure qu'il ecrit, et qui devient plus vraie a mesure que les mots manquent. C'est pourquoi les auteurs spirituels ont mieux decrit que les poetes l'anthropologie supposee par cette communaute d'experience, l'opposition entre un moi de surface (Animus, la raison, l'activite discursive) et << le fond du coeur >>, << la pointe de l'ame >>, un moi profond (Anima), celui de la << connaissance reelle >>, qui << realise >> ce que le premier ne fait qu'apprehender de l'exterieur. Le mystique s'engage plus avant dans cette connaissance reelle et partant ne peut pas s'en detacher comme il le faudrait pour << communiquer >> ; au lieu que le poete, a l'inverse, permet a Animus de reprendre le dessus sur une experience a laquelle il ne donne, par consequent, que rarement son nom exact (d'union a Dieu). Le mystique tend au silence de l'oraison mentale, alors que le poete tend a l'expression et plus il est grand poete, plus l'experience poetique, au lieu de pouvoir s'achever en experience mystique, s'en eloigne pour produire une forme. Mais le lecteur de poeme, en revanche, accede a nouveau a cette experience, dans sa dimension premiere d'abandon, de passivite, de deprise, et se trouve libre, a la difference du poete, de << laisser le courant monter jusqu'a nos facultes de surface, d'appliquer notre raison a la seule interpretation du mystere qui nous envahit et notre volonte a resserrer l'union commencee >>.

(1) Je remercie Jean-Baptiste Amadieu et Paola Cattani d'avoir permis la publication d'une premiere version de cette etude, comme chapitre dix de mon ouvrage Approches de l'indicible. Etudes bremondiennes, Grenoble, Jerome Millon, 2014; je la propose ici revisee et modifiee.

(2) Edition reprint, avec une preface de ReneTaveneaux, 1967-1968; l'index etabli par Charles Grolleau (1936) a ete reedite en 1971 (bizarrement Armand Colin a repris la reimpression en deux volumes du tome III, ce qui rend cet index partiellement inutilisable). On se referera desormais a l'edition en cinq volumes publiee chez Jerome Millon en 2006, augmentee de textes inedits et accompagnee d'etudes critiques.

(3) << La Metaphysique des Saints. Une interpretation de l'experience religieuse moderne >>, Jean Dagens et Maurice Nedoncelle ed., Entretiens sur Henri Bremond, Paris - La Haye, Mouton, 1967; prepublication dans Recherches de science religieuse sous le titre << Henri Bremond et "la Metaphysique des saints". Une interpretation de l'experience religieuse moderne >>, t. 54, 1966, p. 23-60; repris sous le titre << Henri Bremond, historien d'une absence >> dans L'Absent de l'histoire, Tours, Marne, 1973, puis dans Le Lieu de l'autre (ed. Luce Giard), Paris, Gallimard / Le Seuil, 2005.

(4) Association des publications pres les universites de Strasbourg, Orphys, Paris, preface de Henri Gouhier.

(5) C. Moisan, Henri Bremond et la poesie pure, Paris, Minard, 1967. Goichot mentionne egalement H. W. Decker, Pure Poetry, 1925-1930. Theory and Debate in France, University of California Press, 1962; K. R. Dutton, Spiritualite naturelle et genie poetique. Etude de quelques courants de la critique de l'entre-deux guerres (these dactylographiee, Paris, 1963). Ses propres travaux allaient completement renouveler le sujet.

(6) K. R. Dutton, << Poesie et mystique dans l'oeuvre d'Henri Bremond >>, Revue d'histoire litteraire de la France, mai-juin 1970, p. 435.

(7) Et repris dans son recueil posthume Henri Bremond, historien de la << faim de Dieu >>, Grenoble, Jerome Millon, 2006 (cit. p. 63, tout debut de l'article).

(8) Persecution and the Art of Writing (1952). Traduction francaise par Olivier Seyden (1989) reprise en 2009 dans la collection Tel, Paris, Gallimard. Une premiere version (1941) a ete traduite dans le volume dirige par Laurent Jaffro, Leo Strauss : art d'ecrire, politique, philosophie, Paris, Vrin, 2001.

(9) Voir Sophie Houdard : << Henri Bremond (1865-1933) ou les metamorphoses d'un historien de la catholicite litteraire >>, in Alain Dierkens, Frederic Gugelot, Fabrice Preyat, CecileVanderpelen-Diagre ed., La Croix et la banniere. L'Ecrivain catholique en francophonie ([XVII.sup.e]-[XXI.sup.e] siecles), Editions de l'universite de Bruxelles, 2007 ; et F. Tremolieres, << Henri Bremond historien litteraire >> (2009), Approches de l'indicible .. .

(10) Sur ce theme, decisif chez Fenelon, je me permets de renvoyer a Fenelon et le sublime. Litterature, anthropologie, spiritualite, Paris, Honore Champion, 2009, p. 406-407.

(11) Voir Augustin Laffay, << L'abbe Bremond suspendu a divinis en 1909. Le dossier romain de "l'affaire Tyrrell" >>, in Agnes Guiderdoni-Brusle et F. Tremolieres ed., Litterature et spiritualite au miroir de Henri Bremond, Grenoble, Jerome Millon, 2012.

(12) Cite par A. Laffay, op. cit. p. 42. Trad. Goichot : << une lettre tout a fait a la Fenelon (toute proportion gardee), avec un empressement et une humilite plus embarrassants et plus difficiles a avaler qu'une revolte a la Luther. >>

(13) Voir E. Goichot, Henri Bremond, historien du sentiment religieux . . ., op. cit. p. 47; E. Goichot a publie la correspondance entre Bremond et von Hiigel en trois livraisons de la Revue des sciences religieuses (Strasbourg) de juillet 1974, juillet 1975 et avril 1979. Anne Louis-David a publie les Lettres a Henri Bremond de G. Tyrrell, preface de Maurice Nedoncelle, Paris, Aubier, 1971.

(14) << Fenelon et la critique psychologique >> (nov. 1909) et << Pro Fenelone : apologie pour Fenelon >> (janvier a avril 1910) sont repris dans l'Apologie pour Fenelon, Paris, Perrin et Cie, 1910.

(15) Sur ces questions delicates, on ne peut que renvoyer aux travaux d'Emile Poulat, notamment << Pseudonymes et anonymes modernistes. Etude et bibliographie >>, en annexe de sa these Histoire, dogme et critique dans la crise moderniste (l (re) ed. 1962), Paris, Albin Michel, 1996; et son edition d'Alfred Loisy. Sa vie. Son oeuvre par Alfred Houtin et Felix Sartiaux, Paris, CNRS, 1960 (precieux index bio-bibliographique).

(16) D'apres A. Laffay, op. cit. p. 46. Le passage est d'autant plus remarquable que la << simplicite >> est une notion cardinale dans les ecrits spirituels de Fenelon; voir notamment Francoise Berlan, << Du lexique au style : Fenelon >>, [XVII.sup.e] siecle n[degre] 152, 1986.

(17) Voir mon etude << L'abbe Bremond a l'Index >> (2009), in Approches de l'indicible ..., avec la traduction du votum du censeur.

(18) Comme l'a souligne E. Goichot, notamment dans l'etude sur Bremond << aux frontieres de l'hagiographie >> (1999), Henri Bremond, historien de la << faim de Dieu >>, op. cit. p. 282 et suiv.

(19) Cite in << Henri Bremond historien litteraire >>, op. cit. p. 140.

(20) D'apres Pour le Romantisme, Paris, Bloud St Gay, 1923, p. 170-171. Bremond poursuit, p. 171-173 : << Cette riche unite semble parfois disparaitre dans le tumulte des controverses [...] M. Barres, au contraire, donne, tour a tour, des gages solides a chacun de ces deux partis. [...] D'ailleurs, rien n'est plus eloigne de ma pensee que de presenter ici M. Barres en apologiste ...>>

(21) Comme il Pecrit a Loisy en septembre 1922 : << les bons Dominicains me croient paye par les Jesuites parce que je n'ai pas trouve dans leurs cadres un seul ecrivain interessant >> (in Alfred Loisy, George Tyrrell et Henri Bremond, Paris, Librairie Emile Nourry, 1936 p. 163). II se rattrapera dans La Metaphysique des saints (1928), c'est-a-dire au plus fort de sa polemique avec les jesuites sur << 1'asceticisme >> de la Compagnie : voir E. Goichot, Henri Bremond, bistorien du sentiment religieux . . ., op. cit. p. 210.

(22) Inedit publie dans la nouvelle edition de l'Histoire litteraire . . ., vol. 1 p. 1353-1381 Sur cet episode (le conflit avec Letourneau) voir encore E. Goichot, op. cit. p. 125-158.

(23) Sur le conflit avec Cavallera, ibid. p. 183-208; et la contribution de Patrick Goujon et Dominique Salin a la nouvelle edition de l'Histoire litteraire du sentiment religieux . . . (qui comprend, concue par Bremond comme un supplement au grand oeuvre, l'Introduction a la philosophie de la priere, 1929), vol. 2.

(24) Henri Bremond, historien du sentiment religieux . .., p. 77-89.

(25) Voir dans la nouvelle edition de l'Histoire litteraire du sentiment religieux . . . , vol. 1 p. 828, le tableau des reemplois de << L'echelle mystique >> (1915) dans Priere et poesie (1926). Cette introduction, restee inedite jusqu'en 2006, est publiee dans ce meme volume p. 829-872.

(26) Lettre a l'abbe Baudin (1931), d'apres E. Goichot, Henri Bremond, historien du sentiment religieux ... p. 273. Il en est question dans la correspondance avec Loisy des 1925.

(27) << Le maurrassisme et la retraite de la critique universitaire >>, Nouvelle Revue francaise du 1 (er) fevrier 1933; repris in Reflexions critiques (ed. Antoine Compagnon et Christophe Pradeau), Paris, Gallimard, << Quarto >>, 2007, ici p. 1463.

(28) << Deux historiens a l'Academie >> (1983), repris in Henri Bremond, historien de la << faim de Dieu >> p. 105-172.

(29) Voir le livre classique de Jacques Prevotat, Les Catholiques et l'Action francaise. Histoire d'une condamnation, preface de Rene Remond, Paris, Fayard, 2001; et son etude << Reactions et sensibilites maurassiennes face a l'oeuvre de Bremond >> in E. Fouilloux dir., Histoire et litterature chez Henri Bremond, Grenoble, Jerome Millon, 2009. Sur l'episode academique, dans le meme ouvrage, Christian Sorrel, << Henri Bremond academicien francais >>.

(30) Voir E. Goichot, Henri Bremond, historien du sentiment religieux .. ., p. 175-178.

(31) D'apres le resume qu'en donne E. Goichot, ibid. p. 29.

(32) Selon l'expression d'un theologien recent, Georges Cottier : << Sur la mystique naturelle >>, Revue thomiste n[degre] 101, 2001/1-2, p. 287-311 (visant le jesuite Jacques Dupuis, qui s'attirera en effet un blame de Rome).

(33) Cite par Loisy dans George Tyrrell et Henri Bremond, op. cit. p. 170.

(34) Ibid., p. 144-145.

(35) J'ai repris cette question dans << Mystique et Eglise : le cas Bremond >>, ma contribution a Modernisme, mystique, mysticisme, dir. Giacomo Losito et Charles J. Talar, Paris, Honore Champion, 2017, spec. p. 337 et suiv.

(36) Une oeuvre clandestine d'Henri Bremond : << Sylvain Leblanc, un clerc qui n'a pas trahi, Alfred Loisy d'apres ses Memoires >>, 1931, edition critique et dossier historique par E. Poulat, Rome, Edizioni di Storia e Letteratura, 1972 - cit. p. 181.

(37) D'apres George Tyrrell et Henri Bremond, op. cit. p. 159.

(38) Ibid. p. 182.

(39) Priere et poesie, op. cit. p. 210 et suiv. (cit. p. 217-218).
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Author:Tremolieres, Francois
Publication:The Romanic Review
Date:Jan 1, 2018
Words:6514
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