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At the Heart of Interdisciplinarity: The Discourse Theory Applied to Political Science/AU CEUUR DE L'INTERDISCIPLINARITE: LA THEORIE DU DISCOURS APPLIQUEE EN SCIENCE POLITIQUE.

Introduction

Corollaire de la philosophie postmoderne, du tournant numerique et de la mondialisation du champ scientifique, l'interdisciplinarite est en train de s'eriger, non sans difficulte (1), en cle de voute de la recherche contemporaine. Jadis percue comme un facheux derapage eclectique qui ne pouvait que compromettre une logique disciplinaire ayant deja longuement fait ses preuves, la demarche interdisciplinaire est aujourd'hui depeinte comme un atout, comme un element qui confere de la robustesse et de la visibilite aux projets et ouvrages qui en font la preuve, la necessite de la developper trouvant un appui confortable au sein de la communaute scientifique (2).

Loin de sonner le glas des disciplines en tant que pierres angulaires de la production scientifique, l'interdisciplinarite en reconnait l'importance tout en bouleversant, par son modus operandi, leurs frontieres et leur hegemonie. C'est ainsi que la dialectique interdisciplinaire remplace la matrice disciplinaire--parcellaire, cloisonnee, autosuffisante et arbitrairement prescriptive--par une vision dialogique non-totalisante, dans laquelle la porosite des frontieres permet un nomadisme conceptuel qui finit par batir un espace autre d'integration heterotopique accommodant concepts, idees, theories ou methodes autrefois amarres a des champs disciplinaires en apparence contrastants (3).

La geometrie variable de ce type d'espaces est tracee par les apports irreguliers des disciplines appelees a y contribuer. S'il y a, en effet, des disciplines plus preteuses de grains de savoirs que d'autres (4), le poids des contributions varie egalement en fonction de l'objet de recherche autour duquel s'organise l'espace interdisciplinaire et de la maniere dont cet espace evolue, car la rearticulation des diverses contributions--qui obeit a la logique de la difference et de l'equivalence et qui depasse la simple juxtaposition mecanique des savoirs--debouche habituellement sur des horizons interpretatifs plus amples, plus adaptes a l'etude d'objets de recherche complexes, tout en jetant, tot ou tard, les bases de nouvelles disciplines.

Dans ce qui suit, nous allons analyser, dans un premier temps, les elements definitoires de la theorie du discours en tant qu'approche interdisciplinaire qui fait appel a des acquis et a des methodes relevant de plusieurs domaines des sciences sociales. Puis, dans un deuxieme temps, en prenant une posture plutot normative-utilitaire, nous allons nous interroger sur les merites et les limites de la theorie du discours dans l'approche du politique.

1. Pour eclairer notre chemin: un chantier interdisciplinaire pour formaliser l'objet de recherche

La theorie du discours est une approche interdisciplinaire nee des bouleversements majeurs qui ont contribue--dans les annees 1960 et, plus tard, dans les annees 1980--a la mise en cause de l'establishment, de l'autorite, des valeurs et des paradigmes scientifiques traditionnels.

Cette approche ne repose pas sur un noyau theorique propre, mais se caracterise par une revendication progressive de principes de la pensee postmarxiste et de la linguistique postsaussurienne, ainsi que par une integration graduelle d'elements de differentes autres disciplines, telles que la theorie de la communication, l'histoire, la philosophie, l'anthropologie culturelle, la science politique, la sociologie du conflit ou la psychanalyse.

L'axe evolutif de la theorie du discours temoigne de l'etendue progressive de sa portee analytique. Ainsi, si les representants de sa premiere generation (5) etaient encore tributaires, a quelques exceptions pres (6), d'une vision purement linguistique et structuraliste du discours, les representants de la deuxieme generation ont etendu cette notion a certaines pratiques sociales sans pour autant renoncer au determinisme economique et a la philosophie materialiste specifiques au marxisme. Michel Foucault a ete le premier a prendre ses distances par rapport a ce qu'on a appele par la suite l'analyse critique du discours, en ouvrant de nouvelles perspectives de recherche par l'interet accorde aux conditions historiques de possibilite des discours ou a l'etroite dependance existant entre discours et pouvoir.

C'est pourtant la troisieme generation de penseurs, chaperonnes par Ernesto Laclau et Chantal Mouffe, qui a reussi a pleinement autonomiser la theorie du discours en l'etayant sur une approche constructiviste du pouvoir. Par l'ancrage dans une ontologie anti-essentialiste et une epistemologie antifondationaliste (7), l'ancienne distinction entre pratiques sociales discursives et pratiques sociales non-discursives est egalement disparue.

Dans ce qui suit, la reprise des cinq postulats les plus importants de la theorie du discours de troisieme generation, tels qu'ils ont ete enonces par Jacob Torfing (8), nous permettra de mettre en lumiere les elements de nouveaute qu'elle apporte par rapport aux paradigmes traditionnels, ainsi que son caractere interdisciplinaire et la facon dont les emprunts a des disciplines de reference ont ete operes.

1. D'abord, toute forme de pratique sociale a lieu dans un milieu domine par des discours specifiques ayant eux-memes une certaine histoire. Le << dire >> d'aujourd'hui porte l'heritage du << dire >> d'hier et determine a son tour le << dire >> de demain. L'evolution d'un discours dominant a l'autre est realisee a travers la liberation des signifiants, lesquels, devenus libres, sont dorenavant relies par de nouveaux enchainements logiques. Dans ce contexte, certains signifiants libres constituent les points nodaux qui reunissent la representation de la realite dans un ensemble coherent, tout en portant l'heritage de leur sens et de leur configuration anterieurs.

La theorie du discours associe donc l'analyse historique a l'anthropologie culturelle afin d'etudier le contexte specifique dans lequel se produit l'emergence des ordres discursifs. Le type de demarche qui est propre a la theorie du discours serait largement improbable dans un cadre uni-disciplinaire. D'un cote, il s'agit ici d'etudier le contexte dans lequel emergent et se transforment les representations politiques collectives et cela ne pourrait pas se faire d'une autre maniere que par le biais d'une une demarche historicisante ou le cadre explicatif repose sur la determination des circonstances, des situations et des evenements. De l'autre cote, le fait d'identifier un parcours evenementiel quelque complexe qu'il soit dans un cadre politico-institutionnel particulier n'est que le debut d'une approche qui, pour aller au-dela de l'informatif, doit etre completee par une << mise en sens >> de la situation respective (9). C'est ici qu'interviennent les perspectives issues de l'anthropologie, en orientant l'analyse du contexte historico-politique vers l'appropriation des metadonnees socioculturelles sur lesquelles s'erige le vivre-en-commun de la societe respective. Il s'agit de repertorier le systeme de << grandes valeurs >> et de principes fondateurs qui sont censes animer une societe et de retracer schematiquement leur phenomenologie, operation qui est indispensable a la comprehension du cadre socio-politico-culturel de la societe consideree (10).

A ce stade de l'analyse, la question legitime qui se pose est celle-ci: comment expliquer l'ensemble relationnel entre constats sur l'evenementiel, descriptions du cadre politico-institutionnel et analyses des valeurs et principes socioculturels? Notre reponse foncierement interdisciplinaire est que le seul liant qui permette la representation intelligible de cet ensemble est le discours (11). Mais la notion de discours ne saurait pas etre reduite aux simples actes de langage ou a la communication entre emetteurs et recepteurs de messages. Elle recouvre l'ensemble du representationnel et revele la signification des processus sociaux: etant donne le caractere indecidable et purement contingent des rapports entre les faits et leurs significations, c'est seulement le discours sur le sens des faits qui peut fournir une lecture intelligible du social. Cependant, precisement puisque les volets de cet ensemble relationnel sont loin d'etre figes et se trouvent dans une permanente metamorphose, il ne s'agit jamais d'un discours, mais d'une serie de discours, lesquels, chacun de leur cote, essaie de representer le social et de lui offrir une lecture definitive.

De ce fait, les relations d'opposition, de contrariete ou de complementarite entre ces discours auront toujours deux traits majeurs. Primo, elles seront marquees sur un plan synchronique par une rigidite qui se veut absolue, puisque les discours se demarquent les uns par rapport aux autres precisement en concevant leurs frontieres comme naturelles et immuables. Toutefois, elles seront marquees sur un plan diachronique par l'elasticite, car tous les discours doivent s'adapter ou meme se reconfigurer en fonction des evenements qu'ils sont censes expliquer, faute de quoi--comme nous allons le constater--ils risquent de se destructurer. Et secundo, ils auront tendance a se regenerer, tout en puisant aux sources des formes discursives precedentes, afin de se legitimer socialement. La reproduction et l'alteration trans-contextuelle des formes de representation discursive est un element determinant du cadre socio-historique dont seule une approche interdisciplinaire saurait mesurer l'envergure et l'impact.

2. Puis, le discours prend contour a travers des combats hegemoniques pour l'obtention d'un leadership moral et politique par l'articulation du sens et de l'identite. Les combats pour l'hegemonie sont loin d'etre livres a l'interieur de camps etanches et sciemment constitues; il s'agit plutot d'une serie infinie d'efforts sequentiels et chaotiques dont le resultat depend de la disposition et de la propension des individus a choisir des reperes identitaires suffisamment forts pour maintenir et propulser certaines articulations des sens, notamment, l'articulation dominante du moment. Ce sont precisement les articulations qui sont capables d'offrir un principe credible en fonction duquel le monde arrive a lire les evenements qui deviennent des articulations dominantes. Pour la creation et le maintien de telles articulations, on emploie la << totalisation ideologique >>, processus a travers lequel le discours est structure par plusieurs points nodaux.

Il est bien evident que, pour valoriser operationnellement ce second point-cle, la theorie du discours a recours a des strategies interdisciplinaires de recherche qui relevent de la semiotique et de la theorie politique. L'interdisciplinarite consiste a ce niveau non pas seulement dans le jumelage de ces deux disciplines dans un ensemble explicatif chaperonne par la theorie du discours, mais plutot dans un echange permanent de positionnements normatifs et de strategies methodologiques qui relevent de ces deux perspectives differentes.

L'apport de la semiotique au developpement de ce second point-cle de la theorie du discours consiste notamment dans l'identification et l'analyse des formes langagieres qui participent a la structuration des representations discursives et des mecanismes de connexion entre cellesci (12). Pour synthetiser, l'analyse semiotique contribue ici en deux grandes etapes. D'abord, l'analyse postsaussurienne des relations de conditionnement reciproque entre les signifiants et les signifies, qui, appliquee a la sphere du politique, nous amene au constat suivant: le social est l'espace de la representation discursive du reel a travers l'articulation et la re-articulation des signifiants par rapport a des signifies qui sont historiquement et socialement valorises au sein de la societe (13). Par exemple, le signifiant discursivement construit << Justice >> s'attache a un signifie << Justice >> dont le sens est intuitivement imagine par tous les membres d'une communaute. A travers l'analyse linguistique, on arrive a preciser non pas seulement les relations entre signifiants et signifies, mais aussi les interconnexions qui s'etablissent entre ces << couples >> signifiants-signifies a des moments historiques differents. La linguistique contribue alors a eclaircir ce deuxieme point de la theorie du discours a travers la mise en avant du caractere instable et, finalement, ephemere des articulations qui se tissent au sein du monde discursif. Par l'etude de la multiplicite d'articulations virtuellement etablies entre une variete de signifiants, la linguistique demontre la profonde relativite des representations sociales et la non-plausibilite d'une lecture selon laquelle l'espace discursif serait gerable ou manipulable par un nombre preetabli d'acteurs politiques. Autrement dit, les theories << de la conspiration >> selon lesquelles le discours public ferait l'objet d'une manipulation controlee par un petit nombre << d'inities >> qui auraient la mainmise sur le contenu et les moyens de transmission de l'information sont bel et bien irrealistes.

La deuxieme source contribuant au developpement de cette reflexion est la philosophie politique, notamment a travers l'analyse gramscienne et neo-gramscienne de la notion d'hegemonie. Sans entrer dans les details, il faut noter qu'Ernesto Laclau synthetise la lecture discursive de l'hegemonie comme un processus d'extension abusive d'une representation particuliere qui assume l'universalite (14). Les combats hegemoniques pourraient simplement etre expliques comme des confrontations entre des representations particulieres du monde qui s'efforcent d'occuper la place de l'universel, d'un universel qui est en fait irrepresentable, au sens ou il est irreductible a toute representation particuliere (15). Entre les differentes articulations discursives, les combats hegemoniques etablissent des hierarchies qui, pour faire court, reposent sur un seul critere: le degre de credibilite qu'elles sont capables d'atteindre. Ainsi, force est de constater que deviennent credibles les discours dont l'articulation des signifiants structure des representations du social qui arrivent a passer pour des descriptions et des explications naturelles << du reel >>. Mais pour qu'une vraisemblance de naturalite soit possible, ces discours ne peuvent pas reposer sur une construction ad hoc issue de la volonte de pouvoir d'un groupe particulier restreint; ils doivent resulter d'une mecanique sociale vaste, alimentee par une infinite de << voix >> et synthetisant les efforts multiples et disparates des acteurs qui visent se legitimer et avoir plus d'acces au pouvoir.

Pour conclure sur ce second point, le jumelage des perspectives semiotique et philosophique rend possible une lecture discursive de la production et des effets des combats menes pour l'obtention d'un statut d'hegemonie sociale et politique.

3. En troisieme lieu, la theorie du discours explique que les articulations hegemoniques du sens et des identites reposent sur la construction des antagonismes sociaux. Toute logique s'etayant sur la totalisation ideologique suppose l'idee de l'existence d'un Autre, par rapport auquel l'identite et les principes du groupe se structurent en opposition. Ainsi, Yalteration (ou bien, l'invention de Y Autre) comporte en elle-meme l'identification d'un non-Nows qui, dans le contexte de la competition sociale et politique, devient un adversaire dont la nature et les dimensions sont representables a travers le discours. Pour donner un sens a notre propre identite, l'Autre est exclu et, dans le cadre de l'antagonisme social, combattu et meme parfois violemment reprime. Son identite structure la notre, mais ouvre en meme temps la voie du demantelement de Nousmemes, a force d'offrir une alternative a notre identite. La determination de ce qui est inclus et de ce qui est exclu de notre identite devient ainsi essentielle pour la facon de nous rapporter au monde et de concevoir la sphere du politique. Cette determination devient comprehensible a travers la mise en place imaginaire des frontieres politiques.

Afin d'aboutir dans la demonstration de ses hypotheses, la theorie du discours s'appuie sur l'anthropologie culturelle et sur la sociologie du conflit. Pour ce qui est des elements issus de l'anthropologie culturelle, la demarche de la theorie du discours est plutot assimilatrice et reproductive: on retient les diagnoses concernant le caractere non-essentialiste et dynamique des identites collectives et, ceci etant, la centralite de la question identitaire dans l'organisation du politique. Comme George Herbert Mead l'a bien montre (16), les identites se construisent a travers le processus du miroitement, voire d'une maniere relationnelle-oppositionnelle. Les Autres dans lesquels nous nous miroitons sont des non-Nous et notre identite devient possible seulement si leurs identites le sont aussi. L'anthropologie est censee offrir ici une explication culturelle pour le processus de construction et de reconstruction des identites sociales a travers leur integration au sein des discours a vocation hegemonique.

Cette perspective est logiquement completee par des constats scientifiques qui relevent de la sociologie du conflit. Comme Carl Schmitt ou Julien Freund l'ont jadis explique (17), la conflictualite est l'un des principaux traits du politique, sinon le trait fondamental. Tel qu'il est imagine par la theorie du discours, l'antagonisme marque l'absence d'objectivite de l'ordre sociopolitique et le caractere illusoire de toute tentative d'offrir une representation totale et definitive du social et du politique. L'antagonisme social consiste dans une operation de structuration discursive binaire du champ politique, qui est presente comme une vaste arene ou s'affrontent des visions opposees du monde auxquelles correspondraient des identites rigidement definies (Nous-Eux) (18). Determiner le contenu identitaire des deux champs imaginairement constitues equivaut a peupler les deux poles du binome avec certains individus, certains groupes et certaines categories humaines. L'inclusion et l'exclusion du discours legitimant l'appartenance a Nous ou, au contraire, a Eux deviennent ainsi des operations decisives pour l'organisation de l'espace politique. La valeur ajoutee de la sociologie du conflit est liee a la determination des modalites constitutives des oppositions qui emergent au sein du champ social, a l'analyse des processus de coagulation socioidentitaire et a l'etude des techniques et des mecanismes d'exclusion sociale.

4. La quatrieme assertion de la theorie du discours porte sur le demantelement d'un certain ordre discursif. Un systeme discursif stable est disloque au moment ou il ne reussit plus a expliquer les evenements auxquels il est confronte. La dislocation a lieu sous l'action << destructrice >> des autres systemes discursifs qui aspirent a l'hegemonie en souhaitant capturer les signifiants liberes par l'ancien systeme dominant au cours de son agonie. La captation d'un ensemble de signifiants libres a fort retentissement public et la totalisation ideologique coherente de ceux-ci donnent a un certain systeme discursif des chances decisives pour l'emporter sur les autres.

Sur ce point, la theorie du discours s'appuie essentiellement sur les avancees de la science politique comparee et, de nouveau, de la linguistique. Du point de vue de la theorie politique, c'est surtout la methodologie analytique utilisee dans l'etude comparative des systemes politiques qui est valorisee a ce niveau de notre demarche. Classiquement, cette methodologie nous permet d'etudier comparativement les dynamiques des systemes politico-institutionnels a travers l'application d'un kit adaptable de criteres et d'indicateurs. Le resultat principal est la hierarchisation des systemes en fonction de leur capacite de repondre a des besoins fonctionnels precis et, de cette maniere, l'identification des systemes moins performants et de leurs failles precises (19). Ce dispositif est a fortiori applicable si on se penche sur les ordres discursifs. Concretement, puisque tout systeme discursif se bloque lorsqu'il n'est plus a meme de produire une lecture credible du monde << reel >>, la question serait de savoir ou tracer les limites de l'acceptabilite des erreurs d'interpretation commises par l'ordre discursif respectif. Or, s'il est bien evident que ces limites sont determinees d'une maniere purement contingente--et au cas par cas--force est de constater pourtant que la chute des ordres discursifs presente des recurrences qu'il vaut la peine de repertorier (20).

La linguistique intervient ici par l'analyse de la maniere dont le demantelement des ordres discursifs donne lieu a une proliferation des signifiants libres. La liberation des signifiants et notamment des anciens points nodaux du discours dominant se manifeste tout au long du processus de destructuration, mais se precipite au moment du crepuscule du volet politico-institutionnel dudit ordre discursif. Par le biais de la linguistique, on explique le processus d'identification, de captage, de recuperation et d'integration des signifiants fraichement liberes dans des nouveaux discours concurrents. De surcroit, on examine le set de procedes grammaticaux a travers lesquels les signifiants sont reunis et rearticules et on mesure leur capacite de garder la legitimite dont ils ete munis en tant que maillons de la chaine discursive precedente (21).

5. Enfin, la theorie du discours affirme que la dislocation d'un certain univers discursif est concomitante de l'emergence du << sujet dechire >> (split subject). Suite a l'impossibilite du sujet d'acquerir une identite parfaitement integree, celui-ci se trouve toujours a la recherche d'une identification qui lui offre l'illusion d'une telle integration. La politique se presente comme un domaine ou les promesses concernant la realisation du Bien commun peuvent se traduire par la perspective de l'accomplissement d'une identite integrale. Selon Slavoj Zizek, l'echec de << l'identification finale >> entraine une dramatisation de la quete identitaire. (22) Celle-ci peut porter a des choix en faveur des discours plus radicaux, qui promettent l'accomplissement immediat d'une identite complete. Cette quete alimente aussi la << delocalisation de la responsabilite >>: ce sont toujours les Autres qui sont responsables de l'echec de l'acquisition d'une identite pleniere.

A ce niveau, la theorie du discours integre largement certains elements de la psychanalyse lacanienne pour relier l'<< etage >> identitaire individuel a la << coupole >> discursive collective. Tout d'abord, il s'agit de mobiliser les acquis de cette discipline afin de se positionner par rapport au dilemme classique concernant la relation acteur-structure et de ses retombees identitaires (23). L'acteur est-il le prisonnier de la structure sociale, qui determine rigidement les voies qu'il peut emprunter dans sa vie et les moyens disponibles pour ses actions? Ou bien est-il createur et << faconneur >> de structures, lesquelles deviennent de simples dispositifs temporaires et flexibles, censes faciliter l'organisation des actions individuelles et groupales? Ou, autrement dit, l'identite de l'individu est-elle completement structurale ou bien totalement exterieure a toute structure du social?

Selon la theorie du discours, ce n'est ni l'une, ni l'autre de ces deux variantes qui correspond a ce qui se passe avec les identites individuelles. La reponse est que l'individu se confronte plutot a une identite structurale echouee. La recherche psychanalytique nous explique le parcours de l'individu dans son effort d'acceder a la certitude et au confort identitaire: ce parcours est marque par une serie de quetes d'un soi-meme social qui se traduisent par des actes d'identification (24). Or c'est au sein de l'espace politique que l'individu est assailli par des discours qui lui promettent l'integration identitaire pleniere. Il est bien evident que dans des conditions de confort psychosocial, ou les besoins qualitativement et quantitativement divers lui sont raisonnablement satisfaits, l'individu est moins enclin a s'obnubiler sur les questionnements identitaires. Par contre, dans des contextes de crise sociale, economique ou culturelle, la recherche de l'accomplissement identitaire devient plus marquee et plus intense (25). C'est a ce niveau que l'individu se tourne vers << l'offre >> politique et notamment vers le type d'offre politique qui promet la realisation immediate de la plenitude identitaire (populisme, nationalisme, extremisme, radicalisme identitaire).

En faisant le plein usage des avancees de la psychanalyse, on constate que l'identification a ce type de discours cense procurer a l'individu le sentiment d'accomplissement identitaire est accompagnee par des actes de deflection de responsabilite. Si notre acces a l'identite pleniere est, en fait, toujours defere, c'est parce que les Autres nous empechent de jouir d'un tel etat integrateur. En termes lacaniens, ces Autres sont coupables pour notre castration symbolique virtuelle (26). A ces Autres, nous attribuerons le role de boucs emissaires, responsables de l'echec de notre acces a la plenitude identitaire. Le processus d'identification est ainsi conditionne par la formulation d'un discours d'exclusion de l'alterite culpabilisee pour notre non-plenitude identitaire: ce sont justement les attributs de ces Autres qu'on construit discursivement en tant qu'adversaires naturels et qui empechent notre propre plenitude identitaire. Par consequent, ces memes discours qui denoncent les alterites coupables sont inevitablement des narrations ideologiques qui fournissent des solutions par rapport a la situation << deploree >>, allant des plus legeres, qui s'inscrivent dans la logique acceptable de la democratie liberale (tels l'isolation, le confinement, la mise sous << embargo >> de l'adversaire) jusqu'aux plus severes, qui sont specifiques aux regimes autoritaires ou totalitaires (l'excommunication, l'expulsion, la repudiation, les purges ethniques, linguistiques, ideologiques ou religieuses ou meme le genocide).

Le devoilement de l'ossature theorique de cette approche substantiellement interdisciplinaire montre a quel point la dynamique de la mise en reseau d'idees et de concepts en provenance de champs disciplinaires autres peut etre feconde, si elle s'accompagne d'une etincelle heuristique qui eclaire de nouveaux horizons explicatifs. Fruit d'une vision instrumentale relationnelle (27), materialisee dans le transfert graduel de concepts et d'idees par des detournements, des analogies ou de simples emprunts, la theorie du discours a su tirer parti du dialogue epistemologique ne entre les savoirs disciplinaires decloisonnes pour s'eriger en alternative viable aux paradigmes traditionnels dominants, non sans subir d'abord le rejet et, subsequemment, une tolerance circonspecte de la part des representants de ceux-ci.

S'il apparait que l'objet d'etude autour duquel se cristallise la theorie du discours echappe a la simple analyse disciplinaire, la theorisation et la formalisation progressive de cet espace charniere, ainsi que sa socioinstitutionnalisation de plus en plus confortable, l'ont entrainee sur la voie de la disciplinarite. Analysee par le prisme scientifique traditionnel, la disciplinarisation de la theorie du discours reste un processus inacheve--si l'on prend en compte le manque d'une vision unificatrice des diverses declinaisons existantes et l'absence d'une demarche methodologique claire et partagee--et inachevable--vu la specificite de la theorie du discours, qui la rend irreductible a une strategie intra-paradigmatique. Cet aspect explique, en partie, les critiques dont elle est encore la cible.

Toutefois, sa disciplinarisation devrait etre comprise non pas comme une construction positiviste, reproduisant la logique orthodoxe de division disciplinaire, mais plutot comme une construction postmoderne, idiosyncrasique en ce qu'elle demeure plurielle et d'autant plus receptive aux savoirs nes en dehors d'elle (28).

Dans ce qui suit, nous discuterons des merites et des limites de l'application de cette approche multidimensionnelle a la science politique, domaine ne lui-meme a la croisee des sciences sociales et qui--vu la parcellisation imposee par le nombre de paradigmes qui s'en disputent la suprematie, la nuee d'objets d'etude qui rend difficile la delimitation de son territoire et le manque d'une methodologie propre--a du aussi (et doit encore) relever nombre de defis afin de s'eriger en discipline a part entiere, en France comme ailleurs (29).

2. Merites et limites de l'emploi de la theorie du discours en tant que cadre theorique et instrument explicatif pour l'analyse des phenomenes politiques

L'interet d'utiliser la theorie du discours dans l'etude des phenomenes politiques est multiple et vise tant l'organisation du savoir a l'interieur de ce champ pluri--et interdisciplinaire que la facon dont ce savoir est approche et interroge.

Le premier avantage de l'emploi de la theorie du discours dans l'analyse politique est lie a l'heterogeneite de la science politique en soi et a la fragilite de ses frontieres en tant que discipline. Si la multitude et la diversite des objets d'etude font que la science politique est << la plus eclectique de toutes les sciences sociales >> (30), trait qui favorise la decentralisation et l'hyper-sous-specialisation de la demarche scientifique, le merite de la theorie du discours est justement celui d'inverser ce processus en contribuant, par la complexite et la vocation federatrice de son objet de recherche, a une plus grande permeabilite des frontieres intra-disciplinaires et a la naturalisation des emprunts faits a d'autres sciences sociales, lesquelles coincident souvent avec celles qui ressourcent la theorie du discours. Autrement dit, le caractere poreux des confins interieurs et exterieurs de la science politique (selon d'aucuns, une << semi-discipline >> qui se nourrit de l'histoire, de la philosophie, de l'economie, de l'anthropologie et du droit) la recommande en tant que terrain experimental de l'application de la theorie du discours.

Reprouvant les visions deterministes et reductionnistes du behaviorisme, de l'institutionnalisme et du rationalisme, paradigmes qui ont pourtant contribue de maniere significative au faconnement de la science politique (31), la theorie du discours se place, par le soutien qu'elle apporte aux idees de realite socialement construite et d'historicite de l'etre social, dans la lignee du constructivisme. Or, c'est justement cette adhesion qui lui a permis de transgresser les frontieres paradigmatiques qui sillonnent la science politique, en jetant les bases d'un << mouvement de scientifiques [...] attache aux faits de societe plutot qu'aux paradigmes academiques (32) >>.

Il est utile ici de noter le fait que la theorie du discours a contribue au reequilibrage qui s'est produit au sein de la science politique entre les ecoles quantitativistes et celles qui penchaient en faveur des approches methodologiques qualitatives, au profit de ces dernieres. En effet, parallelement avec l'emergence et la consolidation de la theorie du discours, on a assiste a un processus de reactivation des reseaux scientifiques qui s'interessent surtout aux aspects ideologiques et, plus generalement, a la theorie politique, tout en privilegiant les approches methodologiques qualitatives. Cette evolution est plus marquee au sein du monde scientifique anglo-saxon, ou c'est precisement au debut des annees 1990 qu'on a connu un intense mouvement de reaffirmation du << qualitativisme >> qui s'est traduit par la fondation de nouvelles ecoles et associations de politistes (33).

Deuxiemement, l'affranchissement des limites imposees par la linguistique structuraliste et l'attention pretee par la theorie du discours au role de la semantique, de la pragmatique et de la rhetorique dans la construction de la subjectivite et dans la generation et la contestation du sens ont sans doute contribue a combler un vide dans la theorie politique (34). Une observation s'impose pourtant ici, a savoir que cette nouvelle vision n'a pas remplace, mais cohabite avec la vision deterministe des representants des deux premieres generations de la theorie du discours: popularisee au sein des sciences sociales par le tournant linguistique des annees 1970, cette vision continue a se developper et a etre employee dans l'analyse des phenomenes politiques (35), son existence etant en partie reproduite par la strategie referentielle de ses detracteurs (36).

Force est ensuite de constater que l'utilite de l'application de la theorie du discours dans le domaine de la science politique est aussi liee a la place qu'elle accorde au pouvoir et aux combats hegemoniques. Sans reprendre les explications deja fournies, il convient de souligner que si traditionnellement, les deux theses se disputant la suprematie en science politique opposaient une science de l'Etat a une science du pouvoir et que cette derniere semble aujourd'hui en etre sortie victorieuse (37), c'est aussi grace aux nouveaux angles d'analyse que la theorie du discours a pu emerger par sa vision interdisciplinaire et par sa specificite ontologique et epistemologique, largement due a l'incorporation d'elements de la philosophie postmoderne (telles que le rejet des metarecits ou l'affirmation du caractere coextensif du couple discours-pouvoir et de la contingence du social).

Pour ce qui est des limites de l'approche du politique par la theorie du discours, il faudrait retenir tout d'abord que l'integration des elements evoques dans le paragraphe anterieur a neanmoins ete a double tranchant, car elle s'est accompagnee de la redirection d'une partie des critiques adressees au postmodernisme vers la theorie du discours. Ainsi, tout comme le postmodernisme, la theorie du discours est blamee de saper la vision dominante de la verite et de la realite sans pour autant y fournir une alternative viable. (38) Comme la science politique est avant tout une science empirique, il serait donc impossible de concevoir une analyse des realites politiques qui a comme point de depart justement le deni de l'existence meme de telles realites. La theorie du discours deviendrait inoperante en politique, tout en etant relativiste.

En outre, des premisses telles que le renoncement a la distinction discursif/extra-discursif ou le rejet des metarecits sont souvent qualifiees de derives idealistes, relativistes et volontaristes (39). Tout en considerant qu'il n'y a pas d'instance autre que le discours qui puisse expliquer le social et le politique, la theorie du discours se confronterait a un choix entre deux voies sans issue: soit elle admettrait la fluctuation infinie de perspectives sur la realite, ce qui empecherait toute forme d'intelligibilite du social, soit elle essentialiserait le discours en le transformant en metarecit (operation qu'elle denonce comme affabulation ideologique dans les autres perspectives theoriques). La theorie du discours est munie des arguments necessaires pour contrer aisement ces accusations (40). Neanmoins, sa reponse est plutot chancelante quand il s'agit de defendre sa methode, que peu d'ouvrages debattent ou developpent (41). C'est pourtant l'absence d'une demarche methodologique claire, qui lui soit propre, qui constitue le grief le plus pesant a son encontre.

Si le reproche est plutot recurent en sciences sociales (42), dans le cas particulier de la theorie du discours, il repose sur le constat que la faible systematisation de la demarche analytique empeche la pleine capitalisation sur les resultats en exposant a deux types de derives: empiriste ou theoriciste, selon que le factuel ou la theorie pure et dure soient mis en avant en tant que source explicative des evenements ou phenomenes pour lesquels l'ouverture de nouveaux horizons interpretatifs est souhaitee. Une strategie plus complexe s'avere necessaire afin d'eviter une application mecanique et aride de concepts et d'idees abstraits au niveau du reelconcret ou l'inverse, car ce cas de figure est tout aussi dangereux (43).

La theorie du discours est, rappelons-le, un champ interdisciplinaire construit autour d'un objet d'etude central et de problematiques associees. Tout comme pour la creation du champ interdisciplinaire en soi, la centralite et la complexite des problematiques etudiees justifie l'impossibilite de calquer la methode deployee sur une matrice mono-disciplinaire et de se soumettre a la rigueur limitative que celle-ci imposerait.

Comprise comme toute pratique etablissant mie relation entre elements de maniere que leur identite en sorte modifiee (44), la pratique articulatoire a la base de l'analyse discursive doit harmoniser plusieurs methodes (45) et concepts--heterogenes en apparence, mais soumis a un procede de formalisation entrainant leur denouement de toute particularite--dans un enchainement logique repondant a deux imperatifs: l'adaptation aux defis poses par la problematique etudiee et la commensurabilite avec les premisses epistemiques et ontologiques de la theorie du discours, telles quelles ont ete enoncees dans la premiere partie de ce chapitre. Selon Jacob Torfing, cette pratique articulatoire doit etre regie par des logiques sociales renvoyant aux conditions historiques de possibilite de pratiques sedimentees dont la description est essentielle dans le processus explicatif, ainsi que par des logiques politiques percues comme etant a la base de la construction et de la contestation des pratiques et relations sociales (46).

S'il n'existe pas d'interpretation theoriquement neutre (47), il reste neanmoins que la theorie du discours n'a pas comme but la recherche de la verite absolue, les explications et interpretations qui resultent du processus articulatoire demeurant ouvertes a la contestation. La methode avancee par Jacob Torfing a non seulement le merite de contribuer a la reduction du deficit methodologique signale par les critiques de la theorie du discours, mais aussi celui de confirmer le caractere interdisciplinaire enrichissant de celle-ci.

Si l'etude de cas et l'analyse comparative restent les methodes de predilection des chercheurs de ce domaine (48) et si, articulees correctement, elles peuvent effectivement servir a ouvrir de nouvelles perspectives et a proposer des alternatives credibles aux recits dominants, d'autres methodes et outils analytiques peuvent etre employes dans le meme but, en fonction de la problematique visee. En fait, en sciences humaines et sociales, le rayon des disciplines ayant engendre des methodologies propres est bien limite aux domaines quasiment applicatifs et notamment regis par des logiques quantitativistes. Par contre, les disciplines a dominante theorique et qui emploient des methodologies qualitatives, qu'il s'agisse de perspectives aussi diverses que la sociologie de l'histoire ou la philosophie du droit, reposent sur des methodologies de recherche transversales et, parfois, interdisciplinaires.

Conclusion

Notre breve analyse des dimensions interdisciplinaires de la theorie du discours et de la pertinence de l'application de cette theorie en science politique nous permet de tirer deux conclusions preliminaires.

En premier lieu, la theorie du discours se presente d'emblee comme une theorie post-fondationnaliste dont le champ d'application est extensible au niveau des humanites et des sciences sociales en general. De ce fait meme, la theorie du discours s'avere insuffisante en tant qu'outil unique d'analyse au sein des disciplines traditionnelles, ou elle ne pourrait operer qu'en tant que demarche scientifique adjacente. Par contre, cette theorie se prete a une application au sein d'un domaine comme la science politique, dont les contours sont inevitablement flous et ou on est loin d'etre soumis a l'unanimisme thematique et methodologique.

Il est aussi cense de conclure que l'interdisciplinarite est pour la theorie du discours a la fois une condition de possibilite et, comme nous l'avons vu, une limite auto-assumee. Une theorie du discours ne saurait qu'etre << genetiquement >> interdisciplinaire, en concentrant dans le regard qu'elle nous permet de porter sur la realite des perspectives mosaicjuees issues de la plupart des sciences humaines et sociales. De cette maniere, les explications offertes par cette theorie deviennent souvent trop complexes et, force est de constater, parfois eclectiques. Il revient a << l'operateur >> de structurer l'analyse de facon que << l'utilisateur >> puisse en comprendre l'argument. Or, cette demarche est difficile a bien des egards, ce qui explique, au moins en partie, le nombre relativement limite de chercheurs qui emploient la theorie du discours.

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[38.] Zizek, Slavoj (2002), For they know not what they do: Enjoyment as a political factor, Londres, New York: Verso (2e edition).

Ioana-Cristina Rus, Sergiu Miccoiu *

* Ioana-Cristina Rus: PhD student in Political Science, Faculty of European Sudies, Babes-Bolyai University. Contact: ic.rus86@gmail.com.

Sergiu Miccoiu: PhD Habil., Professor at the Faculty of European Studies, Babes-Bolyai University. Contact: miscoiu@yahoo.com

Cette recherche a ete soutenue financierement par le Programme Operationnel Sectoriel pour le Developpement des Ressources Humaines 2007-2013, ainsi que par le Fond Social Europeen dans le cadre du projet POSDRU/159/1.5/S/132400 ayant le titre << Jeunes chercheurs de succes--developpement professionnel dans un contexte interdisciplinaire et international >>.

DOI: 10.24193/subbeuropaea.2018.2.09

Published Online: 2018-12-31

Published Print: 2018-12-31

(1) Voir, par exemple, les obstacles epistemologiques, institutionnels, psychosociologiques et culturels evoques par Frederic Darbellay, Interdisciplinarite et transdisciplinarite en analyse des discours. Complexite des textes, intertextualite et transtextualite, Geneve: Editions Slatkine, 2006, pp. 13-14.

(2) Gloria Origgi, Frederic Darbellay (dir.), Repenser l'interdisciplinarite, Geneve: Editions Slatkine, 2010, p. 8.

(3) Michel Foucault, cite dans Frederic Darbellay (dir.), La circulation des savoirs. Interdisciplinarite, concepts nomades, analogies, metaphores, Berne: Editions scientifiques internationales, 2012, p.18.

(4) Pour reprendre l'analogie avec la fable de La Fontaine sur laquelle repose l'ouvrage du Groupe de Montheron, Les cigales et les fourmis. Des emprunts entre sciences, Le Mont-surLausanne : LEP, 1996.

(5) Voir David Howarth, Jacob Torfing (dir.), Discourse Theory in European Politics. Identity, Policy and Governance, Basingstoke: Palgravc Macmillan, 2005.

(6) Comme, par exemple, Roger Fowler; voir le chapitre redige avec Gunther Kress, << Critical linguistics >>, in Gunther Kress, Robert Hodge, Roger Fowler, Bob Hodge & Tony Trew, Language as Ideology. Language and Control, Londres: Routledge and Keegan Paul, 1979, pp. 185-213.

(7) Voir David Howarth, Jacob Torfing (dir.), op. cit., p. 13.

(8) Idem.

(9) Convergent, dans cette meme direction, les observations critiques faites par Charles Tilly et Michael Mann. Voir Charles Tilly (dir.), The Formation of the National States in Western Europe, Princeton: Princeton University Press: 1975, notamment pp. 13-19; Michael Mann, The Sources of Social Power: Volume 1, A History of Power from the Beginning to AD 1760, New York: Cambridge University Press, 1986, notamment pp. 24-29.

(10) C'est bien la quintessence de Tapproche anthropologique du politique, telle qu'elle est presentee par Georges Balandier dans Une anthropologie des moments critiques, Paris: EHESS, 1996.

(11) Pour une explication plus detaillee concernant le role du discours dans l'etude des contextes sociopolitiques, voir Tom R. Burns, Marcus Carson, << Social order and disorder. Institutions, policy paradigms and discourses: An interdisciplinary approach >> in Paul Chilton and Ruth Wodak, (dir.), A New Agenda in Critical Discourse Analysis Theory: Theory and Interdisciplinarity, Amsterdam. Philadelphia: John Benjamins Publishing Company, 2005, pp. 283-310.

(12) Pour une analyse pertinente des caracteristiques des discours en relations avec le contexte social ou ils se manifestent, voir Norman Fairclough, Critical Discourse Analysis. The Critical Study of Language, Londres: Longman, 1995.

(13) Voir Michel Foucault, << Anthropologie et langage >>, Philosophie. Anthologie, Paris: Gallimard, 2004, pp. 239-246.

(14) Emesto Laclau, Chantal Mouffe, << Hegemony: The Genealogy of a Concept >>, Hegemony and Socialist Strategy, Londres: Verso, 1985, pp. 7-46.

(15) Ernesto Laclau, The Rhetorical Foundations of Society, Londres: Verso, 2014, p. 9.

(16) George Herbert Mead, Mind, Self, and Society, Chicago: University of Chicago Press, 1934.

(17) Carl Schmitt, La notion du politique: Theorie du partisan, Paris: Calmann-Levy, 1972; Julien Freund, Sociologie du conflit, Paris: PUF, 1983.

(18) Chantal Mouffe, The Democratic Paradox, Londres: Verso, 2000, pp. 12-16.

(19) Les travaux de Gabriel Almond sont le point de depart de la science politique comparee. Voir son article << Comparative Political Systems >> in The journal of Politics, vol. 18, no. 3, 1956, pp. 391-409.

(20) Un tel repertoire a ete realise par Saul Newman, From Bakunin to Lacan. Antiauthoritarianism and the Dislocation of Power, Lanha: Lexington Books, 2001.

(21) Pour les possibles usages de la linguistique dans l'approche de la reorganisation du champ politique, voir Jay L. Lemke << Texts and Discourses in the Technologies of Social Organization >>, Gilbert Weiss, Ruth Wodak (dir.), Critical Discourse Analysis. Theory and Interdisciplinarity, Londres: Palgrave Macmillan, 2003, pp. 130-149.

(22) Voir, a cet egard, Slavoj Zizek, << Invisible Ideology: Political Violence Between Fiction and Fantasy >>, journal of Political Ideologies, Vol. 1, Issue 1, February 1996, pp. 16-18.

(23) Cette problematique est abondamment traitee par Anthony Giddens dans la theorie de la structuration. Voir The constitution of society: Outline of the theory of structuration, Cambridge: Polity Press, 1984.

(24) Slavoj Zizek, For they know not what they do: Enjoyment as a political factor, Londres, New York: Verso, 2002 (2* edition), pp. XXVII-XXXIV.

(25) Cette direction de la theorie du discours s'inscrit sans doute dans la lignee des approches socio-psychologisantes inauguree par les etudes durkheimiennes sur la relation entre l'inexistence d'un sentiment d'appartenance communautaire et les tendances suicidaires. V. Emile Durkheim, Le Suicide: etude de sociologie, Paris: Felix Alcan, 1897.

(26) Paul Vcrhacghe, << The Riddlc of Castration Anxiety: Lacan beyond Freud >> in The Letter (Dublin), Lancanian Perspectives on Psychoanalysis, no. 6,1996, pp. 44-54.

(27) http://www.crie.ca/Communications/Documents_disponibles/interdisciplinarite.pdf, consulte le 19 mai 2015.

(28) Bernard Miege, << La circulation des savoirs et l'edification des Science de l'Information >> in Frederic Darbellay, (dir.), La circulation ..., p.190.

(29) Voir, par exemple, Bernard Voutat, << Les objets de la science politique. Reflexions sur une discipline ... sans objet >> in Lucien Sfez (dir.), Science politique et interdisciplinarite. Conferences (1998-2000), Paris: Publications de la Sorbonne, 2002, pp. 55-76.

(30) Ibidem, p. 58.

(31) Pour les principales differences entre ces paradigmes voir, par exemple, Peter Bumham, Karin Gilland Lutz, Wyn Grant, Zig Layton-Henry, Research Methods in Politics, 2nd edition, Basingstoke: Palgrave Macmillan, 2008.

(32) Teun Van Dijk, cite dans Frederic Darbellay, Interdisciplinarite et ..., op. cil., p. 340.

(33) II s'agit notamment de la mouvance appelee << Perestroika >> qui a vu le jour au sein de l'Association Americaine de Science Politique a la fin des annees 1990. Voir Gregory Kasza, << Technicism' Supplanting Disciplinarity among Political Scientists >>, PS: Political Science & Politics, 33, 2000, pp. 737-38.

(34) David Howarth, Jacob Torfing (dir.), op. cit., p. 23.

(35) Voir, par exemple, James Bohman, Discourse theory in Gerald F. Gaus, Kukathas Chandran, (dir.), Handbook of Political Theory, Londres: Sage, 2004; Gaus G.F. & Kukathas C. (dir.), op. cit., Londres, Sage, pp. 155-165.

(36) Sean Phelan et al., << Discourse Theory and Critical Media Politics: An Introduction >> in Lincoln Dahlberg, Scan Phelan (dir.) Discourse Theory and Critical Media Politics, Basingstoke: Palgrave Macmillan, 2011, p. 11.

(37) Francois Dieu, Introduction a la methode de la science politique, Paris: L'Harmattan, 2008, p. 14,19.

(38) David Howarth, Jacob Torfing (dir.), op. cit., p. 3.

(39) Cloud, 1994, Geras, 1987, Rustin, 1988 cites dans Sean Phelan et al., << Discourse Theory and Critical Media Politics: An Introduction >>, op. cit., p. 4.

(40) Voir David Howarth, Jacob Torfing. (dir.), op. cit., pp. 19-20.

(41) Voir Ruth Wodak, Michael Meyer (dir.), Methods of Critical Discourse Analysis, Londres: Sage, 2011, pp. 122-136.

(42) Peter Burnham, Karin Gilland Lutz, Wyn Grant, Zig Layton-Henry, op. cit., p.3.

(43) David Howarth, Jacob Torfing (dir.), op. cit., p. 322.

(44) Sean Phelan et al., << Discourse Theory and Critical Media Politics: An Introduction >>, op. cit., p.3.

(45) Le singulier du nom est employe pour la demarche a suivre par le chercheur, tandis que le pluriel fait reference aux procedes de recherche utilises lors de la mise en oeuvre de la methode. Voir Francois Dieu, Introduction a la methode de la science politique, Paris: L'Harmattan, 2008, pp. 49-50.

(46) David Howarth, Jacob Torfing (dir.), op. cit., pp. 322-3.

(47) Peter Burnham, Karin Gilland Lutz, Wyn Grant, Zig Layton-Henry, op. cit., p. 4.

(48) David Howarth, Jacob Tdrfing (dir.), op. cit., p. 329.
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Author:Rus, Ioana-Cristina; Miccoiu, Sergiu
Publication:Studia Europaea
Geographic Code:4EUFR
Date:Dec 1, 2018
Words:7746
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