Printer Friendly

Anne-Marie Sicotte, Les annees pieuses 1860-1970.

Anne-Marie Sicotte, Les annees pieuses 1860-1970, Quebec, Les Publications du Quebec, coll. << Aux limites de la memoire >>, 2007, 202 p. 30 $

Comme l'indique a chaque annee l'abondance des publications concernant l'histoire religieuse d'ici recensees dans cette revue, nous ne manquons pas de textes savants ou de vulgarisation qui renouvellent nos connaissances dans ce domaine. Mais, a l'heure oo les generations qui ont connu le catholicisme <<classique>> ont deja passe l'age de la retraite sans pouvoir reussir la difficile operation de transmission de la memoire, il s'imposait d'identifier et de commenter les images qui nous en sont parvenues grace a l'invention de la photographie. Nous devons donc etre reconnaissant envers l'editeur du Quebec d' avoir introduit un album portant specifiquement sur les institutions et pratiques religieuses des catholiques quebecois, dans la tres belle collection << Aux limites de la memoire >>.

Seizieme publication a voir le jour dans cette immense restauration des images du passe, Les annees pieuses s'insere avec aisance dans un format deja bien rode. Chaque page comporte une photo ancienne sous laquelle un texte s'efforce de decrire un contenu iconographique dont les elements seront de plus en plus etrangers aux lecteurs actuels. Je pense tout particulierement aux milliers de professeurs charges de presenter le patrimoine religieux quebecois aux eleves dans le cadre du nouveau programme en Ethique et culture religieuse. La description s'accompagne generalement d'un commentaire interpretatif qui fait appel a une competence historienne qui ne manquera pas d'etonner, sinon de faire rager les lecteurs de cette revue. Nous y reviendrons apres avoir presente le plan general de l'ouvrage.

L'auteure a organise plus de deux cents photos selon un plan concentrique dont le centre est occupe par le lieu sacre principal, l'eglise, << point d'ancrage de la pratique du rituel chretien >>. Elle presente ensuite le clerge seculier et ses lieux d'habitation, du presbytere au palais episcopal. Puis nous sortons du centre pour entrer dans l'espace de la vie quotidienne : les maisons et ce qu'elle contiennent de symboles et de pratiques religieuses familiales; les voies publiques avec leurs monuments visuels et sonores. << Puisqu'il etait impossible de surveiller constamment les parents dans l'intimite de leurs foyers >> (p.xiii) l'Eglise a controle l'ecole, qui fait l'objet du quatrieme chapitre. Et que fait-on dans l'ecole catholique quebecoise ? Le catechisme, objet du chapitre suivant. Et s'organisent de meme le reste des chapitres : les communautes religieuses, les pratiques obligatoires du berceau a la tombe, les images d'une pastorale grandiose, la place des laics et les ordres contemplatifs. Tous les plans de cette sorte de recueil d'images se pretent a la discussion, mais celui-ci semble tout a fait acceptable. Chacun pourra y piger son bien pour se rapprocher de l'experience passee et la donner a comprendre a un public plus large.

Le vrai probleme de cette publication reside dans le regard interpretatif d'Anne-Marie Sicotte. Celle-ci semble avoir eu sa formation historique au cours des annees oo s'est construit et impose le modele d'un catholicisme quebecois en tant qu'institution totalitaire, versant obscur et honteux d'un Quebec enfin libere de toute contrainte et eclaire << par les lumieres de la science moderne >> (p.IX). Ce regard anachronique aurait pu etre porte au debut des annees 1980 et il aurait alors suscite un large consensus chez les historiens dont les travaux allaient influencer les nouveaux manuels d'histoire quebecoise. Mais un quart de siecle de travaux en histoire culturelle et religieuse l'ont rendu perime en montrant l'etroitesse de sa perspective, son ignorance assez large de la complexite des dossiers a analyser et finalement le provincialisme etroit de son aire d'etude. L'auteure semble tout ignorer des productions savantes specialisees et comme c'est trop souvent le cas en pareilles circonstances, c'est avec une etonnante naivete qu'elle nous force a lire la liste des doleances contenues dans ses commentaires. Relever les jugements sommaires, les opinions non fondees, sans compter les erreurs de faits, s'avere impossible dans les limites d'un simple compte-rendu. L'editeur ne semble pas avoir eu le souci de consulter l'une des nombreuses ressources expertes disponibles a l'etape de la revision du texte du manuscrit. La moitie des interpretations serait passee au rouge et aurait exige reecriture dans le cadre d'une simple dissertation d'un cours de premier cycle!

Alors que l'historiographie de la religion au Quebec a atteint une remarquable maturite et qu'elle compte des praticiens actifs dans toutes les generations, il est fort regrettable que cette remarquable iconographie s'accompagne d'une comprehension si vetuste du sens des gestes et des institutions qu'elle nous donne a voir. On se prend a souhaiter qu'une deuxieme edition des annees pieuses beneficie enfin d'une expertise a laquelle les hommes et les femmes du passe ont droit pour etre entendus par les hommes et les femmes d'aujourd'hui qui souhaitent construire l'avenir a l'abri de la rancune et de la honte.

Louis Rousseau

Departement de sciences des religions

Universite du Quebec a Montreal
COPYRIGHT 2009 The Canadian Catholic Historical Assn.
No portion of this article can be reproduced without the express written permission from the copyright holder.
Copyright 2009 Gale, Cengage Learning. All rights reserved.

Article Details
Printer friendly Cite/link Email Feedback
Author:Rousseau, Louis
Publication:Etudes d'histoire religieuse
Article Type:Book review
Date:Jan 1, 2009
Words:887
Previous Article:Gilles Routhier et Axel Maugey, Eglise du Quebec, Eglise de France. Cent ans d'histoire.
Next Article:Elizabeth M. Smyth, dir., Changing habits. Women's religious orders in Canada.
Topics:

Terms of use | Privacy policy | Copyright © 2019 Farlex, Inc. | Feedback | For webmasters