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Autorepresentation et heterostigmatisation en bandes dessinees. La vie de Pahe de Bitam a Panam.

* Cet article vise a partir de trois bandes dessinees de Pahe a interroger l'espace (culturel, politique, hospitalier) suscite par le neuvieme art ou un auteur se departit des illusions constitutives de sa condition en se dessinant, c'est-a-dire en se pensant. Qu'apporte ce mode de figuration et d'auto-representation contemporaine ? Qui meton dans les cases et comment ? Ces nouvelles presences visualisees sontelles source d'identification, de fierte, de reconnaissance ? Que recouvrent ces images ? Que condensent-elles ? Que traduisent-elles de nos societes, de leurs latences, de leurs esperances ? Dans cette recherche, la bande dessinee n'est pas envisagee comme une illustration ou une historiette allusive a la problematique de l'auto-representation mais consideree comme un mode de connaissance capable de rendre compte des nuances, des transformations et des ruptures qui travaillent et faconnent les pratiques sociales tant individuelles que collectives.

* Using three comic strips drawn by Pahe as a starting point, this article examines the cultural, political, and hospitable space evoked by the ninth art, by means of which an author rids himself of the illusions proper to his condition by drawing himself, that is, by introspection. What does this form of contemporary imaging and self-representation attempt to convey? What is put in the panels and how? Are these new visual appearances a source of identification, of pride, of recognition? What is behind the images? What do they epitomize? What do they say about our societies, about their potential, about their expectations? This study looks at the comic strip not as an illustration or a simple anecdote concerning the question of self-representation, but as a form of understanding capable of recognizing the subtleties, the transformations and the disruptions which shape both individual and collective social behaviour.

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Les images, les idees agissent les unes sur les autres, et ces actions et reactions doivent necessairement varier avec la nature des representations ; notamment elles doivent changer selon que les representations qui sont ainsi mises en rapports se ressemblent ou different ou contrastent.... Mais une fois qu'un premier fonds de representations s'est ainsi constitue, elles deviennent, pour les raisons que nous avons dites, des realites partiellement autonomes qui vivent d'une realite propre (Emile Durkheim 2004: 21-43).

Toute nation se construit dans le langage et par ses images. Appartenir a une nation revient a partager un meme ensemble de perceptions structurantes. C'est ainsi que chaque citoyen peut se penser et se rattacher a autrui. << Eessence d'une nation, ecrivait Ernest Renan, est que tous les individus aient beaucoup de choses en commun >> (1995 : 228). Ce partage d'elements communs participe d'une maniere d'etre et de rendre le monde intelligible. A l'heure actuelle, dans de nombreux pays des personnes sont ob-scenes et apparaissent inintelligibles. Privees de langage et d'images, elles sont dans un etat d'errance citoyenne. Lapsus de la nation, elles appartiennent a une << nation imaginee >> en leur absence comme dirait Benedict Anderson (2002 : 145). Einvitation a participer a la communion imaginee leur est deniee. Les Etats ne cessent de se modifier sans eux. Invisible diversite ou visible indifference ?

Ces personnes ne sont pas passives pour autant. Il y a encore une dizaine d'annees, trouver une bande dessinee d'un auteur africain ou antillais croquant ses contemporains relevait de la gageure. Aujourd'hui, ce n'est le plus cas. Pour s'en convaincre, il suffit de parcourir Les reves de Paris (Monpierre 2004), Aya de Yopougon (Abouet et Oubrerie 2006), Malamine, un africain a Paris (Edimo et Mbumbo 2009) ou encore Africa Comics. Antologia delle migliori storie a fumetti del Premio Africa e Mediterraneo (2002), cette anthologie de trente et une bandes dessinees de createurs africains francophones, lusophones et anglophones. Qu'apportent ces nouveaux modes de figuration et d'autorepresentation contemporaine ? Qui met-on dans les cases et comment (1) ? Ces nouvelles presences visualisees sont-elles source d'identification, de fierte, de reconnaissance ? Que recouvrent ces images ? Que condensent-elles ? Que traduisent-elles de nos societes, de leurs latences, de leurs esperances ? Ces imageries recemment constituees marquent-elles une rupture avec d'anciennes representations stigmatisantes ? Quelles realites en images pour quels imaginaires ? Autant d'interrogations qui constituent la matiere de cette note de recherche.

Toute societe a besoin d'images d'elle-meme ou figurent le moi, le toi, le nous et l'autre. Eenjeu primordial est d'examiner quels sont les modes de visualisation retenus qui lui offrent une occasion de se voir, de se modifier et de se transformer. En vue d'apprecier ce qui est en train de se passer collectivement, notre approche vise a etudier les liens empreints de contingence et non univoques entre les representations collectives et les pratiques a partir d'une oeuvre bedegraphique originale et stimulante, celle d'un Gabonais : Pahe. Trois albums par leur qualite documentaire et leur interet ethnographique ont retenu ici notre attention : La vie de Pahe. 1. Bitam (2006), La vie de Pahe. 2. Panam (2008) et Dipoula. I. Mbolo (2008).

Ce travail vise a partir de ces albums a interroger l'espace (culturel, politique, hospitalier) suscite par le neuvieme art ou un auteur se departit des illusions constitutives de sa condition en se dessinant, c'est-a-dire en se pensant. Dans cette recherche, la bande dessinee n'est pas envisagee comme une illustration ou une historiette allusive a la problematique abordee, mais consideree comme un mode de connaissance capable de rendre compte des nuances, des transformations et des ruptures qui travaillent et faconnent les pratiques sociales tant individuelles que collectives. En prise avec des formes de vie apparemment emportees dans des flux incessants de mutations, cet art sequentiel du texte et de l'image se revele a meme de decrire, d'expliquer et de mettre en crise certains processus tout en proposant une alternative a des sciences humaines souvent prisonnieres de carcans methodologiques traditionnels qui privilegient le statique sur le dynamique, l'abstrait sur le concret, la structure sur le sujet. D'aucuns s'empresseront de definir la bande dessinee comme << un art mineur reserve a des mineurs ou des minorites sont representees >>.

Cette approche du neuvieme art ne fait que reproduire l'attitude d'une certaine anthropologie qui ajuste ses observations, ses interrogations, sa methodologie a la taille symbolique socialement accordee a son objet d'etude. Ainsi, dans cette perspective les sans grade (sans papier, sans domicile, sans image, sans travail ...), les pauvres, les petits (socialement), ces << objets sociaux domines >> pour reprendre une expression d'Abdelmalek Sayad (2006 1 : 28), ne peuvent donner lieu qu'a une << petite >> anthropologie quand il ne s'agit pas d'une anthropologie << pauvre >>. Ni decorative, ni ornementale, ni instrumentale, la bande dessinee ne saurait etre qualifiee de litterature mineure qu'au sens donne a cet adjectif par Gilles Deleuze et Felix Guattari : << une litterature mineure n'est pas celle d'une langue mineure, plutot celle qu'une minorite fait dans une langue majeure >> (Deleuze et Guattari 1975 : 29). Elle fait subir a une langue dominante un traitement qui la fait << tendre vers ses extremes ou ses limites >> (1975 : 32). Dans les lignes subsequentes, les oeuvres graphiques seront envisagees comme une maniere d'etre au monde et de se rendre le monde intelligible ou les images ne sont pas celles de notre amnesie mais celles de l'intelligibilite de notre epoque. Chaque planche, chaque vignette sera consideree comme une proposition visuelle offrant l'occasion de j(a)uger la distance critique, cette distance entre un homme et son semblable, au-dela ou en-deca de laquelle il se produit une crise.

Pahe par Pahe : le pacte autoblographlque

Patrick Essono Nkouna alias << Pahe >> se fait connaitre au Gabon en tant que dessinateur de presse en officiant dans des journaux virulents et caustiques tels que La Griffe, Le Moustik, le journal qui pique (sous le pseudonyme d'Epa), La Cigale enchantee ou encore au Scribouillard. Son travail gagne en visibilite grace a son passage a la television au sein de la chaine TV Plus ou il croque l'actualite pendant le journal televise de 20 heures et ou il anime << Les N'infos de Pahe >>, une emission satirique diffusee toutes les fins de semaine. De sa rencontre au Cameroun avec l'editeur suisse Pierre Paquet vont naitre La vie de Pahe (deux tomes) et Dipoula, albums au sein desquels Pahe est respectivement dessinateur et scenariste, puis uniquement dessinateur, le scenario etant l'oeuvre de Sti.

La vie de Pahe se presente d'emblee comme un recit de vie en images et en couleurs a la premiere personne, ou Pahe est le redacteur, le dessinateur et le commentateur de ses propres aventures (2). Cette bande dessinee peut donc etre qualifiee d'autobiographique dans la mesure ou il y a identite de l'auteur, du narrateur et du personnage. Elle repond a la definition de l'autobiographie telle que l'a elaboree Philippe Lejeune : << un recit retrospectif en prose qu'une personne reelle fait de sa propre existence, lorsqu'elle met l'accent sur sa vie individuelle, en particulier sur l'histoire de sa personnalite >> (1975: 14).

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L'identite de nom entre l'auteur, le narrateur et le personnage principal s'etablit de maniere implicite et patente. Implicitement, a l'occasion du pacte autobiographique, puisque des la premiere de couverture nous apprenons que La vie de Pahe est l'oeuvre de Pahe. De maniere patente par la premiere page de l'album ou l'auteur relate la rencontre ayant preside a la genese de cette bande dessinee.

L'action se deroule a << Yaounde-21e siecle ... >> et d'emblee le ton est donne. Le graphisme de Pahe, en compositions equilibrees d'une grande lisibilite, donne a apprecier la premiere situation mixte de l'album. Au niveau des postures, la relation est horizontale et symetrique, les deux protagonistes partageant une table et des boissons identiques. Sur le plan langagier, la reponse du principal interesse s'effectue en parler petit-negre. << Parler aux negres de cette facon, c'est aller a eux, c'est les mettre a leur aise, c'est vouloir se faire comprendre d'eux, c'est les rassurer ... >> rappelle Frantz Fanon (1952: 25). Pahe detourne humoristiquement ce flechissement paternaliste dans les relations humaines ou le << yes ! >> de l'editeur n'est que l'affirmation d'une posture ou l'on fixe, emprisonne, primitivise son interlocuteur. Dans une autre vignette, Pahe reprend de maniere ironique son editeur qui ne cesse de l'appeler << mon frere >>. Il existe des manieres de << fraterniser >> qui renferment une forme de mepris de l'autre. Elles se drapent des habits de la complaisance et de la condescendance, notamment lorsqu'un des freres vit en Suisse et l'autre au Gabon (3). Des cette premiere planche, Pahe se definit comme etant simultanement une personne socialement lucide et responsable, producteur d'images (capacite a dessiner et a se dessiner) et d'un discours (<< je pris la parole >>, << et voila ! Me voici sur ma table a dessin, mon cul bien cale sur une chaise pret a vous raconter une partie de moi ... un peu de ma vie, La vie de Pahe ! >>). Cette position ou affirmation par le corps et la parole ou se confondent le point de vue de l'acteur et celui du spectateur le porte plus que tout autre a objectiver sa propre situation comme nous allons le voir.

Le jeu des tons, les detentes humoristiques, les pointes ironiques, les crispations orgueilleuses de Pahe sont autant de ruses sociales (ou ruses du social) face a des << roles (4) >> que l'auteur refuse d'endosser. Son approche n'est nullement miserabiliste et sa posture enonciative lui evite de s'instituer en porte-parole. Eoriginalite et la force de cette trilogie (5) reposent sur le fait que les peripeties de ce personnage au Gabon et en France ne sont pas placees d'emblee sous l'angle des problemes, des ennuis ou de la maladie. La vie de Pahe n'est pas estampillee << neuvieme art et sida >> ou << bande dessinee et conflits interethniques >>. Elle n'apparie pas un acteur ou un groupe social a une serie de problemes sociaux, et entre encore moins en continuite directe avec les representations collectives existantes de l'Africain, du Noir, de l'Emigre. L'univers de Pahe est un petit monde qui reflete -- reflechi pourrionsnous dire -- celui des grands et s'adresse a eux. Une fine observation de l'enfance s'articule a une narrativite critique. La reside l'un des procedes les plus efficaces de l'oeuvre. En quoi consiste-t-elle exactement?

Le petit Pahe et les rapports de classe

Le premier album commence, comme la plupart des autobiographies, par l'histoire de la famille et la naissance du heros, et se termine par un evenement qui a change son cadre de vie et sa destinee : une invitation par Barly Baruti au Salon du livre et de la bande dessinee de Kinshasa.

Pahe nait dans un petit village du nord du Gabon, Bitam. Son pere, chef polygame du village Eboro s'efforce de faire regner un semblant d'harmonie entre ses differentes epouses, les << mouettes >>. L'une d'elles le quitte emmenant a sa suite quatre filles d'un precedent mariage (Florence, Rose, Hortense et Viviane) et son dernier ne, Pahe. Des annees s'ecoulent, Florence et Rose de retour d'Europe demandent a ce que Pahe gagne Libreville. Accueilli par son oncle maternel Paul, notre heros decouvre la vie au Carrefour Leon-Mba, un celebre mapane, bidonville de la capitale. C'est dans ce cadre qu'il apprend comment << manger cado >> (2006 : 14) et qu'il pense, en compulsant un catalogue de la Redoute, que << la femme blanche ne coute rien. 175 F >> (2006 : 16). La prochaine destination du jeune Pahe est Fala, la France ou il accompagne sa soeur Rose, etudiante en medecine a Tours. S'ensuit alors toute une serie d'observations et d'analyses comparatives. Le prisme du heros est gabonais. Ses descriptions sont emaillees par une forme comparative ou la nouveaute est estimee a l'aune d'un vecu et de references gabonais. D'emblee ce qui le frappe a son arrivee est le temps : << Un temps gris, sale. Un temps sale comme la peau de Soumou l'elephant. Autre chose bizarre : il etait sept heures du matin mais il faisait encore nuit ! >> (2006: 19). La course de l'avion est rapprochee de celle de la gazelle Opong et la maniere d'aborder des controleurs mise en parallele avec la technique employee par Bouky la hyene pour fondre sur sa proie. Nous sommes a Tours en 1978 et le jeune heros decouvre pele-mele la neige, l'eau courante, le petit dejeuner, le tout a l'egout, la television couleur, le parc, la choucroute, les haricots, Popeye, l'absence de bruit la nuit, le supermarche Mammouth et la non-valeur du franc CFA, la vie en HLM et les voisins auxquels le petit Pahe s'empresse de << faire un beau sourire comme celui du noir de la pub Banania >> (2006: 31). Apres l'acclimatation, le passage en classe preparatoire (CP) du jeune Pahe a l'Ecole primaire de Grandmont procede de son acculturation. Son arrivee, le fait marquant de la journee, est ainsi consignee : << En classe, il y a un nouveau. C'est un noir il vient du Gabon, c'est en Afrique. Il a des cheveux doux comme de la moquette... >> (2006: 32).

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Dans ces deux albums ainsi que dans Dipoula une meme trouvaille graphique est employee. Elle consiste a colorer en noir des protagonistes blancs tenant des propos ouvertement racistes ou vehiculant des prejuges ethniques. Cette maniere de faire ingenieuse offre l'avantage de desamorcer la virulence de ces sacs de mots tout en dressant le portrait du << pouvoir d'integration >> de l'ecole. A bien des egards, sous le dessin de Pahe, l'institution educative effraie, notamment lorsqu'il la saisit a travers les enfants, ce qu'elle en fait et ce qu'ils lui empruntent pour se construire. Sur le plan narratif, l'obtention par Rose de son diplome de medecine signifie un retour au Gabon. Dans ce cahier d'un retour au pays natal, Pahe croque sans menagement le PDG (Parti Democratique Gabonais) et son leader, le << grand camarade >>, 1' << homme fort >>, le << guide eclaire >>, l' << arme du present et du futur >>, ce << moustachu du sud du pays >> : le president Albert Bernard Bongo. Notre jeune heros emmenage a la Sni, un quartier au sud de Libreveille peu distant de l'Ecole publique d'Owendo dont la devise est << Discipline -- Travail --Reussite >>. Des lors, Pahe se livre a une fine analyse comparative des systemes scolaires francais et gabonais. Son introduction en classe par le professeur fonctionne en miroir avec la vignette precedemment reproduite. En effet, tous les ecoliers s'exclament a l'unisson : << Le Blanc >>. Ce qualificatif ne s'appuie pas seulement sur la provenance du nouveau venu mais est egalement entretenu parce que Pahe << gorje >>, autrement dit parle avec un accent francise. Dans cette classe surpeuplee dirigee par un enseignant alcoolique, le petit Pahe decouvre, outre l'imposition du chant quotidien de l'hymne national, La Concorde, diverses violences physiques exercees a l'encontre des ecoliers (coups de chicotte, coups de poings) ainsi que des punitions en tout genre (nettoyage des sanitaires, coupe des herbes hautes entourant l'ecole, etc.). Cette situation associee a la degradation de ses resultats scolaires conduit notre jeune heros a changer d'etablissement et a frequenter l'ecole mixte conventionnee d'Owendo. Etablissement initialement reserve << pour les enfants de Blancs au Gabon >>, il est propre. Les eleves ne sont pas trois par rangs et le port de chaussures s'impose. Le cours d'histoire consacre aux ancetres suscite nombre d'interrogations chez le petit Pahe. Il ne sait qui croire entre sa nouvelle institutrice pour qui les ancetres des Noirs sont egalement les Gaulois et son ancien professeur selon lequel il serait affilie aux Bantous et serait apparente au grand guerrier Chaka Zoulou. La suite du premier tome est marquee par le deces de sa mere et par le depart de Pahe adulte en Republique Democratique du Congo.

Tous les autres s'appellent Pahe

C'est de la sorte, sous l'effet repete de violations dispersees, que la discrimination finit par se constituer en systeme, c'est-a-dire par se generaliser, par se fabriquer un systeme de justifications, en attendant qu'elle se decouvre des vertus.... Bref, la discrimination finit par se << naturaliser >> et par produire l'accoutumance qui est la marque de toutes ces << choses qui vont de soi >> (Sayad 2006 2 : 39).

Si le premier opus permettait la presentation et la familiarisation du heros, le deuxieme album pose avec une plus grande acuite la question de son devenir d'autant plus que le lecteur est pris entre diverses allees et venues temporelles (Pahe-adulte et Pahe-enfant) et invite a suivre notre heros au Gabon, en France et en Republique Democratique du Congo. Procedons chronologiquement, ce qui n'est pas le parti pris dans la bande dessinee.

Apres le deces de sa mere et son entree de sixieme en poche, le jeune Pahe est envoye a nouveau en France. Il rejoint Florence, sa soeur ainee, a Villeneuve d'Ascq ou il entre au College d'enseignement superieur (CES) du Triolo. Cette fois-ci le decalage culturel s'ancre moins sur des aspects materiels que sur l'importance que revetent certaines representations collectives. La peur du loup lui apparait ridicule en comparaison d'une rencontre avec le ngongongo, un etre mystique de la foret gabonaise : << le loup ? Bof ! ... C'est un animal : on peut donc le tuer !!! >> (2008: 16). C'est par le truchement de la television et notamment des series americaines que le jeune Pahe effectue cette << navette incessante entre le je qui est un autre et les autres qui sont dans le je >> (Morin 1956 : 212).

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Des projections accompagnees d'identifications faconnent son imaginaire, ce que l'auteur du Cinema ou l'homme imaginaire. Essai d'anthropologie definit par : << le ferment du travail de soi sur soi et sur la nature a travers lequel se construit et se developpe la realite de l'homme >> (Morin 1956 : 212). Les images televisees suscitent des participations affectives et effectives qui modelent son existence, et l'invitent a privilegier certains comportements et a en dedaigner d'autres. Ses super-heros sont alors Barracuda dans L'agence tous risques : << il est gentil, tres fort et super costaud >>, Huggy les bons tuyaux dans Starsky et Hutch et, dans une certaine mesure, Michael Jackson.

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Au CES succede l'internat catholique prive Notre Dame de la Paix de Lille. Nous sommes en 1984 et Pahe confronte l'enseignement catholique recu au Gabon avec celui-ci dispense par la soeur Bernadette. Chacune de ses prises de parole attenantes a la sphere religieuse se voit couronnee d'une << colle pour blaspheme >>. C'est notamment le cas lorsqu'il affirme que<< Dieu et Jesus sont des blacks !! >>. Notons que les figurations noires ne sont pas uniquement mobilisees lors de sequences televisuelles ou d'une dissertation chromato-theologique. Elles se retrouvent dans des details les plus infimes, les plus intimes et tapissent les murs de sa chambre. Dans cette maniere de s'approprier l'espace trone un poster de Sydney, une figure incontournable dans les modes de figurations et d'autorepresentation dans les annees 1980.

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En 1984 est diffusee pour la premiere fois sur une chaine francaise (TF1) une emission entierement consacree au hip-hop. D'une duree de dix minutes chaque dimanche, << H.I.P. H.O.P. >> tournee au Centre Paco Rabanne est animee par Sydney qui fait alors ses debuts a la television. Elle rencontre un succes insoupconne et devient rapidement un phenomene de societe comme l'explique son animateur:
 L'engouement est arrive subitement en l'espace de quinze jours sur
 le hip-hop. La presse s'est dechainee sur moi, sur l'emission, ca a
 ete une folie. Je me suis vu en train de faire des doubles-pages
 dans VSD, des pages dans Le Monde, dans France Soir, dans Le New
 York Times ! Un ricain m'appelle et me dit : << Attendez, vous etes
 black et vous avez une page dans le New York Times >> J'ai dit : <<
 Ah bon ! >>. C'etait chose rare, Michael Jackson en a eu une. <<
 Donc, vous etes une celebrite noire francaise, qu'est-ce qui se
 passe ? Vous passez a la television francaise >>. Je suis arrive a
 New York, j'ai vu les << grands >>, Master Flash, Meli Mel qui
 venaient et qui me regardaient comme si j'etais une big star alors
 que pour moi, au contraire, c'etaient mes stars du rap. La tele, ca
 a ete l'explosion de tout. On ne pouvait pas prevoir que le hip-hop
 allait avoir une telle force. Les gens s'identifiaient enfin dans
 une emission. On montrait le petit Mohammed, le petit Toufik, le
 petit Mourad, le petit Mamadou qui devenait du jour au lendemain
 celebre dans son quartier parce que, quand il rentrait, il avait
 fait l'emission de hip-hop (6).


Precisons que l'artiste << Africa Bembata (7) >> (autre affiche tapissant sa chambre) fut a plusieurs reprises invitees dans H.I.P. H.O.P. Une annee plus tard, Pahe jeune adolescent est de retour au Gabon ou il effectue son lycee puis l'Institut des Techniques Avancees en vue de devenir, selon le souhait de sa soeur, comptable. Son desinteret manifeste pour la gestion et sa dilection pour le neuvieme art participent d'un retour en France ou notre heros devenu adulte poursuivra ses etudes a l'ISAP (Institut Superieur d'Art et de Publicite) de 1993 a 1996. A l'inverse d'un Tintin ou d'un Asterix, ces personnages immuables qui ne changent pas d'une page ou d'un album a l'autre, Pahe grandit. Sa reception puis sa vision de la << patrie des droits de l'homme >> qu'est la France se modifie sensiblement lorsque le personnage principal atteint la majorite. Aux forces educatives succedent les forces de l'ordre. Des sa descente d'avion, Paris, septembre 1993, vol Air Gabon en provenance de Libreville, Pahe prend la mesure de l'accueil reserve par les agents charges de la police aux frontieres. Les policiers sont omnipresents et << seuls les Noirs etaient les plus vises par les controles >>. Cette pratique a leur egard est ressentie comme autant d'epreuves humiliantes revelatrices de la suspicion en laquelle ils sont tenus. Ils ne sont pas des Francais mais des suspects, des emigres, des etrangers qui doivent montrer << patte blanche >>. En d'autres termes, ils ont a justifier de leur identite (<< Z'etes sur que c'est vous sur la photo ? Les Noirs se ressemblent tellement >> lance un agent de la Police de l'Air et des Frontieres), de la regularite de leur presence, d'un domicile, d'un travail, de revenus.

Ces manieres de faire sont motivees par un ensemble de normes sociales construites, acquises puis appliquees :

-- les Noirs, tous semblables constituent une categorie homogene au statut incertain ;

-- ils sont surdetermines du reste de la population francaise autorisant ainsi de multiples controles ;

-- ces pratiques depourvues d'egalite (egalite de droit et inegalite de fait) ont pour corollaire de rappeler a ces personnes qu'elles font constamment l'objet d'un travail de surveillance si ce n'est de correction consistant a reduire leurs << fautes >>, leurs << manquements >> qu'ils accusent a l'egard de la societe dans laquelle ils vivent ;

-- apres cet accueil, quelle que soit la regularite de sa situation, un etat de legitime mefiance s'instaure et est interiorise (quand il n'est pas exteriorise) a la vue du moindre uniforme. Des Francais et des Francaises deviennent des immigres dans leurs propre pays.

Cette relation differentielle suscite a ce non-national qu'est Pahe la remarque suivante : << Avoir la nationalite francaise n'est pas un acquis pour tout le monde >>. Il nous invite a repenser les fondements d'un lien suppose etabli entre le citoyen et la nation. Or, la politique actuelle ne reflechit qu'inegalement la pluralite francaise. Une meme pretention a parler au nom de ce qu'est la France (une totalite inaccessible, manquante et toujours a venir) se drape en connaissances et legitime discours et pratiques politiques. Le resultat est sans equivoque : la devise nationale (<< Liberte, Egalite, Fraternite >>) ne peut etre sacrifiee sur l'autel de la diversite. Ainsi, une fiction de diversite tente d'eriger des << curiosites occasionnelles >> en symboles. Il est difficile de ne pas s'apercevoir du caractere fictif de cette symbolisation compensatoire. Une etrange collusion s'exerce dans laquelle une << elite >> prend sa diversite pour la realite. Cette situation leucocentrique s'avere analogue a la television et au cinema. A chaque succes cinematographique national, il conviendrait de se demander: par ces images quelles sont les images que je rejette ? Connaissez-vous le nom d'une seule actrice noire ? Oui, Valerie Lemercier dans Agathe Clery, film d'Etienne Chatilliez : << Elle est blanche. Elle est raciste. Elle va devenir noire >>. Le noir se fait dans la salle, il n'apparait que rarement a l'ecran. Il en est de meme pour ceux que l'on nomme les 2G ou 3G, les jeunes issus de l'immigration deuxieme et troisieme generation. Cependant, les representations collectives s'alterent peu a peu en devenant autres. Des realisations, telles L'esquive d'Abdellatif Kechiche, Entre les murs de Laurent Cantet, Regarde-moi d'Audrey Estrougo ou encore Aide-toi et le ciel t'aidera de Francois Dupeyron en temoignent (8). L'exemple le plus pregnant demeure neanmoins l'echange de paroles entre une boulangere, campee par Karine Villard, et l'une de ses clientes dans Paris de Cedric Klapisch sorti en salles en 2008 : << Figurez-vous que j'ai decouvert une chose : c'est les beurettes. J'en ai une, Kadhija, mais c'est une perle. Oui, c'est vrai, je ne vous cache pas qu'elles ont du temperament mais dans le travail, elles sont la, elles sont droites >>.

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Ces situations mixtes eprouvantes impliquent la mise en oeuvre de forces, d'intensites, de durees qui concourent a des operations de sujetion et d'intimidation. Ces images temoignent de conceptions, de pratiques et d'interpretations collectives que l'etat de la societe favorise quand il ne les entretient et ne les perpetue pas. Le dessin de Pahe, ce Fanon de la bande dessinee (9), est ici a estimer comme << une elaboration psychologique complexe ou s'integrent, en une image signifiante, l'experience de chacun, les valeurs et les informations circulant dans la societe >> (Herzlich 1969 : 23). Dans cette double vie de Pahe, l'auteur croque toute une galerie de portraits, et notamment ces << freres antillais >> et ces << beaux-freres congolais >>. Il temoigne de la sorte d'experiences aussi contradictoires que les conditions sociales dont elles sont issues.

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Un rappel moqueur et insidieux de sa couleur (<< Blanche-Neige >>) donne a comprendre la force du pouvoir de nomination (qui n'est autre que celui de la stigmatisation) exerce sur le groupe. Arrive un moment ou les discours et representations collectives d'une categorie d'individus deviennent constitutifs de ces personnes comme l'avait deja observe l'auteur de << representations individuelles et representations collectives (10) >>. La representation de la personne noire est une representation performative, c'est-a-dire une forme visant a legitimer la distinction qu'elle a charge d'imposer. Les travaux de Pahe offrent l'occasion d'observer les contradictions engendrees en contexte africain et europeen par cette performativite. Ils procedent dans une certaine mesure d'une << bedeanalyse >> ou les bandes dessinees permettent de se penser et de se rattacher a autrui en termes profondement nouveaux. Ces Luvres constituent ce << reste >>, ce << residu >> qui echappe a la domination, a l'emprise de la scolarisation, au pouvoir de l'elite (11) et, finalement, au visuellement correct. Elles constituent des stimulants sociaux et des alternatives la ou les societes n'offrent plus d'issues symboliques et d'espaces a certains sujets.

Dipoula : peau blanche, masques noirs

En 2008 parait aux editions Paquet le premier opus de Dipoula, 1. Mbolo avec comme scenariste Sti, Pahe aux dessins et Callixte a la couleur. Cet album a necessite un an de travail et se trouve en librairie au rayon jeunesse. Il est le pendant chromatique de La vie de Pahe, la ou ce dernier evoluait bien souvent dans un monde de << Blancs >>, les individus environnant Dipoula sont pour la plupart des << Noirs >>. L'unite de lecture est la page. Chacune d'entre elles porte un titre et presente les aventures et frasques d'un singulier Gabonais : Dipoula. Ce dernier est aux antipodes du << bon heros americain ,, au front carre surmontant un nez rectiligne, au corps athletique et au comportement irreprochable. Petit garcon vivace flanque d'un cochon, Gruik, il appartient a la tribu des Mienes et constitue un exclu de l'interieur. Il est albinos. Synonyme de malediction et de mauvais oeil, il est abandonne par son pere des sa naissance avant d'etre recueilli dans un orphelinat administre par des sLurs catholiques << blanches >>. C'est essentiellement au sein de cet environnement et en compagnie de trois autres orphelins, Blaze, Cissouko et l'Americain, que se deroulent des peripeties riches en couleurs. Dipoula n'a de cesse en tant qu'etre social de vouloir appartenir au groupe. Ni blanc ni noir, ni vraiment du cote du Meme ni totalement du cote de l'Autre, Dipoula se situe en un lieu << batard >> ou il ne cesse de s'interroger quant a son identite. Dans sa quete de couleur, son principal adjuvant est Blaze. A deux reprises, cet acolyte tente par le truchement d'un livre de recettes mystiques derobe a Papa Koumba de donner un teint ebene a Dipoula.

Le mythe de la potion magique n'offre aucun dedoublement. Les diverses tentatives couronnees d'echecs reiteres poussent les deux comperes a s'interroger sur ce que partage Dipoula avec les Blancs et avec les Noirs. Le questionnement identificatoire (Blanc ou Noir ?) vise autant la sphere des valeurs que celle des pratiques. Dans leurs peregrinations, les deux ecoliers rencontrent deux adultes, un chef de chantier et un automobiliste, qui, toutes couleurs confondues ne suscitent aucun rapprochement identificatoire au protagoniste principal.

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La reconnaissance et l'acceptation ou non de l'albinisme constituent l'une des composantes de cet album. Cette absence de pigmentation du heros provoque de violentes reactions de rejet. L'albinos est contagieux, son contact rend << blanc >> et jaunit les cheveux. Une nouvelle venue en classe, Magalie, offre l'occasion d'apprecier le traitement de la difference. Apres avoir jete son devolu sur cette << poupee noire >>, Dipoula se lance dans une entreprise empreinte de seduction. Voici le resultat.

Le traitement graphique de ces deux cases accentue la virulence de la reaction (gradation de la dominante rouge de l'arriere-fond, contour herisse de la bulle et graisse des caracteres) tout en la desamorcant. Cet effet se fait avec un sens de l'economie des moyens stupefiante. Eintensite d'une couleur chaude et l'importance de la surface coloree influencent notre perception. Les personnages representes, tous deux colores en noir, ne partagent pas qu'un espace mais une commune appartenance. De ce contraste nait un comique d'observation. Comment une proposition de vivre-ensemble genere-t-elle un tel degout ?

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Dipoula est un personnage qui autorise de nombreuses nuances et permet d'eviter certains manicheismes. Exclu au second degre, par sa condition d'orphelin et par son albinisme, les enjeux qu'il met en cause sont de nature culturelle ; ils concernent essentiellement les manieres de penser et d'agir, les comportements et les pratiques quotidiennes. Cette bande dessinee montre dans une certaine mesure, et sans mievrerie, comment la difference (la couleur comme contrepoint) est suspectee de subversion et plus ou moins ouvertement accusee d'alterations culturelles. Elle donne a voir les multiples efforts deployes par un enfant pour exister dans le temps et dans l'espace au sein d'un groupe social. En ce sens, Dipoula rejoint et prolonge La vie de Pahe. La force de ces trois albums est leur << subjectivation politique >> pour reprendre une expression de Jacques Ranciere : cette << capacite de produire des scenes polemiques, ces scenes paradoxales qui font voir la contradiction de deux logiques, en posant des existences qui sont en meme temps des inexistences ou des inexistences qui sont en meme temps des existences >> (1995 : 66). La bande dessinee souleve ici le probleme crucial du vivre-ensemble.

Tant que notre imaginaire ne sera pas traverse par de nouvelles representations collectives, travaille par des corps et des visages varies, des societes continueront d'ostraciser certains de leurs citoyens. Jusqu'a quand l'imaginaire d'un jeune des quartiers populaires se limitera a celui du grand frere chomeur, stagiaire a repetition, exclu de tout systeme et miroir d'un ineluctable << Nous etions ce que vous etes, Vous serez qui nous sommes >> ?

References

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Mouloud Boukala

Universite Lumiere-Lyon 2

(1.) << A l'origine, les comics cultivaient un burlesque souvent cruel prenant volontiers pour cible les minorites americaines : Irlandais, Noirs, Allemands, Juifs. Si les Katzenjammer Kids sont la caricature d'emigrants allemands aux Etats-Unis, Happy Hooligan concerne celle des emigrants irlandais et Abie the Agent est un des premiers a mettre en evidence la minorite juive, sans ironie >> (Moliterni et Mellot 1996 : 32).

(2.) Eautobiographie se caracterise le plus souvent par l'emploi de la premiere personne (le narrateur etant le personnage principal). C'est ce que Gerard Genette appelle la narration << autodiegetique >> dans sa classification des << voix >> du recit (cf. 1972).

(3.) Les relations qu'entretient Pahe avec Pierre Paquet s'averent stimulantes quant a la question de la production d'une oeuvre et a son contexte de diffusion. Une entreprise autorepresentationnelle ne fait sens qu'accompagnee d'une logique diffusionnelle. Lors d'un entretien avec Pahe nous n'avons pas manque de l'interroger sur cet aspect : << La vie de Pahe : bande dessinee peripherique noire pour centres blancs ? >>.

(4.) Au sens d'Erving Goffman 1973.

(5.) Au commencement de ce projet, La vie de Pahe a ete pensee comme une trilogie dont le dernier volet << Loveman >> devait depeindre la vie amoureuse du protagoniste principal. Dans un entretien que nous a accorde l'auteur, ce dernier nous a annonce que le troisieme tome, au grand regret des lecteurs, ne verrait pas le jour pour << des raisons personnelles >>.

(6.) Propos extraits du documentaire de Jean-Pierre Thorn, 2003, On n'est pas des marques de velo. Paris, Mat films / Arte France.

(7.) L'orthographe exacte du createur de la Zulu Nation est Afrika Bambaataa.

(8.) << La Vie de Pahe va etre adaptee mais sous le titre Le Monde de Pahe. Pour la petite histoire, on a change pas mal de choses car en depit du dessin qui donne l'impression d'etre une BD pour enfants, le contenu est plus oriente vers les adolescents et les adultes. La serie va des lors raconter la vie d'un Pahe ne en France, qui vit avec sa mere et dont le pere est retourne au Gabon. Ils sont dans un appartement parisien. Un jour, il emmene ses amis, des petits Francais, decouvrir le Gabon. Le dessin anime va sortir sur France 3 en 2009, en 78 episodes de 7 minutes, plus un episode special sur le Gabon >> nous a confirme Pahe.

(9.) Nous avons a l'esprit le chapitre 5 de Peau noire, masques blancs : << L'experience vecue du Noir >> (1952 :88-114).

(10.) Cet article fondateur de Durkheim a d'abord ete publie dans La Revue de Metaphysique et de Morale (mai 1898, IV : 273-302), avant d'etre repris dans Sociologie et philosophie (premiere edition 1924, librairie Felix Alcan).

(11.) Afin d'eviter les foudres de la censure, le travail de Pahe est consultable sur << Le blog de Pahe >> : http://dipoula.paquet.li/
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Title Annotation:Carnet de notes / Notebook
Author:Boukala, Mouloud
Publication:Ethnologies
Article Type:Critical essay
Geographic Code:6GABO
Date:Sep 22, 2009
Words:6220
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