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Auguste ou l'art du possible.

Augustus or the art of possible

Quel monarque, quel chef d'etat peut pretendre avoir egale Auguste ? Quarante annees de regne ont permis de fonder un regime qui dura plusieurs siecles et assura la paix et la stabilite a un empire dont les limites ont ete rarement depassees (1). A de multiples egards, le regne du fondateur de l'Empire romain demeure une reference et a d'ailleurs ete presente comme tel par ses successeurs, y compris les plus lointains (2). Il est pourtant ne de la guerre civile et d'une double tromperie, celle d'une victoire militaire qui n'en fut pas une et que la propagande du vainqueur se hata de baptiser 'miracle', a l'issue d'un conflit presente comme une guerre etrangere contre les ennemis de Rome et de l'Occident et qui ne fut en realite que le dernier episode de la guerre civile dans laquelle sombra la Republique Romaine (3). Il n'est donc pas etonnant que le testament du Prince, les Res Gestae, s'empresse d'ignorer quasiment la charge subversive qui permit a Octavien de mener ce combat et evoque de maniere tres impersonnelle ce qui s'apparente, au debut de la carriere d'un jeune aventurier qui n'avait que son nom, a une vengeance privee (4).

Le temoignage de Tacite a propos des funerailles du Prince presente sur le defunt un tableau plus nuance que la louange officielle, lorsqu'il rappelle que la personne d'Octavien/Auguste fit alors l'objet de debats et de controverses et que les gens eclaires s'entretinrent de sa vie autant sur le ton de la critique que sur celui de la louange (5). Suetone, dans sa biographie d'Auguste, a rationalise le debat en insistant sur la dualite du personnage et en montrant que le pouvoir avait su transformer le triumvir vindicatif et cruel en monarque sage et respecte de tous. Les historiens modernes n'ont pas manque de s'interroger sur le sens de cette brutale et surprenante transformation.

Il est necessaire, si l'on veut comprendre le regne d'Auguste, de prendre en consideration le facteur temps : Auguste beneficia d'une longevite qui surprit ses contemporains et sans doute lui-meme et donna a tous l'impression d'un regne qui n'en finissait pas de s'achever parce qu'il etait assombri par les drames de la dynastie. Cette duree lui permit neanmoins de conduire a son terme des projets de grande envergure, comme la transformation de Rome, mais aussi d'installer une ideologie fondee sur des slogans simples et accessibles a tous, comme la victoire ou la paix, ou encore de faire accepter le fait dynastique, garant de la perennite du regime. Le temps qui passait lui permit d'accrediter l'idee, malgre des soubresauts et des echecs, que le pouvoir faisait partie de son heritage et qu'il etait devenu la propriete de sa famille (6). En fait, le genie d'Auguste fut tout simplement d'accrediter aupres des Romains l'idee que le pouvoir personnel, cette aspiration au regnum, tellement abhorree depuis l'expulsion de Tarquin, etait devenue souhaitable et Tacite en donne une explication toute simple : 'Auguste recueillit le monde, fatigue des discordes civiles, sous son pouvoir supreme, et prit le nom de Prince' (7).

Mais le temps permit aussi a Auguste de proceder avec lenteur --'Festina lente' etait, dit-on sa maxime (8)--pour mener a bien l'evolution du regime. Certes, la lecture de l'evocation de son regne fait emerger des dates-cles, 27, 23, 19 av. J.-C. qui donnent l'impression que tout a ete planifie, mais cette vision est la notre parce que nous jugeons avec le recul et savons comment la piece s'est terminee. En realite, la fondation de l'Empire ne fut pas, comme l'a bien compris Tacite (9), un acte delibere, mais une serie de developpements, un long et lent processus impliquant la prudence, l'experimentation et la vigilance, et l'ambiguite que l'on croit deceler dans l'attitude d'Auguste (10) ne fut pas necessairement voulue ; il n'y eut pas de plan preconcu pour etablir tel ou tel type de regime et l'on doit davantage parler de metamorphose (11) que de revolution (12). D'autre part, s'il y eut une revolution, elle fut conservatrice, notamment dans les mreurs et la religion, et tout l'art d'Auguste fut de faire du neuf avec du vieux en donnant l'apparence de n'accepter que ce qui etait demande par tous, avec le consentement de tous (13). Auguste instaura le pouvoir de la tradition et la principale explication de sa perennite et de celle de son reuvre fut sa capacite a mesurer exactement ce qui etait possible.

Il serait trop long de revenir sur tous les aspects de l'reuvre du fondateur du Principat (14) et cela conduirait a ecrire une autre biographie.

Nous nous en tiendrons ici a trois aspects qui illustrent parfaitement la demarche realiste et pragmatique d'Auguste : la nature et l'evolution de son pouvoir, les relations du Prince et du Peuple, la politique d'expansion et de conquete.

1. De la Republique au Principat : la metamorphose du regime

Parler d'Auguste signifie parler de pouvoirs, de pouvoir ouvertement exerce, de pouvoir deguise, de pouvoir refuse, de la relation entre pouvoir et autorite, de la delegation de pouvoirs aux collaborateurs et aux corps publics, comme le Senat, les magistrats et les assemblees (15). C'est tout cela qui rend si complexe la question des prerogatives du Prince, theme recurrent des discussions de tous les specialistes modernes depuis Mommsen (16). Il n'est pas lieu ici d'entrer dans la grande controverse entre ceux qui ont mis l'accent sur les fondements institutionnels de la potestas d'Auguste et ceux qui ont privilegie le caractere non institutionnel et largement charismatique de son pouvoir (17). Il s'agit en fait d'un faux debat puisque, a partir de 27 av. J.-C., les deux aspects, le charismatique et l'institutionnel, non seulement coexisterent, mais contribuerent tour a tour a definir une nouvelle forme de domination.

Il vaut mieux, a notre avis, insister sur le caractere pragmatique de la mise en place du nouvel ordre qui releva d'un processus long et graduel. Le facteur temps constitua un element determinant et Tacite qui decrit une revolution non programmee (18) l'a mieux compris que Cassius Dion qui fait un bilan du regne en ne prenant en compte, avec le recul du temps, que la fin du processus. L'auteur des Annales le dit crument : 'Maintenant que le regime est ainsi transforme et que la cite romaine ne se distinguait pas d'une monarchie' (19).

La prudence, les hesitations ou experimentations, mais surtout l'habilete d'Auguste lui permirent de faire evoluer imperceptiblement l'ancienne forme de gouvernement et de transformer en fait le systeme republicain en un regime de pouvoir personnel. La maniere et la forme compterent beaucoup parce que l'heritier de Cesar sut prendre ses distances par rapport a la politique et a l'attitude de son pere adoptif ; il fut, en ce qui concernait l'assainissement de l'Etat, plus souple et plus circonspect. Il s'est aussi souvenu que Cesar avait survecu seulement quelques semaines apres avoir accepte le titre de dictator perpetuus. Il refusa a plusieurs reprises cette charge et se montra constamment soucieux d'eviter les honneurs extraordinaires, particulierement ceux qui impliquaient l'utilisation arbitraire de la force. Il abandonna le titre de triumvir (20) apres 32 tout en conservant, apres cette date, les attributions de cette charge (21). Plutot que de tenter dans une breve etude de reprendre la totalite d'une question aussi complexe que celle des pouvoirs d'Auguste (22), nous nous attacherons ici a quelques notions qui demontrent que le fondateur du Principat sut, mieux que nul autre, cultiver l'art du possible.

La premiere qui nous semble primordiale est l'idee de restitutio. Le slogan res publica restituta, meme s'il est rarement atteste (23) dans les textes, incarne un theme fondateur du nouvel ordre instaure en 27 (24) parce qu'il temoigne d'une periode ou il n'y avait plus ni lois ni droit (25). Les modernes se sont tres tot interroges sur le sens de la formule et ont ecarte l'idee qu'il s'agissait d'u simple retour a la Republique que Cesar avait acheve d'abolir (26). Il s'agit plutot d'un retablissement de l'ordre et d'un gouvernement qui eut des lois et permit le fonctionnement normal des institutions de l'Etat. Il est donc bien evident que la Res Publica augusteenne n'etait pas l'ancienne republique (27), ne serait-ce que parce que des institutions ne sortent jamais intactes d'une crise qui les a suspendues ou supprimees, mais aussi parce que dans l'esprit des Romains eux-memes, le mos maiorum n'etait pas immuable, qu'il etait sujet a interpretation et a innovation. Auguste a su se placer dans cette evolution : on pouvait certes faire abstraction de la dictature de Cesar qui n'avait pas laisse que de bons souvenirs, notamment aupres de l'aristocratie senatoriale, en ce qui concernait le fonctionnement normal des institutions et notamment des magistratures (28), mais on ne pouvait pas, non plus, oublier que les limites du constitutional avaient ete repoussees par Pompee (29) qui faisait partie de la tradition. Auguste pouvait donc legitimement donner une nouvelle version de l'ancienne constitution fondee sur un profond respect du passe.

Cassius Dion a invente les discours de Mecene et d'Agrippa qu'il a places au debut du livre 52 de son Histoire Romaine et le choix ne s'est certainement pas pose en une opposition aussi tranchee que celle de la restauration de la Republique ou de l'instauration de la monarchie (30). Mais il ne fait aucun doute que des discussions eurent lieu entre le vainqueur d'Actium et ses deux principaux conseillers sur la maniere de conserver le pouvoir ; a aucun moment, en effet, Octavien n'a songe perdre le benefice de sa victoire et le debat a vraisemblablement porte sur la necessite de trouver une forme de gouvernement qui preservait sa position dans l'interet de tous, et notamment de ses partisans (31). Il ne pretendait pas ne plus exercer de pouvoir, mais seulement d'en etre investi de maniere legitime par la decision du Senat et du peuple, redevenus maitres de leurs attributions (32). La monarchie etait impossible, au moins de nom, et Octavien l'avait depuis longtemps compris qui refusa d'adopter celui de Romulus, trop evocateur de la royaute et de l'aspiration au regnum ; cela ne l'empecha pas, par ailleurs d'annexer a sa maison sur le Palatin tous les lieux commemoratifs de la legende romuleenne. En attendant, il fallait reaffirmer la restauration de l'ordre, des iura et des leges, c'est-a-dire des elections et du fonctionnement de la justice (33) : la propagande monetaire s'en chargea. Le consulat fut restaure dans ses prerogatives et attributions au moins pendant les annees de transition 28-27 et lui permit de conserver, par la suite, l'initiative dans la capitale (34). La restauration de la magistrature consulaire ne constituait pas le debut d'une nouvelle ere, mais la fin d'une periode. Il fallait clore l'episode des guerres civiles pour en ouvrir une autre et rendre les pouvoirs triumviraux pour en reprendre d'autres. Le double consulat d'Octavien/Auguste et d'Agrippa en 28/27 s'inscrit dans cette procedure de restitutio qui devait permettre au vainqueur d'Actium de refonder l'Etat. Mais la restitutio n'etait pas seulement institutionnelle ; elle inspira toutes les reformes du regne. Elle etait tout autant fondee sur une moralite tres traditionnelle comme le souligne une legislation sur les mreurs qui faisait, entre autre, la promotion du mariage et encourageait la procreation (35). Elle etait aussi celle des virtutes et des valeurs qui avaient fait la grandeur de l'ancienne Rome et dont certaines etaient solennellement rappelees sur le bouclier d'or que le Senat remit au Prince au lendemain de l'octroi de ses nouveaux pouvoirs (36). Les fondements du nouvel ordre etaient conservateurs et le nouveau saeculum prenait appui sur la tradition et ses vertus.

La deuxieme notion qui nous parait etre significative de la demarche augusteenne est celle de consensus. Ce concept est d'ailleurs au centre de toute tentative de definition du regime politique a Rome, que ce soit a l'epoque republicaine ou sous la monarchie imperiale (37). Dans les Res Gestae, Auguste ne mentionne ni la puissance tribunicienne ni l'imperium proconsulaire, mais il insiste sur l'adhesion universelle, formule aussi theorique qu'ambigue (38). Il la revendique deja pour legitimer la conduite de la guerre contre Cleopatre (39) et n'hesite pas a reutiliser la formule dans son eloge funebre d'Agrippa, prononce en 12 av. J.-C., pour rappeler que son fidele second et gendre avait ete eleve au rang supreme non seulement 'par le zele d'Auguste et ses propres merites, mais aussi par le consentement de tous les hommes' (40), ce qui constitue le fait extra-constitutionnel par excellence. La recherche ou l'evocation du consensus etait frequent a l'epoque republicaine et le theme de l'unanimite fut largement exploite par Ciceron a partir de son consulat de 63 (41). Certains specialistes modernes ont meme erige cette notion en element institutionnel sur lequel aurait repose le pouvoir du Prince (42). Cette position n'est evidemment pas acceptable surtout quand elle tend vers une position trop radicale qui tend a nier les fondements juridiques du pouvoir augusteen et ce serait une erreur que d'opposer les fondements ideologiques et sociologiques du Principat et leur mise en forme juridique. En effet, le serment et le consensus qu'il implique ou qui en decoule ne se sont jamais substitues aux pouvoirs regulierement votes et au droit public dont l'existence ne peut etre niee. Surtout, la notion de consensus doit etre constamment precisee en fonction du contexte dans lequel elle est evoquee. Ainsi, lorsque Auguste prononce l'eloge d'Agrippa et rappelle le consensus qui presida a son elevation au sommet de l'Etat, il veut aussi faire oublier que les conditions memes dans lesquelles son discours est prononce illustrent la rupture de la concorde a l'interieur de la societe romaine : le consensus est invalide par l'attitude des protoi, des nobles, qui refusent de s'associer au peuple pour celebrer la memoire du grand homme (43). A cette occasion, les membres de la noblesse romaine se placerent en marge d'un deuil qui, par sa nature meme, c'est-a-dire un deuil public (44), aurait du etre partage par tous. La volonte d'Auguste de rassembler tout le corps civique en presentant, a l'occasion des obseques d'Agrippa, une cite pacifiee, fut sans conteste un echec du fait de l'attitude des nobles. Le consensus, dans ces circonstances, se limita au rassemblement du peuple a 'l'homme le plus recommandable de son temps' (45).

En realite, le consensus est d'abord un slogan utilise par auguste pour rappeler qu'il a mis un terme au conflit civil et restaure la concorde ; il est un appel a l'entente et au rassemblement autour de sa personne et de son reuvre, un peu comme dans nos etats modernes, il s'agit de rassembler les elements epars d'une societe apres une crise, devant des difficultes ... ou aux lendemains du premier tour d'une election. En tout etat de cause, le consensus confere une legitimite ; ce fut le cas pour Octavien, en 32, parce qu'il etait la reconnaissance tacite de la continuation de la potestas d'un triumvir qui n'en porterait plus le titre, mais en avait besoin pour conduire la guerre contre Cleopatre. Tout au long du regne, le consensus permit de justifier les mesures prises parce qu'il impliquait l'accord unanime des classes et des groupes qui composaient la societe romaine, c'est-a-dire l'armee, l'ordre senatorial et la plebe urbaine, et leur adhesion au programme du prince. Revendiquer le consensus, se placer sous son patronage, c'etait aussi signifier que c'en etait fini de la discorde. Et l'attitude de l'aristocratie au moment de la mort d'Agrippa etait genante pour le regime parce que l'une des meilleures expressions du consensus s'exprimait dans le souci d'Auguste de rallier les vieilles familles et de menager l'assemblee ; il s'efforca de maintenir son prestige et de reserver a ses membres les postes les plus importants dans l'Empire (46). En cela, son attitude contrastait avec celle de Cesar qui avait defie l'assemblee et s'etait efforce d'amoindrir son autorite. L'habilete d'Auguste consista ensuite a l'influencer de maniere a concentrer entre ses mains les pouvoirs de decision. En ce sens, et dans l'esprit d'Auguste, l'influence, notion plus subtile, l'emportait sur celle, plus directive, de pouvoir ; l'on comprend mieux ainsi toute l'importance de l'auctoritas dans l'accomplissement de sa preeminence.

En fait, l'auctoritas, notre troisieme concept, decoule du consensus (47). Il s'agit d'un type tres specifique d'autorite, principalement de nature religieuse ; ce n'est pas veritablement un concept nouveau, mais il repose sur le prestige ne de la restauration de l'Etat et du retour a la paix (48). En somme, l'auctoritas provient du soin apporte a la Res Publica tandis que le prestige et l'influence que peut exercer le Prince derivent de ses capacites militaires et de son habilete politique. Auguste a privilegie l'auctoritas comme source de sa preeminence : en rappelant sa superiorite en auctoritas sur les autres magistrats, mais aussi l'egalite de sa potestas (49), il a defini une forme de domination qui prenait appui sur le respect au moins formel des institutions heritees de l'ancien ordre. Il faut voit la le reflet de l'attitude du prince et plus generalement de sa politique qui consistait en un refus explicite et affiche des honneurs non constitutionnels (50), ou plutot de ceux qui ne s'inscrivaient pas dans la tradition republicaine, et, en revanche, dans l'acceptation des marques de respect qui contribuaient, de fait, a definir un nouveau statut propice a l'elever au-dessus des autres magistrats.

L'insistance mise sur l'auctoritas contraste avec le silence sur la nature de l'imperium : personne ne peut dire ce qu'etait l'imperium d'Auguste en 27 et nous ne reviendrons pas ici sur le debat, jamais clos depuis Mommsen (51), concernant sa nature, consulaire ou proconsulaire. Tout juste peut-on, a ce propos, a nouveau insister sur le pragmatisme d'Auguste concernant sa position par rapport aux autre detenteurs de l'imperium (52). Il s'exerce notamment dans la mise en place d'un certain nombre de dispositions techniques et destinees a regler des situations ponctuelles : au rang de celles-ci, les notions d'imperium aequum et d'imperium maius que les modernes ont parfois eu le tort de considerer comme des prescriptions juridiques. Il s'agissait, en realite, a un moment donne, de preciser la position d'un detenteur d'un imperium par rapport a un autre, et ce serait une erreur de hierarchiser le pouvoir proconsulaire en reduisant le processus historique a un principe juridique (53). L'instauration de la co-regence illustre encore ce pragmatisme et cette capacite du nouveau regime a s'adapter aux circonstances du moment. Il n'est pas utile de revenir sur son contenu, son histoire ou son evolution (54), mais de souligner comment cette institution s'integre dans la lente transformation qu'Auguste a entreprise a partir de 27, le plus souvent au gre des circonstances. Le collega est un exemple de la continuite de la pratique republicaine (55) et la collegialite illustre le principe hautement proclame dans les Res Gestae (56) de la preservation des preceptes de l'ancien ordre. Mais c'est aussi une realite dotee peu a peu de fondements juridiques que le nouveau regime a veille a placer sous le signe de la continuite dynastique. On a tendance a analyser le regime augusteen en termes d'ambigui'te, mais cette ambiguite n'est que le resultat de cette perpetuelle adaptation aux circonstances et de notre conception moderne des choses. Les rapports du prince et du Peuple illustrent d'une autre maniere ce propos.

2. Le Prince et le Peuple

En se presentant comme l'heritier de Cesar et en lui faisant conferer les honneurs divins, le jeune Octave avait gagne les sympathies de la plebe romaine (57). Cet etat de grace ne dura pas parce qu'il dut tres vite composer avec les troupes dont les interets ne coincidaient pas necessairement avec ceux du peuple de Rome. Octavien mesura des 42, au lendemain de la bataille de Philippes, la difficulte d'etre a la fois l'ami du peuple, philodemos, et l'ami des soldats, philostratiotes. Sa position devint particulierement difficile pendant et apres la guerre de Perouse dans la mesure ou les promesses qu'il avait faites aux soldats lui alienerent l'Italie et une partie de la plebe urbaine (58) ; celle-ci etait alors, en fait, davantage inquiete du blocus exerce par Sextus Pompee (59), mais son souci primordial etait d'etre protege contre les exces des soldats et d'avoir la garantie d'un approvisionnement regulier des denrees. C'est apres Nauloque et l'elimination du fils de Pompee qu'Octavien s'efforca de reconquerir les creurs de la population civile de l'Italie et qu'il prit un certain nombre de decisions susceptibles de lui gagner les sympathies de la plebe, comme la remise des dettes et la suppression d'une partie importante des impots.

Il en fallait cependant davantage pour rallier le soutien du peuple de Rome dans sa lutte contre Antoine. L'accession d'Agrippa a l'edilite, en 33 av. J.-C., avant le declenchement des operations militaires, etait destinee a montrer au vulgus que le pouvoir se preoccupait de lui ; et la demarche pouvait paraitre d'autant plus sincere que son auteur ne mit pas de frein a ses sentiments populaires par la suite (60). Nous reviendrons sur ce point. L'action edilitaire d'Agrippa et les assauts de propagande contre la reine d'Egypte ne suffirent pas a desarmer toutes les oppositions ou a convaincre totalement le peuple que la victoire du champion de l'occident servirait les interets de la plebe. En temoigne l'amusante et celebre anecdote de Macrobe concernant le retour a Rome du vainqueur d'Actium : 'Octavien rentrait a Rome dans tout l'eclat de sa victoire d'Actium. Parmi ceux qui venaient au-devant de lui pour le feliciter, se trouvait un homme tenant un corbeau auquel il avait appris a dire << Ave, Caesar, victor, imperator >>. Octavien, emerveille, acheta vingt mille sesterces l'oiseau complimenteur. Un voisin du proprietaire de l'oiseau, jaloux, dit a Octavien que l'autre avait un deuxieme corbeau et demanda qu'il l'obligea a l'apporter. Amene, l'autre corbeau debita les mots qu'il avait appris : << Ave, Victor, imperator, Antoni >>.

Auguste sut, a cet egard, retenir les lecons d'Octavien ; il le montra notamment par son attachement aux fonctions tribuniciennes, et essentiellement celles qui devaient lui etre utiles pour proteger la plebe (61). Meme si au terme d'un long processus engage des 36 av. J.-C., Auguste finit par recevoir, en 23, l'ensemble des competences des tribuns (62), il fit peu d'usage de certains de ces droits (63) ; ainsi, il n'exerca jamais son droit de veto, fit adopter peu de lois, si l'on excepte l'importante legislation sur les mreurs des annees 18-17, et chargea le plus souvent, les consuls de legiferer a sa place (64). La puissance tribunicienne lui fut surtout utile pour user de son droit de provocatio qui lui permettait d'apparaitre comme le protecteur de la foule et le prostates du peuple (65). Et il n'y a aucune raison de penser que cette preoccupation ne fut pas sincere : le souci d'assurer le ravitaillement regulier de la Ville et le desarroi qu'il afficha lorsque la disette menaca (66), le soin apporte a la mise en place des services de l'annone ou de l'approvisionnement en eau dont l'objectif etait d'assurer le mieux-etre du peuple de Rome, en portent temoignage meme si les reformes furent lentes a se mettre en place (67) et si les contingences politiques etaient sous-jacentes. Auguste voulait etre le protecteur de la plebe romaine, mais il voulait etre le seul a assumer cette tache : on ne peut expliquer autrement la rigueur dont il fit preuve dans l'affaire d'Egnatius Rufus, brutalement ecarte de la scene (68) pour avoir cherche a accaparer les suffrages apres avoir cree un corps de pompiers prives pour combattre les incendies (69). Une exception, cependant, celle de son gendre, Marcus Agrippa, qui aide a comprendre le statut d'Agrippa dans le nouveau regime.

La position de l'ami du Prince dans le nouvel ordre est tout a fait significative de la maniere dont le regime augusteen etablit ses relations avec la plebe (70). Sous la Republique, tout homme politique se dressant contre les decisions du Senat ou s'opposant a la domination de la nobilitas etait idolatre par la plebe, quels que soient les efforts deployes par ses adversaires pour le noircir et les turbatores plebis du dernier siecle avaient longtemps joui d'une solide popularite (71). Il n'etait pas question pour Auguste, lointain heritier des populares, de se priver de cette arme, mais il lui fallait aussi detourner de sa personne l'animosite de l'aristocratie : Agrippa joua, en quelque sorte, le role de catalyseur du soutien populaire au regime. Les nobles (oi protoi) qui, de son vivant, avaient deteste Agrippa et l'avaient meprise a cause de la bassesse de ses origines (72), repugnerent, comme nous l'avons vu (73), a assister aux jeux donnes par Auguste en l'honneur du defunt. Agrippa etait devenu, de son vivant meme, demotikotatos grace a ses evergesies (74) ; ce statut fut encore amplifie a sa mort lorsqu'il legua au peuple ses thermes et ses jardins (75). Mais Auguste sut parfaitement jouer sur le registre de ce populisme, lui qui, selon Cassius Dion (76), aurait voulu, alors qu'il se croyait mourant, en 23 av. J.-C., que le peuple recouvrat sa liberte ou bien encore qu'Agrippa recut de lui le pouvoir, car il savait parfaitement qu'il en etait fort aime (77). On peut trouver quelque malice dans cette maniere du Prince d'utiliser l'image de son gendre, en le presentant non point comme le veritable auteur de ses succes militaires, mais comme le membre de la dynastie qui ralliait les sympathies populaires. Il n'y a point d'ambiguite dans tout cela, mais seulement un reel pragmatisme et une claire conscience du role et de la place des hommes dans le nouvel ordre des choses.

La biographie d'Auguste de Suetone est emaillee d'anecdotes qui evoquent les relations du Prince et du Peuple de Rome (78). Ce fut largement une affaire de communication, comme on pourrait dire aujourd'hui. Et Auguste se montra un maitre dans l'art de soigner cette communication par la propagande, bien sur (79), mais tout simplement aussi par son attitude meme. Il etait convaincu qu'un homme d'Etat devait etre aussi un homme public et ne pas hesiter a partager les plaisirs populaires. Son attitude au theatre ou au Cirque en temoigne largement.

Il n'ignorait pas les reproches qui avaient pu etre faits a Cesar parce qu'il lisait ou redigeait sa correspondance pendant les jeux (80) ; lui-meme s'en garda bien, certainement parce qu'il y prenait plaisir et parce qu'il estimait qu'il etait conforme a l'esprit des institutions de se meler au peuple dans ses amusements (81). Il s'excusait d'ailleurs aupres de la foule quand il ne pouvait pas assister a un spectacle ou devait se retirer et lui recommandait les magistrats qui devaient presider a sa place (82). Le peuple lui rendait bien cette affection parce qu'il etait, de son cote, sensible a cet interet et a cette proximite (83). Mais cela n'exclut pas que le Prince se montrat ferme quand il le fallait : il n'hesitait pas a le reprimander ou a se montrer courrouce de son attitude (84). Il utilisa, pour cela, beaucoup l'ecrit et notamment les Acta Diurna, veritable journal officiel au service du pouvoir (85), qui contenait toutes sortes de messages qu'il souhaitait transmettre et servait de vecteurs a certains de ses discours prononces in senatu aut in contione populi (86). Auguste prenait d'ailleurs un soin tout particulier a la preparation de ses discours et les ecrivait avant de les prononcer (87) : on peut penser qu'ils etaient largement diffuses et affiches meme s'il etait difficile d'en mesurer l'impact (88) ; il pouvait ainsi se justifier de refuser un congiaire ou une distribution, parce que, disait-il, 'son gendre Agrippa, avait suffisamment pris soin a ce que personne ne mourut de soif' (89). Il perpetua aussi l'usage de la diffusion de messages ecrits a destination du peuple, ce qui lui permit de repondre aux pamphlets, libelles, satires qui circulaient tres librement dans Rome, mais aussi aux graffitis, vers ou epigrammes, voire autres plaisanteries douteuses, sinon haineuses que l'on voyait inscrits un peu partout dans Rome dans les lieux largement frequentes et jusque sur les socles des statues (90). Cela ne contraria en rien sa relation avec le peuple de Rome parce que cette familiarite dans la relation et le ton du discours renforcait encore la connivence avec le Prince dans la mesure ou l'on se sentait encore plus proche de celui que l'on pouvait critiquer jusque dans son intimite (91).

Mais ne nous leurrons pas : tout cela impliquait un solide encadrement du peuple qu'il fallait ecarter de ses derives anciennes. Cesar avait d'ailleurs donne l'exemple : l'heritier de Marius et des populares avait, au cours de sa dictature, su faire face aux besoins les plus urgents du peuple (92), mais il avait su aussi dompter les classes subversives en dissolvant les associations et en envoyant dans les provinces, pour fonder des colonies, plusieurs milliers de familles qui composaient la plebe urbaine (93) ; il s'agissait ni plus ni moins de diminuer la pression sociale sur la capitale et les risques d'emeute. Cesar savait trop les risques qu'un autre Clodius pouvait faire courir a la stabilite d'un gouvernement quel qu'il fut. Cette mesure lui permit d'ailleurs de diminuer sans risque le nombre de beneficiaires des distributions de ble (94).

Auguste s'inspira de son exemple parce qu'il avait tres vite compris que le controle capillaire d'une Rome laborieuse et pacifiee passait par le controle des associations (95). La reforme augusteenne consista surtout, a partir de 7 av. J.-C. (96), a organiser au niveau administratif des cadres territoriaux qui existaient deja, les quartiers ou vici, repartis dans de nouvelles circonscriptions plus vastes, les quatorze regions. Les premiers devinrent, en meme temps, les nouveaux cadres du recensement qui permit, entre autre, de corriger les variations du nombre des beneficiaires des frumentationes (97). Mais surtout, sous la tutelle du culte des Lares Augusti et du Genius d'Auguste vivant, les couches dangereuses, X'infima plebs, celle qui avait fait par le passe de la fete en l'honneur des divinites des carrefours, les lares compitales, un moment de subversion et de contestation de l'ordre impose par les boni, les gens de bien, se metamorphoserent en couches laborieuses et en supporters du pouvoir. Par le biais du reseau des rues et des quartiers, Auguste irriguait l'espace de la Ville, le spatium Urbis, de la presence des divinites tutelaires de sa propre domus (98) et controlait par l'intermediaire des ministres du nouveau culte les elements les plus instables de la population de l'Urbs.

Mais cela n'allait pas sans compensations materielles, le souci d'assurer a cette plebe, jadis frondeuse et desormais domptee, l'approvisionnement, les spectacles des jeux, mais aussi la mise en place d'une meilleure securite. Strabon (99) insiste sur les mesures prises par Auguste pour rendre moins dangereuse une ville aux ruelles etroites et encombrees, aux insulae hautes et bruyantes, sujettes aux effondrements et aux incendies. De nombreuses experimentations precederent la mise en place de la prefecture des vigiles, mais aussi celle de l'annone ou de la curatele des eaux. Mais grace a son action, son souci de l'efficacite et du pragmatisme qui ne heurtait ni les habitudes ni les susceptibilites de l'aristocratie attachee aux prerogatives des magistrats, il permit a la Rome antique de surmonter mieux que bien d'autres villes a travers les ages, ces problemes d'une megapole (100).

3. La propagatio imperii. Le mythe de la conquete du monde

L'Histoire est ainsi faite que c'est en general dans la politique etrangere que l'on evalue l'importance d'un regne ; c'est ce qui fait par exemple la grandeur du regne de Trajan par rapport a celui d'Hadrien, voire d'Antonin qui marqua pourtant l'apogee de l'Empire et fut le plus long apres celui d'Auguste. Ce dernier demeura le modele du conquerant des Daces et du vainqueur des Parthes.

Quand, dans le preambule des Res Gestae (101), Auguste pretendait avoir conquis le monde, Quibus orbem terrarum imperio romano subiecit, il etait sans doute le mieux place pour savoir qu'il n'en etait rien et que le monde etait loin d'avoir ete conquis. L'avis qu'il aurait donne a son successeur de ne pas etendre les limites de l'Empire est lui-meme en contradiction avec cette proclamation d'avoir soumis l'orbis terrarum a l'empire de Rome (102). Mais cette contradiction est elle-meme le reflet de la prise de conscience separant l'ideologie de la conquete universelle et la realite a un moment donne. Il n'est donc pas interdit d'interpreter ce conseil de prudence donne a Tibere comme une nouvelle illustration de la politique du possible. Pour le comprendre et surmonter cette apparente contradiction, il est d'abord necessaire de revenir sur la question de l'ideologie de la victoire, inspiratrice de la Propagatio Imperii (103).

La revendication de la domination de l'oikoumene est une constante dans la quete de gloire et de butin des grands chefs de guerre du passe et le Princeps se drapa dans le manteau des heros republicains. Il n'est donc pas etonnant qu'a peine investi d'un imperium sur plusieurs regions de l'Empire, il ait tourne ses regards vers la Bretagne et la peninsule Iberique (104). Comme l'indique Strabon (105), 'c'est au bout de l'ocean, sur les pourtours de l'univers que se deroulaient les exploits des plus grands capitaines'. Auguste voulait que son nom soit associe a la victoire et la virtus est l'une des quatre vertus inscrites sur le bouclier d'or : l'ensemble d'un chapitre des Res Gestae est consacre a ses victoires et a ses triomphes (106) et il proclame fierement ses vingt et une salutations imperiales (107). Certes, il affirme avoir ferme trois fois le temple de Janus (108), mais c'est pour rappeler qu'il a mis un terme victorieux a autant de guerres et que nul autre avant lui n'avait fait aussi bien. Certes, le nom d'Auguste est associe a celui de Pax et le Princeps projette l'image d'un faiseur et d'un garant de paix, mais on ne doit pas confondre la paix civile, la concordia et la pax (109). Celle-ci derive de la force des armes et ne pourra etre instauree que lorsque Rome aura impose sa domination universelle. En cela, Auguste ne fait que repondre aux exhortations des poetes, ceux du cercle de Mecene notamment, qui assignent a Rome la mission de diriger le monde et proclament l' 'imperium sine fine'. Virgile (110) precise la tache du Romain : 'Tu regere imperio populos, romane, memento' (111) et Horace (112) critique la guerre civile precisement parce qu'elle detourne Rome de sa mission, la propagatio imperii. C'est avec Auguste que s'est elabore le prototype du bon empereur, soucieux de l'extension de l'Empire et c'est avec lui que le slogan de la propagatio imperii, diffuse par la suite par les monnaies, inscriptions, panegyriques, a trouve ses fondements (113). Auguste n'a donc jamais perdu de vue le reve de la conquete du monde et n'a jamais reconnu qu'il puisse y avoir une limite a la domination de Rome (114). Toute l'imagerie officielle (115), mais aussi les realisations urbanistiques et architecturales, vecteurs de l'ideologie imperiale (116)--et le forum du Prince en apporte la meilleure illustration (117)--reflete cette ambition, dont la carte du monde, exposee sur les murs de la Porticus Vipsania, veut traduire la realite. Il s'agit, selon Pline (118), de montrer la terre a l'Urbs ; ce type de representation contribuait a familiariser le peuple romain avec le nom des peuples et des lieux deja largement evoques dans les reuvres des poetes et mis en scene dans les effigies et les exedres du forum d'Auguste. La carte proposait aux Romains de voir le monde qu'ils dominaient.

Cette maitrise du monde a par ailleurs ete consideree comme effectivement realisable pendant longtemps et Strabon apporte l'appui de sa science en affirmant que la circumnavigation autour de l'orbis terrarum, condition necessaire d'une conquete de celui-ci est realisable et qu'elle est virtuellement accomplie. Il decrit un monde dont il est possible de faire le tour, en passant par la Mer noire et la Caspienne et, de la, en atteignant la Chine et l'Inde qui se trouve a faible distance de la Mer Rouge (119). Pline (120) apporte a ce temoignage de precieux complements en montrant qu'Auguste s'etait aussi interesse a l'idee d'une circumnavigation meridionale de l'Iberie a l'Arabie, la face sud de l'Orbis (121). Alors, pourquoi ce conseil donne a Tibere et dont on n'a aucune raison de contester l'authenticite ?

Il est tout d'abord possible que les explorations et decouvertes effectuees tout au long du regne et qui avaient eu pour effet de reculer les limites du monde connu (122), aient fait prendre conscience qu'elles seraient plus difficiles a atteindre. Par ailleurs, les difficultes rencontrees a la fin du regne en Illyrie et en Germanie convainquirent certainement le vieil empereur de faire une pause dans la conquete et c'est ce que dit Tacite lorsqu'il indique que 'l'on combattait plutot pour effacer la honte du desastre de Varus que pour l'agrandissement de l'Empire et les fruits de la victoire' (123). Mais le conseil donne a Tibere ne pouvait valoir que pour la situation presente et fut erige, par la suite, comme une regle par le nouvel empereur, las des guerres et age, et dont Tacite nous dit qu'il fut un prince peu jaloux de reculer les bornes de l'Empire (124).

Pour Auguste, le desastre de Varus ne marqua pas une rupture et la strategie offensive fut poursuivie : les legions detruites furent remplacees et les forces sur le Rhin augmentees. Il est meme possible qu'Auguste ait demande a Germanicus de reprendre les territoires perdus. La revendication que l'on trouve dans les Res Gestae (125) d'une domination de l'ensemble des tenes allant de Gades jusqu'a l'embouchure de l'Elbe n'est donc pas la simple expression de la propagande ; elle demeure l'objectif realisable, pour un temps contrarie par un de ces revers de fortune militaire comme Rome en avait tant connus. Pour Auguste, la pacatio maris et terrae ne pouvait avoir que des connotations recumeniques ; c'etait l'image du grand Pompee et des conquerants de la Republique qui servaient de reference et nourrissaient son dessein, et quand il erigeait leur portrait en face de ceux de sa famille, il montrait que l'reuvre de Rome n'etait pas encore achevee. En effet, place etait laissee pour les conquerants a venir et il montrait par la qu'il etait parfaitement conscient que son regne n'etait, apres tout, qu'une etape dans le grand dessein de Rome.

Conclusion

L'un des heritages essentiels d'Auguste est d'avoir assure des siecles de stabilite au monde romain ; il avait en quelque sorte refonde la Res Publica sous la forme d'une monarchie, tout en donnant un nouveau statut aux provinces et avait instaure une paix solide dans une grande partie de l'Empire. Combien de regions d'Europe connurent par la suite, dans leur histoire, une paix plus longue que celle qui fut instauree par Auguste ? Certainement fort peu. Aucun de ses successeurs, meme les plus brillants et pour lesquels il fut un modele, ne peut presenter un tel bilan et qui, ailleurs et plus tard, peut pretendre en avoir fait autant ? D'ailleurs, il ne fut plus jamais question, par la suite, d'abolir le regime qu'il avait fonde et qui etait meme, selon Tacite qui n'eprouve a son egard aucune sympathie particuliere, le seul regime acceptable et possible parce qu 'il assurait la stabilite et la paix civile (126). Tout au plus, et ce fut le principal motif des innombrables complots qui scanderent l'histoire politique de l'Empire, on espera chaque fois remplacer un Prince par un autre que l'on pensait meilleur.

L'une des cles de la reussite d'Auguste est qu'il sut fonder l'avenir en restaurant le passe. J'ai parle du conservatisme d'Auguste, resume dans la formule que lui prete Macrobe (127) a propos de Caton : 'L'homme qui ne souhaite pas changer le systeme politique est un bon citoyen et un homme de bien', et ses positions sur les mreurs, le port de la toge, la famille et le mariage en font presque un personnage d'un autre age (128), par exemple lorsqu'il reprend le discours de Q. Metellus Macedonicus, le censeur de 131, lors de la presentation devant le Senat de la lex Iulia de Maritandis ordinibus (129).

Mais s'il etait un conservateur, Auguste n'hesita a innover, par exemple en reformant l'armee, en creant de nouveaux services a Rome, en instaurant un nouvel impot universel ou en faisant de l' Urbs une veritable capitale. Il avait surtout compris que les hommes en general repugnaient a l'innovatio si on la leur imposait par la force, que celle-ci devait etre reclamee et que cela avait ete l'erreur de Cesar qui n'avait pas hesite a brusquer les habitudes. Auguste, au contraire, eut le constant souci de faire evoluer le plus possible les choses a l'interieur des formes etablies et avec l'accord du plus grand nombre ; il eut aussi l'habilete de masquer ses pouvoirs absolus pour les rendre acceptables aux classes superieures, pudeur que n'eut jamais le dictateur. Cette politique du possible fut couronnee par l'octroi par le Senat du titre de Pater Patriae (130), preuve eclatante qu'il avait recu le consensus de tous.

Pourtant, la vieillesse d'Auguste ne fut probablement pas heureuse, marquee par les fatigues de l'age et de la tache, et ponctuee par les drames de la dynastie et la disparition de plusieurs de ses proches ; il eut peut-etre, lui-meme, le sentiment que son regne avait ete trop long et le paradoxe de sa vie fut sans doute qu'il ne pourrait jamais juger de la reussite de son reuvre. Il en avait assure la perennite en se preoccupant jusque dans ses derniers instants de sa succession (131). Suetone nous represente le vieux Prince, au soir de son existence, jetant un regard quelque peu cynique sur le bilan de son reuvre et de son existence en demandant s'il avait bien joue la comedie de sa vie (132) ; nul doute qu' en ces circonstances il ait songe a ce regime dont il avait entrepris, acheve et reussi la metamorphose avec le sentiment d'avoir conduit a son terme sa quete du possible.

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(1.) La bibliographie concernant Auguste s'est notablement enrichie ces dernieres annees et est destinee a croitre encore en cette annee de bimillenaire. Parmi les mises au point les plus recentes on citera d'emblee Raaflaub-Toher 1990 ; Galinsky 1996 ; 2005 ; La Revolution Romaine apres Ronald Syme, 2000 ; Millar 2002 ; Fondements et crises dupouvoir, 2003 ; Hurlet-Mineo 2009 ; Girardet 2007, Hurlet-Vervaet 2010 et surtout Hurlet 2007 pour le bilan historiographique. Parmi les nombreuses biographies consacrees au fondateur de l'Empire Romain, on retiendra Etienne 1970, Zanker 1988, Lacey 1996, Bleicken 1998, Southern 1998, Eck 1998, Kienast 1999, Cosme 2005.

(2.) Voir a ce propos Lyasse 2008.

(3.) Roddaz in Hinard 2000, pp. 879-912.

(4.) Les Res Gestae sont tres discretes sur ce debut de carriere pour le moins chaotique, mais ne pouvaient l'occulter dans la mesure ou le nouvel ordre etait ne de la victoire et que tout, en fait, commencait a Actium, presente comme le mythe fondateur. La date de la bataille est la seule date mentionnee dans son reuvre par Cassius Dio (51, 1, 1). Pour les Res Gestae, voir Scheid 2007.

(5.) Tacite, Ann., 1, 9. Cela se retrouve dans les jugements tres divers portes sur la personnalite du fondateur du Principat, par exemple dans la presentation qu'en fait Syme 1952, dans sa Revolution Romaine. Mais l'on retrouve les memes jugements acerbes chez les ecrivains des Lumieres, Montesquieu ou Voltaire, qui considerent Auguste comme un tyran sanguinaire.

(6.) La question de la succession est devenue tres vite une preoccupation essentielle d'Auguste. Des apres l'octroi de ses pouvoirs, en 27, il a ete soucieux d'assurer sinon la perpetuation du regime, du moins la continuite dynastique. En temoigne son souci de marier son unique descendante, sa fille Julie, a son neveu Marcellus, en 23, et des la mort de celui-ci, d'unir la jeune veuve a son ami Agrippa en 21, meme s'il avait un moment songe a faire de l'un de ses amis, Caius Proculeius, totalement depourvu d'ambitions politiques, son nouveau gendre : Tacite, Ann., 4, 40, 3.

(7.) Tacite, Ann., 1, 1, 1.

(8.) Suet., Aug.,

(9.) Tacite, Ann., 1, 2.

(10.) Cet aspect avait ete particulierement mis en lumiere par Etienne 1970, pp. 14-28.

(11.) Voir Hinard-Roddaz in Hinard 2000, pp. 919-920.

(12.) Roddaz in Fondements et crises 2003, pp. 397-418.

(13.) Auguste n'avait jamais promis le changement. Au contraire, il pretendit toujours ne rien vouloir changer et ne jamais porter atteinte aux usages et quand il changea les choses, il pretendit qu'il y avait ete contraint ou que cela fut fait avec le consentement de tous.

(14.) Il est necessaire de considerer que la revolution augusteenne n'a pas concerne seulement Rome et l'Italie, mais s'est etendue a l'ensemble du monde mediterraneen et de l'Empire, y compris sur ses marges les plus extremes. Elle a englobe tous les domaines, du politique au religieux, de l'administratif au culturel. L'reuvre architecturale d'Herode, par exemple, est la meilleure illustration de la maniere dont Rome put aussi servir de modele a l'Empire. Voir notre prochaine publication, en collaboration avec J.-C. Golvin, Herode, le Roi-Architecte, Arles/ Paris, 2014.

(15.) Cela a ete bien mis en evidence par Eder, in BRE 1990, pp. 71-122.

(16.) Et ces discussions peuvent etre sans fin dans la mesure ou l'etat de nos sources ne peut nous permettre de trancher sur differents points controverses, comme celui de la nature de l'imperium du Prince. Voir en dernier lieu Giovannini 1999, Millar 2000, Ferrary 2001, 2003, Roddaz 1992, 2003, Girardet 2007 qui reprend, pp. 363-521, dans un volume unique toute une serie de publications anterieures importantes sur le sujet. Voir aussi la mise au point de Hurlet in Hurlet-Mineo 2009, pp. 9-22.

(17.) A ce sujet on relira avec interet Linderski 1995, pp. 32-43 ; Galsterer in BRE 1990, pp. 1-20.

(18.) Tacite, Ann, 1, 2.

(19.) Tacite, Ann, 4, 33, 1.

(20.) Laffi 1993, pp. 55-56.

(21.) Sur ce point, j'ai deja exprime et explique ma position dans Roddaz 2003, pp. 405-410. Contra Girardet 2007 (1990), pp. 396-401. Voir aussi Millar 1973, pp. 50-67 ; 2000, pp. 3-7 ; Rich-Williams 1999. Vervaet 2009, pp. 59-71 suppose qu'Octavien conserva le titre de triumvir jusqu'a la deposition de ses pouvoirs extraordinaires en 28-27, ce qui n'est nullement atteste par les sources.

(22.) Et sur laquelle nous ne voyons pas comment les positions de chacun evolueraient en l'absence de documents nouveaux du type de la decouverte de l'inscription du Bierzo : voir Alfoldy 2001, pp. 365-418.

(23.) Millar 1973, p. 63 ; sur un plan plus general, voir Judge 1974, pp. 279-311 ; un colloque lui a recemment ete consacre : Hurlet-Mineo 2009, pp. 9-22.

(24.) Comme en temoigne la documentation numismatique : Rich-Williams 1999, pp. 173-176.

(25.) Non mos non ius, dit Tacite, Ann., 3, 28 ; l'aureus de 28 porte au revers la legende 'leges et iura P(opulo) R(omano) restituit'.

(26.) Voir Ferrary 2003, p. 419 ; sur le sens multiple de Res Publica, Lacey 1996, p. 7.

(27.) Suet., Aug, 28, 3.

(28.) Voir Zecchini 2001, pp. 11-34 ; Sion-Jenkis 2012, pp. 11-28 ; surtout Ferrary 2010, pp. 9-30.

(29.) Sur Pompee privatus cum imperio et comme consul solus en 52, on relira avec interet les pages de Girardet 2007, pp. 11-67.

(30.) Roddaz 1984, pp. 209-229.

(31.) C'est l'idee generale que l'on retire de l'ouvrage de Syme 1952, pp. 298-313 et pp. 331-348.

(32.) Un parallele interessant peut etre dresse avec l'attribution du consulat a Napoleon Bonaparte, le 10 thermidor de l'an 10 (29 juillet 1802) : 'Le peuple francais nomme et le Senat proclame Napoleon Bonaparte 1er Consul a vie'.

(33.) Mantovani 2008, pp. 5-54.

(34.) Sur l'importance des prerogatives consulaires mises a mal par Cesar et les triumvirs, voir deja Grenade 1961, 338 ; Roddaz 1984, 202-207. Les decouvertes numismatiques viennent a l'appui de cette theorie : Rich-Williams 1999, 169-213 ; Millar 2000, 5-7. Et c'est dans ce sens qu'il faut interpreter les importantes emissions d'as de Nimes celebrant le double consulat d'Octavien et d'Agrippa.

(35.) Cassius Dio, 53, 13, 1-2 ; Suet., Aug., 34 ; Prop., Eleg, 1, 8, 21 ; 2, 7, 1-3. Cosme 2005, pp. 179-181.

(36.) Voir Strothmann 2000, pp. 34-41.

(37.) Hurlet 2003, pp. 169-173 ; 2009, pp. 127 sq. avec la bibliographie n. 8.

(38.) RGDA, 6 ; 25, 2 ; 34, 35.

(39.) RGDA, 25, 2 : 'Toute l'Italie m'a prete serment d'une facon spontanee et m'a demande comme chef dans la guerre qui m'a vu vainqueur a Actium'.

(40.) P. Koln VI, no 249 ; Roddaz 1984, pp. 343 sq. ; Ameling 1994, pp. 22-27 ; Hurlet 2002, p. 167.

(41.) Lepore 1954, pp. 178 sq. ; Moatti 1997, pp. 250-254 ; Hurlet 2002, p. 163.

(42.) Von Premerstein 1937, pp 48 sq. faisait des serments a l'Empereur la source principale d'une autorite qui aurait recherche l'adhesion la plus large et instaure par ce biais avec les gouvernes les memes relations qu'entre patrons et clients. Cette these a ete souvent nuancee, voire critiquee avant d'etre reprise sous une autre forme dans les travaux de Flaig 1995, pp. 77-127, qui adopte une position encore plus radicale en lui accordant une place centrale dans la definition meme du systeme augusteen ; sur ce point voir les remarques de Hurlet 2002, pp. 166-169.

(43.) Cassius Dio, 54, 29, 4 ; Roddaz 1980, pp. 947-951.

(44.) Fraschetti 1990, pp. 297-299.

(45.) Cassius Dio, 54, 29, 1 ; 7. Mais Cassius Dion precise, un peu plus loin, reprenant la position officielle, que la disparition d'Agrippa fut une perte incalculable pour le Prince qui la ressentit pendant longtemps, mais aussi un malheur affectant tous les Romains.

(46.) Hurlet 2009, pp. 85-92. Voir aussi 2006, pp. 13-14.

(47.) Voir sur ce point Ferrary 1997, p. 231, pour lequel le nouveau consensus etabli par Auguste instaure une nouvelle forme de l'auctoritas.

(48.) On lira toujours ave profit Magdelain, Auctoritas Principis, Paris 1947 et du meme, Ius, imperium, auctoritas, Etudes de droit romain, Rome 1990.

(49.) RGDA, 34, 3.

(50.) Il en dresse la liste dans les Res Gestae, 5, 6 , 10.

(51.) Voir supra note 13.

(52.) Voir Hurlet 2006, en ce qui concerne les rapports entre le Prince et les proconsuls.

(53.) Voir, sur ce point Girardet 2007, pp. 490-514 ; Ferrary 2001.

(54.) Hurlet 1995, pp. 25 sq.

(55.) Et ce ne fut sans doute pas un hasard si Agrippa fut le premier.

(56.) RGDA, 34, 3.

(57.) Yavetz 1984, 110-113.

(58.) Voir notre commentaire de Cassius Dion, dans Freyburger-Roddaz 1994, pp. XXXVIII-XLVIII.

(59.) Voir, sur ce point, en dernier lieu, Welch 2012, pp. 230-238 qui analyse parfaitement les relations de Sextus Pompee avec le peuple de Rome : voir aussi pp. 182 sq.

(60.) Roddaz 1984, pp. 145-154 ; Fraschetti 1994, p. 304.

(61.) En dernier lieu Cosme 2005, pp. 160-162.

(62.) Lacey 1996, pp. 154-168 ; Yavetz 1984, pp. 132-134.

(63.) Ferrary 2001, pp. 118-119.

(64.) Comme en temoigne l'ensemble des lois passees entre 9 av. J.-C. et 9 ap. J.-C.

(65.) Voir, en dernier lieu, sur cette question, Hinard 2006, pp. 815-842.

(66.) Cassius Dio 55, 34, 2 ; Ep. De Caesaribus, 1 ; Pline, NH, 7, 9.

(67.) Les curatores aquarum en 11 av. J.-C. apres la mort d'Agrippa et l'annone en 8 ap. J.-C. apres une periode de disette.

(68.) Cassius Dio, 53, 24.

(69.) Badot 1973, pp. 600-615 ; Sablayrolles 1996, p. 22.

(70.) Yavetz 1984, pp. 128-130 ; Roddaz 1984, pp. 559-560.

(71.) L'exemple le plus interessant est sans doute celui de L. Appuleius Saturninus : voir Roddaz 2005, p. 109.

(72.) Cassius Dio, 54, 9, 6 ; Roddaz 1984, p. 487.

(73.) Supra. Voir aussi Fraschetti 1994, pp. 298-299.

(74.) Cassius Dio, 54, 29, 4-6.

(75.) Cassius Dio, 54, 29, 4 ; Roddaz 1984, pp. 488-490.

(76.) Cassius Dio, 53, 31, 4.

(77.) Voir aussi le jugement de Seneque, Epist, 15, 94, 46. Roddaz 1984, pp. 518-521.

(78.) Yavetz 1984, pp. 132-144.

(79.) L'image d'Auguste, transmise par l'art officiel est quelque peu stereotypee. Monnaies et statues participent a cet art de la communication qui tranche quelque peu avec l'humanitas qui caracterise l'attitude du Prince dans ses relations avec le peuple. Il y a peu ou pas d'image de la vie privee, et la gravitas, l'impression de dignite et d'eternelle jeunesse sont les traits dominants de cette iconographie. Pour l'iconographie d'auguste, on se reportera a Fittschen 1991, pp. 149-186 et toujours a Zanker 1973 et 1987.

(80.) Suet., Aug., 45, 1.

(81.) Tacite, Ann, 1, 54.

(82.) Cassius Dio, 53, 1, 6 ; Suet., Aug., 45.

(83.) Cassius Dio, 55, 4, 2 ; Yavetz 1984, pp. 142-144.

(84.) Suet., Aug., 53, 1.

(85.) Bats 1994, pp. 19-43 ; Baldwin 1979, pp. 189-192.

(86.) Roddaz 2005, pp. 39-40.

(87.) Jal 1963, pp. 208-212.

(88.) Si le lieu d'affichage reste du domaine de l'incertain, les pratiques de l'affichage ne font aucun doute : Suet., Aug., 42. Sur ce point, on relira avec interet les pages de Corbier 2006, pp. 35-37.

(89.) Suet., Aug., 42, 1. Il s'agit la d'une allusion a l'reuvre edilitaire d'Agrippa et son action pour l'approvisionnement en eau de la capitale. Roddaz 1984, pp. 148-152.

(90.) Suet., Aug., 56 ; 89, 6.

(91.) Voir sur ce point Veyne 1984, pp.76-80.

(92.) Yavetz 1984, pp. 76-80.

(93.) Suet., Iul., 42.

(94.) Suet., Iul., 41 ; Virlouvet 1995, pp. 184-185.

(95.) Fraschetti 1994, pp. 252-280.

(96.) Cassius Dio, 55, 8, 5-7 ; Suet., Aug., 30, 1.

(97.) Suet., Aug, 40, 3 ; Virlouvet 1995, pp. 186-192.

(98.) Nous renvoyons ici aux pages mentionnees de Fraschetti 1994.

(99.) Strabon, Geog, 5, 4, 5.

(100.) Voir la contribution de Fraschetti in Nicolet Megapoles, 2000, pp. 724-731 qui dit l'essentiel en quelques pages.

(101.) Voir aussi RGDA, 26,1.

(102.) Tacite, Ann., 1, 11, 14 ; 1, 3, 6 ; Cassius Dio, 56, 33, 3.

(103.) Roddaz 2002, pp. 262-275.

(104.) C'est ce que nous dit Cassius Dio, 53, 22 ; Southern, pp. 117-118 ; Cosme, pp. 147-152.

(105.) Strabon, Geog., 1, 1, 16.

(106.) RGDA, 25-33.

(107.) RGDA, 4, 1.

(108.) RGDA, 13, 1-2.

(109.) Eck 2003, pp. 106-108.

(110.) Virgile, En, 8, 851-853.

(111.) 'Tu Dois diriger les peuples sous ta loi, Romain, souviens t'en'.

(112.) Horace, Ode, 1, 12, 57 ; voir aussi les themes developpes dans l'Ode IV : Cresci Marrone 1983, pp. 263 sq.

(113.) Whittaker 1989, p. 36 ; Roddaz 2003, pp. 33-46.

(114.) RGDA, 26, 1.

(115.) Voir Ando 1992, p. 289.

(116.) Sur la diffusion de l'ideologie imperiale en Occident voir le colloque de Bastia 2006 et Roddaz, pp. 33-46

(117.) Dans ce meme colloque, voir les communications de Gros, pp. 115-127 et de Nogales Basarrate ; Alvarez Martinez, pp. 129-177.

(118.) Pline, NH, 3, 13-16 ; voir surtout Nicolet 1988, pp. 109 sq.

(119.) Sur Strabon et sa vision du monde, voir Lasserre 1969, pp. XXX-XXXV. Dion 1964, pp. 249-269.

(120.) Pline, NH, 2, 167-170.

(121.) Et que dire de la 'preparata in Oceanum fuga' de Cleopatre, mentionnee par Florus, 2, 21, 9. Si, apres Actium, Cleopatre avait songe a rejoindre la peninsule Iberique (et le transport de ses navires en Mer Rouge conforte cette hypothese), on voit mal par ou elle aurait pu passer sans emprunter la voie de l'ocean maritime exterieure puisque la Mediterranee etait sous le controle d'Octavien.

(122.) On pense plus particulierement aux expeditions d'Aelius Gallus dans la peninsule Arabique, de L. Cornelius Balbus dans le Fezzan, et au Nord, celles de Drusus en direction de l'Elbe avec des operations combinees de la flotte en Mer du Nord et dans la Baltique.

(123.) Tacite, Ann., 1, 36.

(124.) Tacite, Ann., 4, 22, 3.

(125.) RGDA, 26, 1.

(126.) Tacite, Ann, 1, 4, 1.

(127.) Macrobe, Saturnales, 2, 4, 18.

(128.) Suet., Aug, 45, 5 ; Southern 1998, p. 145.

(129.) Suet., Aug., 89, 2.

(130.) RGDA, 35.

(131.) Tacite, Ann, 1, 6.

(132.) Suet., Aug.,27-28.

Jean-Michel RODDAZ

Universite de Bordeaux

jean-michel.roddaz@u-bordeaux3.fr

Fecha de recepcion: 3-2-2014; aceptacion definitiva: 26-6-2014 BIBLD [0213-2052(2014)32;21-46

* Cet article est la nouvelle publication, en francais, d'une conference donnee (en espagnol) a l'Universite de Valparaiso, en octobre 2004, lors de la XXIa semana de Estudios Romanos : Roddaz 2006a, pp. 130-145. Le texte garde toute son actualite et le titre n'a pas ete change; le contenu de la communication a ete legerement modifie, l'apparat critique a ete transforme et la bibliographie a ete completee et mise a jour.
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Author:Roddaz, Jean-Michel
Publication:Studia Historica. Historia Antigua
Date:Jan 1, 2014
Words:11369
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