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Approches implicites de critique textuelle par Vicente Mariner sur le texte des Lettres de Philostrate.

Le 11 mai 1618, l'humaniste valencien Vicente Mariner acheve sa traduction latine de la collection des lettres erotiques grecques attribuees a Philostrate. Cette version manuscrite de Mariner occupe les feuillets 1055 a 1074 du Matritensis BNM 9806 (Ff 64, O. 118), aussi connu comme Parnasseum nemus, dans lequel--cest bien connu -est recueillie une importante partie de lreuvre manuscrite de l'humaniste de Valence. En regle generale, pour ce qui est des pages consacrees aux Epitres, il s'agit d'un manuscrit limpide, avec le texte sur une seule colonne dentre 18 et 23 lignes par page, a lecriture claire, seulement troublee par quelques rares abreviations et des balancements du ductus, et a la taille constante (sauf des traits bas exagerement longs affectant certaines lettres comme le q, g, p, f). Mais malgre cette nettete, le manuscrit exige toutefois den realiser une lecture soignee (1).

Lopuscule de Mariner reunit seulement 13 des 73 lettres qui composent le recueil de lettres de Philostrate (1, 7, 16, 19, 25, 32, 34, 36, 38, 39, 61, 62 et 64 (2)) avec pour titre: Philostrati Epistolae Vincentio Marinerio Valentino Interprete. On y trouve des lettres a lorientation heterosexuelle et homo erotique, autrement dit, des lettres d'amour adressees a des femmes et a de jeunes hommes, certaines plus longues et d'autres plus breves, sans que ne s'y detache une thematique unitaire apparente. En depit des apparences, il nest toutefois pas question d'une selection aleatoire ou qui releverait d'une simple affaire de gustibus. Pour sa traduction, Mariner se sert en fait de ledition, elle aussi partielle, du recueil de lettres qui avait ete publie a Leyde deux annees auparavant, en 1616, par son collegue, l'admire J. de Meurs, dans l'imprimerie de L. Elzevier (3).

Or etant donne la nature partielle et limitee de la version latine de Mariner (guere plus de 17% de la totalite du recueil des lettres de Philostrate), du point de vue philologique ou litteraire, cette derniere n'aurait pas eu grande transcendance, sauf celle detre entree dans l'histoire comme la premiere traduction--il faut insister--partielle realisee en Espagne de la correspondance de Philostrate. Cependant, et nous l'avons deja fait remarquer lors du dernier Congres Espagnol d'Etudes Classiques qui sest tenu a Valence (4), la traduction de Mariner devrait pourtant avoir fait date, dans l'histoire du texte de Philostrate, en vertu de ses propres merites. Il s'avere en effet que ladite edition de Meurs--celle de Leyde, datee de 1616, et qui servit de reference pour la traduction latine de notre humaniste--repose sur le Lugdunensis 76, un codex pas encore collationne par les erudits du texte de Philostrate et qui incluait huit lettres jusqu'alors inedites. Curieusement, ce sera la traduction de Mariner, la premiere traduction des temps modernes, qui--seulement deux ans plus tard--se fera de ces huit lettres de Philostrate. Nous croyons donc ne pas etre dans lerreur lorsque nous osons affirmer que, effectivement, cette petite oeuvre de Mariner renferme des merites qui lont fait entrer dans l'histoire du texte des Lettres erotiques de Philostrate.

Mais si, du point de vue philologique, lon devait emettre un jugement sommaire sur le texte, on pourrait dire qu'il s'agit, dans ses grandes lignes, d'une traduction correcte, sans fausse note remarquable; une traduction qui oscille entre le juste milieu de la version ad verbum et ad sensum, mais surtout--et cela s'agissant de Mariner ce nest certes pas une question triviale--qui ne se trouve pas particulierement gatee par l'exces d'intellect et l'ardeur naturelle (mentis luxuries et naturae furor) dont l'auteur lui-meme reconnait se laisser emporter de temps en temps par de tels exces, ceux-ci le conduisant a l'incontinence verbale (5). En general, on pourrait dire qu'il s'agit d'une traduction meritoire. Cela ne veut toutefois pas dire que celle-ci soit exempte derreurs, quelque unes d'ailleurs d'une certaine profondeur. Dans ledition commentee de cet opuscule de Mariner que nous preparons actuellement, nous avons remarque (sans pour autant tomber dans la minutie linguistique) une casuistique variee des alterations auxquelles le Levantin soumet le texte grec original de Philostrate afin de le verser en langue latine (6). La plupart de ces modifications repond aux deux principes qui, au regard des experts, constituent les traits definitoires de la production litteraire de l'humaniste valencien: la copia et la variatio; autrement dit: le verbiage et la capacite pour ecrire de multiples versions d'un meme contenu ou d'un meme motif litteraire.

Mais, nous l'avons deja signale, en nombre doccasions ces alterations ne sont que des erreurs de traduction. Et lon peut aussi parmi celles-ci en distinguer essentiellement deux types: les erreurs ou, a notre avis, il est simplement question d'une interpretation inexacte du texte original; et celles qui sont explicables--et d'une certaine maniere justifiables--par le texte grec qui servit de reference a l'humaniste (ledition precedemment citee de Meurs).

Pour ce qui est du deuxieme type derreur, les erreurs dues a ledition de reference (celle de Leyde, la version de Meurs de 1616); ces dernieres peuvent etre provoquees, ou bien par une lecture de l'original que Mariner suivit et qui, avec le temps et des siecles de critique textuelle sur le texte des Lettres, a ete corrigee (rendant automatiquement la traduction de Mariner obsolete), ou bien par une ponctuation erronee et trompeuse de l'original grec de Meurs, laquelle finit par distraire notre humaniste.

Il y a cependant d'autres passages ou l'on ne peut pas neanmoins etre completement certain qu'il s'agisse d'une erreur d'interpretation ou bien d'un essai de correction de l'original grec. Dans ce deuxieme cas de figure, il s'agirait en fait, implicitement et de maniere tres precaire, de faire de la critique textuelle. On peut le juger a partir des deux exemples suivants.

Lexpediteur de l'Ep. 3 (62 K.) soutient au debut de la lettre que si Helene avait participe au celebre concours des deesses que dirime Paris sur le mont Ida, le Troyen aurait tranche en faveur de celle-ci, parce quelle etait la personne qu'il aimait. Or, hysterologies mythologiques mises a part, le texte grec de Philostrate est le suivant:

   [TEXT NOT REPRODUCIBLE IN ASCII].

   Mais aussi quand Alexandre a agi comme juge devant les deesses, la
   lacedemonienne netait pas encore presente. Si cela avait ete le
   cas, il aurait juge quelle seule, celle qu'il aimait, etait belle.


dont la partie finale est ainsi traduite par Mariner:

   Quando Deas Alexander iudicavit, nondum Helena Lacedaemonia
   extiterat. Vidit igitur, et solum hanc pulchram iudicavit, quam
   ipse sibi statuerat


Mariner traduit [TEXT NOT REPRODUCIBLE IN ASCII] par statuerat. S'agit-il d'une confusion de [TEXT NOT REPRODUCIBLE IN ASCII] pour [TEXT NOT REPRODUCIBLE IN ASCII] ou serait-il peut etre ici question d'un essai de correction de loriginal? Ledition de Meurs noffre aucun doute en ce sens et emet un clair [TEXT NOT REPRODUCIBLE IN ASCII], de sorte que cette forme statuerat devrait etre jugee comme une erreur tres claire, bien que, compte tenu de la formation hellenique de Mariner, on ne puisse exclure qu'il s'agissait d'une tentative maladroite de correction.

Mais, comment interpreter alors dans ce meme passage la forme vidit de la deuxieme phrase? L'humaniste traduit lelliptique apodose [TEXT NOT REPRODUCIBLE IN ASCII] ("s'il eut ete la") par vidit igitur. S'agit-il d'une erreur inconsciente induite par une lecture liee de la conditionnelle et de la particule distributive--au lieu de [TEXT NOT REPRODUCIBLE IN ASCII]--ou un essai delibere de Mariner d'amender un texte dans lequel il pensait que lediteur avait separe de maniere inappropriee les mots? De meme que dans le cas precedent, ledition de reference ne laisse pas lombre d'un doute:

Enfin, il y a des passages ou cette tentative de correction du texte original semble hors de doute. Cest la certainement l'aspect le plus interessant de notre etude; parce que, si nous soutenions auparavant que les deux traits qui aux yeux de la critique specialisee definissaient le style du Valencien etaient la copia et la variatio, la troisieme griffe qui le caracterise et sur laquelle les specialistes sont unanimes, cest bien le manque desprit critique. Or cette incurie philologique a toujours ete explicitee--sans etre pour autant justifiee--a l'abri de son oeuvre a lenormite gargantuesque, rablaisienne. Comment allait-il avoir le temps de s'attarder sur le labor limae celui dont la plume a produit un edifice litteraire en prose colossale et plus de 350.000 vers grecs et latins recenses--l'equivalent de quinze Iliades (7)?

Nous passerons donc dans les pages suivantes a la consideration de deux exemples de ce qui, a notre avis, peut s'interpreter comme des essais deliberes de correction de loriginal grec ayant servi de reference a l'humaniste. Il s'agirait, comme nous l'avons deja signale pour les cas douteux precedemment cites, d'une forme implicite, tres precaire et peu conventionnelle de faire de la critique textuelle, depuis le point de vue de la philologie moderne, mais qui repond a des techniques habituelles selon les canons de lepoque. Mais surtout, si notre estimation nest pas deviante, ces exemples nous permettront de reconsiderer, ou du moins d'adoucir, notre jugement sur l'incurie philologique et litteraire de Vicente Mariner.

L'Ep. 5 (38 K.) est un [TEXT NOT REPRODUCIBLE IN ASCII] (leloge dune prostituee), une variante rhetorique de ce quon en est venu a appeler un eloge paradoxal. Il s'agit dune inversion du progymnasma de leloge, par laquelle au lieu de se transformer en blame ([TEXT NOT REPRODUCIBLE IN ASCII]), il se reformule au moyen de leloge d'un motif, d'une attitude ou personne qui, en principe, ne sont pas susceptibles detre celebres. Ici lexpediteur de la lettre demande a la prostituee destinataire de la missive de poursuivre dans lacquittement de sa bienfaisante 'fonction sociale' et de ne pas non plus rejeter les esclaves, afin que ceux-ci puissent, grace a elle, se sentir des hommes libres. Le texte grec de Philostrate est le suivant:

   [TEXT NOT REPRODUCIBLE IN ASCII].

   Ne meprise pas les esclaves, de sorte que, grace a toi, ils
   paraissent libres.


Mais, comme on peut le voir sur l'image, dans ledition de Meurs il manque la forme verbale [TEXT NOT REPRODUCIBLE IN ASCII] (8):

Mariner semble pressentir cette absence et tente de resoudre le probleme dune maniere assez particuliere, cest-a-dire: en convertissant la phrase en proposition affirmative et en y introduisant la forme verbale colis: Etiam et servos colis, ut saltim tuo arbitrio liberi videantur (9).

Dans cette meme Ep. 5, a la fin de la missive, lexpediteur met sur un piedestal la jeune femme, en la comparant avec les grandes hetaires du passe, Timagore, Lais, Aristagore et la Glycere de Menandre, et en y faisant leloge de son sens des affaires:

   [TEXT NOT REPRODUCIBLE IN ASCII].

   Tu t'offres tout en sachant comment en tirer profit et avec lesprit
   fixe sur l'opportunite de tes affaires.


Le texte que dut traduire Mariner, celui de l'edition de Meurs, avait toutefois une premiere partie tres deficiente du point de vue editorial (10):

[TEXT NOT REPRODUCIBLE IN ASCII]

et en depit de cela, Mariner, ayant une saisie intuitive de la precarite textuelle, traduisit:

   Peritia quidem iam tui usum praebes, et hanc peritiam tuam operum
   oportunitate, et vicissitudine habes.


une version beaucoup plus osee et evidemment beaucoup plus intuitive et ciblee que celle de Olearius, la premiere traduction integrale de cette petite oeuvre de Philostrate: Scientia valens, te usu etiam valere ostendisti, sapientiam tuam rerum quoque opportunitati habens accommodatam (bien plus confuse et opaque que celle de Mariner).

L'Ep. 11 (25 K.) traite du motif du de deponenda ira. L'expediteur supplie la destinatrice courroucee de la lettre de calmer sa colere parce que celle-ci enlaidit son visage, puisque

   [TEXT NOT REPRODUCIBLE IN ASCII]

   La lune, on ne la considere plus brillante lorsquelle se couvre de
   nuages, ni belle Aphrodite quand elle se courrouce ou pleure, ni
   Hera "celle aux yeux de boeuf" quand elle se montre rude avec Zeus,
   ni lumineuse la mer lorsqu' elle moutonne.


La traduction de "lumineuse" pour la mer repond a la conjecture de Cobet [TEXT NOT REPRODUCIBLE IN ASCII] (acceptee par Hercher et reprise ensuite en heritage par Benner-Fobes) qui n'apparait pas dans le texte transmis par aucun des codex. On peut ainsi le voir encore dans ledition de Meurs, ou figure la forme [TEXT NOT REPRODUCIBLE IN ASCII]:

Olearius (Ohlschlager) a ete le premier specialiste du texte a constater l'absence d'un terme en predicatif qui completera la relation de exempla avec ceux dont se sert lexpediteur: "Manifestissimum post haec nomen aliquod excidisse adiectiuum, forte [TEXT NOT REPRODUCIBLE IN ASCII] non male suppleres, uel [TEXT NOT REPRODUCIBLE IN ASCII], uel tale quid (Il est tres clair que derriere ce substantif on a perdu un adjectif, ca ne serait pas mal si on inserait peut etre [TEXT NOT REPRODUCIBLE IN ASCII], ou bien [TEXT NOT REPRODUCIBLE IN ASCII], ou quelque chose comme ca" (11)), et dans sa traduction lediteur propose d'ailleurs [glaucum]. Boissonade (12) applaudira l'intervention d'Olearius sur le texte, la definissant comme un supplementum necessarium et proposera la formule [TEXT NOT REPRODUCIBLE IN ASCII] (recueillie dans deux codex de la famille a des manuscripts), la meme que reprendra Westermann en traduisant l'adjectif parplacidum. Par la suite Hercher (13) optera pour la forme adjectivale proposee par Cobet ([TEXT NOT REPRODUCIBLE IN ASCII]) et traduira divinum. Ce sera Kayser, dans sa seconde edition, qui reprendra la conjecture integrale de Cobet (ce dernier suggerant que [TEXT NOT REPRODUCIBLE IN ASCII] etait une deformation du syntagme [TEXT NOT REPRODUCIBLE IN ASCII]), celle pour laquelle s'incline la critique moderne. Mais ce ne serait pas juste de passer sous silence que, bien avant tous ces specialistes du texte de Philostrate, Vicente Mariner avait deja detecte cette ellipse et avait essaye de la sauver en traduisant le passage de la maniere suivante:

   Non enim lunam splendidam tune, et nitidam intuemur, quando atris
   est inmixta nubibus. Nee floridam Venerem, formosam videmus, quando
   eaeeo iraeundiae furit impetu, aut tabentibus genas rigat lacrymis.
   Nee Iunonem eaesiis splendeseere oeulis eomperimus, eum Iovi
   sueeenset. Neque mare, dum proeellis involvitur, placidum.


en reeonstruisant eurieusement le meme adjeetif que eelui quemploiera Westermann dans sa traduetion quelques sieeles plus tard.

Le dernier passage que nous apportons a la eonsideration du leeteur appartient a l' Ep. 13 (16 K.). Il s'agit eneore d'un des nombreux eloges paradoxaux qui peuplent la eolleetion des lettres de Philostrate, dans ee eas preeis, un eloge des eheveux. Lexpediteur reproehe au jeune destinataire de la lettre qu'il se soit eoupe les eheveux et parmi les exempla qu'il utilise pour son argumentation les referenees divines ne manquent pas. En effet, les dieux sont veneres et leur invoeation provient de la maniere dont eeux-ei ont leurs eheveux:

   [TEXT NOT REPRODUCIBLE IN ASCII].

   a Poseidon eomme "eelui a la ehevelure bleutee", a Apollon eomme
   "le non tondu", a Pan eomme "le poilu", a Isis eomme "eelle aux
   eheveux detaehes", a Dionysos eomme "eelui a la longue ehevelure de
   lierre enmele", et a Aphrodite eomme "eelle qui meme endeuillee ne
   s'arraeha les eheveux".


Nous voulons iei attirer l'attention sur l'epithete d'Apollon. Jusqu'a l'edition de Boissonade, la forme [TEXT NOT REPRODUCIBLE IN ASCII] se maintint, forme que Kayser, fidele a la pratique eonsistant a adopter les formes de la famille a des manuserits, remplaeera par la forme [TEXT NOT REPRODUCIBLE IN ASCII], sur laquelle Boissonade avait deja attire l'attention dans ses adnotationes (14). Mariner traduit ee passage en employant une eurieuse teehnique, qu'il utilise plusieurs fois au cours de loeuvre, a savoir, une amplificatio qui consiste en un redoublement: traduire la forme grecque et en meme temps maintenir celle-ci dans le texte. Mais ceci savere d'autant plus singulier que la forme grecque conservee dans la traduction nest precisement pas celle qui apparait dans ledition du texte grec de Meurs, parce que le Valencien traduit:

   Neptunum, ut [TEXT NOT REPRODUCIBLE IN ASCII], caerulicrineum,
   Apollinem, ut [TEXT NOT REPRODUCIBLE IN ASCII], intonsum. Pana, ut
   hirsutum, et villosum, et Isin ut [TEXT NOT REPRODUCIBLE IN ASCII],
   solventem capillos. Bacchum ut comis, et hederis crinitum. Venus
   vero neque maesta, et tristis tonsa fuit.


Or cela ne peut seulement vouloir dire que Mariner rejette ex profeso la forme transmise dans l'edition qu'il utilise comme reference pour sa traduction, celle de Meurs, une forme qu'on ne retrouve seulement attestee que chez Nonnos de Panopolis, dans les Dyonisiaques et dans la Paraphrase du Saint Evangile selon Saint Jean; cette deuxieme oeuvre, en loccurrence, elle aussi traduite par Mariner et conservee dans le Matritensis BNM 9794.

Nous ne voudrions pas conclure sans insister avant sur ce qui devrait avoir ete une declaration d'intentions prealable, d'un caveat lector. Loin de notre dessein que celui de "rehabiliter" l'humaniste Vicente Mariner afin de le convertir en chef de file d'une attitude critique et engagee vis-a-vis des textes et de leurs traductions. Et bien moins encore nous pretendons--a la lumiere de ce quon peut colliger de l'analyse de cette petite oeuvre du Valencien--avoir devoile une facette nouvelle et inopinee d'un Mariner garant de la curiositas philologique ou litteraire dans l'Espagne du XVIIeme siecle. Loin de nous un tel dessein. Dans les Epitres domine ce style verbeux, presse (plutot debride) et insouciant, dont se vantera Mariner dans la Declamatio Hispana et qui definit le gros de son oeuvre. Mais il ne serait pas juste non plus, si parmi tant de faux pas, tant de negligence, tant de tricherie et desquive, on ne devinait pas un geste de preoccupation ou d'inquietude de critique textuelle (si implicite) venant adoucir l'incurie providentielle du prolifique humaniste valencien. Ce ne serait pas juste non plus, dis-je, si nous le passions sous silence.

RAFAEL J. GALLE CEJUDO

Universidad de Cadiz *

rafael.galle@uca.es

* Recebido em 08-12-2014; aceite para publicacao em 23-04-2015.

* Nous remercions publiquement le DGICYT pour son soutien au Projet "Poetologia y metapoesia griegas del Helenismo a la Antiguedad Tardia: sobre la concepcion ciclica de la poesia" (FFI 2010-19067).

(1) La plus recente description du codex chez D. K. Raios, [TEXT NOT REPRODUCIBLE IN ASCII] II, Ioannina, 1992-1997, pp. 184 ss.

(2) Numerotation qui correspond a ledition de C. L. Kayser, Flavii Philostrati opera auctiora ... I-II, Leipzig, Teubner, 1870-1871 (reimpr. Hildesheim, 1964), unanimement acceptee par les editeurs modernes. Une vue densemble des problemes du constitutio textus de cette oeuvre de Philostrate, on peut le lire en R. J. GALLE CEJUDO, Filostrato. Cartas de amor..., Madrid, 2010, pp. 43-47.

(3) J. DE MEURS, Philostrati Lemnii Sophistae Epistulae quaedam, partim nunquam, partim auctiores editae, Lugduni Batavorum. Ex Officina Ludovici Elzeviri. 1616. Du fait, lordre des epitres de Mariner suit celui de cette edition: 61, 34, 62, 36, 38, 19, 39, 64, 1, 7, 25, 32 et 16.

(4) Cf. R. J. GALLE CEJUDO, "La primera traduccion latina de algunas cartas de Filostrato por el valenciano Vicente Mariner", dans J. de la Villa Polo, J. Fco. Gonzalez Castro, G. Hinojo de Andres (eds.), Perfiles de Grecia y Roma III, Madrid, Ediciones Clasicas, 2011, pp. 255-262.

(5) Comme il l'avoue lui-meme a propos de sa traduction des Argonautiques d'Apollonios de Rhodes dans une lettre adressee a Escotus (cf. Bibliographie Nationale de Belgique vol. XXII, Bruxelles, E. Bruylant, 1914-1920, s.v. "Schott, Andre"), datee du 16 fevrier 1621 (cf. Varia Opera Poetica et Oratoria dans le Matritensis BNM 9807, pp. 174-176): "[...] In Apollonii interpretatione non versum ad versum aequo numero perstrinxi nam me vicit quaedam mentis luxuries et naturae furor ut lascivienti quadam redundantia carmen efflueret. Sed non existimo id improbe esse factum. In mea Eustathii et Homeri interpretatione, cuius iam primum Iliadis volumen absolvi, numerum carminum tenaciter observo.[...]"

(6) Pour la copia et la variatio nous avons mis en evidence la casuistique suivante: a. redoublement d'un terme grec original traduit par deux synonymes latins; b. redoublement d'un terme grec original traduit par deux termes latins qui ne sont pas synonymes (bien qu'appartenant au meme champ semantique); c. redoublement d'un terme grec original traduit par un syntagme double; d. redoublement au moyen de la repetition de l'original grec et la traduction latine; e. redoublement du redoublement, cest-a-dire, un terme grec original traduit par deux syntagmes doubles; f. triplication et quadruplication d'un terme original grec; g. plusieurs amplificationes; h. insertions ou "remplissages" (conjonctions, adverbes, noms, qualificatifs...); et i. interpretations ad sensum.

(7) Pour ce qui est de son agilite versificatrice et de traducteur, il suffit de citer, pour ne donner qu'un exemple, la traduction en hexametres dactyliques latins de toute loeuvre homerique (Iliade, Odyssee, Hymnes et la Batrachomyomachia), en plus des Commentaires de Eustathe, les Scolies de Didyme, les Commentaires de l'Iliade de Jean Tzetzes et les Questions homeriques de Porphyre; tout cela en guere plus de cinq ans et meme si la qualite litteraire de ces traductions est une chose bien distincte.

(8) Cette forme apparait pour la premiere fois dans ledition de Boissonade, editeur qui montra le premier une meilleure disposition a introduire des variantes des manuscrits de la famille a; cf. D. K. Raios, op. cit., p. 222.

(9) Olearius resout la traduction en faisant dependre cette phrase de la forme verbale [TEXT NOT REPRODUCIBLE IN ASCII] de la proposition anterieure: "Imo vero neque tibicinibus nuncium mittas velim, Musarum enim illa ars est: neque servis, ut vel tuo beneficio liberi esse videantur" (cf. G. Ohlschlager [Olearius], [TEXT NOT REPRODUCIBLE IN ASCII]. Philostratorum Quae Supersunt Omnia ... Omnia Ex Mss. Codd. Recensuit, Notis Perpetuis Illustravit, Versionem Totam Fere Novam Fecit G. O., Leipzig, apud Thomam Fritsch, 1709, ad loc.); tandis que dans ledition posterieure de Westermann (cf. A. WESTERMANN, Philostratorum et Callistrati opera ..., Paris, Firmin-Didot, 1849 [reimpr. 1878], ad loc.) on distingue deja les deux formes verbales: "tu vero nec tibicinibus abstineas, Musarum enim ars est, neque servos asperneris, quo vel tuo beneficio liberi videantur".

(10) La premiere intervention sur ce passage apparait dans ledition premiere de Kayser (cf. C. L. KAYSER[TEXT NOT REPRODUCIBLE IN ASCII]. Flavii Philostrati quae supersunt. Philostrati Junioris Imagines. Callistrati Descriptiones. Zurich, 1844 [reed. 1853]), dans laquelle lediteur, en plus de corriger le participe et le verbe, signale la presence d'une lacune. Par la suite WESTERMANN (cf. op. cit.) approuvera la suggestion de la lacune, mais ne fera aucune tentative de reconstruction. Ce sera Kayser lui-meme, dans la seconde edition de 1871 (cf. op. cit.) qui proposera d'inserer [TEXT NOT REPRODUCIBLE IN ASCII] que Benner-Fobes reduiront definitivement a [TEXT NOT REPRODUCIBLE IN ASCII] (cf. A. R. BENNER, F. S. FOBES, The Letters of Alciphron, Aelian and Philostratus, Cambridge [Mass.]--Londres, 1949, ad loc.).

(11) Cf. G. OHLSCHLAGER, op. cit., ad loc.

(12) J. F. BOISSONADE, [TEXT NOT REPRODUCIBLE IN ASCII]. Philostrati Epistolae quas ad codices recensuit et notis Olearii suisque instruxit J. Fr. B., Paris-Leipzig, 1842.

(13) R. HERCHER, [TEXT NOT REPRODUCIBLE IN ASCII]. Epistolographi Graeci, Paris, Firmin-Didot, 1873 (reimpr. Amsterdam, 1965).

(14) Cf. J. Fr. BOISSONADE, op. eit., p. 91.
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Title Annotation:texto en frances
Author:Cejudo, Rafael J. Galle
Publication:Euphrosyne. Revista de Filologia Classica
Article Type:Ensayo critico
Date:Jan 1, 2015
Words:3739
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